La grâce des éléphants

Après deux jours en montagne (voir Dans les Highlands cingalaisretour momentané dans la plaine tropicale.

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Etape obligée quand on visite le Sri Lanka, le parc national d’Udawalawe. Au petit matin, les 4×4 sont déjà présents par dizaines à l’entrée du parc. Le business est juteux pour toute la région.

Et les promesses seront à peu près tenues, malgré le bruit et l’odeur des moteurs mal réglés des Jeep qui n’ont pas l’air de trop indisposer les mastodontes qui promènent leurs petits…

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ou ceux qui barrent le chemin !

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A vrai dire, on avait déjà eu un avant-goût de rencontre inattendue avec ce prodigieux animal qui nous semble si familier, dont la démarche tranquille est marquée par la grâce. Au bord de la route, à plusieurs kilomètres du parc, ces deux-là avaient l’air de nous dire : On sait bien que vous ne pouvez pas nous donner à manger ni même nous serrer la trompe…

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Des oiseaux par milliers, des paons sauvages qui ne se font pas prier pour se montrer.

d0ad8054-80e4-4d8d-83ae-1613e63e007eLe coq sauvage de Lafayetteemblème national et variété endémique du Sri Lanka.

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IMG_1934Un aigle huppé sur son arbre perché !

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945c72e6-bbba-4d92-bef6-5928ff2fdac6Un troupeau de buffles tout aux joies du bain…

IMG_1932IMG_1933Au bord d’une onde pure, un marabout surveille le crocodile solitaire…

PS J’ai appris cette nuit la disparition d’André Previn, qui a manqué de quelques semaines son 90ème anniversaire. Je lui avais en quelque sorte rendu un hommage anthume à l’occasion de la publication d’un beau coffret Sony/RCA : Génération Bernstein et André Previn l’éclectique

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Ma tasse de thé

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J’ai apprécié de visiter Kandy, l’ancienne capitale royale du Sri Lanka, et son célèbre Temple de la Dent, où repose la seule relique avérée – une dent – de Bouddha(voir les photos ici : La Dent sacrée)

Mais c’est une émotion beaucoup plus intense que j’éprouve depuis ce matin et mon arrivée près de Nuwara Eliya. Deux nuits à passer ici, à 2000 m d’altitude, dans le village le plus haut perché du Sri Lanka.

IMG_1774(Sur la route de Kandy à Nuwara Eliya)

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IMG_1776(la compagnie Damro est propriétaire de milliers d’hectares de thé)

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IMG_1805La montagne est couverte de plants de thé à perte de vue. Les buissons de thé peuvent vivre 60 ans, mais tous les cinq ans ils sont remplacés pour conserver toujours la même taille (c’est le système des bonzai). Ce sont les femmes, essentiellement d’origine tamoule, qui se consacrent à la cueillette des feuilles de thé, elles ont chacune leur secteur qu’elles connaissent par coeur, qu’elles veillent amoureusement. Et l’une des plus touchantes manifestations de l’âme humaine qu’il m’ait été donné d’entendre, c’est le rire joyeux, les conversations animées de ces femmes au travail dans une montagne si pleine de silence. Et leur immense sourire lorsqu’elles acceptent d’être photographiées.

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Lorsque les petits de l’école élémentaire sortent de classe, ils sont encadrés par un adulte, raccompagnés dans leur village…. comme un berger ramène le troupeau le soir venu.

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IMG_1813Et au milieu du village du haut, de grands jardins potagers, poireaux, carottes, salades, et autres légumes par milliers. Le thé n’est pas la seule ressource de la montagne sri-lankaise.

