Nuit transfigurée

En cette veillée de Noël, plus que les habituels chants traditionnels, européens ou américains (lire White Christmas), j’ai eu envie de réécouter la Nuit transfigurée de Schoenberg. Le poème de Dehmel qui a inspiré ce chef-d’oeuvre au jeune Schoenberg n’est finalement pas si éloigné que cela de l’histoire de la Nativité, Marie et Joseph: « J’ai porté un enfant, mais pas de toi (Ich trag ein Kind, und nit von Dir), et un peu plus loin « Que cet enfant que tu accueilles Ne soit pas une charge pour ton âme » (Das Kind, das Du empfangen hast, sei Deiner Seele keine Last) »

J’ai découvert il y a peu de temps une version saluée unanimement par la presse musicale française et anglaise. Une absolue merveille.

Matthieu Herzog rejoint Karajan au premier rang de mes versions favorites de cette oeuvre. Ici Karajan, plus encore que dans enregistrement de studio de 1973, est phénoménal en public à Londres lors de sa dernière tournée avec les Berlinois.

Noël russe

Je l’ai déjà évoqué, mais j’ai une affection particulière pour la « Nuit de Noël« , un opéra bien méconnu de Rimski-Korsakov, que l’opéra de Francfort a eu la très bonne idée de monter l’an dernier.

Un peu plus courante au disque est la suite d’orchestre qu’en a tirée le compositeur lui-même, ici dans la version magique de Neeme Järvi.

En pensant très particulièrement à tous ceux qui ne vont pas fêter ce Noël dans la joie, les Ukrainiens agressés, envahis depuis 10 mois ces petits bijoux enregistrés par une modeste chorale suédoise il y a trente ans :

La reine des neiges

C’est une tradition avant Noël, on prévoit une sortie avec les petits-enfants. Ce dimanche on avait réservé un spectacle très couru de la Comédie-Française au théâtre du Vieux-Colombier, la Reine des Neiges. On ne pouvait pas savoir alors que la finale de la coupe du monde de football aurait lieu au même moment… Quel calme dans les rues de Paris !

Il y a trois ans, avant la longue parenthèse pandémique, nous étions allés, avec les mêmes, dans une grande salle des Champs-Elysées, voir La reine des neiges 2, qui ne m’avait pas laissé un grand souvenir (j’en suis resté aux premiers Disney !)

Mais trois ans après, G. et L. avouent avoir préféré le théâtre, la performance « en vrai » sur scène (le garçon fait partie d’un atelier-théâtre). Nous partageons l’avis du Monde : La Reine des neiges à la Comédie-Française délivrée de Disney : Pour leur adaptation du conte initiatique d’Andersen, Johanna Boyé et Elisabeth Ventura ont restitué toute l’ambivalence et le mystère du texte originel. Un retour aux sources très éloigné du blockbuster du studio américain.

La reine des neiges en musique

Le conte d’Andersen ne semble pas avoir beaucoup inspiré les compositeurs « classiques ».

En 1913 le Slovène Lucijan Marija Škerjanc écrit un opéra qui sera perdu et jamais joué ! En 1980 le Russe Sergei Banevitch raconte « l’histoire de Kay et Gerda », créée au Marinski le jour de Noël. En 1993 le Canadien John Greer compose une Snow Queen pour la Canadian Children’s Opera Company. En 2010 c’est une version italienne du conte, due à Pierangelo Valtinoni qui est créée à la Komische Oper de Berlin !. Le Suédois Benjamin Staern s’y met à son tour et sa Snödrottningen est donnée le 17 décembre 2016 à l’opéra de Malmö. La plus récente version est due au compositeur danois (le premier compatriote d’Andersen à s’en emparer !) Hans Abrahamsen (70 ans dans trois jours!), créée d’abord en octobre 2019 à l’Opéra de Copenhague, puis en décembre à Munich et en première française à l’Opéra national du Rhin à Strasbourg et à Mulhouse à l’automne 2021.

