La publication par Warner d’un coffret de 79 CD de ses enregistrements stéréo ne fera pas de lui la célébrité qu’il n’a jamais été sur le continent : Adrian Boult (1889-1983). Le grand chef britannique, à qui j’ai déjà consacré plusieurs articles (Les inattendus), n’aura jamais bénéficié, hors du Royaume-Uni, de la notoriété, certes toute relative, d’un Barbirolli ou d’un Beecham pour ne citer que ses contemporains, ni de la célébrité d’un Simon Rattle.
J’invite à relire ces articles (notamment Plans B) lorsqu’on veut échapper aux clichés qui s’attachent aux musiciens britanniques qui devraient se cantonner à la musique britannique. Adrian Boult dans Elgar, Holst, Vaughan-Williams c’est presque normal, et c’est une large part du nouveau coffret, mais il y a beaucoup plus dans son héritage discographique. C’est sur les originalités de cette grosse boîte que je m’arrête ici. Il y a beaucoup de surprises, et de bonnes surprises.
Je connaissais bien sûr le légendaire enregistrement de Julius Katchen des très libres variations d’Ernő Dohnányi sur « Ah vous dirai-je maman », dirigé par Adrian Boult. Mais j’ignorais ce disque enregistré avec le compositeur lui-même au piano.
Avec Shura Cherkassky
L’un des pianistes les plus originaux du XXe siècle – Shura Cherkassky – est aussi l’un des plus difficiles à identifier dans une discographie aussi profuse que désordonnée. Ce coffret Boult comporte plusieurs pépites : les concertos de Grieg, Schumann, Tchaikovski et comme une gâterie le scherzo du concerto symphonique n°4 de Litolff.
Avec Yehudi Menuhin
Le problème avec Yehudi Menuhin c’est l’irrégularité d’un jeu, des problèmes d’archet, qui sont perceptibles dans la plupart de ses enregistrements de maturité, que ce soit avec Boult ou n’importe quel autre chef. Il.y en a ici quelques-uns d’évitables et puis une vraie curiosité, deux concertos « contemporains », deux absolues raretés, les concertos de Malcolm Williamson et Lennox Berkeley, deux oeuvres dont j’ignorais l’existence avan de les découvrir dans ce coffret.
Dans le répertoire romantique, on est conquis par une intégrale symphonique Brahms (le natif de Hambourg est mort lorsque le jeune Adrian avait déjà 14 ans !), de belles percées du côté de Tchaikovski. Boult avance toujours, indifférent aux alanguissements.
Boult est l’auteur d’au moins quatre enregistrements du tube de Gustav Holst, les Planètes. Deux figurent dans ce coffret.
Adrian Boult, comme la plupart de ses confrères d’outre-Manche, n’était pas dépourvu d’humour et ne dédaignait pas la musique « légère »
Et toujours mes humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog : Les mondanités de Capuçon, les délices de Lipp, la vie de famille et une Missa pas solennelle pour deux sous…
Début de semaine chargé en premières (ou presque), lundi soir à l’Opéra Garnier, mardi au théâtre Marigny.
Bychkov et Onéguine
C’est un soir de première, avec tout ce que cela peut représenter d’excitant pour le mélo/lyricomane et de prétentieux pour un public bling bling où les élégances se font rares. On entend beaucoup parler russe, on repère quelques célébrités, à l’entrée Marielle Labèque accueille les invités de son mari (Semyon Bychkov), le metteur en scène Robert Carsen précède de quelques marches Claire Chazal dans le grand escalier, et au premier rang de la corbeille on apercevra, discrète et attentive, l’inoubliable partenaire de Ralph Fiennes dans Le Patient anglais, Juliette Binoche (ils ont fait trois films ensemble).
La dernière fois que j’ai vu l’opéra de Tchaikovski à Paris, c’était en novembre 2021 au théâtre des Champs-Elysées et je n’ai pas que de bonnes raisons de m’en souvenir : Des Champs-Elysées à l’hôpital.
Le pur hasard des disponibilités a voulu que j’assiste à une autre première, plutôt une nouvelle production de la pièce de Peter Shaffer, Amadeus, 270 ans exactement après la naissance de Mozart, le 27 janvier 1756 !
