Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano

J’ai commencé cette série consacrée à Camille Saint-Saëns – dont on commémore le centenaire de la mort – par ses symphonies : Saint-Saëns #100 Les Symphonies, à l’occasion de la publication d’une formidable intégrale due à Jean-Jacques Kantorow et à l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Le grand violoniste et chef d’orchestre était jeudi soir à l’Auditorium de Radio France pour écouter un pianiste qu’il connaît bien, son propre fils, Alexandre, dans le 5ème concerto pour piano, dit « L’Egyptien », de Saint-Saëns.

L’Orchestre national de France était dirigé par Kazuki Yamada, qui remplaçait Cristian Macelaru empêché.

Je ne dirais pas mieux qu’Alain Lompech, présent quelques rangs derrière moi, qui écrit ceci sur Bachtrack : Et « L’Egyptien » de Saint-Saëns ? Alexandre Kantorow en aura été le patron. Son piano est d’une précision aussi hallucinante qu’elle est au service d’un propos plein d’esprit et pur de toute volonté de paraître. Son jeu est tout de grâce et d’élégance, d’une telle variété d’attaques et de nuances et d’une telle puissance de pensée que l’orchestre et le chef sont à son écoute. La façon virevoltante dont il joue les traits les plus véloces, tout comme sa façon de prendre un tempo un peu rapide dans le fameux thème andalou du deuxième mouvement sont irrésistibles au moins autant que sa virtuosité incandescente et joueuse dans la toccata conclusive. Triomphe. Il revient jouer la Première Ballade de Brahms avec le son transparent et timbré du jeune Horowitz ou mieux encore de Michelangeli en public dont le clavier donnait l’impression de faire 20 centimètres de profondeur, comme celui de Kantorow ce soir ! Triomphe encore. Tiens ? Il revient avec son iPad pour un second bis, ce qui est rare après un concerto. Et là – le traître ! –, joue la Cancion n° 6 de Mompou. Trois accords : les lunettes s’embuent. On est au-delà de l’exprimable, dans des sphères de la conscience de chacun auxquelles seuls quelques rares élus se connectent. Kantorow est l’un d’eux« 

On peut (on doit !) réécouter Alexandre Kantorow sur francemusique.fr (à partir de 18’30 »)

Et bien sûr acquérir la nouvelle référence discographique des trois derniers concertos, enregistrée il ya deux ans, par le père et le fils :

Intégrales

Jadis rares, les intégrales des 5 concertos pour piano de Saint-Saëns se sont multipliées ces dernières années, intégrales inégales, pas toujours bien enregistrées (Ciccolini/Baudo, Entremont/Plasson). Trois me semblent sortir du lot :

Souvent citée la pianiste française Jeanne-Marie Darré (1904-1999) reste une référence avec cette intégrale réalisée avec Louis Fourestier et l’orchestre national entre 1955 et 1957. Ou quand chic et virtuosité font bon ménage !
Autre intégrale sortie vainqueur d’une écoute comparée (dans Disques en lice, la « tribune » de la Radio suisse romande), Jean-Philippe Collard et André Previn dirigeant le Royal Philharmonic de Londres

Moins connue peut-être, mais passionnante, la vision du pianiste anglais Stephen Hough accompagné par Sakari Oramo et l’orchestre de Birmingham (Hyperion)

L’esprit de Saint-Saëns

Je pourrais citer bien d’autres versions intéressantes. Quelques-uns de mes choix de coeur.

Pour le 2ème concerto

Artur Rubinstein avait tout compris de l’esprit du 2ème concerto. Ma version de chevet.

Peut-on trouver plus émouvant que cette ultime captation d’une oeuvre que le pianiste a jouée durant toute sa carrière, ici au soir de sa vie avec André Previn au pupitre de l’orchestre symphonique de Londres ?

Autre version sortie largement en tête d’une Table d’écoute sur Musiq3 (RTBF), le tout premier disque de concertos de Benjamin Grosvenor. Le tout jeune pianiste anglais y fait preuve d’une inventivité, d’un esprit ludique, qui nous fait redécouvrir littéralement une oeuvre qu’on croyait bien connaître.

