C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre. Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national
La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.
Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.
Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National
Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.
Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante
A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés
On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.
Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !
Rappelez-vous les amours de Mozart, deux soeurs parmi quatre toutes musiciennes, Aloysia dont Wolfgang était amoureux, sans que cela soit réciproque, et Constance que le compositeur finit par épouser en 1782. Il faut aussi citer Josepha qui créa le rôle de la Reine de la Nuit dans la Flûte enchantée. Le patronyme de ces soeurs ? Weber.
Toutes les quatre étaient les cousines germaines d’un autre Weber célèbre, Carl Maria, né le 18 novembre 1786, mort il y a tout juste deux cents ans, le 5 juin 1826 à Londres. Mozart est donc le cousin par alliance de Weber.
Warner publie à cette occasion un coffret intéressant mais par bien des côtés insuffisant voire décevant
Il faut lire les dossiers remarquables que Diapason de juin consacre à Weber et en particulier la critique parue sur ce coffret, qui relève des oublis fâcheux.
Ainsi pas d’Euryanthe, opéra pourtant si emblématique du premier romantisme allemand, avec la version Janowski qui embarquait Jessye Norman, publiée naguère sous double étiquette EMI/Berlin Classics. Ainsi pas de version, pourtant idéale, de Keilberth du Freischütz avec l’inégalable Elisabeth Grümmer. Warner nous a habitué à des compilations plus complètes et fouillées.
Pour les ouvertures, c’est un nième recyclage de l’enregistrement de Sawallisch et du Philharmonia, multi-réédité. Pour les concertos pour clarinette, c’est Sabine Meyer avec Blomstedt. Je n’ai jamais été très fan du son si « rough » de celle que Karajan voulait embaucher à Berlin, je préfère de loin l’autre Meyer, Paul, et sa très belle version avec Günther Herbig.
En revanche, c’est un vrai bonheur – et une authentique curiosité – que cette réédition de la 2e sonate et autres oeurves pour piano par le pianiste Thierry de Brunhoff, retiré comme moine à l’abbaye d’En Calcat depuis 1974.
J’aurai d’autres occasions de faire état de mes préférences discographiques pour un compositeur que j’admire profondément comme l’essence du premier romantisme allemand.
On peut aussi lire mes humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog !
J’ai raconté dans une de mes récentes brèves de blog (Apprentis chefs) ma participation au jury parisien de présélection des candidats au concours international de chefs d’orchestre qu’organise mon ami George Pehlivanian. Première salve vendredi dernier, et seconde hier après-midi toujours dans une salle de l’Ecole normale de Musique de Paris, avec des températures qu’on peut imaginer. J’avais déjà noté la formidable qualité des deux pianistes, David et Manuel, qui ont dû jouer pas loin d’une trentaine de fois des extraits de la 1e symphonie de Brahms dans sa version à deux pianos, et répondre aux indications de ceux qui sur le podium devaient se représenter tout un orchestre devant eux. Avec des bonheurs très variés !
Ce n’est qu’hier qu’ils m’ont signalé constituer le Geister Duo, dont j’avais évidemment entendu parler, mais jamais rencontré.. d’aussi près et d’aussi bien !
Les frères sérieuxou les anti-Labèque
C’est au cours d’une brève pause, justement à propos de Brahms, que j’ai évoqué avec David et Manuel un coffret reçu il y a quelques jours, et dont j’ai commencé par écouter les Danses hongroises... de Brahms.
Alois et Alfons Kontarsky ont longtemps été le seul duo pianistique du label jaune. Et cette réédition est intéressante, ne serait-ce que pour la partie d’oeuvres contemporaines dont ils ont été les créateurs et/ou dédicatoires. Mais dans le répertoire classique, mon Dieu que c’est raide et sérieux !
Je sais maintenant pourquoi je n’ai jamais eu dans ma discothèque leur version des Danses hongroises de Brahms !
Nul besoin d’être un expert ou un critique pour comparer avec deux autres versions françaises.
C’est Christian Merlin qui pour France Musique a le mieux cerné la personnalité d’un chef allemand – Klaus Tennstedt (1926-1998)- dont Warner célèbre le centenaire de la naissance par un coffret qui regroupe les enregistrements de studio.
