Les raretés du confinement (VI) : Nouvel an, Nouveau monde

La culture et le sport restent confinés… jusqu’à nouvel ordre. C’est en substance ce qu’a annoncé le gouvernement jeudi dernier. Et pourtant on continue à y croire, on espère que, le vaccin aidant, on finira par sortir du cauchemar…

30 décembre 2020 : Dean Martin

Lorsqu’elle est morte (à 97 ans!) en mai 2019, j’avais consacré tout un billet à Doris Day, Doris Day que je qualifiais de « crooner » au féminin. Son pendant masculin, LE crooner par excellence, est pour moi Dean Martin (1917-1995), jamais égalé, une voix inimitable de charme, de chaleur et de velours. Il passait pour être ivre en permanence sur scène, dans cet extrait de 1965 il en plaisante lui-même. Il chante Everybody Loves Somebody Sometime, une chanson de 1953, gravée sur sa tombe. On ne disait pas alors « chanson à message » et pourtant…

31 décembre 2020 : Armin Jordan à Liège

De 2001 à 2006 (trois mois avant sa mort), le grand chef suisse Armin Jordan (lire Etat de grâce) vint chaque année diriger l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège, souvent deux programmes différents (avec des solistes comme Emmanuel Pahud, Sophie Karthäuser, Martha Argerich…).En 2005 il dirigeait le rare ballet de Paul Dukas (1865-1935), La Péri (1910) dont on ne connaît le plus souvent que la fanfare introductive. Armin Jordan a enregistré La Péri avec l’ OSR – Orchestre de la Suisse Romande pour Erato – Warner Classics France.

1er janvier 2021 : Le Danube chanté

En attendant le tube du traditionnel concert du Nouvel an, joué une fois de plus dans sa seule version orchestrale, l’histoire vraie d’une valse d’abord conçue pour un choeur d’hommes ! Le compositeur Johann von Herbeck (directeur du prestigieux Wiener Männergesang-Verein, importante chorale masculine de Vienne d’environ 130 membres) demande vers 1865 à Johann Strauss fils (alors âgé de 42 ans) de composer une nouvelle « valse chorale vivante et joyeuse » pour leur festival d’été Sommer-Liedertafel. Cette œuvre est inspirée à Strauss par un voyage sur le Danube. L’auteur-poète-parodiste de la chorale Josef Weyl (ami d’enfance du compositeur) écrit les premières versions de paroles qui traitent par la dérision la défaite militaire historique de la Maison d’Autriche à la guerre austro-prussienne de 1866 (qui met fin à sa suprématie historique sur la confédération germanique par le traité de Prague (1866), au détriment des prémisses de l’Empire allemand de 1871 du chancelier prussien-allemand Otto von Bismarck). Les membres indignés de la chorale s’offusquent des paroles. La première représentation publique du Wiener Männergesang-Verein a lieu le 13 février 1867 à l’établissement thermal Dianabad sur le canal du Danube à Vienne, avec un important succès enthousiaste et retentissant (mais le texte de Weyl produit de vives critiques, indignations et offuscations du public viennois autrichien)L’interprétation par Strauss de la version orchestrale symphonique féerique définitive de son œuvre (sans paroles) à Paris lors de l’Exposition universelle de 1867 est un triomphe majeur international, avec plus de 20 rappels, et plus d’un million de partitions vendues dans le monde. Le texte définitif (rarement interprété depuis) est écrit en 1890 par l’auteur-compositeur Franz von Gernerth sur la thème du poème symphonique actuel « Danube si bleu, si beau et si bleu, vous tourbillonnez calmement à travers la vallée et les prairies, notre Vienne vous salue, votre ruban d’argent lie le pays à la terre, et les cœurs heureux battent sur votre belle plage… ».En 1975, Willi Boskovsky (lire Wiener Blut) dirige la version chantée, qui a été rééditée dans le coffret hommage à l’ancien Konzertmeister et chef des concerts de Nouvel an des Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.

2 janvier 2021 : Avec nos meilleurs vieux

Ces vieux qui rajeunissent… et inversement

Il y a des chefs qui ralentissent en vieillissant (cf. le concert de Nouvel an hier avec Riccardo Muti), et d’autres que le grand âge semble ragaillardir. D’autres enfin comme Otto Klemperer qui pouvait passer d’une énergie furieuse à une lenteur sépulcrale. L’enregistrement par Otto Klemperer de la Symphonie n°25 de Mozart en 1956 reste l’une des versions les plus emportées, très « Sturm und Drang » de la discographie de cette oeuvre :

3 janvier 2021 : Cavalerie légère

Contraste complet avec la version bien peu légère de Riccardo Muti, ce 1er janvier 2021, la célèbre ouverture de Franz von Suppé (1819-1895) Leichte Kavallerie / Cavalerie légère a trouvé en Georg Solti (1912-1997) son interprète le plus fougueux à la tête d’un Orchestre philharmonique de Vienne de haute école (enregistré en 1957!)

4 janvier 2021 : Richter en janvier

Tchaikovski compose une suite de douze pièces pour piano (chaque mois de l’année), Les Saisons, entre novembre 1875 et mai 1876. Sviatoslav Richter (1915-1997) est l’un des rares pianistes de son envergure à avoir souvent joué en public et enregistré ces Saisons.

5 janvier 2021 : In memoriam Pierre Boulez

Pierre Boulez cinq ans après

Pierre Boulez est mort le 5 janvier 2016. Son héritage demeure, plus vivant que jamais.J’ai redécouvert ses gravures des symphonies de Mahler. Admirables, magnifiques !

6 janvier 2021 : Pierre Monteux et Dvořák

A priori on n’imagine pas Pierre Monteux (1875-1964) – toujours les clichés – comme un interprète exceptionnel de la Septième symphonie de Dvořák. Et pourtant cet enregistrement de 1959 (Monteux a 84 ans !) est en tête de ma discographie de l’oeuvre. Une poésie, une vitalité, une jubilation magnifiques !

