Leipzig, ville musique

Comme Dresde, plus encore peut-être, la grande ville voisine de Saxe, Leipzig est une ville musique.

De part et d’autre de l’Augustusplatz, se font face l’opéra et le Gewandhaus, à quelques mètres du Gewandhaus se trouve la maison de la famille Mendelssohn. Bien entendu, on ne saurait manquer les églises Saint-Nicolas et surtout Saint-Thomas, où Jean-Sébastien Bach a officié comme Cantor – directeur de la musique – de 1723 à sa mort en 1750.

IMG_3654(L’Opéra de Leipzig, construit en 1960)

IMG_3655(La nouvelle salle du Gewandhaus, inauguré le 8 octobre 1981, pour célébrer le bicentenaire de la fondation de l’orchestre)

IMG_3701(L’ancien hôtel de ville)

IMG_3658(L’église Saint-Nicolas)

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IMG_3677(L’église Saint-Thomas)

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IMG_3686(Le choeur de l’église Saint-Thomas et la tombe de J.S.Bach)

IMG_3663(L’école Saint-Nicolas, devenue musée, où Richard Wagner, né à Leipzig le 22 mai 1813, fit ses études primaires)

IMG_3672(La statue de Goethe qui a étudié le droit à Leipzig de 1765 à 1768)

D’autres photos suivront, d’autres commentaires aussi sur une cité aussi riche.

C’est à l’opéra de Leipzig que j’ai entendu hier l’orchestre du Gewandhaus, dans un ouvrage emblématique des théâtres lyriques allemands, Der Freischütz de Carl-Maria von Weber. Mêmes remarques que pour Eugène Onéguine avant hier : une honnête représentation d’un théâtre de troupe sans grand relief, les deux rôles féminins étant tenus par deux dames qui manquent de la grâce la plus élémentaire. Chef peu inspiré, incapable de faire jouer ensemble son bel orchestre – ah les cors du Gewandhaus ! – et le choeur bien indiscipliné. Mais c’était à Leipzig, et c’était bon d’entendre un ouvrage qu’on connaît par coeur. Evidemment quand on a dans l’oreille – dans l’ordre décroissant de mes préférences Carlos Kleiber (et l’orchestre voisin de Dresde !) avec Gundula Janowitz et Edith Mathis, Joseph Keilberth à Berlin avec Elisabeth Grümmer, Eugen Jochum à Munich avec Irmgard Seefried et la suave Rita Streich, c’est un peu difficile de se contenter d’une version simplement honnête.

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Une naissance

(De gauche à droite, François Hudry, JPR en cravate (!), Chiara Banchini, Michel Corboz, Pierre Gorjat)

Il y a trente ans, le 22 décembre 1987, la Radio suisse romande, sa chaîne culturelle et musicale Espace 2, lançait une émission de critique comparée de disques, sur le modèle de la défunte Tribune des critiques de disques de France Musique version Panigel, Bourgeois et Goléa. Pierre-Yves Tribolet, alors responsable musical de la chaîne, en avait confié la mission à François Hudry et m’avait demandé, sans que je puisse refuser (!), de former avec François et Pierre Gorjat le trio obligato qui serait le pilier de la nouvelle émission, Disques en Lice,  toujours vivante trente ans après !

François Hudry tenait à innover par rapport au modèle : l’écoute des différentes versions se ferait à l’aveugle, et pour préparer l’émission, il nous avait réunis deux ou trois fois, dans son appartement proche du Victoria Hall de Genève, pour qu’évidemment nous apprenions, Pierre, lui et moi, à mieux nous connaître mais surtout pour tester avec nous ce principe de l’écoute anonyme. Que de surprises et de fous rires, de prises de bec parfois, nous allions vivre au fil des ans !