Sans la promo très efficace qui a précédé ce spectacle – avec les frères Thomas et Olivier Solivérès – je n’aurais peut-être pas songé à prendre des places, pensant à tort que depuis le film de Milos Forman – inspiré de la pièce de Shaffer – tout avait été dit de la vraie-fausse légende de la rivalité Mozart-Salieri.
Je n’ai pas vu passer les 2 heures et quart d’un excellent spectacle de théâtre et de musique, qui n’a nul besoin d’être « revisité » ou de céder à quelque mode contemporaine. Jérôme Kircher qui incarne Salieri et Thomas Solivérès qui est littéralement Mozart sont parfaits, mais pour une fois je veux citer tous les acteurs/chanteurs/musiciens d’une distribution idéale : Lison Pennec (Constance), Eric Berger (formidable Joseph II), Laurent d’Olce (Orsini), Philippe Escudié (redoutable baron Van Swieten), Romain Pascal (chambellan roué à souhait), Laurent Arcaro (baryton), Artus Maël (basse), Flore Philis (la Reine de la nuit), Stella Siecinska (la cantatrice Caterina Corsini), Loïc Simonet (violon), Marjolaine Alziary et Jade Robinet (violoncelle).
Faut-il prendre prétexte du cinquantenaire de sa mort, le 4 décembre 1976, pour célébrer Benjamin Britten ? Une fois qu’on a répété que c’est « le plus grand compositeur anglais » du XXe siècle, qu’on a cité les deux opéras qu’on représente régulièrement (Billy Budd, Peter Grimes), que sait-on vraiment, en France, de celui qui fut aussi un formidable pianiste, chef d’orchestre, et même altiste ?
C’est pourquoi j’ouvre une série d’articles consacrée à une personnalité, qui me rappelle une conversation d’il y a quelques années avec ma mère. J’essayais de lui faire raconter ses années à Londres, ses études à l’école d’infirmières du Kensington Hospital, et en même temps son rôle de nurse pour les enfants d’une famille aisée. C’est là qu’elle me dit que les B. recevaient régulièrement des amis le dimanche, et que parmi eux il y avait un couple d’hommes musiciens ou « quelque chose comme ça ». Je lui citai les noms de Benjamin Britten et Peter Pears, elle me confirma que ces visiteurs étaient bien le compositeur et son partenaire. Je n’en saurai pas plus et n’aurai jamais moi-même l’occasion de les approcher.
Le concert de jeudi dernier à Radio France (compte-rendu à lire sur Bachtrack) mettait à l’honneur deux des oeuvres les mieux connues de Britten.
Contrairement aux autres cycles vocaux de Britten expressément dédiés à Peter Pears, les Illuminations sont dédiées à la cantatrice suisse Sophie Wyss et créées par elle en 1940 à Londres. Ce qui nous vaut au disque des versions avec soprano… et avec ténor. Comme celles qui figurent dans ma discothèque :
Felicity Lott / Bryden Thomson / Chandos
Pour moi la référence, surtout depuis que j’ai eu la chance d’inviter Felicity Lott et de l’entendre en concert chanter l’oeuvre en Suisse sous la direction d’Armin Jordan
Dame Felicity a aussi enregistré l’oeuvre avec le chef anglais Steuart Bedford (1939-2021) qui fut un proche du compositeur et qui reprit la direction du festival d’Aldeburgh de 1974 à 1998.
Heather Harper / Neville Marriner /EMI Warner
Comme la version de Heather Harper, j’ai découvert celle de Sylvia McNair dans un gros coffret des enregistrements de Seiji Ozawa pour Philips (voir Ozawa #80)
Quatre versions pour ténor aussi dans ma discothèque, avec évidemment l’incontournable Peter Pears
Peter Pears / Benjamin Britten / Decca
John Mark Ainsley / Nicholas Cleobury / EMI
Robert Tear / Carlo Maria Giulini / DG
Un classique indémodable surtout pour la Sérénade pour cor, ténor et orchestre (on y reviendra plus tard)
On ne m’en voudra pas d’évoquer ici à nouveau la figure de Dudley Moore (1935-2002) qui, outre qu’il était lui-même un merveilleux musicien, imite comme personne et la musique de Britten et le chanteur Peter Pears !
Le tube des oeuvres prétendument destinées aux enfants (avec Pierre et le Loup et Le Carnaval des animaux) n’a pas en Europe continentale la notoriété incroyable qu’il a au Royaume-Uni. On est donc heureux de l’entendre dans le cadre d’un programme « normal », où il apparaît pour ce qu’il est, une sorte de mini-concerto pour orchestre.
