César Franck #200

C’est aujourd’hui le bicentenaire de la naissance, le 10 décembre 1822 à Liège, de César Auguste Franck.

En dehors de sa ville natale, et de quelques concerts parisiens, on ne peut pas dire que cet anniversaire ait bénéficié de grandes célébrations. Pas très vendeur sans doute le père Franck.

Après le point fait sur la discographie – lire Ave César -, mes choix purement subjectifs, et quelques pépites bien cachées ou oubliées.

Symphonie

L’unique symphonie, en ré mineur, de César Franck, achevée en 1888 et créée le 17 février 1889, bénéficie d’une discographie pléthorique. J’ai déjà ici souvent exprimé mes préférences, corroborées par la critique.

Je ne peux évidemment pas revoir, sans une profonde émotion, ces deux vidéos pourtant si différentes : l’Orchestre national de France exalté par le geste conquérant de Leonard Bernstein, l’Orchestre de la Suisse romande et Armin Jordan si authentiques.

J’ai fait le compte, j’en ai 43 versions dans ma discothèque (en CD) sans compter les téléchargées. Dont les trois enregistrées par Carlo-Maria Giulini, à Londres, à Berlin et à Vienne. On admire immensément ce chef, mais sa lecture hiératique, chargée d’intentions, statufie un peu plus le père Franck !

La sonate pour violon

Définitivement le duo Christian Ferras – Pierre Barbizet dans leurs deux versions EMI (1958) et DG (1965)

Psyché avec ou sans choeur

Déjà écrit (Ave Cesar), pour ceux qui voudraient sortir de la Symphonie, la trop justement méconnue symphonie qui ne dit pas son nom, le « poème symphonique avec choeur » Psyché.

Malheureusement pas grand chose à tirer ni à entendre de la toute récente et bien banale version des Liégeois dirigés par leur actuel chef, mais tout à redécouvrir grâce à la réédition d’un enregistrement de 1976 avec le même orchestre de Liège et son chef de l’époque, l’Américain Paul Strauss, pour la version complète avec choeur :

Et pour la version sans choeur, un enregistrement que j’écoutais hier dans un taxi – c’est rare un taxi branché sur France Musique ! – et qui m’enthousiasmait sans que je parvienne à le reconnaître. Lorsque j’entendis, à la fin de l’extrait, « désannoncer » Armin Jordan et l’orchestre symphonique de Bâle. (et pas, comme je l’entendis jadis sur cette même chaîne, l’orchestre Basler !!), je n’en fus pas surpris. Comme dans la symphonie, Armin Jordan est un chef qui a tout saisi du caractère de la musique de Franck, né au carrefour des cultures germanique et latine.

Le chasseur maudit

Sans doute l’oeuvre la plus « romantique » de César Franck, un poème symphonique d’une quinzaine de minutes où rodent les ombres de Berlioz, de Weber et du premier Wagner.

Michel Plasson et « son » Capitole de Toulouse en donnent une vision frémissante :

Piano et orchestre

Franck a écrit plusieurs pièces pour piano et orchestre, un concerto notamment (on les retrouve dans le coffret anniversaire OPRL/Fuga Libera. Seules restent jouées les Variations symphoniques – en réalité un concerto bref en trois parties – et Les Djinns.

J’ai longtemps été rebuté par le début empesé, lourd, de beaucoup de versions des Variations symphoniques, malgré l’excellence des pianistes et des chefs. Et à chaque fois je reviens à mon tout premier disque, inégalé, inégalable : Artur Rubinstein en 1957 et un chef Alfred Wallenstein qui ne se croit pas obligé d’embrumer Franck.

Pour le reste, je renvoie à l’esquisse de discographie déjà dressée dans Ave Cesar.

Petit cadeau pour cet anniversaire, une version vraiment inattendue de l’une des mélodies (genre qu’il a peu cultivé) de Franck, son Nocturne :

Ave César

Ce n’est pas la première fois – loin s’en faut – que j’évoque la figure de César Franck sur ce blog. D’avoir travaillé quinze ans dans sa ville natale, ça vous marque à vie ! Et je ne m’en plains pas, même si j’ai parfois fait une allergie à l’oeuvre la plus célèbre du compositeur né à Liège le 18 décembre 1822, son unique symphonie en ré mineur. Même si j’ai eu la responsabilité de la faire enregistrer deux fois par l’Orchestre philharmonique royal de Liège, par deux de ses directeurs musicaux. Deux versions l’une et l’autre multi-récompensées (un Diapason d’Or pour la plus récente – Christian Arming – une « référence » pour les guides Penguin et Gramophone, pour La Tribune des critiques de disques de France Musique – Louis Langrée)

Nouveautés et redites

Le bicentenaire de la naissance de Franck allait-il être l’occasion de découvertes ou redécouvertes, pour enrichir notre connaissance – et la discographie – d’un compositeur qui ne peut être réduit à une dizaine d’oeuvres ? La réponse, pour le moment, est plutôt négative. Même s’il y a eu quelques belles initiatives du côté de Musique en Wallonie et du Palazzetto Bru Zane (lire De César à Hulda).

Warner (ex-EMI) livre un coffret de 16 CD qui n’est pas à la hauteur de précédentes compilations (on pense au coffret Saint-Saëns) et qui déçoit même dans le choix des versions à quelques exceptions près. Aucun enregistrement récent, les fonds de tiroir (l’oeuvre d’orgue sous les doigts si ennuyeux de Marie-Claire Alain !).

