La fête de Meher

On – l’intéressé en premier ? – me pardonnera, je l’espère, ce jeu de mots de circonstance – en France la Fête des mères est toujours le dernier dimanche de mai, à la différence de quasiment tous les autres pays !.

C’est un personnage que les discophiles chevronnés connaissent au moins de nom, un Australien au palmarès impressionnant (voir sa notice sur Linkedin) : Cyrus Meher-Homji. A ce titre, il est le responsable de la collection Eloquence, aujourd’hui très largement distribuée dans le monde entier, mais que, pendant quelques années, j’ai dû acheter par correspondance… en Australie !

Je ne sais pas si, dans l’univers de la musique classique, Cyrus Meher-Homji a un équivalent encore en activité. J’en doute. Il est le seul, à ma connaissance, à aussi bien connaître et explorer les fonds et tréfonds de l’immense catalogue constitué par Philips, Decca, Deutsche Grammophon, labels historiques aujourd’hui rassemblés sous la bannière d’Universal.

Dorati

En septembre dernier, je me réjouissais de retrouver des Mozart et des Haydn de Dorati, qui avaient échappé aux rééditions Decca ou Mercury du chef hongrois (lire Haydn dans les Pyrénées)

Kubelik

J’attends avec impatience un coffret commandé il y a quelques semaines, les enregistrés réalisés au tournant des années 50 par Rafael Kubelik pour Decca

Des disques que j’ai déjà, en CD séparés, mais qui vont ressortir dans un son nouveau, « remastérisé ».

Et puis, l’avantage considérable de cette collection et du travail de Cyrus Meher-Homji, c’est de nous donner à redécouvrir, et parfois découvrir tout court, des artistes demeurés dans une ombre que leur talent n’aurait pas dû leur infliger, jusqu’à des noms dont je n’avais jamais entendu parler.

Ainsi d’Anja Thauer (1945-1973), une violoncelliste allemande lumineuse, qui va se suicider à 28 ans, à cause d’une histoire d’amour impossible (lire : Anja Thauer. On l’a comparée à Jacqueline du Pré, autre musicienne exceptionnelle, arrêtée dans son élan par la maladie (la sclérose en plaques).

Le violoniste roumain Ion Voicu (1923-1997) avait lui aussi disparu des radars, quelques disques en Allemagne de l’Est encore trouvables sur le label Berlin Classics.

Ici une belle réédition qui rend hommage à un art du violon « natif » de Roumanie.

Il y a parfois des sommes sans doute utiles à certains collectionneurs, mais sur la pertinence desquelles on peut s’interroger. Je suis loin de partager l’enthousiasme de certains amis sur la réédition de ce coffret. La pianiste Ruth Slenczynska, 96 ans aujourd’hui, a d’évidences qualités de virtuosité, mais un jeu qui confine parfois à la sécheresse, affaire de prise de son ?

Ses études de Chopin respirent large, ce qui est n’est pas pour me déplaire :

Il y a un peu plus d’un mois, j’avais loué la réédition, si attendue, des enregistrements du chef suisse Peter Maag (voir Peter le Suisse) en regrettant une étrange prise de son, pourtant annoncée comme « stéréo », pour un disque de concertos avec Fou Ts’ong. Cyrus Meher-Homji m’avait lui-même répondu en signalant, en toute transparence, qu’il n’avait pu remettre la main sur la bande originale en stéréo.

Dans ce blog, les citations des publications de cette collection sont innombrables.

Je signale que le site britannique prestomusic.com fait actuellement une promotion très intéressante sur l’ensemble de la collection…

En tout cas on doit un fier coup de chapeau à Cyrus Meher-Homji. On a hâte qu’il continue de nous restituer ce qui nous semble une inépuisable réserve de trésors, corrigeant au passage les erreurs ou les oublis des maisons-mères (Deutsche Grammophon ou Decca) comme il l’avait fait pour Eugen Jochum

Le retour au concert

On ne pensait pas que le seul fait d’aller au concert constituerait un événement ! Et pourtant c’est ce que j’ai ressenti jeudi soir en revenant à la Maison de la Radio (et de la Musique!), huit mois après le concert inaugural (lire Inauguration) du chef roumain Cristian Măcelaru, le nouveau directeur musical de l’Orchestre National de France.

Peu de monde dans l’Auditorium de Radio France (jauge à 35 % oblige), un programme sortant vraiment des sentiers battus.

J’ai aimé retrouver cette très belle salle, dont j’ai eu naguère la charge de préparer l’inauguration – en novembre 2014 – .

Le concert – sans entracte – s’ouvrait par le Concerto pour piano et vents de Stravinsky (1924).
Bertrand Chamayou était le soliste – parfait – d’une oeuvre qui n’est jamais parvenue à me passionner, ni même à m’intéresser.
On parle de période « néo-classique » pour Stravinsky, comme une manière d’expliquer, d’excuser la baisse, voire l’absence d’inspiration pour l’auteur glorieux, dix ans plus tôt, d’une trilogie fondatrice de la musique du XXème siècle (L’Oiseau de feu, Petrouchka et, plus encore, le Sacre du Printemps). Pupitres de bois et cuivres resplendissants du National.

La deuxième oeuvre au programme est une rareté absolue, peut-être même une première française ? Les Trois pièces pour cordes sont l’oeuvre d’un très jeune homme : le chef d’orchestre roumain Constantin Silvestri (1913-1969) a 17 ans lorsqu’il compose cette partition, qui se situe dans l’orbite d’un Bartok ou d’un Kodaly, d’inspiration populaire, et qui agit en parfait révélateur de la cohésion d’un orchestre. Si Cristian Măcelaru voulait nous prouver que l’entente entre le National et lui est plus que cordiale, alors c’est réussi. Avec un atout-maître pour le chef roumain, la présence au pupitre de premier violon solo de sa compatriote Sarah Nemtanu)

En septembre 2020, pour son premier concert (Inauguration), Cristian Măcelaru avait déjà choisi une symphonie de Saint-Saëns. Jeudi c’était la toute première, oeuvre d’un adolescent, pleine de belles intentions, de mélodies et de rythmes entraînants, pleine aussi de maladresses et de lourdeurs.