La figure de l’héroïne légendaire existe dans d’autres littératures nordiques, on pense évidemment à la Snegourotchka, La fille des neiges, la pièce du dramaturge russe Alexandre Ostrovski, pour laquelle Tchaikovski avait écrit une musique de scène, et qui a donné son nom à l’opéra de Rimski-Korsakov, qu’on avait tellement aimé à l’Opéra Bastille il y a cinq ans (lire La fille de neige)

Indémodables

J’avais un peu de temps mercredi dernier avant – non pas la demi-finale ! – la Lakmé proposée en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées (compte-rendu à lire sur Bachtrack : Sabine Devieilhe à son acmé) et je me suis rappelé que l’ancien siège de la maison Saint Laurent devenu musée Yves Saint Laurent était situé tout près, au 5 avenue Marceau.

Saint Laurent en or

Emotion certaine quand on pénètre dans l’hôtel particulier, somme toute de taille plutôt modeste, où le couturier s’installa dès 1974.

L’exposition Gold – à voir jusqu’au 14 mai 2023 – explore « les touches d’or qui ont traversé la création du couturier ».

Musée Yves Saint Laurent Paris / Exposition « Gold »

Outre les nombreux modèles exposés, les photos, documents, lettres, dessins, on a la chance de pénétrer dans ce qui fut le mythique « studio » du couturier, reconstitué en l’état.


On n’apprend rien de neuf sur Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avec le livre que vient de publier Christophe Girard, longtemps adjoint à la Culture à la Mairie de Paris, auprès de Bertrand Delanoé puis dAnne Hidalgo.

L’intérêt de l’ouvrage réside dans le témoignage de celui qui fut d’abord le secrétaire général puis le directeur général adjoint de la maison Saint-Laurent et les nombreux documents – photos, écrits, lettres – qui donnent une idée plus précise du génie créatif du couturier, du rôle de Pierre Bergé… et des relations chaotiques du « couple ». Pas indispensable mais recommandable !

Belle époque ?

La nostalgie est toujours ce qu’elle était : c’était il y a un siècle et on l’appelle la « belle époque ». Sans doute a-t-on idéalisé l’entre-deux-guerres et son foisonnement créatif.

Deux bons guides – et deux idées de cadeaux ! – pour mieux connaître cette période :

 » Ma passion pour le début du XXe siècle s’est éveillée très jeune en écoutant Debussy et Duke Ellington, en regardant Claude Monet et Raoul Dufy, en lisant Alphonse Allais et Maurice Leblanc, puis Apollinaire et les surréalistes… 
C’est donc tout naturellement que je me suis plongé dans ce dictionnaire où j’ai voulu souligner la continuité entre Belle Époque et Années folles, telles deux  » mi-temps  » séparées par le gouffre terrible de la grande guerre. Malgré tout ce qui les oppose, les années 1920 seront, par maints aspects, l’accomplissement de cet esprit moderne qui germait en 1900. On y retrouve souvent les mêmes protagonistes à deux âges de leur vie, tels Guitry, Colette, Ravel, Stravinski, Picasso… 
Face à un sujet immense, j’ai privilégié la France comme théâtre emblématique de ce temps où Paris fut le cœur battant du monde artistique. Sans négliger pour autant les riches échanges qui se développèrent avec New York, Vienne, Londres, où se produisaient des évolutions comparables, j’ai tenu à remettre à l’honneur une certaine légèreté française. Enfin, même si la civilisation toute entière est présente avec ses hommes politiques, ses scientifiques, ses expositions universelles ou ses villégiatures, ce sont d’abord les arts qui figurent au cœur de ce panorama : poésie, théâtre, peinture, une place privilégiée revenant par goût personnel à la musique. 
Portraits, bons mots, petite et grande histoire se mêlent dans ces pages consacrées à des personnages, mais aussi à des lieux comme le Moulin Rouge et le Chat Noir, à des genres oubliés comme le café-concert, sans oublier les décors des brasseries, gares et jardins publics… Tout ce qui fait que la Belle Époque et les Années Folles sont toujours parmi nous et continuent à faire rêver aux quatre coins du mond
e. » (Benoit Duteurtre)

Félicitons Benjamin Levy et sa belle équipe de jeunes – ou moins jeunes – chanteurs de réhabiliter un répertoire qui n’était plus guère fréquenté

Des chefs sur le Rocher

Forumopera signale aujourd’hui le passionnant numéro de l’Avant-Scène Opéra consacré à l’Opéra de Monte-Carlo (lire L’opéra de Monte-Carlo en majesté)

Dans cet ouvrage si richement documenté et illustré – qui ne s’adresse pas, loin s’en faut, aux seuls spécialistes et lyricomanes avertis – j’ai repéré le formidable article de l’ami Christian Merlin – celui qui nous plonge chaque dimanche sur France Musique Au coeur de l’orchestre – : Entre fosse et orchestre, l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo et ses chefs.