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Sur le chemin qui contourne le village haut, les plus âgés des habitants rendent timidement le salut qu’on leur fait, un homme à moto nous interpelle en anglais, curieux de voir des touristes en des lieux où ils ne s’aventurent pas d’ordinaire, il se présente comme le pasteur de la communauté (les Tamouls, majoritaires ici, sont chrétiens ou hindouistes), et nous souhaite une belle visite. Puis des enfants viennent à notre rencontre, tout sourire…

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Ceux qui rentrent de l’école n’ont pas encore eu le temps d’ôter leurs uniformes. Nous les quittons à regret, et sur le chemin du retour vers le lodge installé au milieu des champs de thé, d’autres nous hèleront, avec de grands signes de la main.

Jamais je ne me serai senti aussi peu étranger. Le rire de ces cueilleuses de thé, le sourire désarmant de ces enfants, leur chaleur spontanée à notre égard, quelle leçon d’humanité !

Sanctuaires

IMG_1607Dans cette « province centrale » – c’est son appellation administrative.. et géographique ! – du Sri-Lanka où je me trouve depuis trois jours, je ressens ce quelque chose de pur et d’essentiel que je n’avais pas rencontré ailleurs en Asie, sauf peut-être du côté du lac Inle en Birmanie.

La douceur des paysages, la sérénité dans la luxuriance, la retenue et la gentillesse dans l’attitude des Sri-Lankais, et surtout l’absence d’artifices dans les lieux sacrés, pas de marchands du temple, d’échoppes de souvenirs à bon marché. La simplicité des sanctuaires voués à Boudha. N’était quelques groupes de Japonais pressés et empressés, les touristes, beaucoup de germanophones, n’ont pas détruit l’esprit des lieux.

 

Les témoignages de plusieurs touristes, les mises en garde de mon voyagiste, m’ont dissuadé, à tort peut-être, de tenter l’ascension du piton du Lion à Sigiriya, ce monolithe impressionnant qui domine la forêt alentour du haut de ses 200 mètres. Le vertige est incapacitant, rien ne sert de jouer les héros…

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À la fin du ve siècle, Kassapa I, le fils aîné provenant d’une concubine, du roi d’Anurâdhapura Dhatusena entre en conflit avec son frère cadet Moggallana. Le trône doit revenir de droit au fils légitime mais Kassyapa ne l’entend pas ainsi. Il fomente un complot et tue son père en l’emmurant vivant puis prend le contrôle de la régence et expulse son frère Moggallana qui est contraint à un exil forcé en Inde. Moggallana, en quittant son frère, l’avertit qu’il reviendra et qu’il vengera leur défunt père. Extrêmement précautionneux et paranoïaque, Kassapa qui sait qu’un jour ou l’autre son frère reviendra, lève son armée et quitte la capitale royale d’Anurâdhapura pour s’installer à Sigirîya en attendant le retour de son frère. Il choisit le site de Sigirîya en raison de l’immense rocher culminant à 370 mètres aux parois abruptes qui joue le rôle d’impressionnantes murailles et de la présence à dix kilomètres d’un tank, réservoir d’eau qu’avait jadis creusé son père. Les travaux d’aménagement du site sont relativement courts, comparé à la difficulté et à l’ampleur de la tâche à accomplir.

Kassapa fait bâtir au sommet du rocher une forteresse et il aménage au sol toute la partie qui s’étend au Sud et à l’Est du rocher où il fait édifier deux rangées de murailles et de fossés, le Nord et l’Ouest étant protégés par l’épaisse jungle qui empêche toute invasion massive. Kassapa fait trouer une percée souterraine depuis le réservoir situé au Nord-Est jusqu’au site de Sigirîya afin d’y amener l’eau courante, la pente de cette canalisation est très faible et l’écart d’altitude entre le réservoir et le site de Sigirîya n’excède pas 50 centimètres. Cependant cela suffit pour que l’eau jaillisse à Sigirîya et les jardins entourant le site sont parsemés de bassins et constellés de petites fontaines. Cette eau est acheminée jusqu’au sommet du rocher par un procédé de citernes sans aucune force humaine et elle s’écoule au sommet alimentant la piscine du roi, et les différents réservoirs destinés à l’arrosage des jardins et à la toilette des membres de la cour.