À connaître bien sûr, même si le jeune Saint-Saëns en 1853 est loin d’un Georges Bizet qui écrit, lui, son unique Symphonie en do majeur, à 17 ans lui aussi en 1855. La promesse d’un côté, une juvénilité déjà accomplie de l’autre.

Un concert, celui de jeudi soir, à réécouter sur le site de France Musique : Concert en trois temps.

On peut aussi revoir avec plaisir la Symphonie n°2 donnée en septembre dernier :

L’Orchestre National, Bertrand Chamayou et Cristian Măcelaru seront à Montpellier, le 20 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. A découvrir absolument : lefestival.eu

Le jardinier de la Musique

Le chef britannique, natif du Dorset, John Eliot Gardiner n’aura 80 ans que dans deux ans, mais l’un de ses éditeurs historiques, Deutsche Grammophon, lui consacre, dès ce printemps, un coffret de 104 CD, censé comprendre l’intégrale de ses enregistrements pour le label jaune et sa sous-marque baroque Archiv Produktion.

Si on veut pinailler – et on le peut avec une somme d’une telle importance, et pour ce prix – on relèvera une documentation plutôt fruste (il manque par exemple un index des oeuvres ! l’iconographie est chiche), et surtout la présence de quelques enregistrements Philips/Decca – qui font partie du même groupe Universal – et l’absence de beaucoup d’autres. Un coffret Philips/Decca viendra-t-il compléter ce pavé ? Rien n’est moins sûr.

En réalité, ce pavé compile d’autres coffrets parus précédemment : un cinquième du coffret est consacré à Bach, les grands oratorios, une petite quarantaine de cantates. On sait les affinités… familiales de Gardiner avec le cantor de Leipzig (lire : Le mystère Jean-Sébastien Bach ). j’ai encore en mémoire ce concert du festival Berlioz fin août 2018 (lire Les Nuits de La Côte)

Il y a, bien sûr, un grand corpus beethovénien, qui se bonifie avec les années à mes oreilles.

Monteverdi, les grands opéras de Mozart, les oratorios de Haydn (mais pourquoi pas les quatre messes naguère captées pour Philips ?) et puis tout ce qui fait le charme de ce chef, un électisme, un goût pour des chemins de traverse (Chabrier, Dvorak, Weill) jusqu’à une Veuve joyeuse de très belle venue et cette compilation de viennoiseries.

CD 1,2: Bach: Oratorio de Noël (1987) Anthony Rolfe-Johnson, Anne-Sofie von Otter, Olaf Bär, Hans-Peter Blochwitz, Lisa Beznosiuk, Nancy Argenta, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

CD 3,4: Bach: Passion selon St Matthieu (1988) Anthony Rolfe-Johnson, Andreas Schmidt, Anne-Sofie von Otter, Barbara Bonney, Howard Crook, Olaf Bär, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

CD 5,6: Bach: Passion selon St Jean (1986) Anthony Rolfe-Johnson, Michael Chance, Ruth Holton English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

CD 7,8: Bach: Messe en si (1985) Lynne Dawson, Carol Hall, Nancy Argenta, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

CD 9: Bach: Magnificat BWV 243 (1985) Patrizia Kwella, David Thomas, Anthony Rolfe-Johnson, Cantate 51 „Jauchzet Gott in allen Landen“ Emma Kirkby, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

CD 10-21 Bach: Cantates 6, 11, 16, 34, 36, 37, 43, 59, 61-64, 66, 72-74, 82, 83, 94, 98, 105, 106, 111, 113, 121, 125, 128, 133, 139, 140, 147, 156, 168, 172, 179, 198, 199

CD 22-26 Beethoven: Symphonies Orchestre Révolutionaire et Romantique, Luba Orgonasova, Anne-Sofie von Otter, Anthony Rolfe-Johnson, Gilles Cachemaille, Monteverdi Choir

CD 27-29 Beethoven Concertos clavier, Robert Levin, Orchestre Révolutionaire et Romantique

CD 30 Beethoven Concerto 4 et Symphonie 2 versions chambre Robert Levin, Peter Hanson, David Watkin , Lucy Howard & Annette Isserlis

CD 32: Beethoven: Missa Solemnis (1989) Charlotte Margiono, Catherine Robbin, William Kendall, Alastair Miles, Elizabeth Wilcock, Alastair Ross, Monteverdi Choir Orchestre Revolutionaire et Romantique

CD 33: Beethoven: Ah! Perfido! Charlotte Margiono, Meeresstille und glückliche Fahrt Op. 112 Messe Op. 86 Monteverdi Choir Orchestre Revolutionaire et Romantique

CD 34, 35: Beethoven: Leonore / Christiane Oelze, Christoph Bantzer, Michael Schade, Franz Hawlata, Matthew Best, Hillevi Martinpelto, Monteverdi Choir Orchestre Revolutionaire et Romantique

CD 36: Gardiner évoque Beethoven

CD 37: Benjamin Britten: War Requiem / Anthony Rolfe-Johnson, Boje Skovhus, Luba Orgonosova NDR Sinfonieorchester Chor des Norddeutschen Rundfunks Tölzer Knabenchor

CD 38: Benjamin Britten: Spring Symphony, Hymn to St. Cecilia, Five Flower Songs / John Mark Ainsley, Alison Hagley, Catherine Robbins, Philharmonia Orchestra Monteverdi Choir

CD 39: Bruckner: Messe 1 + motets / Luba Orgonosova, Bernarda Fink, Christoph Pregardien, Eike Wim Schulte, Monterverdi Choir Wiener Philharmoniker

CD 40: Schütz: „O bone Jesu, fili Mariae / Ruth Holton, Ashley Stafford, Nicolas Robertson, English Baroque Soloists; Buxtehude: Membra Jesu Nostri Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 41: Chabrier: Suite Pastorale; Habanera, Espana, Larghetto für Horn und Orchester, Gwendoline Ouverture, -Prelude Pastoral, Joyeuse Marche, Fête Polonaise extra. de Le Roi Malgré lui / Wiener Philharmoniker

CD 42: Dvorak: Variations symph.Op. 78 Suite tchèque Op. 39 / Brahms Danses hongroises 1, 3, 5, 10, 16, 18, 19-21 NDR Sinfonieorchester

CD 43: Elgar: In the South (Alassio), Introduction and Allegro for Strings, Sospiri, Enigma-Variations / Wiener Philharmoniker