Premier constat : difficile d’identifier l’orchestre à un chef en particulier (comme Karajan à Berlin, Ansermet à Genève, Bernstein à New York ou Ormandy à Philadelphie). La phalange monégasque n’a jamais gardé très longtemps ses chefs, malgré un niveau de rémunération souvent très avantageux. Pas assez d’enjeux artistiques ? Une activité symphonique longtemps considérée comme accessoire par rapport à la saison lyrique ? Christian Merlin ne tranche pas, même s’il éclaire parfaitement des situations qui ont, heureusement, bien évolué ces dernières années.

Précisons que la dénomination de l’orchestre a changé deux fois au XXème siècle : en 1953 Rainier le rebaptise « Orchestre national de l’Opéra de Monte-Carlo », puis, en 1980, par un nouveau décret, lui donne sa dénomination actuelle « Orchestre philharmonique de Monte-Carlo ». Comme l’écrit Christian Merlin « il s’agit désormais d’un orchestre symphonique jouant de l’opéra, plus que d’un orchestre d’opéra jouant du symphonique ».

Paul Paray deux fois

De 1928 à 1933, c’est à un fougueux quadragénaire, Paul Paray, que la principauté fait appel pour redonner lustre et tonus à une formation encore chétive. Le chef revient sur le Rocher pendant la guerre (1941-44) pour éviter de se soumettre à l’occupant. L’inoubliable patron de l’orchestre de Detroit (Eloquence a réédité tous ses miraculeux enregistrements réalisés pour Mercury)

y reviendra s’installer à la fin de sa vie, laissant quelques enregistrements qui ne peuvent laisser supposer l’âge avancé du chef.

Le compositeur Henri Tomasi fait à peine une saison après-guerre, et l’orchestre reste jusqu’en 1956 sans chef permanent.

Frémaux sans frisson, un Belge furtif et le prince Igor

Un autre chef français prend la relève, de 1956 à 1965, « plus élégant et raffiné que charismatique » selon Christian Merlin ! Lire à ce sujet l’article que je lui ai consacré, à sa mort en mars 2017 : Louis Frémaux (1921-2017)

Le Belge Edouard van Remoortel y fait un petit tour, Un peu plus long, mais compliqué, sera le quinquennat d’Igor Markevitch (1967-1972). Markevitch est déjà atteint d’une forme de surdité, qui lui fera réclamer aux orchestres qui l’invitent toujours au nom de son prestige passé, de jouer toujours plus fort.

Le chef d’origine russe enregistre à Monte-Carlo une série de disques consacrés aux Ballets russes, la plupart repris aujourd’hui dans les compilations Warner ou Deutsche Grammophon. Il faut bien reconnaître que l’orchestre est alors en piètre forme, on a les oreilles plus d’une fois heurtées par la justesse très approximative notamment des vents.

Une décennie pour rien, des intérims

Vont suivre des années et des chefs qui n’ont guère laissé de traces, même si l’Américain Lawrence Foster détient le record de longévité à ce poste, une décennie de 1980 à 1990. Quelques disques oubliables, à l’exception de la seule intégrale de l’opéra de Georges Enesco Oedipe (avec le formidable José Van Dam dans le rôle-titre).

Succèdent à Lawrence Foster, Gianluigi Gelmetti (de 1990 à 1992, qui reviendra de 2012 à 2016 !), James DePriest (1994-1998) et l’ombrageux Marek Janowski qui, après un règne de seize ans à la direction de l’Orchestre philharmonique de Radio France, ne fera qu’un court quinquennat à Monaco (2000-2005).

