Le printemps de Tallinn

On nous a prévenus, le printemps a beaucoup de retard dans la capitale estonienne ! Une bise polaire nous accueille à la descente du petit avion qui nous amène d’Helsinki. L’atmosphère se réchauffera dans la soirée pour le premier des concerts auxquels j’ai été convié par le ministère de la Culture d’Estonie, un festival de musique contemporaine, les World Music Days, lointain avatar de la Société internationale pour la musique contemporaine (SIMC). 

Après Riga en juillet 2018, Tallinn est la deuxième capitale d’un Etat balte que je visite (voir les premières photos : Tallinn en mai). 

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Premier concert ce 3 mai à la salle de concert d’Estonie qui jouxte l’Opéra national, l’un et l’autre construits en 1913 (pas grand chose à voir avec leur exact contemporain, le Théâtre des Champs-Elysées à Paris !)

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On va y entendre l’Orchestre symphonique national d’Estonie (qui est l’invité du concert d’ouverture du Festival Radio France le 11 juillet prochain : Le choc des titansdans un copieux programme dirigé par le chef estonien Olari Elts.

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A peine installé dans cette belle salle rectangulaire (à l’acoustique généreuse), où un public mélangé, plutôt jeune, a pris place, je vois se glisser discrètement, trois rangs devant moi, une haute silhouette que je reconnais aussitôt, accompagnée de sa femme et de sa fille.

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Je ne devrais pas être surpris de voir ici le directeur musical de l’orchestre, Neeme Järvimais il est si peu fréquent qu’un chef de sa stature vienne assister à un concert dirigé par un moins capé que lui, dans un programme entièrement contemporain, que je n’en suis que plus admiratif d’une personnalité que j’ai aimée dès que j’ai eu l’occasion de la connaître (mes premiers souvenirs avec lui : Dans la famille Järvi, le père). 

J’avais encore tout frais dans ma mémoire le souvenir du fabuleux concert que le grand chef, natif de Tallinn, avait dirigé à Paris en janvier dernier à la tête de l’Orchestre National de France (Neeme le Russe)

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540469ee-8daf-4e91-9415-2098874ed4f5A l’entracte du concert, rencontre aussi inattendue qu’émouvante avec le chef ! Quelques souvenirs du passé (les cinq CD Stravinsky enregistrés avec l’Orchestre de la Suisse romande)

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l’impression encore très vive de cette Première symphonie de Rachmaninov à Paris : Je demande à Neeme Järvi pourquoi il n’a jamais enregistré cette symphonie (à la différence de la Troisième, des autres pièces symphoniques et chorales et des opéras !), il me répond qu’il va le faire et me raconte qu’il l’a dirigée récemment à la tête du New York Philharmonic. Demandant aux musiciens quand ils avaient joué l’oeuvre pour la dernière fois, la réponse fusa : « Jamais » !

 

Mon impatience n’en est que plus grande d’accueillir Neeme Järvi et son bel orchestre à Montpellier dans deux mois, dans un programme emblématique de l’insatiable curiosité de ce musicien et de son ardeur à promouvoir toutes les musiques de ce nord de l’Europe  qu’il aime tant.

 

 

 

Le postillon de Paris

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L’Opéra Comique à Paris s’est durablement abonné au succès. Après Hamlet, La Nonne sanglanteLe Comte Ory, Le Timbre d’argentFantasio pour s’en tenir aux plus récents ouvrages qu’on y a vus, Olivier Mantei renouvelle l’exploit avec ce Postillon de Lonjumeau d’Adolphe Adam à l’affiche de la salle Favart.