On aurait pu, jeudi soir, faire entendre au moins le rondeau de la suite Abdelazer ou la vengeance du Maure qui a fourni à Britten matière à variations
Sachant que Britten était un chef d’orchestre hors pair et que, dans pratiquement toute son oeuvre, il est le meilleur interprète de lui-même, c’est sa version qu’on recommande avant toute autre.
Pas moins de 21 versions différentes dans ma discothèque, rappelées ici dans l’ordre alphabétique : Bernstein, Boult, Britten, Andrew Davis, Dorati, Fiedler, Groves Haitink, Jansons, Paavo Järvi, Karajan, Maazel, Markevitch, Marriner, Ormandy Ozawa, Rattle, Sargent, Felix Slatkin, Stokowski, Temirkanov !
Et toujours humeurs et réactions dans mes brèves de blog
C’est en furetant chez Gibert que j’ai découvert – et acheté – une somme dont le titre accrocheur ne traduit qu’imparfaitement le contenu.
300 pages que je vais déguster comme il se doit, et qui sont, à ma connaissance, une première en ce qu’elles peuvent intéresser aussi bien les mélomanes – et les musiciens – que les amateurs de langue française. Où l’on prend conscience de l’influence de la musique dans notre langue de tous les jours…
Trop de Chosta ?
On a frisé l’indigestion mardi soir à la Philharmonie lors du concert de l’orchestre philharmonique d’Oslo dirigé par son chef, Klaus Mäkelä : deux symphonies de Chostakovitch dans la même soirée, c’était une performance autant pour les musiciens que pour l’auditeur. Ma critique à lire sur Bachtrack !
Le jeune Maazel : cherchez l’erreur ?
Finalement j’ai commandé ce coffret – même si je continue de trouver prohibitifs les prix de cette collection, dont le travail éditorial est admirable et souvent loué ici –
On connaissait déjà une grande partie des enregistrements du tout jeune Lorin Maazel – 27 ans – (lire L’Américain de Paris), mais il manquait ceux qui avaient été publiés par Philips au début des années 60, dans des répertoires où l’on n’attend vraiment pas le chef, et qu’il n’a plus jamais touchés dans la suite de sa longue carrière
CD 1 J.S. BACH Orchestral Suites Nos. 1–3
CD 2 J.S. BACH Orchestral Suite No. 4 Brandenburg Concertos Nos. 1–3
CD 3 J.S. BACH Brandenburg Concertos Nos. 4–6
CD 4 J.S. BACH Oster-Oratorium Helen Donath ∙ Anna Reynolds Ernst Haefliger ∙ Martti Talvela RIAS-Kammerchor
CDs 5-6 J.S. BACH Mass in B minor Teresa Stich-Randall ∙ Anna Reynolds Ernst Haefliger ∙ John Shirley-Quirk RIAS-Kammerchor
CD 7 HANDEL Music for the Royal Fireworks Water Music
CD 8 PERGOLESI Stabat Mater Evelyn Lear ∙ Christa Ludwig RIAS-Kammerchor
CD 9 MOZART Symphonies Nos. 38 & 39
CD 10 MOZART Symphonies Nos. 40 & 41
CD 11 DVOŘÁK Symphony No. 9 ‘From the New World’
CD 12 FRANCK Symphony in D minor
CD 13 STRAVINSKY The Firebird: Suite Le Chant du rossignol
CD 14 FALLA El amor brujo El sombrero de tres picos Grace Bumbry
Amateurs de baroque « historiquement informé » passez votre chemin ! Mais il y a déjà ici un péché mignon de l’Américain : l’étirement des tempos lents et la vitesse parfois mécanique pour les rapides, comme cette Water Music
On ne va se priver du bonheur d’entendre Teresa Stich-Randall dans une Messe en si qui, pour n’être pas philologique, se laisse écouter.
Que nous annonce l’année 2026 en matière d’anniversaires à fêter, puisque ce sont des repères devenus indispensables dans la programmation des salles de concert et d’opéra ?
L’agenda n’est pas spectaculaire et comporte plus de décès que de naissances à célébrer.
Centenaires
Evoquons déjà des figures qui devraient fêter leurs 100 ans, si tout va bien, la compositrice française Betsy Jolas et le Hongrois György Kurtág.
