Vacances 2022 : Intrigue à la Villa Médicis

Rome, la Villa Médicis

Avant-dernier épisode de la série Vacances 2002, la Villa Médicis, où je n’ai pas mis les pieds cette année, mon séjour romain fut relativement bref – il m’en reste à raconter notamment sur les trésors du Vatican.

Ma première fois à Rome c’était en mars 1995 à l’occasion d’un week-end – qui a failli rater – de France Musique à la Villa Médicis. Week-end dont j’avais conservé un souvenir contrasté.

Le futur ministre ?

Je n’ai compris que bien plus tard le véritable enjeu de ce moment où France Musique n’était qu’un prétexte. Je suis tombé par hasard sur les mémoires de Jean-Pierre Angremy (de son nom de plume Pierre-Jean Rémy) où l’on comprend que le déplacement en grand appareil du PDG de Radio France Jean Maheu, du directeur de la musique Claude Samuel, du directeur de France Musique l’auteur de ces lignes, de quelques autres personnes forcément importantes, tous accompagnés de leurs conjoints, au prétexte d’assister à des concerts de pensionnaires de la Villa Médicis, dont l’écrivain à succès était alors le directeur transmis sur France Musique bien évidemment, ce déplacement donc avait pour objectif non avoué pour l’état major de la radio publique de se mettre au mieux avec celui qu’une rumeur insistante et récurrente présentait comme le probable, possible futur ministre de la Culture de Jacques Chirac bientôt élu président de la République. On était à un mois du premier tour de l’élection présidentielle de 1995, tandis que s’achevait la cohabitation Mitterrand-Balladur.

Extraits choisis de ce « Journal de Rome » :

« Noter l’arrivée de Jean Maheu et de sa femme, Isabelle. Nous nous embrassons, nous nous tutoyons. Il aurait souhaité lui-même venir à la Villa Médicis comme directeur. Un jour, brisant la glace, il m’a dit qu’il n’en était rien. Je n’en pense pas moins.
Ai-je dit que Stéphane Martin, qui fut longtemps son directeur adjoint de cabinet (1) et à qui je dois ma place ici, s’est fait l’écho, comme beaucoup d’autres, du bruit qui a couru selon lequel j’intriguerais, toujours dur et ferme, pour me retrouver à la Culture ? Claude Samuel me parlera également de l’affaire. Sophie Barrouyer de France Musique (2), aussi, comme Sophie Barruel (3), petite énarque au jeune mari aussi, comme également Jean-Pierre Rousseau.
Rumeur ou calomnie ? Je n’ai pas que des amis, c’est le moins que je puisse dire !
« 

(1) Stéphane Martin, qui a été un temps le bras droit de Claude Samuel à Radio France, est à l’époque directeur adjoint du cabinet de Jacques Toubon, ministre de la Culture. Il sera, de 1998 à 2020, le président du musée du Quai Branly

(2) J’ai l’impression que Pierre-Jean Rémy s’emmêle dans ses souvenirs, en évoquant la présence de Sophie Barrouyer…à qui j’avais succédé deux ans plus tôt (lire L’aventure France Musique)

(3) Erreur de PJR, il s’agissait de Sophie Barluet, prématurément emportée par une cruelle maladie en 2007, son « jeune mari » étant Alain Barluet, actuel correspondant du Figaro à Moscou. J’avais beaucoup apprécié Sophie Barluet comme directrice de cabinet de Jean Maheu et comme complice toujours bienveillante.

Liaison fatale ?

Suite du journal de Pierre-Jean Remy :

« SAMEDI 25 MARS. Toute la journée en direct, donc, de France Musique. En réalité, depuis vingt-quatre heures, les trois techniciens de France Musique se battent avec les Télécoms italiens, car on n’arrive pas
à obtenir les canaux pour transmettre vers la France via… eh bien via Rome, tout simplement ! En 1995. il est tout de même paradoxal de voir qu’il n’y ait pas moyen de lier la Villa Médicis, au-dessus de Rome, au
centre de la RAI, à Rome même. Les autres liaisons sont possibles, mais pas celle-là. Il est vrai que l’on ne travaille plus par liaison hertzienne, mais par liaison numérique câblée. Ceci expliquerait cela. Pendant vingt-quatre heures, on s’arrache progressivement les cheveux. Le 24 au soir, on est persuadé que rien ne pourra se résoudre. Samedi 25 au matin, rien ne fonctionne encore alors que la première émission en direct est prévue à 11 heures À 11 heures moins dix : miracle ! apothéose! Les canaux sont rétablis »

Pierre Jean Remy on the set of TV show « Vol de Nuit ». (Photo by Eric Fougere/VIP Images/Corbis via Getty Images)

Ce n’est faire injure à la mémoire de personne que de relater que cette situation a donné lieu à des énervements et des comportements proches du ridicule. Je savais, comme responsable de l’antenne, que les techniciens de Radio France faisaient tout leur possible pour trouver une solution (au pire on pouvait enregistrer les émissions et concerts prévus et les diffuser ultérieurement de Paris). Mais il fallait bien que le PDG de Radio France justifiât sa présence à Rome et manifestât son autorité. Il se mit en tête après avoir copieusement engueulé ses proches, dont moi évidemment, d’interpeller les plus hautes autorités du pays, en commençant tout de même par l’ambassadeur de France à Rome, son homologue de la RAI (je doute qu’il l’ait joint), voire le ministre italien des télécommunications, pour leur faire valoir l’imbroglio diplomatique qui résulterait de l’impossibilité pour France Musique de diffuser en direct de Rome… Pierre-Jean Rémy considérait tout cela avec un certain amusement, habitué qu’il était aux moeurs italiennes (il avait été en poste à Florence), surtout un week-end.

