Jean Cluzel (1923-2020)

Ces jours-ci, mon blog ressemble décidément à un obituaire, que chaque jour vient compléter d’une nouvelle disparition.

Je n’ai appris qu’aujourd’hui le décès, à l’âge très respectable de 97 ans, de Jean Cluzel, ancien sénateur, président du conseil général de l’Allier, redouté rapporteur du budget de la radio-télévision au Sénat.

Jean Cluzel c’est d’abord, pour moi, mon premier employeur, la première personne avec qui j’ai signé, à 22 ans, un contrat de travail à durée indéterminée, mon premier poste d’assistant parlementaire (comme je l’ai raconté dans deux billets : Attaché parlementaire, Réhabilitation)

Nègre

Je me rappelle très bien, un garçon de mon âge, dans ma voiture, boulevard Saint-Germain à Paris, sous une pluie battante. Nous sommes en janvier 1978. J’ai fait la connaissance de Jean-Yves en août 1976, lors d’une université politique d’été. Il me dit, tout à trac, que son père cherche quelqu’un – son père est un monsieur très connu dans le monde de la politique de l’époque, un sénateur dont on parle, Jean Cluzel – ! J’ai beau penser que je n’ai aucune des qualités requises pour travailler auprès d’un tel personnage, il m’incite à le rencontrer et organise le rendez-vous. Le sénateur de l’Allier est très clair : il a besoin de quelqu’un qui sache faire des recherches et qui sache écrire. Il a plusieurs ouvrages en préparation, je serai son « nègre »durant deux ans (1978-1980)

Ainsi à 22 ans j’entre dans l’un des plus beaux palais de la République, le Sénat, j’ai pour moi un grand bureau dans l’annexe – bureau que n’occupe pas le sénateur puisqu’en tant que rapporteur spécial, il bénéficie d’un bureau encore plus vaste au sein même du palais du Luxembourg. Et pendant deux ans, je vais préparer des fiches, des notes, faire des recherches, écrire des pages entières pour un personnage très conscient de son importance, d’autres diraient imbu de lui-même, infatué, considérant autrui, à commencer par sa propre famille, son épouse, comme étant à son service exclusif.

Je voyais peu Jean Cluzel, nous correspondions par notes. Je me rappelle une fois – ce ne fut pas la seule – où il me renvoya un texte annoté d’un simple et définitif « nul ». À quoi je lui répondis par retour de courrier, du haut de mes 23 ans : « Qui se ressemble s’assemble » ! Il ne me gratifia plus jamais d’aussi péjoratifs qualificatifs.

Pour écrire son chef-d’oeuvre – une étude comparée des télévisions européennes – auquel je ne suis pas peu fier d’avoir apporté mon concours (!), il décida de se rendre dans différentes capitales européennes pour regarder la télévision. C’est ainsi que le 28 septembre 1978, Jean Cluzel se trouvait à Rome. Une fois n’était pas coutume, je l’appelai à son hôtel pour vérifier qu’il avait eu la nouvelle qui était tombée sur les téléscripteurs du monde entier ce matin-là : la disparition brutale du pape Jean-Paul 1er. Il me répondit qu’il savait bien que le pape Paul VI était mort (le 26 août 1978) et qu’il ne comprenait pas que je le dérange pour lui rappeler cette nouvelle. En fait, il n’avait pas ouvert sa télévision ni lu les journaux ni n’était même sorti dans les rues de Rome, puisque c’est moi qui lui appris la mort du successeur de Paul VI !

Télémanie

« Le » livre qui avait été le principal objet de mon contrat d’assistant parlementaire, était enfin sorti chez Plon – le célèbre éditeur n’était qu’à quelques dizaines de mètres du Sénat ! – sous l’affriolant titre de Télémanie

Voici comment l’éditeur présentait l’ouvrage :

« Qu’est-ce que la télévision française ? Un énorme budget qui a augmenté de 79 % en cinq ans ; trois chaînes ; près de 10 000 heures de programmes et — avec la radio — plus de 15 000 personnes. C’est aussi la vitrine de la France et le porte-voix de sa culture. C’est, enfin, une machine à laquelle la majorité des Français consacre une quantité croissante d’heures de loisirs, près d’un millier par an, en succombant dès l’enfance à ce qu’il faut bien appeler la télémanie. Est-il, dans la France d’aujourd’hui, sur les différents plans politique, moral et culturel, une question plus grave pour l’avenir ? Pour y voir clair, il est bon d’aller chez nos voisins pour observer comment, par exemple, ils parviennent à concilier le contrôle de l’État avec les exigences diverses des téléspectateurs. C’est ce que Jean Cluzel a fait ; il raconte ce qu’il a vu et entendu ; puis, à la lumière de cette expérience, il analyse la façon dont notre télévision assure sa triple mission d’information, de culture et de divertissement. Ce livre où vibrent les accents du pamphlet marque l’attachement de l’auteur pour cette merveilleuse machine ; il fait suite à « Télé-violence » et à « l’Argent de la télévision », rapport fait au nom d’une commission sénatoriale d’enquête. L’auteur suggère en conclusion que les Français — aussi bien hommes de télévision que simples usagers — s’interrogent sur leurs responsabilités pour que demain les choses aillent mieux.« 

L’ouvrage ne présentait qu’un intérêt modéré, et je ne suis pas sûr qu’il ait passionné ses quelques courageux lecteurs.

Un rapporteur craint

Mais le sénateur Jean Cluzel était le très redouté rapporteur spécial de la commission des Finances de la Chambre haute, chargé du budget de la Radio Télévision française ! Il ne se contentait pas d’aligner bilans et chiffres, il écrivait un rapport qui faisait trembler chaque année patrons de chaînes et gouvernement.

Quand le rapporteur Cluzel sortait un livre, et je pus en témoigner pour Télémanie, son statut lui ouvrait toutes les portes, toutes les émissions, une couverture médiatique dont peu d’auteurs, écrivains ou essayistes même renommés eussent rêvé. Je me rappelle ainsi avoir accompagné Jean Cluzel au 13 h de TF1, animé par Yves Mourousi (dont j’ai surpris quelques minutes avant le début du JT un aparté avec le rédacteur en chef qu’il engueulait pour lui avoir imposé la présence de Cluzel pour un bouquin qu’il n’avait pas lu!), sur le plateau d’Apostrophes chez Bernard Pivot, et quantité d’autres émissions de radio et de télévision. Il les avait à peu près toutes faites.

Je conserve finalement un bon souvenir de ces années d’apprentissage. Jamais je n’aurais alors imaginé faire carrière dans la radio, et en particulier à Radio France… quelques années plus tard (lire L’aventure France Musique)! Ironie de l’histoire.

Italie 2020 (X) : Gênes, Paganini et Piano

J’avoue, j’avais de Gênes une image assez floue – grande ville portuaire, la République de Gênes, Simon Boccanegra, la catastrophe du pont autoroutier en 2018 –

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20598997lpw-20599009-article-genes-pont-ceremonie-jpg_7265258_1250x625(Le nouveau pont autoroutier inauguré au début de l’été, conçu par l’architecte Renzo Pianoné à Gênes en 1937, plus connu en France pour le Centre Pompidou  (en duo avec Richard Rodgers) et le nouveau Palais de justice de Paris)

rien qui, a priori, fasse rêver comme Naples, Venise, Florence ou Rome. Quelle erreur !

Une visite un dimanche matin du mois d’août, le rêve pour découvrir les secrets de l’autre « cité des doges » !