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« Comme toujours, la postérité est capricieuse. Du vaste corpus d’Adolphe Adam (1803-1856) qu’a-t-on retenu? Le ballet Giselle (que Tchaïkovski citait toujours en exemple) et le cantique Minuit, chrétiens. C’est bien peu, si l’on songe que son œuvre compte une cinquantaine d’opéras, une quinzaine de ballets, des opérettes, des vaudevilles, des cantates, et même une messe pour le retour des cendres de Napoléon aux Invalides!…/À tort ou à raison, le rouleau compresseur de la mémoire a rempli son office et Adam est passé à la trappe. Seul Le Postillon de Lonjumeau éveille encore les souvenirs des passionnés de musique française. Créé en 1836, cet opéra-comique obtint un succès instantané et fulgurant, et fit aussitôt le tour des scènes d’Europe. Omniprésent à Paris, il disparut pourtant de la Salle Favart en 1894, pour n’y jamais revenir/…/Le Postillon, c’est d’abord une histoire d’opéra. Fieffé chanteur, Chapelou n’est que postillon à Lonjumeau. Le jour de ses noces, il entonne son air fétiche, dans lequel il atteint un éclatant contre-ré. Il est aussitôt débauché par un membre de la cour, qui l’invite à rencontrer le roi. Et voilà notre Chapelou qui laisse en plan mariage et jeune épouse, pour aller chanter devant le souverain… Il ne retrouvera sa femme délaissée que… dix ans plus tard, devenu une étoile de l’opéra. Celle-ci va mettre en place un stratagème pour le confondre, et se venger » (Le Figaro, 29 mars 2019)

Excellente surprise lundi soir ! D’abord l’ouvrage – qu’on connaissait un peu par le disque – se laisse écouter avec bonheur, le compositeur de Giselle est un mélodiste et un orchestrateur astucieux et. cultivé, il connaît son XVIIIème siècle ! Quelques longueurs parfois, une sorte de leitmotiv (le début de l’air le plus célèbre Ah mes amis…), mais dans la fosse et sur scène une équipe qui enlève le morceau avec un charme et un chic fous.

A commencer par le ténor, lui aussi abonné à l’Opéra Comique, l’irremplaçable Michael Spyres*, compose un personnage haut en couleur, chante avec grâce en un français exemplaire (Ph.Venturini, Les Echos), pousse sans difficulté ses contre-ut et contre-ré, et garde en permanence une qualité d’émission et de chaleur de la voix, qui me font souvent penser à son illustre aîné, Nicolai Gedda(1925-2017)

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Mais pour moi la révélation de la soirée a été la jeune soprano canadienne Florie Valiquette qui endosse avec allure et grâce le double rôle Madeleine-Latour, le vrai caractère fort de la pièce (Les Echos). Franck Leguérinel campe un marquis de Corcy torve et ridicule à souhait.

Michel Fau se régale (en impayable suivante travestie de Madame de Latour) et règle à la perfection la mécanique d’une intrigue invraisemblable. Et Sébastien Rouland mène joyeusement d’impeccables musiciens, les membres du choeur Accentus et l’orchestre de l’opéra de Rouen. Décors somptueux d’Emmanuel Charles et costumes à l’avenant de Christian Lacroix !

Encore quatre représentations à l’Opéra Comique ! 

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*Michael Spyres crée l’événement le 24 juillet prochain en s’attaquant au rôle présumé inchantable de Fervaal.

L’opéra de Vincent d’Indy est donné en version de concert dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier (réservations : lefestival.eu)

 

 

 

L’aventure France Musique (VI) : un Premier janvier au Grand Hôtel

Devenu directeur de France Musiqueje me suis retrouvé de facto interdit d’antenne, selon une règle non écrite, mais strictement appliquée par les gardiens du temple : le responsable de la chaîne n’avait pas le droit de priver les producteurs d’un précieux temps d’antenne… Pourtant lorsque je voulus faire des journées spéciales pendant les fêtes de fin d’année, les volontaires ne se bousculaient pas au portillon, sauf à faire une antenne entièrement pré-enregistrée !

