Vacances 2022 : Puccini à Torre del Lago

Le village toscan s’appelle, de son nom complet, Torre del Lago Puccini. C’est dire si tout ici repose sur la célébrité du compositeur Giacomo Puccini, né à quelques encablures, à Lucques (Lucca) en 1858 et mort à Bruxelles en 1924 des suites d’un cancer de la gorge.

Rien d’original ni dans l’architecture ni dans les monuments – inexistants au demeurant à l’exception d’une jolie église – n’attirerait ici le visiteur ni le touriste, sauf évidemment les très belles et longues plages qui vont de Torre del Lago à Viareggio. Et bien sûr la maison de proportions plutôt modestes que Puccini se fit construire au bord du lac en 1899.

Maison devenue musée mais restée dans son jus depuis un siècle, lorsque le compositeur déjà malade ne supporta plus les installations électriques en cours autour de sa maison et partit plus loin à Viareggio en 1921.

C’est d’abord le fils Antonio qui transforma l’une des pièces du rez-de-chaussée en chapelle dans laquelle il inhuma son père, puis suivit toute la famille, épouse et enfants de Puccini, jusqu’à la petite-fille Simonetta disparue en 2017 qui instaura une fondation qui porte son nom pour veiller à l’entretien et à la préservation du précieux patrimoine.

Il y a comme il se doit un festival Puccini sur place. On l’imagine du même type que le festival Rossini de Pesaro. La prochaine représentation est le 12 – Turandot je crois – mais je serai reparti. Avantage (ou inconvénient?) d’un ex-directeur de festival : je n’organise pas mes vacances en fonction des concerts ou des opéras qu’on donne dans mes villlegiatures. Si l’occasion se présente (Pesaro il y a deux ans) et que l’intérêt est là pourquoi pas ? Mais surtout pas de contrainte !

Et sur place trouvé un disque que je ne me rappelle pas avoir eu dans ma discothèque – à moins que ma mémoire discographique me fasse défaut – Jonas Kaufmann dans Puccini et ses contemporains.

C’est évidemment très beau mais le sombre métal dont est faite la voix de notre ténor allemand me surprend toujours dans ce répertoire où j’attends quelque chose de plus solaire alla Pavarotti.

Vacances 2022 : retour à Ambronay

Sur la route des vacances halte ce week-end dans l’Ain, et retour en des lieux jadis familiers où je n’avais plus eu l’occasion de remettre les pieds depuis presque trente ans !

Ambronay

Ambronay, c’est cette ancienne abbaye bénédictine dans l’Ain, où en 1980, un fou de musique – Alain Brunet – décida de créer un festival de musique baroque et une académie. Quarante-deux après, il en a abandonné la direction mais en préside toujours ce qui est devenu, en 2003, un Centre Culturel de Rencontres. J’ai rarement rencontré personnage plus passionné, obstiné, déterminé, qui a toujours fini par convaincre les meilleurs musiciens de le suivre dans son aventure.

Mes premiers souvenirs d’Ambronay sont des émissions de radio – la Radio Suisse romande n’est pas loin, et Disques en Lice, l’émission de critique de disques, aujourd’hui disparue, de la RSR, était venue au moins deux fois dans mon souvenir. Une fois, c’était Jordi Savall autour des suites de Bach. Une autre fois, avant un concert où nous devions entendre le Stabat Mater de Vivaldi, j’étais assis à la tribune à côté de Gérard Lesne. Dans l’écoute comparative à l’aveugle, le jeu consistait évidemment à essayer de reconnaître les interprètes. Ecoutant la version que nous ne savions pas être celle de Nathalie Stutzmann, Gérard Lesne comme moi étions incapables de discerner le sexe de l’interprète, homme ou femme, tant la voix de Nathalie portait une superbe ambiguïté.

Autre souvenir, cette fois comme directeur de France Musique, et dans le cadre d’un partenariat qu’Alain Brunet avait obtenu sans problème de ma part, mais avec les réticences d’usage de la technique de Radio France, j’étais revenu en 1994 notamment pour un concert de l’académie animée alors par William Christie, David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, qui révéla une jeune soprano qui allait faire son chemin : Patricia Petibon.

Je n’ai pu m’empêcher, revenant en ces lieux, de penser à l’ami Jacques Merlet, qui n’avait pas été le dernier à croire à l’aventure d’Ambronay et qui y installait ses quartiers d’automne. Il y a ainsi des ombres heureuses qui peuplent les mémoires et les pierres.

