Quelles victoires (suite) ?

J’ai eu l’honnêteté… et le malheur (relatif !) d’annoncer hier sur Facebook que j’assistais aux 26èmes Victoires de la Musique classique à la Seine Musicale. En plus, il m’aurait été difficile de le cacher, puisque j’étais placé juste derrière les « nominés » en compétition et que, dès l’annonce des résultats, les caméras faisaient un gros plan sur le ou la récompensé(e) et sur ses camarades moins chanceux (revoir la cérémonie ici : Les Victoires de la musique classique 2019)

De la part d’excellents amis que je respecte et dont j’apprécie le jugement, je me suis attiré des commentaires de ce type : « Bof, bof bof »… « le jour où elles cesseront d’être les victoires des majors du classique, et où la musique ancienne y aura sa place, pourquoi pas? » … « ah bon? » … « très contournable »… « J’ai suivi héroïquement ce long pensum d’auto-glorification…Quelle purge ! Le mot « prestige » a été au moins cinq fois utilisé : mais qu’en a-t-on à faire, du « prestige » ? Les vrais musiciens et les vrais mélomanes ne jouent pas ou n’écoutent pas pour icelui, sinon, ce ne sont que des bêtes de cirque. Deux ou trois jolis moments, mais rien de vraiment mémorable. A part cela, quand donc les préposé(e)s à l’animation télévisuelle ou radiophonique cesseront-ils de dire: « Tartempion va nous interpréter ceci ou cela ? » Ce sont des œuvres et non des publics qu’on interprète, non ? »

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Alors que répondre à mes aimables « commentateurs » sur cette 26ème édition ? En effet, les jeux paraissaient faits d’avance, Warner – pour ne pas les citer – a raflé la plupart des récompenses (Nicholas Angelich, Thibaut Garcia); en effet, la musique ancienne et baroque a été réduite à la portion congrue (pourquoi le concerto à 4 claviers de Bach joué au piano ?); en effet, ça donnait un peu l’impression d’un « entre soi ». Sauf que les primés le valent tous, et qu’aucune récompense n’est indigne.

Pour le reste, je n’ai pas grand chose à changer aux billets que j’avais écrits l’an dernier (à Evian) et il y a deux ans (à la Maison de la radio)

Victoires jubilaires : ….Sur le nombre de récompenses, la sélection des « nommés », les votes de la profession, les critiques n’ont jamais manqué et n’épargneront pas ces 25èmes Victoires. Je constate simplement que le tableau d’honneur de cette soirée était à nouveau très impressionnant, qu’aucun des nommés, a fortiori aucun des récipiendaires de cette année n’était indigne d’y figurer, bien au contraire. Le plus surprenant – qui atteste d’ailleurs de l’incroyable foisonnement de talents français dans cette discipline – est peut-être que les prix de la Révélation du soliste instrumental et du meilleur Soliste instrumental soient allés à deux violoncellistes, quasiment du même âge, les excellents Bruno Philippe et Victor Julien-Laferrière….

On est moins convaincu par l’utilité d’un vote pour le « meilleur compositeur » de l’année, comme si on pouvait juger de l’oeuvre et du travail d’un compositeur dans ce genre de compétition

Quelles victoires ? 

J’avais repris cette vigoureuse apostrophe d’Arièle Butaux : « Chaque année, des grincheux masochistes se collent devant leur écran de télévision pour dézinguer en direct sur les réseaux sociaux les victoires de la musique. On se pince le nez, on déverse son fiel entre «gens qui savent». Trois heures de musique classique à une heure de grande écoute, accessible à tous, quelle faute de goût! La musique, on voudrait la confisquer, se la garder entre initiés, éviter surtout que des néophytes se prennent d’amour pour elle et en voient leur vie embellie à jamais . La musique, c’est chasse gardée! Ah oui mais hier, la musique s’est rebiffée! Avec les armes redoutables de ses meilleurs serviteurs : le talent et la générosité.

