C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre. Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national
La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.
Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.
Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National
Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.
Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante
A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés
On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.
Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !
Je l’annonçais dans mon billet du 3 avril dernier (Pavés de printemps). Dix ans après sa disparition, Warner poursuit la réédition des enregistrements réalisés jadis pour Teldec par Nikolaus Harnoncourt, avec cette fois la série souvent étonnante des captations amstellodamoises avec l’orchestre Royal du Concertgebouw
NIKOLAUS HARNONCOURT
ROYAL CONCERTGEBOUW ORCHESTRA
The Complete Teldec Recordings
42 CD
CD 1-7 MOZART / Symphonies 25 à 41
CD 8MOZART / Concerto 2 pianos (Gulda, Corea) / COREA Fantasy for 2 pianos / GULDA Ping Pong for 2 pianos
CD 9MOZART / Concertos 23 et 26 (Gulda)
CD 10-12 MOZART / Cost fan tutte (Margiono, Ziegler, Van der Walt, Cachemaille, Hampson)
CD 13-15 MOZART / Don Giovanni (Hampson, Gruberova, Alexander, Bonney, Blochwitz, Holl)
CD 16-18 MOZART / Les noces de Figaro (Hampson, Margiono, Bonney, Scharinger, Lang, Murray, Holl, Langridge)
CD 19 MOZART / Thamos roi d’Egypte (Thomaschke, Perry, Mühle)
CD 20 SALIERI / Prima la Musica, MOZART / Der Schauspieldirektor
CD 21-26 HAYDN / Symphonies 93-104 « Londoniennes »
CD 27-30 SCHUBERT / Symphonies + Ouvertures dans le style italien
CD 31 Johann STRAUSS / Valses et polkas
CD 32-33 Johann STRAUSS / La Chauve-Souris (Gruberova, Bonney, Hollweg, Protschka, Scharinger, Lipovsek, Kmentt)
CD 34-35 BRUCKNER / Symphonies 3 et 4
CD 36-37 BRAHMS / Concertos pour piano (Buchbinder)
CD 39-42 DVORAK / Symphonies 7,8,9, Concerto piano (Aimard), poèmes symphoniques (Le rouet d’or, l’Ondin, la sorcière de midi, la Colombe des bois)
Comme je l’avais remarqué pour la réédition précédente (avec l’Orchestre de chambre d’Europe), il est intéressant de réévaluer le legs de Nikolaus Harnoncourt. Surtout ici avec un orchestre solidement ancré dans ses traditions, cette sonorité si spécifique (et si bien enregistrée pendant des décennies par les micros de Philips.
Au fil du coffret, je me suis amusé à réécouter des éléments que je n’avais plus écoutés depuis longtemps, comme par exemple cette rencontre qu’on imaginait fébrile avec Friedrich Gulda… avec la surprise d’entendre un Mozart certes creusé, mais d’une sagesse inattendue.
De même, pour les deux symphonies de Bruckner gravées à Amsterdam, où domine l’impression que le souci du détail l’emporte sur l’élan, la plasticité du discours.
Quant aux deux concertos de Brahms avec Rudolf Buchbinder, qui n’avaient déjà pas été bien accueillis par la critique, ils sont, à distance, moins écoutables que jamais : le début et tout le premier mouvement du 1er concerto est une caricature. Plus lent, plus lourd, tu meurs !
En revanche, il vaut le coup de redécouvrir les symphonies et poèmes symphoniques de Dvořák qu’on n’attend pas sous la baguette d’Harnoncourt. Ne surtout pas s’aventurer à comparer aux traditionnelles références tchèques, mais écouter le traitement en profondeur de partitions dont le chef autrichien révèle des couleurs et des saveurs souvent cachées.
Le plus important en volume de ce coffret ce sont ces Mozart, symphonies et opéras, qu’Harnoncourt a souvent remis sur le métier. Et c’est probablement là qu’on retrouve ce qui a pu séduire en même temps qu’agacer dans l’art du chef. J’ai été alors plus souvent agacé que séduit (en raison de mauvaises expériences au concert). En réécoutant ce corpus, je suis assez bluffé par les trouvailles d’articulation, de phrasé, des tempi qui naguère surprenaient.
