Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano

J’ai commencé cette série consacrée à Camille Saint-Saëns – dont on commémore le centenaire de la mort – par ses symphonies : Saint-Saëns #100 Les Symphonies, à l’occasion de la publication d’une formidable intégrale due à Jean-Jacques Kantorow et à l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Le grand violoniste et chef d’orchestre était jeudi soir à l’Auditorium de Radio France pour écouter un pianiste qu’il connaît bien, son propre fils, Alexandre, dans le 5ème concerto pour piano, dit « L’Egyptien », de Saint-Saëns.

L’Orchestre national de France était dirigé par Kazuki Yamada, qui remplaçait Cristian Macelaru empêché.

Je ne dirais pas mieux qu’Alain Lompech, présent quelques rangs derrière moi, qui écrit ceci sur Bachtrack : Et « L’Egyptien » de Saint-Saëns ? Alexandre Kantorow en aura été le patron. Son piano est d’une précision aussi hallucinante qu’elle est au service d’un propos plein d’esprit et pur de toute volonté de paraître. Son jeu est tout de grâce et d’élégance, d’une telle variété d’attaques et de nuances et d’une telle puissance de pensée que l’orchestre et le chef sont à son écoute. La façon virevoltante dont il joue les traits les plus véloces, tout comme sa façon de prendre un tempo un peu rapide dans le fameux thème andalou du deuxième mouvement sont irrésistibles au moins autant que sa virtuosité incandescente et joueuse dans la toccata conclusive. Triomphe. Il revient jouer la Première Ballade de Brahms avec le son transparent et timbré du jeune Horowitz ou mieux encore de Michelangeli en public dont le clavier donnait l’impression de faire 20 centimètres de profondeur, comme celui de Kantorow ce soir ! Triomphe encore. Tiens ? Il revient avec son iPad pour un second bis, ce qui est rare après un concerto. Et là – le traître ! –, joue la Cancion n° 6 de Mompou. Trois accords : les lunettes s’embuent. On est au-delà de l’exprimable, dans des sphères de la conscience de chacun auxquelles seuls quelques rares élus se connectent. Kantorow est l’un d’eux« 

On peut (on doit !) réécouter Alexandre Kantorow sur francemusique.fr (à partir de 18’30 »)

Et bien sûr acquérir la nouvelle référence discographique des trois derniers concertos, enregistrée il ya deux ans, par le père et le fils :

Intégrales

Jadis rares, les intégrales des 5 concertos pour piano de Saint-Saëns se sont multipliées ces dernières années, intégrales inégales, pas toujours bien enregistrées (Ciccolini/Baudo, Entremont/Plasson). Trois me semblent sortir du lot :

Souvent citée la pianiste française Jeanne-Marie Darré (1904-1999) reste une référence avec cette intégrale réalisée avec Louis Fourestier et l’orchestre national entre 1955 et 1957. Ou quand chic et virtuosité font bon ménage !
Autre intégrale sortie vainqueur d’une écoute comparée (dans Disques en lice, la « tribune » de la Radio suisse romande), Jean-Philippe Collard et André Previn dirigeant le Royal Philharmonic de Londres

Moins connue peut-être, mais passionnante, la vision du pianiste anglais Stephen Hough accompagné par Sakari Oramo et l’orchestre de Birmingham (Hyperion)

L’esprit de Saint-Saëns

Je pourrais citer bien d’autres versions intéressantes. Quelques-uns de mes choix de coeur.

Pour le 2ème concerto

Artur Rubinstein avait tout compris de l’esprit du 2ème concerto. Ma version de chevet.

Peut-on trouver plus émouvant que cette ultime captation d’une oeuvre que le pianiste a jouée durant toute sa carrière, ici au soir de sa vie avec André Previn au pupitre de l’orchestre symphonique de Londres ?

Autre version sortie largement en tête d’une Table d’écoute sur Musiq3 (RTBF), le tout premier disque de concertos de Benjamin Grosvenor. Le tout jeune pianiste anglais y fait preuve d’une inventivité, d’un esprit ludique, qui nous fait redécouvrir littéralement une oeuvre qu’on croyait bien connaître.

Pour les 2 et 5

Je n’oublie pas l’excellent Bertrand Chamayou, plusieurs fois entendu au concert – l’Egyptien au Festival Radio France à Montpellier en 2016, en 2017 à Paris avec Emmanuel Krivine…

Rareté

On ne peut pas dire que le Quatrième concerto de Saint-Saëns soit souvent à l’affiche du concert. Je ne l’ai personnellement jamais entendu « live » ! C’est dire si la version qu’en ont laissée Robert Casadesus et Leonard Bernstein est précieuse

Les chefs de l’été (VII) : Bernstein et Elgar

Leonard Bernstein, né le 25 août 1918, mort le 14 octobre 1990, a laissé une abondante discographie d’abord pour l’essentiel avec le New York Philharmonic pour CBS/Sony puis avec les Wiener Philharmoniker et d’autres grands orchestres européens, Israël et Los Angeles pour Deutsche Grammophon. Réenregistrant souvent les mêmes répertoires (intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schumann, Mahler).

L’une des raretés de cet héritage est l’unique disque enregistré par Bernstein avec l’orchestre symphonique de la BBC et consacré à Elgar. Une version très personnelle, presque mahlerienne des Variations Enigma.

Il n’y a que Bernstein pour tenir un tempo aussi lent dans Nimrod. Il n’y a que lui aussi pour assumer le kitsch de la marche des empereurs moghols (The Crown of India) qui clôt le disque !

Réévaluation

« C’est comme une sorte de petit frère de Leonard Bernsteingénie et notoriété en moins, mais bien des similitudes de parcours et de carrière (le piano, le jazz, la comédie musicale, la direction d’orchestre)

C’est ainsi que je décrivais, quelques mois avant sa mort, André Previn, né Andreas Ludwig Priwin le 6 avril 1929 à Berlin, mort à New York juste avant son 90ème anniversaire le 28 février 2019.

