Le Russe oublié (suite)

J’ai plusieurs fois râlé – en vain – sur le sort discographique fait à l’un des plus grands chefs du XXème siècle, je recommence aujourd’hui, avec guère plus d’espoir de voir la situation évoluer. Kirill Kondrachine (1914-1981) est le grand oublié des rééditions/anthologies qui ont fleuri ces dernières années

Pourtant, le label « officiel » de l’ex-URSS, Melodia, a plutôt bien fait les choses pour honorer ses artistes stars : Gilels, Richter, Svetlanov. Quatre somptueux coffrets avec nombre d’inédits hors de Russie.

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Evgueni Mravinski (1903-1988) n’a pas eu droit aux mêmes égards – pour le moment – mais sa discographie a été abondamment documentée par ailleurs.

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Pour Kirill Kondrachine, qui, de mon point de vue, est au moins au même niveau que ses deux illustres collègues, on doute que le label russe lui rende pareil hommage. Même si ses quasi-intégrales Chostakovitch ou Mahler ont été assez régulièrement rééditées et distribuées. Mais Kondrachine avait fui l’URSS en décembre 1978 – Bernard Haitink l’avait immédiatement accueilli au Concertgebouw d’Amsterdam. Ça fait toujours mauvais genre dans la Russie de Poutine…

Il faut donc continuer de pister les rééditions sous diverses étiquettes, et demander à Decca de republier en coffret les précieux « live » jadis édités par Philips dans une collection « Collector » / The Kondrashin Recordings (voir détails : Le Russe oublié)

Chanter Mozart

Retard à l’allumage, involontaire, puisque Diapason a bien tardé à m’envoyer son numéro d’avril. Mais il n’est jamais trop tard pour évoquer un excellent article et surtout des propositions réjouissantes.

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Diapason propose, en effet, 10 disques pour redécouvrir les chanteurs de Mozart... et les voix d’aujourd’hui et d’hier qui semblent les incarner le plus fidèlement. Le choix a dû surprendre plus d’un lecteur.. et réjouir ceux qui, comme moi, avaient déjà placé ces enregistrements dans leur discothèque la plus chère.

A commencer par un 33 tours, acheté lors de mon premier voyage en Hongrie – l’année de la mort prématurée du chanteur ! – , puis réédité en CD, avec un artiste admirable, qui est resté très largement inconnu dans nos contrées occidentales, Jozsef Reti

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Tout, le timbre, la vibration particulière de la voix, quelque chose du mélange virilité/douceur qu’il y avait chez un Fritz Wunderlich, tout dans ce disque voué à Mozart, continue de m’émouvoir profondément à chaque écoute, même si l’accompagnement orchestral manque singulièrement de pétillement.

Autre enregistrement recommandé par Diapason, qui m’enchante aussi depuis des lustres, là encore voix, timbre, phrasé immédiatement reconnaissables, Rita Streich (Revue de chauves-souris)

Pour évoquer  Josepha Dušek ,Diapason conseille un disque de la trop rarement enregistrée Julia Varady inoubliable Vitellia (de la Clémence de Titus)

 

Autre excellent chanteur mozartien, le ténor gallois Stuart Burrows.

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,Je ne vais pas révéler tout l’article de Diapasonmais encore citer l’un des premiers disques de Cecilia Bartoli.

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Les malheurs de Julie

Elle est jeune, elle est belle, elle chante, elle joue magnifiquement mais elle a un problème : elle est enceinte !

Eh oui, en 2018, c’est un problème que Julie Fuchs soit enceinte. La formidable Comtesse d’un Comte Ory unanimement salué à l’Opéra Comique à la fin de l’année dernière, tout à sa joie d’annoncer sur les réseaux sociaux qu’elle attendait un heureux événement pour septembre prochain, n’avait sûrement pas prévu les conséquences de cette « révélation ».