Le coeur de Gênes

On arrive à Gênes en longeant la côte à partir de Sestri Levante (on n’a donc aperçu le nouveau pont que de loin). Larges avenues majestueuses, bordées de hauts immeubles fin XIXème début XXème…

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IMG_3063(Le Théâtre Carlo Felice sur la Piazza de Ferrari)

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Mais le dédale des rues médiévales révèle la vraie nature de Gênes l’antique.

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IMG_2930La basilique Santa Maria di Castello

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La Cathédrale Saint-Laurent

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IMG_2951Les deux lions qui encadrent le parvis de la cathédrale sont étonnamment expressifs !

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Via Garibaldi

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IMG_2981Après le dédale de la vieille ville, il faut prendre de la hauteur pour admirer la cité et son port.

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À l’écart du coeur de la cité médiévale, la Strada Nuova, aujourd’hui Via Garibaldiest bordée de palais plus imposants les uns que les autres. Trois d’entre eux hébergent de fabuleux musées.

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Les plus belles pièces de ces musées sont à découvrir ici : l’album photo Les trésors de Gênes.

Paganini le Génois

Le grand musicien natif de Gênes est Niccolo Paganini (1782-1840). Inutile de chercher sa maison natale, elle a été détruite en 1970 !

IMG_2943Il y a bien (à gauche sur la photo) cette Casa Paganini qui n’est rien d’autre qu’un hôtel.

Pour trouver la trace du célèbre virtuose, violoniste, guitariste et compositeur, il faut la chercher au fond du Palazzo Doria-Tursi deux pièces où sont conservés guitares et violons, le portrait de Paganini par George Patten.

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IMG_3057Paganini avait légué ce violon à la ville de Gênes, à la condition que celle-ci s’engage à le conserver perpétuellement et à ne jamais le céder. Il s’agit du célèbre Cannone, fabriqué en 1743 par le luthier Giuseppe Antonio GuarneriPaganini lui avait donné ce surnom, en raison de l’éclat et de la projection de sa sonorité.

Dans la même pièce se trouve la copie qu’en avait réalisée en 1833 le luthier français Jean-Baptiste Vuillaume copie si parfaite que même Paganini eut d’abord du mal à distinguer l’original de la copie. Il finit par donner celle-ci à l’un de ses rares disciples, Camillo Sivori.

En 1997, Shlomo Mintz put jouer le violon de Paganini lors d’un concert à Maastricht. L’histoire ne dit pas si le violoniste star originaire de la ville méridionale des Pays-Bas (on veut parler d’André Rieu bien sûr !) assistait à cette soirée !

On conseille vivement ce coffret où s’expriment le feu et la sensibilité du violoniste israélien.

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Les inattendus (III) : Maazel l’Espagnol

Je ne peux avoir oublié la date de sa mort, le 13 juillet 2014, la veille du « concert de Paris » le 14 juillet 2014 avec l’Orchestre National de France, le choeur et la Maîtrise de Radio France et toute une pléiade de stars du chant sous la Tour Eiffel.

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(Seule « survivante » de cette photo prise ce 14 juillet 2014, la maire de Paris Anne Hidalgo,  à sa gauche, Bruno Juilliard son ex-premier adjoint, François Hollande, JPR ex-directeur de la musique de Radio France, Manuel Valls. Figuraient aussi sur la photo Mathieu Gallet, ex-PDG de Radio France et Rémy Pflimlin, ex-PDG de France-Télévisions prématurément disparu en 2016)

Nous avions décidé de dédier ce concert à Lorin Maazel, cet Américain de Paris, né à Neuilly le 6 mars 1930, mort dans sa maison de Virgine le 13 juillet 2014. Pour une double raison, d’abord parce qu’il avait été le directeur musical de fait de l’Orchestre National de France de 1977 à 1991 – même si Maazel avait pris soin de gommer cette période de sa biographie officielle, en raison des conditions calamiteuses de la fin de son contrat à Radio France – mais aussi parce que son premier enregistrement symphonique avait été réalisé en 1957 avec l’Orchestre National !

Les jeunes années

Dans un article d’août 2015 – Les jeunes années – à l’occasion de la réédition des premiers enregistrements réalisés par Lorin Maazel pour Deutsche Grammophon, j’écrivais ceci :

« Les références sont par exemple L’Enfant et les sortilèges de Ravel, un petit miracle jamais détrôné depuis 50 ans, la poésie des timbres de l’Orchestre National, une distribution parfaite, une sorte d’état de grâce permanent. Mais, bien moins cités, une 3eme symphonie de Brahms emportée, vive, presque violente, la plus rapide de toute la discographie, comme une Ouverture tragique de la même eau. Toutes les « espagnolades » d’une puissance, d’une acuité rythmique, en même temps d’un raffinement, d’une transparence, inouïs : Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov, Tricorne et Amour sorcier de Falla, époustouflants. »

Rimski-Korsakov, Falla

Je viens de réécouter ces « espagnolades »

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en commençant par le Capriccio espagnol de Rimski-Korsakovle type même d’ouvrage « exotique » qu’on écoute distraitement en complément en général de la Shéhérazade du même Rimski.

Ecoutez ce qu’en fait un Lorin Maazel de 28 ans, écoutez ce qu’il tire d’un orchestre philharmonique de Berlin qui, entre Furtwängler et Karajan, était loin de sonner avec cette vivacité, cette transparence, cette alacrité. Plus jamais Maazel ne retrouvera ce « jus » – lorsqu’il récidive vingt ans plus tard à Cleveland, c’est empois et boursouflure !  –

L’Amour sorcier capté avec l’autre orchestre de Berlin-Ouest, celui du RIAS (Rundfunk im Amerikanischen Sektor) devenu ensuite Radio-Symphonie-Orchester Berlin, puis après la chute du Mur, Deutsches Symphonie-Orchestre Berlinà la même époque, et avec la toute jeune Grace Bumbryest de la même veine.

Les danses du Tricorne sont moins exceptionnelles, mais elles ne déparent pas cette collection.

Le coeur lourd

#Confinement Jour 40

Optimiste je suis, optimiste je reste. J’y ai cru jusqu’au bout,  je ne retire rien de ce que j’écrivais ici le 15 avril (Lettre à mes amis et aux autreset plus tôt le 23 mars (Confinement).

Mais quand on a charge d’âmes, on n’embarque pas plusieurs centaines de passagers dans une aventure, aussi exaltante soit-elle, sans être certain de parvenir à bon port. J’ai donc du me résoudre à prendre la décision la plus difficile que j’aie eu à prendre en quarante ans de vie professionnelle.

S’il ne s’était agi que de quelques beaux concerts dans la belle salle de l’Opéra Berlioz de Montpellier– ceux qui sont diffusés d’ordinaire sur France-Musique, qui sont l’image de marque du Festival Radio France Occitanie Montpellier j’aurais peut-être pu différer la décision, attendre de connaître des décisions gouvernementales claires, mais le Festival ce sont 165 événements et concerts dans 80 lieux différents de toute la région Occitanie, des lieux gérés par de multiples partenaires et collectivités. Partenaires qui ont été, à quelques exceptions près, aussi optimistes que nous, et qui n’ont pu que se résoudre à l’inéluctable annulation.

Dans quelques semaines, peut-être, la crise sanitaire ne sera plus qu’un mauvais souvenir, et on nous reprochera d’avoir baissé le rideau trop vite. Ou nous nous féliciterons d’avoir pris toutes les précautions…

Une certitude : le déconfinement se fera dans un désert culturel. Et les dégâts de la crise sanitaire pour tout le monde de la culture seront considérables, souvent irrémédiables. Dégâts artistiques, économiques, mais d’abord dégâts humains.