Le météore Kreizberg, l’aventure Yamada

Après trois années d’incertitude, Monaco est persuadé d’avoir enfin trouvé la perle rare, le demi-frère de Semyon Bychkov, le chef américain d’origine russe, Yakov Kreizberg. Sa nomination, puis ses premiers concerts lui valent l’unanimité de la critique et du public. L’orchestre reprend le chemin des studios.

L’embellie sera de courte durée : 18 mois après avoir pris ses fonctions de directeur musical de l’OPMC en septembre 2009, Yakov Kreizberg meurt le 15 mars 2011, à 51 ans, des suites d’un cancer qui ne lui aura laissé aucun répit.

A la suite de ce choc, il faudra encore se remettre en quête d’un chef capable d’entraîner l’orchestre vers les sommets auxquels Kreizberg l’avait habitué. Gelmetti revient faire un intérim, il entretient la flamme.

Depuis 2016, c’est le chef japonais Kazuki Yamada qui officie sur le Rocher. De lui, et de ce que j’ai entendu de lui, je pourrais dire, reprenant la formule de Christian Merlin à propos de Louis Frémaux : élégant, raffiné, à défaut de mieux.

Un beau dimanche à Paris

Mozart, Berlioz, Stravinsky à la Bibliothèque

Le site historique de la Bibliothèque Nationale de France, établi entre les rues Vivienne et de Richelieu dans le centre de Paris, a été fermé pendant des années – la dernière fois qu’on y était venu, Jean-PierreAngrémy (Pierre-Jean Rémy de son nom de plume) en était le président (entre 1997 et 2002). Il vient de rouvrir après une complète restauration, ou plutôt une métamorphose.

Redécouverte des lieux hier dimanche.

L’entrée se fait rue Vivienne (il est recommandé de réserver à l’avance, même si la file d’attente des visiteurs n’est pas dissuasive

La fameuse « salle ovale » surprend toujours par ses proportions… et par le silence qui y règne. Ce dimanche, la salle de lecture est comble. On entend à peine la rumeur des visiteurs qui en font le tour.

A l’étage, la galerie Mazarin, elle aussi restaurée dans sa splendeur originelle, expose quelques-uns des trésors de la BNF, et notamment quelques manuscrits de partitions célèbres, qu’on savait déposés ici mais qu’on n’avait jamais vus.

Au milieu le manuscrit du Sacre du Printemps d’Igor Strawinsky, à droite la Symphonie Fantastique de Berlioz !

De gauche à droite, la sonate Appassionata de Beethoven, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, le Don Giovanni de Mozart.

Il faudra revenir, revenir souvent !

En relation avec le manuscrit de Stravinsky… et une récente visite de l’exposition consacrée à Pierre Boulez dans l’autre site de la BNF (lire Découvrir Boulez), la toute première version gravée par Pierre Boulez du Sacre du printemps.

Les amis de Karine

On ne pouvait imaginer terminer mieux ce dimanche pluvieux qu’avec ce concert célébrant les 25 ans de carrière de Karine Deshayes à l’Opéra Comique.

(Ci-dessus, le 15 juillet 2017 à Montpellier, après une représentation en concert des Puritains de Bellini, avec le chef Jader Bignamini)

Je ne sais par où commencer si je dois égrener mes souvenirs d’une chanteuse, d’une musicienne sur qui l’âge semble n’avoir aucune prise – elle a fêté ses 50 ans en début d’année -. Peut-être, comme je le rappelais hier soir à l’actuel directeur de la chaîne Marc Voinchet, l’opération que nous avions menée avec France Musique, toute une semaine de directs à l’Opéra de Lyon en septembre 1998 : Karine Deshayes, Stéphane Degout et quelques autres de leurs camarades, aujourd’hui au faîte de leur carrière, y avaient fait leurs débuts radiophoniques ! Noter que la soirée d’hier sera diffusée le 26 décembre sur France Musique !

Il y avait donc foule hier, place Boieldieu, dans la salle et sur la scène. Pour un programme peut-être trop copieux, qui n’a pas laissé s’installer le côté bande de copains qu’on eût aimé, et que Karine sans aucun doute avait souhaité. Mais on ne boudera pas son plaisir, et si tout ne fut pas de la même eau, on retiendra des presque deux heures ininterrompues que dura cet « instant lyrique », des séquences émouvantes et surtout la confirmation d’un talent, d’une personnalité que l’expérience et la maturité embellissent.

