Retour à Amsterdam

Pas de concert durant ce bref séjour à Amsterdam. Un cadeau de ma famille pour mes 70 ans. Le début des vacances scolaires était le moment propice pour s’échapper des horreurs parisiennes et françaises.

Je n’étais pas revenu dans la capitale néerlandaise depuis le 31 juillet 2014 et un concert très spécial au Concertgebouw où l’orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé par Fayçal Karoui, avait accompagné Isabelle Georges et Frederik Steenbrink dans une version XXL de Broadway symphonique qui a fait une belle carrière depuis !

Je suis souvent venu à Amsterdam avant et pendant mes années liégeoises, mais c’est toujours un bonheur renouvelé que de faire découvrir aux plus jeunes ces rues, ces quais, ces canaux si caractéristiques, malgré la foule. Cet accueil toujours avenant et sympathique dans le plus modeste des cafés, dans des restaurants qui font confiance à leurs clients qui réservent une table de six couverts.

Sur le Dam, le Palais royal qui ne paie pas de mine…

Le charme si prenant des canaux des beaux quartiers du centre d’Amsterdam.

Il est vrai qu’en ce dimanche soir, à Amsterdam, il était difficile d’imaginer les scènes de guerre qui se déroulaient à Paris et dans les grandes villes françaises…

Ce lundi, c’était la journée musées. Une découverte pour les plus petits, une redécouverte pour les plus grands.

D’abord le Rijksmuseum. Du monde bien sûr mais sûrement pas pire qu’au Louvre en cette période de vacances scolaires. Avec quelques scènes amusantes, des gens agglutinés devant une copie… photographique de La Ronde de nuit de Rembrandt, en cours de restauration dans la salle adjacente…

Et bien sûr un groupe plus occupé à prendre des photos qu’à regarder de près La Laitière de Vermeer, et les deux autres toiles du maître de Delft.

Quant au musée Van Gogh, je savais déjà que ce n’est pas le meilleur endroit pour voir les plus beaux chefs-d’oeuvre du peintre enterré à Auvers-sur-Oise. Mais une exposition temporaire sur James Whistler ne manquait pas d’intérêt et la présentation pédagogique de l’oeuvre de Van Gogh et de certains de ses contemporains est plutôt bien faite.

On aura évidemment apprécié ces quatre toiles peintes durant l’ultime séjour de Van Gogh à Auvers, à l’été 1890.

Van Gogh : Le jardin de Daubigny (1890)

Van Gogh : Paysage au crépuscule (1890)

Van Gogh : Champ de blé sous l’orage (1890)

Van Gogh : Vue d »Auvers (1890)

Ce lundi à Amsterdam, il faisait frais mais beau, et la balade dans les rues du centre jusqu’au béguinage après les deux musées n’était pas pour déplaire aux gambettes un peu ankylosées.

Cadeau

George Szell a réalisé quelques enregistrements avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam au début des années 60. Ce sont des trésors qui n’ont pas pris une ride.

Bientôt dans mes brèves de blog mes réactions aux événements du moment…

Sauvés des eaux : Boulez, Soëtens, Schwalbé, Pelléas et Mélisande

J’ai subi il y a quelque temps ce qu’on appelle un « dégât des eaux », une rupture spectaculaire d’un régulateur de pression qui a eu pour effet d’arroser violemment plusieurs étagères de ma cave, où j’avais entreposé des archives que je croyais de peu d’intérêt. Or parmi elles, des dossiers personnels, et surtout des lettres que je pensais avoir perdues.

En faisant le ménage après le passage de l’expert, je m’aperçois qu’une grande partie des correspondances que j’avais conservées se trouve dans ces tas plus ou moins trempés, au moins imbibés.

Le beau temps actuel m’a permis de faire sécher pas mal de ces documents. Même délavés ils sont encore lisibles plus ou moins partiellement.

Robert à 99 ans

On peut imaginer l’émotion qui m’étreint en retrouvant la correspondance échangée en 1996 avec un très vieux monsieur de 99 ans, le violoniste Robert Soëtens fréquemment évoqué sur ce blog (Années 20) et dont cette page Facebook relate la longue et riche carrière.

9 janvier 1996

Bien cher Jean Pierre Rousseau, Votre appréciation d’un début de lecture* me touche profondément et, sachant votre compétence, je ressens la sincérité de votre jugement qui s’y ajoute. Il est réconfortant de se savoir compris. Sans fausse modestie ni vanité je sais l’authenticité de ce que je raconte et l’utilité des références que j’apporte dans le temps. Je crois même avoir abandonné un peu trop d’anecdotes vécues. La crainte d’être trop long ! Ce serait à revoir avec l’éditeur si éditeur il y a ! J’avais un peu exploré du côté Van de Velde, mais il me dit ne pas éditer de biographie… sans n’avoir rien lu! Ne trouvez-vous pas que ma biographie n’est pas le but mais un fil conducteur et qu’il s’agit plutôt d’informations et d’histoire vécue ? Soyez indulgent pour les fautes de rédaction et de frappe que je découvre sans cesse et donnez moi vos opinions « sans complaisance« 

*Soëtens évoque là ses Mémoires dont il m’avait remis un exemplaire tapuscrit, dont j’ai plusieurs fois reproduit des extraits. Mais impossible de remettre la main sur ce si précieux document. L’ai-je prêté à quelqu’un qui ne me l’a pas rendu? S’est-il égaré dans un déménagement ? Il doit en exister d’autres exemplaires et si parmi mes lecteurs, certains disposent de ces Mémoires ou savent où les trouver, je suis preneur !