On voit bien, ici et là, resurgir la vieille rengaine populiste : la culture est un petit milieu privilégié (avec un régime d’assurance chômage qui serait trop favorable), et on aura bien d’autres soucis après la crise que de faire revivre les théâtres, les salles de concert, les festivals, qui vivent pour la très grande majorité de subventions publiques…

Le silence actuel du ministère de la Culture est assourdissant, les positions des collectivités territoriales plus rassurantes (La région Occitanie se mobilise pour les festivals), mais lorsqu’il s’agira des budgets 2021, il y a malheureusement fort à parier que les structures culturelles seront les dernières servies, quand elles ne seront pas purement et simplement menacées de disparition.

Mais trève de pessimisme : après avoir accusé le coup, la belle équipe qui m’accompagne imagine déjà un « Festival autrement » sur les réseaux (chaîne YouTube du festival)

France Culture prévoit ses Rencontres de Pétrarque… en studio à Paris du 29 juin au 3 juillet, et France Musique célébrera les grandes heures d’un Festival qui fête – un peu tristement – son 35ème anniversaire.

Ce samedi justement, France Musique faisait entendre l’un de ces moments uniques du Festival : Michel Petrucciani le 21 juillet 1995 à Montpellier !

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Souvenir de l’été 2018, lorsqu’on voyait la vie en rose…

La musique pour rire (V) : Happy Birthday

C’est sans doute la mélodie, la chanson, la plus célèbre au monde.

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Elle vient de Good Morning to All, une chanson enfantine écrite et composée en 1893 par deux sœurs américaines, Patty et Mildred Hill, à l’époque institutrices dans une école de Louisville (Kentucky). La première attestation écrite de l’association entre la mélodie et les paroles de Happy birthday to you date de 1912, mais ne crédite pas les auteures. Une division de Warner/Chappell Music Inc. dépose une demande de protection juridique de la chanson en 1935 au nom de Preston Were Orem et Ron Forman, histoire de générer de fructueux droits d’auteur (jusqu’à atteindre 2 millions de dollars par an !). Jusqu’à ce qu’un juge fédéral (dans l’affaire Rupa Marya/Warner Chappell Music), le 22 septembre 2015, décide que la chanson faisait partie du domaine public… depuis 1921 !

Ce qui n’a pas empêché maints arrangements (et maints arrangeurs !), le plus célèbre étant celui de Stevie Wonder en 1981.

Ci-dessous quelques exemples, réussis, de variations sur le célébrissime thème.

J’ignore à quelle occasion Rostropovitch dirigea cet « arrangement » dû à John Williams, mais à voir Seiji Ozawa assis sur le tabouret du violoncelliste, on peut supposer que ce fut en 1995, à Tanglewood (l’académie d’été du Boston Symphony), pour célébrer les anniversaires de Seiji Ozawa (1935) , Itzhak Perlman (1950), Leon Fleisher et Yo Yo Ma, tous des habitués du lieu et du festival !

L’arrangement du chef russe Misha Rachlevsky est tout aussi surprenant.

J’ai trouvé quelques sympathiques manifestations de « joyeux anniversaire », les plus émouvantes étant celles qui nous permettent de retrouver le très regretté Mariss Jansons

On admire le travail de l’arrangeur de ce Happy Birthday qui surprend Roger Norrington au moment où celui qui en fut le directeur musical de 1998 à 2011 commence à répéter l’Héroique de Beethoven avec l’orchestre du Südwestrundfunk de Stuttgart

Ici David Robertson surpris par les musiciens du New York Philharmonic (avec la complicité du violoniste Gil Shaham)

Lorsque Simon Rattle fête ses 50 ans (en 2005), il ne peut s’empêcher d’aller tâter de la grosse caisse à la fin du concert estival de la Waldbühnelorsque l’orchestre philharmonique de Berlin entame le bis que les milliers de spectateurs berlinois attendent : Berliner Luft du compositeur Paul Lincke

Lorsque Gustavo Dudamel commence à répéter la Cinquième symphonie de Mahler, c’est l’orchestre qui fait une ovation à son cor solo

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On admirera autant la prestation, la virtuosité que la tenue du pianiste français Cyprien Katsaris qui nous régale d’extraordinaires variations sur « Happy Birthday » à l’intention de Yehudi Menuhin (pour ses 80 ans ?)

On ne sera pas surpris de retrouver Victor Borge (lire La musique pour rire : Victor Borgedans une improvisation assez délirante

La pianiste américaine Nicole Pesce ne manque pas non plus d’imagination…

Enfin Happy birthday to… Stevie Wonder (70 ans le 13 mai prochain !)

Et puis comment oublier la torride apparition de Marilyn Monroe au gala d’anniversaire du président Kennedy le 19 mai 1962 ?

Elections municipales : hier et aujourd’hui

Dans dix jours ont lieu les élections les plus importantes pour la vie quotidienne des Français : les municipales. Mais on n’en parle pas ou si peu.

À Paris, une lamentable histoire d’érection a failli occulter l’élection, en tout cas le débat électoral. Et si l’on comptabilise le nombre de sujets, d’articles consacrés à cet épisode, à ses acteurs, témoins ou complices, on dépasse de très loin le temps et le volume impartis aux programmes des candidat(e)s. Pour le reste de la France, silence radio ou presque dans les journaux et sur les antennes nationales.

Qu’on me permette d’évoquer quelques souvenirs personnels qui témoignent, pour le moins, d’une certaine permanence dans les comportements politiques.

1983 Thonon-les-Bains

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En 1983, j’habitais et je travaillais à Thonon-les-Bains comme assistant parlementaire (lire Réhabilitation d’un député élu en 1981, qui était adjoint au maire de Thonon. Celui-ci, Paul Neuraz (1932-2018) avait succédé en 1980 à Georges Pianta, qui régnait sur la sous-préfecture haut-savoyarde depuis 1945.

Il n’y avait pas grand risque pour la liste sortante, rassemblant beaucoup de « sans étiquette » et des élus du centre et de droite modérée, mais Paul Neuraz devait faire ses preuves et sortir de l’ombre de son prédécesseur. Il me demanda de l’aider dans sa campagne, ce que je fis volontiers. En réalité, tout était à faire et imaginer, Georges Pianta n’ayant jamais eu besoin de faire campagne.

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Face à une liste de gauche menée par un entrepreneur local, président du club de foot, élu conseiller général PS en 1979, Michel Frossard, la campagne du maire sortant se présentait comme une promenade de santé, jusqu’à ce que la rumeur enfle de la constitution d’une troisième liste, où figuraient quelques notabilités locales, le patron de l’hebdomadaire régional Le Messagerun promoteur immobilier qui n’avait pourtant pas eu à se plaindre des largesses de la municipalité sortante.

La panique gagna les co-listiers de Paul Neuraz, l’intox – les réseaux sociaux n’existaient pas encore, mais le bouche à oreille et les comptoirs de bistrots si ! – prospérait au point de faire douter les plus sérieux. Le moral des troupes était au plus bas…

Une nouvelle loi électorale

Il faut rappeler ici que Gaston Defferre, le premier ministre de l’Intérieur de François Mitterrand avait fait voter une loi, en 1982, qui constituait une révolution dans le paysage municipal français. Jusqu’alors, dans les villes de plus de 3500 habitants, les listes majoritaires emportaient la totalité des sièges des conseils municipaux. Ainsi, pendant des années, les partis comme le RPR (ancêtre des Républicains), le PS ou le PC purent gouverner, verrouiller des villes sans aucune opposition. La loi Defferre, à laquelle aucun gouvernement n’a touché depuis quarante ans, a bouleversé la donne : la liste majoritaire obtient 50% des sièges, les autres 50% étant répartis à la proportionnelle entre les listes ayant obtenu plus de 10 % des voix (dont bien sûr la liste majoritaire). Ainsi la iiste qui a obtenu la majorité des voix dispose d’une majorité confortable des siègles, mais les oppositions sont présentes au conseil municipal.