On essaiera de s’intéresser de plus près à un compositeur qu’on a toujours tenu à distance, l’Allemand Hans Werner Henze (1926-2021), en réécoutant quelques pans de son oeuvre, notamment pour le cinéma…
Falla #150
Manuel de Falla (de son nom complet : Manuel María de los Dolores Clemente Ramón del Sagrado Corazón de Jesús Falla y Matheu !) est né le 23 novembre 1876 à Cadix et mort le 14 novembre 1946 à Alta Gracia en Argentine.
On aura tout loisir de réexplorer sa vie – ses années parisiennes par exemple – et son oeuvre.
Le grand Nelson Freire (1944-2021) n’a jamais enregistré l’oeuvre officiellement, mais il y a plusieurs témoignages enregistrés de ses Nuits dans les jardins d’Espagne. Ici il joue avec un très grand chef, remarquable interprète de la musique française, Ernest Bour, à qui il faudra que je me décide à consacrer enfin un article.
Louis le grand
On n’évitera sûrement pas le 400e anniversaire de la naissance de Louis Couperin (1626-1661). Lors de mes balades parisiennes, je passe toujours devant l’église Saint-Gervais, qui fut celle de Louis Couperin, de son neveu François, et d’une grande partie de sa famille jusqu’à la fin du XVIIIe siècle !
On ne manquera pas non plus de commémorer le bicentenaire de la mort de Carl Maria von Weber, de Juan Crisostomo de Arriaga – mort à quelques jours de son vingtième anniversaire ! – ni le cinquantenaire de celle de Benjamin Britten, puisque c’est un exercice obligé.
Cette dernière quinzaine a été l’occasion, pour moi, de découvertes et de redécouvertes, dont j’ai envie de faire part ici, sans ordre précis autre que résultant des vagabondages de ma mémoire.
Comme je l’écrivais sur Bachtrack dans ma critique sur La Chauve-Souris donnée le 31 décembre à l’opéra de Vienne, « on ne connaît le chef Markus Poschner que par une récente intégrale au disque des symphonies de Bruckner « . Je l’avoue, je n’avais jamais entendu ce chef « en vrai ». Ce n’est pourtant pas un perdreau de l’année, mais c’est une fois de plus la preuve que les frontières existent toujours et encore dans le monde de la musique, comme je le dénonçais déjà il y a plus de dix ans (Frontières). Le chef allemand est certes venu diriger à deux reprises l’Orchestre philharmonique de Radio France (lire l’article de Pierre Michel sur Bachtrack), mais voilà, je ne l’avais pas repéré !
Dans cette récente captation réalisée à Stuttgart, on a un bel aperçu de l’art de Markus Poschner. D’abord une gestique, une attitude au pupitre qu’on ne peut s’empêcher de penser inspirées du grand Carlos Kleiber (comme on l’avait relevé avec Manfred Honeck dirigeant l’Orchestre national en octobre dernier), ensuite et surtout une conception anti-monumentale de Brahms, qui me séduit beaucoup.
On va donc suivre plus attentivement la carrière de ce chef !
Quant au chef qui dirigeait Hänsel und Gretel à l’opéra de Vienne le 29 décembre (Vienne sur son 31), Cornelius Meister, c’était aussi une première pour moi de le voir et l’entendre « en vrai ». Je connaissais sa réputation de wagnérien (il a dirigé récemment à Bayreuth, à Lille), je n’ai donc pas été surpris qu’il réussisse particulièrement la partition d’Humperdinck.
Au disque, Cornelius Meister a signé deux références pour des oeuvres que j’aime particulièrement :
Humperdinck à l’orchestre
Pour la cérémonie d’adieu à ma mère le 6 janvier dernier, j’avais choisi parmi quelques autres pièces musicales, le duo du 2e acte de Hänsel und Gretel, la prière des enfants dans la version de Georg Solti.
Le même passage – la pantomime -existe en version purement orchestrale. J’ai l’embarras du choix dans ma discothèque, mais je relève que la pièce n’est plus à la mode, si j’en juge par l’âge vénérable des enregistrements.
Bruckner à Chicago
Sauf erreur de ma part, deux chefs seulement ont enregistré une intégrale des symphonies de Bruckner à Chicago : Georg Solti et son successeur Daniel Barenboïm
Je n’ai jamais été convaincu par la sorte de perfection formelle de Solti, qui était beaucoup plus intéressant dans ses premières versions gravées à Vienne (5,7,8) à la fin des années 50.