CD 44, 45: Haendel: Acis und Galatea / Norma Burrowes, Paul Elliott, Willard White, Anthony Rolfe-Johnson, Martin Hill, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 46, 47: Haendel: Hercules / Catherine Denley, Sarah Walker, Anthony Rolfe-Johnson, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 48, 49: Haydn: Die Schöpfung / Sylvia McNair, Gerald Finley, Michael Schade, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CDs 50, 51: Haydn: Die Jahreszeiten / Andreas Schmidt, Anthony Rolfe-Johnson, Barbara Bonney, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 52: Percy Grainger: The Warriors; Gustav Holst: The Planets / Philharmonia Orchestra

CD 53: Léhar: Die lustige Witwe / Bryn Terfel, Barbara Bonney, Karl Magnus Frederikson, Uwe Peper, Constanze Backes, Heinz Zednik, Monteverdi Choir Wiener Philharmoniker

CD 54: Mahler: Lieder eines fahrenden Gesellen, Rückert-Lieder; Zemlinsky: 6 Lieder Op. 13 / Anne Sofie von Otter NDR Sinfonieorchester

CD 55: Mendelssohn: Symphonie 4 „Italienische“ (2 versions), 5 „Reformation“ / Wiener Philharmoniker

CD 56, 57: Monteverdi: Vêpres de la Vierge 1610 Magnificat (1989 San Marco, Venise) Ann Monoyios, Mark Tucker, Marinella Pennicchi, Nigel Robson, Alastair Miles, Bryn Terfel, His Majesties Sagbutts, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 58, 59: Monteverdi: L’Orfeo / Mark Tucker, Nancy Argenta, Michael Chance, Anthony Rolfe-Johnson, Anne Sofie von Otter, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 60-62: Monteverdi: L’incoronazione di Popea / Anne Sofie von Otter, Catherine Bott, Marinella Pennicchi, Mark Tucker, Michael Chance, Nigel Robson, Sylvia McNair, Bernarda Fink English Baroque Soloists

CD 63-71: Mozart Klavierkonzerte 5-27 / Malcolm Bilson English Baroque Soloists

CD 72-74: Mozart: Idomeneo, re di Creta / Sylvia McNair, Anne Sofie von Otter, Anthony Rolfe-Johnson, Nigel Robson, Hillevi Martinpelto, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 75, 76: Mozart: Die Entführung aus dem Serail / Stanford Olsen, Cornelius Hauptmann, Uwe Peper, Hans-Peter Mineti, Luba Orgonosova, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 77-79: Mozart: Le Nozze di Figaro Bryn Terfel, Alison Hagley, Carlos Feller, Susan McCulloch, Pamela Helen Stephen, Rod Gilfry, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 80-82: Mozart: Don Giovanni / Luba Orgonosova, Ildebrando d’Arcangelo, Rod Gilfry, Christoph Prégardien, Charlotte Margiono, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 83-85: Mozart: Cosi fan tutte / Rainer Trost, Rod Gilfry, Carlos Feller, Amanda Roocroft, Rosa Mannion, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 86, 87: Mozart: La Clemenza di Tito Anne Sofie von Otter, Julia Varady, Catherine Robbin, Cornelius Hauptmann, Sylvia McNair, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 88,89: Mozart: Die Zauberflöte / Gerald Finley, Susan Roberts, Michael Schade, Christiane Oelze English Baroque Soloists Monteverdi Choir

CD 90, 91: Purcell: The Fairy Queen / Judith Nelson, Eiddwen Harrhy, Stephen Varcoe, Elisabeth Priday, David Thomas, Wynford Evans, Martyn Hill, Monteverdi Choir English Baroque Soloists

CD 92: Rachmaninov: Danses symphoniques Op. 45; Janacek: Taras Bulba NDR Sinfonieorchester

CD 93: Schubert: Gesang der Geister über den Wassern, Symphonie 9 „Die Große“ Wiener Philharmoniker

CD 94: Schütz: „Freue dich des Weibes deiner Jugend“, „Ist nicht Ephraim mein teurer Sohn“, „Saul, Saul, was verfolgst du mich?“, „Auf dem Gebirg hat man Geschrei gehört“, Musikalische Exequien SWV 279/281

CD 95-97: Symphonies Robert Schumann (Zwickauer Fragment, 2 versions Quatrième, Ouverture, Scherzo et Finale, Konzertstück pour 4 cors / Orchestre Revolutionaire et Romantique

CD 98, 99: Robert Schumann: Requiem für Mignon; Nachtlied Op. 108; Le Paradis et la Peri / William Dazeley,, Bernarda Fink, Barbara Bonney, Christoph Prégardien, Alexandra Coku, Monteverdi Choir Orchestre Revolutionaire et Romantique

CD 100: Lilli Boulanger Psaumes; Stravinsky Symphonie de psaumes / Monteverdi Choir London Symphony Orchestra

CD 101, 102: Stravinsky: The Rake’s Progress / Anne Sofie von Otter, Ian Bostridge, Bryn Terfel, Deborah York, Peter Bronder, Monterverdi Choir London Symphony Orchestra

CD 103: Kurt Weill / Anne-Sofie von Otter

CD 104: Ouvertures et valses de Suppé, Ziehrer, Lehar, Lanner, Heuberger / Wiener Philharmoniker

Retour aux sources, suite inattendue

Il y a une semaine, j’avais fait un rapide retour aux sources de ma famille paternelle, dans le sud de la Vendée (Retour aux sources). Ce week-end c’était une fête prévue, attendue, le 94ème anniversaire de ma mère, à Nîmes.

Il y a quatre ans, une grande partie de la famille s’était retrouvée pour fêter son passage dans le club des nonagénaires. La fête, alors, était inespérée, tant les mois précédents nous avaient inquiétés (lire L’eau vive). Depuis lors, il y eut quelques alertes, une mobilité plus réduite, mais rien de ce qui assombrit souvent la fin de vie de nos aînés: le cerveau, la vue, l’ouïe, la mémoire, restent vaillants. Et les fous rires aussi…

Mais cet anniversaire a été pour moi la source d’une émotion considérable. J’ai découvert fortuitement, au fil d’une conversation où surgissaient des souvenirs de famille heureux, que les 33 tours de la discothèque familiale, et nombre de mes premières acquisitions, que je pensais perdus – ma mère ayant déménagé en 1982, et moi quitté la maison familiale de Poitiers dès 1978 – j’ai découvert que ces disques étaient toujours là, rangés depuis des lustres dans un coin fermé de la bibliothèque de ma mère. Etrangement, je n’avais jamais songé à lui demander ce qu’elle avait fait de ces disques.