J’ajoutais :

…j’ai cru comprendre, en lisant nombre de réactions sur les réseaux sociaux, que le spectacle audio-télévisé avait été nettement moins bon que celui…vécu sur place. Décalage permanent entre le son et l’image, « mise en scène » discutée et discutable, etc.

A titre personnel, je n’aime pas beaucoup les choix esthétiques de la maison de production qui réalise ce type de soirées, les éclairages disco censés saturer l’espace, comme si, s’agissant de musique classique, on avait peur du vide ou du silence. Mais rien n’est plus difficile et exigeant que de filmer des musiciens, en direct de surcroît. On ne va pas jeter la pierre aux rares producteurs français qui en sont capables, et qui se battent pour exister sur un marché de plus en plus exigu.

Je pourrais aussi critiquer la longueur d’une telle soirée…

IMG_1297(Un hommage bien inutile à un musicien en service minimum, Lang Lang – « la grande valse brillante » (sic) de Chopin expédiée avec ses maniérismes habituels et un minuscule extrait de la musique de Yann Tiersen pour Amélie Poulain)

Ce 13 février 2019, on a donc retrouvé peu ou prou les qualités et les défauts déjà notés lors des précédentes éditions. Beaucoup ont regretté l’absence de Frédéric Lodéon – mais il avait annoncé l’an passé que c’était la « der des der » pour lui ! – Les deux présentatrices de la soirée paraissaient comme intimidées, mal à l’aise – et dans ce domaine de la musique dite classique, l’incompétence ou l’ignorance s’entend vite, quelques efforts de préparation qu’on ait pu faire… Pourquoi cette présentation ridicule de Friedrich Gulda, et de son iconoclaste concerto pour violoncelle, au demeurant très bien joué par Edgar Moreau ?

(Ici un extrait de ce même concerto, donné à Liège en janvier 2013 par Alban Gerhardt, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et Christian Arming)

Pourquoi ces digressions minaudantes sur le sublime adagio du 23ème concerto de Mozart, joué avec une poésie admirable par le très talentueux Théo Fouchenneret ? Jusqu’à d’ailleurs se tromper lorsqu’on risque une petite explication musicologique ou historique… sur le concerto pour violoncelle de Haydn joué par Jean-Philippe Queyras…

Enfin et c’est le plus contestable, pourquoi attendre la fin de la cérémonie, minuit étant largement dépassé, pour remettre la Victoire Révélation soliste instrumental ? 

Un grand bonheur : cette Victoire si méritée pour Stéphane Degout !

Le débat est loin d’être clos. Peut-on suggérer à l’équipe des Victoires de la musique  classique de regarder par exemple ce que font les Allemands avec leur soirée Echo KlassikDu show, des paillettes, oui mais le respect des musiciens et du public, et une qualité de captation sonore incomparable.

Et puisqu’on est le soir de la Saint-Valentin, cette chanson de circonstance One Night of Love par l’une des sopranos les plus sensuelles que le monde lyrique ait connues, (1932-2006)

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Et Offenbach ?

 

La France officielle aurait-elle ses protégés et ses oubliés ? On peut s’interroger lorsqu’on compare le sort réservé à Berliozmort il y a 150 ans, et à Offenbach né il y a 200 ans.

Berlioz a bénéficié déjà, pour le bicentenaire de sa naissance en 2003, d’une sorte de célébration nationale- sans aucun doute justifiée ! – associant un grand nombre de maisons d’opéra, d’orchestres symphoniques, d’institutions culturelles, certains avaient ardemment milité pour qu’il entre au Panthéon ! L’an dernier, la ministre de la Culture avait confié à Bruno Messina « la mission de préparer le cent cinquantième anniversaire de la mort d’Hector Berlioz ».