Pour les 2 et 5

Je n’oublie pas l’excellent Bertrand Chamayou, plusieurs fois entendu au concert – l’Egyptien au Festival Radio France à Montpellier en 2016, en 2017 à Paris avec Emmanuel Krivine…

Rareté

On ne peut pas dire que le Quatrième concerto de Saint-Saëns soit souvent à l’affiche du concert. Je ne l’ai personnellement jamais entendu « live » ! C’est dire si la version qu’en ont laissée Robert Casadesus et Leonard Bernstein est précieuse

Les sans-grade (XIII) : les Roumains Georgescu, Conta, Andreescu

La célébrité d’un Sergiu Celibidache (prononcer Tché-li-bi-da-ké) a occulté tous les autres chefs roumains, comme Constantin Silvestri, à qui j’avais déjà consacré un article dans cette série (Les sans-grade: Constantin Silvestri)

Il en est de même pour le violoniste/compositeur Enesco ou le pianiste Lipatti. On ne connaît qu’eux, leur notoriété a éclipsé, dans la mémoire collective, tous les autres violonistes, compositeurs, pianistes roumains.

C’est une réflexion que je me fais à chaque fois que je visite la Roumanie, et que j’en rapporte des CD (lire Retour de Bucarest). Lors de mon voyage précédent, j’avais découvert le compositeur maudit Ciprian Porumbescu, que j’ai retrouvé sur cette compilation

où, à part Dinicu, Ivanovici et… Porumbescu, je ne connaissais aucun nom :

1. Porumbescu/Rogalski
Ballad for violin and orchestra
2. Scarlatescu/Rogalski
Bagatelle
3. Ivanovici/Bobescu
The Waves of the Danube
4. Dinicu/Vladigherov
Hora Staccato
5. Dimitrescu
Peasant Dance
6. Porumbescu
Romanian Rhapsody for orchestra
7. Constantinescu
Three Romanian Symphonic Dances
8. Capoianu
Five folk songs from Transylvania

Trois chefs roumains

Quarante ans après les mémorables prestations de Sergiu Celibidache à la tête de l’Orchestre national de France, c’est un autre grand chef roumain, Cristian Măcelaru, qui préside désormais aux destinées du vaisseau amiral de Radio France.

(En juillet dernier au Festival Radio France Occitanie Montpellier)

George Georgescu (1887-1964)

Contemporain d’un Ernest Ansermet, le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Georgescu a un peu joué le même rôle en Roumanie. Une carrière mouvementée, commencée sous les auspices d’Arthur Nikisch à Berlin, puis après la Première guerre mondiale, poursuivie comme chef. charismatique de l’orchestre philharmonique de Bucarest, compromise durant la Seconde guerre par des tournées dans l’Allemagne nazie, et finalement rétablie en 1947 à la tête du nouvel orchestre national de la Radio roumaine (lire l’excellente notice en anglais de Wikipedia)

Georgescu a notamment gravé une intégrale des symphonies de Beethoven. J’ai trouvé à Bucarest un CD – gravé en 1961 – de la Troisième symphonie.

Qualité médiocre de l’orchestre et de la prise de son (ici en mono), je n’ai pas été convaincu. Mais d’autres documents disponibles donnent une meilleure idée du chef.

Iosif Conta (1924-2006)

Iosif Conta c’est mon premier disque roumain, le premier 33 tours acheté en Roumanie au cours de l’été 1973 (lire La découverte de la musique : été 1973)

Cette première rhapsodie roumaine d’Enesco, écrite en 1901, est restée son oeuvre la plus populaire, sinon la seule jouée encore par les orchestres internationaux. Elle s’inspire de plusieurs mélodies populaires, dont cette Ciocarla / L’alouette, un des tubes du virtuose du nai, la flûte de Pan roumaine, Gheorghe Zamfir, que j’avais entendu par hasard sur la plage de Mamaia en 1973 !

Pour en revenir à Iosif Conta, cet élève de Georgescu, fera toute sa carrière à l’abri du régime communiste, comme chef et directeur adjoint de la Radio roumaine dès 1954. Il dirige la création roumaine en 1964 (neuf ans après sa mort !) de la cantate Vox Maris d’Enesco.