Mais dans Johann Strauss, il manque vraiment le charme et l’élan, le sourire, l’humour, le sens du théâtre, qui sont bien absents dans cette bien sérieuse Chauve-Souris
Un mot encore des symphonies de Schubert, où se concentrent tous les « excès » du chef, comme dans ce finale de la 6e symphonie déjà évoqué dans cet article : Une affaire de tempo
Et vraiment juste pour s’amuser: le même finale par Lorin Maazel dans une intégrale super speedy
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Je me la pose de nouveau ces jours-ci. J’ai accepté à la demande de George Pehlivanian (lire Apprentis chefs) de l’accompagner dans les séances parisiennes de pré-sélection du concours international de chefs d’orchestre (Pehlivanian Conducting Competition for talented conductors) qu’il organise l’automne prochain en Slovénie. Nous avons déjà fait une première série d’auditions vendredi dernier, à l’Ecole normale de Musique de Paris, nous les poursuivons mercredi prochain.
J’ai eu la chance – car c’en est une ! – d’être plusieurs fois juré de grands concours, dont deux fois, en 1992 et 1995, du Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon. Vendredi j’ai eu l’impression de revivre ces moments contrastés des épreuves « éliminatoires » – quel terme horrible quand on y pense ! -.
Je ne vais évidemment faire aucun commentaire sur les candidat(e)s que nous avons entendus, mais le constat s’impose aujourd’hui comme naguère. Il ne faut que quelques secondes pour savoir si celui ou celle qui se présente devant vous est ou n’est pas chef d’orchestre. On a, bien sûr, comme dans tout jury, une grille de lecture, de notation, d’appréciation des divers éléments qui constituent la prestation du candidat, mais il y a une évidence qui s’impose, une présence, un charisme, appelons cela comme on veut. Un constat aussi: on ne fait pas semblant d’être chef sauf devant son miroir !
J’assistais hier, dans ma commune, à un superbe concert de l’ensemble vocal de la Maîtrise de Paris dirigé par un authentique jeune chef, Pierre-Louis de Laporte, que j’ai pu filmer quelques secondes de face. (photos et brève video à voir ici). Chacun a une technique, une gestique, qui lui sont propres, mais d’évidence ici le chef sait ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et il obtient surtout le résultat musical qu’il souhaite. Et il a une qualité qui, étrangement, n’est pas partagée par tous – euphémisme ! – il regarde ses musiciens.
Pourquoi pas moi ?
C’est une question qui est souvent revenue, en général dans les discussions d’après-concert, quand des chefs que j’admirais, dont j’étais parfois devenu l’ami, me demandaient, mi-sérieux, mi-amusés, « pourquoi pas toi » ? Je ne dis pas qu’il ne m’est jamais arrivé de vouloir prendre la place de celui que je voyais s’agiter sur le podium. Une fois même, un chef belge – qui se reconnaîtra – connaissant mes affinités avec la musique viennoise, m’avait plus que suggéré, invité à diriger son ensemble orchestral. Etant en charge de la direction générale et artistique d’un orchestre professionnel, je m’étais toujours intérdit, si tant est que j’en aie eu l’opportunité ou le talent, de produire une quelconque prestation personnelle. Aujourd’hui il est trop tard, et je n’ai aucun regret de continuer à admirer les vrais, les grands chefs d’hier et d’aujourd’hui. Et pourquoi pas, de détecter grâce au Concours Pehlivanian, de futurs talents.
Les lecteurs de ce blog connaissent mes admirations. Il suffit de regarder/écouter ces quelques témoignages pour comprendre en quoi ces chefs d’orchestre sont géniaux, chacun à leur manière.
Je pourrais mettre ici les vidéos où Bernstein fait le spectacle, sachant qu’il est filmé (le finale de la symphonie n°88 de Haydn vu des milliers de fois sur YouTube par exemple).
Je préfère cet extrait d’un concert tout aussi mémorable de l’Orchestre national de France dans un répertoire où Bernstein se révèle tel qu’en lui-même, un musicien génial.
Herbert von Karajan a fait toute sa carrière filmée en fermant les yeux. C’était devenu une marque de fabrique, qui pouvait légitimement énerver même les plus fervents de ses admirateurs. Et à la fin de sa vie, souffrant le martyre, il se met à regarder ses musiciens, à les solliciter parfois d’un demi-sourire, comme dans cet extrait du seul concert de Nouvel an qu’il ait jamais dirigé à Vienne le 1er janvier 1987, il redevient simplement humain.