Finalement le direct

« C’est donc la première émission, le concert des Nouveaux interprètes, que je présente depuis le
grand salon. Un froid polaire me caresse les côtes. Le concert,c’est le trio Schumann, trois jeunes gens de Turin. Tout à fait honorable. On joue, entre autres, du Kreisler et un trio de Brahms. Entre les morceaux, je parle de la Villa, je décris le paysage : beaucoup d’amis de France m’entendront, qui me le diront.
Déjeuner, sieste rapide, puis, toujours en direct de la Villa, l’émission Les Imaginaires de
Jean-Michel Damian. Damian erre comme un malheureux heureux, souriant, barbu et ventripotent, mais pas plus
« .

S’ensuit un long développement sur les invités de Jean-Michel Damian, dont l’essentiel de l’émission est consacré à Ingres, le grand peintre originaire de Montauban, très lié à Rome et en particulier à l’Académie de France à Rome dont il est le directeur de 1835 à 1840. Damian laisse les spécialistes disserter en roue libre, le concert qui devait conclure l’émission sera réduit à portion congrue.

L’auteur à succès, Callas, Karajan

On a oublié aujourd’hui la place qui était celle de Pierre-Jean Rémy dans la vie intellectuelle, culturelle et mondaine française. Auteur à succès, il était de tous les cercles influents, recherchant les honneurs, mais sans être dupe de la comédie humaine, à laquelle il participait avec une manière de distance et d’auto-dérision. Dans ce Journal de Rome, il évoque, parlant de lui, une « culture superficielle, un vernis qui se craquèle comme les murs peints par Balthus dans la Villa Médicis », et on va le voir plus loin à propos de ses livres. Brillant, chaleureux, réservant ses flèches à ceux qui ne pourraient plus lui nuire, il veillait à entretenir ses réseaux. Après la Villa Médicis, j’ai eu quelques occasions de revoir PJR devenu en 1995 non pas ministre de la Culture, mais président de la Bibliothèque Nationale de France.

Suite de la journée France Musique à la Villa Médicis relatée par Pierre-Jean Rémy :

« La fin de la soirée sera encore plus chaotique dans la mesure où je donne simultanément un dîner pour vingt-cinq personnes et où je présente une soirée de France Musique de trois heures consacrée à Maria Callas. Pour me remettre dans le bain de Callas, j’ai été amené à relire mon livre : Dieu, qu’il était bon !

Et combien j’ai tout oublié… Je m’émerveille encore d’avoir été capable d’écrire ce livre, finalement si foisonnant et assez bien écrit, malgré des tics qui m’apparaissent à présent insupportables, des attendrissements ridicules ou des exclamations superfétatoires/…/ Donc, émission sur Maria Callas au cours de laquelle je présente d’une part la grande Tosca de Serafin, puis une série de cinq ou six enregistrements, dont La Gioconda, l’Elvire des Puritains, la mort d’Isolde, Traviata et Norma. Quelques discours attendris, quelques références subtilement piquées dans mes propres œuvres.« 

Et, dans le même temps, j’essaie de faire de timides apparitions à l’une des trois tables où je suis censé être assis. Présence de Massimo Bogianckino, terriblement fatigué. Présence du vieux compositeur Petrassi, quatre-vingt-onze ans à présent, l’une des dernières grandes figures vivantes de la musique européenne. Il est sourd et heureux d’être à la Villa Médicis. Sa femme, grande cavale de trente ou quarante ans de moins que lui, se dit heureuse aussi. Elle promet de nous inviter chez elle, de nous faire une pasta. La soirée se terminera tard. dans l’allégresse, on boira beaucoup.. »

Précisions : Bogianckino (1922-2019) a été, à l’instigation de Jack Lang, le directeur de l’opéra de Paris de 1983 à 1985, avant d’être maire socialiste de Florence. Quant au vieux Goffredo Petrassi (1904-2003), il ne m’avait pas semblé si sourd que cela….

En matière de musique, Pierre-Jean Rémy savait surfer sur les sujets grand public Après Callas, il a été le premier à publier une biographie en français du chef autrichien, Herbert von Karajan (1908-1989). Comme pour Callas, la critique aura beau jeu de repérer les inexactitudes, les approximations, le côté compilation brouillonne d’un ouvrage qui sort souvent de son sujet, pour déborder sur les goûts personnels de l’auteur en matière symphonique ou lyrique.

Je vais sans doute le feuilleter à nouveau…

Vacances 2022 : Napoléon et l’île d’Elbe

Quatre jours en bord de mer à Punta Ala, et juste en face de nous l’île d’Elbe. Une visite s’imposait.

La fascination Napoléon

J’ai, à l’égard de Napoléon, ou j’ai eu jusqu’à présent, une attitude que les spécialistes de l’âme humaine pourraient qualifier de fascination/répulsion. J’ai peu lu sur lui – c’est une erreur que je répare peu à peu – je ne lui voue pas un culte comme pas mal de mes amis, et pourtant le personnage, ce qu’il a été, ce qu’il a laissé, ne laisse pas de m’intriguer.