Pérouges

C’est pendant ce bref séjour de l’automne 1994 que je découvris Pérouges, à une vingtaine de kilomètres d’Ambronay, cette cité médiévale bien préservée. Un déjeuner à l’Hostellerie de Pérouges me fit côtoyer William Christie et son commensal. Quelques amabilités échangées. Ce fut le seul et dernier contact sympathique que j’eus avec ce personnage qu’il m’est arrivé d’apprécier comme musicien.

L’Hostellerie de Pérouges
Pérouges la porte Sud

Pour l’amour de Marilyn

Marilyn Monroe est morte il y a soixante ans, le 4 août 1962, et on en parle encore et toujours.

Je n’ai rien d’original à dire, sinon que je suis, comme quelques millions d’autres humains, un admirateur inconditionnel de l’actrice, de la chanteuse, et toujours fasciné par une personnalité plus complexe que l’image qu’elle-même et les autres ont donnée d’elle.

J’évoquais hier Michel Schneider (La comédie de la Culture). Le psychanalyste qu’il était ne pouvait pas passer à côté du « cas » Marylin, j’avais beaucoup aimé ce Marilyn dernières séances qui avait obtenu le prix Interallié en 2006.

Encore un bouquin à relire pendant ces vacances.

Mais je découvre que Michel Schneider avait préparé un nouvel ouvrage consacré à l’actrice américaine, dont la sortie est annoncée pour le 11 octobre prochain.

LES AMOURS DE MARILYN Cet amour, des millions de gens l’éprouvent encore soixante ans après sa disparition. Le secret de sa présence après tant de temps ? Marilyn est une sorte de miroir. Portrait d’une image brisée, Michel Schneider donne non pas la vérité de Marilyn Monroe mais éclaire d’un faisceau neuf ses vérités telles qu’elle les exprima en mots et en maux, au cours de sa vie amoureuse et sexuelle. Cet éclairage se résume en un nom : amour. Celui qu’elle ressentait pour certains êtres, et pour les animaux. Celui qu’elle inspira à quelques-uns. Celui que Michel Schneider lui porte à travers le temps (exemples d’entrées : Amour, amants, amis animaux, livres, mère, Montand…). Présentation de l’éditeur

On est évidemment impatient de découvrir ce beau livre.

L’hommage à M.S.

Sylvain Fort avait publié dans un hebdomadaire bien connu un merveilleux texte d’hommage à Michel Schneider, auquel les non-abonnés n’avaient pas accès. L’auteur de cet hommage ayant révélé ce texte sur sa page Facebook, on s’autorise à le reproduire ici. Avec une admiration encore renforcée pour celui qui a disparu le 22 juillet dernier.

« Nous avions Michel Schneider, et nous ne le savions pas. Je dis « avions » parce qu’il nous a quittés le 22 juillet dernier, discrètement. Je dis, « nous ne le savions », parce que sa place dans notre paysage littéraire et intellectuel n’a pas été, je pense, justement estimée.

Bien sûr, il était là, visible, actif, à certains égards même répandu. On le voyait à la télévision, on le lisait dans Le Point, il recevait des Prix littéraires. Je crains cependant que trop souvent il n’ait été vu comme un esprit fin, anticonformiste certes, mais enfin accroché malgré tout à ces grandeurs d’établissement qui permettent d’épingler sur le liège social le spécimen humain, afin de ne plus l’en déplacer, en se disant qu’on saura où le trouver, à quoi l’assigner : l’ENA, la Cour des Comptes, la psychanalyse, la critique littéraire…

En réalité, il n’était pas là. Il vivait dans son exil intérieur, dont la matière première était la nuit. L’oubli, le souterrain, l’obscurité, le secret étaient son élément. Il ne tentait pas de ramener à la lumière ce qui était caché, mais d’inventer une langue pour dire le secret. Il traquait l’absence et le deuil. Il écrivait « dans le noir » : titre d’un de ses essais récents (Écrit dans le noir, 2017) fouillant la part d’ombre, la conscience nocturne, de ces écrivains immenses dont il s’était choisi la compagnie, de Chateaubriand à Proust.

Par des amis communs, j’aurais pu le rencontrer, discuter. Je n’ai jamais osé, parce que, lecteur depuis mes dix-sept ans du moindre de ses livres, je ne voyais pas au nom de quoi je lui aurais arraché une conversation forçant sa discrétion, et exposant à la lumière banale d’une conversation mondaine l’épaisseur de nuit secrète où il avait installé sa pensée et son œuvre.