Les remerciements de Pierre Boulez

J’avais complètement oublié ce message que m’avait adressé Pierre Boulez à la suite de la journée que j’avais organisée le 19 février 1995 sur France Musique pour son 70e anniversaire.

Je suis évidemment d’autant plus furieux de le retrouver dans cet état et même si l’intelligence artificielle fait des miracles, elle ne peut pas restituer complètement ce manuscrit qui me touche profondément. Si j’ai bien lu entre les lignes, Pierre Boulez s’excuse – comme toujours avec une infinie courtoisie – du retard qu’il a mis à me remercier – sa correspondance à en-tête de l’IRCAM, est datée du 24 mars 1995. Grâce à l’IA j’ai pu reconstituer la fin du message :

« Excusez-moi encore de ce retard apporté à vous remercier ; c’est néanmoins de tout cœur que je le fais et que je vous envoie mes souvenirs très amicaux.« 

Signé : Pierre Boulez, directeur honoraire de l’IRCAM

Un Disques en lice exceptionnel

Le 30 novembre 1988, François Hudry consacrait un Disques en lice (lire Une naissance) exceptionnel au chef-d’oeuvre de Debussy Pelléas et Mélisande avec des invités tout aussi exceptionnels, les légendaires interprètes de la version historique de Roger Désormière, Irène Joachim (1913-2001) et Jacques Jansen (1913-2002), auxquels s’était joint Hugues Cuénod !

Je me rappelle, comme si c’était hier, ces deux artistes, assis l’un à côté de l’autre, et Jacques Jansen disant à Irène Joachim à la fin de cet extrait : « Embrasse moi ». Autour de la table, à commencer par François Hudry, nous étions submergés par l’émotion…

Je ne me rappelais plus, en revanche, avoir gardé dans mes archives, cette dédicace :

La rencontre avec Michel Schwalbé

Pour fêter ses 70 ans, le légendaire violon solo de l’orchestre philharmonique de Berlin, Michel Schwalbé (1919-2012) avait beaucoup insisté pour que la radio et la télévision suisse romande lui consacrent des émissions, puisque c’est en Suisse, à Genève, et grâce à Ansermet, à l’Orchestre de la Suisse Romande, qu’il avait trouvé refuge pendant la Seconde Guerre mondiale.

J’avais alors, le temps d’une saison, une émission sur Espace 2, sobrement intitulée Rencontre, où je laissais mon invité dévider ses souvenirs, se livrer en toute intimité. C’est ainsi que je reçus Michel Schwalbé, avec qui je réalisai une série d’entretiens, tant la matière était dense et riche. C’était à l’automne 1989, et j’ai retrouvé cette lettre envoyée par le violoniste à l’un de ses chers amis genevois Pierre Sciclounoff, lettre qui m’avait été transmise par le directeur de la télévision de l’époque, Guillaume Chenevière.

De nouveau, je ne me rappelais absolument pas avoir conservé ce document. D’autant plus émouvant que Schwalbé écrit cette lettre sous le choc de l’annonce de la mort de Karajan le 16 juillet 1989.

Cadeau

Ce duo de la Veuve joyeuse formé par Jacques Jansen et Denise Duval est juste irrésistible

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog

Dudamel le New Yorkais

Dans une vie de mélomane, les week-ends comme celui que je viens de vivre sont plutôt rares. Pour Bachtrack, j’ai eu la chance de « couvrir » les deux concerts que donnaient le New York Philharmonic et Gustavo Dudamel à la Philharmonie de Paris.

Gustavo Dudamel fait saluer la compositrice Tania Leon (@JPR)

Vendredi soir, c’était une création de Tania Leon, et une Cinquième symphonie de Mahler qui n’a laissé personne indifférent (lire L’étonnante Cinquième de Mahler de Dudamel et du New York Philharmonic). Si je devais résumer plus brutalement que je ne l’ai écrit, j’ai admiré, je n’ai pas aimé. Je peux concevoir que le public, celui de New York comme celui de Paris, aiment ce Mahler aux couleurs franches et puissantes, cette démonstration d’orchestre assez époustouflante, ce n’est pas le Mahler qui me parle.

Les New Yorkais et Mahler

Les New Yorkais ont appris leur Mahler avec Bernstein, et la première intégrale des symphonies que celui-ci réalise avec eux au début des années 60

puis repris avec Zubin Mehta

Avec Lorin Maazel on tombe dans le surjoué, le rubato insensé dans une partition où tout est pourtant écrit de la main du compositeur

Quand j’évoque l’approche « objective » de Gustavo Dudamel, on peut en avoir un aperçu avec cette captation réalisée à Berlin.

