Maison ronde

Il y a bien deux mois que Lionel Esparza m’avait prévenu : ce jeudi 25 juin il organisait avec son camarade François-Xavier Szymczak une petite fête à la cafétéria de Radio France pour fêter leurs 30 ans de présence à France Musique.

Renonçant au train qui est d’ordinaire mon moyen de transport entre mon village du Val d’Oise et Paris – l’extrême chaleur rendant la circulation aléatoire – j’ai pris ma voiture (en mode électrique) mais je ne pensais pas devoir un jour afficher cette température en région parisienne…

Pas plus que la veille ce ‘selfie » pris place de la Madeleine !

Avant d’assister au concert de l’Orchestre national à 20h, je me réjouissais donc de profiter de la fraicheur (relative) de la Maison ronde, et de découvrir une partie des bâtiments enfin restituée, après plus de vingt ans de travaux, à sa destination d’origine. Pour accéder à la cafétéria, j’ai dû demander à un huissier de m’ouvrir le portillon d’accès, à l’étonnement de l’un de ses collègues qui me croyait encore membre de la maison… C’est ainsi dans cette belle et grande maison ronde, on croise toujours quelqu’un qui vous a connu il y a parfois très longtemps !

En arrivant, j’ai surpris les invitants encore en pleine action

Où il est avéré – ce qui ne me surprend pas ! – que les producteurs de France Musique manient l’économe à merveille (de gauche à droite, Lionel Esparza, Anne-Charlotte Rémond et un peu caché François-Xavier Szymczak)

J’ai à plusieurs reprises ici évoqué « mes » années France Musique (Trente ans passés, les souvenirs restent).

Evidemment le plaisir est intact pour moi de retrouver cette équipe qui a survécu aux changements de direction de la chaîne, et qu’a conservée Marc Voinchet, l’actuel directeur qui lui détient le record absolu de longévité à ce poste – 11 ans ! – Certes les visages ont pris quelques rides, les cheveux ont blanchi, mais l’enthousiasme et la compétence à l’antenne sont toujours aussi vifs. Elles et ils me disent qu’ils me le doivent, c’est vrai parce qu’ils ont fait leurs débuts sur France Musique du temps de ma direction. Mais elles et ils n’auraient pas duré s’ils n’avaient gagné la confiance des auditeurs.

Avec Martin Pénet, qui a succédé avec son émission Tour de Chant au regretté Benoît Duteurtre, nous nous rappelons ses premiers pas sur l’antenne de France Musique. C’était au cours d’une grille d’été, ce grand jeune homme tout timide – mais les idées déjà très claires sur ce qu’il voulait et savait faire – était venu me proposer de revisiter la chanson française à sa manière…

Avec Anne Montaron, parfaite germanophone, nous nous souvenons de l’obligation qui fut longtemps celle de France Musique de diffuser le vendredi un concert franco-allemand, diffusé tour à tour par Radio France et l’une des quatre radios publiques allemandes – c’était l’une des clauses du Traité de l’Elysée signé en janvier 1963, quelques mois avant l’inauguration par le général de Gaulle de la maison ronde ! – Et puis, Anne au fil des grilles a trouvé sa place en proposant des formats tous tournés vers la création, l’improvisation, aujourd’hui elle anime Création mondiale

Arnaud Merlin fait partie de ces personnages qui ne cessent d’épater par une curiosité tous azimuts, le jazz, la musique contemporaine, mais pas que, et une voix authentique de radio, dont la nonchalance naturelle méritait parfois d’être bousculée. Une amitié qui s’est nourrie aussi de sa présence au festival de Radio France à Montpellier

Jérémie Rousseau

Mon homonyme est un cas à part ! Je n’ai aucune responsabilité dans le fait qu’il anime brillamment la Tribune des critiques de disques de France Musique. Je me rappelle juste deux jeunes gens qui m’avaient abordé lors d’un salon Musicora pour m’annoncer qu’ils comptaient lancer un magazine de musique classique… et me demander mon avis sur ce projet. En 1998, Jérémie Rousseau et Bertrand Dermoncourt lançaient Classica !