Horia Andreescu (1946-)

À 75 ans, Horia Andreescu fait partie de ces chefs dont la notoriété n’a jamais franchi les frontières du bloc de l’Est, où semble s’être déroulée toute sa carrière, même si la « bio » fournie par son agent indique des invitations régulières à Amsterdam, Paris ou Vienne. Il a le mérite d’avoir gravé l’intégrale de l’oeuvre d’orchestre de Georges Enesco, avec des bonheurs divers si j’en juge par ce que j’ai déjà entendu des CD rapportés de Bucarest

Mais on a aussi trouvé, à tout petit prix, ce Requiem de Verdi capté en public à Leipzig, avec des solistes tous roumains

Retour de Bucarest

J’aurais bien prolongé mon trop bref séjour à Bucarest. À propos de la Roumanie, j’ai employé l’expression de « pays cousin », c’est flagrant à Bucarest, où pourtant plus personne ne parle le français.

La langue roumaine est une langue… romaine, latine, pour l’essentiel, même si lexicalement elle emprunte beaucoup au russe.

Douceur de vivre

On ne peut pas – ce serait ridicule et déplacé – porter un jugement sur la qualité de vie d’une ville après y avoir passé quelques jours. Je constate simplement que Bucarest, que j’ai vue pour la première fois il y a 46 ans, puis deux mois après la révolution de décembre 1989 qui a destitué Ceaucescu, puis à nouveau en 2003 et en 2017, est une ville extrêmement attachante, où la douceur de vivre semble naturelle. Les nombreux parcs, jardins, étangs, promenades au coeur de la cité, des pistes cyclables parfaitement aménagées sur toutes les grandes avenues (la maire de Paris et ses adjoints responsables des « mobilités » pourraient utilement s’en inspirer), une jeunesse omniprésente, des terrasses de cafés accueillantes, confortent cette image.

La gastronomie a retrouvé tous ses droits dans une capitale qu’on a connue très pauvre en bonnes tables. Dans le restaurant « L’Atelier » installé dans l’hôtel Belle époque, j’ai pu déguster les meilleures cuisses de grenouille que j’aie jamais mangées depuis… 1973 et une très longue et silencieuse balade en barque dans le delta du Danube avec un pêcheur de grenouilles qui s’était conclue par une succulente fricassée préparée par la femme du pêcheur !
Le Théâtre National

Il ne faut pas redouter les contrastes architecturaux, l’héritage des années communistes, mais aussi celui de l’entre-deux-guerres où Bucarest était surnommée le Petit Paris.

Le palais du Parlement ou Maison du Peuple

On peut continuer de se désoler du projet pharaonique conçu par Ceaucescu qui abrite aujourd’hui le Parlement et nombre d’institutions démocratiques roumaines. On peut regretter que plusieurs quartiers, qui n’étaient pas forcément les plus anciens ni les plus agréables de Bucarest aient été rasés pour édifier ce palais mégalomaniaque et le quartier qui l’entoure. On peut aussi – ce qui est mon cas – trouver que l’ensemble a de l’allure et que les aménagements sont plutôt réussis.

Et contrairement à ce qui a pu être dit, les églises sont restées nombreuses, bien préservées ou restaurées, dans la capitale roumaine.

L’élégante église Kretzulescu qui a été aux premières loges de la Révolution de décembre 1989.

Une ville-musique

L’Athenaeum de Bucarest est une salle de concert mythique, construite en 1889.

Mais, comme je l’ai écrit – Bucarest en fête – c’est pour la musique, et le Festival Enesco, que je suis venu en ce mois de septembre.

C’était assez émouvant, pour lui, pour le public, de revoir l’enfant du pays, Cristian Măcelaru, diriger deux concerts de l’Orchestre national de France.

Sarah Nemtanu, premier violon de l’ONF, est d’origine roumaine par son père Vladimir, né et formé à Bucarest.
Maxim Vengerov en forme éblouissante, soliste du concert du 13 septembre.

Et Bucarest est une ville où on trouve encore des disques : dans le hall de la Sala Palatului, pas moins de trois stands mieux garnis que n’importe quel rayon classique d’une FNAC parisienne. Et à l’extérieur, j’ai repéré au moins deux magasins bien fournis.