Dans le même billet – Génération Bernstein – paru le 1er décembre 2018 à l’occasion de l’édition par Sony d’un coffret récapitulant les enregistrements du chef américain pour RCA – je décrivais le parcours d’André Previn :

...La famille, les parents Charlotte et Jack et le petit Andreas, fuient le nazisme, émigrent en 1939, s’installent à Los Angeles, où le grand oncle Charles Previn compose pour les studios Universal après avoir travaillé comme arrangeur pour près d’une centaine de productions à Broadway.

Dans cet environnement, le jeune André, naturalisé Américain en 1943, entame un parcours qui va beaucoup ressembler à celui de son aîné. Il écrit et arrange des musiques pour Hollywood, il profite de son service militaire (en 1951-52) à San Francisco pour prendre des leçons privées de direction d’orchestre auprès de Pierre Monteux, le grand chef français (lui aussi naturalisé Américain en 1942), patron de l’Orchestre symphonique de San Francisco depuis 1935.

Dans les années 50, c’est surtout le pianiste et le jazzman qui va se faire un nom, il travaille avec J.J. JohnsonShelly ManneLeroy VinnegarBenny Carter, et bien d’autres. Il enregistre Jerome KernFrederick LoeweVernon DukeHarold Arlen, 1960) accompagne Dinah ShoreDoris Day, Julie London, Jolie brochette ! Il se revendique d’Art TatumHank JonesOscar PetersonHorace SilverBill Evans. Mais à la même époque, fin 50, début 60, il enregistre des disques classiques, au programme parfois surprenant, qu’on redécouvre avec bonheur dans ce coffret Sony (voir détails sur bestofclassic).

Comme chef d’orchestre, André Previn prend un premier poste en 1967 à l’orchestre symphonique de Houston (où il succède à John Barbirolli), mais c’est avec l’orchestre symphonique de Londres (1969-1979) qu’il va connaître une fructueuse décennie – avec un nombre impressionnant d’enregistrements (pour EMI ou RCA). Suivront des périodes de moindre envergure à Pittsburgh, à Los Angeles, de nouveau à Londres (avec le Royal Philharmonic) 

Comme Bernstein, Previn, pendant ses années londoniennes, se fait pédagogue télévisuel. Comme Bernstein, Previn est multi-cartes, c’est un compositeur prolifique et tous terrains, mais ce n’est pas diminuer ses mérites que de reconnaître qu’aucune de ses oeuvres, que ce soit dans le classique, le jazz ou la comédie musicale, n’a jamais atteint la notoriété, ni l’originalité de celles de son aîné.

Quant au chef d’orchestre Previn, les réussites sont très inégales selon les répertoires. Dans les classiques viennois, Haydn, Beethoven on ne sort jamais d’une honnête neutralité, comme si le chef évitait de prendre un parti interprétatif. C’est plus intéressant dans Richard Strauss, où l’Américain Previn semble prendre plaisir à faire rutiler ses orchestres (notamment les Wiener Philharmoniker). Mais c’est aussi la plus calamiteuse version de La Chauve Souris de Johann Strauss, un beau ratage (la comparaison avec Carlos Kleiber est édifiante !)

Sortir des clichés

Ecrivant cela, j’en rajoutais peut-être, sûrement, dans les clichés qu’on véhiculait sur cet artiste, sans vraiment prêter attention à une discographie sans doute trop abondante, trop dispersée.

Au moment de sa mort, Louis Langrée – qui sait quelque chose des Etats-Unis (directeur du Mostly Mozart festival de New York depuis 2003, directeur musical de l’orchestre de Cincinnati depuis 2013) – avait, à très juste titre, rectifié cette image déformée d’André Previn. Il m’avait rappelé combien les origines berlinoises, européennes, de Previn avaient été importantes, essentielles même, dans son parcours de musicien, l’amour qu’il portait au répertoire classique, qu’ils n’étaient pas si nombreux que cela de cette génération à savoir défendre et promouvoir aux Etats-Unis.

Entre temps j’ai découvert ce documentaire, très émouvant, dont le titre est le parfait résumé de la vie et de l’art d’André Previn

Deux ans après la disparition du chef, Warner édite un coffret de 96 CD, qui rend peut-être mieux justice à son art que le précédent : André Previn, l’intégrale Warner

Dans ce coffret, il y a bien sûr du connu (les ballets de Tchaikovski, de Prokofiev), des collaborations – que j’avais oubliées – avec de grands solistes – Ithzak Perlman, Janet Baker, Kathleen Battle, des Rachmaninov
nostalgiques, des Chostakovitch plus lyriques qu’incisifs, quelques incursions réussies dans la musique française – belles ouvertures de Berlioz, quelques Ravel dont L’Enfant et les sortilèges bien connu – des classiques, Haydn, Beethoven, un peu trop respectueux, qui manquent d’arêtes et de fulgurances.

Et beaucoup de perles rares, qui restituent la dimension qu’évoquait Louis Langrée. Le détail des 96 CD est à découvrir ici : Bestofclassic

Le détail des 96 CD est à découvrir ici : Bestofclassic

Eternelle Christa Ludwig

Christa Ludwig est morte trois ans après un 90ème anniversaire qui lui avait été fêté partout et par tous.

« Christa Ludwig fête aujourd’hui ses 90 ans, en pleine santé, sans rien avoir perdu de son humour et de son franc-parler, comme en témoigne l’interview qu’elle a donnée au Monde : Je suis une vache sacrée.

Au milieu de tous les hommages qui lui ont été ou seront rendus (notamment par France Musique), juste un souvenir, celui d’une très belle journée de radio, en juin 1998, sur France Musique précisément… pour les 70 ans de la chanteuse allemande. Un bonheur de tous les instants, la dernière sortie publique de Rolf Liebermann, déjà très fatigué, mais qui avait tenu à venir témoigner son affection et son admiration à sa chère Christa. La présence évidemment du second mari de Christa Ludwig, Paul-Emile Deiber. Et dans ma discothèque, une précieuse dédicace signée sur le livret d’un « live » auquel la chanteuse tient particulièrement.