Max Dozolme

Max et ses histoires de musique, c’est une rencontre plus récente. Comme directeur du festival Radio France, dans le cadre d’un partenariat entre nos institutions, j’étais venu plusieurs fois rencontrer des étudiants du Conservatoire national supérieur de Lyon qui se formaient pas seulement à des disciplines instrumentales mais aussi à toutes les activités qui tournent autour de la musique. Max Dozolme a fait partie de ces étudiants curieux, brillants, qui ont participé à deux ou trois éditions du Festival. On l’a vite repéré, et lorsque le nouveau directeur de France Musique, Marc Voinchet, est venu nous rendre visite à Montpellier, je lui ai recommandé cet oiseau rare. Il a fait un joli bout de chemin depuis…

Anne-Charlotte Rémond

Si Molière n’en avait fait le titre de l’une de ses plus savoureuses comédies, j’aurais volontiers traité Anne-Charlotte Rémond de femme savante, tant elle a de cordes à son arc !

François-Xavier Szymczak

L’imprononçabilité de son patronyme ajoute à son charme (quoique maintenant tout le monde sache cracher dans le micro un vigoureux : Chim-tchak !). Ce grand gaillard à l’allure toujours juvénile ne m’a jamais déçu dans tout ce qu’il a fait sur l’antenne de France Musique depuis… trente ans. C’est un présentateur des concerts hors pair, j’avais obtenu qu’il soit le visage et la voix de France Musique pour présenter ceux du festival Radio France à Montpellier.

Quant à Lionel Esparza il sait mon admiration pour l’homme de radio, et l’homme de plume qu’il est, et l’amitié que je lui porte

Pardon de ne pas citer tous les noms et les visages que j’ai reconnus ou qui ont eu la bonté d’âme de se rappeler que j’avais jadis officié au sens de cette grande maison.

Le bonheur fut aussi de partager avec deux musiciens de l’Orchestre national les souvenirs qu’eux et moi avons de Riccardo Muti (lire Chef émérite), avant que je n’aille les retrouver sur la scène de l’Auditorium pour un concert au programme passionnant, dont je rendrai compte très bientôt pour Bachtrack

Chef émérite

C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre.
Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national

La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.

Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.

Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National

Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.

Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante

A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés

On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !

L’été 2026

A défaut d’échapper à la canicule qui envahit tout le pays, on pourra essayer de se rafraichir les idées, l’esprit ou le coeur, au choix, avec ces quelques musiques et/ou versions qui ont le mérite de l’originalité, sinon de l’inspiration, tirées de ma discothèque personnelle.

Feu d’artifice tiré de la prairie de Butry-sur-Oise le 20 juin 2026

Gabriel Dupont : Jour d’été

Extrait du tout dernier disque enregistré par notre cher et si regretté Patrick Davin

Glinka : Nuit d’été à Madrid

Honegger : Pastorale d’été

Par l’un de nos plus grands chefs français, Serge Baudo, auteur d’une magnifique intégrale des symphonies d’Honegger avec les si belles couleurs de la Philharmonie tchèque

Kodaly : Soir d’été

Le compositeur dirige lui-même son « Soir d’été » à la tête de l’orchestre philharmonique de Budapest

Lire : L’éloquence des Hongrois

Jacques Leduc : Ouverture d’été

Un disque rare republié dans le coffret anniversaire de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

Michel Legrand : Un été 42

Vincent d’Indy : Jour d’été à la montagne

Josef Suk : Conte d’été

Ambroise Thomas : Le songe d’une nuit d’été, extrait

Pour rendre hommage à notre si chère Jodie Devos, bien trop tôt disparue (lire Jodie dans les étoiles) cet extrait du Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas

Prokofiev : Nuit d’été

Cette « nuit d’été » est extraite de l’opéra de Prokofiev : Les fiançailles au couvent

Et dans mes brèves de blog les dernieres nouvelles du moment à propos de la fête de la musique et de la fête des pères : 21 juin 2026.

Accords d’Evian

J’ai vécu de 1981 à 1999 à Thonon-les-Bains, à 10 km d’Evian, où se tient actuellement le G7. Une précision d’emblée : la notoriété d’Evian, ne serait-ce que par son eau minérale, est sans commune mesure avec celle de Thonon, mais les visiteurs sont toujours surpris de la différence de population, près de 38.000 habitants pour Thonon, sous-préfecture de Haute-Savoie, et seulement 9200 pour Evian.