De la symphonie justement, Warner aurait profiter de ce coffret pour proposer plusieurs versions à son catalogue – Karajan, Plasson, Cluytens, Beecham, Muti, Jordan, Klemperer, Martinon, on en passe et des meilleures – au lieu de quoi juste Giulini avec le Philharmonia et l’ancêtre Philippe Gaubert.

Seul véritable intérêt la réédition d’un « live », les Béatitudes, données aux Invalides, comme aboutissement d’un projet des quatre radios publiques francophones (Radio France, Radio Canada, RTBF, Radio suisse romande), avec un chef suisse, Armin Jordan, un orchestre et un choeur français, l’Orchestre philharmonique et le choeur de Radio France, et des solistes belges et canadiens.

Et surtout la version remasterisée de l’intégrale de Psyché, poème symphonique pour choeur et orchestre, dans la vision insurpassée de Paul Strauss et de l’Orchestre de Liège, captée en 1976 pour EMI.

La nouveauté est à chercher du côté de la Belgique et de l’éditeur Fuga Libera qui publie deux coffrets – l’un pour la musique de chambre, on y reviendra – l’autre pour les oeuvres symphoniques.

C’est un projet co-produit avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Il a au moins le mérite de comporter plusieurs nouveautés, et plusieurs inédits, comme des oeuvres concertantes pour piano (sous les doigts exceptionnels de Florian Noack.

Mais pourquoi avoir confié à l’actuel chef de l’orchestre, le sympathique Gergely Madaras, un nouvel enregistrement intégral de Psyché, avec le choeur de Radio France (!), alors qu’il ne sait manifestement pas quoi dire de et dans cette musique (on l’avait déjà remarqué dans le Hulda donné au Théâtre des Champs-Elysées, et dans d’autres programmes donnés à Liège ou à Bruxelles – piètre souvenir d’une Quatrième de Mahler);

La comparaison entre Paul Strauss (ci-dessus) et son lointain successeur, dans le même extrait, le début de Psyché, n’est pas à l’avantage du jeune chef hongrois. Désespérément plat…

Autres interrogations : alors que l’OPRL a enregistré, certes sous le label Musique en Wallonie, une intégrale de Rédemption, pourquoi n’en proposer dans ce coffret que l’interlude symphonique ?

Alors que l’Orchestre a enregistré trois versions de la Symphonie (cf. supra), outre Langrée et Arming, celle de Pierre Bartholomée parue en 1977, qui est aussi longtemps restée une référence, pourquoi n’en avoir inclus qu’une seule – Arming – dans ce coffret ? Belle occasion manquée !

Ministère

Météo capricieuse en cette veille de second tour de l’élection présidentielle. Les colonnes de Buren qui peuplent la cour carrée du Palais Royal à Paris avaient été copieusement arrosées.

L’honneur pour le chef

Nous n’étions qu’une poignée à nous retrouver samedi après-midi dans le salon Joseph Bonaparte du ministère de la Culture à Paris. L’invitation n’était arrivée que la veille : celle qui est encore ministre pour quelques jours, Roselyne Bachelot, nous avait conviés in extremis à la cérémonie de remise de la Légion d’Honneur à Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris de 2009 à 2021 (lire Ce n’est qu’un au revoir).

Joie de retrouver, dans ce cadre intime et propice aux échanges, l’ami Philippe qui, dans son petit discours de remerciement, invoquait l’ombre tutélaire et affectueuse de son père Armin Jordan.

Plaisir d’échanger aussi avec la ministre sortante de la Culture qui, en politique aguerrie, se montrait plutôt optimiste quant à l’issue du second tour, mais plus circonspecte sur les législatives à venir, en raison de la décomposition des forces politiques traditionnelles.

Le vrai ministre

Présent à cette cérémonie, un récent retraité, avec qui, pendant des années, je n’avais souvent échangé que des propos rapides et convenus, un personnage avec qui j’avais construit, en 1995, une belle journée radiophonique (lire Boulez vintage), Laurent Bayle, qui a porté, contre vents et marées, puis dirigé la Philharmonie de Paris (inaugurée le 14 janvier 2015, lire Philharmonie)

La constance de son engagement pour ce projet, sa ténacité et son habileté à déjouer les pressions, les changements de cap des politiques, avaient fait de Laurent Bayle celui que tout le milieu musical et culturel désignait comme le vrai ministre de la Culture.

C’est ce que je lui rappelai samedi, en faisant une gaffe : je l’incitais à écrire ses souvenirs, à raconter par le menu les coulisses de l’exploit, ce à quoi il me répondit qu’il n’avait pu tout dire… dans le livre de souvenirs qu’il avait publié en janvier dernier ! J’avoue que j’avais raté cette parution, et que je n’en avais pas lu de critique ou de présentation dans la presse.

« Des années 1980 à nos jours, le paysage culturel et musical français a connu des métamorphoses puissantes, entre audace artistique et volonté politique. C’est de cette période passionnante et passionnée que Laurent Bayle témoigne dans ce livre éclairant.
Son parcours singulier, qui l’a mené à créer et à diriger la Philharmonie de Paris, est celui d’un engagement de plus de quarante ans au service de la musique. Il raconte ici un foisonnement artistique où sont à l’œuvre des personnages exceptionnels, dont il livre des portraits sensibles : de Pierre Boulez à Patti Smith, de Daniel Barenboim à Jean Nouvel, c’est le récit personnel d’un homme qui a bâti, avec d’autres, une certaine vision de la culture.
 » (Présentation de l’éditeur).