Tant de souvenirs non de la scène mais grâce au disque et au DVD.

Au moment de son départ, trois moments parmi tant de miraculeux illuminent notre gratitude envers une si belle et grande interprète :

Mahler : Ich bin der Welt abhanden gekommen / Philharmonia Orchestra / dir. Otto Klemperer

Mahler : Das Lied von der Erde, Der Abschied (L’adieu) / Berliner Philharmoniker / dir. Herbert von Karajan

Et parce que Christa Ludwig c’était aussi cette Old Lady du Candide de Bernstein :

Beethoven 250 (XIX) : les géants d’Amsterdam

Après l’année du 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven, c’est encore l’anniversaire !

Je ne sais à vrai dire pas quand est paru le coffret que je veux évoquer aujourd’hui. Je viens de l’acheter et j’ai commencé à l’écouter, avant ce long week-end pascal confiné.

A l’occasion de son 125ème anniversaire – décidément qu’est-ce qu’on aime les anniversaires dans le monde de la musique ! – l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, pour le dénommer complètement, avait publié deux forts coffrets, composés de prises de concert. La liste des chefs et des solistes qui ont fait la glorieuse histoire de la phalange néerlandaise donne le vertige (tous les détails à lire ici : Concertgebouw Amsterdam 125).

On pensait que ces coffrets avaient fait le tour de la question, et que cette nouvelle boîte doublonnerait avec ce qui avait déjà été publié. Ce n’est pas le cas et l’affiche fait rêver !

Certains chefs sont attendus (Harnoncourt dans l’Héroïque, Carlos Kleiber dans la Septième) d’autres moins (Bernstein dans la Deuxième, Dorati dans la Neuvième) et pour des chefs, comme Norrington, Herreweghe, Zinman qui ont gravé avec les formations dont ils étaient les patrons, des intégrales des symphonies de Beethoven, il est fascinant d’entendre le son qu’ils obtiennent du Concertgebouw. Un orchestre qui n’a pas travaillé pour rien avec Harnoncourt dans les années 80 et 90, et qui en a gardé une formidable capacité d’adaptation stylistique et sonore.

Le vétéran Herbert Blomstedt prouve, une nouvelle fois, que le grand âge n’a pas prise sur sa vision juvénile du finale de la Quatrième symphonie


Seul doublon entre ce coffret et celui qui fut consacré à Mariss Jansons, directeur musical du Concertgebouw, la 5ème symphonie :

Roger Norrington, qui n’avait laissé personne indifférent, c’est peu de le dire, avec son intégrale des années 90 avec les London Classical Players (souvenir d’un passionnant Disques en Lice autour de la Pastorale justement )

Quant à la Septième dirigée, en 1983, par Carlos Kleiber, elle est depuis entrée dans la légende. Et, s’il est possible de comparer l’incomparable, je préfère – de peu – cette version à celle, tout aussi légendaire, que le chef, disparu en 2004, a gravée avec les Wiener Philharmoniker.

Philippe Herreweghe est égal à lui-même, tendre et bienveillant dans ce menuet de la Huitième symphonie.

Quant à Antal Dorati, cet immense chef qu’on n’a, à tort, que rarement associé à Beethoven, prouve qu’en concert il était toujours inspiré. Qu’on écoute simplement le récitatif qui ouvre le 4ème mouvement de la Neuvième symphonie…

James Levine, une vie pour la musique

On a connu France Musique mieux inspirée dans le choix de ses titres d’actualité : Figure déchue du Met, James Levine est mort. Depuis ce titre mal venu, la chaîne s’est largement rattrapée et ses producteurs ont rendu et continuent de rendre hommage à l’une des personnalités majeures de la vie musicale du XXème siècle. Décrit unanimement comme un « génie », un surdoué, James Levine appartient à cette espèce, en voie de disparition, des monstres sacrés de la direction d’orchestre.

Pour je ne sais quelles raisons, Levine a longtemps été considéré par une partie de la critique européenne comme un second couteau, Quand il enregistrait à Berlin ou à Vienne, excusez du peu, c’est tout juste si on jetait un coup d’oreille à des disques qui ne semblaient pas nécessaires, quand l’écurie Deutsche Grammophon avait déjà Karajan et Bernstein en premier choix ! Quand il dirigeait à Bayreuth ou Salzbourg, même traitement, jamais il n’était digne de comparaison avec ses illustres aînés. J’exagère ? il serait amusant de relire les « reviews » de l’époque.

Je n’ai pas grand chose à rajouter à ce que j’ai déjà écrit sur James Levine :

Le roi est mort (9 décembre 2017) :

« Autre secousse dans le monde musical cette fois: la chute du roi du Metle chef d’orchestre américain James Levine, qui a été pendant 40 ans, de 1976 à 2016, le très respecté et admiré directeur musical de l’opéra de New York, est accusé, plusieurs décennies après les faits, d’abus sexuels sur de jeunes musiciens (lire James Levine suspendu du Met

Je ne connais pas les faits dont on accuse le chef d’orchestre (qui les nie : James Levine nie les allégations d’abus sexuels), je ne peux m’empêcher d’être frappé par la vague de puritanisme qui semble saisir l’Amérique de Trump.

Comprenons-nous bien, si les faits sont avérés, ils ne sont en rien excusables, mais pourquoi les victimes ont-elles attendu si longtemps, le retrait de Levine de la direction du Met et sa santé chancelante, pour se manifester ? Je n’aime pas ceux qui tirent sur une ambulance. Je n’aime pas cette Amérique oublieuse du talent des siens.« 

Dear Jimmy (16 juin 2016)

« La nouvelle est presque passée inaperçue, en dehors de la presse musicale. Le chef américain James Levine, qui fêtera son 73ème anniversaire dans quelques jours, a finalement quitté le poste de directeur musical du Metropolitan Opera de New York, le Met comme disent les initiés, qu’il occupait depuis 40 ans » 

Un essai de discographie

On veut espérer que l’opprobre qui s’était abattu sur le chef américain ne dissuadera pas ses éditeurs (principalement RCA/Sony et Deutsche Grammophon) de nous restituer une discographie assez considérable, tant sur le plan symphonique que dans le domaine lyrique.

