Cannes #75

J’ai dû aller à Cannes deux ou trois fois, jamais pendant le festival de cinéma. Pas de raison ni d’envie. La foire aux vanités ?.

Grâce au service public, France Télévisions, le festival de Cannes est désormais accessible au plus grand nombre. Pouvoir suivre la cérémonie d’ouverture ce mardi 17 mai en direct sur France 2, c’était le bonheur.

Une cérémonie parfaitement réglée, interventions judicieuses de Virgine Efira, les paroles justes de Forest Whitaker, et l’admirable adresse au public d’un artiste qu’on aime décidément beaucoup, le président du jury Vincent Lindon

Et puis le discours du président ukrainien – « encore? » se sont exclamés certains sur les réseaux sociaux, comme si on l’avait assez vu, comme si finalement on voulait/pouvait s’abstraire de la guerre et de ses horreurs à nos portes. Et pourtant qu’on écoute bien ce que dit Volodymyr Zelensky, et son formidable message.

Dimanche soir, je découvrais la Palme d’or du festival 2019 « Parasite ». On comprend pourquoi Cannes, et une année après, les Oscars, s’étaient emballés pour ce film.

Les palmarès de Cannes ne sont pas toujours compréhensibles, ni compris. C’est aussi ce qui fait la richesse de ce festival.

Journal de printemps

Pierre Naftule (1960-2022)

Personne, en France, ne sait qui était le Suisse Pierre Naftule, disparu à 61 ans le 19 mars après une longue souffrance (maladie de Charcot). J’ai connu cet auteur, humoriste, homme de théâtre et de télévision, pendant mes années à la Radio suisse romande. Mais je l’ai surtout suivi dans ses aventures avec Marie-Thérèse Porchet, alias Joseph Gorgoni, le comédien qui avait inventé avec Pierre Naftule ce personnage si savoureux, que le public parisien avait pu applaudir à plusieurs reprises.

La musique de Salon

Les années passent, l’amitié demeure. C’est ce qu’on se disait l’autre jour avec Eric Le Sage, que je n’avais plus revu depuis son récital en 2016 au Festival Radio France. Nous déjeunions dans un petit établissement de Montmartre, au nom tout indiqué pour ces retrouvailles : le Chantoiseau

Eric Le Sage, Paul Meyer, Emmanuel Pahud, c’est la bande du festival de Salon-de-Provence, ce sont surtout trois amis véritables, indéfectibles, que je ne vois ni n’entends assez souvent à mon gré. C’est dire si ce déjeuner montmartrois avec le pianiste avait une saveur particulière.

Cadeau de mon hôte, les récents échos discographiques des dernières productions de Salon. La curiosité alliée au talent, c’est la recette de la réussite exceptionnelle de ce rendez-vous estival où l’élite de la musique européenne arpente, depuis 1993, les chemins de traverse du répertoire de chambre.

Eloquence de Knappertsbusch

Hans Knappertbusch (1888-1965) est un chef d’orchestre allemand qui fait l’objet d’un véritable culte, dont je n’ai pas toujours compris la raison. Il est vrai qu’il s’est largement illustré dans Wagner, et comme je l’écrivais dans mon précédent billet (Wagner et Goerne), c’est un univers qui m’a longtemps échappé.

Cyrus Meher-Homji, le responsable du label Eloquence Australie, a eu l’excellente idée de regrouper en deux coffrets une partie du legs discographique du chef allemand, tel qu’il était paru sous étiquette Philips, Decca ou Westminster.

Le travail de « remasterisation » est impressionnant, notamment pour les premières années stéréo avec Vienne chez Decca. On reviendra sur ces deux parutions, mais savourons déjà les voix printanières de ces Badner Mädl’n de Komzak.

Rhapsodie hongroise : Zoltan retrouvé

L’un des plus grands artistes hongrois de ces cinquante dernières années est mort en novembre 2016, à 64 ans. J’ai consacré alors au pianiste et chef d’orchestre Zoltan Kocsis un long article que je vous invite à relire : Zoltan le bienheureux.

J’y écrivais : « Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? ».

Cinq ans plus tard, un voeu largement partagé est exaucé :

Quel bonheur de retrouver ce piano charnu mais svelte, dense et clair, d’une technique transcendante jamais étalée, et même de faire dans ce coffret des découvertes, des disques sans doute mal ou peu distribués à l’époque de leur sortie !