Electrecord était – je pense devoir en parler au passé – le grand label classique roumain (un peu à l’instar de Medodia en Russie), et cela faisait des années qu’on ne trouvait que très partiellement ses galettes. La radio roumaine a ses propres éditions. C’est évidemment avec bonheur que j’ai trouvé, et acheté, ceci :

Enregistrements introuvables en France ou sur les sites de téléchargement ! Soit dit en passant, le CD a encore du bon !

Et puis aussi ceci, l’intégrale de l’œuvre orchestrale d’Enesco par un chef aujourd’hui septuagénaire, Horia Andreescu qui n’a pas, en Europe de l’Ouest, la notoriété que son talent devrait lui valoir.

Bucarest en fête

C’est ma cinquième venue à Bucarest (voir les images de ma précédente visite ici : Bucarest).

J’ai raconté les premiers voyages (dès 1973 !) dans Retour à Bucarest.

Mais c’est la première fois que j’assiste à ce qui est parfaitement exposé dans cette vidéo, le premier festival de musique classique d’Europe, le festival Enesco, du nom du plus célèbre compositeur/pianiste/violoniste roumain George Enescu (ou Georges Enesco comme on l’appelait à Paris)

C’est bien le directeur d’un festival qui rassemble, hors pandémie, plus de 100000 spectateurs chaque été, en plus de 150 concerts – l’auteur de ces lignes !- qui l’affirme : le Festival Enesco, qui fête ses 25 ans cette année sous la houlette de son infatigable directeur Mihai Constantinescu, n’a pas d’équivalent ni en Europe ni dans le monde. Les plus grands orchestres, solistes, chefs, s’y donnent rendez-vous en un tourbillon incessant de concerts.

En ce dimanche 12 septembre, pas moins de cinq propositions, trois à Bucarest, deux dans d’autres villes de Roumanie.

Les concerts du soir sont radiodiffusés, télévisés par la radio-télévision publique roumaine.. et disponibles gratuitement en streaming ! De ce point de vue là aussi, le Festival Enesco est unique !

Cela n’empêche pas le public de se presser en nombre au concert dans la gigantesque Sala Palatului, construite en 1960 et d’abord destinée aux grands congrès communistes. Un public de tous âges, qui s’habille encore, sans ostentation mais avec goût – pas de shorts, de baskets ou de sandales ici ! -, qui ne ménage pas ses applaudissements aux artistes qui le font vibrer.



Ce dimanche 12 septembre, c’était l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, son nouveau chef Lahav Shani (32 ans)- découvert il y a cinq ans déjà à la Maison de la Radio à Paris (lire Le classique c’est jeune) et un pianiste – Yefim Bronfman – que je n’avais encore jamais entendu en concert !

Programme peu aventureux : Troisième concerto de Rachmaninov et Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel.

Mais de là où j’étais placé, j’ai enfin pu comprendre, voir, entendre, la complexité du piano de Rachmaninov… et le talent qu’il faut à l’interprète pour maîtriser une matière aussi dense et en tirer la substance poétique au-delà de la performance virtuose. C’est peu dire que Yefim Bronfman – dont je connaissais les Rachmaninov qu’ils a gravés avec Esa-Pekka Salonen – y parvient, sans aucun sentimentalisme ni esbroufe tapageuse.

Ce n’est pas non plus un hasard si on entend aussi bien l’orchestre de Rachmaninov et l’osmose entre chef et soliste, Lahav Shani est aussi pianiste ! Les deux en feront la démonstration après que Bronfman, ovationné, nous aura donné un nocturne de Chopin en bis, d’une simplicité, d’une pureté de ligne (qui font penser à Rachmaninov jouant Chopin), en jouant à quatre mains une joyeuse Danse hongroise n°5 de Brahms.

Ce soir c’est l’enfant du pays qui joue à domicile : Cristian Măcelaru dirige l’Orchestre national de France, avec en soliste Maxime Vengerov (que je n’ai plus entendu depuis des lustres).

La fête continue

La fête continue au Festival Radio France Occitanie Montpellier (voir Que la fête commence !) malgré les nouvelles mesures sanitaires, ou grâce à elles !

Je n’entrerai pas dans ce débat, nous ferons le bilan une fois l’édition 2021 terminée, mais je constate que l’enthousiasme des spectateurs ne faiblit pas, au contraire !