26992080_1540766952645967_5955605479294227989_n(Photo Sarah Bouasse)

La jeune soprano, engagée par l’Opéra de Hambourg, pour chanter Pamina dans une série de reprises de la Flûte enchantée, a relaté elle-même ses malheurs sur sa page Facebook

Merci pour votre soutien énorme pendant ces derniers jours un peu difficiles! Mon intention n’était pas de créer de l’animosité ou une « tempête médiatique », mais simplement d’être honnête avec mes amis, fans et followers sur la raison pour laquelle je ne chanterai pas Pamina à l’Opéra de Hambourg ce mois-ci. Néanmoins ce post m’a fait réaliser que j’étais loin d’être un cas unique et je suis attristée d’entendre que nombre de mes collègues ont vécu et vivent en ce moment des expériences similaires, sans avoir l’opportunité de s’exprimer librement.

Je ne veux pas débattre de chaque détail mais j’aimerais clarifier certains points déjà mentionnés dans mon communiqué de presse : J’ai informé le théâtre de ma grossesse un mois avant le début des répétitions afin de laisser à chacun le temps de résoudre tous les points nécessaires. On m’a assuré jusqu’au dernier moment que les quelques minutes de mise en scène concernées par une éventuelle modification pourraient être adaptées pour permettre ma participation. Puis, jeudi 19 avril, j’apprends que le théâtre me congédie, celui-ci ayant finalement décidé que les changements induits par ma participation nuisaient à l’intégrité artistique du spectacle. Pour être claire, mes répétitions devaient commencer 4 jours plus tard, lundi 23 Avril, hier.
Vous imaginerez aisément que je ne me suis pas sentie respectée en tant qu’artiste et être humain. Cela m’a également fait réaliser à quel point il était facile pour un théâtre de renvoyer un artiste sans même proposer de compensation.

Même si je comprends évidemment que les théâtres sont assujettis à la loi, je crois fermement qu’une femme est en mesure de décider en accord avec ses médecins de ce qui est dangereux pour elle ou son bébé.
D’autant plus que nous savons tous que les mises en scènes sont communément modifiées pour un artiste blessé, malade ou même en fonction de préférences personnelles.

J’espère très sincèrement que des progrès seront faits dans tous les domaines pour que tous ceux qui exercent leur métier dans les arts, hommes et femmes, soient respectés dans leur travail. (https://www.facebook.com/juliefuchssoprano/)

Il n’y a guère plus à dire que ce qu’exprime Julie Fuchs. Sauf à rajouter qu’à l’injustice s’ajoute ici l’outrecuidance, la prétention quand la direction de l’opéra de Hambourg ose invoquer « l’intégrité artistique » de la mise en scène de Jette Treckel…

On se consolera (?) de cet outrage en revoyant Julie Fuchs triomphante dans le Comte Ory de décembre dernier – en particulier à partir de 48′ –

L’île en Seine

Il y a un an jour pour jour, je participais à l’inauguration d’un vaisseau musical d’un type nouveau, la Seine Musicale sur l’emplacement des anciennes usines Renault sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt : Mon choix

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Une année marquée par les inévitables interrogations sur les capacités d’un tel nouveau lieu à attirer et fidéliser le public, sur son modèle économique – le départ du grand ordonnateur de la Seine musicale, ex-patron du Châtelet, Jean-Luc Choplinen janvier dernier, avait semé le trouble.

Mais si l’on veut bien se rappeler tout ce qui a été dit et écrit sur la Philharmonie de Paris, inaugurée une semaine après les attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, force est de reconnaître que les oiseaux de mauvais augure se sont abondamment trompés. Qui oserait nier qu’en deux saisons à peine, la Philharmonie a non seulement trouvé son public, mais l’a en très grande part créé ?

Le Parisien a récemment dressé un bilan d’une première année de la Seine Musicale : lire Une bougie et 450.000 spectateurs

Des progrès évidents à faire quant à l’accès et à l’environnement, l’article le souligne. Mais on ne doute pas du succès à terme de cette nouvelle aventure.