La même loi prévoit qu’entre les deux tours, des listes qui ont obtenu plus de 12,5 % des voix (à vérifier, je ne suis plus sûr de cette clause) peuvent fusionner et ainsi former une nouvelle liste avant le second tour.

Un quarteron de notables

C’était sans doute l’idée des initiateurs de cette « troisième liste » thononaise que de se placer pour contraindre le maire sortant à les intégrer sur sa liste à l’issue du premier tour.

Je faisais, quant à moi, l’analyse – et le pari – qu’on devait absolument éviter ce cas de figure et faire une campagne qui assure la victoire de la liste sortante dès le 1er tour. Le maire, Paul Neuraz, et son entourage, partageaient mon point de vue, mais redoutaient que le reste de la liste ne continue à faire, involontairement, la publicité de la troisième liste. Je soumis l’idée d’un tract qui prendrait la forme un peu solennelle d’un appel aux électeurs, qui userait à dessein de mots et d’expressions familières à certains membres de la « troisième liste » qui se revendiquaient comme purs gaullistes. Je convainquis le maire de réunir toute sa liste dans un café de Vongy, qui servait de permanence électorale, pour remobiliser ses colistiers et les persuader qu’une victoire au premier tour était non seulement possible mais indispensable ! Nous fîmes distribuer à chacune et chacun un paquet de tracts, ainsi que des cartes des quartiers à couvrir : à l’issue de la réunion, aidés de quelques militants, tous les colistiers devaient à leur tour parcourir la ville et distribuer la bonne parole ! Inutile de dire que 80% d’entre eux n’avaient jamais fait cela…

Les réactions ne se firent pas attendre de la part de la troisième liste. Courageusement, certains co-listiers du maire sortant s’étaient défaussés sur moi  – c’est toujours la faute à Rousseau ! – de l’idée et du ton du tract distribué nuitamment. Je me fis directement engueuler par la tête de la 3ème liste qui nous menaçait de sévères représailles. Ses amis et lui n’avaient pas beaucoup apprécié de se faire qualifier de « quarteron de notables plus préoccupés de leurs propres affaires que de l’avenir de la cité ».

Mais, comme je l’avais confié aux inspecteurs des Renseignements généraux – c’était devenu une habitude entre nous à chaque scrutin : je leur donnais mon pronostic, ils le notaient, et si je perdais je leur devais une tournée, et à l’inverse – ce qui s’est toujours produit ! si mes prévisions étaient exactes, c’est eux qui me la devaient ! – les résultats du premier tour de ces élections municipales de 1983 à Thonon-les-Bains, furent sans appel : 51,8 % des voix pour la liste du maire sortant, et à peine 12 % pour cette 3ème liste qui avait fait trembler l’establishment local…

DSK en Haute-Savoie

En 1986, je cesse mon activité d’assistant parlementaire. La donne politique a changé dans le département de la Haute-Savoie à la suite du changement de mode de scrutin – la proportionnelle – aux élections législatives.

800px-Dominique_Strauss-Kahn_-_Strauss-Kahn_meeting_in_Toulouse_for_the_2007_French_presidential_election_0032_2007-04-13_croppedLa direction du PS a imposé Dominique Strauss-Kahn comme chef de file dans un département où il n’a jamais eu aucune attache (connue), le maire d’Annemasse, Robert Borrel, socialiste de toujours, monte une liste dissidente.  L’UDF qui détenait les 3 circonscriptions – à partir de 1986 il y en a 5 – forme sa liste mais il faut faire une place – la première – au jeune maire d’Annecy élu en 1983, Bernard Bosson (lire Les années Bosson) Le député sortant de Thonon est en quatrième position, il a très peu de chances d’être réélu (il m’en voudra longtemps, pensant que j’ai agi contre son intérêt !).

En 1988, Mitterrand, réélu président de la République, dissout l’Assemblée nationale élue en 1986.  Pendant la première cohabitation – le gouvernement de Jacques Chirac a modifié la loi électorale pour revenir au scrutin classique par circonscription. Les accords nationaux UDF-RPR aboutissent, en Haute-Savoie, à ce qu’on « offre » à un cacique du RPR, maire de Saint-Julien en Genevois (dans la circonscription d’Annemasse !), Pierre Mazeaudl’investiture pour la députation dans le secteur Thonon-Evian ! Le maire de Thonon, Paul Neuraz, pourtant membre du parti radical (donc de l’UDF) ne bénéficie d’aucun soutien politique. C’est Pierre Mazeaud qui va l’emporter, de peu, et qui dès le soir de son élection comme député de Thonon, annonce qu’il « prendra la mairie » l’année suivante !

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J’ai encore un souvenir très précis. Ce jour-là – un dimanche – j’étais allé travailler à la Radio suisse romande à Genève, je rentrais chez moi à Thonon, en passant par la place de l’Hôtel de Ville. Je croise le maire, plusieurs élus, j’arrête ma voiture. Ils m’invitent à monter dans le bureau du maire – alors que je n’ai plus d’activité politique à Thonon depuis deux ans ! Les mines sont défaites, la garde rapprochée du maire est accablée, certains envisagent même de démissionner sans attendre l’échéance de 1989.

Une élection n’est jamais faite d’avance

Je prends la parole et je tiens à cette assemblée une analyse qu’aucun n’est prêt à entendre : une élection nationale n’est pas une élection locale. Pierre Mazeaud a certes gagné le siège de député, grâce au soutien des partis de droite et du centre, le maire n’a pas fait un résultat honteux, et en 1989, on votera pour un maire et non pour une personnalité politique. Et, comme en 1983, je redis qu’au lieu de se lamenter et de faire la promotion du concurrent annoncé, il faut d’abord croire en soi et s’organiser pour gagner un an plus tard. Mais – je me garde bien de leur dire – je suis passé à autre chose depuis deux ans et je ne me vois pas dans le futur film.

Quelques mois plus tard, j’ai pris rendez-vous avec le maire, pour évoquer le sort de l’Ecole de musique locale dont on m’a pressé de prendre la présidence. Paul Neuraz ne peut s’empêcher d’évoquer la prochaine échéance, et me dit qu’il aurait besoin de moi. Je lui rappelle que je suis très pris par mon activité à la radio et que je me vois mal refaire une campagne. Mais il me propose d’être sur sa liste – il faut du sang neuf ! -. Je m’entends encore lui répondre : D’accord, mais pas pour faire de la figuration. Comme adjoint à la culture pourquoi pas, et à condition de renouveler de fond en comble la liste et la campagne.

En fait, l’enjeu m’excite. Comme prévu, les partis de la majorité d’alors vont soutenir et investir la liste de Pierre Mazeaud, constituée de bric et de broc (l’ancien député non réélu en 1986, d’anciens de la troisième liste de 1983), je reçois des injonctions de Bernard Bosson, le leader centriste du département, qui me prédit une déroute cuisante si je persiste à soutenir Paul Neuraz, a fortiori à faire partie de sa liste.