En revanche, c’est par un disque de la 4e symphonie de Barenboim/Chicago que j’ai fait mon apprentissage de Bruckner
J’ai entrepris de réécouter cette première intégrale tout juste rééditée, que la critique a l’air de redécouvrir.
Inoubliable Moffo
J’ai le sentiment que cette artiste – Anna Moffo (1932-2006) – est aujourd’hui un peu oubliée. Je reprends, les uns après les autres, les enregistrements que j’ai d’elles, et je me délecte d’une voix toujours somptueuse, d’une sensualité, d’une chaleur qui reposent sur une technique infaillible. Et je fais régulièrement comme de bons camarades, je me balade dans ma discothèque avec des envies soudaines de réécouter de plus ou moins vieilles cires…
Et dans le cas de Traviata, c’est un fameux chef de théâtre que je redécouvre, Fernando Previtali (1907-1985)
Bychkov à Paris
La surprise étant passée (la nomination surprise à l’Opéra de Paris) je revisite le legs discographique de Semyon Bychkov qui mérite plus et mieux qu’un intérêt distrait. J’avais oublié une très belle 2e symphonie de Rachmaninov, enregistrée avec l’Orchestre de Paris. Je suis d’autant plus impatient d’assister bientôt à son prochain concert à la tête de son ancienne phalange.
Et toujours humeurs et réactions dans mes brèves de blog
Dans l’actualité, deux faits d’inégale importance qui disent le traitement qu’on réserve à la langue française.: la disparition d’une immense artiste, qui fut longtemps la doyenne de la Comédie-Française, Catherine Samie d’une part, un récent arrêt du Conseil d’Etat à propos de l’usage par la Mairie de Paris de l’écriture dite inclusive que conteste vivement l’Académie française, d’autre part;
La grande Catherine
Pourquoi ai-je immédiatement aimé Catherine Samie ? c’était ma première fois à la Comédie-Française en 1966, j’avais dix ans, et sa personne, sa personnalité, son personnage m’ont marqué à jamais. Parce qu’elle était unique, parfaite quelque soit le rôle qu’elle endossait, le registre dans lequel elle brillait. Je vais la regarder à nouveau dans les trésors rassemblés par la Comédie-Française dans ces deux coffrets :
On a l’embarras du choix : Musset (On ne badine pas avec l’amour), Feydeau (La dame de chez Maxim’s, Un fil à la patte) Molière (George Dandin, L’école des femmes, Les précieuses ridicules) pour ne citer que quelques-unes de ses « apparitions » (ah l’affreux anglicisme !) de ses cinquante ans de carrière au Français.
Au cinéma, quel chic, quel charme, quelle gouaille … !
Comment oublier ce qu’on n’appelait pas encore « série » mais feuilleton, Les Folies Offenbach,, où Catherine Samie côtoyait l’inoubliable Michel Serrault ?
Inclusif excluant
Je m’auto-cite. Extrait d’un article de mon blog Les nouveaux ridicules (24 juillet 2020)
« On n’ose même pas relever le ridicule de la décision du nouveau maire de Lyon, décision illégale (mais c’est vraiment secondaire !), d’adopter désormais l’écriture inclusive dans les actes et textes de la nouvelle municipalité. Peut-on recommander à ces nouveaux moralistes de lire cet excellent article de Wikipedia sur le langage épicène ? Peut-on rappeler à ces nouveaux élus que l’apprentissage du français si difficile pour beaucoup d’écoliers, et particulièrement pour des enfants (ou des adultes) handicapés, devient un authentique chemin de croix avec cette écriture prétendument inclusi.v.e, totalement incompréhensible et complètement… excluante ?« »
A propos d’une décision du Conseil d’Etat que conteste l’Académie française,
je me régale (comme souvent) de lire les commentaires que Jean-Yves Masson (lire Le chaos et la beauté) publie, sur le sujet, sur sa page Facebook. D’un éditeur, critique, écrivain, poète comme lui, qui est tout sauf un vieux ronchon, on goûte à leur juste mesure ces mots :