Ce témoignage est d’autant plus passionnant, qu’il restitue une période, que j’ai aussi connue, qui nous paraît rétrospectivement constituer une sorte d’âge d’or pour la création, le foisonnement culturel, le début des années 80. Les jeunes années de Laurent Bayle l’illustrent à merveille.

Un samedi à la Philharmonie

C’est justement dans la grande salle de la Philharmonie que j’ai passé la soirée de samedi, retrouvant avec bonheur l’Orchestre national de France, son chef Cristian Macelaru, et un magnifique violoniste que je n’avais plus entendu en concert depuis mes années liégeoises, Sergey Khatchatryan.

Programme original que Pascal Dusapin et Florence Darel assis à côté de moi n’étaient pas les derniers à apprécier : Amériques de Varèse, le premier concerto pour violon de Max Bruch, et Petrouchka de Stravinsky. De concert en concert, chef et orchestre manifestent une cohésion, une dynamique collective, qui ne cessent de m’impressionner.

J’en suis d’autant plus heureux que l’Orchestre national de France, Cristian Macelaru, ainsi que le Choeur de Radio France, seront les héros de l’une des soirées les plus emblématiques du prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM pour les intimes), le 21 juillet, avec les Sea Pictures d’Elgar (avec Marianne Crebassa) et la grandiose Sea Symphony de Vaughan Williams (réservation vivement recommandée : www.lefestival.eu)

Immortel requiem

Après quelques semaines d’interruption (Une expérience singulière), pendant lesquelles je n’avais suivi l’activité des formations musicales de Radio France que par l’intermédiaire de France Musique, j’avais souhaité retrouver l’Orchestre national de France et le Choeur de Radio France en concert, en vrai ! C’était hier au Théâtre des Champs-Élysées.

Quel bien fou pour le moral que ce public nombreux se pressant avenue Montaigne, et cette salle comble pour un programme, il est vrai, exceptionnel : rien moins que le Requiem de Verdi dirigé par Daniele Gatti, l’ancien directeur musical du National (de 2008 à 2016) si injustement sali (Remugles) et heureusement depuis réhabilité.

(de gauche à droite, dans l’ordre inverse du concert pour les saluts de la fin : la basse Riccardo Zanellato, le ténor Michael Spyres, Daniele Gatti, Alessandro di Stefano masqué, qui a préparé le Choeur de Radio France, Marie-Nicole Lemieux, la soprano Eleonora Buratto)

En soi le concert est déjà un miracle : le Covid-19 et son trop fameux variant Omicron continue à faire des ravages notamment à l’opéra de Paris. Il aurait pu avoir des conséquences sur le Choeur de Radio France, qui continue de chanter masqué, mais le renfort des hommes du Choeur de l’armée française (dirigé par l’excellente Aurore Tilliac), a permis les répétitions et finalement la tenue du concert. On n’en a que plus admiré l’homogénéité, la précision et la puissance de ces forces chorales !

L’autre miracle, c’est celui que produit la direction de Daniele Gatti, qui se refuse aux effets spectaculaires, traite l’orchestre de Verdi comme je l’ai très rarement entendu – et Dieu sait si cuivres, bois et cordes de l’Orchestre national de France se couvrent de gloire. – fait de ce requiem une vibrante messe des morts et non un opéra. Ses quatre solistes sont à l’unisson de cette conception, au point d’être parfois chez les hommes un peu en retrait. Marie-Nicole Lemieux bouleverse, tandis que la soprano Eleonora Buratto se sort admirablement du Libera me final.

Longue, très longue ovation finale ! Un second concert est prévu demain samedi. Il est diffusé en direct sur France Musique.

D’autres requiems

J’ai déjà raconté ma rencontre – discographique -avec le Requiem de Verdi : Sacrés Mozart et Verdi. Mais jamais mes souvenirs de concert. Assez peu nombreux finalement.

D’abord à Genève, en juin 1988, Armin Jordan dirigeait l’Orchestre de la Suisse romande. Je ne me rappelle plus les détails du quatuor de solistes, sauf de Margaret Price, et pour une raison bien précise. Deux concerts étaient prévus, mais je n’ai jamais su le fin mot de l’histoire, la soprano galloise n’a chanté que le premier, le lendemain matin elle avait quitté son hôtel sans prévenir. Affolement du côté de l’OSR. Je crois que finalement elle fut remplacée pour la deuxième soirée par Rosalind Plowright, qui chantait alors au Grand Théâtre de Genève.

J’ai retrouvé un extrait de ce concert sur YouTube :

Puis, dix ans plus tard, c’est à la Salle Pleyel à Paris, que j’entends à nouveau le requiem de Verdi, pour ce qui restera l’un de mes très grands souvenirs de mélomane, une sorte de testament du grand Carlo-Maria Giulini. J’ai déjà raconté cet épisode dans l’article Julia Varady #80, où l’on peut entendre également un inoubliable Libera me capté par les micros de France Musique.

Puis en 2016 au Théâtre des Champs-Élysées, avec les mêmes forces qu’hier soir – Orchestre national, Choeur de Radio France), sous la direction de Jérémie Rhorer. Voici ce que j’en écrivais : Le classique c’est jeune, et ce qu’en avait écrit à l’époque Christophe Rizoud sur Forumopera : Ô certitudes.

Et tout récemment, je faisais, justement pour Forumopera, la critique d’un enregistrement miraculeux de 1981, Riccardo Muti dirigeant les forces de la Radio bavaroise : Le requiem bavarois de Muti.

Frédéric le grand

Il n’y a pas de hasard, juste les coïncidences du cœur.