Du connu et reconnu comme la référence moderne de l’oeuvre pianistique de Bartok, une très large anthologie Debussy qui dit tout de l’art poétique du pianiste hongrois.

De Chopin, seulement les 19 Valses, mais quel trésor !

Une référence depuis longtemps pour moi des concertos de Rachmaninov. Je me rappelle encore le choc ressenti, lors d’un Disques en Lice, à la découverte du 3ème concerto, cet allant, cet élan, cette lumière tant dans le jeu du soliste que dans la conduite de l’orchestre.

On aurait dû commencer par là, mais ce qui saute aux yeux dans ce coffret, c’est l’originalité du répertoire gravé (son choix ? celui de l’éditeur? probablement les deux) par le pianiste hongrois dans ses jeunes années. La signature d’un talent singulier. Bach mais par la face nord, l’austère Art de la fugue, Beethoven mais pas les habituelles dernières sonates, Grieg mais pas le concerto, et la référence pour l’unique sonate du compositeur norvégien, et quels bijoux que ces deux recueils de Pièces lyriques. Liszt et les ultimes Années de pélerinage, Wagner dans une passionnante confrontation entre les transcriptions de Liszt et les siennes propres.

Liszt toujours, et des concertos que je ne connaissais pas, enregistrés avec la complicité de son ami Ivan Fischer, avec qui, on l’oublie souvent, Zoltan Kocsis avait fondé l’orchestre du festival de Budapest. Ensemble aussi les concertos de Bartok et de Ravel.

Trois concertos de Mozart aussi (il y en eut beaucoup d’autres pour Hungaroton) comme on les aime, francs, fermes et lumineux.

Et puis ces variations, parfois déconcertantes, si libres et romantiques, sur « Ah vous dirai-je maman » d’Ernő Dohnányi, dont les deux complices font un feu d’artifice.

Last but not least quelle pure joie de retrouver les prises de son Philips des grandes années – un piano toujours superbement capté – !

Disques fantômes

Ceux qui me suivent savent que je reste attaché au disque « physique », même si je suis abonné à un site – très bien fait – de téléchargement essentiellement classique. Je rationalise ma discothèque en me séparant de CD isolés – sauf lorsqu’ils présentent un intérêt documentaire particulier – au profit de coffrets récapitulatifs (cf. La quarantaine rugissante, Réévaluation).

Mais on observe depuis quelques mois un phénomène très particulier : des coffrets annoncés… qui ne paraissent jamais.

Jessye et soeur Anne

Ainsi on avait repéré, et commandé, il y a plusieurs mois, ce coffret très attendu, l’intégrale des récitals « studio » de Jessye Norman, disparue le 30 septembre 2019.

Tel la Soeur Anne de Barbe-Bleue de Charles Perrault, on n’a jamais rien vu venir. la Fnac annonce fièrement une livraison sous quelques jours… tandis que d’autres sites plus sérieux (?) évoquent une parution le 31 décembre… 2022 ! Chiche ! mais on doute franchement que le produit même ait été fabriqué ou soit même en cours de fabrication…

Ansermet ou l’Arlésienne

En novembre 2018, à l’occasion du centenaire de la fondation de l’Orchestre de la Suisse romande, j’annonçais une monumentale édition Decca du considérable legs discographique d’Ernest Ansermet. Prévue pour commémorer les cinquante ans de la mort du fondateur de l’orchestre, disparu en février 1969. Depuis lors, plus de nouvelles.

Entre temps Scribendum (voir Krips le Viennois) semble avoir comblé la « défaillance » de Decca, en rééditant les enregistrements libres de droits (avant 1963)

Mais, tout espoir n’étant pas perdu, j’ai trouvé sur un site allemand – jpc.de – l’annonce d’un coffret Ernest Ansermet : The Stereo years (Decca Edition) avec une date précise de parution : 18 février 2022.

A côté de ces coffrets fantômes, on peut s’interroger sur la pertinence de certaines rééditions, destinées paraît-il au marché japonais. Il y a quelques mois, une intégrale vraiment intégrale du vénérable Jean-François Paillard (1928-2013) dont on ne peut pas nier le rôle dans la redécouverte de certains répertoires baroques, mais dont on a peine à mesurer l’intérêt discographique.

Le coffret en question est déjà devenu « collector »…

Tout aussi inutile un coffret aperçu l’autre jour dans une Fnac, l’intégrale des enregistrements du flûtiste Jean-Pierre Rampal (1922-2000) pour Sony, autrement dit les dernières années de sa carrière.