A mon prochain voyage en voiture, je viendrai récupérer ces précieuses galettes, celles déjà évoquées dans ces billets – La découverte de la musique I

dans La découverte de la musique II

Dans cette évocation de mon été 73La découverte de la musique III – j’avais complètement oublié ce vinyle 25 cm, contenant les deux rhapsodies roumaines d’Enesco, un cadeau dédicacé de mon « correspondant » roumain.

Le chef roumain George Georgescu (1887-1964) y dirige la Philharmonie d’Etat George Enescu. Quelle saveur dans les timbres, quel naturel dans l’énoncé des thèmes populaires…

J’ai souvent évoqué ici le choc que j’avais éprouvé en voyant le film de François Reichenbach – L’Amour de la vie – consacré à Artur Rubinstein et, bien sûr, ma découverte de Chopin.

Je ne pensais pas retrouver ce tout premier album à avoir figuré dans ma discothèque :

J’avais naguère évoqué brièvement mes études au modeste Conservatoire de région de Poitiers (lire Les jeunes Français sont musiciens. Je me rappelle en particulier les épreuves de fin d’études de piano- et le Diplôme à la clé ! et un jury composé de brillantes jeunes stars du piano – Michel Béroff, Jean-Bernard Pommier et André Gorog !

J’ai retrouvé hier un 33 tours que j’avais complètement oublié, l’un des premiers pourtant que j’aie achetés à petit prix, dans la collection Musidisc, le concerto n°5 L’Empereur de Beethoven, sous les doigts précisément de Jean-Bernard Pommier, un enregistrement probablement réalisé, en 1962, dans la foulée du concours Tchaikovski de Moscou dont le pianiste français fut le plus jeune lauréat (il avait 17 ans !). C’est le chef d’origine grecque Dimitri Chorafas (1918-2004) qui dirige l’orchestre de la Société du Conservatoire.

On l’a compris, il y aura d’autres séquences nostalgie, une fois que j’aurai récupéré une cinquantaine de galettes qui, pour certaines, sont devenues des collectors

Les raretés du confinement (fin)

Rappelez-vous, le (re)confinement de tous les lieux accueillant du public, c’était le 30 octobre 2020 ! Le 11 novembre je commençais une série : Les raretés du confinement, dont je n’imaginais pas qu’elle durerait six mois…

Quoi qu’il en soit, je ne regrette pas cette chronique musicale d’un confinement inédit, d’une période que nous mettrons du temps à analyser, digérer, dépasser.

Retour sur la dernière décade.

13 mai : l’Ascension de Gardiner

Une oeuvre qui s’impose en ce jour de l’Ascension : la cantate BWV 11 de Jean-Sébastien Bach « Lobet Gott in seinen Reichen » (Louez Dieu dans ses royaumes) est créée et dirigée par le compositeur le 19 mai 1735 à Leipzig pour l’office de l’Ascension.Ici dans une version exaltante de John Eliot Gardiner

Je reparlerai très bientôt du chef anglais qui bénéficie d’un somptueux coffret rééditant l’ensemble de ses enregistrements pour Deutsche Grammophon et Archiv Production (de Bach.. à Lehar !

14 mai : mes années disco

Tandis que je revenais sur les lieux de mon enfance et de ma famille paternelle (Retour aux sources) j’apprenais la disparition d’un homme de la nuit, Jean-Yves Bouvier, que j’avais bien connu pendant mes années disco. Ces quelques mois, au tournant des années 70/80, où l’on pouvait danser jusqu’au bout de la nuit sur les pistes de discothèques aujourd’hui disparues.

15 mai : il pleut sur Nantes

Visitant Nantes ce matin – où je n’étais pas revenu depuis 2015 – j’avais oublié le terrible incendie survenu il y a moins d’un an, le 18 juillet 2020, à la Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul (L’incendie de la cathédrale de Nantes) qui, à la différence de l’incendie de Notre-Dame de Paris, a ravagé les grandes orgues Girardet de 1621.

Il pleuvait sur Nantes ce jour-là, les magasins étaient encore fermés. Et je ne pouvais empêcher l’entêtante et bouleversante chanson de BarbaraNantes – de se replacer dans une partie de ma mémoire dont elle n’est jamais partie.

16 mai : Martinon à Chicago

Un tube tellement ressassé, le Boléro de Ravel. Et pourtant on tend l’oreille, on est porté, transporté par l’extraordinaire version – trop peu connue – de Jean Martinon (lire : Martinon enfin. Jean Martinon fait briller le Chicago Symphony Orchestra de tous ses feux. Ravel plus sensuel que jamais

17 mai : encore un peu de Martinon

Après mon marché du week-end (Marché de printemps) quelques pépites ajoutées à ma discothèque ou redécouvertes, comme cette extraordinaire série d’enregistrements de Jean Martinon à Chicago.une version superlative (et quelle prise de son !) de la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel

18 mai : les sept instruments de Frank Martin

Dans la série Martinon à Chicago (lire : Marché de printemps) une vraie rareté, le concerto pour 7 instruments à vent du Suisse Frank Martin (1890-1974), et l’occasion d’entendre les fabuleux souffleurs du Chicago Symphony Orchestra

19 mai : Déconfinement`

Fin, je l’espère définitive, de cette rubrique #Confinement3 avec, en écho de mon billet matinal (lire: Déconfinement/) cette version de plein air, pleinement déconfinée, des Royal Fireworks de Haendel tirés par Hervé Niquet et son Concert spirituel (à retrouver cet été au Festival Radio France Occitanie Montpellier :www.lefestival.eu)

20 mai : Le musée a rouvert

Bonheur rare de pouvoir à nouveau déambuler en toute tranquillité dans les belles salles du Musée Fabre de Montpellier, d’y retrouver en particulier les Soulages qu’on aime tant et qui nous ont tant manqué…

Déconfinement

Lorsque j’ai fait cette annonce – c’était le 7 avril dernier ! – je me suis heurté à ceux, y compris dans mon entourage, qui me trouvaient, au choix, inconscient, imprudent, excessivement optimiste. Certains faisaient le rapprochement avec l’an dernier : le 2 avril j’avais annoncé l’édition 2020 du Festival Radio France, pour finalement devoir l’annuler le 24 avril (et pourtant nous avons fait un Festival malgré tout !)

