L’autre pianiste italien

Il a un nom et une allure de chanteur de charme napolitain  de l’entre-deux-guerres. Une vie chaotique, une carrière anémique. Une fiche Wikipedia… qui tient en une ligne : Sergio Fiorentino, né le 22 décembre 1927 à Naples, mort dans la même ville le 22 août 1998, est un pianiste et enseignant italien !

Un peu par hasard, j’avais acheté il y a quelques années un coffret… miraculeux.

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71lmlMiLgYL._SL1050_Des enregistrements tout simplement somptueux, admirables, les qualificatifs manquent.  Et je n’en ai jamais parlé sur ce blog ! Pourquoi ?

Jean-Charles Hoffelé me donne l’occasion de me rattraper. Il consacre au musicien qu’Arturo Benedetti Michelangelison quasi-contemporain, désignait affectueusement comme « le seul autre pianiste », une pleine page de sa chronique Quelques années avant J.-C. dans le numéro de juin de Classica

Classica No. 213 - Juin 2019

« Le sort s’acharna contre ce haut jeune homme brun à l’oeil vif, au physique de tennisman, au jeu athlétique, dont la technique éblouissante semblait innée. Ses grandes mains venaient à bout des textes les plus abrupts, ses larges épaules donnaient au piano l’ampleur d’un orchestre/…. /Alors qu’il vient d’avoir 25 ans, New York lui fait fête, l’avenir s’annonce radieux, mais un accident d’avion qui manque de le tuer brise net son élan. Adieu la scène, retour au Conservatoire de Naples qui lui offre une classe/…../ Londres devient son second port d’attache, le disque s’en mêle pour son malheur. Un label désargenté (Concert Artist) capture son art incandescent/…./une vingtaine de microsillons dont il sera spolié, l’éditeur n’hésitant pas à les publier sous des pseudonymes… »  La suite à lire dans Classica ou sur Artamag.

Ecrivant ce billet, je découvre sur Youtube cette extraordinaire interview de Sergio Fiorentino, enregistrée cinq ans avant sa mort… Comme on eût aimé rencontrer, entendre en concert, ce magnifique personnage, qui prouve, une fois de plus, que les plus grands sont les plus simples.

Par chance, les enregistrements de cet immense musicien ressortent, dans des conditions aussi optimales que possible.

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819XMHImaRL._SL1500_Malheureusement dans ce coffret, où l’on a d’abord écouté les Chopin, on est confronté à des prises de son très disparates, voire scandaleuses eu égard aux dates d’enregistrement (début des années 60).

Attention aux prix pratiqués : pour le même coffret (comme ce volume 4), le même distributeur le propose du simple ou double : Amazon Allemagne est à 19,99 €, Amazon France est à 40 € (comme la FNAC)

Les vraies nouveautés ce sont ces coffrets salués par J.C. Hoffelé dans Classica, des rééditions extrêmement soignées d’une intégrale Rachmaninov captée par la RAI en 1987, ainsi qu’un « live » de Taiwan de 1998.

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Les deux coffrets sont disponibles sur le site de l’éditeur : Rhine Classics.

Je les ai moi-même commandés par ce moyen… et reçus en moins de quinze jours !

Et quand Fiorentino évoque (et joue) lui-même Rachmaninov…

peut-on encore douter de la nécessité d’acquérir tous ces précieux témoignages de l’art de l’un des plus grands interprètes du XXème siècle, si scandaleusement oublié…?

Après Cannes et avant Montpellier

Je suis en train de terminer un bouquin, dont la présentation spartiate ne laisse rien deviner de la verve iconoclaste et jouissive de son auteur.

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Gérard Lefortc’était la plume cinéma de Libé (journal qu’il a quitté en 2014), l’une des voix de France Inter (dans Le Masque et la plume notamment). Et c’est un style inimitable !

