Brèves carrières

Jean-Louis Grinda, le directeur de l’Opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange, écrit ce matin sur Facebook : « Une grande artiste et une femme aussi charmante que modeste. A 36 ans, elle fit le choix d’abandonner la carrière pour ne plus être séparée de ses enfants. Elle vivait en famille à Monaco et s’est éteinte ce dimanche à son domicile. Cette photo reflète parfaitement sa resplendissante personnalité. »

Il évoque la soprano italienne Rosanna Carteri née le 14 décembre 1930 et morte ce dimanche 25 octobre.

Lire l’excellent article de Jean-Michel Pennetier sur Forumopera, qui souligne la belle et brève carrière de la chanteuse disparue.

Cherchant dans ma discothèque, je trouve assez peu de témoignages de Rosanna Carteri, mais c’est un nom qui m’a marqué dès mon premier achat du Gloria de Poulenc. Dans la version… légendaire (!) – cf. mon article Légendaires – du créateur français de l’oeuvre, Georges Prêtre. La première audition mondiale a lieu à Boston le 20 janvier 1961 sous la baguette de Charles Munch (avec la soprano Adele Addison), la première française le 14 février de la même année à Paris avec Rosanna Carteri, Georges Prêtre (un patronyme tout indiqué pour une telle oeuvre !) dirigeant les choeurs et l’Orchestre National de la RTF.

Carrières abrégées

Rosanna Carteri n’est pas la seule parmi les chanteuses à avoir choisi de mettre fin prématurément à sa « carrière ». Deux cas me viennent à l’esprit : l’un que j’ai bien connu, la jeune soprano française Alexia Cousin, l’autre que je n’ai connu que par le disque, Anita Cerquetti.

J’ai bien connu Alexia Cousin, aujourd’hui jeune quadragénaire. Elle emporte, en 1998, à l’unanimité le Premier prix du concours Voix Nouvelles. En 2000, je la retrouve à Genève dans l’une des plus mémorables productions de Pelléas et Mélisande qu’il m’ait été donné de voir: Louis Langrée dirigeait l’Orchestre de la Suisse romande dans la fosse du Grand-Théâtre, Alexia Cousin (20 ans !) incarnant Mélisande, Simon Keenlyside Pelléas et José Van Dam Golaud, dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshé Leiser.

En septembre 2001, c’est Alexia Cousin qui remplace Felicity Lott, initialement prévue, pour le concert inaugural de Louis Langrée comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège : elle y chante le Poème de l’amour et de la mer de Chausson. Alexia reviendra chaque année à Liège. Il y aura même un disque en grande partie enregistré (avec le Chausson, Shéhérazade de Ravel et quelques Duparc) et jamais achevé.

Alexia Cousin je la verrai sur scène (notamment dans Juliette de Martinu à l’opéra Garnier en 2002)… jusqu’à ce jour de 2005 où j’apprendrai comme tout le monde, à commencer par son agent, qu’elle arrête tout. Tout de suite et sans retour.

Quelques mois plus tard, je la surprendrai dans la foule qui se presse à la salle philharmonique de Liège pour un concert de Louis Langrée. Elle a acheté son billet à l’avance. Nous échangeons quelques mots, je lui dis combien je suis heureux de la revoir, mais rien évidemment sur sa décision. D’autres fois, en fait à chaque fois que Louis Langrée reviendra à Liège (après la fin de son mandat de directeur musical en juin 2006), Alexia sera là, chaque fois moins tendue, moins repliée sur ses secrets. L’an dernier, on a appris qu’après avoir exercé plusieurs « boulots » bien différents de sa vocation initiale, Alexia Cousin enseignait désormais… l’art de chanter (lire Alexia Cousin le retour). Un jour peut-être la reverrons-nous, l’entendrons-nous de nouveau sur une scène ?