J’insiste : nous n’avons pas assez su qu’en Michel Schneider nous disposions d’un esprit que nous pouvons comparer aux meilleurs intellectuels issus de la haute culture Mitteleuropa (Magris, Steiner, Canetti), mais surtout à l’un de ces intransigeants qui ne nous menait jamais où il nous plaisait d’aller, mais là où nous ne savions pas pouvoir aller. Dans les labyrinthes de ses écrits baignés d’ombre, nous rencontrions plus souvent peut-être que nous n’aurions aimé la mort, l’oubli, la blessure du temps, la solitude, dont il détaillait la subtile mécanique dans une langue insinuante, miroitante, semblant issue de l’expérience de mille vies.

Ses livres sur la politique traquèrent les fictions morbides du pouvoir. Son bref essai Miroir des Princes, narcissisme et politique (2013) examine cliniquement la fascination des politiques pour leur reflet dans tous les miroirs qu’on leur tend : mais par-delà l’usage de la psychanalyse, on sent constamment dans la rigueur incisive de la réflexion, dans le maniement précis du scalpel de la langue, le rayonnement sombre d’une morale. Son étude minutieuse d’épisodes du jeu de miroirs de la vie politique font songer à La Rochefoucauld ou Racine plus qu’à Freud. Aussi ne fus-je pas étonné qu’il consacrât un de ses plus beaux textes à Pascal (2016), osant cet aveu : « si je ressens, le lisant et écrivant sur lui, la sensation amère et pénétrante qu’il a écrit ce que j’aurais dû écrire, je n’ai pas la folie de croire que j’aurais pu écrire ce qu’il a écrit, ni aimé l’avoir écrit ». Nous n’avons pas assez su que Michel Schneider était, aussi, un descendant de Port-Royal.

Traquant les doubles fonds du langage et les mirages de notre condition, il aurait pu aussi céder à une forme de relativisme sceptique. Or, il fut hanté par la certitude du sens, et c’est la musique qui lui en communiqua la plus vive sensation. Il alla en sonder l’énigme dans les parages les plus dérobés, faisant sienne la conviction de Nietzsche que la musique était un « art de la nuit ». Il fut de ceux qui disaient le mieux la musique, parce qu’il entendait en elle, jusque dans sa folie aphasique, le murmure d’une vérité humaine. Il consacra deux livres à Schumann, dont La Tombée de la nuit, qui est peut-être un des deux ou trois livres les plus éblouissants sur la musique qu’il m’ait été donné de lire : cette exploration des démons de Schumann est une descente à l’abîme dont on sort vainqueur à la manière du Desdichado de Nerval. Comment, dès lors, aurait-il supporté le nihilisme faraud de Pierre Boulez ?

A présent qu’il n’est plus, il est temps encore de savoir que nous l’avions, et tous ses livres font que nous l’aurons pour longtemps, ce qui en somme est une forme supérieure de joie. » (Sylvain Fort)

La comédie de la culture

Non je ne vais pas commencer à balancer sur ce qui fut – et reste très largement – mon milieu, mon terrain de jeu, pendant presque quarante ans (Libre) !

Le titre de ce billet est une référence et un hommage à un personnage très singulier, Michel Schneider (1944-2022) disparu le 22 juillet dernier, et à son ouvrage La comédie de la culture paru il y a presque trente ans.

Je l’avais lu, dégusté, savouré, à sa sortie, d’abord pour la qualité de l’écriture de celui qui fut le directeur de la musique et de la danse du ministère de la Culture de 1988 à 1991, et son redoutable talent de polémiste que les téléspectateurs purent découvrir un soir qu’il était invité chez Bernard Pivot dans Bouillon de culture. Pierre Boulez n’y révéla pas son meilleur visage…

Altercation entre Michel Schneider et Pierre Boulez

Je suis en train de relire l’ouvrage, en téléchargement puisque j’ai perdu l’original, il n’y a pas une ligne à changer, ni même à actualiser. Michel Schneider, en 1993, écrivait, décrivait un état des lieux avec infiniment plus de pertinence et de justesse que je ne l’avais fait dans un billet ici, qui m’avait valu quelques reproches, à l’orée de la campagne présidentielle de 2017 : L’Absente.

Le résumé que faisait l’auteur lui-même de son essai sur la quatrième de couverture ne traduit qu’imparfaitement l’essence et le sens de ce livre. Il faudrait pouvoir citer des passages entiers, les flèches décochées aux puissants du jour, ceux d’hier comme d’aujourd’hui.