Berlioz est honoré par le disque : le coffret Warner (Berlioz Complete works), et d’autres encore, d’inégal intérêt (j’y reviendrai sur bestofclassic)

 

 

Et le sieur Offenbachné Jacob à Cologne le 20 juin 1819, devenu Jacques dès son arrivée à Paris en 1833 et mort dans la capitale française en 1880 ? Pas de comité du bicentenaire ? Pas de commémoration officielle ? Il faut croire qu’un compositeur de musique « légère », un roi de l’opérette, ne mérite pas l’hommage réservé à son aîné « sérieux ».

Sans doute est-il plus compliqué d’envisager une édition discographique des oeuvres complètes d’Offenbach – comme on vient de le faire pour Berlioz – n’est-ce pas Jean-Christophe Keck ? Parce que l’oeuvre d’Offenbach est encore largement à (re)découvrir, que le colossal travail d’édition est un work in progress qui ne paraît pas près de s’achever.

Espérons que, même en l’absence de caution officielle, le bicentenaire de sa naissance permettra à un large public de mieux connaître la personnalité, au moins aussi originale que celle de Berlioz, la diversité du génie d’Offenbach. De le sortir aussi de l’étiquette réductrice d’amuseur franco-français du Second Empire : sait-on que c’est le succès considérable de ses opérettes, chantées en allemand à Vienne (Orphée aux enfers, La belle Hélène, La vie parisienne) qui a poussé Johann Strauss fils (1825-1899) à se mettre à l’opérette et à essuyer ses premiers échecs ?

Espérons que Warner fera un peu plus que ce coffret bienvenu, regroupant les trois versions de référence récentes dirigées par Marc Minkowski.

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Par exemple en regroupant les ouvrages dirigés par Michel Plasson, Manuel Rosenthal, John Eliot Gardiner… le fonds EMI Offenbach étant sans doute l’un des plus riches.

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En attendant l’ouvrage de référence (qui viendra peut-être ?), on peut aborder le personnage avec ces trois petits bouquins :

 

Dans les raretés discographiques à rééditer, un joli bouquet d’ouvertures dirigées par… Hermann ScherchenOffenbach enregistré à Vienne sous une baguette qu’on n’attend pas dans ce répertoire, un modèle !

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Le père Berlioz

Il n’a pu échapper à personne d’un tant soit peu impliqué dans la vie musicale que 2019 marque le sesquicentenaire* de la mort d’Hector Berliozné le 11 décembre 1803 à La Côte Saint André mort à Paris le 8 mars 1869.

Warner publie un coffret de 27 CD annoncé comme l’intégrale de l’oeuvre de Berlioz

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Tous détails à voir ici : Berlioz complete works

Bruno Messina, l’infatigable animateur du Festival Berlioz de La Côte Saint-André a publié « son » Berlioz :

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Quant à moi, j’ai retrouvé un précieux document, qui m’avait été offert lors de mon départ de la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège (Merci), une lettre d’Hector Berlioz à son fils Louis.

On n’imagine pas a priori Berlioz en père de famille, soucieux du devenir de son fils Louis (1834-1867) !IMG_1223IMG_1224

Dresde, 14 avril 1854

Hôtel de L’ange d’Or

Mon bien cher Louis,

Je reçois ta lettre et j’y réponds à l’instant. Tu m’annonces à la fois de bonnes et de mauvaises nouvelles. Te voilà donc obligé d’aller dans la Baltique… mais quoi faire donc ? puisque tu me dis que vous ne vous trouverez pas dans la bagarre. Je ne le devine pas. Enfin j’espère que hors du théâtre de la guerre tu pourras continuer de t’y être utile et à mériter l’estime de ton nouveau commandant. Je t’autorise à faire toucher chez M. Rety au Conservatoire les cent francs qu’il devait te remettre pour le cas où tu serais allé chez ta tante. Tu lui enverras le billet ci-joint, et tu m’écriras ensuite pour m’accuser réception de la somme quand Alexis° te l’aura fait parvenir.