7 janvier 2021 : L’assaut du Capitole

On reste encore abasourdi par ce qu’on a vu, suivi en direct sur franceinfo le 6 au soir :

Après ce qui s’est passé hier à Washington, ce disque, cette oeuvre s’imposent. De William Billings (1746-1800) le père de la musique chorale américaine : Be glad America. Antal Dorati dirige l’Orchestre National de Washington

8 janvier 2021 : Le Nouveau monde

La célèbre Symphonie « du Nouveau monde » est écrite par Antonín Dvořák durant son séjour à New York (1892-1896) et créée le 15 décembre 1893 au Carnegie Hall. L’un des meilleurs interprètes de ce chef-d’oeuvre est, pour moi, le chef allemand Rudolf Kempe (1910-1976) qui en a laissé plusieurs versions extraordinaires au disque, en 1957 avec Berlin (EMI), en 1972 avec le Royal Philharmonic Orchestra. Lire Le Chef du Nouveau monde. Ici un live tout aussi exceptionnel avec le BBC Symphony

9 janvier 2021 : L’Or et l’argent

Le même Rudolf Kempe a laissé les deux plus belles versions de la célèbre valse de Franz Lehar, Gold und Silber/ L’Or et l’argent. D’abord avec l’Orchestre philharmonique de Vienne – c’était, paraît-il, son enregistrement préféré ! puis avec la Staatskapelle de Dresde.

La découverte de la musique (XII) : Les rêves d’hiver de Tchaikovski

Comme je l’ai raconté dans le premier billet de cette série – La découverte de la musique (I) – j’ai, adolescent, en grande partie constitué ma discothèque classique grâce à une filiale de la puissante coopérative suisse Migros, Ex Libris, qui était à la fois un club et une chaîne de magasins culturels. C’est grâce à Ex Libris que j’ai eu ma première version d’une oeuvre qui a toujours puissamment résonné en moi (Musiques climatiques) : la première symphonie « Rêves d’hiver » de Tchaikovski

Cette symphonie, commencée au printemps 1866, est sans doute celle qui va donner le plus de mal à son auteur, qui traverse de graves crises nerveuses : «  Mes nerfs sont à nouveau complètement détraqués. Les raisons en sont les suivantes : 

1) les difficultés dans la composition de la symphonie ;

2) Rubinstein et Tarnovski, remarquant à quel point je suis susceptible, passent leur temps à me faire enrager ;

3) la pensée omniprésente que je mourrai bientôt sans avoir eu le temps d’achever ma symphonie.

J’attends l’été et Kamenka comme une terre promise. Depuis hier, je ne prends plus de vodka, de vin ni de thé fort. Je hais l’humanité et voudrais me retirer dans un désert. J’ai déjà pris mon billet de diligence pour le 22 mai… »

Il faudra à Tchaikovski surmonter les refus, les sarcasmes, pour enfin atteindre le succès, deux ans plus tard, lorsque sa symphonie est créée par son dédicataire, Nikolai Rubinstein, le 15 février 1868, à Moscou, lors d’un concert de la Société musicale russe. Ce n’est pourtant que, quinze ans plus tard, le 1er décembre 1883, qu’on pourra la réentendre à Moscou et lire dans Les Nouvelles russes cette critique qui résume bien l’oeuvre : « C’est une symphonie authentiquement russe. Dans chaque mesure, on sent qu’elle n’a pu être écrite que par un Russe« . Tchaikovski lui-même écrit à Nadiejda von Meck: « Même si elle demeure à bien des égards d’une immaturité évidente, elle a pourtant au bout du compte plus de substance et s’avère bien plus réussie que beaucoup de mes œuvres ultérieures« .

C’est donc avec Lorin Maazel – lire Un Américain de Paris – et l’Orchestre philharmonique de Vienne (ah ces couleurs du hautbois solo, des cors !) que je découvre ces Rêves d’hiver, une version qui ne m’a jamais quitté et que je place toujours en tête de ma discographie personnelle de l’oeuvre !

Quelques mois plus tard, je découvrirai l’un des premiers disques du jeune Michael Tilson Thomas :

Et lorsque Karajan, qui a si souvent enregistré les trois dernières symphonies, grave les trois premières pour Deutsche Grammophon, cela donne une Rêves d’hiver intensément lyrique, tragique parfois, comme dans le mouvement lent, d’une abyssale nostalgie :

Au moment de clore ce billet, j’ai une pensée toute particulière pour Patrick Davin, tragiquement disparu au début de l’automne (Un ami disparaît) qui avait magnifiquement dirigé, à ma demande, cette symphonie qu’il ne connaissait pas, à la tête de l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Les Belges sur France-Musique

Vive le podcast !

Dimanche dernier, l’ami Christian Merlin – lire. – consacrait son émission dominicale – Au coeur de l’orchestre – sur France Musique aux orchestres belges ! Et je l’ai manquée, mais on ne manque plus rien ni en radio ni en télévision grâce au podcast.

On peut donc entendre ou réentendre iciLes orchestres belges – la totalité de cette émission qui dresse un panorama aussi exhaustif qu’équilibré des formations orchestrales belges, mais on ne pourra m’empêcher de penser que, connaissant Christian Merlin, il a gardé le meilleur pour la fin. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, et à partir d’ 1h36, il évoque l’Orchestre philharmonique royal de Liège (qui célèbre ses 60 ans cette année : Anniversaires public/privé).

Christian Merlin rappelle la glorieuse histoire d’une phalange, à laquelle je reste fier d’avoir consacré quinze ans de ma vie, de 1999 à 2014 – lire Liège à l’unanimité -, à laquelle me lient, pour toujours, tant de souvenirs, d’amitiés, d’émotions (Les beaux jours). Crise sanitaire oblige, j’aurai manqué, en cette triste année 2020, à la promesse que je m’étais faite de retourner, une à deux fois par an, rendre visite à mes amis liégeois, mais ce n’est que partie remise !