Menu extrêmement copieux au programme de ces derniers jours. Témoignages en images, et comme tous les concerts du soir ont été diffusés en direct sur France Musique, ils peuvent tous être (ré)écoutés sur francemusique.fr

Avec Alexander Gurning
Après le concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France : debout derrière une partie de l’état-major de la direction de la musique de Radio France, de gauche à droite JPR, Adriana Gonzalez, Santtu-Matias Rouvali, Jean-Marc Bador, Thibaut Garcia, Alex Gurning
Après la masterclass de Michel Dalberto
Le 20 juillet Bertrand Chamayou jouait Les Djinns et les Variations symphoniques de César Franck avec l’Orchestre national de France dirigé par Cristian Macelaru
Le maire de Montpellier Michael Delafosse et la coprésidente du festival et PDG de Radio France Sibyle Veil assistent au concert de l’ONF
Début de la masterclass de Françoise Pollet
Le trio Métral joue Beethoven
Un quintette de choc et de chic : Jordan Victoria, Thomas Enhco, Félicien Brut, Thibaut Garcia, Édouard Macarez pour un hommage survolté à Piazzolla
Le phénomène Yoav Levanon, comme une réincarnation de Liszt
L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée dirigé par Duncan Ward avec la mezzo Anna Stephany

Politesse ?

Une remarque qui n’engage que moi : que penser d’une ministre venue tout spécialement à Montpellier pour une visite du musée Fabre… et d’un nouvel hôtel de luxe certes situé dans un bâtiment historique magnifiquement restauré, qui n’a pas jugé utile de rencontrer les responsables des trois festivals (théâtre, danse, musique) qui font la fierté et la renommée de Montpellier la culturelle, ni à fortiori de rendre visite au festival qui s’y déroule actuellement ?

Que penser d’invités à un concert – parmi eux des responsables importants – qui ne prennent pas soin de prévenir – et de s’excuser – de leur absence ? Est-ce parce que le cocktail d’après-concert a été annulé ? On n’ose le croire…

Préparatifs

Les quelques jours qui précèdent l’ouverture d’un festival – en l’occurence le Festival Radio France Occitanie Montpellier – constituent un mélange parfois (d)étonnant d’excitation, d’énervement – les retards, les ratés, les urgences – d’enthousiasme… et de sérénité.

J’ai bien aimé cette une de l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier. La photo est celle de Philip Venables, l’iconoclaste auteur de l’opéra Denis et Katya, donné en français et en création européenne les 26, 28 et 29 juillet.

Franck et Chamayou

Belle double page avec les coups de coeur de la rédaction pour huit artistes invités du festival, avec une jolie coquille pour Bertrand Chamayou qui est annoncé comme « jouant la symphonie Urbs Roma de Saint-Saëns »… L’ouvrage est bien au programme du concert du 20 juillet – l’Orchestre national de France et son chef Cristan Macelaru en seront les interprètes – et Bertrand jouera bien deux oeuvres concertantes pour piano et orchestre, dont les titres peuvent égarer un journaliste non familier de la musique classique : les Variations…symphoniques (!) et Les Djinns de César Franck.

Alexandre Tharaud

Il y a deux jours, j’avalais une salade dans un sympathique bistrot proche de la place de la Comédie à Montpellier. Un homme, mince et jeune d’allure, déjeunait à la table d’à côté, je lui trouvais un air de ressemblance avec Alexandre Tharaud, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était bien lui. Longue conversation sur la crise sanitaire. Et lui de se/nous rappeler notre première rencontre, en 1992, dans le cadre de la fondation Juventus dans les Salines royales d’Arc-et-Senans : il avait joué sa propre transcription de La Valse de Ravel ! Depuis, il a fait la carrière que l’on sait, et il se produit ce week-end dans un concert bien à son image, singulier, original, avec Angélique Kidjo : voir Les Mots d’amour

14 juillet

On y est arrivé ! Montpellier va fêter en grand le 14 juillet, et le Festival y sera pour quelque chose. Mais c’est typiquement le genre de projet compliqué à monter en temps d’incertitude sanitaire, les lieux, les horaires, les configurations ont dû évoluer au fil des semaines et de ces tout derniers jours.

Cette fois c’est annoncé et bien annoncé : Un grand concert sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Voir aussi : Le Festival fête le 14 juillet

La quarantaine rugissante

Riccardo Muti fête ses 80 ans le 28 juillet prochain.