Le vrai Prokofiev

À chaque fois que j’écoute la 5e symphonie de Prokofiev, j’éprouve le même sentiment : 1er et 3e mouvements imbuvables, 2e et 4e la quintessence du génie du compositeur de Roméo et Juliette et de Cendrillon. Samedi soir, chapeau bas pour Dudamel et ses musiciens (De douleur et d’espoir avec Dudamel et le New York Philharmonic)

Tout était déjà dans ce « live » de 2007 :

La transfiguration des morts

Mais le plus fort souvenir qui me restera de ces deux soirées est la pièce de John Adams commandée par le New York Philharmonic comme un mémorial du 11 septembre 2001. On the Transmigration of Souls m’a bouleversé comme tout le public de la Philharmonie et pour une fois personne n’a interrompu par des applaudissements intempestifs le recueillement qui a conclu l’interprétation de Dudamel, de ses New Yorkais et des choeurs de l’Orfeo Catala.

J’en profite pour signaler que dans le récent coffret Warner qui regroupe les enregistrements réalisés par Lorin Maazel pour EMI, Columbia et même Nonesuch, il y a la toute première version de l’oeuvre créée en 2002 par celui qui était alors le chef de l’orchestre philharmonique de New York.

Cadeau

Gustavo Dudamel est tellement associé dans l’imaginaire collectif à ce jeune homme fougueux qui tire des miracles de son orchestre des jeunes Simon Bolivar, que le cadeau du jour s’impose.

Et toujours mes brèves de blog pour les bonheurs ou les malheurs du moment !

Sonates d’automne : Pletnev, Piemontesi, Tiberghien, Pilsan…

La légende Pletnev

C’était jeudi soir à Radio France, Mikhail Pletnev jouait le 2e concerto de Chopin. Qui joue aujourd’hui comme ça, comme lui ? Singulier il est, singulier il reste, et c’est très bien ainsi. C’est ce que j’ai écrit pour Bachtrack : Vers l’extase

Je rappelle le coffret de ses premiers enregistrements « occidentaux » (lire Les sorties de la rentrée)

On peut réécouter ce concerto sur Francemusique.fr.

Pas de déception avec Piemontesi

C’est peu dire que j’avais été déçu par Lukas Sternath remplaçant Daniil Trifonov dans le 1er concerto de Brahms à la maison de la Radio le 16 septembre dernier.

Un pianiste, en revanche, qui ne me déçoit jamais, disque après disque, c’est Francesco Piemontesi.

Le duo d’amour

Voilà une bonne série d’années que je suis ce duo, que je n’ai jamais entendu réuni sur scène, mais souvent séparément (surtout pour Cédric Tiberghien). Quelle belle idée de la part d’Hyperion d’avoir publié ce coffret tout Mozart. Oui c’est bien la référence moderne de ce répertoire. Alina Ibragimova et Cédric Tiberghien font de la plus petite pièce un chef-d’oeuvre.

Les études d’Aaron P.

C’est un jeune trentenaire que j’ai appris à connaitre en le suivant sur les réseaux sociaux. Je n’ai encore jamais entendu Aaron Pilsan en concert, mais j’ai tendu l’oreille quand j’ai vu qu’à son tour il livrait sa vision des Etudes de Chopin.

C’est la conception d’un poète et j’aime ce Chopin-là.

Réécouter Badura Skoda

Le marché de l’occasion a du bon: je vais réécouter Paul Badura Skoda jouer Mozart. Je ne peux pas être déçu…

Burlesque belge

J’ai connu Plamena Mangova comme une des lauréates du Concours Reine Elisabeth et admiré la passion qu’elle mettait à se faire une place dans le concert des grands interprètes. Pas toujours facile, même bardé de prix. Ce disque de 2008 rappelle aussi le passage du grand Walter Weller à la tête de l’Orchestre national de Belgique.

Cadeau

Indépassable ce témoignage pour l’éternité d’Artur Rubinstein dans son grand âge…

Et dans mes brèves de blog mes réactions à l’actualité..

Le concert mystère

Je suis depuis longtemps un fan inconditionnel de Gérard Hoffnung (lire La musique pour rire).

Son « concerto popolare » dans sa version initiale :

Et repris lors d’un concert des Prom’s en 2011 sous la direction d’Andrew Litton :

Le concerto des adieux

C’est évidemment à cela que j’ai tout de suite pensé quand j’ai découvert, le 3 octobre 2014, la surprise que m’avait faite l’orchestre philharmonique royal de Liège à l’occasion d’une soirée elle aussi surprise pour marquer mon départ de la direction de l’orchestre.

J’ai retrouvé tout récemment un CD qu’on m’avait remis à l’issue de la soirée et qui comportait entre autres la captation d’une pièce spécialement composée pour l’occasion par le génial Cyrille Lehn à partir d’une douzaine de citations de musiques qui m’avaient touché particulièrement au cours de mon mandat. C’est tout simplement bluffant :

Dans l’ordre – qu’on admire d’abord l’habileté, la qualité.. et l’humour des enchainements ! –

  • Le début du Sacre du printemps (et le prodigieux basson de Joanie Carlier) parce que le chef-d’oeuvre de Stravinsky a ponctué mes années liégeoises, avec Louis Langrée bien sûr et Pascal Rophé pour un projet extraordinaire en mars 2007 à la Caserne Fonck où les artistes de la compagnie Heddy Maalem dansaient sur le même plateau que l’orchestre. Inoubliable
  • La vie en rose. Oui j’aime Edith Piaf et La vie en rose, quelle originalité ! Mais bravo à Cyrille pour ces insertions inattendues de ce thème si célèbre (si on fait bien attention on l’entend à nouveau à la trompette bouchée après une citation de Chostakovitch). Et pour moi un souvenir très personnel : il y a une quarantaine d’années je dînais à Paris avec des amis chers dans un restaurant alors à la mode. A la table voisine, Grace Jones !