« Il y a en France un ministère de la Culture, singularité dans une démocratie. Depuis 1981, ses interventions se multiplient : événements, marchandises, consommations, la culture semble diverse et vivante. N’est-ce pas l’inverse ? La fièvre indique un malaise. Au-delà d’une critique de la culture de cour, avec ses mœurs, grimaces, travers et ridicules, il faut analyser les tensions qui toujours existent entre art et politique, culture et pouvoir. Car, menée par la gauche ou la droite, la politique culturelle recèle des risques. Les arts ont peut-être le ministère qu’ils méritent, et le ministère les artistes qui le justifient. Que l’art divorce d’avec le sens, la forme, le beau, qu’il ne dise plus rien à personne, qu’il n’y ait plus d’œuvres ni de public, qu’importe, du moment qu’il y a encore des artistes et des politiques, et qu’ils continuent de se soutenir : une subvention contre une signature au bas d’un manifeste électoral. Le rideau tombe, il faut juger la pièce. Ministère de la Culture ? Non, gouvernement des artistes. Mais on ne gouverne pas la culture, et elle n’est pas un moyen de gouvernement. Rien n’est pire qu’un prince qui se prend pour un artiste, si ce n’est un artiste qui se prend pour un prince » (Michel Schneider).

(Photo JOEL SAGET / AFP)

Cette Comédie de la Culture aurait tout aussi bien s’intituler La Comédie du pouvoir si Françoise Giroud n’avait pas déjà emprunté la formule en 1977.

Libre

D’abord, en ce 1er août, bonne fête à mes compatriotes – eh oui, comme je l’ai déjà raconté ici (L’été 69), j’ai aussi la nationalité suisse ! Pensées pour ma mère, et les nombreux cousins et cousines que je compte encore entre Berne et Lucerne.

Ici à Entlebuch en 2020 devant le buste de mon ancêtre Josef Zemp (quelqu’un m’ayant fait malicieusement remarquer une parenté… avec les oreilles !)

Liberté

Ce 1er août est aussi le premier jour d’une liberté retrouvée. Comme je l’écrivais avant-hier (Le coeur léger), je suis désormais « libre de tout engagement », soulagé de ne plus devoir assumer la responsabilité d’un collectif, libre de choisir mes activités – la retraite ce n’est pas maintenant ! -, libre d’écrire, de lire, d’écouter ce que je veux, libre tout simplement de jouir de la vie et de ses bonheurs.

Ce n’est pas une simple formule, pour qui tient un blog depuis 2007 (avant celui-ci il y en eut d’autres qui ne sont plus visibles sur le Net, mais qui ont été partiellement imprimés). Un exemple illustrera les limites de la liberté dont je pouvais ou non jouir.

C’était à Liège il y a dix ou quinze ans, les salariés de la plus grosse entreprise publique d’énergie et de télécommunications étaient en grève – justifiée de mon point de vue – en réaction au mépris que leur manifestait leur puissant patron, un ponte du PS local… J’avais fait un article de blog intitulé « Dégueulasse » pour dire mon indignation. Le Vif/L’Express, le pendant belge de L’Express, en avait repris un extrait… avec le même titre. Le jour de sa parution, j’avais passé une grande partie de la journée en réunion à Bruxelles, dans un lieu qui ne captait pas le réseau téléphonique. Reprenant ma voiture pour rentrer à Liège, je découvre plusieurs messages téléphoniques et SMS, me demandant de rappeler le président de l’Orchestre de Liège, par ailleurs échevin de la culture (adjoint au maire) de Liège et personnalité importante du PS . Je tombe des nues lorsqu’il me cite le papier du Vif/L’Express, que je n’ai bien sûr pas vu, et qu’il m’annonce que le puissant patron mis en cause a exigé des sanctions à mon égard, et même ma démission. « Mon » président s’y refuse et me défend, mais il me « conseille » d’éviter à l’avenir de m’exprimer sur des sujets autres que strictement musicaux. Le directeur d’un orchestre subventionné par les pouvoirs publics est tenu à une certaine réserve dans son expression.

Je me le tiendrai pour dit, et tout au long des années qui suivront, à Liège, à Paris ou à Montpellier, je m’auto-censurerai même sur un blog revendiqué comme personnel.

Aujourd’hui, je redeviens un blogueur libre, dans les limites évidemment du secret professionnel que j’ai toujours strictement observé et continuerai d’observer dans mes responsabilités passées, actuelles et futures.

Je ne me priverai donc pas de relater anecdotes et souvenirs de tous ces moments privilégiés que j’ai eu le bonheur de partager avec tant d’artistes et de belles personnes.