« L’Allemand Klaus Tennstedt (1926-1998) fut une figure très singulière d’anti-maestro, hypersensible et complexé, qui serait resté un obscur second, relégué dans la province est-allemande, si les Etats-Unis et l’Angleterre n’avaient fait de lui une star, dont l’émotion était l’alpha et l’oméga »
« A Londres, les musiciens et le public l’adulent littéralement, aimant son approche émotionnelle de la musique. Mais ce grand fumeur et buveur, doublé d’un angoissé chronique, ne se ménage pas, et le paie en 1985 d’un cancer de la gorge dont il se remet, avant de connaître toute sorte d’autres déboires de santé qui l’éloigneront progressivement de la scène » (Christian Merlin, France Musique)
Plus qu’aucun autre sans doute, c’est le concert, le « live » qui révèle le talent de ce chef.
Il y a quelques belles surprises dans ce coffret Warner – outre une intégrale Mahler déjà multi-rééditée – comme cette 8e symphonie de Bruckner que je ne connaissais pas.
Je recommande aussi chaleureusement ce coffret publié il y a une dizaine d’années :
Preuve s’il en était besoin de la place qu’occupe Felicity Lott dans nos coeurs et nos mémoires, j’ai rarement lu autant d’hommages personnels, sensibles, chaleureux à la cantatrice disparue ce 15 mai.
Ici même je rappelais les articles que je lui ai consacrés, le plus récent – Les bonheurs de Felicity Lott -, le plus ancien sur ce blog, le 30 octobre 2014 – Voisine – et celui du 23 février 2020 – Dame Felicity – à la suite de son récital à l’Athénée, la dernière fois que je l’ai entendue en concert.
Pour ceux qui l’ont aimée, et qui l’aiment toujours, comme pour ceux qui ne la connaissaient pas bien, cette interview que je viens de retrouver sur YouTube, qui date justement de février 2020, nous restitue la Felicity Lott telle que nous l’avons connue, telle qu’en elle-même elle a définitivement conquis nos coeurs.
Sa petite remarque sur la manière de l’appeler m’amuse et me conforte dans le minuscule combat que je mène et qui n’a aucune espèce d’importance : quand Arnaud Laporte lui demande comment on doit utiliser le « Dame » qu’elle portait devant son nom depuis qu’elle avait été anoblie par la reine. Elle répond : « Dame Felicity »… et surtout pas « Dame Lott ». Il en va de même avec l’équivalent masculin comme je le rappelle dans chacun de ces articles (Les planètes de Sir Adrian, Le centenaire de Sir Charles, Les bons choeurs de Sir Roger). Mais, en France, on continue de voir sur les programmes de concerts : le concert de l’Orchestre symphonique de Londres sera dirigé par Sir Simon Rattle…
Barenboim bis
Warner continue à récapituler le legs discographique, qui n’est pas mince, de Daniel Barenboim chef d’orchestre. Après ses années à l’Orchestre de Paris (lire Mon premier Barenboim), un coffret reprend les enregistrements réalisés à Chicago, qu’on avait, à vrai dire, soit négligés soit peu remarqués.
Tout n’est pas de première importance, mais on retrouve avec plaisir une séduisante intégrale des symphonies de Brahms.
En revanche, quelle raideur dans ce Tricorne bien sérieux !
Belle découverte que cette Nuit transfigurée de Schoenberg que je ne connaissais pas – et ces cordes de Chicago ! –
On ne se privera pas d’écouter cette version plutôt exotique de la Marseillaise…
Bain de jouvence
Quelle vraiment bonne idée – elles sont rares en ce moment chez les « majors » ! – que cette nouvelle intégrale des symphonies de Martinů proposée par Jakub Hrůša à la tête de son orchestre de Bamberg.
A ajouter dans ma discothèque aux versions de Neeme Järvi (aussi avec Bamberg !), Václav Neumann (avec l’orchestre philharmonique tchèque) et Jiří Bělohlávek (avec le BBC Symphony), et à bon nombre de versions éparses (Karel Ančerl, Walter Weller, Martin Turnovský, Charles Munch et Wolfgang Sawallisch pour la 6e symphonie)
L’Opéra Comique programme en ce moment la version française du chef-d’oeuvre lyrique de Donizetti : Lucie de Lammermoor, comme je l’ai déjà évoqué dans ma brève de blog du 1er mai.