La meilleure réponse nous a été apportée par le public qui, dès l’ouverture des réservations le 8 avril, s’est précipité sur la billetterie en ligne du Festival et a, ainsi, validé notre optimisme et surtout la programmation festive de cette édition 2021 (lefestival.eu)

Chaque concert est une fête

C’est plus que le slogan de ce prochain Festival, c’est une conviction, une promesse.

Des preuves ? Un premier florilège des oeuvres et des artistes programmés (il y a aura une suite !)

Le 14 juillet, l’Umlaut Big Band ouvre le Bal à Montpellier

Le lendemain du feu d’artifice de la Fête nationale, Hervé Niquet lance les Feux d’artifice royaux

Ce même 15 juillet, un duo de charme, Sophie Karthäuser et Cédric Tiberghien, ouvre la série Musique ensemble

Le lendemain, le très talentueux Dmitry Shishkin, 2ème prix du Concours Tchaikovski 2019*- l’un des 30 pianistes invités du Festival ! – figure parmi les Découvertes de cette édition 2021.

Le 16 juillet, dans la grande salle de l’Opéra Berlioz, une séance de sonates au sommet : Richard Strauss, Elgar, Fauré sous les doigts et l’archet de Michel Dalberto et Renaud Capuçon

Le 18 juillet, le Festival retrouve son chef porte-bonheur, Santtu-Matias Rouvali. Découvert, pour ma part, en 2014 lorsqu’il était venu diriger deux concerts, deux programmes, déjà à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France

SMR était revenu avec les mêmes en 2018 pour un Sacre du printemps mémorable, et en 2019 pour deux concerts tout aussi exceptionnels avec l’orchestre philharmonique de Tampere (Finlande) dont il est le directeur musical depuis 2013

(de gauche à droite, Santtu-Matias Rouvali, JPR, Jean-Luc Votano qui venait de jouer l’extraordinaire concerto pour clarinette de Magnus Lindberg)

Thibaut Garcia est un autre invité de choix du #FestivalRF21. Il sera de la soirée du 18 juillet, et de plusieurs autres à Montpellier et dans la Région Occitanie.

Le 19 juillet, François-Xavier Roth, son orchestre « Les Siècles » et la violoncelliste argentine Sol Gabetta nous offrent un programme tout Saint-Saëns, dont le rare 2ème concerto pour violoncelle.

Je ne peux m’empêcher de redonner un coup de projecteur sur un projet discographique qui m’avait passionné : l’intégrale des oeuvres concertantes de Saint-Saëns pour violon et violoncelle.

Saint-Saëns est à l’honneur du concert de l’Orchestre National de France et de son chef Cristian Măcelaru, avec une vraie rareté, pour ma part, jamais entendue en concert, l’une des cinq symphonies du compositeur français, Urbs Roma. On se réjouit de l’appétit que manifeste le nouveau directeur musical de l’ONF pour le répertoire français, comme en témoigne cet enregistrement – sans public – réalisé durant le confinement.

On poursuivra bientôt ces invitations aux concerts de l’été.

Tout le programme est à retrouver et télécharger ici. Et les réservations sont plus que recommandées : https://lefestival.eu

*Le premier Prix du Concours Tchaikovski 2019 sera aussi présent au Festival le 24 juillet (Alexandre Kantorow)

Marché de printemps

J’ai quelques amis fous… de musique et surtout de disques, vinyles et CD. J’en ai d’autres qui ont numérisé toute leur discothèque. J’ai adopté, pour ma part, une position… centriste ! Tout est affaire de place et d’utilité.

J’ai donné l’essentiel de mes 33 tours, n’en conservant que ceux qui avaient une valeur affective ou un caractère de rareté et qui n’ont pas été reportés en CD. Quant aux CD, j’adopte la même attitude. Comme la mode est, depuis quelques années, chez les majors à la réédition en coffrets exhaustifs, en général bien documentés, je n’hésite pas à libérer les rayons de ma discothèque.

Passage culturel

Durant le « pont » de l’Ascension, je suis passé par Cholet, aimable chef-lieu d’arrondissement dont je ne connaissais que les… mouchoirs, où j’ai découvert, en plein centre ville, au rez-de-chaussée de l’ancien théâtre, une belle et grande surface culturelle, le Passage culturel

Et un rayon disques classiques qui en remontrerait à plus d’une FNAC…où j’ai trouvé, à prix cassé, quelques galettes qui m’avaient échappé.

Le disque d’Olivier Latry a un intérêt désormais historique, puisque c’est le dernier à avoir été enregistré sur les grandes orgues de Notre-Dame de Paris, avant l’incendie de la cathédrale le 15 avril 2019 !

Melomania

Les Parisiens, privés de leurs grandes « surfaces culturelles » pour cause de confinement, devraient être plus nombreux à fréquenter le seul disquaire spécialisé dans le classique dans la capitale, l’incontournable Melomania, situé au 38 boulevard Saint Germain, Paris 5ème.

On a toujours des chances d’y trouver le CD introuvable, des centaines de belles occasions, des imports japonais, des DVD jamais vus ailleurs.

Où l’on s’aperçoit que les chefs français ne sont pas les plus manchots pour diriger le répertoire classique viennois (mais Jean-Jacques Kantorow et Emmanuel Krivine ont en commun d’avoir été (EK) et d’être encore (JJK) des violonistes de premier rang… et d’avoir souvent enregistré ensemble !)

Martinon et Mackerrras

Les mêmes amis que je citais au début de ce billet lancent volontiers des discussions, parfois interminables, sur les mérites comparés de tel chef, telle version d’un chef-d’oeuvre, tel incunable. Je rentre rarement dans la mêlée, et je m’amuse le plus souvent de ces échanges parfois vifs, tranchés, définitifs, surtout lorsqu’ils proviennent de gens beaucoup trop jeunes pour avoir jamais entendu « en vrai » les chefs qu’ils révèrent ou détestent. Mais c’est la grande vertu du disque, et aujourd’hui de tous les documents disponibles en numérique, que d’abolir le temps et de nous rendre familiers, voire intimes, des interprètes que nous n’avons jamais connus.