L’île d’Elbe au moins je savais que c’était le premier exil de l’empereur (lire l’excellente notice de la Fondation Napoléon) du 4 mai 1814 au 26 février 1815. Il y avait au moins deux lieux liés à la présence de Napoléon sur l’île à visiter, mais j’avais oublié que les musées italiens évitent de travailler lorsque l’affluence touristique est la plus forte. Tout est fermé le week-end à partir du samedi 13h ! Je n’ai donc pu visiter que l’une des résidences napoléoniennes, à San Martino, dans la montagne à quelques kilomètres du chef-lieu de l’île Portoferraio : la Villa Napoleonica.

Impossible de visiter l’autre résidence de Napoléon sur les hauteurs de Portoferraio, sur la Piazza dei Mulini. Mais on aura pû gouter l’excellente eau minérale de la source Napoléon !

Napoléon et la musique

Contrairement à mes précédents billets, aucun rapport ici avec la musique – y a-t-il même un compositeur né sur l’île ? -. Pour ce qui est de Napoléon et la musique, je renvoie à l’article que j’avais publié lors du bicentenaire de la mort de l’empereur.

Dans cet article, j’ai oublié les deux oeuvres les plus spectaculaires et bruyantes écrites respectivement par Beethoven – la Victoire de Wellington – et Tchaikovski – l’Ouverture 1812 – inspirées à leurs auteurs par de cuisantes défaites napoléoniennes…

On sait pourtant l’admiration que portait Beethoven au général Bonaparte, au point d’avoir songé lui dédier sa Troisième symphonie, pour finalement rayer rageusement sa dédicace lorsque Bonaparte devint Napoléon 1er. La Victoire de Wellington, qui n’est franchement pas un chef-d’oeuvre, célèbre la victoire du duc de Wellington sur les troupes napoléoniennes le 21 juin 1813 à Vitoria-Gasteiz en Espagne.

Quant à l’ouverture solennelle 1812 (« L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. » dixit Tchaikovski lui-même !), écrite en 1880, pour « célébrer » le désastre de la campagne de Russie en 1812, avec la fameuse citation de la Marseillaise !

Vacances 2022 : retour à Ambronay

Sur la route des vacances halte ce week-end dans l’Ain, et retour en des lieux jadis familiers où je n’avais plus eu l’occasion de remettre les pieds depuis presque trente ans !

Ambronay

Ambronay, c’est cette ancienne abbaye bénédictine dans l’Ain, où en 1980, un fou de musique – Alain Brunet – décida de créer un festival de musique baroque et une académie. Quarante-deux après, il en a abandonné la direction mais en préside toujours ce qui est devenu, en 2003, un Centre Culturel de Rencontres. J’ai rarement rencontré personnage plus passionné, obstiné, déterminé, qui a toujours fini par convaincre les meilleurs musiciens de le suivre dans son aventure.

Mes premiers souvenirs d’Ambronay sont des émissions de radio – la Radio Suisse romande n’est pas loin, et Disques en Lice, l’émission de critique de disques, aujourd’hui disparue, de la RSR, était venue au moins deux fois dans mon souvenir. Une fois, c’était Jordi Savall autour des suites de Bach. Une autre fois, avant un concert où nous devions entendre le Stabat Mater de Vivaldi, j’étais assis à la tribune à côté de Gérard Lesne. Dans l’écoute comparative à l’aveugle, le jeu consistait évidemment à essayer de reconnaître les interprètes. Ecoutant la version que nous ne savions pas être celle de Nathalie Stutzmann, Gérard Lesne comme moi étions incapables de discerner le sexe de l’interprète, homme ou femme, tant la voix de Nathalie portait une superbe ambiguïté.

Autre souvenir, cette fois comme directeur de France Musique, et dans le cadre d’un partenariat qu’Alain Brunet avait obtenu sans problème de ma part, mais avec les réticences d’usage de la technique de Radio France, j’étais revenu en 1994 notamment pour un concert de l’académie animée alors par William Christie, David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, qui révéla une jeune soprano qui allait faire son chemin : Patricia Petibon.

Je n’ai pu m’empêcher, revenant en ces lieux, de penser à l’ami Jacques Merlet, qui n’avait pas été le dernier à croire à l’aventure d’Ambronay et qui y installait ses quartiers d’automne. Il y a ainsi des ombres heureuses qui peuplent les mémoires et les pierres.

Pérouges

C’est pendant ce bref séjour de l’automne 1994 que je découvris Pérouges, à une vingtaine de kilomètres d’Ambronay, cette cité médiévale bien préservée. Un déjeuner à l’Hostellerie de Pérouges me fit côtoyer William Christie et son commensal. Quelques amabilités échangées. Ce fut le seul et dernier contact sympathique que j’eus avec ce personnage qu’il m’est arrivé d’apprécier comme musicien.

L’Hostellerie de Pérouges
Pérouges la porte Sud

Pour l’amour de Marilyn

Marilyn Monroe est morte il y a soixante ans, le 4 août 1962, et on en parle encore et toujours.

Je n’ai rien d’original à dire, sinon que je suis, comme quelques millions d’autres humains, un admirateur inconditionnel de l’actrice, de la chanteuse, et toujours fasciné par une personnalité plus complexe que l’image qu’elle-même et les autres ont donnée d’elle.