Je n’avais pas vu cet extrait des dernières Victoires de la musique classique et cette formidable prestation de Sabine Devieilhe, qui n’a heureusement nul besoin de la mise en scène « gore » qu’on lui inflige à l’Opéra Comique
L’autre révélation de ce spectacle est pour moi le jeune ténor Léo Vermot-Desroches, que j’ai eu la chance d’entendre à plusieurs reprises dans des rôles moins importants ces derniers mois. Ici il incarne un Edgard magnifique, tourmenté, romantique.
Une flûte enchantée
Pour ma génération, c’était le grand flûtiste français, moins célèbre sans doute que Jean-Pierre Rampal, mais immense musicien, surtout dans ses fonctions de flûte solo de la Société des Concerts du Conservatoire puis de l’Orchestre de Paris de 1960 à 1990 : Michel Debost vient de mourir à 92 ans.
Dans le coffret récent des enregistrements de Daniel Barenboim avec l’Orchestre de Paris (voir Mon premier Barenboim), il y a tout un disque Mozart, dont je n’avais aucun souvenir, où brillent les solistes de l’orchestre dont Michel Debost.
Claviers contrastés
L’affiche était attirante : ce dimanche 3 mai, la série Piano 4 étoiles avait convié Martha Argerich et Ivo Pogorelich à donner les deux concertos de Chopin en version de chambre (avec quatuor à cordes). Et puis Martha a dû déclarer forfait en raison d’un conflit d’agenda – que non seulement l’organisateur n’a pas cherché à dissimuler et dont il a donné l’explication à son public. Et le duo s’est transformé en récital solo pour Pogorelich.
Ni mon camarade Alain Lompech ni moi, il y a trois ans, n’étions sortis très convaincus par ses dernières « apparitions » parisiennes (si l’on en croit les rédacteurs des « bios » des artistes, ceux-ci, tels la Vierge à Lourdes font des « apparitions » en concert ou sur scène…)
C’est un rituel pour le pianiste croate que de passer de longues minutes devant son piano sous un déguisement qui ne trompe personne…
Et puis on sort de ce long récital assez retourné par ce qu’on a entendu, cette sorte de chemin de rigueur qu’emprunte désormais Ivo Pogorelich qui se débarrasse de toutes ces joliesses narcissiques qui masquaient la réalité d’un talent hors normes. Lire sur Bachtrack : Le retour à Chopin d’Ivo Pogorelich
Mardi soir au théâtre des Champs-Elysées, c’était au tour de Nelson Goerner de s’inscrire dans la série Piano 4 étoiles de l’infatigable André Furno, 88 printemps au compteur !
Comptes-rendus de ces deux soirées à lire bientôt sur Bachtrack !
Une disparition
Au moment de clore ce billet, j’apprends la disparition de Pierre-François Veil. Un homme bien, un homme de bien. Je l’apercevais parfois au concert, notamment à Radio France, dont sa nièce (l’épouse de son neveu Sébastien Veil) est la PDG. D’évidence mélomane. Et puis j’ai un vague souvenir d’une rencontre, il y a cinquante ans, chez les voisins de ses parents place Vauban, où une de mes amies, Françoise C. fêtait son anniversaire. Le prénom était peu courant à l’époque.
Dans un article publié il y a un an – Le piano oublié – j’écrivais : « C’est la triste loi des carrières fulgurantes et des jeunesses trop vite enfuies. On les adule, on les encense et on les oublie. Tout surpris de découvrir que ces artistes sont toujours vivants et en activité, même si les studios se sont depuis longtemps détournés d’eux. »
Il y a une douzaine d’années, à un dîner d’après-concert chez Annick B.G., j’avais été surpris et ému de retrouver Jean-Bernard Pommier. L’interrogeant sur ses projets, sa carrière, je compris vite que celle-ci était très ralentie, sinon au point mort, et ces derniers mois le microcosme musical s’inquiétait du sort du pianiste biterrois.