Heureusement il y avait quelques exceptions, des producteurs toujours prêts au direct, à la musique vivante ! Comme Arièle Butaux, à qui j’avais proposé d’animer avec moi toute une journée autour de la Valse (lire Capitale de la nostalgie). Arièle n’était pas vraiment emballée à l’idée de passer toute une journée en studio, même pour commenter le concert de Nouvel an en direct de Vienne.

C’est alors qu’elle vint me trouver avec une idée lumineuse, qui lui était venue de la lecture d’un article sur le Bal des débutantes : le Grand Hôtel, voisin de l’Opéra Garnier à Paris, dispose d’une splendide salle de bal conçue par Charles Garnier.

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Pourquoi ne pas y organiser une grande après-midi en direct, ce 1er janvier 1995, avec tous les artistes qui voudraient tenter l’aventure, et bien sûr en public ?

Rendez-vous fut pris avec les responsables du Grand Hôtel, très flattés que France Musique veuille créer un événement de ce genre. Il fallait ensuite convaincre les équipes techniques de Radio France de s’engager dans l’aventure un jour férié, en rupture avec toutes les habitudes de la maison. Il n’y aurait pas de répétition ni de « balance » préalables, alors même qu’on ignorait le programme de ces trois heures de direct ! Le principe avait été établi avec les artistes : vous venez seul ou accompagné, vous proposez ce que l’humeur du jour vous suggère. Du complet direct, sans filet !

Et pour être sans filet, ce le fut pendant trois heures. D’abord l’affluence du public ! Le Grand Hôtel dut appeler en urgence du personnel de sécurité. Les musiciens, même ceux qui ne s’étaient pas annoncés, se pressaient pour jouer. D’autres – je pense à Paul Meyer qui s’était coupé un doigt en voulant sabrer littéralement le champagne ! – s’étaient fait porter pâles. Eric Le Sage, pour remplacer le clarinettiste défaillant, me mit au défi de faire le récitant de l’Histoire de Babar de Poulenc, comme ça sans répétition et en direct ! Arièle accepta de partager le rôle. Et, en lecture à vue, sans même avoir le temps de sentir monter le trac, nous y allâmes de bon coeur. J’avais déjà connu des directs hasardeux, mais celui-ci fut sans doute le plus périlleux de ma vie de radio !

Je ne pouvais pas me douter, alors, qu’Eric Le Sage viendrait, huit ans plus tard, enregistrer à Liège, avec Stéphane Denève, Frank Braley et l’Orchestre philharmonique de Liège, la version qui fait toujours référence des concertos de Poulenc.

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Je n’ai pas retrouvé, dans les archives de l’INA, l’enregistrement de ce 1er janvier si spécial. Il doit pourtant exister…

Autre souvenir de ce jour de l’An 1995, une séquence de valses inconnues, pour sortir des  viennoiseries : je me rappelle la surprise et l’émotion qui avaient gagné Arièle Butaux et les techniciens en studio lorsqu’on diffusa cet extrait de la symphonie In Memoriam de Schnittke, dont j’avais eu le bonheur d’entendre la création française quelques années plus tôt à Evian

Ému je le suis maintenant de découvrir, sur Youtube, la version de la création, celle du grand chef disparu cette année, Guennadi Rojdestvenski (lire L’imprononçable géant).

Un mot du concert de Nouvel an 2019, dirigé hier par Christian ThielemannLe chef allemand a ses partisans, même dans ce répertoire. Beaucoup d’autres, dont je suis, l’ont trouvé lourd, raide, ennuyeux (ces ralentis, ces rubatos incessants, qui cassent la ligne, coupent les jambes aux danseurs), là où Carlos Kleiber faisait pétiller et valser… Mais il y a bien longtemps qu’on n’a plus atteint les sommets de 1989 et 1992…

On annonce, pour le 1er janvier 2020, la présence au pupitre des Wiener Philharmoniker, du jeune Andris Nelsons… Du renouveau en perspective ?