« Pour l’instant je constate que l’écriture inclusive ne concerne que le jargon bureaucratique et de très rares médias : il s’agit uniquement d’un signe de reconnaissance, d’un code qui manifeste l’adhésion à une idéologie. Dans ce que vous dites, je ne vois pas en quoi vous ne pouvez pas faire un effort et distinguer votre unique participant masculin de l’ensemble de ses collègues femmes. Le recours aux signes inclusifs n’est absolument pas nécessaire. On peut très bien écrire : « Chers étudiants et chères étudiantes » si on veut éviter de regrouper tout le monde sous la même appellation. Ça demande juste de dépenser un petit peu d’énergie pour écrire quelques caractères de plus. Le point médian, lui, on ne sait absolument pas comment le lire. Et il y a dans votre propos une ambiguïté bien révélatrice : vos tutoriels sont-ils écrits ou oraux? Quand on s’exprime correctement comme une personne instruite, on sait très bien trouver des moyens naturels de s’adresser aux gens oralement sans blesser qui que ce soit. L’écriture inclusive n’est pas du tout un métissage ou une évolution naturelle. Elle se rapproche au contraire des lubies des incroyables et des merveilleuses du Directoire qui avaient décidé de ne plus prononcer les R, jugés intolérablement agressifs. Ça n’a duré que quelques saisons. On a déjà du mal à apprendre à écrire et à lire aux enfants, les former à l’écriture inclusive serait une complète perturbation pour eux. C’est un luxe de petits bourgeois intellectuels qui se donnent des émotions. » (Jean-Yves Masson, Facebook, 12 janvier 2026).
Et toujours humeurs et bonheurs du jour à lire dans mes brèves de blog
Il est temps de regarder attentivement le numéro de janvier de Diapason qui remet en lumière le sujet pouvoir du chef d’orchestre.
Le regretté Georges Liébert (1943-2025) avait jadis consacré au sujet un ouvrage devenu un classique :
On ne sera pas surpris que ce soit l’excellent Christian Merlin, auteur d’un ouvrage de référence Au coeur de l’orchestre et d’émissions et podcasts sur France Musique, qui ait conçu ce dossier pour Diapason.
J’ai, sur ce blog, et même avant, souvent abordé le sujet du rôle, de la fonction, et finalement de l’image du chef d’orchestre (Suivez le chef).
Est-il encore ce personnage tout-puissant, ce dictateur en puissance, seul maître après Dieu des destinées de son orchestre ? Le titre de Diapason pourrait le laisser accroire : « Comment il a pris le pouvoir« .
Depuis cinquante ans, la donne a complètement changé. Les dernières stars de la baguette ont presque toutes disparu : Karajan, Solti, Bernstein, Svetlanov, Abbado, Haitink. Ceux qui restent de ces générations glorieuses, Blomstedt, Dutoit, Mehta, Muti, offrent encore le témoignage précieux de leur art.
Mais il faut se résoudre à ce que l’équation un chef-un orchestre qui a si longtemps prévalu, n’existe plus, que les identités fortes qui ont caractérisé les grands orchestres durant près d’un siècle sont, sinon en passe de disparaître, du moins considérablement réduites par le turn over qui prévaut désormais dans la très grande majorité des phalanges symphoniques. Et que penser de ces chefs qui font le grand écart entre des formations qui n’ont rien en commun (Andris Nelsons à Leipzig et Boston, bientôt Klaus Mäkeläà Chicago et Amsterdam), que dire de ces orchestres même prestigieux, dont on serait en peine de faire la liste des derniers directeurs musicaux ? Dans la seule ville de Munich, qui pourrait, de but en blanc, citer sans se tromper les chefs qui se sont succédé à la tête de l’orchestre de la radio bavaroise d’une part, de l’orchestre philharmonique de Munich (Münchner Philharmoniker) d’autre part ?
Quand aux voisins – les Münchner Philharmoniker – le turn over est plus visible, et parfois étonnant puisque Lorin Maazel, après un décennat à la Radio bavaroise, revient en 2012 chez l’autre orchestre, pour un mandat qui sera interrompu par le décès du chef le 13 juillet 2014. Depuis Sergiu Celibidache(1979-1996), ce ne sont pas pas moins de cinq chefs certes prestigieux qui se sont succédé sans qu’on comprenne bien la logique de ces nominations et qu’on mesure leur apport artistique : James Levine (1999-2004), Christian Thielemann (2004-2011), Lorin Maazel (2012-2014), Valery Gergiev (2015-2022, mandat interrompu par le limogeage du chef, à la suite de l’intervention de la Russie en Ukraine), Lahav Shani nommé en 2023 pour prendre ses fonctions à l’automne 2026.