Parmi cent souvenirs, trois me reviennent : une émission sur Pelléas et Mélisande de Debussy avec autour de la table Hugues Cuénod, Jacques jansen et Irène Joachim, les partenaires de la légendaire version Désormière, une autre où nous comparions des versions de la Symphonie de Franck et où j’affirmai avec certitude entendre une sonorité typique d’orchestre américain – c’était Plasson avec son orchestre du Capitole ! -, ou encore la présence – il était assis à côté de moi – du mythique Armand Panigel pour une confrontation sur le 2ème concerto pour piano de Brahms. 

Où je m’aperçus que le créateur de La Tribune était devenu nettement moins admirable à mes yeux : à vrai dire il redoutait l’exercice de l’écoute à l’aveugle, et ne voulant pas tomber de son piédestal, il pérorait volontiers tandis que nous écoutions les versions en lice. Tel pianiste était évidemment reconnaissable, « un Américain de toute évidence »…Je lui glissai qu’à mon avis nous écoutions Richter, je vis dans son regard qu’il me prenait pour un amateur. Lorsque François Hudry lui donna la parole, en premier évidemment, il affirma, de sa voix inimitable, que « bien sûr, il avait tout de suite reconnu la patte d’un célèbre pianiste….russe ». Mes voisins de table d’écoute furent estomaqués par tant de clairvoyance, jusqu’à ce que je leur raconte le fin mot de l’histoire.

Mais revenons à cette première émission de Disques en Lice en décembre 1987. J’étais non seulement intimidé par la présence de deux célébrités du répertoire baroque, mais je me sentais surtout totalement hors sujet : à la différence de mes compères François et Pierre, je ne m’étais jamais exercé à la critique musicale, et j’avais une connaissance très limitée de pans entiers du répertoire, comme cet Oratorio de Noël de Bach, opportunément choisi pour la circonstance.

L’émission n’était heureusement pas en direct, je me disais que si je proférais de grosses bêtises, elles pourraient toujours être éliminées au montage. Mais je n’en menais pas large, même si François Hudry m’avait justement conseillé de rester naturel, de me mettre à la place de l’auditeur et de ne pas poser au spécialiste. C’est finalement la ligne de conduite que je garderai tout au long de ma présence dans l’émission (que je devrai quitter en juillet 1993, pour cause de départ de la RSR… et de nomination à la direction de France Musique). Je m’apercevrai finalement que dire parfois tout haut ou poser les questions que l’auditeur n’ose jamais poser de peur de passer pour un ignorant, me permettait souvent plus de pertinence et d’impertinence dans mon propos et un éclairage moins « codé » sur l’oeuvre écoutée. Malgré cela, je ne doute pas d’être plus d’une fois passé pour un cuistre.

Et puis, comme je l’écrivais récemment (C’était mieux avant ?), je ne me suis, au fond, jamais senti l’âme d’un critique, qui est un genre en soi. Je suis trop impliqué, depuis trente ans justement, dans la vie musicale, dans la proximité des musiciens, pour être à l’aise dans un exercice qui suppose de la distance. Critique je le suis tous les jours dans mon métier, tant vis-à-vis de moi que des artistes que je fréquente ou engage, mais je connais trop les servitudes de leur noble métier, les contraintes de leur art, les conditions parfois rocambolesques d’un enregistrement, pour me poser en juge. Je préfère exprimer, ici ou ailleurs, mes enthousiasmes et taire mes déceptions.

Je ne me rappelle plus quelle version de l’Oratorio de Noël nous avions choisie. Peut-être l’une de ces deux-là qui m’accompagnent depuis longtemps :

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Une demande à Warner Classics : ne serait-il pas temps de rééditer l’extraordinaire discographie de Michel Corboz, qui, pour n’avoir pas eu l’aura ou le prestige de ses confrères Harnoncourt, Gardiner ou Herreweghe  a considérablement oeuvré à la redécouverte d’un immense répertoire choral, de Monteverdi à Frank Martin.

