Les sans-grade (VIII) : Joseph Keilberth

Il est mort il y a cinquante ans, à l’âge de 60 ans : le chef d’orchestre Joseph Keilberth est né en 1908, la même année que Karajan, mort prématurément d’une crise cardiaque le 20 juillet 1968, tandis qu’il dirigeait Tristan et Isolde à l’opéra de Munich.

Je me rappelle une série d’émissions que nous avions commises avec mon complice de Disques en lice, Pierre Gorjat (lire Une naissance), pour la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, Espace 2, série intitulée : Les cinq K. Mon ami Pierre trouvait qu’on faisait bien trop de cas (!) du seul qui occupait alors – au mitan des années 80 – le devant de la scène musicale, Herbert von Karajan. Moins violemment critique que lui, je pensais qu’on devait, sinon réhabiliter, du moins remettre en lumière quatre autres illustres baguettes, contemporaines de Karajan, qui ne méritaient aucunement de rester dans l’ombre du patron des  Berliner Philharmoniker : Rudolf Kempe (1910-1976),  Hans Knappertsbusch  (1888-1965), Otto Klemperer (1885-1973)… et Joseph Keilberth (1908-1968).

De ces cinq chefs (inutile de dire qu’il ne reste rien de ces émissions, qui furent effacées à peine diffusées… et qui manquèrent cruellement lorsque survint la mort de Karajan le 16 juillet 1989 !), le seul qui ait été oublié des rééditions discographiques est Keilberth. Même si je me suis laissé dire que Warner pourrait reprendre les enregistrements parus pour l’essentiel sous l’étiquette Telefunken.

J’ai longtemps délaissé les quelques disques de Keilberth que j’ai dans ma discothèque, à l’exception de son légendaire Freischütz. J’ai eu tort.

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Je redécouvre des Beethoven magnifiquement chantants, mobiles, superbement articulés.

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Richard Strauss s’accorde particulièrement à l’art de Keilberth. Comme une lumière et une sensualité méridionales qui éclairent l’écheveau de la trame orchestrale.

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Même lumière dans Brahms (une intégrale des symphonies à rééditer), bien perceptible dans ce « live » avec la radio bavaroise

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En attendant, on l’espère, de retrouver le legs symphonique de Keilberth chez Warner on retrouvera des bribes, vraiment trop chiches, de l’art de celui qui fut l’âme et le directeur musical de l’orchestre symphonique de Bamberg de 1950 à sa mort.

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Mais c’est en chef d’opéra que Joseph Keilberth est resté le mieux documenté au disque, en particulier avec la réédition spectaculaire de la toute première Tétralogie captée en stéréo… en 1955 à Bayreuthque les spécialistes tiennent pour un must.

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Richard Strauss est aussi très bien servi.

 

J’ai une affection particulière pour ces versions d’Arabella (sublime Lisa della Casa) et de la Femme sans ombre.

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Claude de France

On n’a pas fini de célébrer Claude Debussy mort il y a cent ans (voir De la belle ouvrage)

Je ne suis pas sûr de tenir une chronique très suivie de ce centenaire, tant d’autres le feront mieux que moi. Mais je veux signaler la parution d’un petit bouquin, découvert le week-end dernier chez mon libraire favori.

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Pianiste et producteur de radio (Notes du traducteur, puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard a consacré une part importante de sa activités à Claude Debussy (1862-1918). Mêlant digressions biographiques et analyses de l’oeuvre, cet ouvrage se présente comme une succession pointilliste de courts chapitres, donnant le point de vue de l’interprète : souvenirs et impressions rassemblés de près de cinquante ans de compagnonnage avec Debussy. Il éclaire l’auteur de Pelléas et Mélisande d’une lumière inédite, et très intimiste. A la lecture, on retiendra la célébration d’un Homme Musique, celui qui conjugue le son avec la couleur, saisit l’instant sur une portée, rend une atmosphère palpable et dessine délicatement les contours d’une rêverie. Claude Debussy demeure. Il est le Patron (Présentation de l’éditeur)

Qui ne connaît Philippe Cassard ? Compagnon et acteur de tant d’aventures musicales (Des touches et des voix), il a la gentillesse de rappeler mon engagement à ses côtés quand il entreprit une première fois, à Paris, à l’auditorium Saint-Germain, une intégrale du piano de Debussy à la fin des années 90 que je fis capter par France Musique, puis qu’il reprit le même projet, complété des partitions à quatre mains ou deux pianos avec François Chaplin, en 2012 cette fois à la Salle philharmonique de Liège

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Pour qui souhaite une approche sensible, intelligente et aimante de Debussy, ce nouvel opus d’Actes Sud est un must.