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Extraits de ces souvenirs :

« Pandémonium est un néologisme inventé à la fin du XVIIe siècle par le poète anglais John Milton pour désigner un lieu où règnent chaos, confusion, vacarme et fureur. Autrement dit un enfer. Pour l’avoir fréquenté pendant plus de trente ans ans, je peux du haut de ma modeste légitimité témoigner que le festival de Cannes est un parfait pandémonium où bien des démons s’agitent. Une foire aux vanités qui est aussi un bûcher.
Mais d’expérience, il s’avère que cet enfer est aussi un paradis. Le paradis des films bien évidemment mais aussi le paradis d’une vie quotidienne littéralement extraordinaire : celle du festivalier qui, glissé dans une identité très provisoire, Grande Duchesse du cinéma ou Manant de la critique, habite une Principauté d’opérette (Monaco est à un jet de Riviera) où le comique le dispute au tragique, les coups fourrés aux coups de cœur, les bonnes blagues aux crises de nerfs. Etre citoyen du Festival de Cannes, c’est osciller sans cesse entre crise de nerfs, fous rires puissants et joie de vivre –; somme toute des grandes vacances, comme une parenthèse enchantée et maléfique, hors norme, hors de soi et parfois hors la loi.
Entre Mission Impossible et Marx Brothers, c’est le récit de ces vacances en Festival, que je voudrais entreprendre. Un  » roman  » parallèle, marginal et underground. Au hasard des souvenirs, bons ou mauvais, des anecdotes, hilarantes ou à pleurer, mais sans aucune nostalgie. Chaque année on peste d’aller au Festival, chaque année on est ravi d’y être. Jusqu’au jour où, c’est juré ! on n’y mettra plus jamais les pieds. Jusqu’à la prochaine fois.

Anecdote
En mai 1988, à l’occasion de la présentation à Cannes de son nouveau film Bird, consacré au jazzman Charlie Parker, ma collègue Marie Colmant et moi-même décrochons pour Libération une interview exclusive de son réalisateur Clint Eastwood.
Il aurait sans doute été plus simple de rencontrer le président des Etats-Unis. Rendez-vous top secret avec l’attachée de presse dans le hall de l’hôtel Carlton ; exfiltration par les cuisines ; porte dérobée sur une rue adjacente ; limousine noire à verres fumés ; départ en trombe vers l’hôtel Eden Roc du cap d’Antibes où sont logées les super stars.  » Ça manque un peu de gyrophares et de motards « , commente Marie.
Arrivés sur place, nous sommes réceptionnés par trois gardes du corps en lunettes noires et oreillettes, qui, après un brin de fouille corporelle, nous accompagnent vers un coin retiré du parc de l’hôtel. Nous pénétrons dans le sanctuaire dit des  » cabanas « , paradis pour milliardaires avec crique privée et cabanon de luxe. Eastwood nous y attend, cordial et sympathique comme si on s’était quittés la veille.
L’entretien commence. Mais au bout d’un quart d’heure, un gros animal s’interpose entre nous et la vue sur mer, avant de détaler.  » Tiens, un lièvre « , dit Marie à voix basse. Euh, non Marie, ce n’était pas un lièvre mais un rat, énorme, dodu à souhait, palace oblige. Nous n’osons pas en parler à Eastwood. Mais, intrigué par notre conciliabule, il nous en demande la raison et nous lâchons le morceau.  » Un rat ? commente Clint Eastwood plus cool que jamais. Dommage que vous ne m’ayez rien dit, j’ai toujours un flingue à portée de main.  »

Et puis cette fabuleuse nouvelle, tombée en fin de semaine dernière : Santtu-Matias Rouvali nommé chef principal du Philharmonia de Londres.

Le jeune chef finlandais (33 ans!) se voit ainsi confier les rênes de l’une des plus prestigieuses phalanges européennes et la succession de son illustre compatriote Esa-Pekka Salonen.