Livre de vie

Je ne sais ce qui m’a, jusqu’à présent, retenu de lire les témoignages, les ouvrages, les récits publiés à la suite des attentats de 2015 – Charlie le 7 janvier, le Bataclan et les terrasses du 11ème le 13 novembre. Crainte d’entrer comme par effraction dans l’intimité douloureuse de ceux qui ont survécu ou perdu un fils, un frère, un mari…Peur d’être dans une sorte de compassion voyeuriste.

J’avais exactement les mêmes réticences à l’égard du livre de Philippe Lançon, Le Lambeau

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Je ne connais pas Philippe Lançon, je n’ai jamais lu ses papiers dans Libé ou Charlie, ni ses précédents livres. Et quand j’ai appris le sujet de ce livre, je me suis d’abord dit que non, pas plus que les autres, je ne céderais à la tentation de regarder la douleur, l’indicible, s’étaler sous mes yeux.

Et puis des amis chers, et puis quelqu’un que je respecte infiniment – Bernard Pivot dans le Journal du DimancheCelui qui n’était pas tout à fait mortm’ont convaincu non pas de céder à une curiosité malsaine, mais d’entrer dans un univers littéraire rare, une écriture magnifique qui transfigurent l’événement, l’atrocité de l’attentat, de la tuerie du 7 janvier 2015.

Quand un homme a la malchance de descendre aux enfers et la chance d’en revenir vivant, quoique à moitié, l’existence n’est plus un fleuve tranquille mais un torrent qui charrie l’inconcevable. Philippe Lançon raconte onze mois de sa vie passés pour l’essentiel dans une chambre d’hôpital et au bloc de chirurgie, et c’est bien plus terrifiant que les films fabriqués pour faire peur. Pourtant, il ne s’apitoie pas sur lui-même, il ne hausse ni ne lénifie le ton. Il se contente de raconter avec précision, méticuleusement, la reconstruction physique et morale d’un homme qu’on a voulu détruire. Il prend son temps comme s’il se revanchait du temps qui lui était alors compté et dont il faillit être privé à tout jamais…(Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche, 15 avril 2018)

Mais ce livre est beaucoup plus, beaucoup mieux que ce récit de l’indicible. Philippe Lançon use d’un procédé qui, chez d’autres, lasserait, la digression, l’échappée vers des souvenirs, des amours, des amitiés, que sa mémoire « d’avant » a fixés et que sa renaissance « d’après » restitue avec une acuité, une capacité d’évocation exceptionnelles.
Au moment où j’achève cet article, paraît dans Le Parisien un appel-manifeste « Contre le nouvel antisémitisme«  lancé, entre autres, par Philippe Val, ex-patron de Charlie Hebdo. Il fait terriblement écho au livre de Philippe Lançon…
Extraits (Le Monde, 22 avril 2018)

Plus de 300 personnalités ont signé un « manifeste contre le nouvel antisémitisme » en France, dénonçant un « silence médiatique » et une « épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Georges Clemenceau » dans certains quartiers, dans Le Parisien à paraître dimanche 22 avril.

« Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte.

Il a été signé par des politiques de droite comme de gauche – l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, l’ex-premier ministre Manuel Valls, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, le président des Républicains Laurent Wauquiez… –, et par des artistes (Gérard Depardieu, Charles Aznavour, Françoise Hardy…). Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Levy, Elisabeth Badinter et Luc Ferry sont aussi au nombre des signataires, tout comme des responsables religieux, dont des imams.

« Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux », écrivent-ils, en référence à l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, à la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, à l’attaque de l’Hyper Cacher en 2015, à la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et, récemment, au meurtre d’une octogénaire dans la capitale, Mireille Knoll.

« Les Français juifs ont vingt-cinq fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans », lit-on dans ce manifeste.

« Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. »

Ciblant principalement ce « nouvel antisémitisme », les signataires demandent « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ». « Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie », écrivent-ils.

