L’un de mes regrets de mes années passées à côtoyer de près ou d’un peu plus loin des orchestres, à Genève (l’Orchestre de la Suisse romande), à Paris (l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France) ou à Liège, est de ne pas avoir eu ou pris le temps d’assister à plus de répétitions avec les chefs titulaires ou invités.
C’est pourtant la partie la plus passionnante du travail d’interprétation musicale, même si évidemment rien ne remplace le choc du concert, de la rencontre entre chef, orchestre et public.
Parmi les documents qu’on peut maintenant trouver sur YouTube, une sélection de mes « préférés »‘
Je tiens de Günther Herbig qui fut l’un de ses rares « élèves » à Berlin le souvenir d’un Karajan qui ne cédait jamais avant d’obtenir exactement le son, l’intention, qu’il souhaitait, mais aussi qui ne faisait jamais travailler que les points compliqués.
On a tout dit, tout écrit sur celui qui quittera la direction musicale de l’orchestre de Paris à la fin de cette saison. En l’écoutant, en le voyant répéter, on comprend les raisons de sa réussite (lire les articles que je lui ai consacrés sur Bachtrack)
Cadeau
C’est l’un des premiers disques en stéréo de Carlo Maria Giulini, un compositeur – Boccherini – auquel il n’est jamais revenu.
Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog.
Finalement je l’ai acheté ce coffret, ces 37 CD qui restituent l’intégralité des enregistrements du pianiste pour EMI, et même un disque de sonates de Haydn déjà paru dans un coffret RCA.
Pourtant la dernière prestation d’Alexis Weissenberg (1929-2012) à laquelle j’ai assisté en 1997 ou 1998 m’a laissé un souvenir terrible. C’était un concert organisé par une grande école parisienne avec je ne sais plus quel orchestre, c’était au Palais Garnier, et à force de pressions, France Musique avait été obligée de capter ce concert, dirigé par Yehudi Menuhin avec en soliste Alexis Weissenberg. Au programme figurait le concerto n°9 de Mozart, c’était mal parti le pianiste bousculait déjà le premier mouvement, mais le comble de la confusion fut atteint dans le rondeau final. Weissenberg avalait les notes et les traits à une telle vitesse qu’il était impossible pour Menuhin et l’orchestre de suivre le soliste. On eut donc ce résultat, digne d’un Tom and Jerry, avec un pianiste posant le dernier accord deux bonnes minutes avant l’orchestre. Nous étions plusieurs, assis dans la salle, à nous regarder effarés par un tel naufrage. Cela n’empêcha pas une salle d’invités d’applaudir à tout rompre…et les organisateurs de s’assurer que France Musique avait bien diffusé l’exploit en direct. Je leur expliquai que non ce n’était pas du direct et que pour la diffusion on aviserait ultérieurement….
Quelques années après, allant féliciter un pianiste qui venait de jouer au Théâtre des Champs-Elysées, je vis devant moi dans le couloir qui menait à sa loge, un très vieux monsieur tout voûté avançant à pas lents. Je mis un peu de temps à reconnaitre Alexis Weissenberg, qui était alors dans sa soxantaine. Ce n’est qu’après sa mort que j’apprendrai, comme le monde musical, l’un des secrets les mieux gardés, la maladie de Parkinson qui l’avait touché dès le début des années 80.
Mais Alexis Weissenberg je l’avais souvent vu à la télévision, merci le Grand Echiquier de Jacques Chancel (en particulier lors de cette soirée mémorable avec Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin (à voir sur ma chaîne YouTube). Et une première fois en récital à Poitiers. Je m’étais fait dédicacer son tout nouveau disque du 5e concerto de Beethoven dirigé par Karajan…
Je me rappelle des critiques sur ces concertos de Beethoven qui, étonnés par les bizarreries de la prise de son, se demandaient si le piano n’avait pas été enregistré séparément de l’orchestre, puis mixé pour le disque…
En réalité, Alexis Weissenberg est un artiste à part. Cette sorte d’objectivité, de droiture diront certains, dans l’approche des oeuvres, de Bach à Chopin, de Schumann à Ravel, surprend encore aujourd’hui ceux qui s’attachent à la qualité du son, ou à l’engagement du musicien dans l’oeuvre. Au moins ne risque-t-on pas la monotonie, même si on est plus d’une fois bousculé dans ses certitudes !