Mais prends garde, il me semble que tu recommences à gaspiller ton argent. Je t’en ai envoyé deux fois le mois dernier. Achète une montre de peu de prix, mais excellente.

Je n’ai pas touché un sou depuis que je suis en Allemagne. On devait m’envoyer ici une somme de quatre cents francs de Hanovre, avec la croix que le Roi m’avait fait annoncer, je n’ai rien, ni croix ni argent. J’ai écrit à ce sujet à trois personnes; aucune ne m’a répondu. Cela me fait partir la tête d’impatience. Je trouve tout le monde ici parfaitement disposé; on espère faire un grand riche concert. C’est une ville splendide, immense, et animée comme Paris. Tous mes anciens amis s’y trouvent encore.

Adieu cher enfant, écris moi toujours le plus souvent possible surtout quand tu auras quitté la France. Ne manque aucune occasion de me donner de tes nouvelles en m’indiquant bien où je devrai t’envoyer mes lettres.

Je t’embrasse de tout mon coeur,

H. Berlioz

 

Cette lettre est datée de Dresde, Louis a juste vingt ans, il s’est engagé dans la Marine à 16 ans, il s’apprête à rejoindre un bâtiment sur la mer baltique. Il mourra jeune, à 33 ans, deux ans avant son père, de la fièvre jaune à La Havane. Ses relations avec son compositeur de père n’ont pas été un long fleuve tranquille, on s’en serait douté :

J’ai en­fin compris ceci ; tu m’aimes, mais d’une façon étrange. Je suis certain que tu souffrirais atrocement si demain on t’annonce ma mort ; mais je suis aus­si certain que si tu as à diriger un festival après-demain, après-demain je se­rai ou­blié. Je sens que tes enfants se nomment Roméo et Juliette, Faust … etc. Je com­prends que tes chefs d’œuvre, représentant des années de jouissance et devant faire ta gloire plus tard, doivent passer bien avant moi qui ne repré­sente qu’une ou deux secondes d’abandon ou d’oubli, et 27 années de charge.
Tu es un homme de génie ; tu aimes, tu souffres, tu vis comme un homme de génie peut aimer, souffrir et vivre. (dans une lettre de 1861)

Mais aussi ceci, plus tardivement : Tu es mon Dieu, tu es tout ce qu’il est possible à l’homme de cœur et d’in­telligence d’aimer.
Il me semble que notre nos existences sont liées, elles sont les torons d’une corde, si l’un se brise l’autre se brisera ; ils ne peuvent exister l’un sans l’autre, ils forment un tout.

Le grand berliozien que fut Colin Davis a laissé quelques beaux enregistrements avec la Staatskapelle de Dresde, qu’il dirigea régulièrement de 1981 à 2012, et dont il avait été nommé « chef honoraire » à vie en 1991.

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° Alexis Berchtold, un ami proche de Louis

*sesquicentenaire = 150ème anniversaire

Wiener Blut

Je n’ai pas bien saisi la raison d’une édition/réédition, dont j’ai tout lieu de me réjouir mais qui ne s’appuie sur aucun anniversaire ou fait marquant. Decca consacre un beau coffret de 50 CD et 2 DVD à Willi Boskovsky (1909-1991). natif de Vienne, Konzertmeister (premier violon) de l’orchestre philharmonique de Vienne de 1936 à 1979, connu dans le monde entier pour avoir dirigé les concerts de Nouvel an de 1955 à 1979.

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Si une bonne moitié du coffret est logiquement consacrée à la musique de la dynastie Strauss et consorts, on y reviendra, nombre d’enregistrements de musique de chambre (avec les ensembles que Boskovsky conduisait de son violon, le Wiener Oktett, le Wiener Philharmonisches Quartett, ou le Wiener Mozart Ensemble) sont édités pour la première fois en CD.