  • Mozart : Grande Messe en ut. En décembre 2001, une soirée inoubliable autour de Louis Langrée avec deux chanteuses à leurs débuts, Sophie Karthäuser et Céline Scheen.

  • Lalo : Symphonie en sol mineur (scherzo) : tout a déjà été dit et expliqué sur la présence de cet extrait dans cette composition. Ce fut aussi le premier disque publié de mon mandat. J’en suis toujours aussi fier.

  • Beethoven : Symphonie n°7. De nouveau c’est un souvenir lié à mes débuts à l’orchestre, lorsque nous étions en quête d’un nouveau directeur musical. Avant de prendre une décision, mon choix s’étant porté sur Louis Langrée, celui-ci voulait, à juste titre, « tester » ce que pourrait être sa relation à l’orchestre. L’un de ces programmes « d’essai » comportait la Symphonie n°104 de Haydn et la 7e symphonie de Beethoven.

  • Rachmaninov : L’île des morts. Rachmaninov est une de mes passions et j’aurai eu la chance de programmer à Liège ses trois symphonies, ses Danses symphoniques, ses pièces orchestrales plus rares, les quatre concertos pour piano et la Rhapsodie sur un thème de Paganini. Quant à l’Ile des morts ce fut un des marqueurs du festival symboliste voulu par Louis Langrée en mars 2005.

  • Mahler : Symphonie n°1. Un bon souvenir du trop bref passage de François-Xavier Roth à Liège, c’était le 27 novembre 2009 !
  • Franck : Le Chasseur maudit. L’un des tubes de l’orchestre, lorsqu’il ne joue pas la symphonie du père Franck ! Toujours spectaculaire en concert. Grands souvenirs avec Louis Langrée, notamment en tournée

  • Chostakovitch: Symphonie n°11. En mars 2001, avant même sa prise de fonction comme directeur musical, Louis Langrée avait choisi cette symphonie pour son premier concert d’abonnement avec l’OPRL. Nous partirons ensuite en Espagne avec elle, puis au théâtre des Champs-Elysées à Paris. Je n’ai depuis lors plus jamais entendu cette symphonie avec la même puissance d’émotion.

De toutes les versions que j’ai et que j’ai écoutées, l’incontestable référence reste Willi Boskovsky, parce que c’est la plus dansante, la plus allante, et la plus élégante.

  • Gigi l’amoroso / Dalida

En 2004, cinq ans après mon arrivée à la direction, il s’était murmuré que je serais rappelé à Paris. J’avais passé beaucoup de temps à démentir les rumeurs qui ne reposaient sur rien de sérieux. Mon équipe pour me remercier avec humour d’avoir choisi de rester à Liège avait concocté une chanson « Jipi l’amoroso » reprenant le tube de Dalida – qui m’a toujours ému et que je réécoute régulièrement…

  • Ravel : Boléro. Drôle de souvenir que le Boléro de Ravel qui aurait pu tout faire capoter par la faute d’une caisse claire partie dans le décor, un certain 18 juin 2000. Est-ce pour conjurer le sort que plus jamais par la suite l’OPRL n’a programmé le Boléro, et souvent préféré la 2e suite de Daphnis et Chloé, comme lors du concert du 50e anniversaire le 7 décembre 2010.

Cadeau : Puisque cet article réveille des souvenirs de mes années liégeoises, cette séquence captée à la Salle Philharmonique, trois chers amis livrant ce premier mouvement miraculeux du Trio l’Archiduc de Beethoven (une captation réalisée par JBR)

Et toujours mes brèves de blog, humeurs et rumeurs du jour !

Figaro ou la folle journée

J’ai adoré le Barbier de Séville de Rossini que j’ai vu le 20 septembre dernier à l’Opéra Bastille (je l’ai écrit dans Bachtrack : Le retour du pétulant Barbier de Damiano Michieletto).

J’ai beaucoup aimé La folle journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais que j’ai vu le 30 septembre au théâtre de la Porte Saint-Martin.

Je ne me rappelle pas avoir déjà vu sur scène la célèbre pièce de Beaumarchais, et c’est souvent troublant parce que la découpe des Noces de Figaro de Mozart la suit directement. Et que la musique manque plus d’une fois au spectateur si habitué à Mozart.