J’en profite pour évoquer deux autres ouvrages de cette collection. Après ma visite de la maison des Mendelssohn à Leipzig (Retour chez Felixj’avais oublié de citer l’excellent Mendelssohn de Jérôme Bastianelli, de loin préférable au pavé indigeste paru chez Fayard.

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En revanche, la déception est complète avec ce portrait bâclé d’une famille (La dynastie Straussqui attend encore un ouvrage de référence en français. Occasion manquée vraiment dans une collection qui fait référence pour ses autres titres…

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La mort en face

Sauf erreur de ma part, la dernière fois que j’avais vu l’ouvrage, c’était à l’Opéra Bastille en 2004. C’est dire si j’attendais ces Dialogues des Carmélites de Francis Poulencdonnés au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, dans une mise en scène d’Olivier Pyqui avaient déjà triomphé en 2013.

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La même production a précédé la reprise parisienne, en décembre dernier, à La Monnaie de Bruxelles, avec une distribution en partie commune aux deux théâtres.

Pour les rôles communs à Bruxelles et Paris : Patricia Petibon, en Blanche de la Force, confirme ce que j’ai déjà constaté avec plaisir dans les récents Pelléas et Mélisande et Mithridate vus dans ce même théâtre des Champs-Elysées, la pleine maturité d’un talent que je me souviens avoir vu éclore à Ambronay, il y a une trentaine d’années, dans David et Jonathas. Sans les scories d’une notoriété acquise un peu trop rapidement sur des critères extra-musicaux.

On admire tout autant Véronique Gens – une habituée du Festival Radio France – en Madame Lidoine habitée, Sophie Koch, impressionnante Mère Marie de l’Annonciation, et chez les hommes Alain Cavallier en Marquis de la Force et surtout le magnifique ténor Stanislas de Barbeyrac, voix ronde, chaude et ample, parfaite incarnation du Chevalier de la Force, frère si aimant de Blanche.

À Paris, même annoncée en méforme, Sabine Devieilhe épouse à merveille la jeunesse et l’insouciance de Soeur Constance. 

Couronnant une distribution entièrement francophone – sacrée évolution du paysage lyrique français depuis 30 ans ! merci à des pépinières comme l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris et à son infatigable animateur Christian Schirm qui y ont ô combien contribué – la Prieure d’Anne-Sofie von Otter, diction, expression du texte superlatives, est d’une puissance d’évocation qui bouleverserait le plus rétif des spectateurs au texte de Bernanos.

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Il m’est arrivé de ne pas aimer ou de ne pas comprendre Olivier Py dans certaines de ses mises en scène. Dans ces Dialogues, il est admirable, convaincant, de bout en bout : Un tel spectacle est l’honneur des scènes francophones, en ce temps où tant d’œuvres sont délibérément défigurées, violentées, avilies par les metteurs en scène. Ici règne le respect, celui d’un texte et d’un argument théâtral de premier ordre, comme l’écrit André Tubeuf dans son blog.

Dans la fosse, l’Orchestre National chante Poulenc comme sa langue maternelle.

Une soirée à retrouver avec bonheur sur France Musique le 25 février prochain.

 

 

Le rossignol suisse

Rossignol, définitions :

  • Oiseau migrateur (de l’ordre des Passereaux) dont l’espèce commune est caractérisée par un plumage brun roux et gris brunâtre, par un fin bec brun, et par la pureté, la variété du chant aux sonorités éclatantes et harmonieuses
  • Personne qui se distingue par une voix bien modulée, qui chante admirablement.

Tous les tintinophiles savent qui est désigné comme « le rossignol milanais« , l’inévitable Bianca Castafiore.