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En réalité, nous allons renverser la table. En prenant le contrepied de tous les usages électoraux.

Le slogan et l’affiche d’abord. Tous les concurrents, à commencer par Pierre Mazeaud, mettent en avant la tête de liste et les soutiens politiques. Je teste l’idée auprès de quelques proches. Notre liste aura pour titre et slogan : Tous pour Thonon. Qui pourrait être contre, dans une ville sportive, où quasi tous les citoyens sont les supporters du Thonon FC ? Cela évoque aussi une pub très fameuse à l’époque pour un produit laitier (« On se lève tous pour Danette« ). Et on fera une photo de groupe !

Dans l’ordonnancement de la liste, on met en avant les nouveaux noms – une bonne moitié de la liste sortante a été renouvelée. Les anciens regimbent, mais comprennent l’objectif.

Dans le journal électoral, même idée : surtout pas une liste de promesses, ni d’autocélébration de la tête de liste, mais, à la manière de Paris Match (les moyens en moins !), une série de photos et d’articles sur les membres de la liste, qui ils sont, ce qu’ils représentent dans leur quartier, leur vie professionnelle, leurs propositions concrètes pour améliorer la vie dans la cité. Le journal a un succès sans précédent lors d’une consultation électorale, tout le monde a lu les anecdotes, vu les photos… C’est bien une équipe qu’on va élire, avec des visages familiers, pas des notables, des apparatchiks.

Le reste je l’ai raconté ici : UDF et RPR sont furieux, Bernard Bosson me menace de toutes sortes de représailles et de conséquences funestes si nous persistons à faire équipe avec le Maire sortant, et donc contre le candidat investi par les partis de la majorité, le député Mazeaud. Ce dernier, avec qui j’aurai toujours un contact franc et direct, me dira, au beau milieu de la campagne municipale, et devant témoins : « De toute façon, vous allez gagner, vous faites une excellente campagne, moi je suis plombé par la bande de branquignols (sic) qu’on m’a imposés« . Au soir du 1er tour, la liste du maire sortant (renouvelée à 50 %) obtient 41% des voix, celle de P.Mazeaud soutenue par les états-majors parisiens et départementaux, fait péniblement 19%. Grand prince – ou dépité – Mazeaud refuse toute idée de fusion de sa liste avec celle du maire. J’aurai la maigre satisfaction de recevoir un message de félicitations de Bernard Bosson pour notre « brillante réussite ».

De nouveau, la preuve est faite que les élections ne sont jamais jouées d’avance, et qu’un scrutin national (législatives) n’a pas toujours d’effet sur un scrutin local (municipales).

A l’issue de ce scrutin, je serai bien élu Adjoint au Maire, chargé de la culture, de la jeunesse et de la vie associative, une fonction qui m’aura profondément passionné de 1989 à 1995.

1473-capture-d-ecran-2019-11-14-a-17.18.54(J’eus à présider la Maison des Arts et Loisirs, l’une des premières maisons de la Culture Malraux, devenue Théâtre Maurice Novarinadu nom du célèbre architecte thononais qui l’avait conçue, père de l’écrivain, homme de théâtre, Valère Novarina).

1995, une autre vie

Nouveau scrutin municipal en 1995, un mois après l’élection présidentielle remportée par Jacques Chirac. La donne a changé, pour l’équipe sortante comme pour moi.

J’ai longuement raconté le nouveau tour qu’a pris ma vie professionnelle en 1993 (L’aventure France Musique). Me revient un souvenir émouvant : lorsque j’ai confirmation que je vais bien partir pour France Musique, je rencontre aussitôt le maire de Thonon pour l’informer de ce changement important de situation, et voir avec lui comment il envisage que je poursuive ou non ma mission à Thonon.

Paul Neuraz était un homme athlétique, grand, massif, qui en imposait mais cachait bien ses humeurs et ses sentiments derrière une moustache qui frisait pour un bon mot. Un grand pudique. Lorsque je lui eus annoncé la nouvelle de ma promotion professionnelle, il m’en félicita d’abord chaleureusement, puis je le vis ses yeux s’embuer  et l’entendis me dire à mi-voix : Bravo pour toi, mais dommage pour la suite. C’est toi qui devais reprendre le flambeau, la mairie, mais aussi la députation. Tu es jeune (j’avais 37 ans à l’époque) tu es le meilleur élément de l’équipe, moi j’ai fait mon temps… » Jamais depuis que nous formions l’équipe de la municipalité nous n’avions eu pareille discussion, je savais que le maire me faisait confiance dans les dossiers épineux que j’avais eu à traiter dès mon entrée en fonction. J’avoue que j’étais interloqué..

Il me fit promettre d’accomplir mon mandat jusqu’au bout, quitte à aménager les réunions de municipalité pour qu’elles soient compatibles avec mon agenda parisien.

Quand arriva le temps de la campagne de 1995, le contexte politique avait changé, les appétits s’étaient aiguisés, l’image du maire sortant après 15 ans de mandat était écornée. Pourtant j’acceptai de figurer en numéro 3 sur sa liste, à sa demande, et soutenu par les plus jeunes de mes collègues conseillers municipaux sortants. Je pris congé pour faire campagne, mais le coeur n’y était plus comme en 1989. Les résultats du premier tour plaçaient certes en tête la liste sortante, mais venaient ensuite, dans un mouchoir, une liste conduite par un apparatchik giscardien, un avocat centriste qui voyait plus grand que la commune voisine d’Allinges dont il était le maire, une liste socialiste. Les quatre listes pouvaient se maintenir au second tour.

Le maire sortant, se sentant désavoué, fit savoir qu’il était prêt à laisser la tête de liste à son second, un assureur bien implanté, adjoint sortant aux Finances, si cela pouvait permettre une fusion avec une ou l’autre listes. Je fus sollicité par les socialistes et les centristes, qui mettaient comme conditions que je prenne moi la tête d’une éventuelle liste fusionnée et que l’assureur en question s’en retire… Avec le recul, je pense que si j’avais dit oui et que je m’étais prêté à ces négociations et combinaisons, j’aurais eu une chance de l’emporter.

Mais j’avais fait un choix de vie, un choix professionnel, qui n’étaient pas compatibles avec une « carrière » politique locale.

Au second tour, avec quelques voix d’avance, la liste de celui qui allait être le maire de Thonon pendant… 25 ans, l’emporta à la surprise générale. Je me retrouvai élu conseiller municipal dans l’opposition…. et très souvent conseiller de mon successeur, un ami, au poste d’adjoint à la culture! Le nouveau maire eut la délicatesse de ne jamais m’attaquer sur mon bilan et, à plusieurs occasions, de reconnaître qu’il n’avait pas mieux à proposer que ce qui avait été fait sur le plan culturel…  En janvier 1999, j’abandonnai mon siège de conseiller municipal, par manque de temps et de disponibilité, et pour qu’un de mes colistiers prenne la suite. Malheureusement, cet ami cher, ce compagnon de tant d’aventures amicales et municipales – c’était l’une des nouvelles figures qui m’avaient suivi sur la liste de 1989 – devait mourir d’une crise cardiaque un mois plus tard après que nous eûmes passé une fabuleuse journée à dévaler les pistes d’Avoriaz…

2020, quelles perspectives ?

Depuis 1995, j’ai plusieurs fois eu la tentation de reprendre une activité élective. Parce que j’ai depuis toujours la passion de la politique, conçue comme le service de la cité, le service des citoyens. Je m’en étais ouvert une fois au Bourgmestre (maire) de Liège, mais ce ne fut qu’une hypothèse vite refermée, ma fonction d’alors de directeur d’une entreprise culturelle étant évidemment incompatible avec un mandat électif. À Thonon, les amis que j’y ai gardés m’en ont aussi reparlé. Mais les temps ont changé, et on ne construit pas l’avenir dans les pas du passé.