Quant à Anita Cerquetti, de la même génération que Rosanna Carteri, née en 1931 morte en 2014, sa carrière dure dix ans. En 1961, au sommet d’une gloire qu’elle n’a jamais recherchée (en 1958, elle a remplacé Maria Callas dans une « Norma » à Rome, que la diva avait dû interrompre, aphone, incohérente, pour cause d’infection à la gorge devant le président de la République italienne, scandale garanti !), Anita Cerquetti renonce à la scène. Il y a des « pirates » de cette Norma. Il y a aussi un sublime récital heureusement publié par Decca à côté d’une fabuleuse Giocanda

Hommage soit rendu à ces magnifiques musiciennes, qui ont préféré nous léguer un art intact, inabouti mais incandescent, qui ont préféré la liberté, la vie, aux tourments, aux contraintes d’une carrière plus longue.

Légendaires

Parmi les expressions faciles qui m’agacent prodigieusement dans la bouche ou sous la plume de certains journalistes lorsque survient la disparition d’un artiste : « la mort d’une légende« . Tel guitariste, tel batteur de jazz, tel chanteur, qui parfois n’est connu que de ses fans (qui peuvent être nombreux) devient ainsi une « légende« . On a parfois droit à « la mort d’une légende vivante » (Pierre Dac pas mort !)

Le mot « légende » et le qualificatif « légendaire » devraient être utilisés avec parcimonie, si l’on ne veut pas qu’ils perdent leur sens.

Le label munichois Orfeo, fondé en 1979, publie, à l’occasion de son 40ème anniversaire trois coffrets de 10 CD consacrés à des artistes présentés comme… légendaires ! On voit bien la commodité pour le marketing, et dans 90 % des cas, il s’agit bien de musiciens et/ou d’interprétations entrés dans la légende, mais pour des artistes encore en activité, dans la fleur de l’âge, le temps n’a pas encore fait son oeuvre, qui pourra peut-être un jour les ranger au rayon des… légendes !

Les chefs

C’est certainement le coffret dont l’appellation est la plus justifiée : ces onze chefs sont entrés depuis longtemps dans la légende de la direction d’orchestre. Rien d’inédit dans ce coffret mais des minutages parfois plus généreux que sur les CD d’origine (ainsi Mitropoulos dirigeant la 5ème symphonie de Prokofiev en 1954 rejoint-il l’insurpassable 4ème de Beethoven de Carlos Kleiber).

Avantage considérable à ce regroupement en un coffret à petit prix (on conseille à nouveau de faire le tour des sites de vente, pour comparer les prix qui peuvent varier considérablement d’un pays à l’autre) : la distribution du label en France a parfois été aléatoire et on n’en pas nécessairement suivi toutes les parutions. Précision utile : il ne s’agit que de prises de concert, magnifiquement captées par les micros de la radio autrichienne ou de la radio bavaroise.

Les chanteurs

Il y a de pures merveilles dans le coffret réservé aux « voix légendaires », mais on est plus circonspect quant à sa composition. À la différence des deux autres coffrets, il ne s’agit que d’enregistrements de studio, ce qui ne réduit en rien leur valeur artistique.

On est très heureux d’entendre le ténor polonais Piotr Beczala, né en 1966, la soprano bulgare Krassimira Stoyanova (1962) ou sa consoeur canadienne Adrianne Peczonka (1963), faire valoir l’étendue de leur talent, la richesse de leur timbre, mais on n’est pas certain qu’on puisse encore qualifier ces interprètes de « légendaires« 

Il y a de vraies curiosités comme ces chansons napolitaines sans vulgarité de Franco Bonisolli (1938-2003) ou ces duos improbables et magnifiques entre Carlo Bergonzi et Dietrich Fischer-Dieskau. Les récitals d’Agnes Baltsa et d’Edita Gruberova montrent ces artistes à leur meilleur, mais les vraies pépites du coffret sont les immenses Julia Varady (1941)- qu’attend Orfeo pour regrouper la meilleure et la plus complète série d’enregistrements de la cantatrice roumaine ? – Grace Bumbry (1937) et Brigitte Fassbaender (1939).

Quant au coffret sur les pianistes, il est commandé, j’attends de l’avoir reçu pour l’évoquer. Suite au prochain épisode !