Philippe Jaroussky s’étant fait porter pâle – il devait chanter le célèbre « duo des fleurs » de Lakmé – c’est l’une des plus glorieuses Lakmé de l’histoire – entendue et applaudie sur cette même scène de l’Opéra Comique en 1998 – Natalie Dessay.. qui remplaça Jaroussky !

A la fin de ce concert, tout le monde rejoint Karine Deshayes pour le nostalgique Youkali de Kurt Weill.

Mais la soirée n’était pas tout à fait terminée, puisque, à peine sorti de l’Opéra Bastille où il chantait Don José dans Carmen, Michael Spyres se transformait en Pollione pour la Norma incandescente de Karine Deshayes !

Et tout le monde cette fois de venir saluer la « Reine des bulles » comme l’a si justement surnommée Natalie Dessay, le goût pour le champagne et les bulles de Karine Deshayes n’étant pas une légende !

Générique de cette soirée :

Catégorie chanteurs : Karine Deshayes, Natalie Dessay, Delphine Haidan, Cyrille Dubois, Michael Spyres, Paul Gay

Catégorie pianistes : Antoine Palloc, Mathieu Pordoy, Bruno Fontaine, Johan Farjot

Catégorie instrumentistes : Geneviève Laurenceau (violon) , Christian-Pierre La Marca (violoncelle), Arnaud Thorette (alto), Pierre Génisson (clarinette), André Cazalet (cor)

Catégorie compositeurs : Meyerbeer, Mozart, Rossini, Massenet, Richard Strauss, Poulenc, Schubert, Verdi, Godard, Bizet, Delibes, Burwell, Gounod, Weill, Bellini.

Mascarades

Un bon Bedos

Déjà je n’avais pas suivi, ni même compris, certaines des critiques de son film La Belle époque, sorti il y a trois ans. J’en ai fait autant pour le quatrième long-métrage de Nicolas Bedos Mascarade, que je sors de voir dans la même salle adamoise*.

D’accord, c’est trop long, c’est trop touffu, trop de répliques, de vacheries, de bons mots, trop de références, mais c’est du Nicolas Bedos ! Oui aucun personnage n’est sympathique, oui c’est cynique, et alors ? C’est un film, pas un reportage sur la Côte d’Azur ! Et quand même une sacrée bande de comédiens, sacrément bien servis par le réalisateur, à commencer par les femmes, Isabelle Adjani qu’on craint d’abord de voir comme une caricature d’elle même, et qui ferait oublier Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, Marine Vacth, tout simplement exceptionnelle. Et Pierre Niney qu’on aime, comme on l’aime dans tout ce qu’il fait. On n’arrive pas à croire qu’il soit un parfait salaud. Donc ne lisez pas les critiques, profitez de ce week-end bien automnal pour aller au cinéma (les salles sont tristement vides)

Lermontov et Khatchaturian

En musique, le titre que Bedos a donné à son film évoque pour moi deux oeuvres, deux compositeurs.

Aram Khatchaturian (1903-1978) d’abord et la musique de scène qu’il compose en 1941 – à l’occasion du centenaire de la mort de l’écrivain Mikhail Lermontov, pour la pièce Mascarade. De cette musique de scène est restée une valse à flonflons qui a beaucoup fait pour la célébrité du compositeur arménien.

Une seule référence pour cette suite, Kirill Kondrachine.

L’opéra de Nielsen

Maskarade, c’est aussi un opéra du Danois Carl Nielsen (1865-1931). La langue limite évidemment la diffusion de l’oeuvre, mais la musique y est dense. Et la version récente et native de Michael Schønwandt en est la référence.

L’ouverture en est brillante et festive :

* adamois : relatif à la ville de L’Isle-Adam, charmante commune du Val d’Oise qui présente la particularité d’être administrée sans discontinuer depuis 1971 par la même famille princière, les Poniatowski, d’abord Michel, compagnon de route et ministre de Giscard, puis son fils Axel, et le petit-fils Sébastien, réélu sans difficulté en 2020.