Oui Rampal a été une légende, et son premier éditeur Erato n’a pas manqué de lui rendre hommage, en rééditant abondamment des enregistrements remarquables et remarqués.

Mais Rampal, comme aujourd’hui James Galway, 82 ans, n’aurait peut-être pas dû user et abuser de sa notoriété. J’ai des souvenirs pas très brillants de Rampal (avec Stern et Rostropovitch) au festival d’Evian, dans les années 80. Il donnait encore le change, mais la gloire était déjà bien fanée.

La relève

Quinzaine plombante, les disparitions de deux géants Bernard Haitink et Nelson Freire n’ont pas fini de nous remuer.

Pour en sortir, j’ai repéré dans ma DVD-thèque deux visions extrêmement réjouissantes de la relève des générations montantes de musiciens. Des DVD regardés distraitement naguère, qui sont le meilleur remède à la mélancolie ambiante.

Les jeunes Vénézuéliens à Salzbourg

D’abord ce concert de 2013 au festival de Salzbourg, avec l’orchestre et les choeurs des jeunes Vénézuéliens du Sistema.

Je veux d’abord penser à ce pays magnifique, le Vénézuéla, qui nous a donné tant de musiciens de premier plan, plongé depuis des années dans un chaos politique et économique effrayant (lire Le malheur du Venezuela).

Je n’ai pas pu décrocher une seconde de ce fabuleux moment. Toutes les références qu’on peut avoir par exemple de la Première symphonie de Mahler tombent devant l’extraordinaire engagement de ces fiers musiciens.

Evidemment on les attendait dans leurs tubes, comme cet irrésistible Mambo de West side story de Bernstein

Boulez et l’Académie de Lucerne

Autre document retrouvé dans un coffret d’hommage à Pierre Boulez :

A vrai dire, je n’avais pas repéré dans ce coffret mêlant concerts et documentaires, un film passionnant réalisé durant l’été 2008 à Lucerne Inheriting the future of music

Or j’avais assisté à une partie de cette formidable aventure qui avait rassemblé jeunes musiciens et jeunes compositeurs autour de la figure tutélaire et si bienveillante de Pierre Boulez :

« En septembre 2008 je me rendis à Lucerne, où il animait cette phénoménale Académie d’été autant pour les jeunes musiciens que pour les compositeurs. Je lui avais demandé de m’accorder quelques instants, il m’accueillit durant tout un après-midi dans la modeste chambre qu’il occupait dans un hôtel un peu old fashioned sur les bords du Lac des Quatre-Cantons, très exactement en face de la villa de Tribschen où Wagner avait coulé quelques mois heureux (et composé notamment sa Siegfried-Idyll). Aucune fatigue chez cet homme de 83 ans qui dirigeait le soir même un programme colossal » (6 janvier 2016)

On verra dans ce documentaire un jeune homme de 83 ans, qui ne paraît jamais gagné par la fatigue ou la lassitude. On y verra aussi les figures de chefs aujourd’hui établis – Pablo Heras Casado – de compositeurs admirés, le doyen Peter Eötvös et le fringant quadragénaire Ondrej Adamek.

Intéressant aussi de comprendre l’évolution de la musique contemporaine : ainsi on voit le travail des jeunes chefs et de leurs mentors autour d’une oeuvre emblématique de la musique du XXème siècle, Gruppen de Stockhausen, pour trois orchestres symphoniques, créée en 1958 à Cologne sous la triple direction du compositeur, de Bruno Maderna et de… Pierre Boulez.

Quelques semaines après ma rencontre à Lucerne avec Pierre Boulez, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et son chef d’alors, Pascal Rophé, avaient ouvert le festival Musica de Strasbourg, avec Gruppen (les trois chefs requis étaient Pascal Rophé bien sûr, Jean Deroyer – qu’on aperçoit dans le documentaire ! – et Lukas Vis). Je comprends que l’oeuvre fascine les chefs qui la travaillent et qui ensuite la dirigent. L’extraordinaire complexité de l’oeuvre n’en débouche pas moins, pour moi, sur une caricature de ce que la « musique contemporaine » pouvait représenter de plus intimidant, repoussant même, pour le public. Tout ça pour ça, ai-je envie de dire !

