L’actualité nous donne quelques raisons de ne pas vivre que de plaisirs et de satisfactions. Euphémisme !
Commençons par la musique, parce qu’on n’est jamais déçu de ce qu’on lit ou voit.
Domestiques
Ce titre sur le site de Diapason hier : Les profs de musique pourraient très bien faire ça bénévolement. Je conseille vivement la lecture de l’article et les déclarations des élus de la ville d’Eu.

Comment se fait-il que je ne sois même pas surpris ? J’entendais les mêmes choses il y a trente ou quarante ans. Et c’est toujours vrai dans tous les domaines de la musique dite classique, écoles, conservatoires, festivals, orchestres, opéras, etc… Il faut toujours justifier même l’existence de ces structures. Tous ceux qui, comme moi, ont eu à en gérer une (ou plusieurs !) ont des dizaines d’anecdotes à raconter.
Président d’une école de musique à Thonon-les-Bains, j’avais suscité l’étonnement des élus en signalant que les professeurs percevaient une maigre indemnité pour leurs cours. Plus tard, comme directeur de l’orchestre philharmonique de Liège, les musiciens de l’orchestre me racontaient les remarques de leurs voisins, voire de leurs amis : « Mais en dehors de l’orchestre tu travailles dans quoi? » – c’est bien connu, l’orchestre est un loisir, un passe-temps ! -, mais plus grave, lorsqu’un éminent responsable de parti politique belge dénonçait, en 2004 en période électorale, les subventions selon lui excessives perçues par d’une part l’orchestre, d’autre part l’opéra de Liège, j’avais dû lui expliquer que lesdites subventions servaient exclusivement à payer des salaires, ceux des musiciens professionnels, et que s’il voulait réduire ces subsides il fallait aussi qu’il nous dise combien d’emplois nous devions supprimer. De ce jour-là, nous n’entendîmes plus parler de subventions « excessives ».
À nos élus d’aujourd’hui, qui n’ont ni mémoire ni culture historique pour l’immense majorité d’entre eux, rappelons que les musiciens n’ont jamais été « bénévoles », qu’ils étaient certes considérés comme des domestiques, lorsqu’ils étaient attachés au service d’un prince ou d’un roi, mais que, pour ce qui est des compositeurs qui étaient tous d’abord des interprètes, ils dépendaient non des subsides publics qui n’existaient pas, mais du bon vouloir de leur « employeur ». Sauf qu’à la différence de notre époque, ces « employeurs » tenaient à être les plus beaux, les meilleurs, les plus prestigieux. La famille Esterhazy pour Haydn, Colloredo pour le jeune Mozart, le Roi Soleil…. C’était effectivement autre chose que des boutiquiers et des comptables.
Vaporeux
On a ici même dénoncé les travers, voire le ridicule, de certaines pubs pour des disques et/ou artistes classiques. La vogue Jakub Józef Orliński est un peu passée, les clichés hamiltoniens de ses premiers disques ont laissé place à du plus conventionnel.

Ici en juillet 2021, au festival Radio France à Montpellier

Mais, comme souvent sur Facebook, la discussion s’est engagée autour d’un jeune pianiste, Pavel Kolesnikov, et d’un papier de Jean-Charles Hoffelé (Lune voilée), à propos d’une nouvelle intégrale des Nocturnes de Chopin.

Je pense que Richard Clayderman en son temps n’aurait pas fait plus kitsch que ce clip
Alors oui tout ça m’agace, sans doute pour rien, parce que, en fin de compte, cela me détourne d’un interprète qui mérite à l’évidence d’être écouté. Et qui a sans doute un talent plus original que d’autres de ses contemporains qui bénéficient d’un effet « pub » vite mis à mal par la réalité du concert, je pense à Víkingur Ólafsson (qualifié d’assommant par mon excellent confrère de Bachtrack lors d’une récente soirée parisienne).
Le trop plein de vide
Je ne peux pas terminer ce billet d’humeur sans évoquer la pré-campagne présidentielle. J’ai l’âge de me rappeler les premières campagnes où la télévision a joué un rôle important, voire décisif, celle de 1974 par exemple, et les suivantes.
On feint de s’étonner aujourd’hui que les sondages donnent avec constance le même scénario pour le 2e tour : un duel Le Pen-Mélenchon. La raison en est pourtant simple : ce sont les deux seules personnalités connues de tous, qui ont une « épaisseur » politique reconnue. Qui y a-t-il autour ? Une foule de candidats à l’échec. Quelqu’un peut-il vraiment croire que soudain va émerger, comme par miracle, du bloc dit « central » qui penche beaucoup à droite, le candidat – Attal, Philippe, Retailleau, Lisnard – qui non seulement piétine, mais détruit méticuleusement l’idée d’une candidature unique ? À gauche, Glucksmann est parti pour avoir le même sort que Benoît Hamon, voire Anne Hidalgo, puisque l’appareil du PS lui savonne consciencieusement la planche, et que le pauvre n’ose se montrer nulle part, de crainte de se faire siffler et huer par les séides de Mélenchon..
Cadeau
Me rappelant cette soirée si spéciale du 16 juillet 2016 à Montpellier, et puisque j’évoque la nouvelle intégrale des Nocturnes de Chopin, ce nocturne que Menahem Pressler aimait tant jouer.
Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog










































