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Aujourd’hui, c’est tout le contraire du personnage outré et caricatural de la Castafiore qu’on célèbre, l’une des plus jolies voix de soprano du XXème siècle, une personnalité modeste mais rayonnante, qui n’a jamais cherché les lumières de la gloire : Edith Mathisnée le 11 février 1938 dans la ville suisse de Lucerneberceau de ma famille maternelle.

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Un joli coffret de 7 CD publié par Deutsche Grammophon propose une très belle compilation des enregistrements auxquels la soprano suisse a prêté une voix immédiatement reconnaissable : une pureté qui n’était pas celle, séraphique, de Gundula Janowitz, ou, senza vibrato, de Teresa Stich Randallmais soyeuse, légère, fruitée.

Extraits de la légendaire version des Noces de Figaro dirigée par Karl Böhm)

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Edith Mathis a beaucoup donné à Bachnotamment avec Karl Richter.

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Elle est, mieux que quiconque, le personnage d’Annette (Ännchen) dans le Freischütz dans la légendaire version de Carlos Kleiber, où elle retrouve Gundula Janowitz.

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Plus rare cet air de Haydn enregistré avec Armin Jordan et l’orchestre de chambre de Lausanne.

Détails de ce coffret-hommage :

  • Bach: Cantate BWV 51 « Jauchzet Gott in allen Landen« ; extr. cantates BWV 10, 21, 68, 180, 199; 3 extr. Passion selon St Matthieu BWV 244 (Karl Richter)
  • Haendel / Mozart: 3 airs du Messie (Charles Mackerras)
  • Haydn: airs extr. des Saisons & La Création (Karl Böhm)
  • Mozart: extr.Requiem KV 626 (Karl Böhm) Airs d’Ascanio in Alba, Lucio Silla, Zaide (Leopold Hager) Le Nozze di Figaro, Don Giovanni, La Clemenza di Tito (Karl Böhm) Airs de concert KV 505, 578, 583; Das Veilchen KV 476; Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte KV 520; An die Einsamkeit KV 391; Die kleine Spinnerin KV 531; Die Alte KV 517
  • Dvorak: extr. Stabat Mater op. 58 (Rafael Kubelik)
  • Brahms: extr. Ein Deutsches Requiem op. 45 (Daniel Barenboim) Volkslieder WoO 33 Nr. 15, 23, 34, 43; Jägerlied op. 66 Nr. 4; Hüt du dich op. 66 Nr. 5; 4 Duette op. 61; Liebeslieder-Walzer op. 52; Neue Liebeslieder-Walzer op. 65; Wechsellied zum Tanze op. 31 Nr. 1
  • Mahler: extr. symphonies 2 et 8 (Rafael Kubelik)
  • Beethoven: extr. Fidelio op. 72 (Karl Böhm)
  • Weber: extr. Der Freischütz (Carlos Kleiber)
  • Mendelssohn: Bunte Schlangen extr. Ein Sommernachtstraum op. 61 (Rafael Kubelik)
  • Berlioz: extr. La Damnation de Faust op. 24 (Seiji Ozawa)
  • Richard Strauss: extr. Der Rosenkavalier op. 59 (Karl Böhm)
  • Henze : Diese Benommenheit extr. Der junge Lord
  • Schumann: Myrthen op. 25 Nr. 4, 9-12, 14, 20, 23; Die Kartenlegerin op. 31 Nr. 2; O ihr Herren op. 37 Nr. 3; Frauenliebe und Leben op. 42; Die Nonne op. 49 Nr. 3; Volksliedchen op. 51 Nr. 2; Liebeslied op. 51 Nr. 5; Die Soldatenbraut op. 64 Nr. 1; Das verlassne Mägdelein op. 64 Nr. 2; Mein Garten op. 77 Nr. 2; Stiller Vorwurf op. 77 Nr. 4; Liederalbum für die Jugend op. 79 Nr. 1-6, 8, 10-14; 19, 21; Die Blume der Ergebung op. 83 Nr. 2; Röselein, Röselein op. 89 Nr. 6; An den Mond op. 95 Nr. 2; Himmel und Erde op. 96 Nr. 5; Lieder und Gesänge aus Wilhelm Meister op. 98a Nr. 1, 3, 5, 7, 9; Liebster, deine Worte stehlen op. 101 Nr .2; Lieder op. 104 Nr. 1-6; Die Fensterscheibe op. 107 Nr. 2; Die Spinnerin op. 107 Nr. 4; Frühlingslied op. 125 Nr. 4; Frühlingslust op. 125 Nr. 5; Tief im Herzen trag ich Pein op. 138 Nr. 2; Mädchen-Schwermut op. 142 Nr. 3
  • Wolf: Lieder Nr. 1, 2, 19-21, 28, 29, 40, 41, 43, 46 extr. Italienisches Liederbuch