Le Figaro de Vincent Dedienne

On retrouve ici tous les ingrédients du succès du Chapeau de paille d’Italie de Labiche qu’on avait vu dans ces mêmes murs il y a trois ans. Vincent Dedienne est à nouveau le personnage central (Figaro) et pourtant, grâce à Beaumarchais d’abord, au même formidable metteur en scène Alain Francon, personne ne tire la couverture à soi et le spectacle répond à la lettre à l’objectif de Beaumarchais

« C’est une œuvre comique au rythme soutenu (la «folie» enfiévrée de la «Folle journée» illustre le comique de répétition, de mots ou de gestes: l’huissier glapit, se lève et rassied comme un pantin pour calmer l’audience; Brid’oison bégaie; jeu muet des pantomimes; «Goddam» de la scène 5 acte III; le comique de situation d’une pièce à surprises (quiproquos, péripéties cascadantes, coups de théâtre et rebondissements, déguisements, identités échangées); le comique de caractère (Brid’oison jugé incapable et sot: le procès qu’il anime est une parodie de justice; Bartholo médecin et avocat pédant, prétentieux, ridicule; bonne humeur générale de la pièce grâce à la fraîcheur du jeune, sympathique et délicieux Chérubin, aussi grâce aux danses qui animent la représentation: séguedille, fandango).

Cette comédie d’intrigues, de mœurs et de caractères rencontre aussi le drame bourgeois préfiguré par Molière, théorisé par Diderot (où les problèmes de société, les questions d’argent, d’âge et de mariage, les différences entre les classes sociales et les générations, s’enracinent dans la trivialité et le langage de la vie quotidienne, avec un souci de vérité et de réalisme, de la matérialité de la «vraie vie» surgissent la question sociale, le questionnement moral, voire le pathétique). Dans la lignée de Molière, c’est aussi une comédie de maître et de valet, avec un jeu de miroir déformant entre les deux caractères et positions »

Alain Françon suit le texte et les indications de l’auteur à la lettre en ajoutant sa propre fantaisie, ainsi que de brefs inserts musicaux joués.merveilleusement par Florianne Bonanni (au violon) et Julia Sinoimeri (accordéon). Saluons Vincent Dedienne (Figaro), Ana Blagojević (Suzanne), Micha Lescot (le comte Almaviva), Alix Poisson (la comtesse Almaviva), Noémie Lvovsky (Marcelline), Nemo Schiffman (Cherubin), impossible de tous les citer…

Quel Barbier ?

Après ces deux spectacles, l’envie est forte de revenir visiter sa discothèque pour y retrouver quelques piliers solides, d’abord du Barbier de Séville de Rossini.

Il y a Abbado deux fois, et cette première célèbre version de 1972.

Il y aura une seconde version grand luxe côté cast avec l’orchestre de chambre d’Europe, mais je n’arrive pas à faire de l’une ou l’autre une de mes favorites. Trop sage ?

Vient ensuite l’une de ces versions qu’on trouve en série économique, qu’on écoute distraitement… et bien à tort. La conduite du chef Bruno Bartoletti (1926-2013) est un modèle du genre. Quant à son « cast », on ne peut imaginer plus opposées dans le rôle de Rosine que Gianna d’Angelo ici et Teresa Berganza chez Abbado.

Je n’écoute pas souvent cette version dirigée par Riccardo Chailly, c’est un tort sans doute. Mais quand Marilyn Horne s’empare d’un rôle où elle a triomphé au Met (je l’y ai vue en 1989 dans une mise en scène kitschissime), on rend les armes (mais je ne suis pas objectif, je suis un fan de toujours de la chanteuse américaine nonagénaire.

Faut-il évoquer une autre version « mythique », celle d’Alceo Galliera dont évidemment la tête d’affiche a fait la célébrité ? (Lire Seconds couteaux)

J’ai beaucoup de tendresse pour cette version qui évoque la légende d’un lieu et d’un festival – Glyndebourne – et bien sûr la si touchante Rosine qu’incarne Victoria de Los Angeles, et un chef Vittorio Gui (1885-1975) qui en a fait les beaux soirs!

Il faudra que je rejette une oreille à cette version de James Levine malgré (ou à cause de) Beverly Sills.

Neville Marriner chef de théâtre ? Dans Rossini ? Etait-ce un « Disques en lice » (la défunte tribune de la Radio suisse romande – lire Une naissance) ou une Tribune de France Musique ? Tout le monde avait été heureusement surpris de découvrir cette version du Barbier, à laquelle je reviens régulièrement.

Quelles Noces ?

Pour les Noces de Figaro de Mozart, je ne m’aventurerai pas à faire des comparaisons, encore moins des préférences/références entre les versions qui sont présentes dans ma discothèque : Abbado, Barenboim, Böhm, Davis, Fricsay, Gardiner, Giulini, Harnoncourt, Karajan, Erich Kleiber, Klemperer, Mackerras, Mehta, Muti, Östman, Solti.

J’ai omis dans cette liste un nom qu’on a, comme par hasard, déjà cité pour le Barbier de Séville, Vittorio Gui qui grave à Glyndebourne en 1956 (et en stéréo !) une version que je ne cesse de redécouvrir et d’admirer. Même si Muti, Giulini, Karajan…

J’ai une autre raison d’être ému à l’écoute de cette production de Glyndebourne : le double souvenir de récentes Noces parisiennes dirigées par Louis Langrée au Palais Garnier et de celles qu’il dirigeait il y a un quart de siècle…. à Glyndebourne.

Cadeau

Rien à voir ni avec Mozart ni avec Rossini ou Beaumarchais, ce poème symphonique de Franck – Les Éolides – dans la version miraculeuse de Willem van Otterloo avec le Concertgebouw

et toujours quelques brèves de blog pour capter l’air du temps !