Tous les détails du coffret à voir ici : bestofclassic : Boskovsky ou l’esprit viennois

Une certaine critique française n’a jamais porté ce chef dans son coeur, comme si le fait d’être né, d’avoir grandi et appris, puis joué toute sa vie à Vienne, était un handicap plus qu’un atout pour incarner l’esprit de la capitale autrichienne. Je me souviens d’avoir lu, encore tout récemment, lors d’une discussion dont Facebook a le secret, à propos du dernier – mauvais – concert du Nouvel an, les mêmes propos sur un chef « routinier », laissant les Philharmoniker se « vautrer » (sic) dans la vulgarité.

Il suffit d’écouter, de comparer Boskovsky à ses successeurs, et même à plusieurs de ses illustres contemporains, pour constater que la tenue, le chic, le charme – oui cette Gemütlichkeit si typiquement viennoise – l’allant, l’allure, sont l’apanage d’une direction qui chante comme nulle autre dans son arbre généalogique.

Pris au hasard, ce concert du 1er janvier 1974 : Routine, vulgarité dans la valse Freuet Euch des Lebens ? Lourdeur, rubato intempestif dans le Beau Danube qui conclut ? Au contraire, un modèle de précision rythmique alliée à une souplesse de phrasé et de respiration qui ne sont qu’aux Viennois. Comme dans les Mozart, Beethoven ou Schubert,  ce quelque chose qui paraît si naturel, allant de soi, à rebours des baguettes si nombreuses ces dernières années au pupitre des concerts de l’An, qui surinterprètent, soulignent, et finalement plombent la légèreté d’une musique que Brahms et Wagner admiraient (parce qu’ils n’en comprenaient pas les secrets ?).

 

Le legs Strauss de Boskovsky avait souvent été réédité, mais comme je le remarquais dans un article récent (Valses de Strauss : les indispensables), il y manquait toujours les versions chantées notamment du Beau Danube bleu données lors du concert de l’An 1975.

Le nouveau coffret Decca reprend heureusement l’intégralité de ces enregistrements, dans de somptueuses prises de son.

On remarque aussi dans ce coffret de vraies raretés comme l’Octuor du compositeur belge Marcel Poot (1901-1988) une oeuvre de 1948. Au milieu de Mozart, Beethoven, Schubert ou Dvorak,

Je ne l’ai pas lu dans le livret, mais à réécouter des versions que je connais par coeur, j’ai l’impression que les bandes d’origine ont bénéficié d’une belle « remastérisation ».

Dans la même veine, on aurait tort de se priver des enregistrements, là encore parfaitement idiomatiques, des deux opérettes majeures de Johann Strauss, La Chauve-souris et le Baron tzigane, qu’a laissés Willi Boskovsky… et avec quelles distributions !

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Pour être à peu près complet sur l’art de Boskovsky, il faut signaler le coffret paru en 2018 chez Warner (voir Le roi de la valse) Abondance de viennoiseries…

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Chefs en boîtes

Ils n’ont en commun que leur proximité sur les rayons des disquaires en cette fin d’année. Deux chefs, deux générations, et des visions aussi éloignées que possible des répertoires qu’ils ont l’un et l’autre abordés.

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J’ai eu la chance de voir une fois Sergiu Celibidache (1912-1996 / prononcer : Tché-li-bi-da-ké) en répétition et en concert à Lucerne en 1974 (La découverte de la musique). Impressionnant.

A l’époque où Karajan, Bernstein, Maazel enregistraient à tour de bras, Celibidache faisait figure d’exception, en refusant le studio. C’est dire si lorsque, au mitan des années 2000, EMI commença à éditer, avec l’accord du fils du chef d’orchestre, les bandes radio des concerts captés avec l’orchestre philharmonique de Munich, ce fut vécu comme un événement. Puis cet héritage fut regroupé en plusieurs coffrets, et voici que Warner propose la totalité de ces publications en un seul boîtier élégant et bon marché.