Pour illustrer son propos à propos de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, Christian Merlin propose deux extraits musicaux : l’étude symphonique n°2, Ophélie, de Guillaume Lekeu, dirigée par Pierre Bartholomée.

et le finale de la Symphonie en ré mineur de César Franck, dirigée par Louis Langrée.

Merlin rappelle qu’une Tribune des critiques de disques de France Musique, à laquelle il participait d’ailleurs, avait, à l’issue d’une écoute à l’aveugle, distingué cette version comme la nouvelle référence interprétative dans une discographie surabondante.

Une anecdote – il y a prescription ! – : j’ai évidemment suivi, de bout en bout, la conception, l’enregistrement et la fabrication de ce disque qui regroupe les symphonies de Chausson et Franck. Je me rappelle une visite dans les bureaux d’Universal France, juste derrière le Panthéon à Paris, pour valider la pochette du disque… et mon étonnement lorsqu’on me présente un visuel ainsi rédigé : Franck CHAUSSON : Symphonies. Le graphiste devait penser qu’après Frank Michael, une gloire belge de la chanson, Franck Chausson devait être la nouvelle star promue par Universal !! J’ai quand même dû insister un peu pour qu’on rétablisse une parfaite égalité graphique entre les deux compositeurs… et rappeler que Chausson se prénommait Ernest !

Pour être complet sur cette Symphonie de Franck, qui est l’emblème de l’OPRL, rappelons que la dernière version enregistrée en 2012 par Christian Arming a obtenu un Diapason d’or (lire L’or des Liégeois)

Et puisque Christian Merlin le cite dans son émission, mentionnons le Diapason d’or 2019 décerné à Jean-Luc Votano pour ce très beau disque, en particulier pour son superlatif concerto pour clarinette de Lindberg.

Bonne écoute : France Musique, Au coeur de l’Orchestre avec Christian Merlin : Les orchestres belges

Les raretés du confinement (IV)

S’il y a bien un terme tout à fait abusif pour décrire ce qui s’est passé ce 15 décembre en France, c’est bien celui de « déconfinement ». Certes, les autorisations pour se déplacer ont disparu, mais comment peut-on oser parler de déconfinement, lorsque la vie culturelle – et sportive – reste interdite, lorsque les lieux de vie et de convivialité essentiels que sont les cafés et les restaurants sont fermés pour plusieurs semaines encore ?

Cette série n’est donc pas près de s’arrêter !

Résultat peut-être du premier confinement ? la naissance hier de mon troisième petit-enfant, une jolie princesse prénommée Adèle. Ses grands frère (7 ans) et soeur (5 ans et demi) sont déjà impatients de jouer les nounous.

6 décembre

Le 6 décembre 1917 le parlement finlandais votait l’indépendance de la Finlande, durant des siècles tantôt rattachée au royaume de Suède tantôt dominée par la Russie tsariste. Le 6 décembre marque la fête nationale finlandaise.Une curiosité – peu connue – dans l’abondante discographie du chef japonais Seiji Ozawa (85 ans) : tout un disque d’hymnes nationaux du monde entier enregistré avec le NEW JAPAN PHILHARMONIC, orchestre qu’il fonda en 1972 et que Christian Arming dirigea de 2003 à 2013. Dans ce disque évidemment l’hymne national finlandais !

7 décembre

L’Orchestre Philharmonique Royal Liège fête ses 60 ans. On se rappelle les concerts exceptionnels donnés le 7 décembre 2000 pour ses 40 ans et surtout le 7 décembre 2010 pour ses 50 ans (lire: Anniversaires privé/public). Dans le coffret de 50 CD publié pour les 50 ans de l’Orchestre, il y a plusieurs raretés : comme ce 2ème concerto pour piano d’Erwin Schulhoff (1894-1942), ici sous les doigts de Claire-Marie Le Guay et sous la baguette de #LouisLangrée

8 décembre

Formidable nouvelle que cette nomination de mon amie Nathalie Stutzmann comme « Principal Guest Conductor » du Philadelphia Orchestra.

Souvenir du tout premier disque acheté de Nathalie Stutzmann chanteuse, après une écoute comparée d’un Disques en Lice, la défunte émission de critique de disques de la RADIO TELEVISION SUISSE (RTS), à laquelle participait Gérard Lesne : lui comme moi étions envoûtés par la beauté et le mystère de cette voix androgyne.

9 décembre

Envie d’évoquer aujourd’hui l’une des grandes chanteuses françaises, la soprano Andréa Guiot (née en 1928), originaire de Nîmes; qui n’a pas la notoriété, la célébrité même, que mériteraient son talent et la splendeur de sa voix. J’avais eu la chance de la rencontrer au début des années 90 dans une émission – Disques en Lice – de la Radio Suisse romande, à laquelle l’avait conviée François Hudry. Nous avions passé un merveilleux moment et beaucoup sympathisé. Quelques mois plus tard, je me trouve au festival d’Aix-en-Provence dans la cour de l’Archevêché, assis juste derrière elle. Nous nous saluons comme des amis qui se seraient quittés la veille, et me voilà incapable, de toute la soirée, de me rappeler son nom et de la présenter à la personne qui m’accompagnait ce soir-là… Ici, c’est peut-être la meilleure Micaela de toute la discographie au côté de l’impérial Don José de Nicolai Gedda : la Carmen de Maria Callas était décidément bien entourée !

10 décembre

Je ne me suis jamais rangé dans la catégorie des admirateurs absolus de celle qu’on appelle « la » Callas J’ai même souvent été agacé par la surexploitation médiatique, discographique, d’une légende qui a fini par occulter la vraie personnalité et l’art singulier de la chanteuse » C’est ce que j’écrivais – lire Callas intime – à l’occasion des 40 ans de la disparition de la cantatrice. J’évoquais hier Andréa Guiot (et Nicolai Gedda) partenaires de Maria Callas dans l’enregistrement de Carmen dirigé par Georges Prêtre

Je (re)découvre pas à pas l’artiste exceptionnelle, la voix si singulière, l’incroyable charisme qui se dégage de sa présence sur scène, comme dans cet extrait de Médée de Cherubini, capté le 10 décembre 1953 à la Scala, avec un Leonard Bernstein de 35 ans dans la fosse ! Inouï !