Je reçois ce matin ce beau coffret, commandé il y a plusieurs semaines :

Et c’est ce mercredi que Frédéric Lodéon fête ses 70 ans, que France Musique lui a consacré une journée spéciale.

À mon tour de souhaiter un joyeux anniversaire à l’ami Frédéric !

Et de nous réjouir de retrouver enfin rassemblés ces formidables enregistrements du jeune Lodéon. Je pensais les avoir tous, j’en découvre que j’ignorais.

Le moment n’est plus à regretter que Frédéric ait lâché trop tôt son violoncelle, il est resté le musicien enthousiaste, le passeur de musique qui a donné envie à des millions d’auditeurs de France Inter puis de France Musique et de téléspectateurs sur France 3 et lors des Victoires de la musique classique. Tous ceux-là vont pouvoir maintenant découvrir ou redécouvrir l’archet vibrant, la chaleur du violoncelle de Frédéric Lodéon, le plus souvent entouré de ses amis ! Quelle bande magnifique, la si regrettée Daria Hovora, Pierre Amoyal, Augustin Dumay, Jean-Philippe Collard…

Et cerise sur le gâteau : c’est Frédéric Lodéon lui-même qui signe le texte du livret à la première personne. C’est évidemment passionnant d’abord parce qu’il décrit les coulisses de cette série d’enregistrements, le choix des répertoires et des partenaires, il présente ainsi chaque disque – on l’imagine le faisant à la radio ! –

Détails du coffret :

Strauss, R: Cello Sonata in F major, Op. 6

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Prokofiev: Cello Sonata in C major, Op. 119

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Haydn: Cello Concerto No. 2 in D major, Hob. VIIb:2 (Op. 101)

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Haydn: Cello Concerto No. 1 in C major, Hob. VIIb:1

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Mendelssohn: Cello Sonata No. 1 in B flat major, Op. 45

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Mendelssohn: Cello Sonata No. 2 in D major, Op. 58

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Boccherini: Cello Concerto No. 9 in B flat major, G482

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Boccherini: Cello Concerto No. 10 in D major, G483

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Mendelssohn: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 49

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)

Mendelssohn: Piano Trio No. 2 in C minor, Op. 66

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)

Schumann: Fantasiestücke, Op. 73

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Adagio and Allegro in A flat major, Op. 70

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Stücke im Volkston (5), Op. 102

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Träumerei (from Kinderszenen, Op. 15)

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Brahms: Clarinet Trio in A minor, Op. 114

  • Frédéric Lodéon (cello), Michel Portal (clarinet), Michel Dalberto (piano)

Fauré: Cello Sonata No. 1 in D minor, Op. 109

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Cello Sonata No. 2 in G minor, Op. 117

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Sicilienne, Op. 78

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Élégie in C minor, Op. 24

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Romance in A major for cello & piano, Op. 69

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Papillon, Op. 77

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Sérénade, Op. 98

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Piano Trio in D minor, Op. 120

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano), Augustin Dumay (violin)

Fauré: Piano Quartet No. 1 in C minor Op. 15

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano), Augustin Dumay (violin), Bruno Pasquier (viola)

Beethoven: Triple Concerto for Piano, Violin, and Cello in C major, Op. 56

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
  • Orchestre National de l‘Opéra de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Ravel: Piano Trio in A minor

  • Frédéric Lodéon (cello), Augustin Dumay (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Auric: Imaginées II

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Schumann: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 63

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Piano Trio No. 2 in F major, Op. 80

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Piano Trio No. 3 in G minor, Op. 110

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Fantasiestücke in A minor for Piano Trio, Op. 88

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Cello Concerto in A minor, Op. 129

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Nouvel Orchestre Philharmonique
  • Theodor Guschlbauer

Lalo: Cello Concerto in D minor

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Philharmonia Orchestra
  • Charles Dutoit

Caplet: Epiphanie

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Philharmonia Orchestra
  • Charles Dutoit

Indy: Concerto for Flute, Cello, Piano and Strings

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Pierre Rampal (flute), François-René Duchâble (piano)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Boccherini: Cello Concerto No. 3 in G major, G480

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre de Lausanne
  • Armin Jordan

Boccherini: Cello Concerto No. 2 in D major G479

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre de Lausanne
  • Armin Jordan

Chopin: Grand Duo for Cello and Piano (on themes from Meyerbeer’s Robert le Diable)

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Chopin: Cello Sonata in G minor, Op. 65

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Chopin: Introduction and Polonaise Brillante in C, Op. 3

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Schubert: Piano Trio No. 2 in E flat major, D929

  • Frédéric Lodéon (cello), Augustin Dumay (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Vivaldi: Cello Concerto in A minor, RV420

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in C major, RV 400

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in B minor, RV424

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in G major, RV413

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in C minor, RV401

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Schubert: Sonata in A minor ‘Arpeggione’, D821

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Shostakovich: Cello Sonata in D minor, Op. 40

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Tchaikovsky: Piano Trio in A minor, Op. 50 ‘In Memory of a Great Artist’

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Pascal Rogé (piano)

Saint-Saëns: Cello Concerto No. 1 in A minor, Op. 33

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Tchaikovsky: Variations on a Rococo Theme, Op. 33

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Fauré: Élégie in C minor, Op. 24

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Duport: Concerto for cello and orchestra No. 2

  • Frédéric Lodéon (cello), Ensemble Orchestral de Paris (chamber ensemble)
  • Jean-Pierre Wallez