Et c’est la grande vertu de ces débats – en général sur Facebook – que d’attirer l’attention – la mienne en tout cas – sur des versions qu’on a sinon oubliées, du moins un peu négligées.

Tom Deacon nous lançait récemment sur les grandes versions des symphonies d’Elgar, et chacun de citer les évidents Boult et Barbirolli. Jusqu’à ce que T.D. nous signale les introuvables versions de Charles Mackerras gravées pour Argo.

Des disques que je me rappelle très bien avoir eus dans ma discothèque… et qui en ont disparu, conséquence probable d’un déménagement.

Autre débat récent, à propos d’un Boléro de Ravel dirigé par Riccardo Chailly, diffusé ce dimanche sur Arte. Soporifique, sans élan, j’en passe et de meilleures ! Et plusieurs de citer comme une référence, l’exact contraire de Chailly, la version que Jean Martinon a gravée à Chicago en 1966, republiée dans un coffret RCA/Sony où tout est passionnant (détails à voir ici)

Parmi les pépites que contient ce coffret, j’ai envie de distinguer une flamboyante 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel et une véritablement « inextinguible » 4ème symphonie de Nielsen. Orchestre phénoménal, et prises de son exceptionnelles.

Retour aux sources

L’été dernier, sur le chemin de mes vacances en Italie, je m’étais arrêté au centre de la Suisse, berceau de ma famille maternelle (lire L’été 69). J’avais photographié la maison de famille – Brückenhaus à Entlebuch – dans un bien triste état. La bonne nouvelle c’est que cette maison historique a été enfin réhabilitée et que, conservant ses façades classées, elle devrait être rouvrir bientôt avec trois appartements d’habitation.

Pendant ce « pont » de l’Ascension, j’ai choisi un séjour en Vendée, berceau de ma famille… paternelle.

Enfant j’ai beaucoup de souvenirs à L’Ile d’Elle, le village qui fait la frontière entre les départements de Vendée et de Charente-Maritime, à une vingtaine de kilomètres de La Rochelle. J’ai déjà raconté une partie de cette histoire : lire Ancêtres

(de gauche à droite, mon père Jean-Paul (1928-1972) mon grand père Pierre (1903-1967) tenant sur ses genoux son joufflu petit-fils, mon arrière grand-père André Rousseau (1875-1958)

La tuilerie Rousseau

J’ai toujours connu, en face de la maison grand-paternelle, en bord de route jadis nationale, aujourd’hui départementale,

une immense briqueterie, d’abord tuilerie,

Et c’est tout à fait par hasard que j’ai découvert que ce bâtiment historique avait été détruit en 2019 : L’ancienne briqueterie a été démolie.

Sur un site dédié au patrimoine vendéen, j’ai commencé à lire l’histoire de cet établissement, et quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre d’abord le lien entre ma famille et cette tuilerie devenue briqueterie, mais surtout des détails que j’ignorais sur mon arrière-grand-père, André Rousseau, maire de la commune de L’Ile d’Elle de 1919 à 1947 ! (On s’étonne avec pareilles ascendances paternelles comme maternelles que j’aie la politique dans le sang !)

Voici un extrait de cet article

Cette ancienne tuilerie était l’un des établissements industriels les plus importants de la commune de L’Île-d’Elle, parmi ceux, nombreux, qu’elle comptait encore à la fin du 20e siècle. En 1837, le conseil municipal passe un marché avec Joseph Goudy, entrepreneur à la tuilerie et chef tuilier, pour la fourniture de tuiles nécessaires à couvrir les murs du cimetière (alors au pied de l’église). Le recensement de 1846 mentionne, au lieu-dit la Tuilerie, le même Joseph Goudy, tuilier et chef de l’usine, avec un chef d’atelier et quatre ouvriers. Le recensement de 1851 fait état de la « grande rue du village du quartier des tuileries », soit l’actuelle route de La Rochelle. Y vivent Joseph Goudy et Pierre Maussimeau, maîtres tuiliers, le second originaire de Libourne, avec chacun quatre ouvriers. En 1856, Joseph Goudy est toujours tuilier dans le quartier de Bellevue, avec trois ouvriers et trois apprentis. Il n’est ensuite plus répertorié.

Les recensements de 1861 et 1866 mentionnent en effet désormais deux tuiliers et leurs familles : Guillaume Fabarez (1826-1913), originaire des Hautes-Pyrénées, et Pierre ou Léger Célérier, avec de deux à trois ouvriers. En 1862 et 1864, Guillaume Fabarez paie un droit à la commune pour extraire la terre nécessaire à la fabrication de ses tuiles. Le 31 décembre 1865, Pierre Célérier demande l’autorisation de construire un four à chaux et à tuiles à 40 mètres de la route départementale. Au recensement de 1872, Guillaume Fabarez est désormais tuilier avec Philippe Berton et un ouvrier (Célérier a, entre temps, créé sa propre tuilerie, à l’Audairie, actuellement 13 rue du Stade). Veuf, Fabarez se remarie en 1881 avec Marie Bonneau, épicière, elle-même veuve d’André Rousseau, aubergiste. Le recensement de 1891 les mentionne, avec André Rousseau fils (1875-1958), issu du premier mariage de Marie Bonneau.

Celui-ci, d’abord « commis aux écritures » pour Fabarez, reprend la tuilerie et, en 1934-1935, selon le cadastre, il la fait agrandir. La tuilerie prend alors sans doute pour l’essentiel son aspect actuel. Equipée de machines pour le malaxage et le façonnage mécaniques, elle devient la première de la région. Entre 1925 et 1948, près de 5700 tonnes de tuiles issues de la tuilerie Rousseau sont expédiées via le port de Marans, dont 984 pour la seule année 1932. L’entreprise se spécialise aussi dans la production de briques. D’abord extraite sur le coteau de L’Île-d’Elle, la terre l’est ensuite dans un terrain acheté à Marans, au lieu-dit les Ecluzeaux (aujourd’hui carrière communale, le long de la route D 938 ter). Patron tuilier, André Rousseau est maire de L’Île-d’Elle de 1919 à 1947 ce qui parachève son ascension économique et sociale. Quant à sa seconde épouse, Marthe Charpentier, elle développe un élevage de poules de Marans, appelé « élevage des Tuileries ». André Rousseau meurt en 1958. Devenue Société céramique de la Sèvre dès avant 1956, l’entreprise fermera en 1973.