Carl le Grand

Tout juste commandé (sur un site allemand, parce que nettement moins cher qu’en France!) et reçu à mon retour de Montpellier, avant un week-end sous couvre-feu, un copieux coffret – 30 CD – dédié à l’un des plus grands chefs d’orchestre du XXème siècle, Carl Schuricht (1880-1967)

On ne manquait pas de témoignages plus ou moins officiels, plus ou moins bien documentés, de l’art d’un chef qu’on pourrait qualifier d’anti-Furtwängler, si l’on cédait à la tentation du cliché ! Sveltesse, arêtes affutées, élan vital, pureté des lignes, c’est ce qu’on aime depuis toujours dans des Beethoven et des Bruckner qu’on place très haut dans son panthéon personnel.

Je tiens en particulier sa Neuvième de Bruckner, captée dans le son glorieux des Viennois au début des années 60, pour un modèle : écouter le début du Scherzo pour se rendre compte de ce qu’est un 3/4 viennois – appui sur le premier temps, allègement de la masse sonore – alors qu’on entend si souvent, et sous les plus illustres baguettes, le défilé d’une Panzerdivision.

La discographie officielle de Schuricht a été complétée au fil des ans chez Decca.

ou rassemblée par Scribendum dans un coffret assez inégal, non pas dans l’interprétation, mais à cause de prises de son ou de reports médiocres.

Le nouveau coffret SWR Classic (voir les détails du contenu en fin d’article) restitue, dans des conditions idéales – des bandes radio transfigurées par une remasterisation admirable – la modernité de l’approche musicale d’un chef déjà dans son grand âge, entre 1950 (il avait 70 ans) et 1966 un an avant sa mort à l’âge de 87 ans.

On y retrouve du connu, dans l’exaltation du concert : une quasi-intégrale des symphonies de Beethoven, les quatre symphonies de Brahms, une 5ème de Schubert, où le style Schuricht apparaît en pleine lumière. Le chef allemand ne confond jamais vitesse et précipitation, il adopte même souvent (écouter les débuts de la Pastorale et de la 5ème de Schubert) des tempi « relaxed » comme le disent nos amis britanniques, et pourtant quelle énergie dans l’articulation, les phrasés, quelle carrure rythmique dans tous les mouvements. Quelle splendeur que la 2ème symphonie de Brahms captée en public en 1966 !

Beaucoup de pépites dans ce coffret : je ne connaissais pas Schuricht dans Mahler ! Deux formidables versions de la 2ème et de la 3ème symphonies.

Les Mozart de Schuricht sont ici plus idiomatiques que les six dernières symphonies qu’on lui fit graver pour La Guilde du disque avec l’orchestre de l’opéra de Paris en 1960. Et entendre Elisabeth Schwarzkopf, Fritz Wunderlich, et surtout une Clara Haskil déchaînée dans le Jeunehomme et le 19ème concerto !

Des raretés aussi : Liszt, Tchaikovski (Hamlet), Debussy, Reznicek (une superbe oeuvre pour baryton et orchestre) quelques compositeurs allemands du XXème siècle qui n’ont pas laissé une trace impérissable.