Je n’ai jamais entendu Jean-Bernard Pommier pianiste en concert, en revanche je l’avais apprécié comme chef d’orchestre en quelques occasions en Suisse et à Paris dans les années 80/90.
Il mentionnait dans ses « bios » (ah que j’aime ces bios d’artistes !) qu’il avait été l’un des solistes préférés de Karajan, et je dois bien reconnaître que j’en avais douté… à tort. Les témoignages de cette dilection existent, même s’ils sont rares.
>Mozart concerto piano 23 – Jean-Bernard Pommier / SchoenbergPelleas und Melisande. *
De la même époque cette captation du 3e concerto de Bartok
En juillet 1973, à Salzbourg probablement, cette fois Karajan dirigeait l’orchestre philharmonique de Vienne et Jean Bernard Pommier jouait le concerto en ré mineur de Bach, dans une version dont on dira aimablement qu’elle n’est pas la plus « historiquement informée’ qui soit…
« J’avais naguère évoqué brièvement mes études au modeste Conservatoire de région de Poitiers (lire Les jeunes Français sont musiciens. Je me rappelle en particulier les épreuves de fin d’études de piano- et le Diplôme à la clé ! et un jury composé de brillantes jeunes stars du piano – Michel Béroff, Jean-Bernard Pommier et André Gorog !
J’ai retrouvé hier un 33 tours que j’avais complètement oublié, l’un des premiers pourtant que j’aie achetés à petit prix, dans la collection Musidisc, le concerto n°5 L’Empereur de Beethoven, sous les doigts précisément de Jean-Bernard Pommier, un enregistrement probablement réalisé, en 1962, dans la foulée du concours Tchaikovski de Moscou dont le pianiste français fut le plus jeune lauréat (il avait 17 ans !). C’est le chef d’origine grecque Dimitri Chorafas (1918-2004) qui dirige l’orchestre de la Société du Conservatoire.«
Jean-Bernard Pommier semblait avoir jeté ses derniers feux dans cette intégrale des sonates de Beethoven qu’il avait jouée à Gaveau en 2015. Une aventure bien solitaire loin d’un « milieu musical » qui l’avait oublié.
On espère que Warner va rééditer un legs discographique devenu totalement introuvable depuis des années et qui illustre l’art d’un musicien si tristement oublié ces dernières années. Ce serait bien le moindre des hommages à rendre à Jean-Bernard Pommier
Je vais me replonger dans un coffret qu’à vrai dire je n’ai écouté que distraitement, parce que je ne partage pas l’admiration béate de certains pour la pianiste américaineRuth Slenczynska, disparue à l’âge respectable de 101 ans.
Quand on pense que c’est fini, il y en a encore. Il y a une vague de printemps pour les rééditions en coffrets, on ne s’en plaint pas, même s’il faut régulièrement faire de la place dans sa discothèque… et faire la chasse à quelques doublons.
Dans notre mémoire collective de mélomanes chef et orchestre amstelldamois sont liés à jamais. Bernard Haitink a été le chef de l’orchestre du Concertgebouw de 1961 à 1988. Mais cette position éminente a un peu occulté les autres fonctions du chef, comme celle de Principal Guest conductot de l’Orchestre philharmonique de Londres de 1967 à 1979.
Ce sont les enregistrements réalisés à Londres durant cette période que Decca ressort aujourd’hui :
CD 1-6 Beethoven / Symphonies, ouv.Egmont, Coriolan, Les créatures de Prométhée, Leonore III, Triple concerto (Beaux-Arts Trio-
CD 7-9 Beethoven / Concertos piano (Alfred Brendel), Fantaisie chorale
CD 10Dvorak / Concerto violoncelle, Le silence des bois, Rondo (Maurice Gendron)
CD 11Holst / Les Planètes, Elgar / Variations Enigma
CD 12-15Liszt / Poèmes symmphoniques (14)
CD 16 Liszt / Concertos piano + Totentanz (Alfred Brendel)
CD 17-18 Mendelssohn / Symphonies 1-5, Mer calme et heureux voyage, Les Hébrides, Méphisto valse 1
CD 19 Mozart / Ouvertures
CD 20Rimski-Korsakov / Shéhérazade, Rachmaninov / Rhapsodie Paganini (Vladimir Ashenazy)
CD 27-28Stravinsky / Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu, Petrouchka
CD 29-31 Verdi / Don Carlo (Margison, Scanduzzi, Hvorostovsky, Lloyd, D’Arcangelo, Gorchakova, Borodina
Un beau coffret certes, mais de nouveau vendu trop cher, même si on n’a jamais fini de redécouvrir l’art d’un grand chef, longtemps considéré comme un bon faiseur sans grandes inspirations.