Pour qui veut des documents qui attestent du rôle considérable (non, décidément, ce ne fut pas simplement une « figure ») que James Levine a joué au et pour le Met, deux coffrets, que j’avais achetés à la boutique du Metropolitan Opera, la dernière fois que j’ai eu la chance de me rendre à New York :

Je ne me lasse pas de revoir et réentendre ces documents, l’incroyable qualité d’ensemble d’un orchestre, celui du Met – aujourd’hui si martyrisé par la crise sanitaire – que Levine avait hissé à un niveau dont peu d’orchestres lyriques peuvent s’enorgueillir. Et l’aisance stylistique avec laquelle le chef se meut dans des ouvrages, des répertoires aussi divers que Mozart, Tchaikovski, Schoenberg, Berlioz ou Ravel…

En matière d’opéra, je me sens incapable de dresser une discographie sélective. Peut-être sortant d’un lot qui tutoie les sommets, un Eugène Onéguine de Tchaikovski, qui bénéficie d’une somptueuse Staatskapelle de Dresde et d’une fameuse équipe !

En matière symphonique, la branche italienne d’Universal avait publié il y a quelques années un généreux coffret qui donne une vue assez juste du talent de Levine, avec d’immenses réussites

Non Jimmy Levine n’était pas cette caricature d’Américain clinquant, brillant, extérieur. Le souffle qui parcourt ses Brahms, Schumann, Schubert ou Dvorak est irrésistible.

Ce coffret DGG est loin de regrouper tout ce que James Levine a gravé pour le label jaune, qui serait bien inspiré de lui rendre l’hommage qu’il mérite, par exemple en rééditant les 4ème et 5ème symphonies de Sibelius avec Berlin !

Je connais peu de 4ème de Sibelius aussi saisissantes, à part peut-être celle de Karajan en 1964.

La critique qui avait soit négligé soit regardé avec condescendance la seule intégrale des symphonies de Mozart jamais gravée par l’orchestre philharmonique de Vienne s’est heureusement ravisée à l’occasion des reparutions de ce corpus sous la baguette juvénile, ardente, parfois univoque, de James Levine !

Le jeune Levine est plutôt à trouver chez Sony/RCA, notamment pour Brahms ou Mahler, qui sont sans doute moins déterminants.

Passionnante et importante cette somme publiée par Oehms de « live » datant des années bavaroises de James Levine, lorsqu’il dirigea de 1999 à 2004 l’orchestre philharmonique de Munich

Ne pas oublier que James Levine avait été un pianiste prodige, et qu’il n’a jamais longtemps quitté le clavier.

Au festival de Verbier, il adorait animer l’orchestre des jeunes, et retrouver quelques amis (Pletnev, Kissin, Argerich, Angelich, Andsnes, Lang Lang…) pour de délicieuses extravagances pianistiques.

Les raretés du confinement (IX) : Mazeppa, l’été des festivals, Chick Corea, Kleiber, Britten et Bedford

#Confinement

Sur le confinement de la culture, cette phrase alambiquée de la ministre de la Culture française, Roselyne Bachelot : « L’hypothèse d’un été sans festival est exclue » (France 5, C à vous, 10 février).

Je n’ai pas attendu la déclaration ministérielle pour écrire ceci sur le site du Festival Radio France Occitanie Montpellier :

Sous le signe de la fête

Voici des mois que la culture est confinée, qu’une part essentielle de nous-mêmes est privée d’une liberté, d’une nourriture, indispensables. Pourtant nous avons besoin de musique, d’art, de beauté, nous avons besoin de retrouver la réalité vivante du concert, du spectacle. C’est tout le sens de l’édition 2021 du Festival qui aura lieu du 10 au 30 juillet, à Montpellier et dans toute l’Occitanie.

Chaque concert sera une fête ! Une fête pour ces milliers d’artistes, de travailleurs du spectacle, privés depuis trop longtemps de la liberté d’exercer leur métier, une fête pour tous les publics, une fête de la musique et de la culture partagées.

Les nouvelles stars

Ils s’appellent Jakub Józef Orliński, Benjamin Grosvenor, Alexandre Kantorow, Yoav Levanon, Filippo Gorini, Thibaut Garcia ou Adriana Gonzalez, ce sont les nouvelles étoiles de la musique, pour beaucoup des découvertes du Festival. Ils sont nombreux au Festival 2021 !

La famille du Festival

Eux aussi ont furieusement envie de faire la fête cet été : les chefs Hervé Niquet, Santtu-Matias Rouvali, Cristian Măcelaru, François Xavier Roth, Michael Schønwandt, Domingo Garcia Hindoyan, mais aussi Sonya Yoncheva, Renaud Capuçon, Michel Dalberto, Bertrand Chamayou, ou encore Félicien Brut, Thom Enhco, Magic Malik, le quatuor Ellipsos. Liste non exhaustive !

La grande famille du Festival s’est donnée rendez-vous en juillet à Montpellier.