Politique

Entre 1981 et 1986, j’ai été l’assistant parlementaire du député de la circonscription, et très actif politiquement dans une région que je découvrais. En 1982, un jeune conseiller municipal ambitieux demande et obtient le soutien du député pour se faire élire conseiller général du canton, Marc Francina est élu, il deviendra plus tard député à son tour et maire d’Evian. En 1983, ce sont les élections municipales, le maire d’Evian d’alors, Henri Buet, paraît indéboulonnable. Dans les rangs de la section locale du CDS plusieurs jeunes talents nous ont rejoints, dont le chef d’entreprise Philippe Maire (de trois ans mon aîné, mais né comme moi un 26 décembre!) que rien ni personne n’arrête dans son ambition de conquérir la mairie d’Evian : il échouera à 16 voix près.

Rencontres Musicales

Dès le printemps 1982 je fréquente Evian et son festival de musique, les Rencontres musicales d’Evian, et ses divers avatars. Jusqu’à la construction de la Grange au Lac, les concerts ont lieu dans la salle du Casino au centre ville. Robert Lassalle,, le directeur, et le chef d’orchestre Serge Zehnacker, invitent généreusement. « Mon » député qui n’a aucun intérêt pour la musique me confie ses invitations, ce qui me vaut l’insigne privilège, mais surtout un grand moment de gêne, d’être cité par le journaliste Antoine Livio sur une liste de personnalités au premier rang desquelles figure la reine Marie-José d’Italie.

Durant ces premières années, j’entends pour la première fois les tout jeunes Paul Meyer, Marc Coppey, et beaucoup de jeunes orchestres étrangers.

Paul Meyer, 17 ans à l’époque, jouait la Rhapsodie pour clarinette de Debussy avec orchestre. Il sera l’un des premiers solistes que je ferai inviter à l’Orchestre de la Suisse romande quelques années après (il en résultera un très beau disque des concertos de Weber)

Marc Coppey, lui, tout fluet, encore auréolé de son prix au concours Bach de Leipzig, rejoint sur scène Maria-Joao Pires et Viktoria Mullova pour un trio de Beethoven (l’opus 1 n°1). Marc sera ensuite un fidèle compagnon d’aventures musicales à Liège puis Montpellier. En témoigne cet extrait du trio L’Archiduc capté à la Salle Philharmonique de Liège avec Tedi Papavrami au violon et Nelson Goerner au piano.

Et puis il y aura la période Rostropovitch – exit Zehnacker et son équipe, pas assez brillant pour le maître des lieux, Antoine Riboud, patron de Danone… et des eaux d’Evian. Beaucoup de concerts, de réussites diverses, et surtout beaucoup de mondanités, là même où se déroule actuellement le G 7, dans ce magnifique palace qui surplombe le lac Léman, l’hôtel Royal. Antoine Riboud invite largement le Gotha politique de droite et de gauche – on se rappelle y avoir croisé Robert et Elisabeth Badinter, Michel Rocard, Raymond Barre, des ministres, des « people » comme on ne dsait pas encore à l’époque. C’est ainsi que, lors de l’inauguration de la Grange au Lac, je me suis trouvé assis à côté de Claire Chazal et Patrick Poivre d’Arvor… Ce soir-là il avait beaucoup plu, et les chemins qui menaient de la nouvelle salle de concert à l’hôtel Royal n’étaient pas encore goudronnés. Toute la joyeuse foule en fut quitte pour se tremper les pieds et les jambes et je recueillis, pour la postérité, cette formule de Raymond Barre, rigolard, à un mètre derrière moi : « Ce n’est pas la grange au lac, mais la grange aux flaques! ».

Amusant de retrouver sur YouTube ce reportage de TV5 Monde, présenté par Jean-Baptiste Urbain, l’excellent matinalier actuel de France Musique !

D’autres souvenirs amusants me reviennent. Rostropovitch était connu pour ne pas dormir beaucoup la nuit et consommer plus que de coutume une petite eau (vodka en russe) qui n’était pas d’Evian. On le vit plusieurs années flanqué de l’épouse officielle Galina Vichnievskaia, et puis celle-ci disparut deux années de suite, remplacée par une célèbre violoniste – qui jouait beaucoup et merveilleusement bien -. Et puis Galina réapparut, délestée de ses rondeurs passées, liftée, relookée. Autre histoire qui déclencha de furieux fous rires dans cette assistance huppée : un Pierre et le Loup dirigé par Rostro dont le récitant n’était autre qu’Antoine Riboud ! Une authentique catastrophe, d’un comique aussi avéré qu’involontaire !