Les escaliers

Kassapa poste ses gardes autour du rocher dans les jardins aménagés derrière les murailles, les constructions épousent habilement les formes géologiques du site, tantôt une grosse pierre sert de mur et de fondation, tantôt une anfractuosité dans la roche sert de soutien à une toiture… Cette utilisation ingénieuse de la nature environnante permit entre autres d’accélérer les travaux. Les gardes sont tous placés sur des promontoires à la surface exagérément petite et chaotique, toute perte de vigilance ou assoupissement entraînant la chute de la sentinelle.

Une fois les travaux de gros œuvre achevés, Kassapa s’installe dans son palais où il demeure, craintif, la plus grande partie de son temps. Il est entouré de sa cour composée de servants, de valets, d’hommes de main, de confiance et de ses courtisanes. La légende dit que le roi Kassapa était entouré de mille courtisanes, les demoiselles de Sigirîya. Il fait peindre, dans un style proche de celui d’Ajantâ, dans une large anfractuosité de la roche de la face sud du rocher, à mi-hauteur, les portraits de pied ou de buste de toutes ces demoiselles – ou plus probablement des apsarâs, au nombre de vingt-et-une – toutes différentes.

Pendant dix-huit ans, Kassapa vit reclus dans sa forteresse attendant au milieu de sa cour plutôt féminine le retour de son frère Mogallana. Durant ce temps, Mogallana réfugié en Inde, lève une armée avec l’aide d’un râja et traverse le détroit de Palk qui sépare le continent indien de Ceylanpuis fait directement route vers Anurâdhapura qu’il trouve complètement abandonnée. Il obtient des renseignements qui lui permettent de retrouver son frère parricide à Sigirîya.

Alors que Kassapa séjourne tranquillement au sommet de son rocher, il voit arriver par le Sud et par l’Est des troupes qu’il identifie aussitôt : son frère est de retour. Kassapa boucle les jardins et met la garde en alerte pour le combat qu’il pense forcément gagné étant donné l’avantage que lui confère sa position. Mogallana, en fin stratège, déploie ses troupes autour du site et l’assiège, attendant que son frère descende au combat. Mais, Kassapa avait pensé à tout, sauf au ravitaillement en cas de siège. Après à peine une semaine, Kassapa épuisé par la faim descend et se livre, sans combat, à son frère aîné qui l’exécute.

Mogallana reprend la régence et Sigirîya est à jamais abandonnée.

Il faut préciser que la version exposée ci-dessus, s’inspirant de celle, rédigée seulement au xiiie siècle par des chroniqueurs bouddhistes hostiles à Kassapa1, a toujours été reconnue comme partiale et sujette à caution. Etablissant un parallèle avec le poème du « Nuage Messager » du célèbre dramaturge indien Kalidasa(Meghaduta, Les Belles Lettres, 1967), le grand orientaliste cinghalais Senarat Paranavitana a bouleversé l’interprétation du site en y voyant une figuration du Mont Kailash, demeure himalayenne du dieu hindou Kubera, dont le but aurait été de légitimer le règne de Kassapa en divinisant celui-ci2.

Plus récemment, dans un roman très documenté, intitulé « Sigiriya, le Rocher du Lion » (Editions Argemmios, 2012) l’écrivain français Alain Delbe imagine que le roi Kassapa fait le récit de sa vie à un conteur et brigand ayant accepté de Moggallana la mission de l’assassiner. Outre que Sigiriya s’avère un palais dédié à Shiva, se dévoile un portrait de Kassapa qui, loin de l’image du roi mégalomane et paranoïaque, révèle un être engagé dans une véritable quête mystique et artistique. (Source Wikipedia)

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Hier c’était la visite, à 500 marches de hauteur, du sanctuaire de Dambulla, une impressionnante galerie troglodytique de statues du Boudha dans ses trois positions, debout, couché ou assis en méditation, et de peintures rupestres.