Une décennie après
Je me demandais l’autre soir à Liège où j’avais entendu pour la dernière fois le pianiste ouzbek Behzod Absudarimov.
Maintenant, grâce à ce blog, j’en retrouve la trace. C’était en 2015 dans le tout nouvel Auditorium de Radio France. Behzod faisait ses débuts parisiens dans le 3e concerto de Prokofiev.
« On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt «
Dans le 1er concerto de Tchaikovski jeudi à Liège c’était, onze ans après, la même impression de « calme puissance » :
Intéressant de comparer ces deux visages du piano d’hier et d’aujourd’hui.
Cadeau
Plus personne aujourd’hui ne joue en concert la 2e symphonie de Borodine, ni ne l’enregistre plus. Dans la discographie de Carlos Kleiber,il y a cette archive prodigieuse de 1972.
Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog
Le grand chef hollandais Bernard Haitink, disparu il y a cinq ans, a déjà bénéficié de magnifiques rééditions de sa discographie, d’abord avec le Concertgebouw d’Amsterdam, puis au printemps dernier avec l’orchestre philharmonique de Londres. Restait à rassembler les enregistrements réalisés à Berlin, Vienne ou Boston, où le chef était régulièrement invité.
31 CD
Mahler Symphonies Nos. 1-7; Symphony No. 9; Symphony No. 10; Lieder eines fahrenden Gesellen (BPO) Poulenc Organ Concerto (Thomas Hurford) Mark-Anthony Turnage Some Days (orch.jeunes Communauté européenne) Schumann Cello Concerto, Op. 129; Adagio & Allegro, Op. 70; Fantasiestücke, Op. 73; 5 Stücke im Volkston, Op. 102 (Heinrich Schiff) Stravinsky The Firebird; Scherzo à la russe; Petrushka; Scènes de ballet; Le Sacre du Printemps; Pulcinella (BPO) Violin Concerto (David Oistrakh, orch. Lamoureux) Beethoven Fidelio (Norman, Dresde) Berlioz Symphonie fantastique (VPO) Brahms Symphonies Nos. 1-4; Tragic Overture, Op. 81 (Butry sur Oise) Piano Concerto No. 2 (Ashkenazy VPO) Ein deutsches Requiem, Op. 45; Schicksalslied, Op. 54, Nänie; Alt-Rhapsodie; Haydn Variations (VPO) Bruckner Symphony No. 3; Symphony No. 4; Symphony No. 5; Symphony No. 8; Te Deum (VPO) Ravel Daphnis et Chloé; La Valse; Rapsodie espagnole; Menuet antique; Ma mère l’oye; Boléro; Alborada del gracioso; Le Tombeau de Couperin; Valses nobles et sentimentales (BSO)
BPO : orchestre philharmonique de Berlin / VPO : orchestre philharmonique de Vienne / Butry sur Oise : orchestre symphonique de Boston)
Très peu de redécouvertes, mais quelques surprises, comme une symphonie fantastique plus poétique que frénétique, tout un ensemble Ravel qui bénéficie de la tradition bostonienne forgée par Munch et Ozawa.
Pour Mahler et Bruckner, la comparaison entre les captations réalisées à Amsterdam, puis plus récemment à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise, n’est pas sans intérêt, même si les permanences de l’art du chef – lisibilité, fluidité, plus que monumentalité – se coulent dans les spécificités sonores des Berlinois ou des Viennois.