Pour l’occasion, Warner réédite la totalité de ses enregistrements symphoniques parus sous l’étiquette EMI, 91 CD avec les pochettes d’origine, alors que le chef italien était directeur musical successivement du Philharmonia Orchestra de Londres (1973-1982) et de l’orchestre de Philadelphie (1980-1992)

Voir tous les détails du coffret ici : Muti l’intégrale symphonique

Je pensais avoir acquis, au fil des ans, la quasi-totalité de ces enregistrements, sans y prêter toujours une grande attention. J’ai redécouvert, voire découvert des disques dont je ne me souvenais pas. Et surtout réévalué des versions que j’avais négligées.

Ce qui ressort, de manière presque caricaturale, de ces vingt et quelques années d’enregistrements, c’est l’évolution d’un jeune chef fougueux, cinglant (il n’a pas gagné pour rien le concours Guido Cantelli !), brillant, qui redonne une pleine jeunesse à une formation qui s’était assoupie sous le règne du vieil Otto Klemperer – le Philharmonia de Londres -, qui, la décennie suivante, tout juste quadragénaire, fait briller de tous ses feux Philadelphie, une phalange héritée en ligne directe de son légendaire bâtisseur Eugene Ormandy.

Chez Riccardo Muti, au fil des ans, la silhouette s’est empâtée comme sa direction. Le lendemain du concert de Nouvel an 2021, je le constatais dans ces lignes : Ces vieux qui rajeunissent…et inversement

La baguette affûtée, l’allure élégante ont laissé peu à peu la place à une sorte d’embourgeoisement confortable*, de perfection formelle un peu vaine. Témoin cette Neuvième de Beethoven, captée à Chicago, sans nerf, sans énergie, sans feu intérieur…

J’ai quelques souvenirs parisiens de concerts dirigés par Muti dans les années 80 et 90, c’était alors la sveltesse, l’allant, parfois l’audace. On retrouve tout cela dans une bonne moitié de ce coffret, quelques symphonies de Mozart, sa première intégrale des symphonies de Schumann, de superbes Mendelssohn 3, 4, 5…

Une intégrale des symphonies de Tchaikovski avec le Philharmonia (Muti reprendra les trois dernières symphonies avec Philadelphie quelques années plus tard) que j’ai redécouverte avec ce coffret : on y retrouve le chef napolitain con fuoco !

Faut-il penser que Muti a toujours été et reste d’abord un chef de théâtre, comme en témoigne d’abondance un legs discographique exceptionnel où dominent Mozart (la trilogie Da Ponte captée à Salzbourg), et bien sûr Verdi (à la Scala notamment) ? Dans ce coffret « symphonique » l’éditeur a glissé la quasi-intégrale des messes et requiems de Cherubini dont Muti s’est fait le héraut, ainsi que deux Requiem de Verdi (avec le Philharmonia et avec la Scala)

Mais s’il y a bien un répertoire où Muti, jeune ou moins jeune, semble ignorer le mouvement de « l’interprétation historiquement informée », c’est bien Vivaldi ou Haendel! Quelle étrange idée d’enregistrer à Berlin cette Water Music engluée dans un legato hors de propos (Kubelik avait fait de même avec les mêmes Berlinois pour DG) !

Et si c’était dans le post-romantisme d’un Scriabine, qu’on retrouvait le grand, l’admirable Riccardo Muti ?

* Riccardo Muti détient – selon Diapason – le record des chefs les mieux payés au monde pour son poste de directeur musical du Chicago Symphony !

Une fête pour la musique à la radio

La célèbre Maison ronde du quai Kennedy, inaugurée par le général de Gaulle en 1963, a changé de nom hier : c’est désormais la Maison de la radio et de la musique.

Y avait-il une raison de rebaptiser la maison de la radio ? La sortie d’une crise qui a profondément affecté Radio France, comme tous les Français, en a été le prétexte.