Candide

C’est sans doute l’une de mes lectures d’adolescence qui m’a le plus marqué et qui m’a durablement fait aimer son auteur. En dépit de mon patronyme, je suis, depuis lors, plus Voltaire que Rousseau. 

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Paru en 1759 à Genève, Candide ou l’Optimisme, l’un des contes philosophiques de Voltaire, est peut-être le premier bestseller de l’histoire. Il n’a rien perdu de son actualité, de son acuité. On comprend que Leonard Bernstein en ait tiré en 1956 ce qu’il a appelé lui-même une opérette et non pas une comédie musicale.

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La seule question que je me pose est : pourquoi Candide n’est-il pas monté plus souvent ?

A Paris, j’ai le souvenir, pas très bon, des représentations données au Châtelet, pour les 50 ans de l’ouvrage, en 2006, dans une mise en scène inutilement compliquée de Robert Carsen.  Renaud Machart, du temps – bien regretté – où il officiait encore comme critique musical, n’avait pas du tout aimé et l’avait écrit dans Le Monde :

« Après avoir enduré (contrairement à une partie de la salle, hilare) les quelque trois heures d’un spectacle sinistre à force de se vouloir drôle et intéressant, désert à force de vouloir « meubler », on se dit que Carsen aurait dû aller voir ce que d’autres ont fait de Candide….

Dans ce cadre-là, la distribution, pourtant excellente, ne parvient pas à capter l’intérêt, pas même le brillant Lambert Wilson, qui danse, parle et chante en anglais et en français, pas même l’explosive Kim Criswell en vieille cosmopolite « assimilée »… Les références faciles au cinéma, les gestes et attitudes attendus, les ballets non intégrés et « second degré », tout cela ruine les efforts des chanteurs, pour la plupart des chanteurs d’opéra et pourtant sonorisés. » (Le Monde, 13 décembre 2006).

Hier soir, devant une salle archi-comble au théâtre des Champs-Elysées, la troupe réunie dimanche dernier à l’Opéra de Marseille, a, sans peine, effacé le mauvais souvenir de 2006 et célébré le génie créateur de Bernstein à son apogée.

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Certes, ce n’était qu’une version de concert, mais tous les protagonistes sont à louer sans restriction. Excellents choeurs – très sollicités par une partition qui comme dans toutes les opérettes ou la musique dite « légère » peut être d’une redoutable difficulté – et orchestre de l’opéra de Marseille, dirigés à la perfection par un chef qu’on croirait né dans la musique de Bernstein, l’Américain Robert TuohyUne distribution de rêve :

Cunégonde Sabine DEVIEILHE
La Vieille Dame Sophie KOCH
Paquette Jennifer COURCIER

Candide Jack SWANSON
Voltaire / Pangloss / Martin / Cacambo Nicolas RIVENQ
Le Gouverneur / Ragotski / Vanderdendur / Señor 1 / Le Juge / Le Grand Inquisiteur Kévin AMIEL
Maximilien / Le Capitaine / Señor 2 / Le Croupier Jean-Gabriel SAINT MARTIN

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Si Renaud Machart avait dû endurer les trois heures du spectacle du Châtelet en 2006, la soirée d’hier est passée sans qu’à aucun moment l’intérêt ne s’émousse. On n’a vraiment pas vu le temps passer…

Sabine Devieilhe avait déjà eu l’occasion de donner un aperçu du rôle de Cunégonde et de son fameux air Glitter and be gay lors de la soirée des Victoires de la Musique classique en février 2015 à Lille :

À la mode napolitaine

Venu une première fois à Naples en 2002, je n’avais pu ni entrer ni a fortiori assister à une représentation du célèbre théâtre San Carlo.

Cette fois j’ai au moins pu le visiter et constater, même sans qu’aucune musique n’y soit produite, que sa réputation acoustique exceptionnelle n’est pas surfaite.

39059219_10155915394107602_5024673684015546368_nLa façade et les abords extérieurs sont dans un triste état. L’intérieur a heureusement été  restauré dans ses premières splendeurs.