De la Terre aux étoiles

Le Festival 2021 c’est aussi la promesse d’aventures exceptionnelles, de journées entières de musiques de fête venues du monde entier. Comme le cycle des Leçons de Ténèbres dans sept des plus hauts lieux de patrimoine de l’Occitanie. Comme les spectaculaires Pléiades de Xenakis, confiées aux percussionnistes de l’Orchestre national de France, une musique de plein air qui tutoie les étoiles. Comme ces temps forts au Mémorial du Camp de Rivesaltes, au nouveau musée #NarboVia de la Narbonne antique, à l’Abbaye de Valmagne (Festival de Thau) au festival des Lumières de Sorèze, au nouveau Conservatoire de Montpellier… Nous sommes prêts à faire la fête avec vous l’été prochain, plus résolus que jamais à retrouver la musique et les musiciens en liberté. (Jean-Pierre Rousseau Directeur)

6 février : Mazeppa

La vie et le destin d’Іван Степанович Мазепа/ Ivan Mazepa (1639-1706) devenu héros de la nation ukrainienne a inspiré les poètes romantiques, Lord Byron, Victor Hugo (dans Les Orientales), Pouchkine (Poltava), les peintres, Delacroix, Géricault, Vernet, et bien sûr les compositeurs, Tchaikovski avec son opéra Mazeppa, et Liszt d’abord avec la 4ème de ses Etudes d’exécution transcendante, puis avec son poème symphonique éponyme, datant de 1851, créé à Weimar sous la direction du compositeur le 16 avril 1854. Liszt a retenu trois éléments de la légende de Mazeppa :la course folle sur le dos du cheval, la chute qui semble annoncer la mort, le réveil et le triomphe. Mazeppa est l’un des poèmes symphoniques les plus flamboyants de Liszt. Peu de chefs ont, à mon goût, restitué la dimension épique, le caractère tourmenté, de cette musique puissamment romantique. Herbert von Karajan en a gravé, en 1959, à Berlin, une version qui reste une référence insurpassée.

7 février : Shura Cherkassky encore

Retour à ce grand musicien très singulier, Shura Cherkassky (1909-1995), à qui j’avais consacré mon « post » dans cette rubrique le 4 février, et qui a suscité nombre de commentaires et de souvenirs. Un répertoire absolument incroyable, je crois sans équivalent parmi ses contemporains et des interprètes de cette envergure.

La preuve, ces Trois pièces chinoises du quasi-contemporain de Cherkassky, élève comme lui de Josef Hofmann, le pianiste virtuose et compositeur américain Abram Chasins (1903-1987). Ici la troisième de ces pièces « Rush Hour in Hong Kong » que Shura Cherkassky adorait jouer dans la série de « bis » (jusqu’à six) qu’il offrait inévitablement à la fin de chaque récital.

On ne saurait trop conseiller le double CD publié par First Hand contenant « the complete HMV stereo recordings » de Cherkassky.

8 février : la disparition de Stefano Mazzonis, Mozart

J’ai appris hier tard dans la soirée la disparition soudaine de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui dirigeait l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, depuis 2007. On le savait malade, mais sa mort brutale a surpris ses amis, dont j’étais.

Nous savions, lui et moi, quelle était notre responsabilité de conduire les deux magnifiques vaisseaux amiraux de la flotte culturelle de Liège, lui l’Opéra, son choeur, son orchestre, moi l’Orchestre philharmonique royal de Liège, chacun dans deux magnifiques écrins – un luxe inouï pour une ville comme Liège – le « Théâtre royal » pour lui, la Salle Philharmonique pour moi. Il nous est arrivé d’être concurrents, parce que nous visions l’excellence, la conquête de nouveaux publics, il m’est arrivé de ne pas partager certaines des options artistiques de Stefano, mais l’amitié n’a jamais faibli ni failli. Je me rappelle encore cette grande entreprise menée de concert, cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées le 31 octobre 2012, où ensemble nous étions allés promouvoir les couleurs de Liège (lire Giscard et la princesse). Je me rappelle aussi ma dernière venue à Liège, il y a plus d’un an, avant la crise sanitaire. Une belle soirée d’opéra, dans la loge royale, avec Stefano et Alexise. Un moment de bonheur. Pensées affectueuses pour celles et ceux qu’il laisse dans la tristesse.

Ce 8 février je publiais cet article : Mauvais traitements, la Quarantième rugissante. Parmi les multiples versions de la 40ème symphonie de Mozart que j’y comparais, j’avais oublié celle, miraculeuse d’élan et d’équilibre, de George Szell

9 février : Raymond, Bernstein et l’Orchestre National

Le 21 novembre 1981, Leonard Bernstein dirigeait l’Orchestre National de France au théâtre des Champs-Elysées. Un programme tout français, avec la 3ème symphonie de Roussel et la Symphonie de Franck (lire Un été Bernstein). Et l’ouverture de « Raymond » d’Ambroise Thomas ! Je me rappelle avoir vu ce concert à la télévision et un Leonard Bernstein déchaîné qui sautait sur son podium.

Cette version a été éditée en CD dans le cadre du coffret anniversaire des 80 ans de l’ONF et figure sur un copieux DVD/Blu-Ray.

Ici c’est l’enregistrement réalisé à New York en 1966.

10 février : Muti et l’ONF

Dans le prolongement de mon billet d’hier (Leonard Bernstein et l’Orchestre National de France) une autre pépite du très beau coffret d’inédits publié en 2015 à l’occasion des 80 ans de l’ONF (voir les détails L’Orchestre national de France : 80 ans)

Le 15 janvier 2004, au Théâtre des Champs-Elysées Riccardo Muti dirige l’ouverture de l’opéra Lodoiska de Cherubini, à la tête de l’ Orchestre national de France

11 février : Carlos Kleiber et Richter

Une double rareté dans le répertoire de ces deux géants : le concerto pour piano de Dvorak sous les doigts de Sviatoslav Richter et la direction ô combien passionnée de Carlos Kleiber (1930-2004) – voir la discographie du grand chef : Carlos Kleiber

12 février : Hommage à Chick Corea

Quand le jazzman jouait Mozart avec Friedrich Gulda et Nikolaus Harnoncourt, un enregistrement rare et jubilatoire du concerto pour 2 pianos de Mozart (1989)

14 février : Hans Richter-Haaser

Le pianiste Hans Richter-Haaser (1912-1980) est un magnifique artiste, un interprète d’élection de Beethoven et Brahms, il a eu une carrière tardive et plutôt brève, mais sa discographie est exceptionnelle : L’autre Richter.