Je ne suis pas surpris que celui qui parle le mieux – en français – du rôle, de la fonction, de l’importance du chef d’orchestre, ce soit Louis Langrée dans cette interview d’une aveuglante clarté. Regardez-le, écoutez-le comparer ces grands chefs du passé pour qui nous avons de communes admirations, et parler de son métier, de son art.
À Cincinnati, comme à Liège naguère, Louis Langrée est le chef inspiré, captivant, qui nous révèle toujours les secrets de l’oeuvre qu’il dirige.
Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les bonheurs du moment.
Cela me rappelait les pubs de ma jeunesse pour des souscriptions de disques : Les plus belles pages de Beethoven, les plus belles symphonies, etc. Et ce n’était pas toujours de la mauvaise publicité. C’est ainsi que j’ai acquis mes premiers coffrets – je me rappelle en particulier un coffret rouge qui devait s’appeler « La magie du violon », où se trouvaient rien moins que les concertos de Beethoven (Oistrakh), Brahms et Paganini (Menuhin), Prokofiev (Milstein)…
Depuis ce beau concert, je me suis replongé dans ma discothèque en me demandant malicieusement ce que je proposerais comme « les plus beaux quatuors » si j’avais encore la responsabilité d’une programmation. Ou si je devais faire une recommandation… par exemple aux lecteurs de ce blog.
La première des recommandations serait de faire confiance à la jeune génération de quatuors, qui ne cesse de m’épater depuis la vingtaine d’années que je les suis et les écoute.
A commencer par ceux que j’ai eu la chance d’inviter – et souvent de découvrir – au Festival Radio France à Montpellier, comme les Tchalik, les Voce, les Hanson…
Le quatuor Hanson jouant Haydn c’est un souvenir très particulier du festival : en 2020 j’avais tenu à ce que le Festival soit maintenu, malgré les restrictions dues à la pandémie de COVID, dans un format et sous une forme très réduits. Le quatuor Hanson était de cette aventure, et je me rappelle comme si c’était hier ce quatuor de Haydn qui peinait à surmonter la chorale très bruyante des cigales du jardin de la Maison des relations internationales où se déroulaient nos concerts.
Il y a les aînés, les Modigliani, les Ebène qu’on suit et qu’on aime quasiment depuis leurs débuts.
Mais je n’oublie pas les géants du passé, avec lesquels j’ai découvert le genre même du quatuor, et pénétré peu à peu un univers si fabuleux.
Liste évidemment non limitative !
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Je sais qu’ils le savent, mais l’exercice de la critique n’est pas toujours le plus aisé qui soit pour qui, comme moi, a fréquenté, engagé, suivi, souvent apprécié des musiciens, des formations musicales, durant de longues années de vie professionnelle, et qui se retrouve à devoir parfois écrire des papiers…critiques sur ce qu’il a entendu.
Mais comme je l’expliquais à une amie, connue dans ma vie d’avant, j’essaie justement de m’en tenir à ce que je vois et entends, sans me payer de mots et de formules, et surtout, si je suis déçu ou insatisfait, j’essaie de comprendre, de ne pas blesser inutilement. Peut-être me trompé-je ? Si des lecteurs de ce blog et de cet article veulent me faire part de leur avis, qu’ils ne se privent pas d’ajouter un commentaire…
Ainsi les titres et le contenu des deux derniers concerts ou spectacles auxquels j’ai assisté traduisent bien mes sentiments :
Hyperion est l’un des Titans de la mythologie. C’est aussi un label britannique qui fait depuis des lustres un travail absolument exceptionnel notamment pour le répertoire concertant du piano romantique. Au fil des ans, j’avais acheté quelques-uns de ces albums, en particulier ceux de Stephen Hough, l’une des gloires du piano britannique, trop peu connu sur le Continent.
Et tout soudain paraît un coffret de 50 CD récapitulant 130 oeuvres, 59 compositeurs, 19 pianistes, 21 chefs d’orchestre et 14 orchestres.
Je dois bien avouer que j’ignorais jusqu’au nom de pas mal de compositeurs et d’interprètes. Il n’y a pas que des chefs-d’oeuvre, mais ce coffret (lire le détail des oeuvres et des interprètes ici : Hyperion) a l’énorme avantage sur des propositions précédemment parues d’être toujours d’une qualité exceptionnelle tant dans le choix des interprètes que de la présentation éditoriale. Qu’il puisse aider à mieux faire connaitre évidemment des oeuvres mais aussi des pianistes qui méritent mieux qu’une notoriété souvent circonscrite à la sphère britannique.