De ce concert strasbourgeois, j’ai beaucoup plus retenu – et le public aussi ! – la création de Vertigo, une oeuvre concertante pour deux pianos et orchestre, de celui qui aurait eu 40 ans cette année, le surdoué Christophe Bertrand, qui s’est donné la mort à 29 ans le 10 septembre 2010…

Quand Pablo rencontre Wolfgang

De bons amis vont m’agonir en lisant ce billet. Quoi ? il ne connaissait pas ces célèbres enregistrements ?

En effet, j’ai attendu un récent passage à la FNAC pour acheter un import japonais et donc découvrir un coffret de symphonies de Mozart dirigées par Pablo Casals, dont j’ignorais même l’existence ! Pour le discophile averti que je crois (croyais) être, quelle honte non ?

Pourtant il y en a eu des éditions, pour célébrer notamment les 40 ans du Festival de Marlboro dans le Vermont. Et notamment l’art de Pablo Casals (1876-1973) chef d’orchestre.

Pourquoi avais-je zappé cela, jamais prêté attention à cette part importante de l’activité de l’immense violoncelliste, fondateur du festival de Prades ? Je l’ignore, je n’ai aucune explication. Peut-être parce que, inconsciemment, je ne pensais pas qu’un grand soliste, grand chambriste, pût être, même d’occasion, un excellent chef !

Le moins qu’on puisse dire en écoutant ces six dernières symphonies, captées de surcroît dans une excellente stéréo, c’est que Casals y affirme une personnalité solaire. Il peut prendre le temps de musarder dans les mouvements lents, même de les « romantiser » (un legato ‘karajanesque’ comme dirait mon ami Pierre Gorjat), et soudain de manifester une fougue, un élan, une violence même, surprenants. Mais jamais rien d’anodin ni de banal dans le phrasé, la conduite du discours. On eût rêvé être dans l’assistance !

Exemple assez éloquent avec la Symphonie n°39 :

Ce mouvement initial de la 40ème symphonie ne laisse pas de m’étonner, de me surprendre par la liberté, l’énergie du propos.

Précisons que « l’orchestre de Marlboro » dont il est question dans tous ces enregistrements était composé, durant l’été, par les meilleurs musiciens des grandes formations symphoniques de l’Est américain, notamment Boston…

Une question : pourquoi cet héritage n’a-t-il jamais, à ma connaissance, été réédité en coffret ?

Retour de Bucarest

J’aurais bien prolongé mon trop bref séjour à Bucarest. À propos de la Roumanie, j’ai employé l’expression de « pays cousin », c’est flagrant à Bucarest, où pourtant plus personne ne parle le français.

La langue roumaine est une langue… romaine, latine, pour l’essentiel, même si lexicalement elle emprunte beaucoup au russe.

Douceur de vivre

On ne peut pas – ce serait ridicule et déplacé – porter un jugement sur la qualité de vie d’une ville après y avoir passé quelques jours. Je constate simplement que Bucarest, que j’ai vue pour la première fois il y a 46 ans, puis deux mois après la révolution de décembre 1989 qui a destitué Ceaucescu, puis à nouveau en 2003 et en 2017, est une ville extrêmement attachante, où la douceur de vivre semble naturelle. Les nombreux parcs, jardins, étangs, promenades au coeur de la cité, des pistes cyclables parfaitement aménagées sur toutes les grandes avenues (la maire de Paris et ses adjoints responsables des « mobilités » pourraient utilement s’en inspirer), une jeunesse omniprésente, des terrasses de cafés accueillantes, confortent cette image.

La gastronomie a retrouvé tous ses droits dans une capitale qu’on a connue très pauvre en bonnes tables. Dans le restaurant « L’Atelier » installé dans l’hôtel Belle époque, j’ai pu déguster les meilleures cuisses de grenouille que j’aie jamais mangées depuis… 1973 et une très longue et silencieuse balade en barque dans le delta du Danube avec un pêcheur de grenouilles qui s’était conclue par une succulente fricassée préparée par la femme du pêcheur !
Le Théâtre National

Il ne faut pas redouter les contrastes architecturaux, l’héritage des années communistes, mais aussi celui de l’entre-deux-guerres où Bucarest était surnommée le Petit Paris.

Le palais du Parlement ou Maison du Peuple

On peut continuer de se désoler du projet pharaonique conçu par Ceaucescu qui abrite aujourd’hui le Parlement et nombre d’institutions démocratiques roumaines. On peut regretter que plusieurs quartiers, qui n’étaient pas forcément les plus anciens ni les plus agréables de Bucarest aient été rasés pour édifier ce palais mégalomaniaque et le quartier qui l’entoure. On peut aussi – ce qui est mon cas – trouver que l’ensemble a de l’allure et que les aménagements sont plutôt réussis.