Monsieur le Comte est (bien) servi

Je n’avais pas gardé un grand souvenir de l’ouvrage lorsqu’il avait été représenté au Festival d’Aix-en-Provence en juillet 1995, je n’étais pas le seul : Le Comte Ory, une sage mécanique. Les stars de l’époque, Sumi Jo, William Matteuzzi, n’étaient pas en forme, sans parler de leur diction du français…

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Comme on n’a jamais été déçu par la programmation de l’Opéra Comique (lire Fantastique Fantasio), et qu’on n’a que de grands souvenirs des dernières présences de Louis Langrée dans la Salle Favart, on arrivait hier soir à la première du Comte Ory dans les meilleures dispositions.

IMG_3489(Le foyer de l’Opéra Comique, rouvert il y a six mois : Donner sa voix)

Autant le dire sans ambages, on a adoré ce spectacle, la mise en scène de Denis Podalydès collant parfaitement au propos de Rossini (décors, lumières, costumes à l’unisson), une distribution qui réunit la crème du jeune chant français – impensable il y a encore vingt ans ! – Julie Fuchs en Comtesse, Philippe Talbot en Comte Ory, Gaelle Arquez en Isolier, Eve-Maud Hubeaux en Dame Ragonde, Patrick Bolleire en Gouverneur, Jean-Sébastien Bou en Raimbaud, Jodie Devos en Alice, l’excellent choeur Les Eléments préparé par Joël Suhubiette, et dans la fosse les timbres fruités de l’Orchestre des Champs-Elysées, et la direction alerte, précise, mozartienne presque, de Louis Langrée, qui, comme toujours, révèle les trésors d’une partition éblouissante à laquelle je n’avais, à vrai dire, jamais porté grande attention.

Le public de cette première a fait un long triomphe à cette belle équipe.

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Avis aux amis belges, l’Opéra royal de Wallonie, dont le directeur était présent hier soir, est co-producteur de ce Comte Ory ! Et pour tout le monde, en direct sur CultureBox le 29 décembre 2017 et en différé sur France Musique le 21 janvier 2018.

Le chef qui n’aime pas les cheffes

France Musique s’est fait l’écho de l’une de ces polémiques dont raffolent les réseaux sociaux : Les femmes chefs d’orchestre ? Pas la « tasse de thé » de Mariss Jansons

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Cher Mariss Jansons, même si vous vous êtes rattrapé depuis, vous devriez savoir qu’il ne faut jamais se laisser aller au politiquement incorrect. Vous aviez bien le droit de penser que les femmes chefs d’orchestre, ce n’est pas trop votre cup of tea, vous n’étiez pas obligé de le dire !

Certes, comme vous-même vous passez votre vie à répéter et à diriger, à l’instar de tous vos collègues chefs, vous n’avez pas le temps d’aller voir et écouter de plus jeunes collègues, hommes ou femmes, et de constater que le monde musical a bien changé.

Je n’ose vous croire nostalgique d’une époque où les grands phalanges comme Berlin ou Vienne étaient exclusivement masculines (souvenez-vous de l’affaire Sabine Meyer, cette jeune clarinettiste que Karajan voulait recruter contre l’avis des musiciens des Berliner Philharmoniker)

Mais, je vous le concède, la féminisation des orchestres n’a pas été suivie, dans les mêmes proportions, de la féminisation des podiums. Et pourtant, elles ont bien du talent, et plus que ça même, les quelques cheffes qui ont émergé ces dernières années, sur les traces de leurs aînées Simone Young ou Marin Alsop.

En France, Claire Gibault et Laurence Equilbey ont longtemps été seules à fréquenter les podiums de chef.

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Aujourd’hui Nathalie Stutzmann dirige autant sinon plus qu’elle ne chante, certes plus à l’étranger qu’en France, même si Jean-Louis Grinda, après l’avoir invitée à l’Opéra de Monte-Carlo, lui a confié la direction du Mefistofele de Boito l’été prochain aux Chorégies d’Orange.