En 1957, il participe au seul enregistrement que Karl Böhm ait fait de la Fantaisie chorale de Beethoven, avec d’illustres partenaires – Teresa Stich-Randall, Hilde Rössel-Majdan, Erich Majkut, Paul Schöffler – et l’Orchestre symphonique de Vienne :

15 février : le Suisse oublié

Aujourd’hui une absolue rareté :un grand compositeur suisse – Othmar Schoeck (1886-1957) – complètement méconnu en dehors de son pays natal, son concerto pour violoncelle d’un lyrisme sans âge, des interprètes magnifiques : le violoncelliste Antoine Lederlin, jadis musicien de l’ Orchestre Philharmonique de Radio France, aujourd’hui membre du Belcea Quartet, l’ Orchestre national d’Auvergne dirigé par Armin Jordan (1932-2006)

16 février : deux décès

Hier soir on apprenait le décès, à 93 ans, des suites du Covid, de la cantatrice Andréa Guiot, dont j’avais raconté quelques souvenirs le 9 décembre dernier (voir Les raretés du confinement V)

Et aujourd’hui celui du chef d’orchestre britannique qui n’a jamais eu une grande notoriété sur le continent Steuart Bedford (1939-2021). Steuart Bedford a voué une grande part de sa vie et de sa carrière de chef à servir un compositeur qui l’avait pris sous son aile Benjamin Britten (1913-1976)

C’est Steuart Bedford qui dirige en 1973 la création du dernier opéra de Britten Death in Venice / Mort à Venise. C’est lui qui reprend en 1974 – jusqu’en 1998 ! – la direction du Festival d’Aldeburgh (sur l’impossible prononciation de cette charmante bourgade du Suffolk relire mon article : Comment prononcer les noms étrangers ?) fondé par Britten en 1948.

J’ai un souvenir à la fois émouvant et cocasse de Steuart Bedford. Je l’avais invité au début des années 90 à diriger un concert de l’Orchestre de la Suisse romande, qui devait se dérouler dans le cadre de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny (dans le Valais). Pour aller de Genève à Martigny, et y conduire le chef, j’avais pris une voiture de la Radio suisse romande et choisi d’emprunter l’itinéraire sud du lac Léman (une route que je connaissais par coeur puisque je l’empruntais chaque jour pour faire le trajet Thonon-Genève). Moi qui passais la frontière franco-suisse sans jamais être arrêté par la douane, lorsque j’étais dans ma voiture personnelle, je fus stoppé au moment d’entrer en Haute-Savoie par des douaniers qui firent semblant de ne pas me reconnaître, qui m’interrogèrent sur le but de mon voyage, demandèrent les papiers de mon hôte… et – cerise sur le gâteau – l’autorisation de circuler en France pour un véhicule de la Radio suisse romande !! A l’époque, pas de téléphone portable, pas de possibilité de prouver qu’une répétition générale et un concert nous attendaient. Je jouai le tout pour le tout, en exigeant l’accès à un téléphone, pour prévenir qu’empêchés par la douane française, le chef et l’orchestre devaient annuler le concert… Le chef de poste finit par comprendre la totale absurdité de la situation… et nous laissa filer.

Ce long intermède et la route que nous fîmes ce jour-là me permirent de faire parler Steuart Bedford de Benjamin Britten, de son travail de chef, de ses passions musicales. Humour, calme, flegme, immense culture, il incarnait le parfait musicien britannique.

Eléments d’une discographie :

Mauvais traitements (III) : Quarantième rugissante

Dernière minute : J’ai appris hier tard dans la soirée la disparition soudaine de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui dirigeait l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, depuis 2007. On le savait malade, mais sa mort brutale a surpris ses amis, dont j’étais.

Nous savions, lui et moi, quelle était notre responsabilité de conduire les deux magnifiques vaisseaux amiraux de la flotte culturelle de Liège, lui l’Opéra, son choeur, son orchestre, moi l’Orchestre philharmonique royal de Liège, chacun dans deux magnifiques écrins – un luxe inouï pour une ville comme Liège – le « Théâtre royal » pour lui, la Salle Philharmonique pour moi. Il nous est arrivé d’être concurrents, parce que nous visions l’excellence, la conquête de nouveaux publics, il m’est arrivé de ne pas partager certaines des options artistiques de Stefano, mais l’amitié n’a jamais faibli ni failli. Je me rappelle encore cette grande entreprise menée de concert, cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées le 31 octobre 2012, où ensemble nous étions allés promouvoir les couleurs de Liège (lire Giscard et la princesse). Je me rappelle aussi ma dernière venue à Liège, il y a plus d’un an, avant la crise sanitaire. Une belle soirée d’opéra, dans la loge royale, avec Stefano et Alexise. Un moment de bonheur. Pensées affectueuses pour celles et ceux qu’il laisse dans la tristesse.

La difficile Quarantième

J’ai découvert la 40ème symphonie de Mozart dans les années 70, au moment où le dénommé Waldo de Los Rios vendait des milliers de disques en « arrangeant » à la sauce pop de grands classiques.

Je trouvais ça nul, et à mes copains de lycée qui avaient l’air d’apprécier, je montrai un jour la « pub » (une des premières que j’aie vues dans l’univers du classique) de Philips, qui faisait la promotion d’un disque bon marché des symphonies 40 et 41 dirigées par Karl Böhm : « La 40ème préférez l’original »

Pour de longues années, ce serait ma version de référence, la seule de ma modeste discothèque.

Puis, devenu lecteur de Diapason, je suivrais la réalisation de l’intégrale des « grandes » symphonies par Josef Krips à la tête du même Concertgebouw que Böhm, mais le prix trop élevé du coffret de 33 tours me dissuaderait de l’acheter.

Ce n’est que lors d’un Disques en Lice, la défunte émission de critique de disques de la Radio Suisse romande (voir Une naissance ) que je tombai de haut en découvrant la version amorphe, étrangement lente et sans élan, du chef viennois tant admiré dans Mozart. La maladie qui devait l’emporter en 1974 était-elle responsable de ce parti pris ?