11 décembre

Cette rubrique est malheureusement appelée à se prolonger, si l’on en croit les dernières annonces gouvernementales ! Une si longue, trop longue, attente pour la musique vivante,qu’aucune vidéo, aucun disque, ne remplacera jamais.Soutien et solidarité avec tous les artistes, tous ceux qui font vivre la culture !

Puisque nous sommes encore dans l’année Beethoven, une découverte pour moi, une rareté de ma discothèque :

#Beethoven250 C’est par hasard que j’ai redécouvert quelques symphonies de Beethoven, enregistrés par Karl Münchinger à la tête de l’orchestre de la radio (et non de son orchestre de chambre) de Stuttgart. Depuis que j’ai pu acquérir les symphonies 2, 3, 6, 7 (en attendant d’en trouver d’autres ?), je vais de bonne surprise en émerveillement. Lire la suite : Beethoven 250 : Karl Münchinger, la grandeur classique.

12 décembre

Ne pas désespérer malgré tout…Cette célèbre chanson de LeoncavalloMattinata – écrite en 1904 pour la Gramophone Company, ancêtre d’EMI, dédiée à Caruso, qui en fait le premier enregistrement avec le compositeur au piano, fait partie d’un disque du ténor Franco Bonisolli (1938-2003) dont les frasques firent autant que sa voir d’or pour sa réputation. Un disque réédité dans un coffret Orfeo intitulé : Legendary Voices (lire Légendaires)

13 décembre

La Sainte-Lucie (Sankta Lucia en suédois, Lucia en raccourci) est célébrée le 13 décembre en l’honneur de sainte Lucie de Syracuse. Elle marque, avec l’Avent, le début de la saison de Noël. Traditionnellement une fête importante dans toute la Chrétienté occidentale, elle est aujourd’hui célébrée en Scandinavie et en Europe méridionale, particulièrement en Suède, au Danemark, en Norvège, en Finlande, en Italie, en Islande et en Croatie.La fête correspond au premier jour à partir duquel le soleil se couche plus tard que la veille dans l’hémisphère nord. Le dicton « à la sainte-Luce, le jour avance du saut d’une puce » correspond à cette observation (la forme Luce est employée pour la rime).La fête de Sainte-Lucie est attendue par les petits et les grands au coeur de l’hiver scandinave (lire Etoiles du Nord )

Santa Lucia c’est aussi l’une des plus célèbres chansons napolitaines, écrite en 1849 par Teodoro Cottrau – elle évoque la vue sur le golfe de Naples du haut du Borgo Santa Lucia. Il est assez savoureux de l’entendre ici chantée en suédois !

14 décembre

Le jour où l’on devient grand-père pour la troisième fois et qu’on pense déjà à ce qu’on chantera doucement pour endormir la petite princesse née cet après-midi, on se remémore un disque précieux de sa discothèque et cette sublime Berceuse de Brahms chantée par Victoria de Los Angeles, accompagnée par Rafael Frühbeck de Burgos et le Sinfonia of London (EMI, 1964)

15 décembre

On célèbre en ce mois de décembre les 60 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège. L’un de mes meilleurs souvenirs, et une fierté aussi, de mes années passées à la direction de l’orchestre, est incontestablement la discographie construite au fil des ans, comme par exemple cette intégrale de l’oeuvre concertante d’Edouard Lalo (ce compositeur que j’avais décrit jadis, dans une pochette de disque, comme L’éternel second).

De Lalo on ne connaît vraiment que sa populaire Symphonie espagnole ou son concerto pour violoncelle. Ce beau coffret est l’occasion de redécouvrir le charme de son Concerto russe, ici sous l’archet sensible d’Elina Buksha, tout juste 30 ans, passée par la Chapelle musicale Reine Elisabeth et la direction idiomatique de Jean-Jacques Kantorow.

Anniversaires : privé / public

J’ai bien des raisons d’épingler la date du 7 décembre dans mon calendrier de coeur.

La première – et de loin – est la naissance de mon premier fils, un dimanche 7 décembre, huit ans après le décès de mon père, un mercredi 6 décembre. Impossible de ne pas voir dans cette quasi-coïncidence de dates le signe d’une vie plus forte que la mort. J’ai eu la chance d’être père jeune, je n’avais pas 25 ans quand P.F. est né, je me rappellerai, jusqu’au bout de mes jours, le regard d’un bleu profond d’un beau bébé blond dans la couveuse où on l’avait placé juste après un accouchement parfait dans une clinique parisienne du côté de la place Wagram.

Ce garçon, devenu grand, allait fêter ses 20 ans, puis ses 30 ans, en même temps que l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège ses 40 (2000) puis 50 ans (2010).

Tant d’images me reviennent de ces événements concomitants.

20/40 ans

En décembre 2000, je me devais, nouveau directeur général de l’Orchestre philharmonique de Liège, de marquer le 40ème anniversaire de la fondation de l’Orchestre. Pierre Bartholomée, son directeur musical depuis 1977, ayant claqué la porte au printemps 1999 (sans cet événement, je ne serais sans doute jamais devenu le DG de l’orchestre !), il était impossible de penser à le réinviter un an plus tard. Avec le nouveau délégué artistique que j’avais choisi, Stéphane Dado, nous fîmes une rapide prospection parmi les chefs d’une certaine notoriété pour voir qui accepterait de reprendre le programme inaugural de l’Orchestre en 1960. L’excellent Serge Baudo accepta l’invitation.