Je trouve sur YouTube cet extrait d’un documentaire réalisé en 1996 :

Dans mes fonctions successives à la Radio Suisse romande, puis à France-Musique, Evian fut toujours une étape obligée, parce que, au-delà de mondanités qui m’indiffèraient, il s’y produisait d’authentiques rencontres musicales entre générations de musiciens, venus du monde entier. Avec une place importante pour la création comme cette présence bouleversante d’Alfred Schnittke (lire La fête des mères)

Afters

J’ai aussi participé à beaucoup d’après-concerts dans les salons de l’hôtel Royal. C’est là que j’ai quasiment signé mon engagement à France Musique en mai 1993. C’est là que j’ai vu à une table voisine, Olivier Messiaen, déjà âgé, entouré par ses deux vestales, sa femme et sa belle-soeur, Yvonne et Jeanne Loriod, qui donnaient quasiment la becquée au compositeur. C’est là que j’ai encouragé Pierre Bouteiller à improviser sur un piano du bar.

En dehors du festival, je suis allé quelquefois dîner dans ce bel établissement, j’y ai emmené mes enfants profiter de la piscine.

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les rumeurs du temps : 14.05.2026

Nikolaus le Hollandais : tics et chocs

Je l’annonçais dans mon billet du 3 avril dernier (Pavés de printemps). Dix ans après sa disparition, Warner poursuit la réédition des enregistrements réalisés jadis pour Teldec par Nikolaus Harnoncourt, avec cette fois la série souvent étonnante des captations amstellodamoises avec l’orchestre Royal du Concertgebouw

NIKOLAUS HARNONCOURT

ROYAL CONCERTGEBOUW ORCHESTRA

The Complete Teldec Recordings

42 CD

CD 1-7 MOZART / Symphonies 25 à 41

CD 8 MOZART / Concerto 2 pianos (Gulda, Corea) / COREA Fantasy for 2 pianos / GULDA Ping Pong for 2 pianos

CD 9 MOZART / Concertos 23 et 26 (Gulda)

CD 10-12 MOZART / Cost fan tutte (Margiono, Ziegler, Van der Walt, Cachemaille, Hampson)

CD 13-15 MOZART / Don Giovanni (Hampson, Gruberova, Alexander, Bonney, Blochwitz, Holl)

CD 16-18 MOZART / Les noces de Figaro (Hampson, Margiono, Bonney, Scharinger, Lang, Murray, Holl, Langridge)

CD 19 MOZART / Thamos roi d’Egypte (Thomaschke, Perry, Mühle)

CD 20 SALIERI / Prima la Musica, MOZART / Der Schauspieldirektor

CD 21-26 HAYDN / Symphonies 93-104 « Londoniennes »

CD 27-30 SCHUBERT / Symphonies + Ouvertures dans le style italien

CD 31 Johann STRAUSS / Valses et polkas

CD 32-33 Johann STRAUSS / La Chauve-Souris (Gruberova, Bonney, Hollweg, Protschka, Scharinger, Lipovsek, Kmentt)

CD 34-35 BRUCKNER / Symphonies 3 et 4

CD 36-37 BRAHMS / Concertos pour piano (Buchbinder)

CD 38 BRAHMS / Concerto violon (Kremer), Double concerto (Kremer, Hagen)

CD 39-42 DVORAK / Symphonies 7,8,9, Concerto piano (Aimard), poèmes symphoniques (Le rouet d’or, l’Ondin, la sorcière de midi, la Colombe des bois)

Comme je l’avais remarqué pour la réédition précédente (avec l’Orchestre de chambre d’Europe), il est intéressant de réévaluer le legs de Nikolaus Harnoncourt. Surtout ici avec un orchestre solidement ancré dans ses traditions, cette sonorité si spécifique (et si bien enregistrée pendant des décennies par les micros de Philips.

Au fil du coffret, je me suis amusé à réécouter des éléments que je n’avais plus écoutés depuis longtemps, comme par exemple cette rencontre qu’on imaginait fébrile avec Friedrich Gulda… avec la surprise d’entendre un Mozart certes creusé, mais d’une sagesse inattendue.

De même, pour les deux symphonies de Bruckner gravées à Amsterdam, où domine l’impression que le souci du détail l’emporte sur l’élan, la plasticité du discours.