Et toujours mes humeurs du temps dans mes brèves de blog
On sait l’admiration que j’ai pour l’infatigable Cyrus Meher-Homji qui a l’art de dénicher les trésors des archives des labels Philips, Decca, Deutsche Grammophon et associés et de les rééditer dans sa collection Eloquence
J’ai parfois des doutes quant à la pertinence voire l’utilité de ces rééditions (lire Dispensables), mais le coffret qui vient de paraitre (que j’ai acheté beaucoup moins cher que le prix français sur un site danois) est une formidable surprise :
Qui, dans la jeune génération de mélomanes, connait encore ne serait-ce que les noms de János Ferencsik et de György Lehel ?
Je me souviens de la fièvre qui me gagnait quand il y avait encore des magasins de disques à Budapest où l’on pouvait rafler les pépites du label national Hungaroton, je me rappelle aussi quelques rares vinyles ou CD où les noms de ces deux chefs étaient moins rares qu’aujourd’hui.
Mais là, c’est le bonheur intégral, et le plaisir de retrouver ces prises de son du début ou du milieu des années 60 si caractéristiques des pays de l’Est, qui restituent l’acoustique des salles où les orchestres (et choeurs) ont été enregistrés, sans traficotage inutile, et surtout un son d’orchestre si reconnaissable !
Le chef en son pays
János Ferencsik a été le chef hongrois le plus éminent de la seconde partie du XXe siècle, en tout cas de ceux qui sont restés en Europe. Au-delà des répertoires « locaux » qui sont regroupés dans ce coffret, il a imposé sa marque dans le répertoire classique et romantique et connu une carrière internationale remarquée.
C’est par sa version qui n’a jamais quitté le catalogue que j’ai découvert les Gurre-Lieder de Schoenberg
C’est aussi mon premier disque Kodály avec les Danses de Galánta et les Danses de Marozzsék
György Lehel à redécouvrir
Quant à György Lehel, la relative brièveté de sa carrière – il est mort à 63 ans – l’a sans doute empêché d’avoir une carrière plus internationale et les quelques disques de lui distribués en Occident l’ont cantonné au répertoire hongrois. Alors que, de nouveau, en cherchant bien chez les disquaires, on pouvait trouver un éventail beaucoup plus large de son art.
C’est avec lui que le jeune Zoltan Kocsis grave les concertos 1 et 2 de Bartók !
Kodály par Kodály
Quelle joie de retrouver dans ce coffret cet incunable de Zoltán Kodály dirigeant lui-même en 1961 son bien peu connu Concerto pour orchestre et cet admirable Soir d’été !
Un indispensable, vraiment indispensable de toute discothèque !
Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog : les suites d’élections, un nouveau rôle, la mort de Jospin
C’est sans doute l’aventure discographique la plus extraordinaire du XXe siècle. Nul autre grand chef n’a voué une telle part de sa vie et de son activité à un seul compositeur comme ce fut le cas pour Antal Doráti avec Haydn.
Aujourd’hui reparaît un somptueux coffret, auquel on aurait pu/du ajouter – et c’eût été vraiment complet – les opéras de Haydn enregistrés à l’époque pour Philips à Lausanne. L’intégrale des symphonies a toujours été disponible, sous différentes présentations, les Menuets d’une part, les trois oratorios – La Création, Les Saisons, et Le retour de Tobie d’autre part, étaient plus ou moins disponibles séparément.
J’ai toujours partagé avec le chef américain d’origine hongroise une passion pour « papa Haydn » et, en particulier son corpus symphonique unique dans l’histoire de la musique.
Outre l’intégrale Dorati, j’ai, dans ma discothèque, celles d’Adam Fischer, d’Ernst Märzendorfer (dont j’ignorais l’existence jusqu’à une reparution récente), de Thomas Fey complétée par Johannes Klumpp, celle chez Decca qui réunit et mêle les gravures de Christopher Hogwood, Frans Brüggen et Ottavio Dantone (pour les symphonies 78 à 81)
Le finale fugué de cette 13e symphonie de Haydn (1763) en rappelle irrésistiblement un autre qui lui est postérieur de quinze ans, celui de l’ultime symphonie de Mozart, la Jupiter (1788) ! (lire mes brèves de blog)
Mais aucun de ces chefs n’a jamais égalé Antal Dorati qui a véritablement posé les jalons modernes de l’interprétation de ce corpus unique dans l’histoire de la musique. Il suffit de se promener dans ce coffret, voire de procéder à une écoute comparative à l’aveugle, c’est presque toujours Dorati qui l’emporte.