Duport: Concerto for cello and orchestra No. 5

  • Frédéric Lodéon (cello), Ensemble Orchestral de Paris (chamber ensemble)
  • Jean-Pierre Wallez

Duport: Cello Duo No. 2 in D Minor

  • Frédéric Lodéon (cello), Xavier Gagnepain (cello)

Duport: Cello Duo No. 3 in G Major

  • Frédéric Lodéon (cello), Xavier Gagnepain (cello)

Schubert: Piano Trio No. 1 in B flat major, D898

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Schubert: Piano Trio movement in B flat major, D28

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Schubert: Notturno in E flat major for piano trio, D897 (Op. post.148)

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Les inattendus (V) : Armin Jordan et Schumann

Voilà déjà quinze ans qu’Armin Jordan (1932-2006) nous a quittés. C’était le 20 septembre, quatre mois après le dernier concert qu’il avait dirigé à Liège et un programme prémonitoire : Les Illuminations de Britten, et la 4ème symphonie de Mahler et son Lied final ‘La vie céleste », chantés par Sophie Karthäuser.

Warner a publié en 2016 un beau coffret reprenant la quasi-totalité des enregistrements de musique française du chef suisse (lire Etat de grâce), mais ce serait absurde de réduire la stature et la carrière d’Armin Jordan à celle d’un interprète privilégié des Français. On doute que Warner complète un jour ce premier coffret par un second où auraient toute leur place les Schubert, Schumann, Mahler (Jordan a quasiment gravé tout le cycle des symphonies), Zemlinsky, Dvorak (déjà évoqué cet été : Armin Jordan et Teresa Zylis-Gara), Mozart bien sûr, Haydn, Wagner, etc….

Dans la discographie abondante d’Armin Jordan, on cite rarement de magnifiques enregistrements des quatre symphonies de Schumann – captées dans la foulée d’une tournée en 1989 au cours de laquelle il avait dirigé la deuxième symphonie, ainsi que Le Paradis et la Péri.

Dans les symphonies, les amateurs d’aspérités et de coups de boutoir façon Currentzis comme les adeptes d’une vision hédoniste alla Muti seront déçus. Ceux qui aiment une authentique poésie d’orchestre, les humeurs changeantes d’un Schumann qui, contrairement à une mauvaise légende, sait écrire pour l’orchestre, ceux-là adoreront l’élan, la fluidité, la lumière des lectures du chef suisse.

Et puis – j’y reviens souvent – s’il y a UN disque qui devrait figurer dans toute discothèque, c’est bien l’enregistrement, pour moi jamais surpassé, de la Messe n°6 D 950 de Schubert. Comment ne pas être bouleversé par cet Incarnatus est, où la soprano – Audrey Michael – et les deux ténors – Aldo Baldin et Christoph Homberger se refusent à l’effet pour dire la simple prière d’un Schubert bientôt à l’agonie…

Michel Corboz (1934-2021)

Il faut bien s’y résigner, ceux qu’on aime ne sont pas immortels. J’avais fini par croire que lui échapperait à la règle. Michel Corboz est mort aujourd’hui à 87 ans.

J’ai tant aimé l’homme, le musicien, l’artiste, même si je n’ai jamais travaillé avec lui.

Cette image de décembre 1987, la première émission de Disques en lice (Une naissance) autour de l’Oratorio de Noël de Bach, et ma première rencontre avec Michel Corboz :

(à la Radio suisse romande à Genève, de gauche à droite, François Hudry, le producteur de l’émission, JPR, Chiara Banchini, Michel Corboz et Pierre Gorjat)

Si Armin Jordan a été mon père en musique, son compatriote a été, sans le savoir, mon parrain. J’ai tant appris de lui sur tout le répertoire qu’il a exploré, parfois défriché, de Monteverdi à Bach, jusqu’à Fauré, Mendelssohn ou Brahms.

Michel Corboz était un bloc d’exigence et de bonté, de ferveur radieuse. Lire le bel article que lui consacre la Radio Télévision Suisse : Michel Corboz s’en est allé

Je reviendrai sur une discographie aussi riche que diverse: voir Michel Corboz : une discographie . En témoigne ce Requiem de… Franz von Suppé, dont Michel Corboz avait gravé une lumineuse version à la tête des forces musicales de la fondation Gulbenkian de Lisbonne

Témoignages

Depuis cette réaction à la mort de Michel Corboz, nombreux sont celles et ceux qui ont témoigné de leur attachement à ce grand musicien. Je reproduis ici deux textes, bouleversants autant qu’éclairants, rendus publics sur Facebook, l’un de Jeanne Perrin qui a travaillé avec et auprès de Michel Corboz, l’autre du merveilleux Leonardo Garcia Alarcon. Tout y est dit.