En fin de compte, je n’ai jamais cessé de faire de la politique, dans les postes que j’ai eu la chance d’occuper et que j’occupe encore. Diriger un festival qui non seulement prône l’accès de tous à la culture, mais met en oeuvre cet idéal à l’échelle de toute une région, affirmer et faire en sorte que la musique aille partout où elle peut aller, où elle est attendue, c’est bien une autre manière de faire de la politique.

Que donneront les élections du 15 et du 22 mars prochains ? Je suis évidemment de très près les campagnes dans quelques villes où j’ai des attaches, Thonon-les-Bains bien sûr, Paris évidemment, Montpellier, et quelques autres encore.

IMG_7370(Les couleurs de l’automne dernier à Montpellier).

Bien malin qui pourrait faire un pronostic dans les trois villes que j’ai citées… et dans bien d’autres. L’éclatement de l’offre politique, le nombre de listes en concurrence, la perte des repères traditionnels – cause et conséquence des élections présidentielle et législative de 2017 – rendent les résultats plus qu’incertains. Les sondages ? cela fait des années qu’ils sont régulièrement démentis ou corrigés par les élections. Le suspense est entier…

PS Un jour sans doute je raconterai les moments forts de mon mandat à Thonon-les-Bains, l’une des plus belles expériences humaines et civiques qu’il m’ait été donné de vivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Journal d’Ecosse (II) : Anderszewski, SCO, le Greco et Scarlatti

Piotr Anderszewski et le Scottish Chamber Orchestra

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Jeudi rendez-vous, à Edimbourg, à une adresse qui a de l’allure : Royal Terrace. Au siège du Scottish Chamber Orchestra, l’un des fleurons des phalanges britanniques. Pour évoquer des projets pour de futures éditions du Festival Radio France.

Le même soir, au Queen’s Hall, une petite salle de concerts (une jauge d’environ 800 personnes) aménagée il y a 40 ans dans une ancienne église,

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concert de l’orchestre et de l’un de ses hôtes réguliers, le pianiste Piotr Anderszewski, qui joue et dirige du piano le concerto en ré majeur de Haydn et le concerto de Schumann, tandis que le SCO et son leader Alexander Janiczek ont ouvert la soirée avec la 36ème symphonie de Mozart.

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Piotr Anderszewski – qui avait donné un éblouissant récital lors du Festival Radio France 2015 – me confiera avoir un peu étouffé dans l’acoustique chaleureuse d’une salle sans doute plus appropriée à de petites formations. Comme auditeur, placé au premier balcon, je me suis, au contraire, régalé d’apprécier l’homogénéité, les couleurs d’un orchestre qui a été à bonne école avec Charles Mackerras entre autres. Quant au pianiste polonais, quinquagénaire depuis quelques mois, il est toujours aussi passionnant, nous faisant redécouvrir des partitions mille fois entendues.

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Greco, Vermeer, Rembrandt, etc.

A Edimbourg, on ne peut éviter de visiter les Royal Galleries, comme la Royal National Gallery of Scotland – musée gratuit, où l’on peut photographier à sa guise les chefs-d’oeuvre exposés !

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Malgré les travaux dans deux salles du musée, on accède à une collection exceptionnelle.

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Deux Greco qui ne sont pas au Grand Palais à Paris.

IMG_6657Un Vermeer de grand format au sujet étonnant : Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (1654-55)

IMG_6659Rembrandt, Autoportrait, 1657

IMG_6644Botticelli, La Vierge en adoration, 1485

IMG_6642Raphael, La Vierge à l’enfant (Madonna Bridgewater), 1508

IMG_6699Willem van Haecht, Cabinet d’art avec Le mariage mystique de Sainte Catherine d’Anthony van Dyck, 1630IMG_6650Le Tintoret, La mise au tombeau, 1563

IMG_6705Jan Steen, L’école des filles et des garçons, 1670

IMG_6671Van Gogh, Pruniers en fleurs, Arles 1888

IMG_6683Degas, Avant la représentation, 1890

IMG_6685David Gauld, Sainte Agnes, 1890

Scarlatti Night Fever

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Ce samedi soir, à l’auditorium de Radio France, à 20h, et en direct, se conclut la folle aventure qui avait conduit France Musique et le Festival Radio France Occitanie Montpellier, à produire et enregistrer les 555 sonates de Scarlatti, en 13 lieux de la région Occitanie, lors de 35 concerts, avec 30 clavecinistes différents sous la houlette de Frédérick Haas, au cours du mois de juillet 2018 (Épidémie de Scarlatti)

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Nous en parlions, Marc Voinchet et moi, hier matin sur France Musique dans la matinale de Jean-Baptiste UrbainJe n’y serai pas, mais j’écouterai dès que possible via le podcast !

Comme un avant-goût, l’une de mes sonates préférées de Scarlatti, la Kirkpatrick 141, dans deux versions qui ont le même sens de la folie…

Journal du Portugal (III) : de Tomar à Évora

Sur la route d’Évora, venant de Porto (voir Journal du Portugal : Lisbonne et Porto on fait d’abord une longue et superbe halte à Tomar, où se dressent une imposante forteresse et, en son sein, le Couvent de l’Ordre du Christ (Convento de Cristo), un ensemble monumental unique au Portugal, classé en 1983 au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

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Le château des chevaliers du Temple de Tomar a été construit par Gualdim Pais, maître provincial de l’ordre du Temple, vers 1160. Quelques années après, le château fut choisi comme siège de l’ordre au Portugal. Durant la Reconquista, le château de Tomar faisait partie du système de défense créé par les Templiers pour sécuriser la frontière du jeune royaume chrétien contre les Maures, frontière qui, au milieu du xiie siècle, correspondait à peu près aux rives du fleuve Tage.

L’église ronde (rotunda) du château de Tomar a été construite durant la deuxième moitié du xiie siècle. L’église, comme quelques autres églises du Temple en Europe, aurait été bâtie sur le modèle de la mosquée d’Omar à Jérusalem, que les croisés ont cru, à tort, être un vestige du Temple de Salomon. La Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem pourrait également avoir servi de modèle.

Selon les chroniqueurs chrétiens, le château de Tomar a résisté, en 1190, aux attaques du calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, qui avait auparavant pris d’autres forteresses portugaises dans le sud du pays.

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L’ordre du Temple a été supprimé dans la plupart des pays d’Europe en 1312. Au Portugal, ses membres, ses capitaux et une partie de sa vocation ont été transmis à l’ordre du Christ, créé en 1319 par le roi Denis Ier de Portugal. L’ordre du Christ s’est installé, en 1357, à Tomar, qui est devenue son siège.

L’un des plus grands maîtres de l’ordre était le prince Henri le Navigateur, qui a régné sur l’ordre de 1417 jusqu’à sa mort en 1460. Le Prince Henri a donné une grande impulsion aux expéditions portugaises pendant la période des Grandes découvertes. Dans le couvent, le prince Henri a commandé la construction de divers cloîtres et autres bâtiments. Il est également à l’initiative des améliorations urbaines de la ville de Tomar.

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Une autre personnalité importante liée à l’ordre du Christ était Manuel Ier de Portugal, qui est devenu maître de l’ordre en 1484 et roi du Portugal en 1492. Sous son règne, le Couvent a connu plusieurs améliorations importantes, notamment l’ajout d’une nouvelle nef dans l’église et de décorations intérieures composées de peintures et sculptures.