Quant aux deux concertos de Brahms avec Rudolf Buchbinder, qui n’avaient déjà pas été bien accueillis par la critique, ils sont, à distance, moins écoutables que jamais : le début et tout le premier mouvement du 1er concerto est une caricature. Plus lent, plus lourd, tu meurs !

En revanche, il vaut le coup de redécouvrir les symphonies et poèmes symphoniques de Dvořák qu’on n’attend pas sous la baguette d’Harnoncourt. Ne surtout pas s’aventurer à comparer aux traditionnelles références tchèques, mais écouter le traitement en profondeur de partitions dont le chef autrichien révèle des couleurs et des saveurs souvent cachées.

Le plus important en volume de ce coffret ce sont ces Mozart, symphonies et opéras, qu’Harnoncourt a souvent remis sur le métier. Et c’est probablement là qu’on retrouve ce qui a pu séduire en même temps qu’agacer dans l’art du chef. J’ai été alors plus souvent agacé que séduit (en raison de mauvaises expériences au concert). En réécoutant ce corpus, je suis assez bluffé par les trouvailles d’articulation, de phrasé, des tempi qui naguère surprenaient.

Mais dans Johann Strauss, il manque vraiment le charme et l’élan, le sourire, l’humour, le sens du théâtre, qui sont bien absents dans cette bien sérieuse Chauve-Souris

Un mot encore des symphonies de Schubert, où se concentrent tous les « excès » du chef, comme dans ce finale de la 6e symphonie déjà évoqué dans cet article : Une affaire de tempo

Et vraiment juste pour s’amuser: le même finale par Lorin Maazel dans une intégrale super speedy

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog

La légende de la Grange

J’étais passé par hasard devant il y a quelques mois (voir Mémorables), cette fois j’y suis entré et j’ai vérifié que la Grange de Meslay est à la hauteur de son mythe (lire ma brève de blog : Mythique).

Sviatoslav Richter tombe amoureux de cette grange qui se relève tout juste des injures de la guerre, au début des années 60 et décide d’y fonder quelque chose comme un festival. La suite elle est racontée sur le site de la Grange de Meslay. Enfant puis adolescent, étudiant au conservatoire de ma ville de Poitiers, j’étais déjà fasciné par cette histoire, à laquelle je pensais ne jamais avoir accès. Et le fait est qu’il m’a fallu attendre juin 2026 pour enfin découvrir les lieux et vérifier la réalité de la légende. A lire sur Bachtrack : Tiberghien et Arielle Beck entrent dans la légende de la Grange de Meslay

La légende du lieu elle s’est construite bien sûr d’abord avec Richter et ses amis (voir ci-dessous), mais elle a prospéré avec cette cohorte d’artistes, de pianistes essentiellement, qui nous laissent de précieux témoignages, le plus émouvant d’entre eux étant celui de Nicholas Angelich, lors de l’un de ses derniers concerts, en août 2020

Leif Ove Andsnes est un habitué de la Grange

Quand Warner se décidera-t-il à consacrer un coffret au grand György Sebök qui jouait en 1991 à Meslay ?

Trouvé sur YouTube ce film sur Richter à Tours, mais à réserver à ceux qui comprennent l’allemand (la langue maternelle du pianiste russe)

Sur place à Meslay, ou en d’autres lieux tout proches, Sviatoslav Richter a enregistré plusieurs disques Bach et Haendel, réédités au hasard des coffrets publiés en 2015 à l’occasion du centenaire de l’artiste

Richter Bach

Richter Oistrakh

Et toujours mes brèves de blog sur les sujets du moment… et mon week-end à la Grange de Meslay !

Le cousin de Wolfgang

Rappelez-vous les amours de Mozart, deux soeurs parmi quatre toutes musiciennes, Aloysia dont Wolfgang était amoureux, sans que cela soit réciproque, et Constance que le compositeur finit par épouser en 1782. Il faut aussi citer Josepha qui créa le rôle de la Reine de la Nuit dans la Flûte enchantée. Le patronyme de ces soeurs ? Weber.

Toutes les quatre étaient les cousines germaines d’un autre Weber célèbre, Carl Maria, né le 18 novembre 1786, mort il y a tout juste deux cents ans, le 5 juin 1826 à Londres. Mozart est donc le cousin par alliance de Weber.

Warner publie à cette occasion un coffret intéressant mais par bien des côtés insuffisant voire décevant

Il faut lire les dossiers remarquables que Diapason de juin consacre à Weber et en particulier la critique parue sur ce coffret, qui relève des oublis fâcheux.