Le piano d’Aline van Barentzen
J’avais jadis un ou deux disques de la collection économique Trianon chez EMI, des sonates de Beethoven entre autres, d’Aline van Barentzen (1897-1981) dont ma professeure de piano au conservatoire de Poitiers avait été l’élève au conservatoire de Paris. Je désespèrais de jamais retrouver cela en CD, jusqu’à ce que je découvre au début de l’été un coffret publié par Meloclassic, 9 CD remplis de pépites
Comment se fait-il que cette artiste ait une discographie aussi mince, en dehors de ces heureuses captations de concert ?
On ne m’en voudra pas d’aller rechercher – de retour du Brésil – ces précieux témoignages de la collaboration entre le plus grand compositeur brésilien du XXe siècle, Heitor Villa-Lobos, et la pianiste franco-américaine.
Warner serait bien inspiré de rééditer au moins les quelques enregistrements réalisés pour La Voix de son Maître, ses Beethoven en particulier !
Jörg Demus chez Schumann
Lorsqu’il est mort en 2019, j’avais fait un portrait très personnel de Jörg Demus : Le piano poète. Encore un artiste dont la discographie est dispersée ô combien! Dans la même collection Meloclassic, j’ai repéré un double album pour l’essentiel consacré à Schumann et à des prises de concert réalisées à Dresde.
Et toujours dans mes brèves de blog, les grands bonheurs et les petits malheurs de ces derniers jours.
J’ai eu la chance d’entendre ce lundi soir à Colmar une magnifique version de concert du chef-d’oeuvre de Grieg, Peer Gynt, dirigée par Alain Altinoglu à la tête de son formidable orchestre de la Monnaie (lire sur Bachtrack : Les promesses tenues d’Alain Atinoglu à Colmar).
Ce n’est pas la première fois, loin de là, que j’évoque dans ce blog, la discographie de Peer Gynt.
Il y a un tropisme particulier des chefs britanniques pour Grieg.
à commencer par le plus jeune, Edward Gardner, qui a été dix ans aux commandes de l’orchestre de Bergen, chez Edvard Grieg donc, Ed Gardner que j’ai été si heureux d’inviter à Liège dans ses premières années
Et puis il y a celui qui m’a révélé cette partition dans sa presque totalité, l’admirable Thomas Beecham
Et encore John Barbirolli et sa version presque « authentique » (Hardanger compris)
Et puis il y a cette découverte récente, un chef que je trouvais de second rang, Jeffrey Tate, à qui on avait confié rien moins que l’orchestre philharmonique de Berlin pour une version qui, de bout en bout, captive et surprend
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L’Orchestre national de France avait inscrit au programme de son concert jeudi dernier deux oeuvres contemporaines, mais vraiment sans rapport l’une avec l’autre (lire mon papier sur Bachtrack) Sur Alexandre Nevski de Prokofiev, j’ai déjà presque tout dit (Alexandre Nevski et le lac gelé).
En revanche j’ai rarement évoqué un pan considérable de la production d’un compositeur que je chéris de longue date, Erich Wolfgang Korngold (lire Entre Bruges et Toulouse), ses 18 musiques de film pour Hollywood. Le concert de jeudi proposait la suite tirée de la bande originale des Aventures de Robin des Bois.
Les plus grands chefs n’ont jamais dédaigné ces partitions si luxuriantes orchestralement.
Quelle émotion que d’entendre le compositeur lui-même diriger la bande originale d’un autre succès hollywoodien Captain Blood !
On recommande très chaudement ce coffret magnifique (et la lecture de l’article de Classica qui en révèle l’origine !)
André Previn (1929-2019) n’a, lui non plus, jamais cessé de promouvoir Korngold, sans séparer artificiellement sa musique « sérieuse » de sa musique de film.
Korngold s’est aussi révélé un formidable arrangeur, pour les besoins du cinéma, comme ici – c’est encore lui qui dirige et joue du piano !- pour Magic Fire
ou Le songe d’une nuit d’été
Et comme le concerto pour violon (1945) de Korngold a longtemps été qualifié, avec mépris, de hollywoodien, alors qu’il a été créé par Jascha Heifetz en 1947, j’en profite pour remettre en évidence un disque dont je suis particulièrement fier – il a d’ailleurs été salué d’un Diapason d’Or à sa sortie (L’or des Liégeois)
C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre. Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national
La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.
Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.
Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National
Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.
Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante
A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés
On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.
Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !
Rappelez-vous les amours de Mozart, deux soeurs parmi quatre toutes musiciennes, Aloysia dont Wolfgang était amoureux, sans que cela soit réciproque, et Constance que le compositeur finit par épouser en 1782. Il faut aussi citer Josepha qui créa le rôle de la Reine de la Nuit dans la Flûte enchantée. Le patronyme de ces soeurs ? Weber.
Toutes les quatre étaient les cousines germaines d’un autre Weber célèbre, Carl Maria, né le 18 novembre 1786, mort il y a tout juste deux cents ans, le 5 juin 1826 à Londres. Mozart est donc le cousin par alliance de Weber.
Warner publie à cette occasion un coffret intéressant mais par bien des côtés insuffisant voire décevant
Il faut lire les dossiers remarquables que Diapason de juin consacre à Weber et en particulier la critique parue sur ce coffret, qui relève des oublis fâcheux.
Ainsi pas d’Euryanthe, opéra pourtant si emblématique du premier romantisme allemand, avec la version Janowski qui embarquait Jessye Norman, publiée naguère sous double étiquette EMI/Berlin Classics. Ainsi pas de version, pourtant idéale, de Keilberth du Freischütz avec l’inégalable Elisabeth Grümmer. Warner nous a habitué à des compilations plus complètes et fouillées.
Pour les ouvertures, c’est un nième recyclage de l’enregistrement de Sawallisch et du Philharmonia, multi-réédité. Pour les concertos pour clarinette, c’est Sabine Meyer avec Blomstedt. Je n’ai jamais été très fan du son si « rough » de celle que Karajan voulait embaucher à Berlin, je préfère de loin l’autre Meyer, Paul, et sa très belle version avec Günther Herbig.
En revanche, c’est un vrai bonheur – et une authentique curiosité – que cette réédition de la 2e sonate et autres oeurves pour piano par le pianiste Thierry de Brunhoff, retiré comme moine à l’abbaye d’En Calcat depuis 1974.
J’aurai d’autres occasions de faire état de mes préférences discographiques pour un compositeur que j’admire profondément comme l’essence du premier romantisme allemand.
On peut aussi lire mes humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog !
J’ai raconté dans une de mes récentes brèves de blog (Apprentis chefs) ma participation au jury parisien de présélection des candidats au concours international de chefs d’orchestre qu’organise mon ami George Pehlivanian. Première salve vendredi dernier, et seconde hier après-midi toujours dans une salle de l’Ecole normale de Musique de Paris, avec des températures qu’on peut imaginer. J’avais déjà noté la formidable qualité des deux pianistes, David et Manuel, qui ont dû jouer pas loin d’une trentaine de fois des extraits de la 1e symphonie de Brahms dans sa version à deux pianos, et répondre aux indications de ceux qui sur le podium devaient se représenter tout un orchestre devant eux. Avec des bonheurs très variés !
Ce n’est qu’hier qu’ils m’ont signalé constituer le Geister Duo, dont j’avais évidemment entendu parler, mais jamais rencontré.. d’aussi près et d’aussi bien !
Les frères sérieuxou les anti-Labèque
C’est au cours d’une brève pause, justement à propos de Brahms, que j’ai évoqué avec David et Manuel un coffret reçu il y a quelques jours, et dont j’ai commencé par écouter les Danses hongroises... de Brahms.
Alois et Alfons Kontarsky ont longtemps été le seul duo pianistique du label jaune. Et cette réédition est intéressante, ne serait-ce que pour la partie d’oeuvres contemporaines dont ils ont été les créateurs et/ou dédicatoires. Mais dans le répertoire classique, mon Dieu que c’est raide et sérieux !
Je sais maintenant pourquoi je n’ai jamais eu dans ma discothèque leur version des Danses hongroises de Brahms !