Je ne connaissais pas toutes les symphonies de Beethoven de cette première intégrale. Clarté, éloquence, équilibre en sont les caractéristiques et, preuve que le chef hollandais ne s’est jamais cantonné à des certitudes initiales, la comparaison avec les « live » réalisés avec l’autre orchestre londonien dans les années 2000, le London Symphony, est passionnante. Entre les deux séries londoniennes, il y a l’intégrale avec le Concertgebouw la plus classique, la moins mobile aussi.
On retrouve évidemment avec bonheur l’intégrale des poèmes symphoniques de Liszt, même si on préférer tel autre chef plus dramatique et flamboyant (Karajan dans Mazeppa ou Tasso)
J’avais déjà en disque séparé les symphonies 3 et 4 de Mendelssohn. Je redécouvre littéralement la splendeur et l’énergie de la vision de Bernard Haitink dans les cinq symphonies (je n’ai pas encore eu le temps de comparer avec la récente parution d’Andris Nelsons (Mendelssohn chez lui).
Et pour couronner le tout une version que je ne connaissais pas de Don Carlo, avec le si regretté Dmitri Hvorostovsky
On peut supposer qu’il y aura un dernier coffret avec les enregistrements réalisés avec Vienne, Berlin, Boston (pour Decca)
Harnoncourt revival
Pour ce qui est de Nikolas Harnoncourt, disparu il y a dix ans, il y a aussi une salve de rééditions – on est d’ailleurs étonné qu’elle ne soit pas apparue plus tôt. Une première il y a quelques semaines avec l’Orchestre de chambre d’Europe, une seconde qui arrive bientôt avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam.
Je n’ai jamais été un admirateur inconditionnel du comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt – puisque c’est le nom complet du chef d’orchestre ! – Les quelques concerts auxquels j’ai pu assister – les trois dernières symphonies de Mozart par exemple, au Victoria Hall de Genève – m’ont plus souvent agacé que conquis, tant les maniérismes du chef pouvaient être dérangeants. J’ai déjà commencé par réécouter le coffret avec le COE, notamment les symphonies de Beethoven… et de Mozart.
Je ne suis pas sûr que tout cet héritage ait bien vieilli et que l’effet de nouveauté, de surprise, que suscitaient les enregistrements d’Harnoncourt, dans un répertoire classique et romantique qu’il « revisitait » parfois avec un aplomb qui dépendait plus de sa fantaisie que d’une recherche d’une prétendue « authenticité, que cet effet donc se soit émoussé au fil des ans.
Quoi qu’il en soit, pour le mélomane, ces pavés de printemps sont un trésor précieux.
Mais je continue de me demander pourquoi certains noms n’apparaissent sur les pochettes de disques que comme des accompagnateurs, des seconds couteaux, auxquels on n’a jamais ou presque offert le premier rang.
Revue non exhaustive des noms que je retrouve le plus souvent dans ma discothèque :
En écrivant cet article, je tombe sur un autre, signé Jean-Charles Hoffelé, que j’aurais pu faire mien : Galliera le méprisé.
Illustrations certes prestigieuses du rôle d’accompagnateur dans lequel le chef italien fut longtemps cantonné
Avec Claudio Arrau, ce sont les cinq concertos de Beethoven, ceux de Grieg, Schumann, Tchaikovski.
C’est aussi bien sûr le chef d’une version mythique du Barbier de Séville de Rossini avec Maria Callas. Il n’est que d’écouter l’ouverture – si souvent ratée voire massacrée par quantité de baguettes plus illustres – pour mesurer l’art incomparable d’un grand chef.