Jeanne Perrin

Son amour des bons vins, ses insomnies, ses partitions, ses lunettes, ses chaises sans barreaux, ses réponses toute prêtes pour les interviews, son sourire de circonstance, son froncement de sourcil avec le Ah bon ?, son chapeau, ses restos à proximité de l’hôtel, sa place dans le car (premier tiers avant à tribord), ses chaussettes en fil d’Écosse, ses colères monumentales, ses baguettes de direction différentes selon les compositeurs (courte et trapue pour le Rossini, longue et brute pour le Schubert), sa mauvaise foi, son humour, sa manière de nous pétrir le bras, sa simplicité, sa manie de changer le plan de scène, ses migrations de piano à chaque concert qui nous font noter sur la fiche technique Mettez le piano où vous voulez, de toute façon ça n’ira pas, son sens helvétique du timing, sa force de devenir à lui tout seul le quatrième mur, son siège de contrebasse, son intérêt sincère pour la vie des gens, pour les gens, pour leur histoire, ses enfants, ses blagues grivoises qu’il raconte dans le car en tournée dans la Loire, sa manière de siffler le rythme qu’on distingue jusque sur le CD, ses bobos qui apparaissent quand il n’est plus occupé et qu’il a le temps de se regarder le nombril, ses bobos plus sérieux.Son sourire humble d’artiste très ému, celui qu’il affiche à l’occasion des saluts et quand il serre chaleureusement la main à quelqu’un qu’il ne remet pas du tout… Le seul mot qu’il connaisse en anglais (Begining !), qui oblige Sinfonia Varsovia à recommencer au début de l’œuvre alors qu’on aurait pu reprendre à la mesure 52 – mais 52, il ne sait pas dire…Ses maisons qu’il aime à Lausanne, Cevins et Lens et les trajets qui en résultent, sa manière de parler du dernier match de Federer 4 secondes avant d’entrer en scène, le rendez-vous chez Pablo après la répétition, ses phrases assassines (Votre la aigu était excellent, formidable ! Dommage qu’il vous serve de si bémol !), sa manière de s’adresser en allemand à toute personne qui ne parle pas français, son allemand de cantate et son italien d’opéra, sa manie d’être toujours en avance et de laisser entendre que les autres sont en retard, sa carrière, sa générosité, les amis restés en arrière, ses salutations par mail issues d’un autre siècle, toutes ces messes, sa discographie, sa filmographie et ses séances de dédicaces qu’il honore en traînant les pieds, sa Prius rouge, sa culture qu’il n’étale pas, ses petits-enfants, son salut par les œuvres, ses yeux devant le plateau des desserts du Baron Lefebvre, ses remèdes miracle découverts cette nuit sur internet. Tout ça et bien plus encore. Son panache.Tant d’églises, de cathédrales, d’abbatiales, de salles de concerts, tant de messes grandes et petites, de requiem, de cantiques… Tu l’auras bien gagné, ton paradis. Bon voyage.

Leonardo Garcia Alarcón

Michel Corboz, le Grand, vient de quitter ce monde. Il n’y a pas de mots pour dire exactement à quel point ce musicien hors pair a inspiré les voix et les instrumentistes qui ont travaillé avec lui.Son bras dialoguait avec d’autres mondes et ses mains donnaient corps et chair au silence, le transformant en Musique, une Musique qui naissait dans un lieu que lui seul fréquentait. Je n’oublierai jamais nos concerts de la Passion selon saint Matthieu au Teatro Colón de Buenos Aires le 4 août 2000 et dans la cathédrale de La Plata (ma ville natale) le 6 août 2000, miracles inégalés pour moi dans une salle de concert. Les solistes étaient tous argentins, Bernarda Fink, Adriana Fernández, Víctor Torres, Markus Fink et un évangéliste dont, hélas, je ne me rappelle pas du nom. Qu’il me pardonne.Juan Manuel Quintana a la viole de gambe ( Michel l’aimait tellement, avec raison) . Je dois faire une confession publique, c’est le jour pour ça. Michel Corboz m’a montré une voie, une voie de relation directe avec les sons, avec le « bel canto », avec la respiration et la dynamique. J’ai pu lui dire cela plus tard. En observant ce que j’obtenais grâce à sa direction, j’ai commencé à me méfier de trop d’intellect appliqué à la musique, du microcosme ornemental dont on peut habiller les grandes œuvres et de la recherche d’un esthétisme superficiel sans profondeur métaphysique.La foi de Corboz en la musique dépassait tout.Il est impossible de revenir en arrière après avoir vécu une expérience musicale avec cet artiste unique. Je pense qu’il faudrait inventer un vocabulaire pour définir la ligne vocale qu’il obtenait avec ses gestes et ses mouvements, à la fois plastiques et solides, aériens mais avec un densité spécifique.Il était sans doute un « médium » entre le Ciel et Terre, ou plutôt entre le monde extérieur et les profondeurs de nos âmes. Je ne pense pas exagérer dans ce que je dis, car tous ceux qui l’ont connu pensent, je le crois, comme moi. Un grand alchimiste nous a quittés.Nous nous sentons comblés par sa mémoire éternelle, mais orphelins de son charisme, de ce regard et de ce sourire indéfinissables qui contenaient toutes les émotions humaines et cachaient un mystère que je n’ai jamais pu dévoiler.J’ai eu le plaisir de partager une table avec lui à Buenos Aires. Tout ce qu’il a partagé sur Johann Sebastian Bach, la musique ancienne et la musique polyphonique en général, la Résurrection de l’Ercole Amante de Cavalli, le Vespro de Monteverdi, le Dixit de Haendel, ou même sa pratique des instruments anciens et son expérience avec eux, je pense qu’il mérite que je transcrive à mon tour. Je n’étais qu’un jeune musicien de 23 ans, mais je pense que je pouvais déjà me rendre compte de la grandeur de celui qui était en face de moi. Monsieur Corboz, merci de m’avoir guidé dans de nombreux choix artistiques de manière constante, comme cela a été le cas, je crois, pour tous les musiciens qui ont été irradiés par votre personnalité artistique. Haendel et Bach doivent se faire concurrence pour savoir quelle musique vous accueillera dans ce voyage.Merci Michel . Je vous remercie encore et encore

Lire aussi : Michel Corboz, une discographie

Julia Varady #80

Elle a fêté hier ses 80 ans, on lui doit tant de beaux souvenirs : tous nos voeux Julia Varady !