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Extraits de mon blog :

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables. (22 juillet 2014)

Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre…. Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… (23 juillet 2018)

Hier soir, à Radio France, célébration du talent et de la jeunesse : un violoncelliste de 20 ans devenu star mondiale par la grâce d’un mariage princier, un chef qui le toise du haut de ses…32 ans (!!) qu’on découvre à chaque concert, depuis 2014, plus pertinent, insolemment doué, charismatique – si le mot n’est pas trop galvaudé (9 février 2019)

Il y a quelques mois, j’étais allé rencontrer et entendre Santtu-Matias Rouvali dans son repaire finlandais, avec « ses » musiciens de l’orchestre philharmonique de Tampere (Etoiles du Nord)

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Pour concrétiser l’invitation faite l’été dernier : l’orchestre et le chef donnent deux concerts, dont la « last night » – ce seront les seules occasions de voir et d’entendre Santtu-Matias Rouvali en France ces prochains mois ! – au Festival Radio France à Montpellier, les 25 et 26 juillet prochains. Un conseil : réservez vite (lefestival.eu)

 

 

 

Quand les sondages ont tort

Les soirées électorales se suivent… et se ressemblent.

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À entendre la grande majorité des intervenants sur les plateaux de télévision, c’est toujours la même musique : les électeurs ont quand même un culot incroyable, puisqu’ils démentent les sondages !

Et toutes les analyses de se faire non pas à partir de la réalité sortie des urnes, mais en rapport avec les sondages. On parle ainsi de victoire « inespérée », « inattendue » des Verts – mais par rapport à quoi? à ce qu’annonçaient les fameux sondages ! -, d’effondrement des Républicains – mais, pire encore, par rapport aux espérances trompettées par les soutiens de M. Bellamy, avec le soutien de médias importants !

Et puis bien sûr le « triomphe » de Marine Le Pen, « l’échec » d’Emmanuel Macron, etc. Résultat final, l’écart entre les deux listes n’est que de 0,9 % !

En politique, il vaut mieux éviter d’avoir la mémoire courte. La comparaison des résultats de 2014 et 2019 est édifiante et devrait inciter les responsables politiques et ceux qui font profession de journalisme à un peu plus d’exigence et de rigueur :

2014 :
François Hollande est président de la République
Abstention 57,57 %
Votants 42,43%

Front National 24,86%  24 sièges
UMP 20,81    20
Union de la Gauche 13,98  13
Union du Centre 9,94 7
Europe Écologie – Les Verts 8,95 6
Front de Gauche 6,33 3
Divers gauche 3,18 1
Total sièges 74

2019
Abstention 49,27 %
Votants 50,73

Rassemblement national 23,31% 23 sièges
La République en marche, Modem  22,41 23
Europe Écologie – Les Verts 13,47 13
Les Républicains (LR) 8,48 8
La France Insoumise (LFI) 6,31 6
Parti socialiste 6,19 6
Total sièges 79 (après que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne !)

De même, lorsqu’on voit la composition du prochain parlement européen, il y a de quoi se réjouir que, dans la plupart des pays européens, les électeurs aient déjoué les prévisions des sondages… Les pro-européens ont gagné cette élection, les extrêmes sont loin de triompher !

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Il y a cinq ans, j’écrivais ceci : Changer

Je n’ai pas reconnu ma France hier soir.

Mais je ne me sens pas le droit d’insulter ces compatriotes qui ont mis beaucoup d’ombre sur le bleu de notre drapeau tricolore. Ni d’insulter qui que ce soit d’autre d’ailleurs. À un choc pareil, très largement irrationnel, dé-raisonnable, on n’oppose pas l’invective ou le mépris. On essaie de comprendre, et je ne suis pas loin de penser, comme plusieurs analystes l’ont fait remarquer hier soir, que depuis le 21 avril 2002 – pour rappel, l’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle, et la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac –  on n’a tiré aucun enseignement, on n’a rien changé au logiciel politique français. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, comment s’étonner que triomphe la seule parole qui s’adresse à ces millions d’électeurs déboussolés, désarçonnés, révoltés, en leur promettant des lendemains qui chantent ? L’invocation de l’Histoire, la mémoire de ses horreurs, n’ont aucun poids, quand on n’a pour horizon que son malheur quotidien.

La parole publique doit changer, les hommes et les femmes de culture doivent changer, les politiques doivent  changer. Sortir de leur entre-soi, de leurs conventions, de leurs lamentations.