Et contrairement à ce qui a pu être dit, les églises sont restées nombreuses, bien préservées ou restaurées, dans la capitale roumaine.

L’élégante église Kretzulescu qui a été aux premières loges de la Révolution de décembre 1989.

Une ville-musique

L’Athenaeum de Bucarest est une salle de concert mythique, construite en 1889.

Mais, comme je l’ai écrit – Bucarest en fête – c’est pour la musique, et le Festival Enesco, que je suis venu en ce mois de septembre.

C’était assez émouvant, pour lui, pour le public, de revoir l’enfant du pays, Cristian Măcelaru, diriger deux concerts de l’Orchestre national de France.

Sarah Nemtanu, premier violon de l’ONF, est d’origine roumaine par son père Vladimir, né et formé à Bucarest.
Maxim Vengerov en forme éblouissante, soliste du concert du 13 septembre.

Et Bucarest est une ville où on trouve encore des disques : dans le hall de la Sala Palatului, pas moins de trois stands mieux garnis que n’importe quel rayon classique d’une FNAC parisienne. Et à l’extérieur, j’ai repéré au moins deux magasins bien fournis.

Electrecord était – je pense devoir en parler au passé – le grand label classique roumain (un peu à l’instar de Medodia en Russie), et cela faisait des années qu’on ne trouvait que très partiellement ses galettes. La radio roumaine a ses propres éditions. C’est évidemment avec bonheur que j’ai trouvé, et acheté, ceci :

Enregistrements introuvables en France ou sur les sites de téléchargement ! Soit dit en passant, le CD a encore du bon !

Et puis aussi ceci, l’intégrale de l’œuvre orchestrale d’Enesco par un chef aujourd’hui septuagénaire, Horia Andreescu qui n’a pas, en Europe de l’Ouest, la notoriété que son talent devrait lui valoir.

Bucarest en fête

C’est ma cinquième venue à Bucarest (voir les images de ma précédente visite ici : Bucarest).

J’ai raconté les premiers voyages (dès 1973 !) dans Retour à Bucarest.

Mais c’est la première fois que j’assiste à ce qui est parfaitement exposé dans cette vidéo, le premier festival de musique classique d’Europe, le festival Enesco, du nom du plus célèbre compositeur/pianiste/violoniste roumain George Enescu (ou Georges Enesco comme on l’appelait à Paris)

C’est bien le directeur d’un festival qui rassemble, hors pandémie, plus de 100000 spectateurs chaque été, en plus de 150 concerts – l’auteur de ces lignes !- qui l’affirme : le Festival Enesco, qui fête ses 25 ans cette année sous la houlette de son infatigable directeur Mihai Constantinescu, n’a pas d’équivalent ni en Europe ni dans le monde. Les plus grands orchestres, solistes, chefs, s’y donnent rendez-vous en un tourbillon incessant de concerts.

En ce dimanche 12 septembre, pas moins de cinq propositions, trois à Bucarest, deux dans d’autres villes de Roumanie.

Les concerts du soir sont radiodiffusés, télévisés par la radio-télévision publique roumaine.. et disponibles gratuitement en streaming ! De ce point de vue là aussi, le Festival Enesco est unique !

Cela n’empêche pas le public de se presser en nombre au concert dans la gigantesque Sala Palatului, construite en 1960 et d’abord destinée aux grands congrès communistes. Un public de tous âges, qui s’habille encore, sans ostentation mais avec goût – pas de shorts, de baskets ou de sandales ici ! -, qui ne ménage pas ses applaudissements aux artistes qui le font vibrer.



Ce dimanche 12 septembre, c’était l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, son nouveau chef Lahav Shani (32 ans)- découvert il y a cinq ans déjà à la Maison de la Radio à Paris (lire Le classique c’est jeune) et un pianiste – Yefim Bronfman – que je n’avais encore jamais entendu en concert !

Programme peu aventureux : Troisième concerto de Rachmaninov et Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel.

Mais de là où j’étais placé, j’ai enfin pu comprendre, voir, entendre, la complexité du piano de Rachmaninov… et le talent qu’il faut à l’interprète pour maîtriser une matière aussi dense et en tirer la substance poétique au-delà de la performance virtuose. C’est peu dire que Yefim Bronfman – dont je connaissais les Rachmaninov qu’ils a gravés avec Esa-Pekka Salonen – y parvient, sans aucun sentimentalisme ni esbroufe tapageuse.