Pour la soirée du 7 décembre 2000, j’invitai les prédécesseurs de Pierre Bartholomée encore vivants, Paul Strauss (1967-1977) – mais celui-ci était aux Etats-Unis – et… Manuel Rosenthal, qui n’avait certes dirigé l’orchestre que durant un court mandat (1964-1967), mais qui, à 96 ans, était encore en forme olympique. Nous envoyâmes une voiture le chercher à son domicile de la Butte aux Cailles, organisâmes une réception à l’Hôtel de Ville de Liège où lui fut remise – mieux vaut tard que jamais – la médaille de citoyen d’honneur de la ville, et dans mon bureau une pause détente en fin d’après-midi avant que le concert de 20 h ne débute.

Je revois encore assis face à face, mon fils de 20 ans et le vieil homme de 96 ans qui lui racontait ses souvenirs de Ravel, de Gershwin… et ses débuts impécunieux de violoniste de salon. J’entends encore Rosenthal raconter que, repéré pour ses talents violonistiques, je ne sais plus qui le recommanda au Ritz où il était de coutume d’accompagner les dîners de riches clients par une sérénade. Arrivé dans le palace de la place Vendôme, on montre au jeune Rosenthal une petite pièce où il doit attendre qu’on lui fasse signe de se présenter dans le salon où il va jouer. Il est surpris d’entendre déjà jouer du violon, et du très beau violon : il entr’ouvre un épais rideau et il aperçoit… Fritz Kreisler en personne !

30/50 ans

Pour les cinquante ans de l’Orchestre, les conflits du passé étant apaisés, je tenais à ce que cet anniversaire réunisse, rassemble, ceux qui l’avaient porté à une excellence reconnue par toute la critique. J’avais souhaité, dès ma prise de fonction, prendre contact avec Pierre Bartholomée, puisque j’étais complètement étranger aux événements et aux circonstances qui l’avaient conduit à quitter son poste. L’ancien directeur musical de l’OPL étant par ailleurs un compositeur reconnu et honoré, je lui demandai s’il accepterait d’écrire une oeuvre pour « son » orchestre: il écrivit tout simplement une… Symphonie, qu’il me fit l’immense honneur de me dédier – j’en conserve précieusement la partition originale – mais il hésita longtemps avant d’accepter de la diriger lui-même.

(Une photo rare : de gauche à droite Louis Langrée, Pierre Bartholomée, Pascal Rophé, Jean-Pierre Hupkens – président de l’OPRL)

Paul Strauss qui avait toujours été un formidable et bienveillant conseiller – je ne manquais jamais de l’inviter au concert lorsqu’il était en Belgique – Paul Strauss était mort en juin 2007 à Bruxelles.

Mais Louis Langrée (2001-2006) comme Pascal Rophé (2006-2009) avaient accepté de participer à un concert à tous égard inédit : jamais dans le monde on n’avait célébré un anniversaire en réunissant, dans une même soirée, trois chefs d’orchestre.

(Les trois chefs, le directeur de l’Orchestre et la princesse Astrid de Belgique)

Pierre Bartholomée dirigea sa Symphonie, Louis Langrée la 2ème suite de Daphnis et Chloé de Ravel, et Pascal Rophé le Sacre du printemps de Stravinsky. Ce fut un superbe concert. Et j’eus la joie d’avoir à mes côtés mes deux fils, l’aîné 30 ans, le second 28 ans.

Trois ans après cet anniversaire, le père devenait grand-père, le fils devenait père. Il le sera très bientôt à nouveau !

Deux disparitions

J’apprends coup sur coup deux disparitions qui me touchent, celle du chef d’orchestre Gabriel Chmura, celle d’un personnage connu du seul milieu professionnel de la musique, un impresario – comme on ne dit plus aujourd’hui – aimé et reconnu, Pedro Kranz.

Gabriel Chmura (1946-2020)

Le chef d’orchestre d’origine polonaise Gabriel Chmura est mort hier à l’âge de 74 ans. Quand je le rencontre pour la première fois, je ne connais de lui qu’un disque que la critique avait vivement recommandé, d’ouvertures de Mendelssohn.

C’est lui qui a été choisi par l’agence Weinstadt de Bruxelles pour diriger la tournée de l’Orchestre philharmonique de Liège en Espagne en octobre 1999. Pierre Bartholomée avait claqué la porte de la direction de l’orchestre au printemps et je venais d’en être nommé directeur général.

J’ai retrouvé Gabriel en Espagne, je l’ai invité à dîner un soir dans l’une des meilleures tables ibériques et j’ai le souvenir d’un homme charmant, cultivé, qui pouvait éventuellement être un candidat à la direction musicale de l’orchestre, même s’il était bien trop tôt pour l’envisager. En revanche, dès que j’évoquai avec lui l’idée de donner la Deuxième symphonie « Résurrection » de Mahler pour la réouverture de la salle de concerts du Conservatoire de Liège*, en septembre 2000, après deux ans de travaux de rénovation – il me supplia de l’inviter à la diriger. Me disant ses affinités électives avec la personnalité et la musique de Mahler. Ainsi Gabriel Chmura dirigea-t-il cette « Résurrection », comme en témoigne une mauvaise copie vidéo de la captation réalisée par la RTBF

L’émotion est grande de retrouver, vingt ans après, tant de visages familiers, dont beaucoup sont aujourd’hui retraités ou malheureusement disparus.

Nous réinviterons Gabriel Chmura à plusieurs reprises : en janvier 2002 pour des concerts de Nouvel an avec Felicity Lott, les années suivantes pour des symphonies de Prokofiev et Weinberg, ou pour remplacer Louis Langrée, malade, dans un programme Richard Strauss. Toutes ces dernières années, Chmura s’était voué à ce qu’il considérait comme la mission de sa vie: faire redécouvrir le contemporain de Chostakovitch, le compositeur russe d’origine polonaise Mieczysław Weinberg (1919-1996).

Hommage à ce grand musicien et pensées pour sa famille.