Je suis personnellement beaucoup revenu de l’excitation éprouvée à découvrir ces enregistrements à leur publication. Certes le travail d’orchestre est admirable – c’est peu dire que Celibidache se montrait tout aussi passionnant qu’intraitable en répétition, comme on peut le voir ci-dessous -, certes l’invraisemblable étirement des tempi peut séduire dans Bruckner ou Les Tableaux d’une exposition. Mais c’est souvent insupportable dans des oeuvres qui devraient pétiller, bouger, avancer (les classiques Haydn, Beethoven, les ouvertures de Rossini, Mendelssohn, etc.)

Détails du coffret à voir sur bestofclassic : Celibidache à Munich.

Autre chef à l’honneur en cette veille de Noël, Riccardo Chailly, 65 ans cette année.

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Un copieux coffret de 55 CD qui reprend la quasi-totalité des enregistrements symphoniques faits pour Decca par le chef italien. A ce prix (moins de 100 €) c’est une aubaine ! Détails à voir ici : Chailly symphonique

Comment exprimer un point de vue sur ce chef ? En concert, comme au disque, je n’ai jamais éprouvé le grand frisson, celui qui vous saisit lorsqu’on a le sentiment d’être en présence d’une interprétation, d’un interprète d’exception, unique, incomparable. Je connais les Beethoven, les Brahms (la 2ème version avec Leipzig), les Mendelssohn, je n’ai jusqu’alors prêté qu’une oreille et un intérêt distraits à ses cycles Mahler ou Bruckner. Je n’ai pas non plus le souvenir que la critique ait été, sauf exceptions, beaucoup plus enthousiaste que moi.

Suisse et centenaire

France Musique était hier soir en direct du Victoria Hall de Genève. Clément Rochefort nous faisait vivre « comme si on y était » l’un des concerts programmés pour le centenaire de l’Orchestre de la Suisse romandeLa chaîne française est à l’unisson de cet anniversaire avec chaque après-midi l’excellente série Arabesques (de F.X. Szymczak).

Le programme de ce 27 novembre était, à dessein, emblématique d’une tradition (celle de l’orchestre, fondé par Ernest Ansermet) et d’une ambition (celle du nouveau chef Jonathan Nott) : 3ème symphonie d’Honegger, une création suisse d’un compositeur britannique qui a la cote, James MacMillan, Gershwin et Bernstein pour le côté festif.

On sait mon attachement à cette phalange centenaire. C’est avec et pour l’OSR que j’ai commencé, en 1986, mon parcours professionnel dans le domaine de la musique et des médias, comme je le racontais ici (Etat de grâce) :  « J’ai souvent évoqué ici , et dans de précédentes éditions de ce blog, l’attachement presque filial qui me liait au chef suisse (Armin Jordan). Il était le patron de l’Orchestre de la Suisse Romande, lorsque, il y a exactement trente ans aujourd’hui, j’ai intégré la Radio suisse romande comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas un titre pareil), empruntant un nouveau  chemin professionnel – la radio, la musique – que je n’ai jamais regretté d’avoir choisi ! J’ai coutume de dire qu’Armin m’a tout appris d’un métier où l’expérience, la sensibilité, le sens des rapports humains, la perception des forces et des fragilités des artistes ne sont inscrits dans aucune règle »

J’ai tant de souvenirs de cette période (1986-1993) au cours de laquelle j’ai côtoyé les musiciens, les responsables de l’Orchestre, bâtissant tant de projets et de programmes. Il faudra que j’en raconte certains, si je ne l’ai pas déjà fait (comme une longue tournée en 1987 au Japon et en Californie avec Gidon Kremer et Martha Argerich). 

Ce sera ma modeste contribution à ce centenaire, qui n’a pas tout à fait l’envergure qu’on eût souhaitée. Le programme de ce « Premier siècle » tel qu’annoncé sur le site de l’orchestre : Le premier siècle de l’OSR me paraît bien mince, et pour tout dire, pas à la hauteur de l’événement. Je ne peux pas incriminer l’équipe qui a pris les commandes de l’OSR il y a quelques mois, après des années de présidence erratique, mais qu’il est dommage de ne pas avoir exploré et exploité les trésors qui dorment dans les archives de la Radio suisse romande, pour proposer une édition discographique d’ampleur qui restitue les grands concerts de l’OSR sous de prestigieuses baguettes !