Il y a bientôt 25 ans, tous nos frères d’Europe orientale ont cru de toutes leurs forces que la liberté était possible, pour peu qu’on la veuille, que le changement était possible, pour peu qu’on le veuille. A-t-on déjà oublié la dernière Révolution du siècle passé ? (26 mai 2014)

Le seul changement intervenu depuis cinq ans, c’est effectivement l’éparpillement façon puzzle – pour paraphraser Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs – qu’a provoqué l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Mais les raisons du succès de l’extrême droite, elles, n’ont pas changé…

 

 

 

Je vote pour Marx

En cette veille d’une élection capitale pour l’avenir de l’Europe, je vous invite à voter, comme moi, pour Marx.

Karl le penseur ? ou Thierry l’inventif chef cuisinier ?

img_3835(La statue monumentale de Karl Marx à Chemnitz, ex-Karl Marx Stadt)

Un homonyme prénommé Joseph, Joseph Marx, compositeur, pédagogue et critique musical autrichien* né en 1882 et mort en 1964 à Graz.

Naxos semble parti pour rééditer les enregistrements réalisés pour le label britannique ASV. Dans les « nouveautés » de ce mois-ci un disque magnifique tout entier dévolu aux mélodies orchestrales de Joseph Marx : on retrouve avec bonheur les timbres et la sensualité de la soprano américaine Angela Maria Blasi et de la mezzo-soprano allemande Stella Doufexistrop tôt disparue à l’âge de 47 ans.

 

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Joseph Marx – est-ce la raison de son effacement de l’histoire musicale du XXème siècle ? – n’est ni un aventurier, ni un défricheur. Il se tient, au moins pour cet important corpus de 150 Lieder, dont 120 écrits de 1908 à 1912, dans le sillage d’un Richard Strauss

On avait déjà eu un bel aperçu de ce talent singulier, il y a dix ans, grâce à un disque peu connu du chef tchèque Jiří Bělohlávekdont le seul défaut est la voix de la soliste, Christine Brewer, affligée d’un vibrato mal contrôlé !

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L’oeuvre symphonique de Joseph Marx commence à être redécouverte et enregistrée depuis une vingtaine d’années.

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71FVxLSsipL._SL1200_Témoin cette autre nouveauté : la monumentale Herbstsymphonie (Une symphonie d’automne), le premier opus orchestral d’envergure de Joseph Marx, écrit en 1921, créé le 5 février 1922 à Vienne.

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* A propos de compositeur « autrichien », cette erreur faite par à peu près tout le monde – témoin cette plaque de l’avenue Mozart à Paris – :

12644836Mozart n’est pas un compositeur « autrichien » ! Mais allemand ! En effet, il naît, comme nul ne peut l’ignorer, à Salzbourg le 27 janvier 1756. L’archevêché de Salzbourg dépend du prince-électeur de Bavière, donc du Saint-Empire romain germanique, ledit archevêché ne passe sous suzeraineté autrichienne qu’en 1815 à l’occasion du congrès de Vienne. Le père de Wolfgang, Leopold, est né lui aussi Allemand, à Augsburg en Souabe !  Certes Mozart est mort à Vienne en 1791, mais on ne sache pas qu’il ait été naturalisé autrichien, concept juridique qui n’existait tout simplement pas à son époque !

 

 

 

Les couleurs françaises

Un début de semaine a priori tout en contrastes, deux soirées qui paraissent n’avoir aucun lien. Et pourtant …

Lundi soir, c’était un concert immanquable : Louis Langrée dirigeait un programme tout Ravel à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées... au théâtre des Champs-Elysées comme il se doit. Et avec une soliste de grand luxe, Anne Sofie von Otterqui nous avait bouleversés en Prieure des Dialogues des Carmélites de Poulencdans ce même théâtre il y a un peu plus d’un an.

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C’est la première fois que la formation fondée par Philippe Herreweghe s’attaquait à Ravel. Essai marqué et réussi ! On n’est pas surpris que Louis Langrée se meuve tout à son aise dans un univers – celui de Ravel – qui n’a plus aucun secret pour lui !