Pedro Kranz

Je n’ai jamais su l’âge réel de celui qui fut, dès 1964, le co-directeur de l’agence Caecilia de Genève.

Je pleure aujourd’hui quelqu’un que j’ai toujours infiniment respecté et avec qui j’avais fini par nouer une relation d’amitié plus que d’affaires. Je n’ai jamais considéré Pedro Kranz comme un « agent » – malgré le succès de la série Dix pour cent, je continue de trouver ce mot horrible surtout dans le domaine de la musique. Je lui préfère mille fois celui d’impresario, parce que ces personnages de l’ombre ne sont pas – ne devraient pas être – seulement ceux qui « gèrent » la carrière d’un artiste (et empochent en effet dix, quinze ou vingt pour cent de leurs cachets !) mais d’abord des organisateurs, des conseillers, des visionnaires même. Ce que fut si bien Pedro Kranz.

Ainsi c’est grâce à lui, je peux le dire maintenant, que j’ai engagé de jeunes chefs comme Christian Arming ou Domingo Hindoyan. Mais Pedro Kranz ne m’imposait jamais rien, quand il me disait du bien d’un jeune artiste, je savais que je ne serais pas déçu. Il représentait les plus grands, et les plus grands étaient ses amis, mais jusqu’au bout il a toujours eu la curiosité du découvreur, du dénicheur de talents, et il accompagnait aussi longtemps que possible ceux qu’il avait décidé de soutenir.

Pedro Kranz ce fut aussi celui qui organisa, à ma demande, certaines des plus belles aventures de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, les invitations en 2005, 2011 et 2014 au Musikverein de Vienne, les tournées en Suisse et en Europe centrale, et peut-être la plus mémorable d’entre elles, la tournée en Amérique du Sud à l’été 2008 (lire Un début en catastrophe)

Je pense ici en particulier à son fils Pierre-André Kranz qui y avait contribué, je pense évidemment aussi à sa radieuse épouse, disparue il y a près de trois ans, après un combat acharné contre la maladie. Il l’a désormais rejointe. Je conserve un souvenir lumineux de cet homme et de ce couple, qui avaient l’amour de la musique et des musiciens chevillé au coeur.

*La salle des concerts du Conservatoire a été rebaptisée Salle Philharmonique de Liège après sa réouverture en septembre 2000.

Ce qui reste d’une vie

On l’avait constaté à la mort d’Annie Cordy, une vie d’artiste se résume trop souvent à un seul aspect, quelques titres de chansons, dans la mémoire collective

Patrick Davin

Tous les témoignages qui ont afflué depuis jeudi et la mort soudaine de Patrick Davin (Un ami disparaît) démontrent, au contraire, que le chef disparu laisse à tous ceux qui le pleurent une multiplicité d’impressions, de souvenirs, d’expériences vécues. L’homme prend le pas sur le musicien, ou plus exactement chacun se rappelle l’humilité, la simplicité, la bienveillance, la bonne humeur, l’humour distancié, de l’artiste au travail ou en représentation.

L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège a publié sur son site (http://www.oprl.be) ce que Patrick Davin avait écrit pour le Blog des 50 ans de l’orchestre, à l’occasion des concerts qu’il avait dirigés en avril 2011 (Carmina Burana de Carl Orff et Shaker Loops de John Adams), vingt ans exactement après son premier engagement à la tête de l’orchestre.

20 ans après!!!

La seule et principale difficulté pour un aspirant chef d’orchestre est de naître (appelons cela: débuter…).

 Après une petite vingtaine d’années de cours, d’étude, de rêves, de stages, de concours, de minuscules prestations, d’examens, d’assistanat, de mois vides, de soirées de découragement, de moments d’exaltation, de certitude et de doute, j’ai vécu cette semaine (car pour les musiciens un concert c’est aussi et parfois surtout la semaine de répétitions qui précède) sans vraiment  en remarquer la visibilité exceptionnelle et franchement disproportionnée (le public, la presse, la télévision…) L’orchestre qui jusque là (lors des concours du conservatoire) m’était tout acquis, a montré son vrai visage, celui de professionnels qu’il faut conquérir, convaincre et emmener avec soi, sous peine de succomber sous son corps glorieux .

Débuter (appelons cela naître…) c’est se dire qu’il reste alors toute une possible vie pour prolonger ces moments, pour conquérir, convaincre et surtout se montrer digne d’être là, en porte-parole pourtant dérisoire des compositeurs (vivants ou morts) et se préparer, jours et nuits après jours et nuits à étudier, rêver, se décourager, s’exalter, douter, conquérir, convaincre partager, donner, brûler et emmener avec soi cette petite flamme, cette bonne étoile, qui nous guide et nous dépasse.

Et tout le reste est carrière, succès, échecs et vanité….qu’il faut traîner aussi comme un fardeau maudit, mais sans grande importance… 

 Patrick Davin

Christian Merlin dans Le Figaro, Pierre Gervasoni dans Le Monde, Camille de Rijck dans Demandez le programme sur Musiq3 avec ses invités, anciens et actuels directeurs des opéras de Bruxelles et Liège, ont tous dit peu ou prou la même chose.

Au micro de France Musique c’est le Patrick Davin que j’ai connu « de l’intérieur » que j’ai essayé d’évoquer : Patrick Davin était un guide fantastique pour les musiciens

En regard de la variété et du nombre de productions lyriques que Patrick Davin a conduites, sa discographie reste relativement modeste, comme on l’a écrit sur Forumopera : Le legs lyrique de Patrick Davin.

Diana Rigg / Emma Peel

Jeudi aussi, c’est la grande actrice britannique, Diana Rigg, qui disparaissait à 82 ans.

Quelle qu’ait été sa carrière au théâtre ou au cinéma, Diana Rigg est, pour l’éternité, la partenaire (voire plus si affinités ?) de John Steed, alias Patrick MacNee, l’énigmatiquement belle et sensuelle Emma Peel de cette monumentale série qu’on n’eût manquée pour rien au monde : Chapeau melon et bottes de cuir et qu’on se repasse régulièrement !