Je ne reviens pas sur les processus de nomination des chefs (Le choix d’un chef) qui varient d’un orchestre à l’autre. Je n’évoque pas non plus – parce que je suis tenu au secret professionnel en raison de mes fonctions passées) la question qui ne devrait plus être passée sous silence, dans les pays où existe encore un service public de la culture, une politique culturelle publique : la rémunération des chefs d’orchestre. Aux Etats-Unis, la transparence est de mise, puisque ce sont des fondations de droit privé qui gèrent les grandes phalanges. En France, c’est secret d’Etat, et c’est souvent au petit bonheur la chance, en fonction de la pression des agents, des influences réelles ou supposées sur les décideurs.
A propos du « pouvoir » du chef, la réalité se niche souvent, presque toujours, dans les détails du contrat qui le lie à son orchestre, et c’est bien de là que naissent les problèmes en cours de mandat. J’ai déjà raconté ici les raisons de la brièveté du mandat de l’un des directeurs musicaux que j’avais engagés à Liège.
Quant à la nomination annoncée tout récemment par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef, celle de Semyon Bychkov, elle ne manque pas d’interroger, quand on sait que celui qui occupa la même fonction à l’Orchestre de Paris de 1989 à 1998, aura 75 ans en 2028 ! Contraste avec le « coup » qu’avait frappé Alexander Neef en annonçant l’arrivée de Gustavo Dudamel en 2021, qui démissionnera moins de deux ans plus tard !
Le Nouvel an de Yannick Nézet-Séguin
Dans l’avion de retour de Vienne le 1er janvier, je n’avais pas pu suivre le concert de Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin (Dudamel, lui, c’était en 2017, et il n’a pas été réinvité depuis…). J’avais lu quelques critiques assez méchantes, pas très tendres en tout cas. Alors j’ai commencé par écouter le concert, en m’attardant sur des oeuvres qui sont mes points de repère lorsque je veux juger d’un chef dans ce répertoire (ainsi les valses Roses du Sud et bien sûr Le beau Danube bleu) j’ai été plus qu’agréablement surpris. Il y a bien ici et là quelques coquetteries, mais stylistiquement c’est un sans faute.
Je peux comprendre que notre Québécois irrite, voire dérange, par l’exubérance de sa gestique, sa tenue, ses mimiques, et que certains en soient restés à cela pour critiquer sa prestation, mais le résultat est là. Et avec le recul 2026 me semble être un bon cru.
Et toujours humeurs et faits du jour dans mes brèves de blog
J’en conviens, je suis en panne d’originalité pour intituler ce billet, mais tout comme j’ai fait mon bilan personnel des meilleures notes de 2025, je m’autorise à évoquer les musiques que j’ai entendues, parfois vues, ces tout premiers jours de 2026.
C’est en repensant à ce beau spectacle, et au magnifique duo du 2e acte, la prière des enfants, que j’ai choisi cette dernière pour accompagner la cérémonie d’adieu à ma mère qui a eu lieu hier à Nîmes (L’adieu).
Avec la prise de rôle sur scène de Jonas Kaufmann en Gabriel von Eisenstein.
J’aurais pu aussi choisir ce moment qui me bouleverse toujours dans le 2e acte de La Chauve-Souris, la toute fin en particulier…
Je n’ai pas pu assister même à une répétition du concert du Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Je ne sais si je dois le regretter, à lire les commentaires pour le moins divergents qui se sont exprimés ici et là.
D’ordinaire je revenais de Vienne la valise chargée de CD, parfois de DVD et de partitions. Cette fois-ci bien maigre pitance trouvée dans les rayons clairsemés du magasin au rez-de-chaussée de la Haus der Musik.
Je me demande bien quand et si Eric Leinsdorf (1912-1993) bénéficiera un jour d’une réédition de son legs discographique, qui a le malheur – pour nous – d’être éclaté entre plusieurs labels, plusieurs pays. Je guette ses enregistrements réalisés à l’ère de la première stéréo à Los Angeles dans un full dimensional sound :
Je ne connaissais pas le disque d’Anja Harteros, que j’aimerais voir plus souvent sur scène
Quant à la série lancée par Deutsche Grammophon pour le téléchargement de concerts « live » elle a fait long feu, mais on en trouve encore ici et là des échos… en CD. Et ce concert de Lorin Maazel à New York fait partie de ses réussites.
