Lumières baltes

Les présidentes et président des républiques baltes d’Estonie, Lettonie et Lituanie, ont inauguré, lundi dernier, aux côtés d’Emmanuel Macron, une très belle exposition au Musée d’Orsay  : Âmes sauvages, le Symbolisme dans les pays baltes.

IMG_4970(Nikolai Trrik / Estonie, Le départ pour la guerre 1909)

Cette exposition – la première de cette envergure à Paris – s’inscrit dans un ensemble de manifestations culturelles organisées pour célébrer le centenaire de l’indépendance de ces trois pays de l’est de l’Europe – Lettonie, Lituanie, Estonie – si mal connus. Le moins qu’on puisse dire est que ceux qu’on désigne par facilité les pays baltes sont les grands oubliés de l’histoire du XXème siècle (lire Les pays baltes).

On n’a pas honte d’avouer qu’à l’exception du Lituanien Čiurlionis – que je connaissais comme compositeur, que j’ai découvert comme peintre – les noms des peintres et sculpteurs exposés à Orsay m’étaient tous inconnus.

IMG_4954(Oskar Kallis / Estonie, Linda portant un rocher, 1917)

IMG_4956(Janis Rozentals / Lettonie, Arcadie, 1910)

IMG_4960(Emilija Gruzite / Lettonie, Paysage fantastique, 1910)

IMG_4964(Petras Kalpokas / Lituanie, La Cité enchantée, 1912)

IMG_4963(Alexandrs Romans / Lettonie, Paysage au cavalier, 1910)

IMG_4966(Rudolfs Perle / Lettonie, Le soleil au crépuscule, 1916)

IMG_4968(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, Au pays où sont les tombes des héros, 1911)

IMG_4972(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, La tombe de Povilas Visinskis, 1907)

IMG_4974(Johann Walter / Lettonie, Jeune paysanne, 1904)

IMG_4976(Ferdynand Ruszczyk / Biélorussie, Le passé, 1902)

IMG_4978(Nikolai Trrik / Estonie, Paysage décoratif de Norvège, 1908)

IMG_4982(Vilelms Purvitis / Lettonie, Les eaux printanières, 1910)

IMG_4980(Jaan Koort / Estonie, Paysage de Norvège, 1907)

IMG_4984(Vilelms Purvitis / Lettonie, Hiver, 1908)

IMG_4986(Vilelms Purvitis / Lettonie, Automne, 1914)

IMG_4988(Johann Walter / Lettonie, Un bois, 1904)

IMG_4990(Petras Kalpokas / Lituanie, Paysage, 1911)

IMG_4992(Petras Kalpokas / Lituanie, Arbres près d’un lac, 1914)

Je laisse aux spécialistes le soin d’opérer des rapprochements ou des comparaisons avec les peintres symbolistes occidentaux, j’ai pour ma part été enthousiasmé par la lumière et la vivacité des couleurs de ces toiles.

Si la peinture balte est encore une vaste terra incognita pour nos regards français, que dire de la musique de ces pays ? Pour un Arvo Pärt qui a conquis une célébrité universelle, les noms de ses compatriotes estoniens Tubin, Tüur, restent l’apanage des seuls mélomanes curieux, grâce aux efforts des Järvi, père et fils, pour les faire connaître.

La musique lituanienne est bien servie, notamment par le label Naxos, et grâce à des interprètes comme la pianiste Mūza Rubackytė.

Le violoniste Gidon Kremer, né à Riga, s’est toujours fait le héraut des musiques baltes, il ne manquait jamais une occasion – j’en ai vécu quelques-unes ! – de donner un bis d’un compositeur complètement inconnu, souvent imprononçable, après avoir joué un grand concerto du répertoire.

Les fidèles du Festival Radio France retrouveront, quant à eux, en juillet prochain l’une des plus fameuses phalanges chorales d’Europe, le Choeur de la radio lettone et son chef Sigvards Klava, présents chaque été à Montpellier depuis plus de 25 ans. Mais cette année, pour célébrer le centenaire de l’indépendance de leur pays, ils ont concocté un beau programme en forme de découverte de la spiritualité balte.

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Le 23 juillet à la Cathédrale de Montpellier et le 25 juillet à la Cathédrale de Cahors : Chants de la Baltique

Un président peut en cacher un autre

On ne peut pas ne pas avoir remarqué le jeu de cache-cache médiatique auquel se livrent cette semaine deux présidents de la République, l’actuel, Emmanuel Macron, et son prédécesseur, François Hollande.