J’évoquais hier Michel Schneider (La comédie de la Culture). Le psychanalyste qu’il était ne pouvait pas passer à côté du « cas » Marylin, j’avais beaucoup aimé ce Marilyn dernières séances qui avait obtenu le prix Interallié en 2006.

Encore un bouquin à relire pendant ces vacances.

Mais je découvre que Michel Schneider avait préparé un nouvel ouvrage consacré à l’actrice américaine, dont la sortie est annoncée pour le 11 octobre prochain.

LES AMOURS DE MARILYN Cet amour, des millions de gens l’éprouvent encore soixante ans après sa disparition. Le secret de sa présence après tant de temps ? Marilyn est une sorte de miroir. Portrait d’une image brisée, Michel Schneider donne non pas la vérité de Marilyn Monroe mais éclaire d’un faisceau neuf ses vérités telles qu’elle les exprima en mots et en maux, au cours de sa vie amoureuse et sexuelle. Cet éclairage se résume en un nom : amour. Celui qu’elle ressentait pour certains êtres, et pour les animaux. Celui qu’elle inspira à quelques-uns. Celui que Michel Schneider lui porte à travers le temps (exemples d’entrées : Amour, amants, amis animaux, livres, mère, Montand…). Présentation de l’éditeur

On est évidemment impatient de découvrir ce beau livre.

L’hommage à M.S.

Sylvain Fort avait publié dans un hebdomadaire bien connu un merveilleux texte d’hommage à Michel Schneider, auquel les non-abonnés n’avaient pas accès. L’auteur de cet hommage ayant révélé ce texte sur sa page Facebook, on s’autorise à le reproduire ici. Avec une admiration encore renforcée pour celui qui a disparu le 22 juillet dernier.

« Nous avions Michel Schneider, et nous ne le savions pas. Je dis « avions » parce qu’il nous a quittés le 22 juillet dernier, discrètement. Je dis, « nous ne le savions », parce que sa place dans notre paysage littéraire et intellectuel n’a pas été, je pense, justement estimée.

Bien sûr, il était là, visible, actif, à certains égards même répandu. On le voyait à la télévision, on le lisait dans Le Point, il recevait des Prix littéraires. Je crains cependant que trop souvent il n’ait été vu comme un esprit fin, anticonformiste certes, mais enfin accroché malgré tout à ces grandeurs d’établissement qui permettent d’épingler sur le liège social le spécimen humain, afin de ne plus l’en déplacer, en se disant qu’on saura où le trouver, à quoi l’assigner : l’ENA, la Cour des Comptes, la psychanalyse, la critique littéraire…

En réalité, il n’était pas là. Il vivait dans son exil intérieur, dont la matière première était la nuit. L’oubli, le souterrain, l’obscurité, le secret étaient son élément. Il ne tentait pas de ramener à la lumière ce qui était caché, mais d’inventer une langue pour dire le secret. Il traquait l’absence et le deuil. Il écrivait « dans le noir » : titre d’un de ses essais récents (Écrit dans le noir, 2017) fouillant la part d’ombre, la conscience nocturne, de ces écrivains immenses dont il s’était choisi la compagnie, de Chateaubriand à Proust.

Par des amis communs, j’aurais pu le rencontrer, discuter. Je n’ai jamais osé, parce que, lecteur depuis mes dix-sept ans du moindre de ses livres, je ne voyais pas au nom de quoi je lui aurais arraché une conversation forçant sa discrétion, et exposant à la lumière banale d’une conversation mondaine l’épaisseur de nuit secrète où il avait installé sa pensée et son œuvre.

J’insiste : nous n’avons pas assez su qu’en Michel Schneider nous disposions d’un esprit que nous pouvons comparer aux meilleurs intellectuels issus de la haute culture Mitteleuropa (Magris, Steiner, Canetti), mais surtout à l’un de ces intransigeants qui ne nous menait jamais où il nous plaisait d’aller, mais là où nous ne savions pas pouvoir aller. Dans les labyrinthes de ses écrits baignés d’ombre, nous rencontrions plus souvent peut-être que nous n’aurions aimé la mort, l’oubli, la blessure du temps, la solitude, dont il détaillait la subtile mécanique dans une langue insinuante, miroitante, semblant issue de l’expérience de mille vies.

Ses livres sur la politique traquèrent les fictions morbides du pouvoir. Son bref essai Miroir des Princes, narcissisme et politique (2013) examine cliniquement la fascination des politiques pour leur reflet dans tous les miroirs qu’on leur tend : mais par-delà l’usage de la psychanalyse, on sent constamment dans la rigueur incisive de la réflexion, dans le maniement précis du scalpel de la langue, le rayonnement sombre d’une morale. Son étude minutieuse d’épisodes du jeu de miroirs de la vie politique font songer à La Rochefoucauld ou Racine plus qu’à Freud. Aussi ne fus-je pas étonné qu’il consacrât un de ses plus beaux textes à Pascal (2016), osant cet aveu : « si je ressens, le lisant et écrivant sur lui, la sensation amère et pénétrante qu’il a écrit ce que j’aurais dû écrire, je n’ai pas la folie de croire que j’aurais pu écrire ce qu’il a écrit, ni aimé l’avoir écrit ». Nous n’avons pas assez su que Michel Schneider était, aussi, un descendant de Port-Royal.