On admire le travail de coloriste qui fait entendre une incroyable palette dans l’ouverture « de féerie » Shéhérazade mais plus encore dans Ma mère l’oyeQuel savoureux orchestre, quel fruité dans les timbres !

C’est évidemment dans l’autre Shéhérazadele cycle de trois mélodies que Ravel écrit en 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, très wagnérien pseudonyme de l’écrivain Léon Leclère (1874-1966), qu’on attend le couple inédit Langrée/Von Otter. On craint, bien à tort, que la chanteuse sexagénaire, se trouve en difficulté dans certains passages tendus de la partition, et on rend les armes devant tant de parfait investissement dans le texte de ces mélodies qu’on connaît par coeur, tant de volupté dans le déploiement d’une voix qui n’a rien perdu d’une sensualité si bien appariée à la langue française. La sensualité est aussi du côté de l’orchestre. Et comment !

Le concert se termine par l’apocalyptique Valse  (lire les souvenirs de Ravel lui-même : La Valse à Vienne). Louis Langrée dit, dans la vidéo ci-dessus, tout ce qu’est ce chef-d’oeuvre, il en donne avec l’orchestre des Champs-Elysées une version, une vision comme radiographiée, éblouissante de timbres et de couleurs, qui évite les excès de rubato auxquels bien des baguettes illustres cèdent trop souvent… comme le cher Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National de France dans ces mêmes murs en 1975 !

L’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée poursuivent leur « tournée » Ravel : après Paris, Poitiers, Saintes, ils sont ce jeudi à l’abbaye de l’Epau et vendredi, en Occitanie, à l’Archipel à Perpignan. Not to be missed !

Mardi soir réjouissances d’un autre genre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, les 20 ans d’une émission de France Musique, qui a traversé le temps, les directions successives de la chaîne : Etonnez-moi Benoît

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Benoît Duteurtre a eu la gentillesse de rappeler que je fus le premier à lui confier une émission sur France Musique (Les beaux dimanches) avant que Pierre Bouteiller ne l’invite à nous étonner chaque samedi matin.

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Cette soirée anniversaire – qui sera diffusée le 8 juin sur France Musique – aurait pu n’être que nostalgie et regrets de temps révolus, surtout avec pour invités d’honneur Marcel Amont (90 ans) Hervé Vilard ou Marie-Paule Belle (72 ans)

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Et ce fut tout le contraire, même si on n’évita pas quelques refrains sur le mode « c’était mieux avant ».

Il faut écouter France Musique le 8 juin, Marcel Amont rendant un hommage drôlissime à ses parents, Marie-Paule Belle reprenant sa Parisienne et rendant le plus émouvant des hommages à BarbaraHervé Vilard racontant les origines de son Capri c’est fini et surtout  chantant Maurice Fanon.

Et puis apportant un démenti cinglant à ceux qui pensent que l’opérette, la chanson, la comédie musicale, c’est fini, c’est ringard, Marie Lenormand, Franck Leguérinel, Emeline Bayart, l’orchestre Les Frivolités parisiennes

et d’autres encore nous rappelaient qu’Offenbach, Maurice Yvain, Messager et tous ces répertoires qu’illustrent l’Opéra Comique, le théâtre Marigny, le Palazzetto Bru Zane, sont bien vivants et vivaces.

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Fidélité

Il y a huit ans, j’annonçais la nomination de Christian Arming comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

Il y a cinq ans, avant de quitter la direction de l’OPRL, j’annonçais la prolongation du mandat de Christian Arming.

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Hier, je tenais à être à Liège pour le dernier concert d’abonnement du chef autrichien en sa qualité de directeur musical de la phalange liégeoise, qui entamera, à la rentrée, un nouveau chapitre de sa belle histoire avec l’arrivée de Gergely Madaras.

IMG_3313Un programme « signature » pour Christian Arming, qui faisait se côtoyer deux oeuvres contemporaines, mais d’esthétiques pour le moins opposées (!), la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók – créée à Bâle en janvier 1937 par son commanditaire, Paul Sacher – et les célébrissimes Carmina Burana de Carl Orff créées, elles, en juillet 1937 à Francfort.