Quand le premier est l’hôte du JT de TF 1 à 13 h ce jeudi, l’autre qui était déjà sur France 2 mardi soir, s’invite sur la 5 le même soir dans C à vousalors qu’il avait déjà fait la matinale de France Inter. Et on nous annonce pour dimanche soir une interview croisée   d’Emmanuel Macron face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin.

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Evidemment, cette concomitance, organisée ou fortuite (?), encourage journalistes et commentateurs à ne retenir que les oppositions entre les deux hommes, les tacles de celui qui ne manque pas une occasion, dans son livre et sur les plateaux de télévision, de rappeler qu’il a sinon « créé » Macron du moins que sans lui, Hollande, son successeur n’aurait jamais pu… lui succéder !

Alors ce livre de François Hollande ? D’abord une remarque que j’ai peu vu partagée : c’est, sauf erreur de ma part, la première fois qu’un ancien chef d’Etat, français ou étranger, écrit ses souvenirs – on aurait du mal à appeler cela mémoires – moins d’un an après son départ du pouvoir.

Ensuite, comme l’a relevé un journaliste malicieusement, c’est un peu un remake du bestseller de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Un président ne devrait pas dire çà).

Il n’empêche que ce témoignage vaut pour les chapitres qui n’ont pas retenu l’attention des médias (Macron, les femmes de Hollande) : les relations internationales, les rapports avec les dirigeants de la planète, la solitude inhérente à la fonction. Du coup, on en reste à un goût de trop peu – y aura-t-il une suite plus élaborée ? – et à l’impression un peu pénible d’un personnage, pour qui on a souvent éprouvé de la sympathie mais qui n’a toujours pas digéré son retrait forcé le 1er décembre 2016.

Quant à Emmanuel Macron, je suis en train de lire un bouquin vraiment intéressant – et bien écrit ce qui ne gâche rien ! – qui vaut infiniment mieux que le résumé schématique de son bandeau de couverture.

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Oui Mathieu Larnaudie s’est bien intéressé à la désormais fameuse promotion Senghor de l’ENA, qui a vu sortir le futur président de la République et toute une génération qui est aujourd’hui aux commandes de nombre d’entreprises, de ministères ou d’institutions.

Et si on veut bien se donner la peine de lire les portraits et les interviews menés par Larnaudie, jamais à charge ni complaisants, de personnalités qui ont certes en commun le passage par l’ENA au début du siècle, mais qui sont loin d’avoir les mêmes opinions politiques, on constatera vite l’inanité des commentaires, de la presse ou des réseaux sociaux, sur le « clan » Senghor qui se partagerait tous les postes, dans le cadre évidemment d’un complot organisé.

Que n’a-t-on pas lu, par exemple, sur la toute récente désignation de Sibyle Veil comme présidente de Radio France ? A peine avait-elle annoncé sa candidature, qu’on soulignait sa double « proximité » avec Emmanuel Macron – membre de la même promotion Senghor et de surcroît épouse de Sébastien Veil, censé être du « premier cercle » du nouveau président ! – Et il allait de soi que le CSA, aux ordres, allait la choisir pour complaire au Château… Que Sibyle Veil ait fait une partie de sa carrière au cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, qu’elle ait été nommée à l’été 2015 – deux ans avant l’élection d’E.Macron ! – directrice des finances et des opérations de Radio France, et que sa candidature à la présidence – à la suite de la révocation de Mathieu Gallet – ait eu une pertinence évidente pour poursuivre le travail qu’elle avait déjà engagé au sein de l’équipe dirigeante de la Maison ronde, que son projet présenté publiquement devant le CSA ait été le plus complet et le plus convaincant, tout cela compte peu… face à l’argument définitif embouché par tous ceux qui ont oublié de réfléchir avant de parler…

Le goût de lire

Emmanuel Macron en avait fait un thème de sa campagne : l’ouverture des bibliothèques  publiques le soir et le dimanche. Une idée pas très « moderne », à rebours de l’air du temps tout numérique.