Beethoven: Symphonies 1,3,4,5,6,7,9; Coriolan-Ouvertüre op. 62
Mozart: Symphonies 28, 35, 40, concertos piano 9 & 19 (Clara Haskil); Konzertarie KV 419; Arie « Porgi, amor » Le Nozze di Figaro KV 492 (Elisabeth Schwarzkopf); Bildnisarie Die Zauberflöte KV 620 (Fritz Wunderlich)
Brahms: Symphonies 1-4 (extraits de répétition de la Symphonie n° 2; Ein deutsches Requiem op. 45; Schicksalslied op. 54; Nänie op. 82; Alt-Rhapsodie op. 53; Tragische Ouvertüre op. 81
Schubert: Symphonie 5
Bruckner: Symphonies 4, 5, 7, 8, 9
Mahler: Symphonies 2 & 3
Haydn: Symphonies 86, 95, 100, concerto violoncelle ré M (Enrico Mainardi) 
Schumann: Symphonies 2 & 3; Manfred-Ouvertüre op. 115; Ouvertüre, Scherzo & Finale op. 52
Richard Strauss: Alpensymphonie op. 64; Guntram-Ouvertüre op. 25; Sinfonia domestica op. 53
Liszt: Ce qu’on entend sur la montagne
Bruch: Concerto violon 1
Reger: Mozart-Variationen op. 132; Hiller-Variationen op. 100
Debussy: La Mer 
Mendelssohn: Die Hebriden-Ouvertüre op. 26; Le songe d’une nuit d’été extraits; Meeresstille und glückliche Fahrt Ouvertüre op. 27
Wagner: Extraits de Tristan und Isolde, Parsifal, Götterdämmerung; Siegfried-Idyll (inkl. Proben zu Parsifal)
Grieg: En automne 
Reznicek: Thema & Variationen für Bariton & Orchester; Donna Diana-Ouvertüre
Pfitzner: Das Käthchen von Heilbronn-Ouvertüre op. 17
Weber: Euryanthe-Ouvertüre
Wolf: Italienische Serenade G-Dur
Tchaikovski: Hamlet
Oboussier: Concerto violon Volkmann: Richard III-Ouvertüre op. 68 Blacher: Concertante Musik op. 10 für Orchester Goetz: Concerto violon Raphael: Sinfonia breve op. 67

Professeur

Depuis l’assassinat, insupportable de sauvagerie, de Samuel Paty, outre la multitude de messages de compassion, de solidarité, de révolte, je lis tous ces témoignages d’élèves, de parents, de collègues, de familiers de l’enseignant, qui saluent en « Monsieur Paty » un professeur – j’insiste sur ce mot de professeur – respecté, aimé, qui marquait ses élèves d’un authentique sens de la pédagogie, de l’écoute et de l’autorité.

Dès vendredi soir le président de la République, tout le gouvernement, les élus, les organisations professionnelles rappelaient qu’il n’y a pas de République sans école, que les enseignants, les professeurs sont les hérauts, et maintenant les héros, de la République.

Il faudra s’en souvenir après les manifestations de ce dimanche et l’hommage national de mercredi.

Je n’ai pas écrit sur ma page Facebook : « Je suis professeur ». Mais j’aurais pu le faire…parce que c’était le métier auquel je me destinais, enfant puis adolescent, c’est un métier que j’ai exercé dans des circonstances particulières.

C’est surtout le métier, je dirais même le sacerdoce, qu’exerçaient mon père, et mon oncle son frère, morts l’un et l’autre à la tâche, dans des conditions heureusement moins tragiques que Samuel Paty.

Mon père (lire Dernière demeure) était professeur d’anglais à Poitiers d’abord au centre ville au lycée (devenu collège) Henri IV, puis au lycée Camille Guérin. Il est mort, à 44 ans, le 6 décembre 1972, d’un infarctus foudroyant, et je me rappelle encore tous les témoignages que ma mère avait reçus sur la « bonté », la générosité, la bienveillance qui caractérisaient mon père. Quand je lisais – et lis parfois encore – tant d’âneries sur ces profs qui ont tant de vacances, qui ne bossent que 20 heures par semaine, j’aurais voulu leur crier que, enfant et adolescent, je ne voyais mon père qu’assis derrière son bureau à préparer ses cours, corriger des copies, ou recevoir des élèves en difficulté. J’aurais bien aimé alors qu’il eût plus de « loisirs »…et qu’il ne se tuât pas à la tâche !

Mon oncle était professeur de mathématiques. D’abord installé avec sa famille à Rochefort (la ville des Demoiselles), il obtint d’être muté à Poitiers, après le décès soudain de son frère. Je me rappelle encore ce coup de fil vers minuit un soir de 1995 – j’étais chez moi à Paris – de ma tante : « Ton oncle est à côté de moi dans le lit… il est mort, je n’arrive pas à joindre les garçons » (mes deux cousins, l’un habitant à Munich, l’autre à Londres). Il avait 59 ans…