L’Opéra royal de Wallonie, à Liège, a depuis le début de cette saison, une nouvelle cheffe, Speranza Scappucci

La saison dernière, la cheffe assistante de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Marzena Diakun, avait fait sensation en remplaçant au pied levé Mikko Franck dans Die tote Stadt de Korngold en version de concert à la Maison de la radio

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Le grand Prêtre

Je l’avais annoncé dans mon billet Festival d’orchestres, mais, anniversaires obligent (Orchestre de Paris, Barenboim 75), j’ai différé de quelques jours l’hommage que je veux rendre à un chef sur qui j’ai eu des avis contrastés, Georges Prêtre (lire Série noire).

En effet, Sony/RCA sort un coffret annoncé, à tort, comme comprenant l’intégrale des enregistrements du chef français sous étiquette RCA.

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Il manque à ce coffret une formidable version de la Symphonie en ut de Bizet, captée à Bamberg.

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Mais pour le reste, à côté de deux opéras souvent réédités – pour moi l’une des plus belles versions de Traviata avec la jeune Montserrat Caballé, et une Lucia di Lammermoor vénéneuse avec Anna Moffo – d’authentiques découvertes.

J’ignorais que Georges Prêtre eût enregistré des symphonies de Sibelius – le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est très à l’aise et convaincant dans un univers sonore très éloigné de son coeur de répertoire, aussi bien dans la 2ème que la 5ème symphonie et dans un poème symphonique qui a résisté à plus d’une baguette Chevauchée nocturne et Lever de soleil. 

A écouter Also sprach Zarathustra, on regrette que Prêtre – qui a dirigé la création française de Capriccio à l’Opéra de Paris en 1964 avec Elisabeth Schwarzkopf – n’ait pas enregistré plus de Richard Strauss. Relever aussi un magnifique 3ème concerto de Rachmaninov par un Alexis Weissenberg à son meilleur – en 1967 – bien préférable à la version ultérieure avec Bernstein et l’Orchestre national. Et un récital plus anecdotique de la grande Shirley Verrett. L’occasion aussi de retrouver un grand violoniste italien un peu négligé chez nous, Uto Ughi, dans Bruch et Mendelssohn.

Mais il était impensable de ne pas retrouver Georges Prêtre dans de la musique française (malgré l’oubli du CD Bizet). Un doublé Berlioz, Harold en Italie et la Symphonie fantastique captés à Boston, sur les traces de Charles Munch.

Un coffret qui rend mieux justice à l’art polymorphe du chef décédé au début de cette année, et qui complète celui, plus fourre-tout, que Warner lui avait consacré: Georges Prêtre 1924-2017

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Un dimanche d’automne à Giverny

Commencé avant l’été – ma mauvaise (?) habitude d’avoir plusieurs lectures en parallèle – je venais d’achever Intrigue à Giverny d’Adrien Goetz.

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Après Bayeux, Versailles et Venise, voici Pénélope à Giverny, la patrie de Claude Monet. Notre intrépide conservatrice-détective assiste à un dîner au musée Marmottan-Monet, au cours duquel elle rencontre deux spécialistes de l’œuvre du grand impressionniste. Le lendemain, l’une, une religieuse, a disparu, alors que l’autre, une Américaine, est retrouvée égorgée. Wandrille, le compagnon-journaliste de Pénélope, est à Monaco où il couvre le mariage du prince Albert et de Charlène. Dans la principauté se prépare aussi la vente d’une toile de Monet. Vrai ou faux ? Le peintre, ami de Clemenceau, était-il vraiment l’homme tranquille qu’on connaît ? Un quatrième volume des Enquêtes de Pénélope aussi drôle qu’érudit. (Présentation de l’éditeur)

Je confirme : au-délà de l’intrigue policière qui n’est qu’un prétexte, le nouvel académicien (Adrien Goetz a été élu au printemps dernier à l’Académie des Beaux-Arts) livre des trésors d’informations sur le célèbre peintre, son amitié avec Clémenceeau, le petit monde des conservateurs de musée, une certaine faune parisienne.