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IMG_1550D’autres photos à voir ici : Les grottes de Buddha

On a nettement moins aimé la statue dorée qui a donné son nom au site (le Temple d’Or), qu’on croirait tout droit sortie d’un Disneyland chinois…

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Serendipité

Je n’avais qu’une vague idée du Sri-Lanka – que je continuais dans mon imaginaire d’appeler Ceylan (le thé !). Une opportunité s’est offerte il y a peu de découvrir cette île. Je ne regrette pas de l’avoir saisie !

Une explication du titre de ce billet : le Sri-Lanka a porté beaucoup de noms au cours de son histoire, ce sont les Arabes qui la désignaient par Serendip :

Depuis une dizaine d’années, le nom sérendipité est entré dans l’usage en français. Il s’agit d’un emprunt de l’anglais serendipity, « don de faire par hasard des découvertes fructueuses », un mot créé par Horace Walpole et qu’il avait tiré d’un conte oriental, Les Trois Princes de Serendip (1754), Serendip ou Serendib étant une ancienne transcription anglaise de Sri Lanka, ce dernier étant lui-même composé du sanscrit Sri, « souveraineté, richesse, éclat », et Lanka, primitivement Langkâ, que l’on a rapproché du grec lagkanein, « obtenir par le sort ». Serendip est donc cette terre bénie des dieux où la fortune semble être offerte à chacun.

On constatera avec étonnement que c’est sur leur propre territoire que les habitants du Sri Lanka ont placé cette possibilité d’obtenir richesse et prospérité. (Source: Dictionnaire de l’Académie française)

Arrivé dans la nuit de lundi à mardi, j’ai d’abord trouvé Colombo, la capitale, quasi-déserte en ce 19 février 2019. Et pour cause, les jours de pleine lune sont fériés dans ce pays aux trois quarts bouddhiste, on préparait le grand défilé nocturne de la Poya.

Il y a des capitales plus imposantes, plus riches en sites et monuments. Colombo a encore le charme de son passé portugais, hollandais et britannique. Après la quasi-guerre civile qui a déchiré le pays, opposé les communautés tamoule et cinghalaise pendant près de trente ans, le Sri-Lanka vit sous le régime d’une « république démocratique socialiste » fortement soutenue par la Chine. La Chine qui a vu tout le bénéfice qu’elle pouvait tirer de cette position stratégique dans l’Océan Indien, la Chine qui investit massivement et méthodiquement dans les infrastructures et l’économie du pays (voir les photos ici :  Colombo)

Après Colombo, ses fêtes de la pleine lune et ses encombrements du lendemain, cap vers le nord, au centre de l’île, la première capitale, les premiers lieux du bouddhisme. Une nature luxuriante, un silence millénaire, le dépouillement, la pureté des premières constructions, les sites sacrés de Mihintale et Anurâdhapura

Mihintale et son Boudha blanc en promontoire

Plus de 1800 marches pour accéder au plateau sacré de Mihintale !

Singes et vaches sacrées en libertéL’une des deux « pierres de lune » (Sandakada pahana) – 3ème siècle av.J.C. – retrouvées intactes sur l’île.

Les stupas ou dagobas, les plus grandes et anciennes constructions au monde après les pyramides d’Egypte

Un éléphant à tête de cobra autour de la « piscine » des moines

La plus ancienne construction de l’île, 3ème siècle avant notre ère.Le pilier d’or qui soutient le plus vieil arbre sacré de l’île

K. père et fils

Ce qu’il y a de sympathique dans des soirées comme Les Victoires de la Musique classique, c’est qu’on peut y croiser évidemment beaucoup de professionnels… et de musiciens qui se trouvent être parfois aussi des amis !

Ainsi les hasards du placement dans la grande salle de La Seine Musicale m’ont amené tout près d’un musicien que j’admire depuis longtemps, avec qui j’ai eu le bonheur de lancer plusieurs projets discographiques, et qui, mercredi soir, était présent comme supporter d’un  autre magnifique musicien, son fils. Je veux parler de Jean-Jacques Kantorow, grand violoniste et chef d’orchestre, et d’Alexandre Kantorow, magnifique pianiste que le public du Festival Radio France avait pu applaudir en 2016 (à 19 ans!).