Nul besoin d’être un expert ou un critique pour comparer avec deux autres versions françaises.
C’est Christian Merlin qui pour France Musique a le mieux cerné la personnalité d’un chef allemand – Klaus Tennstedt (1926-1998)- dont Warner célèbre le centenaire de la naissance par un coffret qui regroupe les enregistrements de studio.
« L’Allemand Klaus Tennstedt (1926-1998) fut une figure très singulière d’anti-maestro, hypersensible et complexé, qui serait resté un obscur second, relégué dans la province est-allemande, si les Etats-Unis et l’Angleterre n’avaient fait de lui une star, dont l’émotion était l’alpha et l’oméga »
« A Londres, les musiciens et le public l’adulent littéralement, aimant son approche émotionnelle de la musique. Mais ce grand fumeur et buveur, doublé d’un angoissé chronique, ne se ménage pas, et le paie en 1985 d’un cancer de la gorge dont il se remet, avant de connaître toute sorte d’autres déboires de santé qui l’éloigneront progressivement de la scène » (Christian Merlin, France Musique)
Plus qu’aucun autre sans doute, c’est le concert, le « live » qui révèle le talent de ce chef.
Il y a quelques belles surprises dans ce coffret Warner – outre une intégrale Mahler déjà multi-rééditée – comme cette 8e symphonie de Bruckner que je ne connaissais pas.
Je recommande aussi chaleureusement ce coffret publié il y a une dizaine d’années :
Preuve s’il en était besoin de la place qu’occupe Felicity Lott dans nos coeurs et nos mémoires, j’ai rarement lu autant d’hommages personnels, sensibles, chaleureux à la cantatrice disparue ce 15 mai.
Ici même je rappelais les articles que je lui ai consacrés, le plus récent – Les bonheurs de Felicity Lott -, le plus ancien sur ce blog, le 30 octobre 2014 – Voisine – et celui du 23 février 2020 – Dame Felicity – à la suite de son récital à l’Athénée, la dernière fois que je l’ai entendue en concert.
Pour ceux qui l’ont aimée, et qui l’aiment toujours, comme pour ceux qui ne la connaissaient pas bien, cette interview que je viens de retrouver sur YouTube, qui date justement de février 2020, nous restitue la Felicity Lott telle que nous l’avons connue, telle qu’en elle-même elle a définitivement conquis nos coeurs.
Sa petite remarque sur la manière de l’appeler m’amuse et me conforte dans le minuscule combat que je mène et qui n’a aucune espèce d’importance : quand Arnaud Laporte lui demande comment on doit utiliser le « Dame » qu’elle portait devant son nom depuis qu’elle avait été anoblie par la reine. Elle répond : « Dame Felicity »… et surtout pas « Dame Lott ». Il en va de même avec l’équivalent masculin comme je le rappelle dans chacun de ces articles (Les planètes de Sir Adrian, Le centenaire de Sir Charles, Les bons choeurs de Sir Roger). Mais, en France, on continue de voir sur les programmes de concerts : le concert de l’Orchestre symphonique de Londres sera dirigé par Sir Simon Rattle…
Barenboim bis
Warner continue à récapituler le legs discographique, qui n’est pas mince, de Daniel Barenboim chef d’orchestre. Après ses années à l’Orchestre de Paris (lire Mon premier Barenboim), un coffret reprend les enregistrements réalisés à Chicago, qu’on avait, à vrai dire, soit négligés soit peu remarqués.
Tout n’est pas de première importance, mais on retrouve avec plaisir une séduisante intégrale des symphonies de Brahms.
En revanche, quelle raideur dans ce Tricorne bien sérieux !
Belle découverte que cette Nuit transfigurée de Schoenberg que je ne connaissais pas – et ces cordes de Chicago ! –
On ne se privera pas d’écouter cette version plutôt exotique de la Marseillaise…
Bain de jouvence
Quelle vraiment bonne idée – elles sont rares en ce moment chez les « majors » ! – que cette nouvelle intégrale des symphonies de Martinů proposée par Jakub Hrůša à la tête de son orchestre de Bamberg.