Lorsque le même Adrien Goetz signale sur Facebook une exposition à voir au Musée de Vernon avant le 29 octobre – Blanche Hoschedé-Monet, un regard impressionniste – l’évidence s’impose.

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Blanche Hoschedé-Monet est la double belle-fille de Monet ! D’abord comme fille d’Alice Hoschedé qui, après la mort de son mari, épouse Claude Monet, dont elle était déjà la maîtresse, ensuite comme épouse de Jean Monet, le fils de Claude (vous suivez toujours ?). Le lien entre Claude et Blanche ne s’arrête pas à cette parenté, puisque après 1914, la mort de Jean, Blanche retourne vivre à Giverny auprès de Claude, veuf d’Alice depuis 1911.

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La peinture de Blanche n’est pas d’une originalité folle, mais comment le serait-elle dans pareil voisinage ? Mais il y une touche, une patte, quelque chose de mélancolique dans ces paysages familiers.

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Le Musée de Vernon n’est pas grand mais sa collection permanente comporte quelques jolies pièces

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IMG_2500(Claude Monet, Nymphéas, 1908)

IMG_2512(Félix Vallotton, Le Château Gaillard et la place des Andelys, 1924)

IMG_2504(Claude Monet, Falaise à Pourville, 1896)

IMG_2502(Theodore Earl Butler, Collégiale de Vernon)

IMG_2480(Mary Fairchild Macmonnies, Un coin de parc par temps de neige)

Arrivé dans la bourrasque à Vernon, le temps se calmant, je n’avais pas d’autre choix que de pousser jusqu’à Giverny,où je n’étais pas revenu depuis une bonne dizaine d’années. Mais un dimanche à midi, était-ce bien raisonnable de s’aventurer dans le flot de touristes qui a définitivement fait disparaître le charme paisible que Monet et ses amis affectionnaient ? Oui ce le fut, la météo du matin avait sans doute éloigné, momentanément, les hordes redoutées. La visite de la maison et des jardins de Monet en fut d’autant plus agréable (voir Jardins d’automne à Giverny)

IMG_2571(La chambre de Blanche Hoschedé-Monet)

Comme la veille on avait dîné chez Van Gogh à l’auberge Ravoux (voir La passion Van Gogh, on se dit qu’on devait faire étape pour déjeuner dans un autre lieu-culte, l’ancienne Auberge Baudy de Giverny. Demeure chargée d’histoire, et bonne table fleurant bon la tradition des déjeuners dominicaux de mon enfance. Le contraire de l’attrape-touristes !

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Madame de

L’hommage est unanime. L’âge d’abord, elle a atteint son centenaire dans la forme de jeune fille qui nous l’a fait tant aimer. Une carrière comme on n’en fait plus : Un destin et une longévité hors du commun

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Danielle Darrieux, disparue ce 17 octobre, ne nous laisse pas tristes. Puisqu’elle nous lègue tant de beaux rôles au cinéma, tant de jolies chansons aussi, et cette forme d’émerveillement, de bonne humeur, qui nous faisait du bien chaque fois que nous la voyions..

On va revoir ses films, en découvrir certains, Madame de, Marie Octobre, 8 femmes, et bien d’autres et se rappeler sa très jolie voix.

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Mort d’un gentilhomme

En juillet c’était Claude Rich puis Jeanne Moreau (lire Le tourbillon de la vie), fin août c’était Mireille Darc (lire De battre son coeur s’est arrêté), en septembre Gisèle Casadesus (Une famille formidable) et maintenant Jean Rochefort.  L’automne promet d’être long…

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On aimerait tellement croire immortels ceux que nous aimons. Jean Rochefort on l’aimait – les médias, pour une fois, sont unanimes – parce qu’il était en somme tout ce qu’on aimerait être soi-même : «  Mon père est trop complexe et multiple pour être croqué justement. Son amour pour l’être humain, la nature, le simple et le vrai sont les choses que j’ai admirées tout particulièrement. Sa grande liberté d’être, le goût du rire et son âme enfantine à toute épreuve sont les plus beaux cadeaux qu’il a déposés à nos portes. » (son fils Pierre, comédien, dans Le Parisien).