Ce n’est pas non plus un hasard si on entend aussi bien l’orchestre de Rachmaninov et l’osmose entre chef et soliste, Lahav Shani est aussi pianiste ! Les deux en feront la démonstration après que Bronfman, ovationné, nous aura donné un nocturne de Chopin en bis, d’une simplicité, d’une pureté de ligne (qui font penser à Rachmaninov jouant Chopin), en jouant à quatre mains une joyeuse Danse hongroise n°5 de Brahms.

Ce soir c’est l’enfant du pays qui joue à domicile : Cristian Măcelaru dirige l’Orchestre national de France, avec en soliste Maxime Vengerov (que je n’ai plus entendu depuis des lustres).

La fête heureuse

On n’échappe pas à l’exercice obligé du bilan quand approche la fin d’un festival : La fête malgré tout c’est le titre que j’ai donné à celui de l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui s’est achevé vendredi soir par le triomphe de Sonya Yoncheva dans un opéra Berlioz comble qui ne voulait plus la laisser partir.

On va laisser décanter les beaux souvenirs (et oublier les quelques mauvais) de ce festival pas comme les autres.

Comme cet époustouflant récital de Benjamin Grosvenor le 28 juillet. Et ce dîner avec un musicien heureux, simple, bon vivant, à l’éternelle tête d’enfant.

Ici avec François-Xavier Szymczak qui a présenté pour France Musique les derniers concerts du Festival.

NarboVia à Narbonne

Le dernier-né des grands musées de la région Occitanie, NarboVia, à Narbonne, accueillait mercredi le quatuor de saxophones Ellipsos devant un public familial ravi.

J’ai eu le privilège de voir grandir et s’installer ce musée magnifique, dessiné et conçu par Norman Foster. Où soudain on a l’impression d’être dans une villa pompéienne…

Ici avec Jakub Jozef Orlinski, Ted Huffman et Philip Venables

La réussite de ce festival, de cette fête, c’est celle d’une équipe formidable, qui a franchi tous les obstacles, et fait de chaque concert… une fête !

(Photo Marc Ginot)

Préparatifs

Les quelques jours qui précèdent l’ouverture d’un festival – en l’occurence le Festival Radio France Occitanie Montpellier – constituent un mélange parfois (d)étonnant d’excitation, d’énervement – les retards, les ratés, les urgences – d’enthousiasme… et de sérénité.

J’ai bien aimé cette une de l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier. La photo est celle de Philip Venables, l’iconoclaste auteur de l’opéra Denis et Katya, donné en français et en création européenne les 26, 28 et 29 juillet.

Franck et Chamayou

Belle double page avec les coups de coeur de la rédaction pour huit artistes invités du festival, avec une jolie coquille pour Bertrand Chamayou qui est annoncé comme « jouant la symphonie Urbs Roma de Saint-Saëns »… L’ouvrage est bien au programme du concert du 20 juillet – l’Orchestre national de France et son chef Cristan Macelaru en seront les interprètes – et Bertrand jouera bien deux oeuvres concertantes pour piano et orchestre, dont les titres peuvent égarer un journaliste non familier de la musique classique : les Variations…symphoniques (!) et Les Djinns de César Franck.

Alexandre Tharaud

Il y a deux jours, j’avalais une salade dans un sympathique bistrot proche de la place de la Comédie à Montpellier. Un homme, mince et jeune d’allure, déjeunait à la table d’à côté, je lui trouvais un air de ressemblance avec Alexandre Tharaud, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était bien lui. Longue conversation sur la crise sanitaire. Et lui de se/nous rappeler notre première rencontre, en 1992, dans le cadre de la fondation Juventus dans les Salines royales d’Arc-et-Senans : il avait joué sa propre transcription de La Valse de Ravel ! Depuis, il a fait la carrière que l’on sait, et il se produit ce week-end dans un concert bien à son image, singulier, original, avec Angélique Kidjo : voir Les Mots d’amour

14 juillet

On y est arrivé ! Montpellier va fêter en grand le 14 juillet, et le Festival y sera pour quelque chose. Mais c’est typiquement le genre de projet compliqué à monter en temps d’incertitude sanitaire, les lieux, les horaires, les configurations ont dû évoluer au fil des semaines et de ces tout derniers jours.

Cette fois c’est annoncé et bien annoncé : Un grand concert sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Voir aussi : Le Festival fête le 14 juillet