Mais, comme l’a rappelé excellement Jean-Michel Jarre, la radio de service public, est depuis toujours une maison de musique, pas seulement parce qu’on y donne plus de 300 concerts par an, pas seulement parce qu’elle héberge quatre formations prestigieuses – l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, le Choeur et la Maîtrise de Radio France – (lire Ma part de vérité), mais aussi parce que, depuis des décennies, on y a expérimenté, créé, innové dans le champ des musiques électroniques, les techniques de captation, de prise de son – les équipes de Radio France sont réputées et recherchées pour cela -. Et bien entendu, parce que, depuis la mi-novembre 2014, cette maison dispose de deux magnifiques salles de concert (voir La Fête), l’Auditorium et le Studio 104.

On a retrouvé avec plaisir bien sûr les actuels dirigeants de la Maison de la radio … et de la Musique, la présidente de Radio France depuis 2018, Sibyle Veil, le directeur de la musique et de la création Michel Orier, les patrons de toutes les chaînes du groupe, à commencer par Marc Voinchet (France Musique) et Sandrine Treiner (France-Culture), rejoints pour la photo par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui, règles électorales obligent, est restée muette.

(de gauche à droite, Jean-Michel Jarre, Didier Varrod, Sibyle Veil, Michel Orier, Roselyne Bachelot)

Beaucoup de visages familiers, Frédéric Lodéon, les anciens présidents de Radio France, Jean-Paul Cluzel (celui qui avait lancé le chantier de l’Auditorium en 2005), Mathieu Gallet (qui l’avait inauguré en 2014), le président du CSA Roch-Olivier Maistre, Antoine de Caunes, Nicolas Droin (le directeur de l’Orchestre de chambre de Paris), beaucoup de musiciens, le quatuor Hermès, Félicien Brut, Edouard Macarez, Marie Perbost, le Bastet (l’ensemble de contrebasses du Philharmonique de Radio France), des gens qu’on connaît bien au Festival Radio France

Le public présent a pu aussi bénéficier d’une répétition de l’Orchestre National de France, en prélude au concert de ce jeudi soir.

Le retour au concert

On ne pensait pas que le seul fait d’aller au concert constituerait un événement ! Et pourtant c’est ce que j’ai ressenti jeudi soir en revenant à la Maison de la Radio (et de la Musique!), huit mois après le concert inaugural (lire Inauguration) du chef roumain Cristian Măcelaru, le nouveau directeur musical de l’Orchestre National de France.

Peu de monde dans l’Auditorium de Radio France (jauge à 35 % oblige), un programme sortant vraiment des sentiers battus.

J’ai aimé retrouver cette très belle salle, dont j’ai eu naguère la charge de préparer l’inauguration – en novembre 2014 – .

Le concert – sans entracte – s’ouvrait par le Concerto pour piano et vents de Stravinsky (1924).
Bertrand Chamayou était le soliste – parfait – d’une oeuvre qui n’est jamais parvenue à me passionner, ni même à m’intéresser.
On parle de période « néo-classique » pour Stravinsky, comme une manière d’expliquer, d’excuser la baisse, voire l’absence d’inspiration pour l’auteur glorieux, dix ans plus tôt, d’une trilogie fondatrice de la musique du XXème siècle (L’Oiseau de feu, Petrouchka et, plus encore, le Sacre du Printemps). Pupitres de bois et cuivres resplendissants du National.

La deuxième oeuvre au programme est une rareté absolue, peut-être même une première française ? Les Trois pièces pour cordes sont l’oeuvre d’un très jeune homme : le chef d’orchestre roumain Constantin Silvestri (1913-1969) a 17 ans lorsqu’il compose cette partition, qui se situe dans l’orbite d’un Bartok ou d’un Kodaly, d’inspiration populaire, et qui agit en parfait révélateur de la cohésion d’un orchestre. Si Cristian Măcelaru voulait nous prouver que l’entente entre le National et lui est plus que cordiale, alors c’est réussi. Avec un atout-maître pour le chef roumain, la présence au pupitre de premier violon solo de sa compatriote Sarah Nemtanu)

En septembre 2020, pour son premier concert (Inauguration), Cristian Măcelaru avait déjà choisi une symphonie de Saint-Saëns. Jeudi c’était la toute première, oeuvre d’un adolescent, pleine de belles intentions, de mélodies et de rythmes entraînants, pleine aussi de maladresses et de lourdeurs.

À connaître bien sûr, même si le jeune Saint-Saëns en 1853 est loin d’un Georges Bizet qui écrit, lui, son unique Symphonie en do majeur, à 17 ans lui aussi en 1855. La promesse d’un côté, une juvénilité déjà accomplie de l’autre.