A ajouter dans ma discothèque aux versions de Neeme Järvi (aussi avec Bamberg !), Václav Neumann (avec l’orchestre philharmonique tchèque) et Jiří Bělohlávek (avec le BBC Symphony), et à bon nombre de versions éparses (Karel Ančerl, Walter Weller, Martin Turnovský, Charles Munch et Wolfgang Sawallisch pour la 6e symphonie)
L’Opéra Comique programme en ce moment la version française du chef-d’oeuvre lyrique de Donizetti : Lucie de Lammermoor, comme je l’ai déjà évoqué dans ma brève de blog du 1er mai.
Je n’avais pas vu cet extrait des dernières Victoires de la musique classique et cette formidable prestation de Sabine Devieilhe, qui n’a heureusement nul besoin de la mise en scène « gore » qu’on lui inflige à l’Opéra Comique
L’autre révélation de ce spectacle est pour moi le jeune ténor Léo Vermot-Desroches, que j’ai eu la chance d’entendre à plusieurs reprises dans des rôles moins importants ces derniers mois. Ici il incarne un Edgard magnifique, tourmenté, romantique.
Une flûte enchantée
Pour ma génération, c’était le grand flûtiste français, moins célèbre sans doute que Jean-Pierre Rampal, mais immense musicien, surtout dans ses fonctions de flûte solo de la Société des Concerts du Conservatoire puis de l’Orchestre de Paris de 1960 à 1990 : Michel Debost vient de mourir à 92 ans.
Dans le coffret récent des enregistrements de Daniel Barenboim avec l’Orchestre de Paris (voir Mon premier Barenboim), il y a tout un disque Mozart, dont je n’avais aucun souvenir, où brillent les solistes de l’orchestre dont Michel Debost.
Claviers contrastés
L’affiche était attirante : ce dimanche 3 mai, la série Piano 4 étoiles avait convié Martha Argerich et Ivo Pogorelich à donner les deux concertos de Chopin en version de chambre (avec quatuor à cordes). Et puis Martha a dû déclarer forfait en raison d’un conflit d’agenda – que non seulement l’organisateur n’a pas cherché à dissimuler et dont il a donné l’explication à son public. Et le duo s’est transformé en récital solo pour Pogorelich.
Ni mon camarade Alain Lompech ni moi, il y a trois ans, n’étions sortis très convaincus par ses dernières « apparitions » parisiennes (si l’on en croit les rédacteurs des « bios » des artistes, ceux-ci, tels la Vierge à Lourdes font des « apparitions » en concert ou sur scène…)
C’est un rituel pour le pianiste croate que de passer de longues minutes devant son piano sous un déguisement qui ne trompe personne…
Et puis on sort de ce long récital assez retourné par ce qu’on a entendu, cette sorte de chemin de rigueur qu’emprunte désormais Ivo Pogorelich qui se débarrasse de toutes ces joliesses narcissiques qui masquaient la réalité d’un talent hors normes. Lire sur Bachtrack : Le retour à Chopin d’Ivo Pogorelich
Mardi soir au théâtre des Champs-Elysées, c’était au tour de Nelson Goerner de s’inscrire dans la série Piano 4 étoiles de l’infatigable André Furno, 88 printemps au compteur !
Comptes-rendus de ces deux soirées à lire bientôt sur Bachtrack !
Une disparition
Au moment de clore ce billet, j’apprends la disparition de Pierre-François Veil. Un homme bien, un homme de bien. Je l’apercevais parfois au concert, notamment à Radio France, dont sa nièce (l’épouse de son neveu Sébastien Veil) est la PDG. D’évidence mélomane. Et puis j’ai un vague souvenir d’une rencontre, il y a cinquante ans, chez les voisins de ses parents place Vauban, où une de mes amies, Françoise C. fêtait son anniversaire. Le prénom était peu courant à l’époque.