Le « live » du même Krips à la tête de l’Orchestre national de France, en 1965 au Théâtre des Champs-Elysées, révèle tout de même une conception plus alerte, même si pas vraiment « molto allegro« , de cette symphonie.

Au début des années 60, les jeunes chefs d’alors suivaient les indications de Mozart, sans « romantiser » une symphonie qui n’en a nul besoin.

Dans les années 70, un Karajan plus soucieux d’élégance, de fluidité… et de virtuosité, allait livrer des versions sans aspérités, proscrivant drame et ruptures.

Leonard Bernstein, tant à New York en 1964, qu’à Vienne dix ans plus tard, n’arrive pas à trouver son chemin : un legato hors de propos, une articulation saccadée. Quelque chose qui ne fonctionne pas..

La lenteur, la pesanteur, n’ont rien à faire avec l’âge du chef ou l’époque.

Je découvre, pour ce billet, cet enregistrement de 1949 de Wilhelm Furtwängler et des Berliner Philharmoniker. Vraiment rien de compassé, d’empesé ! Quel élan, quelle éloquence !

A l’inverse, un Carlo Maria Giulini qu’on a tant admiré dans ses légendaires Don Giovanni ou Noces de Figaro, enregistre à Berlin dans les années 90, les trois dernières symphonies de Mozart dans des tempi crépusculaires, qu’on a peine à écouter jusqu’au bout…

Les raretés du confinement (VII) : Cziffra, Brel, la fièvre de Lehar, le Chopin d’Askenase, le Boeuf sur le toit etc.

22 janvier 2021 : Romances latino

Warner avait publié un beau coffret récapitulatif des quinze années (2002-2016) que Martha Argerich a passées, chaque été, à Lugano : Martha Live

Une véritable malle aux trésors où le connu (le coeur de répertoire de la pianiste argentine) côtoie beaucoup d’inconnu. Ainsi ces délicieuses romances de Carlos Guastavino (1912-2000), un des compatriotes de Martha Argerich.

14440685_10153971486352602_5438441581969375668_n

Des romances jouées à Lugano par Martha Argerich et le pianiste cubain Mauricio Vallina (présent sur la photo ci-dessus prise à Liège en novembre 2001, avec Armin Jordan)

21 janvier 2021 : Le Chopin de mon enfance

Souvenir d’enfance, le premier disque Chopin vu à la maison, le cliché absolu de la musique classique. Mais un pianiste dont je n’ai jamais oublié le nom : Stefan Askenase naît polonais le 10 juillet 1896 à Lemberg/Lvov/Lviv, meurt belge à Cologne le 18 octobre 1985. Son Chopin semble venir en droite ligne du compositeur lui-même. Il a pour moi un parfum d’éternité

20 janvier 2021 : La bannière étoilée

Jour de fête aux Etats-Unis, le 46ème président, Joe Biden, est officiellement installé, la première vice-présidente de l’histoire de la démocratie amércaine, Kamala Harris, a prêté serment : Inauguration

L’hymne national américain The Star-Spangled Banner a été cité par Puccini (dans Madame Butterfly) , revu par Stravinsky (et Jimi Hendrix), et transcrit pour piano par Rachmaninov lui-même en 1918.

19 janvier 2021 : des chansons de négresses

Poursuivant sur ma lancée, illustrative de l’activité du Groupe des Six (lire Groupe de Six), je livre cette absolue rareté dans l’oeuvre surabondante de Darius Milhaud et dans la discographie de l’interprète.Un cycle de mélodies bien peu « politiquement correct », intitulé : Trois Chansons de négresse, sur des poèmes de Jules Supervielle, créé en 1936. Ici l’immense Brigitte Fassbaender en public, accompagnée par Irvin Gage.

18 janvier 2021 : la valse de Nelson et Martha

Je ne me lasse jamais d’entendre Martha Argerich (lire La reine dans ses oeuvres), de surprendre comme ici sa fabuleuse complicité avec son ami de toujours Nelson Freire. La Valse de Ravel a-t-elle jamais été plus sensuelle ?

17 janvier 2021 : un violon sur le toit

Comme promis hier, je tire de ma discothèque un disque devenu rare, enregistré en 1980 pour Philips, où Riccardo Chailly (27 ans à l’époque) accompagne Gidon Kremer (32 ans) dans un programme aussi rare d’oeuvres pour violon et orchestre, dont la version du Boeuf sur le Toit (1920) de Darius Milhaud, pour violon et orchestre.Ici une vidéo contemporaine de l’enregistrement, une captation en public avec le chef russe Woldemar Nelsson (1938-2006) passé à l’Ouest en 1976.

16 janvier 2021 : le Boeuf sur le toit

La neige, le couvre-feu à l’heure où le soleil d’hiver se couche me donnent une furieuse envie d’Amérique du Sud, celle que Darius Milhaud (1892-1974) a rapportée dans sa musique après son séjour au Brésil comme secrétaire de Paul Claudel, ambassadeur de France à Rio de Janeiro.Il compose plusieurs versions de son célèbre Boeuf sur le toit (1920), une version pour violon et orchestre (Cinéma-fantaisie) que je diffuserai demain, et puis la version purement orchestrale, la plus connue. Comment résister au swing de Leonard Bernstein dirigeant, en 1976, l’ Orchestre national de France ?