Alexandre concourait dans la catégorie « Révélation Soliste instrumental » aux côtés d’un autre pianiste très talentueux, Théo Fouchenneret (qui lui inaugurera la série Découvertes du Festival Radio France 2019 le 11 juillet !) et du guitariste Thibaut Garcia (lui aussi invité des dernières éditions du festival occitan). Le pronostic du père – soutien d’un grand label, campagne médiatique bien organisée – penchait en faveur du guitariste. Pronostic confirmé, sans surprise.

Je ne vois, quant à moi, pas l’intérêt de voter pour départager de jeunes talents en devenir : les téléspectateurs ont pu entendre les trois « nommés », ils étaient tous les trois exceptionnels. Alexandre Kantorow n’avait pas choisi la facilité avec l’ébouriffant finale du 2ème concerto de Tchaikovski, à écouter ici à 1h3 !

L’un des premiers disques du pianiste  est un duo avec son père, dans des répertoires peu courus :

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On n’a pas de peine à imaginer que le jeune homme poursuivra une trajectoire victorieuse… avec ou sans trophée ! Il n’a rien d’un météore..

Le père, Jean-Jacques, je l’ai découvert comme violoniste. D’une virtuosité flamboyante.

 

C’est avec lui que j’ai découvert le Chevalier de Saint-Georges

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Mais c’est comme chef d’orchestre que je vais mieux connaître Jean-Jacques Kantorow, lorsque l’Orchestre philharmonique royal de Liège est sollicité à l’été 2010 par Naïve pour un disque de concertos avec Laurent Korcia. Le violoniste français a demandé à être « en confiance » avec un chef de son choix : son aîné se révélera précieux au fil de sessions parfois compliquées par les humeurs changeantes du soliste. Résultat : un disque magnifique, multi-récompensé !

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Pour les musiciens de l’OPRL, Jean-Jacques Kantorow est une révélation : déployant des trésors de patience il est d’une exigence constante et souriante qui en impose à tous. Forts de cette première expérience réussie, nous allons programmer plusieurs autres projets, comme cette intégrale concertante d’un compositeur Lalo mal-aimé du disque

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Juste avant que je ne quitte la direction de l’OPRL, nous lancerons une nouvelle aventure chez  Musique en Wallonie, la musique concertante et symphonique d’Ysaye.

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Il y a quelques mois sortait ce couplage inédit de deux concertos finnois :

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Mais le bonheur de revoir Jean-Jacques Kantorow mercredi soir a été ravivé, s’il en était besoin, par l’annonce qu’il m’a faite de la réalisation prochaine chez BIS d’un projet que j’avais nourri depuis plus de dix ans, dans la ligne éditoriale qui est la marque de la phalange liégeoise : l’intégrale des symphonies de Saint-Saëns, avec Thierry Escaich sur les grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique pour la 3ème symphonie. Dejà impatient !

Quelles victoires (suite) ?

J’ai eu l’honnêteté… et le malheur (relatif !) d’annoncer hier sur Facebook que j’assistais aux 26èmes Victoires de la Musique classique à la Seine Musicale. En plus, il m’aurait été difficile de le cacher, puisque j’étais placé juste derrière les « nominés » en compétition et que, dès l’annonce des résultats, les caméras faisaient un gros plan sur le ou la récompensé(e) et sur ses camarades moins chanceux (revoir la cérémonie ici : Les Victoires de la musique classique 2019)