Et au détour d’un récent consacré aux Ballets russes, on a retrouvé une partie seulement des fameux Respighi, dont Jean-Charles Hoffelé regrettait la disparition, bien cachés dans cette compilation éditée par Warner
Toujours dans son rôle d’accompagnateur, on retrouve Alceo Galliera aux côtés d’Ingrid Haebler pour quelques concertos de Mozart, et plus surprenant sans doute, de David Oistrakh dans le 2e concerto de Prokofiev !
Et bien entendu dans quantité de compilations d’airs d’opéra avec l’écurie EMI des années 50/60, Nicolai Gedda, Elisabeth Schwarzkopf, Maria Callas, Anna Moffo…
Quant au chef américain Alfred Wallenstein, pourtant chef du Los Angeles Philharmonic de 1943 à 1956, il n’a longtemps été pour moi que l’accompagnateur régulier d’Artur Rubinstein, notamment pour ma version de chevet du 2e concerto pour piano de Saint-Saëns
Plus tard, je retrouverais Wallenstein auprès de Rubinstein dans des concertos de Mozart exemplaires de style et de jeu…
et bien entendu dans les deux concertos de Chopin
Il faut aussi écouter l’enregistrement toujours émouvant de la 4e symphonie de Szymanowski, une symphonie concertante avec piano, dédiée à Artur Rubinstein, qui l’enregistre après la guerre à Los Angeles.
Mais pour trouver des enregistrements du seul Alfred Wallenstein, il faut vraiment bien chercher. On en trouve quelques-uns dans le coffret anniversaire paru à l’occasion du centenaire de l’orchestre philharmonique de Los Angeles en 2019.
La porosité entre les formations constituées – comme le Los Angeles Philharmonic – et les orchestres des studios hollywoodiens qui enregistraient à tour de bras pour l’industrie du cinéma, était une donnée essentielle de la vie musicale de la cité des anges !
Curieux couplage pour ce CD, mais c’est le seul moyen d’entendre deux versions, l’une et l’autre remarquables, de la « Nouveau monde » par Leinsdorf et de la 2e symphonie de Rachmaninov par Wallenstein
Quant au chef allemand Leopold Ludwig, c’est simple, je n’ai, dans ma discothèque, aucun disque où il officie seul, et en cherchant bien sur les sites en ligne, j’en ai trouvé deux :
Sinon, Leopold Ludwig c’est le partenaire d’Emil Guilels dans deux concertos pour piano de Beethoven
J’aime bien cette expression – Arrivages – dont use un ami critique dès qu’il reçoit des coffrets, et que je m’approprie à mon tour pour intituler quelques articles récents (Arrivages de printemps).
J’ai commandé et reçu ces dernières semaines pas mal de ces coffrets, et j’aimerais y revenir pour les curiosités, les raretés, qu’ils contiennent.
Ainsi les deux – chers – coffrets édités par l’orchestre philharmonique de Berlin m’ont confirmé ce que je pense depuis longtemps, que Karajan n’est jamais aussi exceptionnel qu’en concert. Il suffit, quand on le peut, de comparer les versions dites « de studio » et les versions « live » des mêmes oeuvres, la comparaison tourne toujours à l’avantage des secondes.
Parmi les absolues raretés des deux coffrets mentionnés, on trouve par exemple ces Atmosphères de György Ligeti (1923-2006), dont j’ignorais que Karajan les eût jamais inscrites au programme d’un concert
Dans les multiples merveilles que contient ce coffret (Les planètes de Sir Adrian) il y a toutes ces petites choses sans importance – comme ces pièces de Rossini arrangées par Benjamin Britten, les Matinées et les Soirées musicales – où Boult s’amuse et nous amuse.
Les marches d’Elgar, d’Eric Coates, c’est dans son arbre généalogique, mais les Boston Pops auraient aisément pu inviter Adrian Boult, qui met un enthousiasme d’enfer dans ces marches de parade de Sousa !