Trois A du piano : Anda, Ashkenazy, Ax

Ça me prend à intervalles réguliers de revisiter ma discothèque, pour parfois y retrouver des versions oubliées, ou au contraire revenir à des artistes qui me sont chers et que j’ai un temps délaissés. J’ai donc commencé par la lettre A…

Géza Anda (1921-1976)

Ce pianiste né hongrois naturalisé suisse l’année de ma naissance, que je ne connais que par le disque, tient une place particulière dans mon panthéon personnel. Plusieurs occurrences sur ce blog en témoignent. J’ai bien entendu tous ses enregistrements officiels, mais je préfère le plus souvent ses « live », parce qu’il y a dans son jeu, dans son énergie, dans sa poésie, ce quelque chose que le studio restreint chez de telles personnalités

Du 2e concerto de Brahms, il a laissé à chaque fois des versions proches de l’idéal, puissantes, libres comme cette Hongrie qui fascinait tant le natif de Hambourg.

Géza Anda n’a jamais enregistré le 1er en studio. Il y a un « live » passionnant avec Jochum à Amsterdam, malgré un début inhabituellement chaotique pour le Concertgebouw…

Je chéris entre toutes ses Etudes op.25 de Chopin captées à Ascona (Suisse italienne) en 1965. J’ai malheureusement perdu le CD trouvé jadis dans une boîte à disques bon marché.

Je n’ai jamais plus entendu vision, version, plus poétique, en particulier dans la première étude de l’opus 25.

Et puis il y a des disques mythiques qui, comment dire, n’ont pas forcément bien vieilli. Comme de double concerto de Mozart enregistré l’année du bicentenaire de la naissance du compositeur, et il faut bien le dire plombé par la direction poussive et bien peu alerte d’Alceo Galliera. Même nos deux pianistes ont l’air de s’ennuyer..

Si l’on veut retrouver l’immense mozartien que fut Geza Anda, c’est vers cette intégrale des concertos qu’on peut revenir avec toujours le même émerveillement.

Vladimir Ashkenazy

Bientôt nonagnénaire, le pianiste russe naturalisé islandais n’a cessé de m’intriguer. Je me suis un peu forcé à parcourir ce coffret paru il y a quelques années, qui a l’avantage de célébrer Vladimir Ashkenazy comme pianiste et comme chef d’orchestre.

J’ai beau chercher je ne trouve aucun de ses disques en soliste passionnant ou particulièrement remarquable, dans Beethoven, Chopin ou Schumann, c’est un peu mieux dans Prokofiev, Rachmaninov ou Scriabine.

Même ce disque présenté comme « légendaire » me paraît très en-deçà de ce que j’attends, j’entends, dans Rachmaninov. Le début du 3e concerto est d’un ennui abyssal.

En revanche, Ashkenazy chef d’orchestre est autrement plus intéressant, séduisant même, surtout quand il a peur partenaires le Concertgebouw d’Amsterdam ou Cleveland.

Ou qu’il accompagne son ami de toujours, le merveilleux Boris Belkin, dans Sibelius, Prokofiev, Chostakovitch ou Tchaikovski…

Emanuel Ax

Le pianiste américain n’est pas rare à Paris, mais il n’a pas ce statut de star que sa longue et belle carrière et son talent pourraient lui octroyer. Mais il est comme ça, modeste, presque timide, toujours chaleureux.

J’ai repris ce coffret de ses premiers enregistrements pour RCA.

C’est un piano toujours bien sonnant, stylistiquement toujours juste, qui ne bouleverse certes pas la discographie de chacune des oeuvres abordées, mais qui mérite l’écoute et la réécoute

Il y a une affiche qui gagne haut la main le prix de la brièveté, quand le duo Ax-Ma se produit !

Cadeau

Ce n’est pas l’oeuvre la plus connue de Rachmaninov, c’est même sa toute première oeuvre, son Scherzo en ré mineur.

Dans mes brèves de blog humeurs et rumeurs du moment !

Leçons de chefs

L’un de mes regrets de mes années passées à côtoyer de près ou d’un peu plus loin des orchestres, à Genève (l’Orchestre de la Suisse romande), à Paris (l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France) ou à Liège, est de ne pas avoir eu ou pris le temps d’assister à plus de répétitions avec les chefs titulaires ou invités.

C’est pourtant la partie la plus passionnante du travail d’interprétation musicale, même si évidemment rien ne remplace le choc du concert, de la rencontre entre chef, orchestre et public.

Parmi les documents qu’on peut maintenant trouver sur YouTube, une sélection de mes « préférés »‘

Sir Thomas

L’humour, l’élégance, c’est Thomas Beecham (1879-1961)

Carlos Kleiber

L’inégalé, l’inégalable, le génial Carlos Kleiber

Karajan ou l’exigence impérieuse

Je tiens de Günther Herbig qui fut l’un de ses rares « élèves » à Berlin le souvenir d’un Karajan qui ne cédait jamais avant d’obtenir exactement le son, l’intention, qu’il souhaitait, mais aussi qui ne faisait jamais travailler que les points compliqués.