En attendant, vacances !

Hier soir sur les bords de l’Oise à L’Isle Adam

Le coeur léger

Je pars le coeur léger et le bagage pas si mince* que ça, chargé de souvenirs heureux. C’est ce que je disais hier soir, dans la nuit étoilée du jardin de la Maison des relations internationales de Montpellier, à toutes les équipes du Festival Radio France, à la fin du dernier concert de l’édition 2022.

(Photo Luc Jennepin/Festival Radio France)

Le coeur léger, bien sûr par allusion à l’incident de novembre dernier, mais aussi parce que, pour la première fois depuis que j’ai commencé à travailler (à 17 ans !), je suis déchargé du fardeau des responsabilités inhérentes aux fonctions que j’ai occupées.

Mais trève de considérations. Dès aujourd’hui je suis en vacances. Ce blog en épousera le rythme. Il sera toujours temps de revenir sur le passé récent ou plus lointain.

Marianne, Serge et Gabriel

Dans mon dernier billet j’annonçais un bouquet final – Semaine 3 et fin . On n’a pas été déçu !

Mardi soir, Marianne Crebassa triomphait, toujours à l’Opéra Comédie de Montpellier, dans un récital proche de l’idéal, comme le soulignait Pierre Gangiobbe sur Ôlyrix

Ces deux récitals seront diffusés sur France Musique le week-end prochain, ce qui ne sera malheureusement pas le cas des trois dernières soirées du Festival. Je n’ai pas bien compris pour quelle raison les équipes techniques de Radio France avaient plié bagage en milieu de semaine. Les fameuses restrictions budgétaires ?

Dommage en tout cas que n’ait pas été capté le très singulier concert de mercredi, où le compositeur britannique Gabriel Prokofiev (1975) faisait entendre deux de ses oeuvres – le concerto pour platines n°2 avec le DJ Mr. Switch, et Beethoven9 Remix – et réservait aux spectateurs de Montpellier la surprise de dire, dans un français qui parfois lui résistait, le texte du célébrissime conte pour enfants de son grand-père Serge, Pierre et le Loup. Dernière prestation aussi pour l’Orchestre national de Montpellier, très sollicité cet été, élégamment dirigé par Christopher Warren-Green.


Doublé final : Benjamin, Maxim et les Ecossais

Vraiment il y a de quoi râler sur l’absence de micros pour les deux concerts finaux: une affiche pourtant exceptionnelle, le Scottish Chamber Orchestra venu tout exprès à Montpellier, Maxim Emelyanychev qui réinvente tout ce qu’il dirige, sans céder aux excès de certains de ses contemporains plus médiatisés (Prétention) et Benjamin Grosvenor qui, dans les 4ème (jeudi) et 3ème (vendredi) concertos de Beethoven, nous fait rendre les armes. Dans le 4ème, il jouait de surcroît les cadences de Saint-Saëns, plutôt inattendues.

Extraits du 3ème concerto pour piano de Beethoven : Benjamin Grosvenor, le Scottish Chamber Orchestra dirigé par Maxim Emelyanychev

En bis, Benjamin Grosvenor annonçait un « Irish song », le très célèbre – au Royaume Uni ! – O Danny Boy transcrit par Percy Grainger.

Une conclusion en beauté du Festival 2022 : Bilan à la hausse (le détail ici)

* Les premiers mots de la chanson de Charles Aznavour « Je m’voyais déjà« 

Semaine 3 et fin

#FestivalRF22 #SoBritish

And the winner is…

J’évoquais dans mon dernier billet (Festival d’inconnus) la finale du concours Eurovision des jeunes musiciens qui a eu lieu samedi soir à Montpellier. Diffusée sur Culturebox et France Musique. On peut tout revoir ici : Eurovision Jeunes Musiciens 2022.

Beaucoup de moments heureux :

Fier d’avoir réuni ce jury : Tedi Papavrami, Nora Cismondi, Christian-Pierre La Marca, JPR, Muza Rubackyté

Le premier prix sans discussion pour un talent déjà avéré, le jeune violoniste tchèque Daniel Matejča.

La classe d’un maître

On attendait – c’était une première pour la presque totalité du public – le récit des aventures de la Belle Maguelone, telles que Brahms les a mises en musique. C’était hier soir à l’Opéra Comédie de Montpellier (diffusion le 8 août sur France Musique). Que dire que je n’aie déjà écrit sur Stéphane Degout ? Magistrale interprétation, à laquelle il faut associer ses comparses Marielou Jacquard, mezzo-soprano, Alain Planès, piano et Roger Germser, conteur et lumières

Stéphane Degout anime à partir d’aujourd’hui une Masterclass qu’on sera bien inspiré de suivre de bout en bout : détails sur lefestival.eu.