Tchaikovski la suite passée de mode
Toujours dans le même coffret Boult, on remarque un enregistrement de la Suite n°3 de Tchaikovski. Les quatre suites de Tchaikovski sont aujourd’hui complètement ignorées des programmateurs de concerts – je n’en ai personnellement jamais entendu aucune !. Pourtant la deuxième est assez exotique puisqu’elle requiert normalement quatre accordéons russes – des bayans – Quant à la Troisième suite, elle eut les faveurs des plus grands chefs dans les années 60 avec notamment la suite de variations qui forme le dernier mouvement.
Je dénombre pas moins de onze versions différentes de cette suite n°3 dans ma discothèque ! Est-ce bien raisonnable Docteur ? Depuis lors plus aucune version récente…
Lollipops
C’est un CD isolé que j’avais gardé précieusement parce que, dans les rééditions successives des enregistrements de Thomas Beecham, il avait été oublié.
Lors de la réédition tant attendue du legs discographique du chef britannique le plus francophile du XXe siècle, ces Lollipops ont retrouvé leur place.
Comme chez Boult, on retrouve cette tradition de « bonbons » symphoniques, de pièces de genre plus ou moins célèbres, sans cohérence particulière, mais juste gracieuses, élégantes, chic.
Erwan Gentric n’est pas très tendre, dans le dernier numéro de Diapason, avec le tout récent coffret Warner consacré à Daniel Barenboïm et à ses années parisiennes
Je n’ai pas les mêmes préventions que mon jeune confrère, pour des raisons très personnelles. A l’occasion du 80e anniversaire du pianiste/chef d’orchestre (Barenboim 80) j’écrivais ceci :
« Je renvoie aux deux articles que j’avais consacrés à Daniel Barenboim… il y a cinq ans : Barenboim 75 ou l’artiste prolifique, Barenboim 75 première salve. Rien à changer dans mes choix de discophile, ni dans mes souvenirs de jeunesse. Les concertos et les sonates de Mozart, les concertos de Beethoven, les symphonies de Franck et Saint-Saëns, la 4ème symphonie de Bruckner, ce sont mes premiers disques… avec Barenboim.«
Et précisément dans l’impressionnante collection de rééditions parues chez Sony, Deutsche Grammophon et chez Warner, il manquait ces disques enregistrés avec l’Orchestre de Paris pour EMI, du temps où Barenboim en était le directeur musical (lire ce que j’avais écrit il y a quelques mois pour ce qui fut à la fois un retour et un adieu : L’apothéose de Daniel Barenboïm).
Un très beau texte de Remy Louis documente remarquablement ces quinze ans passés (1975-1989) à la tête de l’Orchestre de Paris et ne cache rien des succès et des péripéties qui ont marqué ce mandat.
Je retrouve avec une émotion intacte mes premiers 33 tours de Bizet et Fauré…
CD 1 et 3 Bizet / Carmen, l’Arlésienne suites, Jeux d’enfants, La jolie fille de Perth, Symphonie, Patrie
CD 2 Fauré / Requiem
CD 4 Mozart / concertos flûte, hautbois (Michel Debost, Maurice Bourgue)
CD 5 Vieuxtemps / Concertos 4 et 5 (Perlman)
CD 6 Mozart / symphonie 41, petite musique de nuit
CD 7 Mozart / Requiem (Battle, Murray, Rendall, Salminen)
CD 8 Falla / Nuits dans les jardins d’Espagne (Argerich), Albeniz / Iberia
CD 9 Stravinsky / Le sacre du printemps, Scriabine / Poème de l’extase
CD 10 Dutilleux / Symphonies 1 et 2
CD 11 Stravinsky / Symphonie de psaumes, Scriabine / Symphonie n°3
CD 12 Mahler / Kindertotenlieder, Wagner / Wesendonck Lieder, Wolf / 3 Lieder (Waltraud Meier)
CD 13 Wolf / Penthesilea, Sérénade italienne, der Corregidor
CD 14 Denisov / Symphonie n°1
CD 15 Boulez / Rituel, Messagesquisse, Notations I-IV
Je n’oublierai jamais ce direct sur France Musique en juin 1980 au cours duquel j’entendis pour la première fois les Notations de Boulez, celles qui étaient alors orchestrées (lire Un certain Pierre Boulez)
Et toujours humeurs et bonheurs à suivre sur mes brèves de blog