 

Tonhalle

Ils sont peu nombreux, dans le monde, les orchestres qui portent le nom de leur salle de concert. En général, c’est plutôt l’inverse : la salle porte le nom de l’ensemble qu’elle héberge (comme la Philharmonie de Berlin… ou la Salle Philharmonique de Liège !).

A Amsterdam, qui ne connaît le célèbre Het koninklijk concertgebouworkest –littéralement « l’orchestre royal de la salle de concert »- ?

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À Berlin, né de la fusion de plusieurs phalanges de l’ex-Berlin Est, l’orchestre du Konzerthaus est l’un des beaux orchestres de la capitale allemande

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À Zurich, l’orchestre symphonique de la ville porte aussi le nom de sa salle de concert, la Tonhalle,un bel ensemble contemporain des autres grandes salles d’Europe (Musikverein de Vienne, Concertgebouw, Victoria Hall de Genève, etc.).

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L’orchestre de la Tonhalle célèbre son sesquicentenaire.

J’ai plusieurs souvenirs de concerts dans cette belle salle, notamment avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège, mais étrangement il m’a fallu attendre septembre 2014 pour entendre la phalange suisse dans ses murs. C’était la prise de fonctions du jeune chef français Lionel Bringuier dans un programme copieux : la création de Karawane d’Esa-Pekka Salonenle 2ème concerto de Prokofiev, éblouissant sous les doigts d’or et de feu de Yuja Wang et une Symphonie fantastique riche de promesses mais encore inaboutie.

On lit et on dit communément que c’est le meilleur orchestre de Suisse, devant l’Orchestre de la Suisse romande (qui fête, lui, son centenaire ! on y reviendra évidemment). Ce doit être vrai, mais oserai-je avouer que je n’ai jamais trouvé une grande personnalité à ce Klangkörper ? Autant on reconnaît immédiatement l’OSR sous la baguette de son fondateur, Ernest Ansermet, et même plus tard avec Armin Jordan, autant on serait bien en peine d’associer la Tonhalle à un chef qui en serait l’incarnation dans la mémoire collective.

12 chefs en 150 ans, ce n’est pas le signe d’une grande stabilité, au moment où Ormandy, Ansermet, Mravinski, Karajan s’identifiaient pour toujours à « leur » orchestre. Certes Volkmar Andreae fait une glorieuse exception (de 1906 à 1949) mais il reste trop peu de témoignages discographiques de cette période pour en répandre la légende. Certes David Zinman y a officié presque deux décennies et laissé un important legs discographique… des enregistrements certes intéressants mais qui ne bouleversent pas la hiérarchie des références pour aucun des compositeurs abordés. Et toujours cette difficulté de percevoir la personnalité, l’identité sonore, de cette phalange.

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Mais pour tant d’autres, Kempe, Rosbaud, Dutoit, Eschenbach, la Tonhalle ne fut qu’une brève étape dans des carrières bien fournies. Il n’est jusqu’au dernier arrivé, Lionel Bringuier, qui pourtant acclamé à son arrivée il y a quatre ans, s’est vu notifier quelques mois plus tard le non-renouvellement de son contrat en 2019 ! (lire ce papier de Remy Louis : Bringuier et la Tonhalle à Paris). 

De quoi cette instabilité est-elle le signe ?

Peut-être une partie de la réponse dans le coffret anniversaire que publie Sony : 14 CD en boîtiers séparés regroupés dans un coffret peu pratique.

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Uniquement des captations de concert. Parfois très précaires. On le comprend avec la 7ème de Bruckner de 1942 avec V. Andreae, moins déjà avec le CD 2 (le compositeur Othmar Schoeck dirigeant Schumann), et vraiment pas avec une médiocre 5ème de Beethoven en mono de 1968 (alors que Kempe la gravait au même moment pour Tudor).