Traquant les doubles fonds du langage et les mirages de notre condition, il aurait pu aussi céder à une forme de relativisme sceptique. Or, il fut hanté par la certitude du sens, et c’est la musique qui lui en communiqua la plus vive sensation. Il alla en sonder l’énigme dans les parages les plus dérobés, faisant sienne la conviction de Nietzsche que la musique était un « art de la nuit ». Il fut de ceux qui disaient le mieux la musique, parce qu’il entendait en elle, jusque dans sa folie aphasique, le murmure d’une vérité humaine. Il consacra deux livres à Schumann, dont La Tombée de la nuit, qui est peut-être un des deux ou trois livres les plus éblouissants sur la musique qu’il m’ait été donné de lire : cette exploration des démons de Schumann est une descente à l’abîme dont on sort vainqueur à la manière du Desdichado de Nerval. Comment, dès lors, aurait-il supporté le nihilisme faraud de Pierre Boulez ?

A présent qu’il n’est plus, il est temps encore de savoir que nous l’avions, et tous ses livres font que nous l’aurons pour longtemps, ce qui en somme est une forme supérieure de joie. » (Sylvain Fort)

Semaine 3 et fin

#FestivalRF22 #SoBritish

And the winner is…

J’évoquais dans mon dernier billet (Festival d’inconnus) la finale du concours Eurovision des jeunes musiciens qui a eu lieu samedi soir à Montpellier. Diffusée sur Culturebox et France Musique. On peut tout revoir ici : Eurovision Jeunes Musiciens 2022.

Beaucoup de moments heureux :

Fier d’avoir réuni ce jury : Tedi Papavrami, Nora Cismondi, Christian-Pierre La Marca, JPR, Muza Rubackyté

Le premier prix sans discussion pour un talent déjà avéré, le jeune violoniste tchèque Daniel Matejča.

La classe d’un maître

On attendait – c’était une première pour la presque totalité du public – le récit des aventures de la Belle Maguelone, telles que Brahms les a mises en musique. C’était hier soir à l’Opéra Comédie de Montpellier (diffusion le 8 août sur France Musique). Que dire que je n’aie déjà écrit sur Stéphane Degout ? Magistrale interprétation, à laquelle il faut associer ses comparses Marielou Jacquard, mezzo-soprano, Alain Planès, piano et Roger Germser, conteur et lumières

Stéphane Degout anime à partir d’aujourd’hui une Masterclass qu’on sera bien inspiré de suivre de bout en bout : détails sur lefestival.eu.

Marianne, Gabriel, Benjamin, Maxim…

Troisième et dernière semaine donc pour l’édition 2022 du Festival Radio France. Si on ne craignait le cliché, on parlerait de bouquet final ! Marianne Crebassa ce soir, Gabriel Prokofiev demain, Benjamin Grosvenor et Maxim Emelyanychev jeudi et vendredi.

Actualité

Michel Schneider est mort le 22 juillet. J’ai prévu de lui rendre hommage, comme Sylvain Fort l’a fait dans L’Express. J’ai commencé à relire son essai La Comédie de la Culture paru il y une trentaine d’années et qui lui avait valu une invitation de Bernard Pivot (à revoir ici) Un ouvrage d’une extrême qualité d’écriture qui n’a pas pris une ride !

Pour ceux qui se soucient de mon propre sort (patience… juillet n’est pas terminé !), cette interview sur Forumopera : « Jean-Pierre Rousseau : je n’ai aucun regret« 

Les inattendus (X) : Rudolf Kempe, Respighi et Chopin

J’ai souvent évoqué ici la figure et l’art du chef allemand Rudolf Kempe (1910-1976), auteur d’une intégrale inégalée de la musique symphonique et concertante de Richard Strauss avec la Staatskapelle de Dresde, d’une exceptionnelle série de valses viennoises, dont L’Or et l’Argent de Lehar (avec Dresde et d’abord avec les Wiener Philharmoniker, que Kempe considérait comme son plus bel enregistrement), et de bien d’autres réussites dans le répertoire germanique.

Kempe fut notamment le directeur musical du Royal Philharmonic Orchestra de Londres (de 1962 à 1975) et réalisa alors quelques enregistrements pour le Reader’s Digest, réédités de manière dispersée par différents labels. Certains sont dans un coffret Scribendum (lire le détail ici), comme le rare Respighi qu’on évoque ci-après.

Hänssler a édité un CD au couplage étrange, Chopin et Respighi, dont le point commun est la présence de Rudolf Kempe au pupitre du Royal Philharmonic.

Respighi est une absolue rareté dans le répertoire enregistré du chef allemand : il n’a gravé que Les Pins de Rome et il nous fait vraiment regretter de ne pas nous avoir donné d’autres poèmes symphoniques du compositeur italien. Je ne suis pas loin de penser que c’est la version idéale, emportée et contemplative, colorée et transparente, du chef-d’oeuvre de l’un des plus grands maîtres de l’orchestre (à l’égal d’un Rimski-Korsakov ou d’un Ravel)


On ne se privera pas d’écouter le 2ème concerto de Chopin, surtout sous les doigts si originaux et poétiques du grand Shura Cherkassky, et tout autant pour la direction puissamment romantique de Rudolf Kempe, qui oppose le meilleur démenti qui soit au Chopin piètre orchestrateur.