L’autre attraction de ce coffret, c’est la réunion des trois oratorios, jusqu’alors dispersés et parfois indisponibles séparément.
L’automne, c’est chaque année ce spectacle dans mon jardin et alentour.
J’y suis rarement sujet, mais je peux concevoir que cette période soit synonyme de déprime saisonnière pour beaucoup. Le soleil manque, la nuit tombe tôt, surtout depuis le passage à l’heure d’hiver.
Je me suis donc abstenu de revoir le film de Visconti, Mort à Venise (1971), dont on a reparlé ces derniers jours à l’occasion de la disparition de Björn Andrésen, l’inoubliable Tadzio qui fascinait le vieux Gustav von Aschenbach incarné par Dirk Bogarde. Je n’avais pas compris grand chose lorsque j’avais vu le film à sa sortie dans un cinéma de Poitiers, mais la révélation pour l’adolescent que j’étais comme pour beaucoup d’autres, avait été la musique de Mahler et ce disque opportunément publié par Deutsche Grammophon.
Je découvrais aussi par la même occasion le chef d’orchestre Rafael Kubelik, que j’aurais la chance de voir en concert quelques années plus tard diriger la Neuvième symphonie de Mahler à la tête de l’Orchestre de Paris dans l’horrible salle du Palais des Congrès porte Maillot.
Diva anti-diva
On sait l’affection, l’admiration que j’ai pour Véronique Gens, qui fut la formidable Maréchale d’un Chevalier à la rose que j’avais particulièrement aimé au théâtre des Champs-Elysées et chroniqué pour Bachtrack. Son nouveau disque ne pouvait manquer de titiller ma curiosité.
Comme on peut s’en douter avec une publication initiée par le Palazzetto Bru Zane, il y a plus de raretés, voire d’inédits, que de « tubes », et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce disque.
Un pianiste trop discret
Le moins qu’on puisse dire est que le pianiste d’origine russe, aujourd’hui installé à Londres, Evgueni Sudbin, n’encombre pas les salles de concert. On n’a pas même le souvenir de l’avoir déjà entendu en France. J’en suis donc réduit à collectionner ses disques. J’ai récemment profité d’un déstockage sur jpc.de pour acheter ces deux-là :
J’avais déjà dans ma discothèque ses Haydn et Scarlatti, liste non exhaustive !
En ce jour des morts, souvenons-nous des vivants trop tôt arrachés à la vie, comme notre si belle Jodie Devos (lire Jodie dans les étoiles). Alpha a la bonne idée d’un coffret hommage qui est une belle récapitulation des enthousiasmes et des audaces de la chanteuse disparue le 16 juin 2024.
Elle aussi avait gravé quelques raretés d’Offenbach, et avec quel panache !
Le juif Strauss*
Sur le bicentenaire de la naissance de Johann Strauss (1825-1899) je renvoie au bouquet d’articles que je lui ai consacrés le 25 octobre. J’ai souvent déploré le peu d’ouvrages sérieux en français sur la famille Strauss, m’en tenant à un ouvrage en anglais trouvé il y a quelques lustres chez Foyles à Londres – The Strauss Family – de Peter Kemp.
Et puis, en passant à la FNAC l’autre jour, je suis tombé sur le livre d’Hélène de Lauzun, que j’ai commencé à feuilleter avec un intérêt croissant. L’auteure, qui a déjà commis un ouvrage sur l’histoire de l’Autriche, évite les clichés, ne se hasarde à aucune analyse musicale, mais dresse un portrait passionnant d’un personnage infiniment plus complexe que l’apparence futile et légère que son nom évoque le plus souvent. : la vie de Johann Strauss est loin d’être un fleuve tranquille.
Quant au tropisme hongrois qui marque l »oeuvre de Johann et ses frères Josef et Eduard (cf. Le baron tzigane), il trouve peut-être ses racines dans les origines paternelles. L’arrière-grand-père des trois frères Strauss (donc le grand-père de Johann Strauss père) est un Juif hongrois, qui se convertit au catholicisme en s’installant à Vienne.