L’événement de ce coffret c’est la Penthesilea du compositeur suisse Othmar Schoeck dirigée, en 1985, par Gerd Albrecht avec une distribution de premier plan (Helga Dernesch, Jane Marsh, Nadine Secunde…). Autre rareté avec l’immense concerto pour piano et choeur d’hommes de Busoni dirigé par Christoph Eschenbach. Ce qu’il faut de musique contemporaine. Le reste n’est pas exceptionnel, mais réserve quelques belles surprises : Lorin Maazel en grande forme dans une « Nouveau monde » épique et visionnaire, Jonathan Nott dans une approche très « harnoncourtienne » de Haydn, et les vétérans Blomstedt et Haitink impériaux dans Bruckner. Et c’est logiquement la captation de son concert inaugural -le 10 septembre 2014 – qu’on a choisie pour illustrer la brève ère Bringuier.

 

 

 

Salonen fait un Mahler

La soirée parisienne était douce et prometteuse. Un ami, devant le Théâtre des Champs-Elysées, me disait sa joie de retrouver un chef qu’il suit passionnément depuis 25 ans. J’étais a priori moins enthousiaste, quelques souvenirs moins convaincants, mais très curieux dans un programme plus classique que ceux que j’avais entendus dirigés par lui jusqu’à présent : 2ème symphonie de Beethoven et 1ère symphonie de Mahler

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Esa-Pekka Salonen va fêter son 60ème anniversaire le 30 juin prochain, on a du mal à l’imaginer à voir la silhouette svelte et juvénile du chef diriger l’une des plus belles phalanges européennes, le Philharmonia Orchestra de Londres.

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Je crois bien que la dernière fois que j’ai vu le chef finlandais à l’oeuvre, c’était dans cette mémorable Elektra d’Aix-en-Provence, la toute dernière et géniale mise en scène du regretté Patrice Chéreau. Salonen avait porté à incandescence la partition de Richard Strauss à la tête d’un Orchestre de Paris transfiguré.

Alors que sa discographie, et les quelques programmes de concerts que je l’ai vu diriger, étaient très orientés XXème et XXIème siècles, comment allait-il aborder la plus classique des symphonies de Beethoven et le premier grand ouvrage symphonique en forme de manifeste de Mahler ?

Les textures de Beethoven sont allégées, timbales et trompettes baroques, Salonen prend le parti d’une certaine objectivité qui ne choisit finalement aucune des pistes explorées par ses aînés Brüggen ou Harnoncourt. J’ai plus d’une fois pensé à Gardiner (dans son intégrale gravée pour Archiv  il y a 25 ans), Très bien joué, mais un peu neutre.

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En revanche, dès les premières minutes – cet éveil de la Nature – de la Première de Mahler, on pressent que le voyage auquel nous convie Salonen nous captivera, nous saisira jusqu’au bout. C’est l’anti-Bernstein, le refus de solliciter un texte que Mahler a truffé d’indications très précises et scrupuleuses, il « suffirait » presque de jouer ce qui est écrit. Et c’est ce à quoi semble d’attacher Salonen, avec une science exceptionnelle des timbres, des équilibres, et un sens de la narration qui épouse parfaitement les intentions du compositeur. Et quel orchestre ! Glorieux pupitre de violoncelles dans l’attaque du 2ème mouvement « Kräftig bewegt », densité du quatuor, éclat sans clinquant des cuivres. Salonen, en – excellent – compositeur qu’il est lui aussi, met en valeur la modernité, les audaces instrumentales d’un Mahler qui invente des voies symphoniques nouvelles.

Je ne m’étais, à tort, pas intéressé jusqu’à maintenant aux Mahler de Salonen. Je crois que je vais rattraper le temps perdu…

Sony réédite bientôt l’intégrale des enregistrements réalisés par Esa-Pekka Salonen, où dominent les grands symphonistes du XXème siècle, Nielsen, Sibelius, Lutoslawski, Stravinsky…

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