Le président de la République l’a redit l’autre jour aux Mureaux. Erik Orsenna conclut son rapport Voyage au pays des bibliothèques ainsi :

« Faisons un rêve. Il était une fois un pays de lecteurs […] où chacun, chacune, dispose d’un lieu, pas loin de chez lui, de chez elle […] où il, où elle puisse se rendre pour découvrir et se découvrir, apprendre, imaginer, échanger, voyager. Ce pays, c’est le nôtre, c’est la France. Il dépend de nous qu’il existe. »

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Moi je me rappelle, enfant, dans mon quartier excentré de Poitiers, le plaisir que j’éprouvais à aller chaque jeudi au bibliobus qui stationnait à quelques centaines de mètres de notre maison, plein de cette odeur irremplaçable des livres usagés, lus et relus. J’emportais toujours deux livres (c’était le maximum autorisé), des romans, de l’histoire, parfois des BD, je ne lisais pas tout, mais j’ai découvert le bonheur de lire, et appris le goût de la lecture.

Quand je vois la passion de mes petits-enfants (5 et 3 ans) pour l’objet livre – alors qu’ils sont environnés comme tous les gosses de leur âge de tablettes et autres objets connectés – qu’à chaque fois que je les vois, ils aiment feuilleter, lire, et m’entendre leur raconter précisément les histoires de ces livres, je pense que la cause de la lecture non seulement n’est pas perdue ni obsolète, mais plus noble et nécessaire que jamais.

Conseils de lecture du jour :

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(Un indispensable ce bouquin de Laurent Nunez : lire Petites phrases)

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Ce recueil inédit réunit plus de 150 lettres d’écrivains et de monarques, de simples soldats et d’anonymes, d’hommes et de femmes, parmi les plus belles de la langue française. Classées en sept parties (« Lettres d’amour », « Lettres de rupture », « Lettres politiques », « Lettres sur la mort », « Lettres de guerre », « Lettres d’artistes », « Lettres d’injures »), elles ont été écrites entre le XVe et le XXI siècle.
On y trouvera des extraits des plus fameuses correspondances, comme celles d’Henri IV à Gabrielle d’Estrées, de George Sand à Musset, de Chateaubriand à Mme  de Récamier, de Baudelaire à sa mère, d’Apollinaire à Lou ou encore de Verlaine à Rimbaud. Mais aussi des lettres d’artistes et d’écrivains rarement reproduites, La Rochefoucauld, La Fontaine, Poussin, Degas, Van Gogh, Cézanne… Lettres d’enthousiasme, lettres de rage, lettres nobles, lettres comiques, lettres insolentes, tous les types de missives se retrouvent dans ce Cahier rouge inédit. Celle où Racine tient tête à ses parents qui veulent lui faire arrêter le théâtre, par exemple, ou celle où Maurice Ravel s’insurge, pendant la Première Guerre mondiale, contre l’interdiction de jouer de la musique allemande. Lettres émouvantes aussi : Mme  de Sévigné appréhende sa mort ; Voltaire, effrayé par sa laideur en vieillissant, interdit à Pigalle de sculpter son visage  ; Lucile Desmoulins, la veille de son exécution, clame son innocence à sa mère.
Caustiques, mordantes, ironiques, enflammées, tendres, perspicaces, spirituelles, ces lettres nous feront-elles avoir des regrets quand nous enverrons des SMS ?

Tous en choeurs

Voici ce que j’écrivais, le 23 mars 2017, dans un long papier (voir L’Absente) sur la politique culturelle :

« Il y a , dans toutes les couches de la population, dans toutes les classes d’âge, un besoin, un désir, une envie de Culture, qui peine parfois à s’exprimer, qui ne trouve pas toujours à s’assouvir dans l’offre qui est proposée (Le grand public).  

Mais pour répondre à ce besoin, il faut changer nos logiques de production et de diffusion de la culture.

Et commencer par le commencement : combien de lois sur l’éducation artistique, la culture à l’école  jamais suivies d’effet ? Une mesure simple, concrète, applicable partout et pour tous les écoliers de France : une heure de chant choral par semaine en CE 1 dans toutes les écoles. Tout y est : l’apprentissage de l’écoute, de la discipline, du respect du groupe, le partage d’une émotion musicale, un instrument que tout le monde possède et qui ne coûte rien – la voix -. De l’emploi pour des centaines, des milliers d’enseignants et de musiciens ».

Aujourd’hui, les ministres de l’Education et de la Culture annoncent : une chorale dans chaque école en 2019.