Bon cinéma et mauvais théâtre

Pour Bertrand T.

Sa mort, il y a plus d’un an, m’avait touché (Coup de torchon). Thierry Frémaux évoquait Bertrand Tavernier sans discrétion excessive dans son journal (Sélection officielle) paru en 2017, l’annonce d’un cancer, l’hospitalisation et ses suites qui avaient frappé Tavernier en 2015. Le patron du Festival de Cannes rend à son aîné et ami disparu un bel exercice d’admiration. Pas indispensable, mais bienfaisant.

Des Innocents à L’Innocent

En 2003, il jouait dans un pas très bon film signé Bernardo Bertolucci – Innocents : The Dreamers – prétexte pour le cinéaste à montrer complaisamment la nudité de ses jeunes acteurs. En 2022, Louis Garrel signe un film L’Innocent, qu’on a adoré voir ce week-end, « un film comme on n’en avait pas vu depuis un certain temps : divertissant, drôle, intelligent, touchant, doté en un mot de toutes les qualités requises pour passer un moment qui nous soustrait l’espace d’une heure trente à la fin du monde en cours. L’auteur de ce cadeau royal se nomme Louis Garrel qui, avec son quatrième long-métrage, L’Innocent, s’en va puiser dans ses souvenirs d’adolescent afin d’en proposer une version singulièrement burlesque et attachante » (Jacques Mandelbaum, Le Monde, 12 octobre 2022).

Rarement constaté pareille unanimité des avis de la presse comme des spectateurs. D’ailleurs celui qui en parle le mieux c’est Louis Garrel lui-même ! Et on l’aime encore plus…

Triste Salomé

Pas envie de m’appesantir sur une nouvelle production de l’Opéra de Paris, dont toute la presse a déjà parlé : la Salomé de Richard Strauss, mise en scène par la nouvelle coqueluche de la scène lyrique, l’Américaine Lydia Steier, « entre Rocky Horror Picture Show et esthétique post-punk » (Bachtrack.com). Vulgaire, scabreux, surtout ridicule. Cette dame semble d’ailleurs appliquer les mêmes ingrédients à tous les spectacles qu’elle a mis en scène ces dernières années (Semele à la Komische Opera à Berlin, La fête enchantée au Festival de Salzbourg).

Si au moins la musique avait été sauve, on se serait consolé des bêtises de la scène. S’il y a un ouvrage de Richard Strauss, où le chef est au moins aussi important que le rôle-titre, c’est bien Salomé. Un orchestre vénéneux, sensuel, érotique même (écouter ou réécouter ce qu’en ont fait Karajan ou Solti au disque !). Désolé de dire qu’avec Simone Young on n’y est pas, et même l’orchestre de l’Opéra de Paris, pourtant formé à ce répertoire par Philippe Jordan, ne sort pas d’une honnête routine. Reste Elza van den Heever qui impressionne vocalement à défaut de séduire scéniquement, dans un accoutrement qui la prive de toute féminité et dans des postures humiliantes (la jeune cantatrice a avoué qu’elle aurait rêvé d’autre chose pour sa première Salomé ! Pourquoi n’a-t-elle pas refusé de se plier aux fantasmes éculés de la metteuse en scène ?).

Le noir sublime

Au moment de boucler ce billet, j’apprends la mort de Pierre Soulages.

Rien à dire d’original, si ce n’est la permanence de longue date d’une fascination pour une oeuvre qu’on a traquée dans tous les musées visités dans le monde. Ne pas manquer les salles qui lui sont consacrées au Musée Fabre à Montpellier.

Vacances 2022 : Poulenc à Tourrettes-sur-Loup

Je n’en ai pas terminé avec Rome, l’Italie, le Vatican mais je dois faire le tri dans mes photos. Ce sera pour plus tard.

Je me suis arrêté ce week-end sur les hauteurs de Grasse, j’en ai profité pour visiter à nouveau les environs que je n’avais plus fréquentés depuis une éternité.

L’esprit de Poulenc

J’ai passé quelques heures à Tourrettes-sur-Loup, ravissant village médiéval perché au-dessus des gorges du Loup.