La fête heureuse

On n’échappe pas à l’exercice obligé du bilan quand approche la fin d’un festival : La fête malgré tout c’est le titre que j’ai donné à celui de l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui s’est achevé vendredi soir par le triomphe de Sonya Yoncheva dans un opéra Berlioz comble qui ne voulait plus la laisser partir.

On va laisser décanter les beaux souvenirs (et oublier les quelques mauvais) de ce festival pas comme les autres.

Comme cet époustouflant récital de Benjamin Grosvenor le 28 juillet. Et ce dîner avec un musicien heureux, simple, bon vivant, à l’éternelle tête d’enfant.

Ici avec François-Xavier Szymczak qui a présenté pour France Musique les derniers concerts du Festival.

NarboVia à Narbonne

Le dernier-né des grands musées de la région Occitanie, NarboVia, à Narbonne, accueillait mercredi le quatuor de saxophones Ellipsos devant un public familial ravi.

J’ai eu le privilège de voir grandir et s’installer ce musée magnifique, dessiné et conçu par Norman Foster. Où soudain on a l’impression d’être dans une villa pompéienne…

Ici avec Jakub Jozef Orlinski, Ted Huffman et Philip Venables

La réussite de ce festival, de cette fête, c’est celle d’une équipe formidable, qui a franchi tous les obstacles, et fait de chaque concert… une fête !

(Photo Marc Ginot)

Jean Cluzel (1923-2020)

Ces jours-ci, mon blog ressemble décidément à un obituaire, que chaque jour vient compléter d’une nouvelle disparition.

Je n’ai appris qu’aujourd’hui le décès, à l’âge très respectable de 97 ans, de Jean Cluzel, ancien sénateur, président du conseil général de l’Allier, redouté rapporteur du budget de la radio-télévision au Sénat.

Jean Cluzel c’est d’abord, pour moi, mon premier employeur, la première personne avec qui j’ai signé, à 22 ans, un contrat de travail à durée indéterminée, mon premier poste d’assistant parlementaire (comme je l’ai raconté dans deux billets : Attaché parlementaire, Réhabilitation)

Nègre

Je me rappelle très bien, un garçon de mon âge, dans ma voiture, boulevard Saint-Germain à Paris, sous une pluie battante. Nous sommes en janvier 1978. J’ai fait la connaissance de Jean-Yves en août 1976, lors d’une université politique d’été. Il me dit, tout à trac, que son père cherche quelqu’un – son père est un monsieur très connu dans le monde de la politique de l’époque, un sénateur dont on parle, Jean Cluzel – ! J’ai beau penser que je n’ai aucune des qualités requises pour travailler auprès d’un tel personnage, il m’incite à le rencontrer et organise le rendez-vous. Le sénateur de l’Allier est très clair : il a besoin de quelqu’un qui sache faire des recherches et qui sache écrire. Il a plusieurs ouvrages en préparation, je serai son « nègre »durant deux ans (1978-1980)

Ainsi à 22 ans j’entre dans l’un des plus beaux palais de la République, le Sénat, j’ai pour moi un grand bureau dans l’annexe – bureau que n’occupe pas le sénateur puisqu’en tant que rapporteur spécial, il bénéficie d’un bureau encore plus vaste au sein même du palais du Luxembourg. Et pendant deux ans, je vais préparer des fiches, des notes, faire des recherches, écrire des pages entières pour un personnage très conscient de son importance, d’autres diraient imbu de lui-même, infatué, considérant autrui, à commencer par sa propre famille, son épouse, comme étant à son service exclusif.

Je voyais peu Jean Cluzel, nous correspondions par notes. Je me rappelle une fois – ce ne fut pas la seule – où il me renvoya un texte annoté d’un simple et définitif « nul ». À quoi je lui répondis par retour de courrier, du haut de mes 23 ans : « Qui se ressemble s’assemble » ! Il ne me gratifia plus jamais d’aussi péjoratifs qualificatifs.

Pour écrire son chef-d’oeuvre – une étude comparée des télévisions européennes – auquel je ne suis pas peu fier d’avoir apporté mon concours (!), il décida de se rendre dans différentes capitales européennes pour regarder la télévision. C’est ainsi que le 28 septembre 1978, Jean Cluzel se trouvait à Rome. Une fois n’était pas coutume, je l’appelai à son hôtel pour vérifier qu’il avait eu la nouvelle qui était tombée sur les téléscripteurs du monde entier ce matin-là : la disparition brutale du pape Jean-Paul 1er. Il me répondit qu’il savait bien que le pape Paul VI était mort (le 26 août 1978) et qu’il ne comprenait pas que je le dérange pour lui rappeler cette nouvelle. En fait, il n’avait pas ouvert sa télévision ni lu les journaux ni n’était même sorti dans les rues de Rome, puisque c’est moi qui lui appris la mort du successeur de Paul VI !