De la part d’excellents amis que je respecte et dont j’apprécie le jugement, je me suis attiré des commentaires de ce type : « Bof, bof bof »… « le jour où elles cesseront d’être les victoires des majors du classique, et où la musique ancienne y aura sa place, pourquoi pas? » … « ah bon? » … « très contournable »… « J’ai suivi héroïquement ce long pensum d’auto-glorification…Quelle purge ! Le mot « prestige » a été au moins cinq fois utilisé : mais qu’en a-t-on à faire, du « prestige » ? Les vrais musiciens et les vrais mélomanes ne jouent pas ou n’écoutent pas pour icelui, sinon, ce ne sont que des bêtes de cirque. Deux ou trois jolis moments, mais rien de vraiment mémorable. A part cela, quand donc les préposé(e)s à l’animation télévisuelle ou radiophonique cesseront-ils de dire: « Tartempion va nous interpréter ceci ou cela ? » Ce sont des œuvres et non des publics qu’on interprète, non ? »

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Alors que répondre à mes aimables « commentateurs » sur cette 26ème édition ? En effet, les jeux paraissaient faits d’avance, Warner – pour ne pas les citer – a raflé la plupart des récompenses (Nicholas Angelich, Thibaut Garcia); en effet, la musique ancienne et baroque a été réduite à la portion congrue (pourquoi le concerto à 4 claviers de Bach joué au piano ?); en effet, ça donnait un peu l’impression d’un « entre soi ». Sauf que les primés le valent tous, et qu’aucune récompense n’est indigne.

Pour le reste, je n’ai pas grand chose à changer aux billets que j’avais écrits l’an dernier (à Evian) et il y a deux ans (à la Maison de la radio)

Victoires jubilaires : ….Sur le nombre de récompenses, la sélection des « nommés », les votes de la profession, les critiques n’ont jamais manqué et n’épargneront pas ces 25èmes Victoires. Je constate simplement que le tableau d’honneur de cette soirée était à nouveau très impressionnant, qu’aucun des nommés, a fortiori aucun des récipiendaires de cette année n’était indigne d’y figurer, bien au contraire. Le plus surprenant – qui atteste d’ailleurs de l’incroyable foisonnement de talents français dans cette discipline – est peut-être que les prix de la Révélation du soliste instrumental et du meilleur Soliste instrumental soient allés à deux violoncellistes, quasiment du même âge, les excellents Bruno Philippe et Victor Julien-Laferrière….

On est moins convaincu par l’utilité d’un vote pour le « meilleur compositeur » de l’année, comme si on pouvait juger de l’oeuvre et du travail d’un compositeur dans ce genre de compétition

Quelles victoires ? 

J’avais repris cette vigoureuse apostrophe d’Arièle Butaux : « Chaque année, des grincheux masochistes se collent devant leur écran de télévision pour dézinguer en direct sur les réseaux sociaux les victoires de la musique. On se pince le nez, on déverse son fiel entre «gens qui savent». Trois heures de musique classique à une heure de grande écoute, accessible à tous, quelle faute de goût! La musique, on voudrait la confisquer, se la garder entre initiés, éviter surtout que des néophytes se prennent d’amour pour elle et en voient leur vie embellie à jamais . La musique, c’est chasse gardée! Ah oui mais hier, la musique s’est rebiffée! Avec les armes redoutables de ses meilleurs serviteurs : le talent et la générosité.

J’ajoutais :

…j’ai cru comprendre, en lisant nombre de réactions sur les réseaux sociaux, que le spectacle audio-télévisé avait été nettement moins bon que celui…vécu sur place. Décalage permanent entre le son et l’image, « mise en scène » discutée et discutable, etc.

A titre personnel, je n’aime pas beaucoup les choix esthétiques de la maison de production qui réalise ce type de soirées, les éclairages disco censés saturer l’espace, comme si, s’agissant de musique classique, on avait peur du vide ou du silence. Mais rien n’est plus difficile et exigeant que de filmer des musiciens, en direct de surcroît. On ne va pas jeter la pierre aux rares producteurs français qui en sont capables, et qui se battent pour exister sur un marché de plus en plus exigu.