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39038956_10155915394177602_8475630690321301504_nCe qu’on voit de la loge royale

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39027585_10155915393967602_3339505469717741568_n(Le grand foyer ajouté en 1937)

Le San Carlo a été un foyer considérable de création lyrique (450 premières mondiales !) : on renvoie à l’excellent article paru sur Forumopera : Le théâtre San Carlo de Naples.

Il faudrait bien plus d’un article pour évoquer le rôle de Naples dans l’histoire de la musique, de l’opéra. Mais je ne peux m’empêcher un clin d’oeil à Marc Voinchet, Jany Macaby et les 30 clavecinistes réunis autour de Frédérik Haas qui, il y a tout juste un mois – le 14 juillet 2018 – lançaient le marathon Scarlatti qui allait illuminer tout le Festival Radio France 2018, Domenico Scarlatti étant l’un des plus illustres enfants de Naples, où il est né le 26 octobre 1685.

Prenons des chemins buissonniers et amusons-nous, en cette mi-août, à musarder chez les compositeurs que Naples a, de près ou de loin, inspirés.

Richard Strauss, par exemple, et son poème symphonique Aus Italien dont les 3ème et 4ème volets évoquent les plages de Sorrente et la vie napolitaine (ici sous la baguette d’un Napolitain pur jus, Riccardo Muti)

Richard Strauss cite, au début de ce 4ème mouvement, l’une des chansons napolitaines les plus célèbres Funiculi Funicula, qui n’appartient pourtant pas au répertoire populaire mais qui a connu un succès foudroyant dès sa création en 1880.

Nelson Goerner jouait, le 17 juillet dernier, au Festival Radio France, une jolie suite de Poulenc de 1925, simplement intitulée Napoli

Je viens d’en trouver une version, que je ne connaissais pas, que je ne soupçonnais même pas, sous les doigts de…Claudio Arrau

Dans les Années de Pélerinage de Liszt, le triptyque Venezia e Napoli qui forme le supplément de la Deuxième année (Italie) se clôt par une virtuose Tarentelle.

Naples a aussi séduit Tchaikovski : son Capriccio italien en porte la marque évidente.

Comme la Danse napolitaine de son Lac des cygnes

Rossini, dont 6 ouvrages ont été créés au San Carlo de Naples, compose en 1835 sa Danzaqui ressemble tellement à une chanson traditionnelle qu’on en oublierait presque les auteurs. Une Danza qui a donné lieu à de multiples arrangements et orchestrations, comme Respighi (la Boutique fantasque).

Britten se livre à de brillants exercices d’orchestration de pièces de Rossini, comme cette Tarentelle des Soirées musicales op.9 (1936)

Liste non exhaustive et, pour se faire plaisir, une belle compilation de chansons napolitaines irrésistibles…

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et surtout le charme inaltéré du plus italien des crooners américains, Dean Martin :

Voir aussi Sur les traces de Stendhal

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On y est ! Le 34ème Festival Radio France s’est ouvert lundi avec les Rencontres de Pétrarque et La Série musicale, de France Culture.

Mardi, c’est l’Harmonie de la Garde Républicaine qui ouvrait le bal des 150 concerts programmés (!). La demi-finale de la Coupe du monde de football avait un peu réduit l’affluence attendue dans le magnifique amphithéâtre de plein air du Domaine d’O, mais la victoire des Bleus avait dopé musiciens et public.

Mercredi, traditionnelle soirée d’ouverture « officielle » en présence des deux co-présidentes du Festival, Sibyle Veil, la nouvelle présidente de Radio France et Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie.

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Avec une Périchole endiablée, comme seul Marc Minkowski en a le secret, à la tête d’une formidable troupe, les choeurs de l’opéra de Bordeaux, les Musiciens du Louvre, Aude Extremo, Philippe Talbot, Alexandre Duhamel, Eric Huchet, Romain Dayez, Enguerrand de Hys, Olivia Doray, Julie Pastouraud, Mélodie Ruvio, Adriana Bignani Lesca, et plus qu’une « mise en espace », une vraie mise en scène de Romain Gilbert.