Le son de la neige et Karl Böhm

À l’heure où j’écris  ces lignes, il neige de nouveau sur l’Ile de France et ma maison. J’imagine que ce nouvel épisode hivernal va encore faire la une des journaux télévisés (voir Paris centre du monde)

Oserai-je avouer que le spectacle de la neige, et plus encore le son de la neige, me fascinent aujourd’hui autant que lorsque j’étais enfant ? La rumeur de la ville ou des champs, les bruits de la vie comme tamisés par ce manteau immaculé, une atmosphère magique…. Evidemment la magie est moindre quand on doit se déplacer… ou subir les errements de conducteurs en déroute !

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On s’apprête à passer le week-end au chaud en découvrant le beau coffret qu’on avait commandé dès que le spécialiste incontesté du dit chef m’en eut prévenu – je veux parler de Remy Louis – : après trois coffrets plutôt concentrés sur les enregistrements symphoniques,

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Deutsche Grammophon propose un fort pavé consacré à Karl Böhmchef d’opéra.

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On aurait aimé saluer sans réserve cette initiative, mais le titre du coffret est trompeur : il ne s’agit pas de l’intégrale des « vocal recordings » de Karl Böhm, puisqu’il y manque rien moins que le fameux Ring capté à Bayreuth, et une rare Chauve-souris parue sous étiquette Decca avec la Rosalinde la plus lumineuse de la discographie, Gundula Janowitz.

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Mais, tel qu’il est, ce superbe coffret rappelle l’immense chef d’opéra que fut Karl Böhm, ses versions incandescentes de Lulu et Wozzeck, des Mozart certes plus classiques, moins aventureux que ceux de Gardiner ou Harnoncourt, mais jamais anodins ou banals – et quelles distributions ! – et bien sûr de légendaires Richard Strauss dont Böhm fut l’un des plus ardents et fidèles interprètes.

Tous les détails – oeuvres, interprètes -de cet « indispensable » de toute discothèque à voir ici : Karl Böhm chef d’opéra

Paris, centre du monde

Si vous ne vous en étiez pas encore rendu compte, vous savez depuis hier soir que Paris est le centre du monde.

Paris bloqué, Paris coincé, Paris prisonnier, parce que Paris enneigé, Paris en hiver !

La démesure du traitement de l’information météorologique atteint des sommets de… ridicule. Il neige sur le Massif central, dans les Vosges, ou dans les Alpes, le trafic routier, ferroviaire en est touché, personne n’en parle, ce n’est que la province. Mais Paris, la région parisienne….

Les Parisiens découvrent, en février, qu’on est en hiver, que la circulation devient plus compliquée, et c’est un événement mondial. Avec son cortège de « directs », tous ces malheureux naufragés de la route, et même un ancien premier ministre qui twitte de rage sur le retard pris par son TGV. À vrai dire, il est scandaleux que ni le président Macron ni son gouvernement n’aient pris les mesures nécessaires pour détourner la neige de la région parisienne…

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Ces photos ont été prises… il y a exactement 5 ans. Histoire de rappeler aux oublieux que la neige peut tomber en hiver sur la capitale.

Qu’ensuite, on puisse pointer des dysfonctionnements, une mauvaise information, il appartiendra aux responsables de les prendre en considération, de les corriger, mais de grâce qu’on garde un tant soit peu le sens de la mesure dans le traitement de l’information. Voeu pieux je sais !