Etonnamment pour un acteur si authentiquement français dans sa carrière au théâtre et au cinéma et dans sa diction comme dans le timbre de sa voix, j’ai toujours trouvé à Rocherfort une allure, une élégance, un humour très british. Un peu comme le Peter Sellers de The Party le chef-d’oeuvre de Blake Edwards

France 2 rediffuse ce soir Un éléphant ça trompe énormément suivi de Nous irons tous au paradis

On aurait pu aussi avoir Les Grands Ducs ou Calmos. 

Ou le Crabe Tambour ou Le Mari de la coiffeuse et tant d’autres films où Jean Rochefort n’est jamais médiocre ni quelconque.

Je m’autorise à citer un ami qui a eu la chance de travailler avec Jean Rochefort, il me disait cela hier soir, il se reconnaîtra…

« Nous sommes entrés sur scène plus de 200 fois ensemble…il était d’une drôlerie folle…mais aussi d’un profond désespoir…Je l’ai vu une dernière fois il y a un an…il était très diminué…en le quittant et l’embrassant, je lui ai dit que j’espérais le revoir vite…Il m’a fixé de ses beaux yeux bleus et m’a dit: « Tu ne crois pas que l’on devrait rester sur une bonne impression ?. » Et puis on a pleuré tous les deux….

Le génie de Genia (II)

Quatre mois après un premier coffret paré d’argent, paraît la suite, tant attendue, du projet discographique sans doute le plus considérable de l’histoire du disque : une anthologie quasi exhaustive de la musique symphonique russe par un géant de la direction d’orchestre, Evgueni Svetlanov (lire Le génie de Genia).

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Le premier coffret couvrait tous les compositeurs du XIXème siècle de Glinka à Liapounov et comportait relativement peu d’inédits, la plupart de ces enregistrements avaient été édités en CD, sous différentes étiquettes ou labels.

On retrouve ici des Rachmaninov, Scriabine d’anthologie, portés par un souffle immense, une intégrale d’un compositeur certes prolifique et inégal, mais bien négligé en Occident, Glazounov (mort à Neuilly en 1936 !).

Mais ce second coffret révèle bien des surprises : trois CD consacrés au très médiocre mais inamovible secrétaire de l’Union des compositeurs soviétiques (de 1948 à 1991 !) Tikhon Khrennikov, trois au contestable et pas toujours inspiré Rodion Chtchedrine (six lettres en russe, Щедрин, onze en français !), époux à la ville de la célèbre danseuse Maia Plisstetskaia, disparue en 2015. Mais de grands absents, quasiment rien de Prokofiev, Khatchaturian, Weinberg ou Glière, quelques symphonies de Chostakovitch, rien de Schnittke, Gubaidulina, Denisov, en revanche une superbe anthologie, très remarquée à sa sortie, des symphonies de Miaskovski. Incompréhensible l’absence des propres compositions orchestrales de Svetlanov, qui, pour n’être pas touchées par le génie, ne sont pas inécoutables, loin de là. Pudeur de l’éditeur, des proches du chef ?

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Evidemment, ce coffret comme le premier (ou ceux que Melodia a consacrés à Richter et Gilels) n’est pas bon marché, mais les différences de prix entre les pays sont incompréhensibles : 455 € sur le site français d’Amazon, 315 € lorsque je l’ai commandé, maintenant à 345 € (110 € de moins !) sur le site italien du même distributeur.

Détails du coffret sur bestofclassic.skynetblogs.be

On consacrera ultérieurement des chroniques à certains des compositeurs, connus ou inconnus, à certains des solistes aussi, présents dans ce coffret (comme le tout jeune Vadim Repin, interprète de luxe des concertos de Khrennikov !)