Et puis il y a ce film allemand dont j’ignorais l’existence – Johann Strauss, le roi sans couronne – qui n’est peut-être pas un chef-d’oeuvre mais qui peut se regarder, avec des acteurs inattendus, Mathieu Carrière dans le rôle d’Eduard Strauss, Philippe Nicaud en Offenbach, Mike Marshall en Eduard Hanslick jusqu’à Zsa-Zsa Gabor en baronne Amélie ! C’est aussi kitsch que la série des Sissi avec Romy Schneider, avec, dans le rôle de Johann Strauss, un bellâtre bien sûr irrésistible qui aurait tout de même dû être mieux coaché pour incarner un violoniste chef d’orchestre, Oliver Tobias.
J’aurais pu en faire un épisode de ma série La découverte de la musique. Ce fut l’un de mes premiers disques « baroques » :
Plus personne ne sait qui était Annie Jodry (1935-2016) ni son mari le chef d’orchestre Jean-Jacques Werner (1935-2017), plus personne ne sait qu’il y eut, en France, des pionniers qui firent tant pour la redécouverte et la diffusion d’un immense répertoire baroque et classique (Jean-François Paillard, Paul Kuentz…)
Stéphanie-Marie Degand signe une intégrale (la première française ?) des concertos pour violon de ce très grand compositeur – Jean-Marie Leclair -dont je ne comprends toujours pas qu’il soit resté si peu joué, enregistré, étudié.
Je connais la violoniste, de plus en plus souvent cheffe d’orchestre, depuis quelques lustres, depuis des séances mémorables à Liège où, de et avec son violon, elle enflamma autant l’Orchestre philharmonique royal de Liège que des publics de tous âges.
La flûte enchantée
J’ai manqué son concert à Paris mercredi dernier – mon camarade de Bachtrack est resté sous le charme ! – mais comme Radio France a eu la bonne idée d’en faire un artiste en résidence pendant cette saison, je saisirai d’autres occasions de le voir et l’écouter.
Je n’ose plus dire depuis quand je connais Emmanuel Pahud. En tout cas c’est un ami d’au moins trente ans !
Et ça m’a fait tout drôle que Warner lui consacre déjà une boîte de 14 CD comme on le fait d’ordinaire pour un artiste en fin de carrière ou décédé !
Eh oui ! Emmanuel a déjà 55 ans, mais il ferait aimer la flûte à la terre entière. Et il n’est pas près d’arrêter de jouer ni de tourner.
Emmanuel a ce quelque chose de rare qu’ont très peu d’artistes : quelle que soit l’oeuvre qu’il joue, où qu’il se produise, il capte instantanément l’attention du public, par son comportement, son rayonnement et bien sûr le son vraiment magique de sa flûte.
Un coffret passionnant à acquérir évidemment au plus vite : noter évidemment la variété du répertoire, et la place de la création contemporaine !
CD 1 Vivaldi Concertos (Tognetti/Australian Chamber Orchestra
CD 3-4 Bach Suite n°2 / CPE Bach, Benda, Frédéric II, Quantz concertos (Pinnock, Potsdam Akademie)
CD 5Devienne, Gianella, Glück, Pleyel, Hugot (Antonini, OC Bâle)
CD 6Devienne, Danzi, Pleyel Symph.concertantes (Leleux, OC Paris)
CD 7Mozart Concertos flûte, concerto flûte et harpe (M.P.Langlamet, Abbado, Berlin Phil.)
CD 8 Mozart Symph.concertante, M.Haydn, L.Hoffmann concertos (Schellenberger, Haydn Ensemble)
CD 9 Une nuit à l’opéra arrangements Verdi, Tchaikovski, Weber, Mozart, Bizet (Nezet-Seguin, Rotterdam)
CD 10 Hersant, Saint-Saëns, Chaminade, Poulenc, Fauré (Leleux, OC Paris)
CD 11Nielsen (Rattle, Berlin Phil.), Khatchaturian, Ibert concertos (Zinman, Tonhalle)
CD 12Penderecki, Reinecke, Busoni, Takemitsu (Repusic, radio Munich)
CD 13Dalbavie, Jarrell, Pintscher concertos/créations (Eötvös, Rophé, Pintscher / OP Radio France)
CD 14Gubaidulina Musique flûte (Rostropovitch, London Symphony), Desplat Pelléas et Mélisande (Desplat, Orchestre national de France)
La jeunesse de Mikhaïl P.