Riccardo Muti

Celui qui a récemment été fait chef émérite de l’Orchestre national de France est toujours dans l’exigence élégante.

Hermann Scherchen

La vieille école à tous points de vue, mais jamais là où l’on l’attend…

Carlo Maria Giulini (1914-2005)

Au bout de la musique, au fond des partitions. Toujours admirable.

Klaus Mäkelä

On a tout dit, tout écrit sur celui qui quittera la direction musicale de l’orchestre de Paris à la fin de cette saison. En l’écoutant, en le voyant répéter, on comprend les raisons de sa réussite (lire les articles que je lui ai consacrés sur Bachtrack)

Cadeau

C’est l’un des premiers disques en stéréo de Carlo Maria Giulini, un compositeur – Boccherini – auquel il n’est jamais revenu.

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog.

Entre le Bulgare d’hier et l’Ouzbek d’aujourd’hui

Se souvenir d’Alexis Weissenberg

Finalement je l’ai acheté ce coffret, ces 37 CD qui restituent l’intégralité des enregistrements du pianiste pour EMI, et même un disque de sonates de Haydn déjà paru dans un coffret RCA.

Pourtant la dernière prestation d’Alexis Weissenberg (1929-2012) à laquelle j’ai assisté en 1997 ou 1998 m’a laissé un souvenir terrible. C’était un concert organisé par une grande école parisienne avec je ne sais plus quel orchestre, c’était au Palais Garnier, et à force de pressions, France Musique avait été obligée de capter ce concert, dirigé par Yehudi Menuhin avec en soliste Alexis Weissenberg. Au programme figurait le concerto n°9 de Mozart, c’était mal parti le pianiste bousculait déjà le premier mouvement, mais le comble de la confusion fut atteint dans le rondeau final. Weissenberg avalait les notes et les traits à une telle vitesse qu’il était impossible pour Menuhin et l’orchestre de suivre le soliste. On eut donc ce résultat, digne d’un Tom and Jerry, avec un pianiste posant le dernier accord deux bonnes minutes avant l’orchestre. Nous étions plusieurs, assis dans la salle, à nous regarder effarés par un tel naufrage. Cela n’empêcha pas une salle d’invités d’applaudir à tout rompre…et les organisateurs de s’assurer que France Musique avait bien diffusé l’exploit en direct. Je leur expliquai que non ce n’était pas du direct et que pour la diffusion on aviserait ultérieurement….

Quelques années après, allant féliciter un pianiste qui venait de jouer au Théâtre des Champs-Elysées, je vis devant moi dans le couloir qui menait à sa loge, un très vieux monsieur tout voûté avançant à pas lents. Je mis un peu de temps à reconnaitre Alexis Weissenberg, qui était alors dans sa soxantaine. Ce n’est qu’après sa mort que j’apprendrai, comme le monde musical, l’un des secrets les mieux gardés, la maladie de Parkinson qui l’avait touché dès le début des années 80.

Mais Alexis Weissenberg je l’avais souvent vu à la télévision, merci le Grand Echiquier de Jacques Chancel (en particulier lors de cette soirée mémorable avec Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin (à voir sur ma chaîne YouTube). Et une première fois en récital à Poitiers. Je m’étais fait dédicacer son tout nouveau disque du 5e concerto de Beethoven dirigé par Karajan…

Je me rappelle des critiques sur ces concertos de Beethoven qui, étonnés par les bizarreries de la prise de son, se demandaient si le piano n’avait pas été enregistré séparément de l’orchestre, puis mixé pour le disque…

En réalité, Alexis Weissenberg est un artiste à part. Cette sorte d’objectivité, de droiture diront certains, dans l’approche des oeuvres, de Bach à Chopin, de Schumann à Ravel, surprend encore aujourd’hui ceux qui s’attachent à la qualité du son, ou à l’engagement du musicien dans l’oeuvre. Au moins ne risque-t-on pas la monotonie, même si on est plus d’une fois bousculé dans ses certitudes !

Une décennie après

Je me demandais l’autre soir à Liège où j’avais entendu pour la dernière fois le pianiste ouzbek Behzod Absudarimov.

Maintenant, grâce à ce blog, j’en retrouve la trace. C’était en 2015 dans le tout nouvel Auditorium de Radio France. Behzod faisait ses débuts parisiens dans le 3e concerto de Prokofiev.

« On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt « 

Dans le 1er concerto de Tchaikovski jeudi à Liège c’était, onze ans après, la même impression de « calme puissance » :

Intéressant de comparer ces deux visages du piano d’hier et d’aujourd’hui.

Cadeau

Plus personne aujourd’hui ne joue en concert la 2e symphonie de Borodine, ni ne l’enregistre plus. Dans la discographie de Carlos Kleiber, il y a cette archive prodigieuse de 1972.

Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog

Retour de Liège

Je n’aurais pas imaginé soirées plus contrastées que celles que j’ai vécues successivement mercredi à Paris et jeudi à Liège. Le 16 septembre c’était à l’Auditorium de Radio France l’Orchestre national de France dirigé par Gianandrea Noseda et en soliste, malheureusement pas Daniil Trifonov (critique à lire sur Bachtrack). Le 17 c’était à la Salle philharmonique le concert d’ouverture de saison de l’Orchestre philharmonique royal de Liège dirigé par son directeur musical Lionel Bringuier (lire Le choix d’un chef)

Un peu d’histoire

Quand j’ai été nommé à la direction générale de l’orchestre, le 1er octobre 1999 (lire Liège à l’unanimité), la grande salle du conservatoire, comme elle s’appelait depuis son inauguration en 1887 sur le boulevard Piercot, était en pleins travaux de rénovation/restauration. Les bureaux de l’orchestre étaient situés dans la rue Forgeur, parallèle, et l’orchestre donnait ses concerts dans l’église Saint Martin. J’eus donc pour première mission de veiller à la bonne fin des travaux, à l’aménagement des espaces de travail, pour le personnel, les musiciens, les équipes techniques (dans les premiers plans, on avait oublié beaucoup de monde…). Et le 8 septembre 2000 on rouvrit les portes de l’édifice, provoquant une ruée indescriptible des Liégeois, et une panne immédiate de tous les nouveaux ascenseurs ! Comme l’orchestre en devenait le seul et unique gestionnaire, on proposa de donner à la salle un nom qui s’imposait : Salle Philharmonique de Liège. Il ne fallut pas moins de vingt bonnes années pour que la nouvelle appellation entre dans les moeurs et supplante le « Conservatoire ».

Il fallut aussi se battre, au début avec trois ministères différents, pour que l’orchestre soit doté en conséquence de ses devoirs de gestion et d’entretien de cette salle qui continue à faire mon admiration et celle de nombre d’artistes qui s’y produisent et la choisissent pour leurs enregistrements. Pendant presque quinze ans, j’eus souvent le sentiment d’être bien seul à me coltiner avec les pouvoirs subsidiants, pour obtenir les financements nécessaires, signer des contrats-programmes à chaque fois en hausse. En discutant avec une partie de l’équipe avant-hier, j’ai constaté avec bonheur que l’OPRL est en excellente santé financière et culturelle. Il bénéficie depuis plusieurs années du système de tax Shelter que Didier Reynders, alors ministre des finances, avait instauré pour le cinéma au mitan des années 2000. Et de me rappeler un rendez-vous que j’avais pris avec le ministre liégeois dans ses vastes bureaux de la rue de la Loi à Bruxelles, pour lui suggérer d’élargir le système du tax Shelter au spectacle vivant, et évidemment en particulier à l’orchestre de Liège qui entamait un partenariat avec Walimages pour enregistrer des musiques de film. L’idée a fait son chemin… et de quelle belle manière !

Behzod et Lionel

Quel formidable concert ce jeudi soir ! Le 1er concerto de Tchaikovski et la 6e symphonie de Chostakovitch. Un pianiste admirable, la vraie virtuosité transcendante qui se la joue modeste, et un personnage si sympathique que cet Ouzbek de 36 ans – Behzod Abduraimov – qui nous donne en bis une Campanella de Liszt à tomber, comme si c’était la partition la plus facile à jouer après le déferlement tchaikovskien…

Et puis quelle idée géniale de choisir la « petite » 6e symphonie de Chostakovitch – plutôt que la 5e, la 8e ou la 10e qu’on nous sert régulièrement. J’ai déjà raconté ici (Pour Chostakovitch) la place très particulière qu’occupe cette symphonie dans mon coeur et mes souvenirs. J’étais impatient d’entendre et de voir ce que Lionel Bringuier et « son » orchestre allaient en donner. Ils m’ont fait, comme au public comble, le plus beau des cadeaux qui se puisse imaginer. Absolument admirable. La dernière fois que j’avais éprouvé pareille satisfaction ,c’était il y a trois ans à Radio France avec l’ami Santtu-Matias Rouvali

Quel bonheur surtout de retrouver un orchestre dans la plénitude de son énergie, de sa sonorité d’ensemble qui s’inscrit si bien dans l’acoustique exceptionnelle de la Salle Philharmonique !

Lors de la petite réception qui a suivi – où j’ai retrouvé nombre de visages amis – Lionel a eu la gentillesse de rappeler que je l’avais invité dès 2010 à venir diriger à Liège… et que pour de bonnes ou moins bonnes raisons, il avait dû attendre 2024 pour que ce projet aboutisse. Longue vie à cette magnifique équipe !

Je veux encore saluer la mémoire de Paul-Emile Mottard, dont je n’ai appris qu’avant-hier la disparition en juin dernier. Nous avions travaillé ensemble quelques mois à l’Orchestre, dont il fut l’un des responsables jusqu’à son élection en 2000 comme député provincial. Il avait été victime en 2013 d’un accident de santé qui l’avait laissé paraplégique mais il n’avait rien lâché de ses responsabilités politiques. J’ai pu dire ma compassion à son épouse Brigitte, elle aussi fidèle entre les fidèles de l’OPRL.

Cadeau

En 2010 pour les 50 ans de l’orchestre de Liège, nous avions imaginé ce coffret de 50 CD reprenant tous les enregistrements commerciaux faits depuis 1960. Comme l’un des premiers disques réalisés pour EMI par Paul Strauss, directeur musical de 1967 à 1977, qui reste la grande version de référence de Psyché de César Franck. (voir Ave César)