Aujourd’hui plus personne de la famille n’habite à proximité, les générations successives de Rousseau se sont éparpillées en France et en Europe. J’ai même du ramasser la plaque mortuaire d’André Rousseau qui gisait, descellée, sur le côté du tombeau familial.

Pourtant, malgré les lotissements sans grâce qui ont fleuri autour du village, celui-ci est resté « dans son jus », avec ses ruelles, ses venelles, ses maisons sans étage.

Une disparition

Tandis que j’arpentais le village de mon enfance, j’apprenais via Instagram la disparition d’un personnage très lié à une période, brève mais intense, de ma jeunesse, mes années « disco » – celles des boîtes de nuit comme l’Elysée-Matignon que je fréquentais assidûment.

C’est précisément à l’Elysée-Matignon que je connus Jean-Yves Bouvier au tournant des années 70/80.

Je lis sur Facebook ce témoignage de l’acteur et réalisateur Gaël Morel :

Malgré son grand âge, je n’ai que des souvenirs de jeunesse avec cet homme-là…Il s’appelait Jean-Yves Bouvier, neveu de Jacqueline Maillan et roi des nuits parisiennes et cannoises durant plus de 40 ans…Il me faudra beaucoup de verres de « chasse-spleen » pour me dire qu’il n’y aura plus d’éclats de rire entre nous. C’est une idée de la fête, de la culture, de l’amitié et de la joie qui part avec lui.

Il savait rendre la vie nocturne tendre, aventureuse, surprenante, délirante et folle…

Je n’ai jamais compris pourquoi Jean-Yves m’avait « à la bonne », je n’étais rien ni personne, mais que je vienne seul ou accompagné, en semaine ou le week-end, la porte de l’Elysée-Matignon m’était toujours ouverte. « Tu es seul ce soir? alors rends-moi service ! ». Et Jean-Yves d’installer le jeune provincial, frêle et timide, que j’étais, dans le carré VIP à côté de Dalida, Alain Delon, Annie Girardot et son sinistre compagnon de l’époque, Bob Debout, le boxeur Jean-Claude Bouttier, et d’autres encore… C’est à l’Elysée-Matignon que je fis l’unique rencontre de ma vie avec Catherine Deneuve, rencontre douloureuse pour elle ! Un soir de forte affluence – il y avait embouteillage à l’entrée du restraurant du rez-de-chaussée et de l’escalier qui descendait dans la boîte de nuit – une bousculade me déséquilibra et me fit retomber lourdement sur un pied, qui n’était pas le mien mais celui de Catherine Deneuve !.

Jean-Yves Bouvier était le dernier de cette génération qui a fait vivre la nuit parisienne des années insouciantes, avant que l’irruption du SIDA n’y fasse les ravages que l’on sait.

Les raretés du confinement (XVI): les jeunes de la Méditerranée, les roses et le muguet, Liszt, Offenbach et les Strauss

Les Cassandre n’ont pas toujours raison ! La nature médiatique a repris tous ses droits, après que le président de la République a annoncé, le 30 avril dernier, les étapes du déconfinement : les mêmes qui protestaient contre la fermeture des restaurants, des magasins, des lieux de culture, à longueur de pétitions, sont les mêmes qui se demandaient si les annonces de Macron n’étaient pas prématurées, imprudentes, si une 4ème vague n’allait pas nous submerger.

Pénible pour un patron de festival, qui n’a jamais professé un optimisme béat, mais qui a toujours cru, raisonnablement, qu’on pourrait produire l’édition prévue, et qui s’est trouvé conforté par la réponse du public qui a déjà acheté de nombreux billets !

On se réjouit en particulier d’accueillir le 22 juillet l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée et son jeune chef Duncan Ward, qui sont, à eux seuls, tout un symbole de l’espoir retrouvé et du bonheur de faire de la musique ensemble:

1er mai : le temps du muguet

L’histoire de la chanson de Francis Lemarque, puisée à bonne source soviétique :

Premier Mai : le muguet ou les nuits de Moscou ? l’histoire d’une chanson et un duo très émouvant : Le-temps-du-muguet

2 mai : Benjamin Grosvenor, Liszt et Montpellier

L’un des plus beaux disques de ces dernières années, un programme tout Liszt, par un musicien génial – Benjamin Grosvenor – qui avait jusqu’alors proposé des disques composites.

Dans ce dernier disque, une oeuvre étonnante, cette Berceuse écrite en 1854 (et révisée en 1862), où Liszt semble s’abandonner à une longue rêverie. « Trouée de silences et de points d’orgue, insensible au tempo du métronome, attentive à déjouer tout rythme qui tenterait de s’imposer, et même tout chant qui voudrait s’inscrire dans la durée, la pièce, une des plus délicatement ouvragées qu’il nous ait laissées, n’est qu’une succession d’instants éphémères, de ces moments filés de soie que célèbre un vers de La Fontaine. » (Guy Sacre, la musique de piano).

Benjamin Grosvenor donne un récital – superbe programme Liszt, Ravel, Brahms, Ginastera – le 28 juillet au Festival Radio France Occitanie Montpellier (réservations : https://lefestival.eu/representation/benjamin-grosvenor/)

3 mai : Svetlanov

Le grand Evgueni Svetlanov (lire : Le génie de Genia) est mort le 3 mai 2002. J’ai eu la chance de l’entendre plusieurs fois en concert, et même de dîner avec lui à Montpellier !

Dans une discographie où rien n’est anodin ou banal, il y a ce « live » halluciné et hallucinant de l’oeuvre réputée injouable de Balakirev, Islamey, écrite pour piano, une « fantaisie orientale » orchestrée par Serge Liapounov.

4 mai : Vacciné

Deuxième injection du vaccin pour moi, et félicitations à tous les personnels soignants, municipaux, bénévoles qui animent le centre de vaccination d’Anvers-sur-Oise.

5 mai : Napoléon et la musique ?