Tourrettes-sur-Loup (Alpes Maritimes)

En publiant à son intention sur Twitter – ceux qui le suivent sur ce réseau comprendront pourquoi ! – cette photo d’un chat aperçu au fond d’une échoppe, je ne me doutais pas que Renaud Machart

allait me rappeler un épisode marquant de la vie… et de l’oeuvre du compositeur Francis Poulenc (1899-1963) dont il a écrit une biographie qui a fait date.

La commune de Tourrettes-sur-Loup, je viens de le voir à l’instant, rappelle elle-même que Poulenc y a passé plusieurs étés de 1952 à 1955 en compagnie d’un « ami » Richard Chanlaire

et y acheva son unique opéra Dialogues des Carmélites

Prochain épisode : Ivry Gitlis, Saint-Paul-de-Vence

Vacances 2022 : Rome, Tosca etc.

Puccini encore, et d’autres

Puccini (Puccini à Torre del Lago, La maison natale à Lucques) me poursuit, à moins que ce ne soit l’inverse. À Rome cette fois. Voir plus loin.

En me baladant dans la Ville éternelle, après la visite des musées du Vatican (ce sera pour une chronique ultérieure), sans but précis, je suis tombé sur des plaques rappelant certaines présences comme… Riccardo (!) Wagner !

Les lieux de Tosca

On renvoie à l’excellente fiche Wikipedia de l’opéra Tosca de Puccini, créé en 1900 au Teatro Costanza. Le premier acte se déroule à l’église Sant’ Andrea della Valle

On a trouvé sur YouTube cette étonnante représentation filmée en 2000 à l’Opéra de Rome (pour le centenaire de la création de Tosca). Il y a les deux ténors les plus célèbres du moment : Luciano Pavarotti en Cavaradossi… et Placido Domingo à la baguette !

Le deuxième acte se situe au Palais Farnese, siège de l’Ambassade de France à Rome depuis 1874, mais fermé à toute visite, à l’exception, semble-t-il, des journées du patrimoine.

Quant au troisième acte, il se déroule au Château Saint-Ange.

Il y a évidemment quantité de très belles versions de Tosca en CD comme en DVD.

J’en ai toujours deux auxquelles j’aime revenir : pour les sortilèges de l’orchestre puccinien, Karajan à Vienne en 1963 et, même si les « callasiens » préfèrent des versions antérieures, celle de Maria Callas, captée la même année à Paris avec Georges Prêtre

Philippe Boesmans (1936-2022)

J’apprends ce matin par le témoignage de David Kadouch dans la matinale de France Musique la disparition du compositeur belge Philippe Boesmans.

Je suis triste comme on peut l’être de la mort d’un ami, même si je ne peux me revendiquer d’une amitié pour une personnalité si généreuse, attachante, drôle, profondément aimable au premier sens du terme. Je rappelais dans un article de ce blog, dont le titre même pourrait être une forme d’hommage – Les beaux jours – quelques aventures menées avec Philippe Boesmans à Liège.

Ainsi dans ce documentaire magnifique de Laurent Stine, réalisé à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, on y voit et entend Philippe Boesmans évoquer bien sûr sa relation avec l’orchestre, la création de son concerto pour violon, et la commande que je lui avais passée d’un double concerto pour piano avec les soeurs Labèque. Et on comprend immédiatement pourquoi cet homme attirait à ce point la sympathie. Voir à partir de 7′

On entend surtout Philippe Boesmans s’exprimer sur son métier, son art de compositeur : « Quand on écrit une nouvelle oeuvre, on pense à ceux qui vont l’entendre ».

Pour entendre ou réentendre l’oeuvre concertante de Philippe Boesmans, ce disque magnifique :

et celui-ci pour retrouver les créateurs, Richard Piéta et Pierre Bartholomoée, de son concerto pour violon en 1980

David Kadouch et l’orchestre philharmonique royal de Liège créaient en décembre 2019 l’ultime oeuvre concertante de Philippe Boesmans Fin de Nuit :

Au moment au Philippe Boesmans nous quitte, on ne peut oublier celui qui l’a si souvent servi et dirigé, l’ami Patrick Davin, si brutalement disparu il y a dix huit mois (Un ami disparaît).