Il y a un an (Légendaires) je m’interrogeais : « qu’attend Orfeo pour regrouper la meilleure et la plus complète série d’enregistrements de la cantatrice roumaine ? ». Réponse, ce coffret à l’occasion de son anniversaire !

 

Quant à Deutsche Grammophon, pour qui Julia Varady a beaucoup, mais discrètement, enregistré, l’hommage tient en une compilation numérique…

La veuve de Dietrich Fischer-Dieskau, fabuleuse mozartienne sous la direction de Karl Böhm, la plus parfaite Rosalinde (La Chauve-souris de Johann Strauss) chez Carlos Kleiber, la soliste impériale de la version de référence de la Symphonie lyrique de Zemlinsky dirigée par Lorin Maazel, etc. ne mérite sans doute pas un coffret (?!) mais ce qui est disponible sur YouTube donne un aperçu éclairant de l’art de Julia Varady

Une rareté : La Juive d’Halévy

Souvenirs

J’ai déjà raconté ici (et sur de précédents blogs) les quelques souvenirs radieux que j’ai de Julia Varady en concert et sur scène.

Carnegie Hall : Je me rappelle à mon tour le concert que le même Armin Jordan, cette fois à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, avait donné en octobre 1989. Et ma propre émotion en découvrant, en répétition, puis en concert, l’acoustique unique, chaleureuse et précise, de la salle mythique. La soliste était Julia Varady, qui y faisait aussi ses débuts, avec les Vier letzte Lieder de Richard Strauss. Le lendemain, le critique du New York Times saluait la performance de la cantatrice, dont la voix lui semblait idéalement sertie dans l’écrin orchestral que Jordan lui avait dessiné. Julia n’avait pas du tout lu le papier dans ce sens. Catastrophée, elle se lamentait auprès du secrétaire général de l’orchestre, Ron Golan, et moi, attablés au petit déjeuner – « vous vous rendez compte, le public ne m’entendait pas, ma voix ne ressortait pas ! ». Nous lisions plutôt dans cet article un compliment. Une heure plus tard, je retrouve par hasard Julia Varady dans l’ascenseur de l’hôtel, tout sourire. Elle m’embrasse et me confie : « Je viens de parler à Dietrich (Fischer-Dieskau, son mari !), je lui ai lu l’article, il m’a dit exactement la même chose que vous et m’a félicitée ».

Nabucco : en 1995, pour l’inauguration du mandat d’Hugues Gall à la direction de l’Opéra de Paris, coup de maître et coup de génie : Julia Varady est une Abigaille de rêve, puissance et poésie réunies.

Monsaingeon

J’avais eu la chance, en 1998, d’assister à un récital privé de Julia Varady et Viktoria Postnikova, enregistré en vue du documentaire que Bruno Monsaingeon consacrait à la cantatrice.

Pleyel, 28 janvier 1998, Requiem de Verdi, Carlo-Maria Giulini

Et puis encore cette soirée mémorable à plus d’un titre : le dernier concert de Carlo-Maria Giulini à la tête de l’Orchestre de Paris, un Requiem de Verdi en état de grâce, et de nouveau, radieuse, Julia Varady.

Voici ce qu’en écrivait Alain Lompech dans Le Monde du 1er février 1998 : « Giulini ne bouge presque pas, ne souligne aucune phrase, ne singe pas l’émotion ; il est là, et cela suffit pour que les musiciens, les chanteurs, sublime Varady, inapprochable artiste, irréprochable chanteuse qui convertirait un mécréant, oublient leurs propres limites pour atteindre cette osmose, cette fluidité, cette évidence de l’expression qui se confondent avec l’oeuvre elle-même...Le Requiem s’achève comme il a commencé : dans le silence. Quand Giulini descend du podium, il est ailleurs, son visage de marbre met quelques secondes à s’animer. Il revient parmi nous pour être acclamé par une salle et un plateau à l’unisson. France-Musique a diffusé, en direct, le premier des trois concerts que le chef italien, né en 1914, aura dirigé Salle Pleyel » :

J’ai la chance d’avoir pu conserver une copie de cette captation :

Chère Julia, je vous envoie une immense brassée de pensées reconnaissantes et de voeux ardents. Votre voix « déchirée par des éclairs de lumière » n’est pas près de déserter nos mémoires.

Les chefs de l’été (IX) : Armin Jordan et Teresa Zylis-Gara

En apprenant le décès, à 91 ans, de la grande soprano polonaise Teresa Zylis-Gara, je me suis rappelé que mon cher Armin Jordan (1932-2006) avait réalisé avec elle deux enregistrements sortant, pour le moins, des sentiers battus.

D’abord Le roi Arthus de Chausson,

admirable version, datant de 1987, restée sans concurrence, où le chef suisse, à la tête d’une distribution presque exclusivement francophone – à l’exception des deux rôles principaux magnifiquement tenus par Teresa Zylis-Gara justement et Gösta Winbergh – donne un élan et une transparence toute française à une partition touffue qui ne peut renier son « wagnérisme ».

Moins attendu dans la discographie d’Armin Jordan, le Requiem de Dvořák, enregistré à peu près à la même époque avec les mêmes forces orchestrales et chorales, et de nouveau la présence lumineuse de Teresa Zylis-Gara :

Une très belle vision de l’oeuvre, plusieurs fois rééditée en CD, et tout récemment dans le coffret anthologie de Warner :

Dans cet extrait, Teresa Zylis Gara domine un quatuor de solistes par ailleurs excellent.