Ainsi pas d’Euryanthe, opéra pourtant si emblématique du premier romantisme allemand, avec la version Janowski qui embarquait Jessye Norman, publiée naguère sous double étiquette EMI/Berlin Classics. Ainsi pas de version, pourtant idéale, de Keilberth du Freischütz avec l’inégalable Elisabeth Grümmer. Warner nous a habitué à des compilations plus complètes et fouillées.

Pour les ouvertures, c’est un nième recyclage de l’enregistrement de Sawallisch et du Philharmonia, multi-réédité. Pour les concertos pour clarinette, c’est Sabine Meyer avec Blomstedt. Je n’ai jamais été très fan du son si « rough » de celle que Karajan voulait embaucher à Berlin, je préfère de loin l’autre Meyer, Paul, et sa très belle version avec Günther Herbig.

En revanche, c’est un vrai bonheur – et une authentique curiosité – que cette réédition de la 2e sonate et autres oeurves pour piano par le pianiste Thierry de Brunhoff, retiré comme moine à l’abbaye d’En Calcat depuis 1974.

J’aurai d’autres occasions de faire état de mes préférences discographiques pour un compositeur que j’admire profondément comme l’essence du premier romantisme allemand.

On peut aussi lire mes humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog !

Les Mahler de Sir Simon

Dimanche dernier, Simon Rattle et le London Symphony nous ont littéralement coupé le souffle à la Philharmonie de Paris.

C’est ce que j’ai écrit pour Bachtrack : Entre terre et ciel avec Mahler, le LSO et Simon Rattle

Le London Symphony, Lucy Crowe et Simon Rattle à l’issue d’une 4e de Mahler d’anthologie

Il y a plus de deux ans, j’avais déjà assisté à une 6e symphonie de Mahler « suffocante » dirigée par le même chef à la tête de l’Orchestre de la radio bavaroise dont il a pris la direction.

J’ai toujours eu des réticences, ou plus exactement des préventions à l’égard d’un chef, formidablement doué, très souvent admirable et admiré, mais qui me semblait toujours pécher par un souci excessif du détail.

Ce que j’ai entendu dimanche, ce que j’avais entendu en octobre 2023, me fait très sérieusement reconsidérer ma position.

Et toujours pour les humeurs et bonheurs du temps, mes brèves de blog

La fête des mères

S’il y a une figure universelle dans la musique classique, du Moyen-Âge à nos jours, c’est bien celle de la Mère. Je n’ai aucune intention d’en faire une revue même partielle. juste de choisir dans ma discothèque quelques-unes de ces musiques qui m’évoquent non pas la mère que je n’ai plus, mais la mère aimante, consolatrice, fantasmée peut-être…

Parle-moi de ma mère

N’est-il pas touchant ce brigadier stationné à Séville qui voyant apparaitre une frêle jeune fille arrivant du pays, lui demande : « Parle-moi de ma mère« 

C’est l’un des passages les plus célèbres et musicalement réussis de l’opéra de Bizet, Carmen, lorsque Don José est abordé par Micaëla

Donne-moi à manger

Chez Mahler, la figure de la mère peut être tragique, impuissante, comme dans cette mélodie extraite du recueil Des Knaben Wunderhorn.

« Mutter, ach Mutter! es hungert mich,
Gib mir Brot, sonst sterbe ich. » (« Mère, ô mère, j’ai faim / Donne-moi du pain ou je vais mourir »)

Les chansons de ma mère

Tout autre ambiance pour ls quatrième des sept « Chansons tsiganes » de Dvorák dont le titre anglais est Songs My Mother Taught Me (Les chansons que ma mère m’a apprises)

Je ne te quitte pas

Intéressant aussi ce poème de Rückert mis en musique par Schumann, où une future mariée s’adresse à sa mère en lui disant en substance : « Ce n’est pas parce que je l’aime (mon mari) que je vais cesser de t’aimer« 

Mutter, Mutter! Glaube nicht,
Weil ich ihn lieb’ also sehr,
Dass nun Liebe mir gebricht,
Dich zu lieben, wie vorher.

Mutter, Mutter! Seit ich ihn
Liebe, lieb’ ich erst dich sehr.
Lass mich an mein Herz dich ziehn,
Und dich küssen, wie mich er.