J’aurais pu le citer dans mon article Comment prononcer les noms de musiciens. Son nom s’écrit : Plet-nev, et se prononcer Plet-nioff. Mikhaïl Pletnev est d’abord un extraordinaire pianiste, avant d’être un personnage contesté, contestable. Et c’est ce que démontre ou rappelle ce coffret de 16 CD qui réunit pour la première fois les enregistrements de Mikhail Pletnev, réalisés dans les années 80 pour Virgin Classics, après sa victoire au Concours Tchaïkovski en 1978.
CD 1-2 Scarlatti Sonates
CD 3-4 Haydn sonates et concertos
CD 5-6 Mozart concertos 9,20,21,23,24 (Deutsche Kammerphilharmonie)
CD 7 Beethoven sonates 8,21,23
CD 8 Chopin sonate 2, scherzo 2, 4 nocturnes, barcarolle
CD 9Brahms sonates clarinette (Michael Collins)
CD 10Moussorgski Les tableaux d’une exposition, Tchaikovski/Pletnev La belle au bois dormant
CD 11-14Tchaikovski oeuvres pour piano, Concertos 1-3, Symphonie 6
CD 15 Scriabine Préludes
CD 16 Rachmannov Concerto piano 1, Rhapsodie Paganini (Fedosseiev, Philharmonia)
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’aucune des interprétations de Pletnev ne peut laisser indifférent, dans Scarlatti, comme dans Mozart ou Moussorgski…
Humeurs et bonheurs du jour à suivre sur mes brèves de blog !
Il est de ces jeunes chefs que les grandes phalanges symphoniques s’arrachent, mais il est loin d’être (encore) aussi médiatisé que ses trois collègues finlandais Klaus Mäkelä, Santtu-Matias Rouvali ou Tarmo Peltokoski. Il est russe, originaire de la région de Nijni-Novgorod, au confluent de la Volga et de l’Oka, et il est temps que je lui consacre tout un billet, après l’avoir ici et là mentionné et salué sur ce blog : Maxim Emelyanychev.
Maxim Emelyanychev je le connais d’abord par la rumeur – qui se répand vite dans le milieu professionnel quand on a le sentiment d’être tombé sur l’oiseau rare. Je crois bien que c’est à Toulouse que j’en ai entendu parler pour la première fois.
J’ai d’abord acheté ses premiers disques.
Ce qui m’a immédiatement frappé, en écoutant ses disques, en le regardant diriger, c’est l’absence totale de dogmatisme dans la manière d’aborder les oeuvres et les répertoires, c’est aussi et surtout l’humilité, la modestie de l’approche – il ne bombe pas le torse, ne cherche pas à épater la galerie, à prendre la pose – à la différence de tant de ses jeunes confrères. J’ai eu la chance, plus tard, de mieux le connaitre, de dîner avec lui. Comme avec un autre chef que j’adore – Santtu-Matias Rouvali – on a l’impression qu’il est en permanence branché sur le courant alternatif, non pas qu’il soit agité, mais traversé par une énergie irrésistible.
Ce qui frappe tout autant, c’est ce qu’on a remarqué jeudi soir avec l’Orchestre national de France, c’est l’éventail de ses curiosités, de ses répertoires, et cette capacité, assez unique dans le paysage musical, d’être aussi convaincant dans le baroque – c’est un formidable claveciniste et pianofortiste ! – que dans le grand répertoire romantique. Parce qu’il semble redécouvrir les oeuvres, sans posture ni excès.
À l’automne 2019, je m’étais rendu en Ecosse notamment pour rencontrer les responsables du Scottish Chamber Orchestra en prévision d’une édition 2021 du Festival Radio France que je souhaitais vouer à la musique anglaise. Finalement pour cause de pandémie, l’édition sera retardée à 2022, mais le Scottish Chamber et Maxim Emelyanychev sont bien venus à Montpellier clore une fabuleuse édition avec deux concerts, avec un soliste exceptionnel, Benjamin Grosvenor, qui avait joué deux concertos de Beethoven ! Je râle encore de l’absence des micros de France Musique…
La même joie contagieuse se retrouve dans son clavecin :
Emelyanychev a entrepris une intégrale des symphonies de Mozart. A en juger par les deux premiers volumes, on pourrait tenir là la grande version moderne de ce corpus.