On ne voit pas spontanément le rapport entre Napoléon, le premier empereur des Français, mort il y a 200 ans, et la musique (lire : Napoléon et la musique)

Forumopera.com y consacre deux forts articles. On y découvre le lien entre l’opérette de Johann Strauss Wiener Blut / Sang viennois, qui a pour cadre le Congrès de Vienne qui reconstruit l’Europe après la chute de Napoléon.

6 mai : D’un Marx l’autre

Le bicentenaire de la mort de Napoléon hier a occulté un autre anniversaire, la naissance, le 5 mai 1818, d’un autre géant de l’Histoire, Karl Marx.

Le rapport du penseur allemand avec la musique ? Aucun à ma connaissance.

Mais un homonyme prénommé Joseph – Joseph Marx – né quelques mois avant la mort de Karl, en 1882, et mort en 1964. Lire : Je vote pour Marx

Joseph Marx se situe comme un épigone de Richard Strauss, il est l’auteur de plusieurs mélodies remarquables avec grand orchestre et a trouvé en Christine Brewer, Angela Maria Blasi ou Stella Doufexis des interprètes particulièrement inspirées.

7 mai : L’invention du best of

Quand les Strauss faisaient du recyclage, et s’emparaient des succès à la mode : Le filon Strauss.

Comme ce quadrille sur « Le Bal masqué » de Verdi, dirigé le 1er janvier 1988, par Claudio Abbado à la tête des Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker

8 mai : Offenbach à Vienne

Le plus français des compositeurs d’opérettes, Jacques Offenbach, remporte de grands succès à Vienne (c’est ce qui va décider le roi de la valse, Johann Strauss, à s’y mettre aussi… avec des fortunes diverses !).Mais les trois frères Strauss, Johann, Josef et Eduard (lire : Petits et grands arrangements) vont exploiter le filon Offenbach, en arrangeant sous forme de quadrilles les ouvrages donnés à Vienne.

Comme ce quadrille sur Orphée aux enfers :

Georges Prêtre (1924-2017) dirige Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker lors du concert de Nouvel an 2008

9 mai : Carmen crème fouettée

Carmen revue et corrigée à la crème fouettée à Vienne !

C’est l’étonnant quadrille d’Eduard Strauss (1835-1916) , le plus jeune de la dynastie des rois de la valse (lire : Le filon Strauss)

Claudio Abbado (1933-2014) dirigeait ce Quadrille sur Carmen lors du concert du Nouvel an 1991 à Vienne, à la tête de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker

10 mai : Un bouquet de roses

Il y a quarante ans, le succès de la rose au poing en France. Pour cet anniversaire… un bouquet de roses musicales (Bouquet de roses)

Plutôt que Le spectre de la rose de Berlioz/Gautier – une allégorie de l’état de la gauche aujourd’hui ? – je préfère vous offrir cette guirlande de roses de Richard Strauss :

Richard Strauss : Das Rosenband (1897)

Elisabeth Schwarzkopf, soprano London Symphony Orchestra dir. George Szell

11 mai : Le chevalier Previn

Pour faire écho à deux de mes récents articles (Bouquet de roses) et Réévaluation), un des très beaux enregistrements du chef américain André Previn (1929-2019) : les suites de valses du Chevalier à la Rose de Richard Strauss dans l’opulence et la sensualité des musiciens de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker

Bouquet de roses

Chacun a ses souvenirs de ce que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le 10 mai 1981. Les miens n’ont pas grand intérêt.

Mais il y a une fleur symbole de cette période – la cérémonie au Panthéon, les roses déposées par le nouveau président sur les tombeaux de Jean Moulin, Jean Jaurès et Victor Schoelcher.

On sait le peu d’appétence de François Mitterrand pour la musique – il avait bien d’autres qualités, littéraires notamment !

Alors, pour illustrer cet anniversaire, je préfère un bouquet de roses…musicales !

Richard Strauss

Le sublime finale à trois, puis à deux voix, du Chevalier à la rose (Der Rosenkavalier), l’ouvrage lyrique le plus célèbre de Richard Strauss, sur un livret de Hugo von Hofmannsthal (1911) : les voix mêlées d’Elisabeth Schwarzopf (la Maréchale), Christa Ludwig (le Chevalier) et Teresa Stich Randall (Sophie), dans l’enregistrement légendaire de 1956, Herbert von Karajan dirigeant le Philharmonia.

Mais aussi ce bouquet de roses (Das Rosenband) :

Schumann : Rose, mer et soleil

Pour mes amis de Montpellier en particulier, cette mélodie au titre si évocateur de Robert Schumann :

Du même Schumann, un ouvrage aujourd’hui un peu oublié, qui faisait partie du répertoire de toute bonne chorale allemande : Der Rose Pilgerfahrt / Le pélerinage de la rose (1851) sur un livret bien sentimental du poète lui aussi oublié Moritz Horn.

La rose selon Schubert

Il eût été surprenant que la rose n’inspire pas le prolifique Schubert. Ce Heidenröslein (La petite rose des champs) est un incontournable de nombreux récitals.

Mignonne la rose

Quel écolier ne se rappellera pas le plus célèbre poème de Ronsard (1524-1585) « Mignonne allons voir si la rose« , ici mis en musique par Guillaume Costeley (1531-1606) ?

Berlioz/Gautier : Le spectre de la rose

Berlioz bien sûr, et ces poèmes de Théophile Gautier rassemblés dans le plus beau cycle de mélodies françaises, les Nuits d’été (1841)

Mais les esprits mal tournés ne manqueront pas d’y voir une allégorie de la situation actuelle du parti de la rose au poing…

Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal
Tu me pris, encore emperlée
Des pleurs d’argent, de l’arrosoir
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir

O toi qui de ma mort fus cause
Sans que tu puisses le chasser
Toutes les nuits mon spectre rose
A ton chevet viendra danser
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe ni De profundis:
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis

Mon destin fut digne d’envie:
Et pour avoir un sort si beau
Plus d’un aurait donné sa vie
Car sur ton sein j’ai mon tombeau
Et sur l’albâtre où je repose
Un poëte avec un baiser
Écrivit: Ci-git une rose
Que tous les rois vont jalouser

Sur le même ton mélancolique, cette magnifique chanson de Françoise Hardy :