Télémanie

« Le » livre qui avait été le principal objet de mon contrat d’assistant parlementaire, était enfin sorti chez Plon – le célèbre éditeur n’était qu’à quelques dizaines de mètres du Sénat ! – sous l’affriolant titre de Télémanie

Voici comment l’éditeur présentait l’ouvrage :

« Qu’est-ce que la télévision française ? Un énorme budget qui a augmenté de 79 % en cinq ans ; trois chaînes ; près de 10 000 heures de programmes et — avec la radio — plus de 15 000 personnes. C’est aussi la vitrine de la France et le porte-voix de sa culture. C’est, enfin, une machine à laquelle la majorité des Français consacre une quantité croissante d’heures de loisirs, près d’un millier par an, en succombant dès l’enfance à ce qu’il faut bien appeler la télémanie. Est-il, dans la France d’aujourd’hui, sur les différents plans politique, moral et culturel, une question plus grave pour l’avenir ? Pour y voir clair, il est bon d’aller chez nos voisins pour observer comment, par exemple, ils parviennent à concilier le contrôle de l’État avec les exigences diverses des téléspectateurs. C’est ce que Jean Cluzel a fait ; il raconte ce qu’il a vu et entendu ; puis, à la lumière de cette expérience, il analyse la façon dont notre télévision assure sa triple mission d’information, de culture et de divertissement. Ce livre où vibrent les accents du pamphlet marque l’attachement de l’auteur pour cette merveilleuse machine ; il fait suite à « Télé-violence » et à « l’Argent de la télévision », rapport fait au nom d’une commission sénatoriale d’enquête. L’auteur suggère en conclusion que les Français — aussi bien hommes de télévision que simples usagers — s’interrogent sur leurs responsabilités pour que demain les choses aillent mieux.« 

L’ouvrage ne présentait qu’un intérêt modéré, et je ne suis pas sûr qu’il ait passionné ses quelques courageux lecteurs.

Un rapporteur craint

Mais le sénateur Jean Cluzel était le très redouté rapporteur spécial de la commission des Finances de la Chambre haute, chargé du budget de la Radio Télévision française ! Il ne se contentait pas d’aligner bilans et chiffres, il écrivait un rapport qui faisait trembler chaque année patrons de chaînes et gouvernement.

Quand le rapporteur Cluzel sortait un livre, et je pus en témoigner pour Télémanie, son statut lui ouvrait toutes les portes, toutes les émissions, une couverture médiatique dont peu d’auteurs, écrivains ou essayistes même renommés eussent rêvé. Je me rappelle ainsi avoir accompagné Jean Cluzel au 13 h de TF1, animé par Yves Mourousi (dont j’ai surpris quelques minutes avant le début du JT un aparté avec le rédacteur en chef qu’il engueulait pour lui avoir imposé la présence de Cluzel pour un bouquin qu’il n’avait pas lu!), sur le plateau d’Apostrophes chez Bernard Pivot, et quantité d’autres émissions de radio et de télévision. Il les avait à peu près toutes faites.

Je conserve finalement un bon souvenir de ces années d’apprentissage. Jamais je n’aurais alors imaginé faire carrière dans la radio, et en particulier à Radio France… quelques années plus tard (lire L’aventure France Musique)! Ironie de l’histoire.

Italie 2020 (X) : Gênes, Paganini et Piano

J’avoue, j’avais de Gênes une image assez floue – grande ville portuaire, la République de Gênes, Simon Boccanegra, la catastrophe du pont autoroutier en 2018 –

16904314lpw-16904961-article-viaduc-autoroute-a10-ecroule-genes-jpg_5566542

20598997lpw-20599009-article-genes-pont-ceremonie-jpg_7265258_1250x625(Le nouveau pont autoroutier inauguré au début de l’été, conçu par l’architecte Renzo Pianoné à Gênes en 1937, plus connu en France pour le Centre Pompidou  (en duo avec Richard Rodgers) et le nouveau Palais de justice de Paris)

rien qui, a priori, fasse rêver comme Naples, Venise, Florence ou Rome. Quelle erreur !

Une visite un dimanche matin du mois d’août, le rêve pour découvrir les secrets de l’autre « cité des doges » !

Le coeur de Gênes

On arrive à Gênes en longeant la côte à partir de Sestri Levante (on n’a donc aperçu le nouveau pont que de loin). Larges avenues majestueuses, bordées de hauts immeubles fin XIXème début XXème…

IMG_2904

IMG_2903

IMG_2906

IMG_2907

IMG_2910

IMG_3063(Le Théâtre Carlo Felice sur la Piazza de Ferrari)

IMG_2908

Mais le dédale des rues médiévales révèle la vraie nature de Gênes l’antique.

IMG_2928

IMG_2926

IMG_2916

IMG_2918

IMG_2944

IMG_2971

IMG_2930La basilique Santa Maria di Castello

IMG_2931

IMG_2942IMG_2972

IMG_2967

IMG_2970

IMG_2969

La Cathédrale Saint-Laurent

IMG_2946

IMG_2950

IMG_2951Les deux lions qui encadrent le parvis de la cathédrale sont étonnamment expressifs !

IMG_2940

IMG_2935

IMG_2936

IMG_2953

IMG_2954

IMG_2961

IMG_2962

IMG_2965

IMG_2963

Via Garibaldi

IMG_2980

IMG_2981Après le dédale de la vieille ville, il faut prendre de la hauteur pour admirer la cité et son port.

IMG_2983

À l’écart du coeur de la cité médiévale, la Strada Nuova, aujourd’hui Via Garibaldiest bordée de palais plus imposants les uns que les autres. Trois d’entre eux hébergent de fabuleux musées.