Pour rester dans l’hommage à Teresa Zylis-Gara, je ne peux omettre de mentionner une perle rare de ma discothèque, le plus beau disque des mélodies de Chopin :

Ce n’est qu’un au revoir

Philippe Jordan dirigeait hier soir, à l’Opéra Bastille, le dernier concert de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Paris, fonction qu’il exerçait depuis 2009.

Ce fut une soirée exceptionnelle à plus d’un titre.

D’abord pour des raisons personnelles. Je connais Philippe depuis ses 14 ans, quand il était venu assister à une répétition de son père, Armin, avec l’Orchestre de la Suisse romande à Genève. Grand adolescent timide. Quelques années après, son père me parle de l’été qu’il va passer à Aix-en-Provence (un Mozart je crois), et me rapporte ce dialogue avec son fils : « Que fais-tu cet été? – Je serai à Aix – Comment ça à Aix ? – Oui je serai chef de chant assistant pour Le Chevalier à la rose dirigé par Jeffrey Tate… » Armin de m’avouer bien sûr sa surprise – son fils ne lui avait rien dit – et sa fierté, Philippe avait tout juste 19 ans !.

Sitôt nommé à Liège, je vais inviter plusieurs jeunes chefs au début de leur carrière. Comme Philippe Jordan, 29 ans, en 2003. Et dejà une personnalité affirmée, un programme original : la sérénade pour vents K. 488 de Mozart, la sérénade pour ténor et cor de Britten (avec le ténor anglais Patrick Raftery et l’un des cors solo de l’OPRL, Nico de Marchi), et la Troisième symphonie de Schumann.

La carrière de Philippe Jordan va ensuite se développer à un tel rythme que je ne parviendrai plus à le réinviter à Liège.

L’autre raison personnelle tient au choix de la deuxième partie de ce concert exceptionnel : l’acte III de Parsifal de Wagner. J’ai un souvenir réellement inoubliable du Parsifal qu’y avait dirigé Armin Jordan en 1997 (dans une mise en scène de Graham Vick).

Les autres raisons de partager ce concert exceptionnel tiennent, bien entendu, au formidable engagement qui a été celui de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris. Le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, dans un discours qui aurait gagné à plus de spontanéité, Emilie Belaud* au nom de ses collègues musiciens, avec des mots justes et sincères, ont rappelé tout ce que le chef suisse, aujourd’hui « patron » de l’opéra de Vienne, a apporté à l’Opéra de Paris. Bilan impressionnant : 40 ouvrages différents – lyriques et symphoniques – dirigés en 12 ans, des formations musicales qui ont encore gagné en qualité, en homogénéité, une osmose évidente entre chef et musiciens.

Je suis malheureusement loin d’avoir pu suivre toute cette aventure parisienne. De ces dernières années, me reviennent les souvenirs du Prince Igor, d’un Don Carlos, de Benvenuto Cellini des Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie de Paris, de symphonies de Beethoven, pas les Wagner, ni Tétralogie, ni Tristan, à grand regret.

Mais il reste bien des témoignages filmés et enregistrés de ce mandat extraordinaire (voir plus bas)

Liszt et Parsifal

Pour cette soirée, non pas d’adieu, mais d’au-revoir (si l’on en croit les propos d’Alexander Neef et de Philippe Jordan lui-même), le chef avait choisi deux oeuvres emblématiques, qui lui permettait de faire jouer l’ensemble des musiciens de l’Opéra, les deux formations symphoniques, et un choeur d’hommes nécessairement restreint pour cause de Covid-19.

D’abord la Faust Symphonie de Liszt :

L’ouvrage est créé à Weimar le 5 février 1857, à l’occasion de l’ inauguration du monument dédié à Gœthe et Schiller

La Faust Symphonie est principalement écrite à Weimar au cours de l’été 1854. Encouragé par l’honneur que lui fit Berlioz en lui dédicaçant La Damnation de Faust, Liszt, termine la partition de la Faust-Symphonie, en trois mouvements (Faust, Marguerite, Méphistophéles)  en octobre 1854. Elle compte trois cents pages !

La version originale n’utilise que des vents, des cors et des cordes. Liszt révise sa partition en 1860 en adjoignant à la fin un Chorus Mysticus, dans lequel des extraits du Second Faust sont chantés par un chœur d’hommes et un ténor solo.

J’ai fait le compte dans ma discothèque, une douzaine de versions, et pas par de petites pointures.

D’où vient qu’hier soir, j’ai trouvé l’oeuvre longue, vraiment longue, et pas vraiment passionnante, malgré l’engagement du chef, les formidables qualités de l’orchestre et de ses solistes ?

Parsifal acte III

La seconde partie du concert ne va pas nous lâcher une seconde et va aviver encore les regrets de n’avoir pas entendu Philippe Jordan dans les Wagner qu’il a dirigés ici. Mention pour la très brève intervention d’Ève-Maud Hubeaux – qu’on avait laissée en Dame Ragonde dans le Comte Ory dirigé par Louis Langrée à l’Opéra Comique – et pour les formidables René Pape (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal) et le sublime Peter Mattei (Amfortas)

S’en est suivie une bonne demie heure d’applaudissements, de standing ovation, comme on ne se rappelle pas en avoir jamais connue à Paris. Mais le public comme les musiciens auraient pu chanter à l’adresse de Philippe Jordan : « Ce n’est qu’un au revoir… »!

Le legs de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris

*Emilie Belaud a été quelques (très belles) années premier violon solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, avant de rejoindre les rangs de l’orchestre de l’Opéra de Paris