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Il n’y a sans doute aucune relation entre le voeu que j’exprimais en pleine campagne présidentielle et la décision prise par les ministres aujourd’hui, mais je ne peux que me réjouir de voir enfin aboutir une idée que je porte depuis très longtemps – en fait depuis la fin des années 80, lorsqu’on m’avait confié la présidence de l’école de musique de Thonon-les-Bains, puis durant mon mandat de Maire-Adjoint chargé de la Culture – de 1989 à 1995 -.

Le chant choral a toutes les vertus… et aucune contre-indication ! C’est le meilleur apprentissage de la vie en société pour les petits comme pour les grands. Je me rappelle un séjour, en décembre 2005, à Helsinki, où j’avais été invité à suivre les épreuves du Concours Sibelius. Mon hôte, un honorable fonctionnaire du ministère finlandais des affaires étrangères, m’avait expliqué que tous les Finlandais faisaient partie d’une chorale, du plus jeune âge jusque bien après leur retraite. Lui-même appartenait à la chorale… de son étage au ministère !

Quand on voit le magnifique travail que fait la Maîtrise de Radio France, à Paris, et à Bondy, on peut être optimiste quant à la réussite de la décision de faire bientôt chanter ensemble tous les enfants de France…

Le roi est mort

Personne n’en a parlé, trop vieux, oublié, et surtout coincé dans une actualité qui a tout écrasé. J’avais été surpris de voir son buste l’été dernier dans un parc de  Tulcea, j’avais visité le berceau de la famille royale à Sinaia : le roi Michel de Roumanie est mort le 5 décembre, à 96 ans (lire Le roi Michel est mort dans Le Monde).

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Comme le rappelle Le Monde, c’est le dernier chef d’Etat survivant de la Seconde Guerre mondiale, mais c’est de l’histoire ancienne, rapportée aux feux de l’actualité.

Autre secousse dans le monde musical cette fois: la chute du roi du Metle chef d’orchestre américain James Levine, qui a été pendant 40 ans, de 1976 à 2016, le très respecté et admiré directeur musical de l’opéra de New York, est accusé, plusieurs décennies après les faits, d’abus sexuels sur de jeunes musiciens (lire James Levine suspendu du Met

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Je ne connais pas les faits dont on accuse le chef d’orchestre (qui les nie : James Levine nie les allégations d’abus sexuels), je ne peux m’empêcher d’être frappé par la vague de puritanisme qui semble saisir l’Amérique de Trump, et qui n’épargne aucun milieu, aucun domaine comme le relate Le Monde :

Hémorragie

Le Met se trouve dans la situation de nombreux studios et chaînes de télévision américaines, qui décident de se séparer de ou de suspendre leurs vedettes, souvent âgées, en raison de révélations sur leur comportement sexuel.

Depuis l’enquête, début octobre, du New York Times sur le comportement de prédateur sexuel du producteur de cinéma Harvey Weinstein, de nombreuses célébrités américaines ont été mises à pied ou renvoyées pour harcèlement sexuel ou comportement inapproprié. Le journaliste Charlie Rose, 75 ans, a vu ses contrats avec CBS, PSE et Bloomberg rompus brutalement. La star de NBC News, Matt Lauer, 59 ans, présentateur vedette de la matinale depuis vingt ans, a été licencié juste avant l’ouverture de son émission pour « violation flagrante des principes de l’entreprise ». Chez Fox News, Bill O’Reilly, 68 ans, avait été licencié dès avril pour des faits similaires. Quant au New York Times, qui a révélé l’affaire, il a suspendu un de ses reporters chargé de suivre l’administration Trump, après des accusations de harcèlement, lorsqu’il travaillait chez Politico.

La politique n’est pas épargnée : le candidat républicain à l’élection sénatoriale de l’Alabama, Roy Moore, 70 ans, fait face à des multiples accusations de harcèlement sexuel, datant de la fin des années 1970 jusqu’au début des années 1990, portées par des femmes parfois mineures à l’époque des faits. Il a maintenu sa candidature, pour un scrutin attendu le 12 décembre. (Le Monde, 4 décembre 2017).

Comprenons-nous bien, si les faits sont avérés, ils ne sont en rien excusables, mais pourquoi les victimes ont-elles attendu si longtemps, le retrait de Levine de la direction du Met et sa santé chancelante, pour se manifester ? Je n’aime pas ceux qui tirent sur une ambulance. Je n’aime pas cette Amérique oublieuse du talent des siens.