Le successeur de Manuel Ier, Jean III de Portugal, a démilitarisé l’ordre, le transformant en un ordre plus religieux suivant les préceptes de Bernard de Clairvaux. Il a également commandé la construction d’un nouveau cloître, en 1557, qui est l’un des meilleurs exemples de l’architecture Renaissance au Portugal.

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En 1581, après une lutte pour la succession au trône, la noblesse portugaise s’est réunie dans le couvent de l’ordre du Christ à Tomar et a officiellement reconnu Philippe II d’Espagne comme roi (Philippe Ier de Portugal). C’est le commencement de l’union ibérique (1581-1640), pendant laquelle les royaumes du Portugal et de l’Espagne ont été unis. L’aqueduc des Pegões a été construit pendant le règne espagnol.

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Le couvent du Christ comporte au total, huit cloîtres, construits entre le xve et le xvie siècle. Tous les styles s’y côtoient du gothique, au manuélin, renaissant au néoclassique.

  • Claustro da Lavagem (cloître de lavage) : ce cloître gothique de deux étages a été construit vers 1433, sous le règne de Henri le navigateur. Les vêtements des moines y étaient lavés, d’où son nom. Construit sur plan carré, il comporte deux étages et deux réservoirs et un puits-citerne destiné à recueillir l’eau de pluie.
  • Claustro do Cemitério (cloître du cimetière) : également construit sous Henri le navigateur, ce cloître gothique était le lieu de sépulture des chevaliers et des moines de l’ordre. Les élégantes colonnes jumelles des voûtes comportent de beaux chapiteaux avec des motifs végétaux, et les murs du déambulatoire sont décorés avec des tuiles du xvie siècle. Dans un tombeau de style manuélin repose Diogo de Gama, le frère du navigateur Vasco de Gama.
  • Claustro de Santa Bárbara (cloître de Saint Barbara) : il a été construit au xvie siècle. La fenêtre de la Chambre du chapitre et la façade occidentale de la nef de l’église sont visibles de ce cloître. Il comporte deux niveaux dont l’inférieur surbaissé et construits de 12 colonnes au chapiteau renaissance porte le niveau supérieur en terrasse.
  • Claustro de D. João III (cloître de Jean III) : commencé sous le règne du roi Jean III de Portugal, il a été achevé pendant le règne de Philippe Ier de Portugal (qui était également roi d’Espagne sous le nom de Philippe II). Le premier architecte à avoir travaillé sur le bâtiment, à partir de 1557, était l’Espagnol Diogo de Torralva et c’est seulement en 1591 que les travaux ont été achevés par l’architecte de Philippe II, l’italien Filippo Terzi. Ce magnifique cloître de deux étages relie le dortoir des moines à l’église et il est considéré comme l’un des exemples les plus représentatifs de l’architecture maniériste au Portugal. Les étages sont reliés entre eux par quatre élégants escaliers hélicoïdaux, situés à chaque coin du cloître.
  • Claustro da Hospedaria (cloître de l’Hôtellerie) : construit entre 1541 et 1542, il comporte deux niveaux et un supplémentaire au Nord. Il était destiné à accueillir les visiteurs nobles.
  • Claustro da Micha
  • Cloître des nécessaires (claustro das necessárias): où se trouve la bouche du réservoir d’eau, et aussi le puisard souterrain des installations sanitaires du couvent.
  • Cloître des corbeaux

Dans l’une des capitales de l’Alentejo, Évora, on allait éprouver d’autres émotions aussi fortes, dans une cité qui a su préserver non seulement son centre historique, mais aussi ses abords, ce qui est loin d’être toujours le cas !

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Le nom portugais d’Évora provient du latin Eburobrittium, nom probablement lié à la divinité celte Eburianus. Ce nom aurait pour racine celte *eburos, l’if commun.

Évora était, à l’époque préromaine, une ville fortifiée (oppidum). Elle portait, sous la Rébublique, le nom d’Ebora Cerealis. Durant la guerre civile opposant César à Pompée, elle resta fidèle au premier et en fut récompensée par le titre honorifique de Liberalitas Iulia.

La ville s’est développée rapidement. Le temple romain d’Évora est un témoignage de son importance à cette époque. Il est construit sur un plan similaire à celui de la Maison Carrée. Un podium rectangulaire de granite supporte des colonnes d’ordre corinthien, dont la base et le chapiteau sont en marbre d’Estremozet le fût en granite, qui formaient un temple périptère hexastyle. Il est très probable que ce monument ait été dédié au culte impérial à l’époque d’Auguste.

Un autre monument romain, un arc de triomphe orné de quatre statues et de nombreuses colonnes, fut démoli en 1570, afin de permettre la construction de l’église de Santo Antão.

 

 

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La cité est intégrée à l’éphémère seigneurie musulmane d’Ahmad ibn Qasi au milieu du xiie siècle. Elle est reprise aux Maures en 1165 par Geraldo sem Pavor (pt), date à laquelle le diocèse est restauré. La ville est résidence royale pendant une longue période, essentiellement sous les règnes de Jean II, Manuel Ier et Jean III. Son prestige atteint son sommet au xvie siècle, quand elle est élevée au rang de métropole ecclésiastique. L’université d’Évora, qui se développe à partir d’un collège jésuite, est fondée à l’instigation du cardinal Henri, premier archevêque d’Évora.

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La fermeture de l’université en 1759, à la suite de l’expulsion des Jésuites par le marquis de Pombal, est un rude coup porté à Évora.

Le , Évora est le siège d’une des plus sanglantes batailles de la première invasion napoléonienne. La ville est pillée, de nombreux habitants ayant pris les armes sont massacrés.

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Conseil à ceux qui veulent visiter Évora et qui sont en voiture, un hôtel « écologique » à l’extérieur de la ville très vivement recommandé : le Tivoli EcoResortOù les voisins de chambre ne sont pas ceux qu’on pense !

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La petite histoire (V) : les politiques au micro

Je l’avais promis dans cet article L’aventure France Musique : fortes têtes : Je raconterai une autre fois quelques rendez-vous savoureux, étonnants ou émouvants, que nous eûmes, François Serrette et moi, avec des personnalités que nous souhaitions inviter dans « Domaine privé », notamment une belle brochette d’hommes politiques…

« Domaine privé » était une émission quotidienne de France Musique, voulue par Claude Samuel, qui souhaitait y inviter des personnalités à livrer leurs souvenirs et leurs dilections musicales.

861502_4662915090120_1586218311_n(De gauche à droite, Gérard Courchelle, grand mélomane, alors présentateur vedette du journal de 8h sur France Inter, Claude Samuel, Janine Reiss, François Serrette, le comédien Pierre Vaneck, Michel Larigaudrie, le réalisateur de l’émission, l’écrivain et académicien Frédéric Vitoux, Peter Diamand, alors conseiller artistique de l’Orchestre de Paris et JPR)

J’avais suggéré, avant une élection importante (présidentielle de 1995?), qu’on consacre une semaine de ce « Domaine privé » à des hommes politiques mélomanes. Idée retenue, mais pas évidente à réaliser : il nous fallait des personnalités connues, aux goûts musicaux avérés, mais pas directement impliquées dans la vie politique ni a fortiori dans l’élection à venir, et reflétant l’éventail des sensibilités politiques de l’époque.