Un peu de musique pour oublier ces tourments…

Every time I look down on this timeless town
Whether blue or gray be her skies.
Whether loud be her cheers or soft be her tears,
More and more do I realize:
I love Paris in the springtime.
I love Paris in the fall.
I love Paris in the winter when it drizzles,
I love Paris in the summer when it sizzles.
I love Paris every moment,
Every moment of the year.
I love Paris, why, oh why do I love Paris?
Because my love is near. (Cole Porter)
Une dernière photo prise aujourd’hui… à Montpellier (où l’on a aperçu quelques flocons hier soir)
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Les sans-grade (VII) : les Belges oubliés

Une discothèque n’est pas un lieu ni un objet immobile, où l’on vient empiler disques, et coffrets. La mienne est en perpétuelle évolution, pas tant parce que j’achèterais beaucoup de disques, mais surtout parce que de nouvelles acquisitions – en général des coffrets récapitulatifs – viennent remplacer des CD isolés ou des éditions incomplètes.

Il est vrai aussi qu’il m’arrive de ranger des disques sans les avoir complètement écoutés, en les réservant pour plus tard – c’est surtout vrai pour de gros coffrets comme il en sort beaucoup ces derniers mois. Comme celui qui a été consacré au chef belge André Cluytens (voir Franco-belge)

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Au gré de mes rangements, je redécouvre ainsi des versions, des interprètes, comme ces deux chefs d’orchestre dont on trouve encore les noms sur pas mal de pochettes, qui ont en commun d’être nés Belges comme Cluytens , d’avoir été contemporains, d’être morts jeunes et d’être complètement oubliés en dehors de leur pays natal : Edouard van Remoortel (1926-1977) et André Vandernoot (1927-1991).

 prend ses premières leçons auprès d’un ami de Pierre Fournier, le violoncelliste et  pédagogue belge Jean Charlier qui le prépare idéalement au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles et aux cours de l’illustre Gaspar Cassadó. Mais c’est la direction d’orchestre qui l’emporte sur l’instrument, après que le jeune musicien a suivi les cours d’Antonio Guarnieri, Alceo Galliera et Josef Krips.

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Van Remoortel va diriger entre autres l’Orchestre National de Belgique et l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg dès 1951, l’Orchestre Symphonique de Saint-Louis de 1958 à 1962, l’Orchestre National de l’Opéra de Monte-Carlo de 1964 à 1970, puis comme chef invité l’ à partir de 1974.

Je connaissais son nom grâce aux disques qu’il avait signés comme accompagnateur des violonistes Henryk Szeryng et Ivry Gitlis.

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La discographie d’Edouard van Remoortel est malheureusement à l’image de sa brève carrière et surtout disponible en téléchargement.

Son confrère André Vandernoot n’a guère laissé plus de traces discographiques, et comme Van Remoortel, si son nom apparaît encore sur certains disques, c’est comme accompagnateur. Lire le beau portrait que Le Soir consacra au chef belge au lendemain de sa mort prématurée en novembre 1991 : Il racontait la musique aux enfants.

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Pendant mes années liégeoises, j’avais entendu parler de Vandernoot, de son fichu caractère, et surtout de son combat – perdu – pour sauvegarder l’orchestre symphonique de la RTBF.

Ferras, Cziffra Gilels ont eu la chance d’être servis par le jeune Vandernoot, dans Mozart, Beethoven, Tchaikovski, Liszt…

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On arrive à trouver chez les disquaires d’occasion des témoignages symphoniques :

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Mais surtout – c’est un double CD que j’ai vraiment redécouvert dans ma discothèque – une compilation Manuel de Fallaoù l’on retrouve deux versions exceptionnelles, mais jamais citées comme des références, d’une part de L’amour sorcier – avec André Vandernoot justement, Oralia Dominguez et le Philharmonia des grandes années, d’autre part Le Tricorne dirigé par Artur Rodzinski avec le Royal Philharmonic, dans une superbe stéréo.

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Pour les deux chefs, l’offre de téléchargement est heureusement plus importante : on signale en particulier une très belle captation de Vandernoot avec l’orchestre de la RTBF, de La nuit transfigurée et de Pelléas et Mélisande de Schoenberg.