Marianne, Gabriel, Benjamin, Maxim…

Troisième et dernière semaine donc pour l’édition 2022 du Festival Radio France. Si on ne craignait le cliché, on parlerait de bouquet final ! Marianne Crebassa ce soir, Gabriel Prokofiev demain, Benjamin Grosvenor et Maxim Emelyanychev jeudi et vendredi.

Actualité

Michel Schneider est mort le 22 juillet. J’ai prévu de lui rendre hommage, comme Sylvain Fort l’a fait dans L’Express. J’ai commencé à relire son essai La Comédie de la Culture paru il y une trentaine d’années et qui lui avait valu une invitation de Bernard Pivot (à revoir ici) Un ouvrage d’une extrême qualité d’écriture qui n’a pas pris une ride !

Pour ceux qui se soucient de mon propre sort (patience… juillet n’est pas terminé !), cette interview sur Forumopera : « Jean-Pierre Rousseau : je n’ai aucun regret« 

Festival d’inconnus

#FestivalRF22 #SoBritish

De Notre-Dame à Montpellier

Les Montpelliérains rencontrés aux abords de la cathédrale Saint-Pierre n’en croyaient pas leurs yeux : de longues files à l’extérieur, des bancs remplis à l’intérieur : ils n’avaient jamais vu autant de monde pour un récital d’orgue. Il faut dire que l’invité du festival Radio France ce mercredi soir n’était pas n’importe qui. Le talentueux et médiatique titulaire de Notre-Dame-de-Paris, l’organiste Olivier Latry

Tant de souvenirs avec lui ! Indspensable réécoute de son récital sur francemusique.fr en particulier de son improvisation flamboyante sur « A la claire fontaine » !

Tempête en mer

La soirée du 21 juillet était très attendue (lire RVW(1) : A Sea Symphony) : l’Orchestre national de France, le Choeur de Radio France, en grand équipage, sous la baguette inspirée de Cristian Macelaru.

D’abord Marianne Crebassa dans les Sea Pictures d’Elgar : une révélation, une voix de contralto qui a encore gagné en densité excessive et en puissance. Rendez-vous mardi prochain pour retrouver la chanteuse agathoise en récital (lefestival.eu).

En seconde partie, une longue croisière en mer grâce à Ralph Vaughan Williams et Walt Whitman, la première symphonie, vaste fresque chorale et vocale, du grand symphoniste britannique du XXème siècle. Les très nombreux spectateurs présents à l’Opéra Berlioz, comme les auditeurs de France Musique, ont pu constater que les voyages en mer ne sont pas toujours sans surprise. Quelques minutes après le début de l’oeuvre, la jeune soprano Jodie Devos – fabuleuse Ophélie de l’Hamlet donné en ouverture de festival le 15 juillet – qui avait accepté de remplacer l’interprète prévue, Lucy Crowe, faisait un malaise, heureusement sans gravité, obligeant à interrompre quelques minutes le concert. Impossible de donner le 1er mouvement en entier. Mais après du repos, après que Cristian Macelaru a dirigé les 2ème et 3ème mouvements avec la seule présence requise du baryton – formidable – Gerald Finley, la soprano rayonne de nouveau dans le tableau final de la Sea Symphony. Et c’est une longue ovation qui salue tous les interprètes d’une oeuvre dont tous, musiciens et public, se demandent pourquoi elle n’est quasiment jamais donnée en France (quelques exceptions, à Strasbourg et à Besançon il y a une trentaine d’années !). Malheureusement, en raison de l’incident survenu, ce concert n’est pas disponible à la réécoute sur France Musique. On peut qu’espérer qu’après montage entre la générale et le concert, il sera à nouveau proposé.