Même si je n’en ai pas fait finalement mon métier (une licence d’allemand, un diplôme de russe puis une licence en droit à l’Université m’y conduisaient tout droit), j’ai eu le bonheur d’enseigner à plusieurs reprises. D’abord, à 16 ans (!), juste après la mort de mon père, comme chargé de cours de solfège dans une annexe du Conservatoire de Poitiers, cours destinés à des adultes ! Puis, pendant mon service militaire, comme professeur à l’Ecole nationale des sous-officiers d’active (ENSOA) de Saint-Maixent dans les Deux-Sèvres (à 50 km de Poitiers), de français à des élèves sous-officiers qui pour la plupart avaient complètement décroché du système scolaire, d’allemand et de russe pour des officiers en direct ou par correspondance. J’ai tellement aimé cet exercice qui consistait à intéresser, et si possible passionner, des élèves souvent plus âgés que moi, à la littérature française, à la poésie, à la presse écrite. Plus tard quand j’en ai eu l’occasion ou l’offre – à Liège par exemple, en faculté de droit ou à HEC – j’ai retrouvé avec bonheur cette envie d’enseigner.

Et comme l’ont rappelé tant de témoignages depuis jeudi soir, nous savons ce que nous devons, de notre éducation, de la construction de notre personnalité, de l’orientation même de notre vie, à quelques instituteurs et professeurs qui continuent de nous inspirer, de nous nourrir de leur exemple, longtemps après qu’ils ont disparu. Je reviendrai, à l’occasion, sur certaines de ces figures

Couvre-feu

Le Président a parlé. Pour une fois simple, clair et concis. On évite le confinement total du printemps, mais pour une bonne moitié des Français qui ont la malchance de vivre en région Ile-de-France et dans huit métropoles d’importance, le couvre-feu instauré à partir de ce vendredi minuit équivaut au confinement. Tout ce qui avait patiemment et courageusement été reconstruit cet automne – les restaurants, les salles de sport, les théâtres, les activités culturelles – tout s’effondre de nouveau. Un couvre-feu à 21 h (d’ailleurs pourquoi 21 h et pas 22 h ou 20 h ?) c’est l’arrêt, et sans doute l’arrêt de mort, pour toutes les activités qui sont le sel de la vie, le supplément d’âme sans lequel la vie n’est que répétition de mécanismes, d’habitudes sans but ni vision…

Il n’est plus temps de distribuer les bons et les mauvais points (lire L’infantilisation comme mode de gouvernement).

Aujourd’hui je voulais vous parler du spectacle que j’ai vu vendredi dernier au Théâtre des Champs-Elysées, le Ballet royal de la nuit, un spectacle qui tourne depuis 2017.

( Photo : Vincent PONTET)

Guillaume Santaigne a écrit sur forumopera à peu près exactement ce que j’en pense. Lire Une heure de trop.

Aujourd’hui je voulais vous parler de la performance de Cecilia Bartoli et de ses Musiciens du Prince Monaco mardi soir à Toulouse. Performance plutôt que concert « classique », des musiciens formidables, une chanteuse qui n’accapare pas la scène pour se mettre seule en valeur, se changeant à vue dans un coin du plateau et toujours formidablement généreuse. Deux concerts étaient prévus ce 13 octobre, le premier à 18 h, le second à 20h.

J’étais au premier, qui ne s’est achevé qu’à 19h45 ! Récital d’airs baroques, Haendel, Vivaldi, Hasse, et en bis une chanson napolitaine… et un impayable Summertime !

Aujourd’hui je voulais vous parler aussi des entretiens que j’ai eus toute cette journée de mercredi avec des élus et responsables de villes d’Occitanie pour préparer la prochaine édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier, de ce besoin de culture, de fête qui s’exprime plus fort que jamais. Nous savons déjà que la crise sanitaire a modifié et continuera de modifier – et pas nécessairement de façon négative – les habitudes tant des spectateurs que des producteurs – restriction des jauges, port du masque, durée des spectacles. Nous savons aussi qu’aucun « cluster » ne s’est jamais révélé dans les salles de spectacle et les cinémas depuis le déconfinement.

J’invite à lire l’excellent article de Charles Arden et Damien Dutilleul sur Olyrix : Feu aux poudres pour la culture.