Pour compléter la discographie de Christoph von Dohnanyi (1929-2025), il faut chérir et rechercher ses ultimes enregistrements avec le Philharmonia de Londres. Je suis content d’avoir trouvé à Vienne ce double CD, qui me semble comme un accomplissement.
Dans une prochaine brève de blog, je ne manquerai pas d’évoquer la nomination plutôt surprenante annoncée hier par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef.
J’aurais pu donner à ce billet le même titre qu’à celui que j’ai écrit en février 2017 : Wien, nur du allein. Ce nouveau séjour (Vienne sur son 31), presque neuf ans plus tard, a été l’occasion de voir et revoir ces lieux où vivent si fort les témoignages de l’histoire culturelle de Vienne.
Je n’avais pas eu le temps, lors de mes précédentes visites, de prendre mon temps pour visiter l’un des plus intéressants musées de Vienne, le musée Leopold, qui se targue – à juste titre – de posséder la plus grande collection d’oeuvres d’ Egon Schiele, et de montrer dans toutes ses dimensions l’impressionnante vitalité culturelle de la Vienne du tournant du siècle.
Evidemment, l’émotion vous saisit devant certains chefs-d’oeuvre comme ce Tod und Leben de Klimt ou cette audacieuse Caresse (Le cardinal et la nonne) de Schiele
La musique est partout dans ce musée, comme dans les rues de Vienne.
Liaison fatale
On reste pas très convaincu des talents de peintre de Schoenberg : ici sa femme Mathilde et son autoportrait (1910)
En revanche, j’avoue avoir découvert au musée Leopold, et le peintre Richard Gerstl (1883-1908) et l’aventure fatale qui l’a lié au couple Schoenberg, et à Mathilde en particulier. Une aventure qui a conduit le jeune peintre au suicide et aurait été à l’origine de changements radicaux dans l’inspiration du compositeur si l’on en croit cet article (Mathilde Schoenberg and Richard Gerstl Muse and Femme Fatale)
Richard Gerstl, Mathilde Schoenberg au jardin, 1908Richard Gerstl, Autoportrait nu, 1908Richard Gerstl, Portrait de Mathilde Schoenberg, 1908
À ceux qui l’ignoreraient, l’une des salles du musée Leopold rappelle que Schoenberg, comme ses amis Berg et Webern ont gagné quelque argent en transcrivant des valses de Johann Strauss.
L’inspiration Wagner
On n’est pas surpris, au musée Leopold, de voir évoquée la figure d’Otto Wagner (1841-1918), le célèbre architecte qui est, avec Klimt, Moser, Josef Hoffmann entre autres, l’initiateur du mouvement Secession.
La maison aux médaillons (1898) sur la Wiener Linkzeile (à quelques mètres du Theater an der Wien)
mais l’autre Wagner, Richard, occupe aussi une place de choix avec des compositions inattendues.
Karl Wilhelm Diefenbach, Richard Wagner, 1883Eduard Veith, Alberich et les filles du Rhin, 1909Koloman Moser, Wotan et Brünnhilde, 1916Koloman Moser, Tristan et Isolde (1915)
J’ai une tendresse particulière pour ce Schubert au piano de Klimt (1898) qui devait faire partie du décor de la salle de musique du palais du riche industriel Nikolaus Dumba
Comme je l’ai déjà relevé (voir Vienne sur son 31) les références à la musique sont innombrables au musée Leopold.
Menaces
Pas de visite à Vienne sans passer par la Dorotheengasse, et ses deux adresses incontournables, le café Hawelka, inatteignable cette fois-ici mais où l’on se souvient jadis avoir été accueilli par Leopold Hawelka en personne, et le magasin de musique Doblinger.
J’avais lu que cette vénérable et indispensable institution viennoise (lire l’article Doblinger menacée) risquait de devoir fermer avant la fin de l’année 2025. Mercredi dernier au matin, les portes étaient closes…
On ne parle même pas de la disparition des magasins de disques…Ne subsiste plus que celui qui est installé au rez-de-chaussée de la Haus der Musik, mais les rayons dégarnis et les bacs de CD soldés ne laissent rien présager de bon…
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