Je pourrais aussi critiquer la longueur d’une telle soirée…

IMG_1297(Un hommage bien inutile à un musicien en service minimum, Lang Lang – « la grande valse brillante » (sic) de Chopin expédiée avec ses maniérismes habituels et un minuscule extrait de la musique de Yann Tiersen pour Amélie Poulain)

Ce 13 février 2019, on a donc retrouvé peu ou prou les qualités et les défauts déjà notés lors des précédentes éditions. Beaucoup ont regretté l’absence de Frédéric Lodéon – mais il avait annoncé l’an passé que c’était la « der des der » pour lui ! – Les deux présentatrices de la soirée paraissaient comme intimidées, mal à l’aise – et dans ce domaine de la musique dite classique, l’incompétence ou l’ignorance s’entend vite, quelques efforts de préparation qu’on ait pu faire… Pourquoi cette présentation ridicule de Friedrich Gulda, et de son iconoclaste concerto pour violoncelle, au demeurant très bien joué par Edgar Moreau ?

(Ici un extrait de ce même concerto, donné à Liège en janvier 2013 par Alban Gerhardt, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et Christian Arming)

Pourquoi ces digressions minaudantes sur le sublime adagio du 23ème concerto de Mozart, joué avec une poésie admirable par le très talentueux Théo Fouchenneret ? Jusqu’à d’ailleurs se tromper lorsqu’on risque une petite explication musicologique ou historique… sur le concerto pour violoncelle de Haydn joué par Jean-Philippe Queyras…

Enfin et c’est le plus contestable, pourquoi attendre la fin de la cérémonie, minuit étant largement dépassé, pour remettre la Victoire Révélation soliste instrumental ? 

Un grand bonheur : cette Victoire si méritée pour Stéphane Degout !

Le débat est loin d’être clos. Peut-on suggérer à l’équipe des Victoires de la musique  classique de regarder par exemple ce que font les Allemands avec leur soirée Echo KlassikDu show, des paillettes, oui mais le respect des musiciens et du public, et une qualité de captation sonore incomparable.

Et puisqu’on est le soir de la Saint-Valentin, cette chanson de circonstance One Night of Love par l’une des sopranos les plus sensuelles que le monde lyrique ait connues, (1932-2006)

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Monument

Pas plus tard qu’en septembre dernier, à l’occasion d’une sympathique petite cérémonie à France Musique, Arnaud Merlin – l’une des voix du jazz sur l’antenne – me donnait des nouvelles d’André Francis (de son vrai nom André Brut).

Voici qu’on apprend que l’un des producteurs les plus emblématiques de Radio France – pas seulement France Musique – est mort paisiblement dans sa 94eme année…

J’ai eu la chance de côtoyer ce monument, et même d’essayer de le diriger (comme directeur de France Musique). Tant de souvenirs me reviennent de ce fort caractère qui connaissait tout et tout le monde.

Deux surgissent au moment de lui rendre hommage.

D’abord l’incroyable soirée que ses amis producteurs, musiciens et la direction de la chaîne avaient organisée pour les 50 ans de présence ininterrompue d’André sur les ondes de Radio France…et une retraite à laquelle, lois du travail obligent, il avait dû se résoudre. Ce devait être en 1995 ou 1996. J’imagine que France Musique va retrouver trace de cette soirée.

Autre souvenir. Après la disparition de Michel Petrucciani il y a vingt ans (Michel qui avait bien entendu participé à la soirée Francis), le 24 janvier 1999, à la demande instante du nouveau PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada – qui n’avait finalement pas daigné paraître à cette soirée !! – c’est André Francis qui s’était spontanément proposé de prendre les contacts pour rendre au fantastique pianiste l’hommage qui lui était dû. Et ce fut de nouveau une incroyable soirée !

Je ne sais où sont passés – si même ils ont été répertoriés et archives – les milliers de bandes qu’André Francis conservait dans son bureau et chez lui…

Un grand serviteur du jazz s’en va. Son œuvre demeure.