Il va falloir inventer de nouveaux formats, de nouveaux horaires – dîner comme les Néerlandais à 18 h ? – de nouvelles propositions le week-end. Mais ne pas se résigner à une nouvelle mort. Car la vie, Monsieur le Président de la République, la « vie sociale » que vous nous incitez à maintenir, n’est tout simplement pas la vie, sans culture, sans convivialité, notre horizon commun ne peut se réduire à Métro boulot dodo.

La collection St-Laurent : les bons plans (II)

Je l’avais annoncé dans un premier article : suite de mes découvertes dans la collection de cet amoureux de vieilles cires et de concerts « historiques », parfait homonyme du grand couturier français, Yves St-Laurent : La collection St-Laurent : les bons plans.

Honneur aux Russes !

Le legs Medtner

D’abord l’exploit qui a fait beaucoup pour la réputation internationale de ce modeste éditeur : la réédition en 7 CD d’un trésor, les enregistrements réalisés par le pianiste et compositeur russe Nikolai Medtner (1880-1951) de ses propres oeuvres.

Les enregistrements de Medtner furent parrainés par le Maharadjah de Mysore, grand admirateur du compositeur russe. Réalisés à partir de magnifiques exemplaires de ces disques rarissimes (pressages HMV anglais), ces transferts nous dévoilent des prises de son d’une dynamique phénoménale pour le piano comme pour l’orchestre, inexistante dans les précédents transferts CD, trop filtrés. Le pianisme miraculeux de Medtner nous est finalement révélé : une pâte sonore et une maîtrise technique égalant Rachmaninov lui-même, une puissance dans le jeu qui contredit justement la légende d’un musicien fatigué, diminué par la maladie au moment de ces enregistrements.

« Jusque là seulement effleuré par Testament ou Lys, le legs complet de la Medtner Society, est enfin publié intégralement en CD par le Studio St. Laurent. Un ensemble d’une importance historique considérable qui nous renseigne autant sur des œuvres complexes mais envoûtantes que sur le jeu d’un pianiste considéré par Rachmaninov comme son égal. Tout y est, y compris l’ample bouquet de mélodies avec Schwarzkopf, les partitions chambristes (1ére sonate de violon, quintette), les concertos, les Märchen irréels de subtilité digital, et même un plein CD de séances d’essais restées inédites jusque là. Les reports sans filtres abusifs donnent l’impression que ce piano tout en timbres est dans la pièce. »

C’est ce qu’écrivait Jean-Charles Hoffelé dans Diapason en novembre 2012.

Leonid Kogan

Voici un prince de l’archet, Leonid Kogan (1924-1982), dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a guère été récompensé de sa fidélité au régime soviétique: aucune réédition d’envergure (comme en ont connue Gilels, son beau-frère, ou Richter) de la part de Melodia, quelques disques épars à chercher du côté d’EMI ou RCA – on y reviendra !

Bonheur donc de retrouver Leonid dans le catalogue St.Laurent :5 CD indispensables pour se remémorer un art violonistique moins placide que celui de son glorieux aîné David Oistrakh, comme venu des steppes de l’Asie centrale.

Kirill l’incandescent

Ce n’est pas faute d’avoir râlé (en vain!) sur ce blog : on attend toujours une édition du legs considérable de l’un des plus grands chefs russes du XXème siècle, Kirill Kondrachine (1914-1981) – lire Le Russe oublié.

Yves St-Laurent a, pour le moment, trois galettes dans sa malle aux trésors. D’autres suivront peut-être ?

Ce concert de novembre 1974 au théâtre des Champs-Elysées (cf. ci-dessus) avec Leonid Kogan en soliste justement, et une Deuxième symphonie de Sibelius d’une folle intensité.