IMG_2978

IMG_2976

IMG_2988

IMG_2989

IMG_2990

Les plus belles pièces de ces musées sont à découvrir ici : l’album photo Les trésors de Gênes.

Paganini le Génois

Le grand musicien natif de Gênes est Niccolo Paganini (1782-1840). Inutile de chercher sa maison natale, elle a été détruite en 1970 !

IMG_2943Il y a bien (à gauche sur la photo) cette Casa Paganini qui n’est rien d’autre qu’un hôtel.

Pour trouver la trace du célèbre virtuose, violoniste, guitariste et compositeur, il faut la chercher au fond du Palazzo Doria-Tursi deux pièces où sont conservés guitares et violons, le portrait de Paganini par George Patten.

IMG_3047

IMG_3051

IMG_3053

IMG_3057Paganini avait légué ce violon à la ville de Gênes, à la condition que celle-ci s’engage à le conserver perpétuellement et à ne jamais le céder. Il s’agit du célèbre Cannone, fabriqué en 1743 par le luthier Giuseppe Antonio GuarneriPaganini lui avait donné ce surnom, en raison de l’éclat et de la projection de sa sonorité.

Dans la même pièce se trouve la copie qu’en avait réalisée en 1833 le luthier français Jean-Baptiste Vuillaume copie si parfaite que même Paganini eut d’abord du mal à distinguer l’original de la copie. Il finit par donner celle-ci à l’un de ses rares disciples, Camillo Sivori.

En 1997, Shlomo Mintz put jouer le violon de Paganini lors d’un concert à Maastricht. L’histoire ne dit pas si le violoniste star originaire de la ville méridionale des Pays-Bas (on veut parler d’André Rieu bien sûr !) assistait à cette soirée !

On conseille vivement ce coffret où s’expriment le feu et la sensibilité du violoniste israélien.

91bV9wPn5yL._SL1500_

 

 

 

 

 

Les inattendus (III) : Maazel l’Espagnol

Je ne peux avoir oublié la date de sa mort, le 13 juillet 2014, la veille du « concert de Paris » le 14 juillet 2014 avec l’Orchestre National de France, le choeur et la Maîtrise de Radio France et toute une pléiade de stars du chant sous la Tour Eiffel.

11202668_10153036420707602_8198899380877815159_n

(Seule « survivante » de cette photo prise ce 14 juillet 2014, la maire de Paris Anne Hidalgo,  à sa gauche, Bruno Juilliard son ex-premier adjoint, François Hollande, JPR ex-directeur de la musique de Radio France, Manuel Valls. Figuraient aussi sur la photo Mathieu Gallet, ex-PDG de Radio France et Rémy Pflimlin, ex-PDG de France-Télévisions prématurément disparu en 2016)

Nous avions décidé de dédier ce concert à Lorin Maazel, cet Américain de Paris, né à Neuilly le 6 mars 1930, mort dans sa maison de Virgine le 13 juillet 2014. Pour une double raison, d’abord parce qu’il avait été le directeur musical de fait de l’Orchestre National de France de 1977 à 1991 – même si Maazel avait pris soin de gommer cette période de sa biographie officielle, en raison des conditions calamiteuses de la fin de son contrat à Radio France – mais aussi parce que son premier enregistrement symphonique avait été réalisé en 1957 avec l’Orchestre National !

Les jeunes années

Dans un article d’août 2015 – Les jeunes années – à l’occasion de la réédition des premiers enregistrements réalisés par Lorin Maazel pour Deutsche Grammophon, j’écrivais ceci :

« Les références sont par exemple L’Enfant et les sortilèges de Ravel, un petit miracle jamais détrôné depuis 50 ans, la poésie des timbres de l’Orchestre National, une distribution parfaite, une sorte d’état de grâce permanent. Mais, bien moins cités, une 3eme symphonie de Brahms emportée, vive, presque violente, la plus rapide de toute la discographie, comme une Ouverture tragique de la même eau. Toutes les « espagnolades » d’une puissance, d’une acuité rythmique, en même temps d’un raffinement, d’une transparence, inouïs : Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov, Tricorne et Amour sorcier de Falla, époustouflants. »

Rimski-Korsakov, Falla

Je viens de réécouter ces « espagnolades »

81F0K+hvg3L._SS500_

61-Knpd2MyL._SS500_

en commençant par le Capriccio espagnol de Rimski-Korsakovle type même d’ouvrage « exotique » qu’on écoute distraitement en complément en général de la Shéhérazade du même Rimski.

Ecoutez ce qu’en fait un Lorin Maazel de 28 ans, écoutez ce qu’il tire d’un orchestre philharmonique de Berlin qui, entre Furtwängler et Karajan, était loin de sonner avec cette vivacité, cette transparence, cette alacrité. Plus jamais Maazel ne retrouvera ce « jus » – lorsqu’il récidive vingt ans plus tard à Cleveland, c’est empois et boursouflure !  –

L’Amour sorcier capté avec l’autre orchestre de Berlin-Ouest, celui du RIAS (Rundfunk im Amerikanischen Sektor) devenu ensuite Radio-Symphonie-Orchester Berlin, puis après la chute du Mur, Deutsches Symphonie-Orchestre Berlinà la même époque, et avec la toute jeune Grace Bumbryest de la même veine.

Les danses du Tricorne sont moins exceptionnelles, mais elles ne déparent pas cette collection.