15 janvier 2021 : le cadeau du père

En 1957, Dmitri Chostakovitch écrit son 2ème concerto pour piano pour le 19ème anniversaire de son fils Maxim, qui le crée pour ses examens au Conservatoire de Moscou. Le mouvement lent est romantique en diable. Ici Leonard Bernstein dirige du piano l’Orchestre philharmonique de New York (1962)

14 janvier 2021 : les flots du Danube

Quand le tube du concert viennois de Nouvel an – Le beau Danube bleu – est confié au piano, à l’orgue ou à l’accordéon (lire Le Danube en blanc et noir/) ça donne quelques merveilles, comme cette captation en concert de l’époustouflant Mikhail Pletnev

13 janvier 2021 : la Nuit transfigurée

Zubin Mehta a tellement enregistré que, dans le flot des reparutions (lire: Felix et Zubin), on néglige de s’attarder à ce qui ne paraît pas a priori comme son coeur de répertoire. Et on a tort ! La preuve cet unique enregistrement de studio de la Nuit transfigurée (Verklärte Nacht) de Schoenberg, réalisé avec le Los Angeles Philharmonic en 1976.

12 janvier 2021 : loin de la Veuve joyeuse

Le 9 janvier, j’évoquais l’un des tubes de l’auteur comblé de La Veuve joyeuse, Franz Lehar (1870-1948), la valse L’Or et l’argent, et son interprète d’élection, Rudolf Kempe (lire L’Or et l’Argent ). Ce nouveau disque de mon cher Ed Gardner met en lumière un aspect beaucoup moins connu de l’oeuvre de Lehar, un cycle de mélodies avec orchestre écrit durant la Première Guerre mondiale, dont le titre est explicite : Aus eiserner Zeit. La cinquième de ces mélodies est intitulée Fieber (Fièvre) et écrite pour ténor. On est loin des viennoiseries légères, beaucoup plus près de Schoenberg, Korngold ou Zemlinsky. Un disque à paraître début février.

11 janvier 2021 : Hollywood en 12 CD

En 12 CD, un fabuleux voyage dans les studios de Hollywood grâce aux musiques de Korngold, Newman, Herrmann, Steiner, Waxman, Tiomkin, sous la houlette d’un exceptionnel producteur, et chef d’orchestre, Charles Gerhardt. A découvrir ici : Monsieur Cinéma

10 janvier 2021 : Liszt, Brel, Cziffra

J’ai eu la chance de voir une fois dans ma vie, à Poitiers, Cziffra en récital. Je n’ai jamais compris comment il parvenait à cette pyrotechnie digitale qui était autant musique que démonstration de virtuosité. Singulièrement dans le piano de Liszt.Ici dans la 6ème Rhapsodie hongroise de Liszt. Le thème qu’on entend à 2’12 a été emprunté par Jacques Brel dans sa célèbre chanson « Ne me quitte pas » (… » je t’offrirai des perles de pluie »…)

Boulez cinq ans après

Pierre Boulez est mort il y a cinq ans, le 5 janvier 2016. Des manifestations sont prévues à Paris, à Berlin, ailleurs peut-être, mais auront-elles lieu ?

J’ai déjà raconté le Pierre Boulez que j’ai connu : lire Pierre Boulez vintage et Un certain Pierre Boulez

J’évoquais dans mon dernier billet Ces vieux qui rajeunissent et inversement, je n’y ai pas mentionné Pierre Boulez parce que, de ses débuts comme chef d’orchestre à ses dernières apparitions sur scène ou dans la fosse d’opéra, il a échappé aux syndromes que je décrivais. Si l’on devait noter une évolution, c’est sans doute, dans les dernières années notamment au concert, l’abandon à une sensualité sonore que la rigueur de la battue pouvait parfois obérer.

J’ai profité des derniers mois – confinement 1 et 2 ! – pour revisiter ma discothèque boulezienne, en particulier les symphonies de Mahler, que j’avais étrangement tenues à distance, comme si je me refusais à associer Mahler et Boulez. Et je dois avouer que j’ai souvent succombé d’abord à la pure beauté de lectures orchestrales somptueusement enregistrées (et quels orchestres !), ensuite ou en même temps à la tenue des lignes, qui n’est jamais sécheresse, au respect scrupuleux des indications – si nombreuses – de Mahler sur ses partitions.

Je ne connaissais pas cette interview – en anglais – de Pierre Boulez sur Mahler. Emouvant !

Exemplaires, pour moi, les deux Nachtmusik de la 7ème symphonie (à l’opposé en effet de ce que produit un Bernstein, que j’adore par ailleurs!), ou comment naît l’émotion de l’absence d’exagération (comme le dir très bien Pierre Boulez dans l’interview) et du respect des indications du compositeur :

Et que dire du plus foncièrement viennois des mouvements de la 5ème symphonie, le scherzo qui s’abandonne dans l’infinie nostalgie de valses improbables ? Quand on entend, on voit Boulez suivre à la lettre la partition, et ainsi lui restituer cet inimitable parfum (par exemple à 2’25 ») on craque, je craque…

La démonstration pourrait valoir pour toutes les autres symphonies.

Cette captation réalisée à Berlin en 2005 de la Deuxième symphonie me bouleverse à chaque écoute :

J’ai aussi réécouté le tout premier Sacre du printemps gravé par Boulez en 1963 avec l’Orchestre National pour Adès (reparu depuis sous d’autres étiquettes). Je ne suis pas loin de préférer cette version aux deux qui suivront avec Cleveland, d’abord dans les années 70 pour CBS/Sony, puis au début des années 90 pour Deutsche Grammophon, ne serait-ce que parce qu’on y entend le basson français (et non le Fagott allemand que quasiment tous les orchestres au monde ont adopté), le basson français qui était évidemment l’instrument que Stravinsky avait en tête en écrivant ce solo initial. Et quels bois dans l’Orchestre national de ces années-là !

Même la Huitième symphonie de Bruckner -ici enregistrée à St Florian – passe l’épreuve de la rigueur d’une battue qui ne renonce jamais à l’éloquence (même si Boulez n’est pas mon premier choix pour cette oeuvre)

Je voudrais en profiter pour rappeler l’indispensable Boulez de Christian Merlin. Je redis ce que j’écrivais : non seulement c’est une mine d’informations sur Pierre Boulez, compositeur et chef, mais aussi sur tout le siècle qu’il a traversé, et ça se lit comme un roman policier !