Salut les artistes (suite)

Ces jours derniers encore, tristesse et bonheur mêlés. De grands musiciens qui disparaissent, la philosophe et auteure Anne Dufourmantelle  noyée sur une plage de Ramatuelle pour avoir secouru des enfants imprudents.

Ernst Ottensamer, formidable clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Vienne, victime d’une crise cardiaque le 22 juillet, est le père de deux clarinettistes, Andreas – soliste de l’Orchestre philharmonique de Berlin – et Daniel, lui aussi soliste à Vienne !

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Ce beau disque nous donne à entendre un timbre de velours, cette manière si typiquement viennoise de faire chanter l’instrument. Hommage !

Autre disparition apprise hier, le violoniste et chef suisse Thomas Füri, au lendemain de son 70ème anniversaire. Avec son ensemble Camerata Bern, il avait exploré, dans les années 80, tout un répertoire baroque et classique, qui ne correspond plus aux canons interprétatifs fixés par Harnoncourt ou Gardiner, mais ses disques ont eu au moins, pour moi, le mérite de la nouveauté et de la découverte.

Mais la gloire et le succès sont venus au violoniste suisse avec les disques enregistrés pour Decca avec l’ensemble I Salonisti 

 

Côté Festival, les bonheurs furent intenses et nombreux.

CC680DF/SdCard//DCIM/104LEICA/L1047802.JPGSamedi soir une Siberia d’anthologie avec une formidable équipe menée par Domingo Hindoyan, Choeur et orchestre national de Montpellier, choeur de la Radio lettone, Sonya Yoncheva, Murat Karahan, Catherine Carby, Anais Constant, Riccardo Fassi…

A réécouter ici sur Francemusique.fr.

Dimanche, certains, les plus nombreux, étaient à la plage ou à regarder l’arrivée du Tour de France, les autres ont eu droit à trois récitals de piano et un concert « révolutionnaire » avec Julien Chauvin et son Concert de la Loge.

Voilà ce qu’écrit Remy Louis sur Facebook du pianiste allemand Herbert Schuch (lire Frontières sans traité) : Formidable récital de piano de Herbert Schuch hier au Festival Radio France Occitanie Montpellier. La musique est pensée comme une architecture en mouvement; la densité expressive et l’émotion naissent de l’exigence même du geste. Le jeu très ample et très intérieur de Schuch ne fait aucune concession à l’anecdote. La sonorité est puissante, les contrastes fulgurants, parfois rugueux, mais toujours logiques. L’échelle dynamique est considérable, la gamme des couleurs aussi. L’indépendance des mains, la pédalisation subtile, la conduite magistrale des phrasés, le jeu avec les silences concourent à la force de la narration, qui envoûte pour ne plus lâcher….

714xlk6ril-_sl1500_Comment ce pianiste de 38 ans peut-il être oublié des séries symphoniques parisiennes ??  Il n’est pas le seul… Severin von Eckardstein serait une autre exemple. 

Et Florent Boffard, et Andrei Korobeinikov, parcourant l’évolution du langage pianistique de Liszt à Boulez.

Trois récitals qui seront bientôt diffusés et disponibles sur francemusique.fr

Comme le concert fleuve de Julien Chauvin et du Concert de la Loge à réécouter ici

Hier, une fois de plus, on ne savait où donner de l’oreille, entre Justin Taylor à midi, l’ensemble Contrastes à 18 h, la première des trois soirées Tohu Bohu sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier

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Et les 30 ans du Concert Spirituel célébrés par un Opéra imaginaire conçu et dirigé par Hervé Niquet – qui avaient fait l’ouverture du Festival le 10 juillet à Pibrac (Révolution). Une véritable recréation/récréation qui sera redonnée à Versailles, à Metz, à Paris… avec de fantastiques solistes qui, pour deux d’entre eux, ont le même âge que la formation d’Hervé Niquet ! Agapes hier soir…

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Hervé Niquet, Katherine Watson, Reinoud van Mechelen, Karine Deshayes

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