Un ami disparaît

C’est par un communiqué, tombé à 17h45 aujourd’hui, du théâtre de La Monnaie à Bruxelles, qu’on apprend l’impossible nouvelle :

« Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer que le chef d’orchestre Patrick Davin est décédé cette après-midi, juste avant d’entamer une répétition de l’opéra Is this the end ? Les musiciens, les chanteurs et les collaborateurs de la Monnaie en sont profondément affligés. Les répétitions qui étaient prévues ont été immédiatement annulées. Les membres du comité de direction et le personnel de la Monnaie adressent leurs sincères condoléances et leur profond soutien à la famille de Patrick Davin ainsi qu’à ses proches« 

Dans ce métier, on a peu de véritables amis. Patrick en était un, et de longue date. Sa mort soudaine m’afflige et me renvoie à de tristes souvenirs personnels

Il y a quelques jours encore il me disait sa fierté d’avoir été nommé à la direction du Conservatoire de Liège

Les souvenirs affluent en pagaille à ma mémoire, qui peineront cependant à restituer la richesse de sa personnalité et le lien qui nous unissait.

Besançon

En 1992, je siégeais au jury du Concours international de chefs d’orchestre de Besançon. C’est la première fois que je vis et entendis Patrick Davin, et que je compris que c’était un musicien exceptionnel, même sous des dehors brouillons: sa gestique quelque peu expansive lui a alors probablement coûté le Premier prix, qui est allé à un concurrent qui imitait mieux Karajan et dont on n’a guère plus entendu parler par la suite.

Liège

Nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège en octobre 1999, je retrouve le chef belge dès mon premier contact avec la Cité ardente et son orchestre, puisque, comme je l’ai raconté – Liège à l’unanimité – c’est Patrick Davin qui dirigeait le concert de rentrée de l’Orchestre le 24 septembre 1999.

C’était le début d’une aventure humaine, amicale et musicale qui allait durer… jusqu’à ce que le coeur de Patrick en décide autrement.

Quand de nombreux chefs et musiciens s’empressaient de se « positionner » – rien que de très normal et légitime ! – auprès du nouveau directeur de l’OPL, Patrick Davin ne me demanda jamais de rendez-vous. C’est moi qui le sollicitai, quelques mois après mon arrivée et ce concert de « rentrée ». Pour un projet, puis d’autres, il y en eut tant de magnifiques.

Il faudrait que je feuillette l’ouvrage que nous avions réalisé pour le cinquantenaire de l’orchestre. Pour ne rien oublier de tout ce que Patrick a fait avec et pour l’orchestre.

Une infinie curiosité

Patrick Davin partageait – me voici à parler déjà de lui au passé ! – avec un autre grand chef – Rudolf Kempe – une caractéristique physique qui frappait au premier contact : de petits yeux vifs curieusement enfoncés dans les orbites.

Que de déjeuners ou dîners où nous avons refait le monde, imaginé d’audacieux programmes, organisé des enregistrements.

Me reviennent ainsi les trois symphonies de Rachmaninov, une phénoménale Septième symphonie de Mahler, de la musique contemporaine – même si lui comme moi étions soucieux de ne pas l’enfermer dans une étiquette de spécialiste (qu’il était), la musique française bien sûr, les compositeurs belges

C’est le même Patrick Davin à qui je propose, pour la saison du 50ème anniversaire de l’Orchestre, de diriger le tube des tubes, Carmina Burana de Carl Orff et qui, au lieu de se récrier, accepte d’enthousiasme en glissant dans son programme Shaker Loops de John Adams. C’était tout Patrick ça !

A l’opéra

Mon ami Jean-Louis Grinda avait fait de Patrick le premier chef invité de l’Opéra royal de Wallonie. Chaque année, jusqu’au départ de Jean-Louis en 2007, ce furent de nouvelles productions, et non des moindres, comme le somptueux Mefistofele de Boito qui marqua la fin du mandat de Grinda. Ou encore un Roi d’Ys mémorable

A la Monnaie de Bruxelles, où il est mort aujourd’hui, Patrick Davin avait associé son nom et son talent en particulier à notre cher Philippe Boesmans. Impossible d’être exhaustif. On dira ailleurs et plus tard la carrière magnifique qui fut celle de Patrick Davin.

Mon dernier projet avec lui, c’était à la fois pour la saison de Radio France et le Festival Radio France – La Jacquerie de Lalo – en juillet 2015 à Montpellier et en mars 2016 à Paris.

et la dernière fois que je l’ai applaudi à l’opéra, c’était à l’Opéra Comique pour un fameux Domino Noir

Pardon si j’oublie tant de moments, de concerts, de soirées d’opéra.

L’homme qui doute

Je veux garder de Patrick, au-delà de son legs musical, le souvenir d’un homme de bien, comme on le disait au XVIIIème siècle.

A chaque étape d’une vie professionnelle et aussi personnelle, qui n’a jamais été pour lui un long fleuve tranquille, où que nous soyions lui et moi, mon téléphone sonnait, souvent tard le soir. Et nous parlions de tout, des choix devant lesquels il était placé, de programmation bien sûr, mais plus souvent du sens des choses, de la vanité de certains aspects d’une « carrière » de chef, et même assez récemment, de l’opportunité de poursuivre dans cette voie. Je n’étais pas alors le directeur d’un orchestre (ou d’un festival) susceptible de le réengager, j’étais juste – mais quelle responsabilité ! – un ami à qui on peut tout dire, confier doutes et désirs, dont il attendait écoute, conseils, réconfort.

So long Patrick….

Toutes les vies d’Annie

Ne comptez pas sur moi pour en rajouter dans le flot d’hommages qui saluent la disparition de Tata YoYo !

Oui parce que 70 ans de carrière se résument, pour 98% des commentaires et des articles, à une chanson et à la figure d’une blonde rigolote !