Mutter, Mutter! Seit ich ihn
Liebe, lieb’ ich erst dich ganz,
Dass du mir das Sein verliehn,
Das mir ward zu solchem Glanz.

La mort de la mère

Schubert fait comme souvent dans la pudeur avec ce Grablied für die Mutter

Quant à Alfred Schnittke (1934-1998) c’est d’abord avec un quintette avec piano, puis un élargissement au grand orchestre sobrement intitulé In memoriam qu’il rend un bouleversant hommage à sa mère disparue en 1972.J’avais eu la chance de réentendre la version initiale il y a quelques semaines à Deauville (lire mon article sur Bachtrack)

A la mère

Une ode à la mère, à sa mère, du compositeur estonien Peeter Vähi, par son illustre compatriote Neeme Järvi

Roses éternelles

Et puis, toujours enfouies au creux de la mémoire, ces chansons éternelles qui ne fanent jamais…

J’ai, à dessein, évité toute la littérature musicale, que j’adore par ailleurs, qui s’adresse à la Mère entre toutes les mères, Marie, la mère de Jésus… Ce n’est pas un article, mais tout un dictionnaire qu’il faudrait lui consacrer.

Et toujours dans mes brèves de blog, le récit d’un drame qui m’a fortement éprouvé.

Les Allemands contraires

J’ai raconté dans une de mes récentes brèves de blog (Apprentis chefs) ma participation au jury parisien de présélection des candidats au concours international de chefs d’orchestre qu’organise mon ami George Pehlivanian. Première salve vendredi dernier, et seconde hier après-midi toujours dans une salle de l’Ecole normale de Musique de Paris, avec des températures qu’on peut imaginer. J’avais déjà noté la formidable qualité des deux pianistes, David et Manuel, qui ont dû jouer pas loin d’une trentaine de fois des extraits de la 1e symphonie de Brahms dans sa version à deux pianos, et répondre aux indications de ceux qui sur le podium devaient se représenter tout un orchestre devant eux. Avec des bonheurs très variés !

Ce n’est qu’hier qu’ils m’ont signalé constituer le Geister Duo, dont j’avais évidemment entendu parler, mais jamais rencontré.. d’aussi près et d’aussi bien !

Les frères sérieux ou les anti-Labèque

C’est au cours d’une brève pause, justement à propos de Brahms, que j’ai évoqué avec David et Manuel un coffret reçu il y a quelques jours, et dont j’ai commencé par écouter les Danses hongroises... de Brahms.

Alois et Alfons Kontarsky ont longtemps été le seul duo pianistique du label jaune. Et cette réédition est intéressante, ne serait-ce que pour la partie d’oeuvres contemporaines dont ils ont été les créateurs et/ou dédicatoires. Mais dans le répertoire classique, mon Dieu que c’est raide et sérieux !

Je sais maintenant pourquoi je n’ai jamais eu dans ma discothèque leur version des Danses hongroises de Brahms !

Nul besoin d’être un expert ou un critique pour comparer avec deux autres versions françaises.

A propos de ce formidable duo, lire Les années Béroff.

Le centenaire Tennstedt

C’est Christian Merlin qui pour France Musique a le mieux cerné la personnalité d’un chef allemand – Klaus Tennstedt (1926-1998)- dont Warner célèbre le centenaire de la naissance par un coffret qui regroupe les enregistrements de studio.

« L’Allemand Klaus Tennstedt (1926-1998) fut une figure très singulière d’anti-maestro, hypersensible et complexé, qui serait resté un obscur second, relégué dans la province est-allemande, si les Etats-Unis et l’Angleterre n’avaient fait de lui une star, dont l’émotion était l’alpha et l’oméga »

« A Londres, les musiciens et le public l’adulent littéralement, aimant son approche émotionnelle de la musique. Mais ce grand fumeur et buveur, doublé d’un angoissé chronique, ne se ménage pas, et le paie en 1985 d’un cancer de la gorge dont il se remet, avant de connaître toute sorte d’autres déboires de santé qui l’éloigneront progressivement de la scène » (Christian Merlin, France Musique)

Plus qu’aucun autre sans doute, c’est le concert, le « live » qui révèle le talent de ce chef.



Il y a quelques belles surprises dans ce coffret Warner – outre une intégrale Mahler déjà multi-rééditée – comme cette 8e symphonie de Bruckner que je ne connaissais pas.



Je recommande aussi chaleureusement ce coffret publié il y a une dizaine d’années :