Le Bartók était un choix courageux: la pièce est extraordinairement difficile, pas seulement parce qu’elle confronte deux orchestres à cordes, mais surtout parce qu’elle expose en pleine lumière le quatuor d’orchestre, singulièrement les altos. C’était d’ailleurs la première fois que cette Musique pour cordes, percussion et célesta était jouée depuis plus de vingt ans ! Le concert d’hier soir montrait que Christian Arming avait eu raison de faire confiance à « son » orchestre, même si l’interprétation est restée de bout en bout trop prudente, manquant de feu intérieur. C’est le type même de partition qu’il faut jouer et rejouer pour y atteindre la liberté et l’élan qu’elle requiert.

Et quand on a, comme moi, dans l’oreille, une version jadis découverte… aux Etats-Unis, une extraordinaire prise de concert réalisée au Conservatoire de Moscou en 1965, avec Evgueni Mravinski et son Philharmonique de Leningrad, difficile de faire des comparaisons…

Mais la seconde partie allait combler toutes les attentes d’une Salle philharmonique comble. Orchestre en grand apparat, formidable Choeur philharmonique tchèque de Brno, excellente Maîtrise de l’Opéra royal de Wallonie, un baryton un peu sous-dimensionné (et surtout peu investi dans le « rôle »), ténor et soprano parfaits.

Ces Carmina Burana sont redonnés ce dimanche après-midi.

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Mais une soirée à la Salle Philharmonique c’est toujours pour moi l’occasion de revoir nombre de visages connus dans le public, les musiciens, les collaborateurs de l’Orchestre, qui m’ont « supporté » pendant quinze ans (!), et puis des amis que je ne m’attendais pas à voir, comme Boris Belkinl’immense violoniste, sur qui les années ne semblent avoir aucune prise, devenu un ami cher et un compagnon de nombre d’aventures musicales. Boris habite à Liège depuis longtemps, il y a sa famille et ses attaches. Il enseigne au conservatoire de Maastricht, où il fait grandir quelques élèves talentueux, naguère Janine Jansen, et plus récemment le plus célèbre recalé de l’actuel Concours Reine ElisabethDaniel Kogan (lire mon billet : De l’utilité des concours (suite) ou la disparition de Daniel K.

Le disciple et le maître étaient au concert hier soir !

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J’ai déjà pris date avec le petit-fils de Leonid Kogan pour l’édition 2020 du Festival Radio France !

La voix de Doris Day

Plus personne, en dehors des gens de sa génération, et peut-être un peu de la mienne, ne se rappelle qui était vraiment Doris Day, l’actrice et chanteuse américaine disparue le 13 mai à l’âge respectable de 97 ans ! Même si l’AFP et Le Monde titraient : Doris Day, star hollywoodienne des années 50 et 60, est morte

Une carrière au cinéma, qui ne lui a jamais valu la reconnaissance de Hollywood justement, et qui se résume dans la mémoire collective, à un rôle et une chanson dans L’homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock

J’avoue ne m’être jamais passionné pour les comédies auxquelles la blonde Américaine s’est prêtée, sans y laisser un souvenir impérissable…

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Mais Doris Day, pour moi et depuis longtemps, c’est une voix, une grande voix, qui m’est chère et proche. Une voix large, puissante, vibrante et pourtant chargée de fêlures, de raucités, caressante sans être mièvre, Comme l’indique  la très complète notice que lui consacre Wikipediaune authentique « crooner » . La comparaison avec les « vedettes » ou supposées stars de la chanson d’aujourd’hui est cruelle…

Etablir une discographie de Doris Day relève de l’impossible. Comme pour ses confrères masculins, Sinatra, Dean Martin, Bing Crosby, c’est la grande pagaille, on trouve tout et n’importe quoi. S’en tenir à des éditeurs sérieux, et faire ses propres compilations…

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Un mois après l’incendie de Notre Dame de Paris, on ne se lasse pas de réécouter cette version – ma préférée ! – de I love Paris de Cole Porter