Pour ce qui était alors le RPR, le mouvement d’inspiration gaulliste fondé par Jacques Chirac en 1976, le choix n’était pas large. On ne pouvait pas inviter le ministre de la Culture de l’époque, Jacques Toubon. Olivier Morel-Maroger, qui travaillait auprès de Claude Samuel (et qui sera directeur de France Musique de 2011 à 2014), donna le nom d’un député de Paris dont il était proche et qui portait un patronyme qui ne pouvait laisser personne indifférent, Jean de Gaulle

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Pour la mouvance écologiste, mêmes interrogations. Je ne sais plus qui nous suggéra finalement de rencontrer Brice Lalonde, ce que nous fîmes François Serrette et moi. L’ancien ministre de Michel Rocard fut d’abord surpris de notre démarche, et accepta avec enthousiasme de se plier à l’exercice, il raconterait les musiques qui avaient bercé son enfance et son adolescence.

Les trois autres invités s’imposèrent comme des évidences.

Pour le Parti Communiste, la figure de Jack Ralite, longtemps maire d’aubervilliers, éphémère ministre de la Santé de Mitterrand – il n’aura jamais été ministre de la Culture – était incontournable. Je n’ai pas le souvenir d’une programmation musicale marquante, mais Ralite était intarissable et eut d’ailleurs du mal à respecter les contraintes horaires de l’émission.

Pour le Parti Socialiste, notre choix ne surprit que ceux qui ne fréquentaient pas les salles de concert parisiennes (assurément très nombreux !). Même du temps qu’il était ministre, Pierre Joxe était un auditeur/spectateur assidu. Il était devenu premier président de la Cour des Comptes en 1993. François Serrette et moi nous rendîmes donc rue Cambon après avoir sollicité un entretien avec l’ancien ministre de François Mitterrand. Erreur de secrétariat ? Après une longue attente, nous vîmes arriver dans le sombre couloir orné de tapisseries d’Aubusson où nous patientions, Pierre Joxe accompagné d’un personnage qui se présenta comme le premier rapporteur de la Cour. Manifestement, l’un et l’autre attendaient d’autres visiteurs que nous. Je dus insister auprès d’un premier président bien peu aimable pour qu’il écoute au moins l’objet de notre visite. Et soudain l’austère visage s’éclaira : « D’accord je ferai votre émission, mais je veux carte blanche, je ferai moi-même le programme, le découpage » 

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Ce qui fut promis fut tenu, Pierre Joxe arriva le jour dit, parfaitement préparé, refusant qu’on le dérange dans les minutes précédant le direct (même Jean Maheu, le PDG descendu tout exprès au studio, en fut pour ses frais).

Pour l’UDFle nom de l’ancien Premier ministre de Giscard, Raymond Barre tombait sous le sens. Retiré de la vie politique nationale depuis son échec à l’élection présidentielle de 1988, Barre soignait son image d’économiste réputé et de politique rigoureux (l’actualité récente a sévèrement écorné cette image : La fortune secrète de Raymond Barre). Serrette et moi avions obtenu, non sans mal, un rendez-vous avec lui, à ses bureaux du boulevard Saint-Germain (« mais pas plus de vingt minutes, l’agenda du Premier ministre est très chargé » !. 

Ambiance club anglais, fauteuils profonds, Raymond Barre nous accueillit courtoisement mais, encore une fois mal informé du propos de notre visite, nous dissuada d’emblée : « Je ne donne plus d’interview, je n’ai rien à dire » ! Mais comme avec Pierre Joxe, le changement de ton fut immédiat lorsque nous commençâmes à évoquer Mozart, Aix, Salzbourg, les festivals que l’ancien premier ministre aimait fréquenter. Je lui rappelai l’inauguration, quelques années auparavant, de la Grange aux Lacs à EvianEt lui d’évoquer ses compositeurs, ses opéras, ses disques préférés, avec une vraie pertinence et une vraie connaissance de mélomane averti. A deux reprises, une secrétaire vint l’interrompre (« Vous êtes attendu à l’Assemblée Nationale », « Vous allez être en retard« ) et s’entendit répondre : Les députés attendront, ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de parler musique en excellente compagnie ! Laissez moi tranquille !

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La présence de Raymond Barre dans les studios de France Musique fit sensation. Ce fut sans doute, des cinq émissions « politiques », la plus suivie et commentée positivement. A la différence de Pierre Joxe, l’ancien premier ministre parut très soucieux de l’avis et du conseil des collaborateurs de la chaîne, du réalisateur de l’émission en particulier. Il sembla savourer le moment, cette parenthèse musicale et radiophonique, jusqu’à nous avouer que, s’il avait été plus jeune, il aurait peut-être envisagé une nouvelle carrière… sur France Musique !

 

La petite histoire (I) : un grand chef

Ce blog va prendre quelques vacances comme son auteur, abandonner pour un temps les sujets sérieux (cf. La bande des quatrepour prendre la forme d’un bêtisier nourri de petites histoires vécues, d’à-côté de la vie musicale.

Il y a… plus de trente ans, travaillant à la Radio suisse romande, j’avais, entre autres fonctions, la charge d’organiser quelques-uns des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande et je poussais le scrupule jusqu’à aller moi-même accueillir à l’aéroport de Genève les chefs et/ou les solistes que j’avais engagés.

Je n’étais pas peu fier qu’un jeune chef finlandais – dont j’admirais la discographie – ait accepté mon invitation à venir diriger, pour la première fois, la phalange genevoise. Je regardai attentivement sa photo, dans l’un de ses disques, pour être sûr de le reconnaitre à son arrivée à Cointrin. Faut-il préciser qu’internet, les téléphones portables, n’existaient pas.. ?

Je m’en fus attendre Okko KamuL’avion arriva avec retard et déversa son flot de passagers, où je devais repérer un géant blond venu d’Helsinki.

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J’eus beau scruter, je ne vis personne qui ressemblât à mon  chef. J’en étais à déduire qu’il avait manqué son avion et m’apprêtais à repartir à la Radio, lorsque j’aperçus à l’autre bout du hall des arrivées quelqu’un qui semblait attendre. J’abordai cet homme petit (1m70 tout au plus), barbu, engoncé dans un caban marin, pour lui proposer mon aide. Il me remercia, me dit qu’il allait prendre un taxi…  Quitte à paraître ridicule, je me hasardai à lui demander s’il ne s’appelait pas, par hasard, Okko Kamu.

C’était bien lui… le géant finlandais que je m’étais imaginé.

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Nous rîmes de bon coeur lorsque je lui avouai ma méprise  et m’excusai de l’attente que je lui avais imposée. Il me dit ce jour-là – et je l’ai souvent vérifié depuis – que les chefs d’orchestre finlandais ne font pas dans la demi-mesure question taille : ils sont petits ou grands, mais pas entre les deux !

Pourtant ce n’était pas la première fois que je voyais un chef d’orchestre célèbre qui n’était grand que par le talent mais pas par la taille : Karajan, Bernstein (1m70), Barenboim (1m68), Mahler atteignait 1m63, Toscanini… 1m53 !

Des membres de l’équipe du Festival Radio France me faisaient la même remarque à propos de Santtu-Matias Rouvali, ils le voyaient plus grand qu’il n’est en réalité.

(Santtu-Matias Rouvali répète l’ouverture de Maskarade de Nielsen avec l’orchestre de Tampere le 25 juillet dernier à Montpellier).

Les habitués de l’Orchestre philharmonique de Radio France vérifient, eux aussi, avec Mikko Franck qu’Okko Kamu, dans le hall de l’aéroport de Genève, avait vu juste : le talent d’un chef n’a que faire de sa taille !