On ne peut que se réjouir que l’ORTF de l’époque ait eu la bonne idée d’inviter régulièrement le chef russe ! Il est vrai que c’est aussi la période où Bernstein, Celibidache, le jeune Ozawa, Maazel fréquentaient les studios de la maison ronde et les scènes de Pleyel et du Théâtre des Champs-Elysées…

Beethoven 250 (XIV): Blomstedt, Dresde et Leipzig

Il y a bientôt trois ans, j’avais eu la chance de voir un vétéran de la baguette, le chef né suédois devenu américain Herbert Blomstedt – 93 ans ! – diriger à la Philharmonie de Paris : lire L’autre Herbert

« …Ce qu’on remarqua immédiatement, ce sont ces mains larges comme des battoirs, sans baguette, expressives sans effets, accordées – on le suppose puisqu’on ne voyait le chef que de dos – à un regard pétillant, inspirant/…./Blomstedt a le geste alerte, une vision somme toute classique, heureuse. Du très grand art, et un orchestre de Paris transfiguré.« 

Pendant mon séjour de la fin de l’année 2017 à Dresde et Leipzig, j’avais acheté – dans le magasin de disques du Gewandhaus – l’alors toute récente intégrale des symphonies de Beethoven réalisée par Herbert Blomstedt avec l’orchestre dont il fut le directeur musical de 1996 à 2005, l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig

Je m’étais promis de prendre le temps de la comparer avec celle que le même Blomstedt avait gravée chez les voisins de Dresde au milan des années 70, dans une admirable prise de son typique de celles que produisait la firme d’Etat est-allemande (VEB Deutsche Schallplatten), intégrale maintes fois éditée et rééditée sous diverses étiquettes super-économiques (comme Brilliant Classics).

Ladite intégrale vient de bénéficier – 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven oblige – d’une « remasterisation » exemplaire.

(On conseille d’acquérir le coffret sur Amazon.de pour 17 €… la FNAC le propose à 32 € !)

On peut mesurer l’évolution du geste de Blomstedt, entre Dresde et Leipzig, des tempi plus enlevés, cette sorte d’énergie presque juvénile qui émane de certains vétérans de la direction (on pense à Monteux ou Paray dans leur grand âge), mais l’impression qui domine, dans les deux intégrales, est cet admirable classicisme qui est tout le contraire d’un académisme banal. Cette science des phrasés, des équilibres, du chant, de la ligne, qui est la marque des très grands.

Berlin Classics nous offre un beau cadeau en nous restituant cette intégrale dresdoise qui nous rappelle les admirables singularités de la phalange saxonne, la Staatskapelle Dresden, qui n’est pas pour rien la plus ancienne formation orchestrale du monde (1548).

La Septième symphonie de Beethoven captée en concert à Tokyo le 13 avril 1978, Herbert Blomstedt dirige la Staatskapelle Dresden

Grands chefs

Dans mon dernier billet (La collection St Laurent) j’évoquais plusieurs grands chefs d’origine européenne qui ont fait carrière aux Etats-Unis : Charles Munch, Erich Leinsdorf, William Steinberg.

Il y a quelques jours, j’avais repéré sur un site allemand (jpc.de) très recommandable pour la variété et la densité de son catalogue, l’une de ces « bonnes affaires » régulièrement proposées : un coffret de 5 DVD – à moins de 20 € – sobrement, mais à juste titre, intitulé Legendary Conductors of the Boston Symphony Orchestra

Quelques belles séances en perspective, surtout quand l’image vient compléter ce qu’on a déjà entendu au disque.

Dans la même commande, j’ai aussi craqué pour le coffret DGG des symphonies de Beethoven par William Steinberg, alors que j’avais déjà les deux précédentes éditions (lire Beethoven 250 : Steinberg)

Mais le plus cher à mon coeur est cet inattendu CD publié par Audite dans sa collection « historique » du Festival de Lucerne, qui compile deux concerts qu’Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse Romande – dont il était alors le directeur musical – avaient donnés au bord du Lac des Quatre Cantons en 1988 et en 1994, avec une soliste d’exception dans le Poème de l’Amour et de la Mer de Chausson.

Sauf erreur de ma part, la 2ème suite de Bacchus est un inédit dans la discographie du chef suisse, qui détient par ailleurs – et conforte avec ce disque – le record du nombre d’enregistrements du Chausson (un avec Jessye Norman, un autre avec Françoise Pollet et maintenant deux avec Felicity Lott !)