Un concert, celui de jeudi soir, à réécouter sur le site de France Musique : Concert en trois temps.

On peut aussi revoir avec plaisir la Symphonie n°2 donnée en septembre dernier :

L’Orchestre National, Bertrand Chamayou et Cristian Măcelaru seront à Montpellier, le 20 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. A découvrir absolument : lefestival.eu

Déconfinement

Lorsque j’ai fait cette annonce – c’était le 7 avril dernier ! – je me suis heurté à ceux, y compris dans mon entourage, qui me trouvaient, au choix, inconscient, imprudent, excessivement optimiste. Certains faisaient le rapprochement avec l’an dernier : le 2 avril j’avais annoncé l’édition 2020 du Festival Radio France, pour finalement devoir l’annuler le 24 avril (et pourtant nous avons fait un Festival malgré tout !)

La meilleure réponse nous a été apportée par le public qui, dès l’ouverture des réservations le 8 avril, s’est précipité sur la billetterie en ligne du Festival et a, ainsi, validé notre optimisme et surtout la programmation festive de cette édition 2021 (lefestival.eu)

Chaque concert est une fête

C’est plus que le slogan de ce prochain Festival, c’est une conviction, une promesse.

Des preuves ? Un premier florilège des oeuvres et des artistes programmés (il y a aura une suite !)

Le 14 juillet, l’Umlaut Big Band ouvre le Bal à Montpellier

Le lendemain du feu d’artifice de la Fête nationale, Hervé Niquet lance les Feux d’artifice royaux

Ce même 15 juillet, un duo de charme, Sophie Karthäuser et Cédric Tiberghien, ouvre la série Musique ensemble

Le lendemain, le très talentueux Dmitry Shishkin, 2ème prix du Concours Tchaikovski 2019*- l’un des 30 pianistes invités du Festival ! – figure parmi les Découvertes de cette édition 2021.

Le 16 juillet, dans la grande salle de l’Opéra Berlioz, une séance de sonates au sommet : Richard Strauss, Elgar, Fauré sous les doigts et l’archet de Michel Dalberto et Renaud Capuçon

Le 18 juillet, le Festival retrouve son chef porte-bonheur, Santtu-Matias Rouvali. Découvert, pour ma part, en 2014 lorsqu’il était venu diriger deux concerts, deux programmes, déjà à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France

SMR était revenu avec les mêmes en 2018 pour un Sacre du printemps mémorable, et en 2019 pour deux concerts tout aussi exceptionnels avec l’orchestre philharmonique de Tampere (Finlande) dont il est le directeur musical depuis 2013

(de gauche à droite, Santtu-Matias Rouvali, JPR, Jean-Luc Votano qui venait de jouer l’extraordinaire concerto pour clarinette de Magnus Lindberg)

Thibaut Garcia est un autre invité de choix du #FestivalRF21. Il sera de la soirée du 18 juillet, et de plusieurs autres à Montpellier et dans la Région Occitanie.

Le 19 juillet, François-Xavier Roth, son orchestre « Les Siècles » et la violoncelliste argentine Sol Gabetta nous offrent un programme tout Saint-Saëns, dont le rare 2ème concerto pour violoncelle.

Je ne peux m’empêcher de redonner un coup de projecteur sur un projet discographique qui m’avait passionné : l’intégrale des oeuvres concertantes de Saint-Saëns pour violon et violoncelle.

Saint-Saëns est à l’honneur du concert de l’Orchestre National de France et de son chef Cristian Măcelaru, avec une vraie rareté, pour ma part, jamais entendue en concert, l’une des cinq symphonies du compositeur français, Urbs Roma. On se réjouit de l’appétit que manifeste le nouveau directeur musical de l’ONF pour le répertoire français, comme en témoigne cet enregistrement – sans public – réalisé durant le confinement.

On poursuivra bientôt ces invitations aux concerts de l’été.

Tout le programme est à retrouver et télécharger ici. Et les réservations sont plus que recommandées : https://lefestival.eu

*Le premier Prix du Concours Tchaikovski 2019 sera aussi présent au Festival le 24 juillet (Alexandre Kantorow)