Heureusement que des passionnés comme François Hudry ont pu faire profiter les auditeurs de la Radio suisse (Un alerte centenaire)  de France Musique de leur connaissance intime d’une phalange qui reste associée, dans l’esprit public, à son charismatique fondateur Ernest Ansermet (lire Ernest Ansermet mon idole). 

Heureusement que Deccaqui avait déjà copieusement réédité la majeure partie des enregistrements réalisés par le label britannique au Victoria Hall (lire La modernité d’Ernest Ansermet, Un chef suisse sans frontières, Ansermet et les Russesa prévu, au printemps 2019, une monumentale édition Ansermet (160 CD!) préparée par François Hudry.

 

Mais cela ne concernera jamais que la moitié de l’histoire de l’OSR, et seulement son fondateur. Quid du legs discographique considérable des chefs invités (Weller, Lopez Cobos, Dutoit…) et des successeurs d’Ansermet (Kletzki, Sawallisch, Stein, Jordan, Luisi, Steinberg, Janowski, Järvi) ? Warner a fait une partie du chemin concernant Armin Jordan :

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Les premiers concerts de Jonathan Nott (qui a pris ses fonctions il y a un an) avec l’OSR laissent augurer un renouveau artistique bienvenu.

Le programme du premier disque du tandem OSR/Nott ne laisse pas de surprendre. Je n’ai pas bien compris le lien entre la suite du ballet Crème fouettée (Schlagobers) de Richard Strauss, Jeux de Debussy et les Melodien de LigetiCela a au moins le mérite de l’originalité…

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Commémorations

Que serait le monde musical, le monde de la culture en général, sans anniversaire, centenaire, sesquicentenaire*, bicentenaire à célébrer ? La commémoration tient-elle lieu de palliatif à l’absence d’imagination ? Souvent, pas toujours heureusement !

Le centenaire de l’Armistice de 1918 et les manifestations qui l’ont célébré dimanche dernier ont fait une belle et large place à la musique. Le Boléro de Ravel (1928) bien sûr, un orchestre de jeunes Européens, un jeune chef russe admiré depuis longtemps, Vassily Petrenko.

Et Ravel encore, avec un extrait de sa Sonate pour violon et violoncelle (1920) – et non « pour violon et piano » comme on l’a entendu en boucle sur des chaînes d’information en continu ! – Ravel qui a été ambulancier en 1916 à Verdun,comme le rappelle ce roman/récit de Michel Bernard.

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Ce 13 novembre, nul ne pouvait oublier la tragédie de 2015 : Le chagrin et la raison

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On salue l’excellent film documentaire diffusé hier soir par France 2 : Histoire secrète de l’antiterrorismeL’émotion qui s’empare de Jean-Michel Fauvergue, le patron du RAID, et de François Molins, le procureur de Paris, qui ont dû entrer dans l’enfer du Bataclan… 

Ce 13 novembre, un autre anniversaire était – plus discrètement – commémoré : les 150 ans de la mort de Rossinile 13 novembre 1868 à Passy. L’occasion pour les labels de disques de ressortir quelques belles archives.

Recyclage luxueux, cher et encombrant chez Decca des opéras de Rossini où figure Cecilia Bartoli. Inutile.

En revanche, belle opération de la part de Warner, qui, pour le même prix que le coffret Decca, édite un boîtier de 50 CD, puisant généreusement dans les fonds EMI et Erato, 13 opéras, plusieurs récitals, et redonnant à entendre des versions un peu oubliées.

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Tous les détails de coffret ici : Rossini 150

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*Sesquicentenaire : 150ème anniversaire