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La troisième soirée du Festival prenait un tour plus intime, quoique présentée dans le grand vaisseau de l’opéra Berlioz : sublime récital de deux « enfants » du Festival, Fazil Say et Marianne Crébassa

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Bonheur sans mélange de retrouver ces deux artistes qu’on aime tant…

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Les malheurs de Julie

Elle est jeune, elle est belle, elle chante, elle joue magnifiquement mais elle a un problème : elle est enceinte !

Eh oui, en 2018, c’est un problème que Julie Fuchs soit enceinte. La formidable Comtesse d’un Comte Ory unanimement salué à l’Opéra Comique à la fin de l’année dernière, tout à sa joie d’annoncer sur les réseaux sociaux qu’elle attendait un heureux événement pour septembre prochain, n’avait sûrement pas prévu les conséquences de cette « révélation ».

26992080_1540766952645967_5955605479294227989_n(Photo Sarah Bouasse)

La jeune soprano, engagée par l’Opéra de Hambourg, pour chanter Pamina dans une série de reprises de la Flûte enchantée, a relaté elle-même ses malheurs sur sa page Facebook

Merci pour votre soutien énorme pendant ces derniers jours un peu difficiles! Mon intention n’était pas de créer de l’animosité ou une « tempête médiatique », mais simplement d’être honnête avec mes amis, fans et followers sur la raison pour laquelle je ne chanterai pas Pamina à l’Opéra de Hambourg ce mois-ci. Néanmoins ce post m’a fait réaliser que j’étais loin d’être un cas unique et je suis attristée d’entendre que nombre de mes collègues ont vécu et vivent en ce moment des expériences similaires, sans avoir l’opportunité de s’exprimer librement.

Je ne veux pas débattre de chaque détail mais j’aimerais clarifier certains points déjà mentionnés dans mon communiqué de presse : J’ai informé le théâtre de ma grossesse un mois avant le début des répétitions afin de laisser à chacun le temps de résoudre tous les points nécessaires. On m’a assuré jusqu’au dernier moment que les quelques minutes de mise en scène concernées par une éventuelle modification pourraient être adaptées pour permettre ma participation. Puis, jeudi 19 avril, j’apprends que le théâtre me congédie, celui-ci ayant finalement décidé que les changements induits par ma participation nuisaient à l’intégrité artistique du spectacle. Pour être claire, mes répétitions devaient commencer 4 jours plus tard, lundi 23 Avril, hier.
Vous imaginerez aisément que je ne me suis pas sentie respectée en tant qu’artiste et être humain. Cela m’a également fait réaliser à quel point il était facile pour un théâtre de renvoyer un artiste sans même proposer de compensation.

Même si je comprends évidemment que les théâtres sont assujettis à la loi, je crois fermement qu’une femme est en mesure de décider en accord avec ses médecins de ce qui est dangereux pour elle ou son bébé.
D’autant plus que nous savons tous que les mises en scènes sont communément modifiées pour un artiste blessé, malade ou même en fonction de préférences personnelles.

J’espère très sincèrement que des progrès seront faits dans tous les domaines pour que tous ceux qui exercent leur métier dans les arts, hommes et femmes, soient respectés dans leur travail. (https://www.facebook.com/juliefuchssoprano/)

Il n’y a guère plus à dire que ce qu’exprime Julie Fuchs. Sauf à rajouter qu’à l’injustice s’ajoute ici l’outrecuidance, la prétention quand la direction de l’opéra de Hambourg ose invoquer « l’intégrité artistique » de la mise en scène de Jette Treckel…

On se consolera (?) de cet outrage en revoyant Julie Fuchs triomphante dans le Comte Ory de décembre dernier – en particulier à partir de 48′ –