Extrait du finale de la Sea Symphony de Vaughan Williams avec Jodie Devos, Gerald Finley, Cristian Macelaru dirige le Choeur de Radio France et l’Orchestre National de France à l’Opéra Berlioz de Montpellier
De gauche à droite : Sibylle Veil, PDG de Radio France, JPR, Jodie Devos, Gerald Finley, Cristian Macelaru, Michel Orier, directeur de la musique de Radio France

Eurovision des jeunes musiciens

Ce soir, en direct sur France Musique et sur CultureBox (France Télévisions), une première pour la France et le Festival Radio France, la finale du concours Eurovision des Jeunes Musiciens. Je disais malicieusement à un journaliste de France Inter qu’à la différence de l’Eurovision de la chanson, la France avait peut-être une chance de l’emporter. Ils seront neuf très jeunes artistes à confronter leurs talents sur le vaste plateau de l’Opéra Berlioz de Montpellier, aux côtés de l’Orchestre national de Montpellier conduit par Pierre Dumoussaud. Mais je ne peux rien dire de plus, je suis membre du jury (en bonne compagnie, Müza Rubackyte, Nora Cismondi, Tedi Papavrami et Christian-Pierre La Marca) et donc tenu à un strict devoir de réserve.

(Photo Midi Libre)

Feu sacré

#FestivalRF22 #SoBritish

Barry l’Irlandais

Je l’ai voulu so British, le Festival Radio France est entré samedi de plain pied dans sa thématique, après le succès de la version ténor d’Hamlet… d’Ambroise Thomas (lire l’excellent papier de Clément Mariage sur Forumopera : Être Hamlet), c’était la présence remarquable et remarquée de mon cher Barry Douglas, natif de Belfast, qui inaugurait les diffusions en direct du Festival sur France Musique.

Sur francemusique.fr on peut en effet réécouter un récital dont le programme avait été spécialement composé pour le festival : deux nocturnes de John Field, inventeur d’un genre que Chopin a porté à la perfection, la première française de Clandeboye Overture (2021) du jeune compositeur irlandais Sean Doherty présent au concert, les quatre impromptus D 935 de Schubert, et en seconde partie les dix pièces pour piano reprises par Prokofiev lui-même de son ballet Roméo et Juliette.

de gauche à droite Sean Doherty, JPR, Barry Douglas.

Royaux chanteurs

Les King’s Singers, c’est un mythe. Les spectateurs de Montpellier ne s’y sont pas trompés, on n’était pas loin de la salle comble à l’Opéra Berlioz du Corum lundi soir. Et quelle ambiance !

C’est une chose d’avoir souvent entendu au disque l’ensemble vocal britannique le plus célèbre au monde

c’en est évidemment une toute autre de les entendre – enfin – en vrai (et de pouvoir les réécouter intégralement sur francemusique.fr ! merci France Musique !).

De gauche à droite, Patrick Dunachie, Edward Button, Julian Gregory, Christopher Bruerton, Nick Ashby, Jonathan Howard

Admirables, adorables, ces super professionnels sont d’exquises personnes, généreuses de leur talent, de leur temps consacré au public, et de leur répertoire qui semble sans limite. Ils sont encore ce soir à l’Abbatiale de Saint-Gilles (Gard)…

Le Sacre méditerranéen

Hier soir, toujours en direct et en réécoute sur France Musique, un autre événement du #FestivalRF22, le jeune chef anglais Duncan Ward et surtout l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée (OJM), formidable rassemblement de musiciens de 16 à 26 ans de 22 nationalités différentes du pourtour de la Méditerranée.

Avant ce concert, un Tea Time auquel on avait convié Lionel Esparza, l’auteur d’un très remarqué Stravinsky. Prélude à la seconde partie du concert qui devait nous offrir un Sacre du printemps plus sauvage que jamais !

L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et Duncan Ward avaient choisi, en première partie, l’élégant D’un matin de printemps (1917) de Lili Boulanger (1893-1918), puis une surprise, une création collective à laquelle participaient Adriana Bignagni Lesca, mezzo-soprano Jawa Manla, chant, oud, Fabiana Manfredi, chant, Islem Jemaï, chant, oud, Omar Ababji, chant, luth, Panagiotis Lazaridis, clarinette, Matteo Nicolin, guitare.

Adriana Bignani Lesca, l’OJM et Duncan Ward terminaient la première partie par les Cinco Canciónes negras du Catalan Xavier Montsalvatge.

Et puis un Sacre du printemps qui restera longtemps dans la mémoire de cette centaine de jeunes musiciens et d’un public qui les a longuement applaudis.

Hamlet & Co.

#FestivalRF22 #SoBritish

Hamlet à Montpellier

C’était hier la soirée d’ouverture du Festival Radio France, édition 2022 « So British ». Avec l’opéra d’Ambroise Thomas, Hamlet, dans sa version initiale, reconstituée, pour ténor. Un triomphe on peut le dire.