C’est à se demander si la comédie musicale The Book of Mormon, vue samedi dernier sur Broadway ne va pas être retirée de l’affiche, sous la pression des ligues de vertu, tant le spectacle déroge à la bienséance politiquement correcte. Une dame d’un certain âge, sans aucun doute membre de l’église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours – les Mormons – haranguant la file des spectateurs qui attendaient d’entrer dans le Eugene O’Neill Theaternous menaçait des pires punitions si nous persistions à voir ce spectacle d’horreur et de débauche !

Pour en revenir à l’actualité funèbre du jour, j’ai bien aimé le papier de Michel Guerrin dans Le Monde : « Johnny, c’est Victor Hugo ».

Extraits : C’est bien connu, une personnalité qui meurt devient un saint que l’on pare de toutes les vertus et de tous les talents. Prenez Johnny Hallyday. Peu importe qu’on l’aime ou pas, qu’on soit ému ou indifférent. Sa disparition devient dévotion.

On le vérifie sur les réseaux sociaux. Mais aussi à travers les réactions des responsables politiques. Chacun, de gauche à droite, quoi qu’il en pense, doit se prosterner, avec plus ou moins d’inspiration et de poncifs – monument, totem, roi, héros, etc. Il doit y aller de son couplet, donner dans la surenchère, appeler aux obsèques nationales.

Je n’ai pas suivi la très longue cérémonie d’hommage populaire à Johnny Hallyday, j’avais une fête familiale d’anniversaire.

En revanche, j’ai regardé avec intérêt le documentaire de Daniel Rondeau rediffusé sur France 2 cet après-midi. Sobre, informatif, touchant souvent, donnant à voir et entendre un personnage plus complexe que l’image qu’on a de lui… Un film enregistré au printemps dernier, un document-testament.

J’ai aimé quand Johnny Hallyday parle si simplement de son amitié pour Jacques Brel

Irma la dure

Faut-il se résoudre à ce que l’inacceptable s’ajoute désormais systématiquement à l’insupportable (ou inversement) lorsque survient une catastrophe ? (lire Les jours enfuis)

Quand tout un territoire est ravagé par un ouragan – Irma – dont la puissance n’a aucun antécédent connu dans la région, quand toute une population devient prisonnière chez elle du fait de cette catastrophe, la priorité, la seule, l’unique, c’est la mobilisation nationale, Etat, services publics, associations, citoyens. Sans discussion, sans délai, sans hésitation.

Qu’advint-il, comme toujours ? Les démagogues de tout poil n’attendirent même pas un délai de décence (mais le mot même leur est inconnu) pour stigmatiser tout ensemble le président, le gouvernement, forcément coupables de ne pas avoir anticipé, prévu. L’ineffable député des Alpes-Maritimes (en voilà un que les médias s’arrachent – c’est bon pour eux, ça fait le buzz !) va jusqu’à confondre les ouragans…

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Magnifique photo due à Matthieu Mondolonijournaliste à France InfoUn instantané d’humanité qui a valu à son auteur un torrent de commentaires, d’insinuations, d’accusations sur les réseaux sociaux. Lamentable, abject ! Au point que le reporter a dû se fendre aujourd’hui de plusieurs tweets pour rétablir la simple vérité :

Oui, les militaires que j’ai vus dans cet aérogare font tout ce qu’ils peuvent pour aider et sont souvent tristes de ne pouvoir faire plus.
Je rapporte des choses vues et entendues, en vérifiant mes infos, bref je fais mon taf de journaliste quoi

Le malheur du Venezuela

Il a osé ! Il a dit tout haut hier la tragique réalité du Venezuela d’aujourd’hui : Pour Emmanuel Macron, le régime du Venezuela est une dictature !

Voilà des mois que des amis artistes, des musiciens vénézuéliens nous alertent, sur les réseaux sociaux, voilà des semaines que les démocrates que nous sommes censés être assistent, impuissants, à l’effondrement d’un pays, à la répression de toutes les libertés publiques, à l’établissement sans vergogne d’une dictature brutale et mortifère.

La sphère musicale a soudain réagi, lorsque Gustavo Dudamel a été privé de tournée avec l’orchestre Simon Bolivar.

Vincent Agrech a parfaitement analysé la situation pour Diapason (Vives tensions entre Maduro et Dudamel autour du Sistema) Extraits :

« Le pays est confronté à l’une des plus graves crises de son histoire, à la fois économique et politique. Comme toujours lorsque les cours du pétrole fléchissent, les finances du plus gros détenteur de réserves mondiales sont en berne. Mais quinze ans d’une gestion catastrophique du secteur public, ruiné par le népotisme, et la déliquescence des infrastructures aggravent les conséquences pour la population qui se trouve aujourd’hui en situation d’urgence humanitaire et manque des produits alimentaires et médicaux de première nécessité.