Je suppose que, quand viendra son tour, son amie Line Renaud – née deux semaines après Annie Cordy – sera, elle aussi, résumée à sa Cabane au Canada.

Sans doute est-il difficile d’imaginer aujourd’hui ce qu’ont été les carrières de telles personnalités !

On réécoutera avec bonheur les deux émissions que Benoît Duteurtre lui avait consacrées sur France Musique il y a dix ans : Annie Cordy invitée de Benoît Duteurtre

La comédie musicale, l’opérette, les revues, le cabaret, après un enseignement classique de la musique, oui Annie Cordy a su tout faire, même des chansons populaires, qui nous font du bien.

D’autres ont dit la force de travail, la rigueur de la chanteuse disparue ce vendredi 4 septembre.

Une belle actrice

Je regrette, qu’à part Michel Denizot qui a immédiatement twitté sur cet aspect, on n’ait que peu mentionné l’actrice remarquable qu’a été Annie Cordy – souvent à contre-emploi de la chanteuse « rigolote » –

Au concert

J’ai, quant à moi, le souvenir d’avoir plusieurs fois vu Annie Cordy au concert, à Pleyel ou au Théâtre des Champs-Elysées, petite dame emmitouflée que peu de spectateurs reconnaissaient. À chaque fois que l’Orchestre philharmonique royal de Liège se produisait à Paris, je l’invitais. Elle était toujours présente et se confondait en remerciements qu’on ait pensé à la convier ! Elle me confiera une fois que ses plus grandes émotions musicales c’est au concert « classique » qu’elle les éprouvait !

Retour à la vie

C’était l’événement, le premier concert dans le monde dans une salle de concert devant un vrai public – 600 personnes ! – depuis le début du confinement. Ce 25 juin, Michel Orier, le directeur de la Musique et de la Création de Radio France, a eu les mots justes : « 105 jours sans vous, c’est long, trop long », après qu’une puissante salve d’applaudissements a salué l’arrivée sur la scène de l’Auditorium de Radio France les musiciens de l’Orchestre National de France.

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Le temps retrouvé

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Un orchestre qui ne peut encore (mais bientôt ?) jouer en grande formation, notamment avec les vents et les cuivres, des pupitres de cordes donc très sollicités.

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Un programme admirable, idéalement conduit par François-Xavier RothPeu sont capables comme lui de passer d’une symphonie du plus original des fils Bach, Carl Philip Emanuel au Divertimento de Bartók

Je me rappelle toujours avec bonheur – même si l’aventure fut de courte durée – les programmes imaginés dans l’enthousiasme avec le chef français pour son concert inaugural de directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2009 : Haendel (Royal fireworks), Haydn (symphonie n°96) et Holst (Les Planètes) ! Pas moins !

Conjurer l’angoisse

Comme Daniele Gatti le 11 juin dernier avec la 2ème symphonie d’Honegger (1941), le programme d’hier soir reprenait deux oeuvres quasi-contemporaines, écrites en 1939-1940, à la demande du chef et mécène suisse Paul Sachercomme de Double concerto pour cordes, piano et timbales de Martinů.

Le compositeur explique la frénésie de ce concerto par la pesanteur des années précédant la Seconde Guerre mondiale : « J’ai voulu me dégager de cette oppression, me défendre par mon travail et lutter contre cette menace qui devrait tourmenter chaque artiste et chaque homme dans ses convictions les plus profondes »

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Cédric Tiberghien avait rejoint les cordes et le timbalier de l’Orchestre National de France. Et ce fut sans doute une découverte pour une majorité du public présent comme de celui qui suivait le concert sur France Musique et/ou sur ArteConcert.

Concert à réécouter/revoir dans son intégralité ici sur francemusique.fr

Le Divertimento de Bartók

C’est dans le chalet de son commanditaire, Paul Sacher, près de Saanen (en Suisse), que Bartókcompose du 1er au 17 août 1939, cette oeuvre au titre paradoxal, qui n’a vraiment rien d’un aimable divertissement qui exprime « l’angoisse de l’auteur confronté à la guerre qui menace ». L’oeuvre est créée le 11 juin 1940 par l’orchestre de chambre de Bâle. Deux mois plus tard le compositeur s’exile aux Etats-Unis où il mourra en 1945 au terme d’un véritable chemin de croix physique et moral.

Il se trouve que c’est l’oeuvre qui m’a fait découvrir et aimer Bartok, lors de l’un des rares concerts auxquels j’ai pu assister, adolescent, à Poitiers (La découverte de la musique)Et à la différence du Concerto pour orchestre ou de la Musique pour cordes, percussions et célesta, elle reste peu programmée au concert.

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C’est donc avec une intense émotion que j’ai entendu ce Divertimento hier soir. Une vision, une version d’anthologie, sous la houlette de la merveilleuse Sarah Nemtanu – qui chantait dans son arbre généalogique – et de François-Xavier Roth restituant idéalement douleur et nostalgie, effroi et espérance, d’une partition si profondément bouleversante

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Au disque, des chefs d’origine hongroise pourtant comme Ormandy ou Solti ont trop gommé les aspérités, les racines populaires du Divertimento. Boulez à Chicago est tellement dans la musique pure qu’il passe à côté de l’oeuvre.

Pour moi, il n’y a guère que deux références, Sandor Vegh (1912-1997) et Antal Dorati (1906-1987).

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Après le concert

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, on a retrouvé, après le concert, une adresse qu’on avait tellement aimée et qu’on avait vu lentement dépérir ces derniers mois – Chaumette rue Gros, rouverte il y a trois semaines sous un autre nom, mais avec le même décor, le même chef, cette cuisine joyeuse et goûteuse, ces vins aimables servis à la ficelle, comme dans la bonne tradition lyonnaise. Des serveurs virevoltant d’une table à l’autre, dans la bonne humeur et l’efficacité. On aura de nouveau plaisir à y revenir…

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