De gauche à droite : Philippe Talbot, Jodie Devos, Michael Schonwandt, John Osborn, Clémentine Margaine

Richard Martet, dans Opera Magazine, écrit :

« Une « prima donna » est née ! Nous avons toujours senti, chez Jodie Devos, l’étoffe d’une cantatrice d’exception. Elle a littéralement explosé hier, vendredi 15 juillet, dans une somptueuse version de concert d’Hamlet d’Ambroise Thomas, au Festival Radio France Occitanie Montpellier. L’excellente chanteuse que nous connaissons, au timbre frais et à la technique ébouriffante, est passée au niveau supérieur. La voix a gagné en rondeur et en puissance, sans rien perdre de ses qualités virtuoses, trouvant un terrain d’épanouissement idéal dans la redoutable scène de folie d’Ophélie, à l’acte IV. Variant les climats et les couleurs à l’infini, alternant longues phrases rêveuses et véhémentes cascades de vocalises, avec une netteté de diction jamais prise en défaut, la soprano belge a été saluée par une ovation aussi spectaculaire que méritée. Et quelle poésie, quelle émotion dans le passage qui suit, quand Ophélie, accompagnée par le chœur (Montpellier et Toulouse réunis) à bouche fermée, s’enfonce lentement dans le lac ! L’intensité de l’incarnation est telle qu’on en oublie complètement qu’il s’agit d’une version de concert. Jodie Devos a, de plus, la chance d’être remarquablement dirigée (Michael Schønwandt, à la tête de l’Orchestre National Montpellier Occitanie) et entourée : John Osborn en Hamlet (l’opéra est donné dans sa version avec un ténor dans le rôle-titre), Clémentine Margaine en Gertrude (impressionnante), Philippe Talbot en Laërte, Jérôme Varnier en Spectre…« 

Michael Schonwandt me confiait avant le concert combien l’incarnation d’Hamlet par un ténor changeait la couleur, la teneur du drame, et plusieurs des comparses des deux rôles principaux disaient après coup qu’ils préféraient presque cette version à l’habituelle avec baryton dans le rôle-titre. Evidemment Jodie Devos a vraiment triomphé pour sa première Ophélie sur scène – je n’oublie ni Natalie Dessay, jadis à Covent Garden, ni Sabine Devieilhe naguère à l’Opéra Comique, toutes deux sous la direction de Louis Langrée – mais la grâce, le fruité de la voix de la jeune cantatrice belge, en ont fait hier soir une Ophélie de rêve. John Osborn, d’abord par sa diction parfaite, sa prononciation et sa compréhension intime de la langue française, autant dans les élans héroïques que dans les confidences brisées, nous a infiniment touchés. Comme le souligne Opéra Magazine, tous les comparses, à commencer par Clémentine Margaine, les choeurs de l’opéra de Montpellier et du Capitole de Toulouse, l’opulent Orchestre de Montpellier, la direction généreuse et inspirée de Schonwandt, ont fait de cette soirée d’ouverture du festival un événement, bientôt diffusé sur France Musique.

D’autres Hamlet

Shakespeare et son prince du Danemark ont finalement peu inspiré les compositeurs d’opéra. En revanche, musiques de scène ou poèmes symphoniques n’ont pas manqué, même si aucune n’a jamais atteint la célébrité des nombreux Roméo et Juliette mis en musique.

Liszt

Liszt très impressionné par une représentation de Hamlet à Weimar en 1856, écrit un poème symphonique d’une vingtaine de minutes qui « résume » le drame shakespearien. Ici dans une version d’une grande densité, l’Orchestre national de France, enregistré au Théâtre des Champs-Elysées, est dirigé par Daniele Gatti, dont on a appris récemment la nomination à la tête de la Staatskapelle de Dresde.

Tchaikovski

Tchaikovski écrit en 1888 une « ouverture fantaisie » éponyme. De loin moins célèbre qu’une autre « ouverture fantaisie » intitulée.. Roméo et Juliette !

Emotion que de retrouver cette captation dirigée par le grand Evgueni Svetlanov :

Prokofiev une musique de scène

Prokofiev écrit lui une musique de scène à la demande du metteur en scène Sergei Radlov, qui est créée en mai 1938.

Très belle version discographique due au regretté Mikhail Jurowski (1945-2022) :

Chostakovitch

Le jeune Chostakovitch a précédé Prokofiev : c’est un jeune homme de 25 ans qui écrit lui aussi une musique de scène en 1931.

Plusieurs versions russes recommandables, mais la plus étonnante est sans doute celle d’Arthur Fiedler à la tête de ses Boston Pops !