Un fossé de haine sépare désormais les tenants de la révolution bolivarienne, lancée en 1999 par le feu président Hugo Chávez, poursuivie par son disciple Nicolás Maduro, et le reste de la population, qu’elle soutienne une opposition encore divisée ou manifeste simplement son exaspération. Le mouvement de protestation qui secoue le pays depuis le début de l’année a fait plus de 120 morts, dont nombre d’adolescents tombés sous les balles de la police.

El Sistema, le mouvement d’éducation populaire par la pratique de l’orchestre fondé il y a 42 ans par José Antonio Abreu est né bien avant la révolution bolivarienne, mais celle-ci en a considérablement augmenté les moyens, doublant, selon les chiffres officiels, des effectifs qui avoisineraient aujourd’hui les 800.000 élèves.

Politicien aguerri, Abreu a su préserver une totale indépendance dans la gestion interne de son projet en plaçant celui-ci au-dessus des ministères et en convaincant Hugo Chávez, en 2011, de le rattacher directement à la Présidence de la République. Or, ce qui était bouclier sous l’ancien chef d’Etat est devenu talon d’Achille sous le nouveau, qui ne se contente plus des retombées d’image, mais exige une allégeance politique de ses personnels. Tous les salariés du Sistema ont ainsi été informés qu’ils couraient le risque d’être licenciés s’ils ne participaient pas au vote de juillet dernier. Cette menace n’a pas encore été mise à exécution contre ceux qui se sont abstenus, mais le gouvernement dispose désormais d’une liste d’enseignants et de cadres qu’il peut révoquer à tout moment.

Le directeur musical de l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar et du Los Angeles Philharmonic s’est longtemps vu reprocher son silence devant les dérives un régime dont il profitait largement à titre personnel. Outre un engagement de jeunesse revendiqué auprès de Hugo Chávez, la crainte pour ses collègues vénézuéliens des représailles qui s’annoncent aujourd’hui en était un motif probable. Depuis le printemps, Dudamel est sorti de cette réserve, appelant d’abord à la conciliation entre les partis, puis élevant une protestation solennelle après l’assassinat par la police d’un adolescent issu du Sistema, lors d’une manifestation au mois de mai.

Le chef a également joué de son influence pour faire libérer Wuilly Arteaga, le manifestant violoniste dont les marches en musique avaient fait vibrer les réseaux sociaux, mais aussi en s’impliquant personnellement dans les discussions entre certains membres du parti au pouvoir et de l’opposition. La veille des élections controversées, Gustavo Dudamel a franchi un nouveau pas en publiant une tribune en anglais et en espagnol dans le quotidien El Pais : « Ma foi en la justice, et dans le respect de la diversité des opinions, m’oblige, comme citoyen vénézuélien, à dénoncer la décision illégale, de la part du gouvernement, de faire élire une assemblée constituante qui aurait le pouvoir non seulement de réécrire la constitution, mais aussi de dissoudre les institutions nationales. […] J’enjoins le gouvernement vénézuélien à suspendre la convocation de cette constituante. J’enjoins tous les leaders politiques sans exception à assumer leurs responsabilités en tant que représentants du peuple vénézuélien, afin de créer un nouveau cadre de coexistence. Notre pays doit urgemment poser les bases d’un ordre démocratique qui garantisse la paix sociale, la sécurité et un futur prospère à tous ses enfants. »

Peut-on mieux dire ?

10931667_10152673794412602_7053070538469170196_o(Il y a deux ans, à la Philharmonie de Paris, Gustavo Dudamel fêtait son 34ème anniversaire après un concert de l’orchestre des jeunes Simon Bolivar)

En novembre 2016, après la mort de Castro, j’écrivais déjà ceci sur ce blog (Castro et la déformation) :

« Sur Cuba, j’ai écrit cela il y a trois mois : La révolution décrépiteMais qui s’intéresse à la situation catastrophique du Venezuela de M. Madurovainqueur de l’élection présidentielle truquée de 2014, et digne émule du « meilleur ami » de Cuba, le sinistre Hugo Chavez ? Ah oui mais Chavez est inattaquable, c’est grâce à lui, n’est-ce pas, que s’est développé ce formidable outil d’éducation populaire El Sistema ! Sauf que c’est faux – l’exemple même de la désinformation, de la déformation de la réalité – ! Chavez n’est pour rien dans la genèse ni la réussite de cette prodigieuse idée. »

Et puis, tout de même, si l’on se dit démocrate – ce que tous proclament, en France tout du moins – peut-on l’être à moitié, ou à géométrie variable ? y aurait-il, pour certains, de bons et de mauvais dictateurs ? la répression des droits fondamentaux de la personne humaine serait-elle plus admissible selon qu’elle vient d’un Staline, d’un Hitler, ou d’un Castro ? »

Aujourd’hui j’ajoute Maduro à cette sinistre liste.

Pourtant, sans surprise – hélas ! – les mêmes qui ont pleuré la disparition de Castro continuent de trouver des circonstances atténuantes à son épigone vénézuélien (lire : Mélenchon et le Vénézuéla : l’inquiétant déni)

Extraits d’une « conversation » récente sur Facebook :

« Très à l’écoute, sans jugement préconçu, je m’interroge beaucoup et trouve que la partialité assumée et matraquée par les médias est vraiment dangereuse. L’Obs, comme les autres, tord le cou aux faits en ne montrant qu’une face. Loin de moi de faire de Maduro un mouton blanc. Mais ne pas prendre en compte le sabotage économique par une grande partie du patronat serait comme oublier les vastes grèves de routiers qui, en 1973, avaient paralysé le pays – avec l’appui du patronat chilien et de la CIA – en prélude au coup d’Etat de Pinochet. Au printemps 1973, aux élections législatives, les droites françaises avaient un slogan anti Union de la Gauche: « Ils vous promettent le Pérou, ce sera le Chili ». 6 mois plus tard… En 2017, la même rengaine est entonnée contre la seule opposition à Macron. » (M.D.)

 

L’accusation de corruption est celle que le régime utilise depuis des années pour emprisonner les opposants… Je ne vais certainement pas prétendre que l’opposition vénézuélienne est uniquement composée de blanches colombes, ni que les Etats-Unis ont toujours facilité la tâche aux chavistes. Mais rejeter à l’étranger la responsabilité de la situation actuelle du Venezuela est une plaisanterie. Ce pays a été ruiné pied à pied pendant dix-huit ans par l’incompétence et le népotisme, pas par autre chose. Quand les cours du pétrole sont hauts, il le masque. Dans la situation actuelle, cela explose. J’ai vu Caracas se délabrer depuis le début du siècle. Le plan de nationalisation voulu par Chavez partait de bonnes intentions, et aurait pu donner de vrais résultats s’il avait mobilisé les bonnes compétences au sein de la société civile. Au lieu de cela, il a licencié les cadres de qualité, pour mettre à la place des militaires, des membres de sa famille, des vassaux… C’est cela, la réalité du socialisme bolivarien depuis au moins 2004 : une mafia où se rejoigne l’armée et les gangs, qui terrorise et assassine la population. Même si une bonne partie des militants sont de bonne foi et n’ont rien à voir avec cette superstructure, ils ont été dupés par elle. Qu’une certaine gauche française tombe dans le panneau, c’est triste, ou coupable.(V.A.)

J’en reviens à mon article du 29 novembre 2016 qui reste d’une sinistre actualité, il suffit de remplacer Castro par Maduro :

« Foin de prudences diplomatiques et de contorsions de langage, une dictature est une dictature, un dictateur est un dictateur, donc un oppresseur, un anti-démocrate, un oligarque vivant aux dépens de son peuple. Sous toutes les latitudes, à toutes les époques. Comment un Mélenchon ose-t-il défendre l’indéfendable ?

J’entends bien l’insistante musique des nostalgiques de Fidel, héros et héraut des luttes anti-impérialistes (traduire par anti-américaines) en Amérique du Sud et en Afrique (en Angola par exemple). L’oncle Sam étant, par principe, odieux comme le capitalisme débridé (pardon, il faut dire ultra-libéral) dont il est le fer de lance, rien n’est plus glorieux que de le combattre. La fin justifiant tous les moyens… »

Un autre chef vénézuélien, l’ami Domingo Hindoyan (qui dirigeait Siberia de Giordano le 22 juillet dernier au Festival Radio France) à la tête de l’orchestre Simon Bolivar en décembre 2016.

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