La découverte de la musique (XI) : Haydn dans les Pyrénées

Je désespérais de retrouver un jour un disque qui a déclenché ma passion pour Haydn et mon admiration pour le chef d’orchestre Antal Dorati. Un disque offert par mes parents – pourquoi celui-ci en particulier ? – un 33 tours écouté pour la première fois dans les Pyrénées !

Mes parents avaient loué, pour la semaine de Noël de 1970, une petite maison, une ancienne bergerie, au lieu-dit Gripp, à quelques kilomètres de la station de La Mongie. Je me rappelle que le confort y était plus que spartiate, qu’un seul malheureux poêle à bois servait de chauffage, et que les toutes petites chambres étaient toujours glacées. Nous avions cependant emporté un électrophone, pour pouvoir écouter comme il se doit cantiques et chants de Noël.

Il y avait un terrain en pente, où nous pûmes nous livrer aux joies de la luge, et mon père essayer de tenir sur des skis…. C’était nos premières (et nos dernières) vacances à la neige.

Plus encore que la symphonie n°94 – qui sera trop associée dans ma mémoire ultérieure aux pitreries de Gerard Hoffnung La musique pour rire – j’ai immédiatement aimé cette majestueuse 103ème symphonie, ce début mystérieux venu des profondeurs de l’orchestre – je n’avais pas encore découvert, et pour cause, les roulements de timbales par lesquels Harnoncourt et quelques autres feront débuter l’oeuvre – cet andante aristocratique, ce menuet qui hésite entre la danse de cour et le Ländler paysan, et ce finale étourdissant.

Des années après, je me suis jeté sur la fameuse intégrale des symphonies réalisée par le même Antal Dorati avec la même Philharmonia Hungarica, espérant retrouver en CD ce vinyle disparu dans les différents déménagements familiaux ou personnels. Vu les dates d’enregistrement, ça ne collait pas.

J’ai espéré de nouveau lorsque Universal a réédité le fonds Mercury Living Presence en trois gros coffrets. Beaucoup de Dorati, un fabuleux trésor… mais nulle part ces symphonies de Haydn.

Et voici que la collection Eloquence réédite en quatre pleins CD les Mozart et les Haydn gravés par Dorati à la fin des années 50 :

Coffret commandé la semaine dernière en Angleterre (on recommande le site prestomusic.com 10 € moins cher que sur le continent !) et reçu ce matin ! Infinie reconnaissance à Cyrus Meher-Homji, infatigable défricheur et réhabilitateur du fonds de catalogue Decca/Philips/DG des années 50 et 60, âme de cette collection Eloquence Australie qui nous restitue ainsi d’inimaginables trésors dans des remasterisations respectueuses des splendides prises de son d’origine.

Il se dit que Wilma Cozart Fine (1927-2009) qui, avec son mari Robert C.Fine, avait dirigé le département classique de Mercury Records, et avait personnellement suivi la réédition en CD de cet héritage exceptionnel, n’avait pas voulu y inclure ces Mozart et Haydn, jugeant que ce n’était pas le répertoire dans lequel on attendait Dorati ! Voici ce qu’en dit aujourd’hui l’éditeur :

Antal Doráti’s complete Haydn and Mozart recordings for Mercury, predating his landmark collection of the Haydn cycle for Decca. In 1966 the Stereo Review critic made a prescient observation: ‘Doráti here establishes himself as a first-rate Haydn conductor.’ There is the passion of advocacy as well as the foundational principles of his Haydn performing style in these early recordings: ‘Only a few of his works were done and were always repeated,’ Doráti remarked in interview. ‘The reason for that, I think, is just human modesty. The taste of a public is modest; they are satisfied with little. But that is why we are here – to show them a wider horizon… Haydn began as a talent and ended up as a genius’. Unlike many of his colleagues, Doráti took pleasure in the process of recording, establishing a happy and concordant working relationship with the husband-and-wife Mercury team of Robert and Wilma Cozart Fine. One of the first fruits of that relationship was a pairing of Mozart’s 40th and Mendelssohn’s 4th symphonies, made in Minneapolis where Doráti was music director and released in 1953 (the ‘Italian’ has been reissued separately by Eloquence, coupled with Doráti’s Schumann and more Mendelssohn, 484 0506). There followed Eine kleine Nachtmusik coupled with the ‘Linz’ in 1956, and a stereo remake of the 40th in 1961. The rarity here is the ‘Mozartiana’ LP from 1967, gathering up the Overture to Lucio Silla with marches and dances, and never previously issued complete on CD. In the meanwhile, Doráti had embarked upon what would be the largest Haydn discography of any conductor with the ‘Farewell’ Symphony, from the same sessions as the stereo remake of Mozart’s 40th. He picked a judicious path through mostly named symphonies (‘Fire’, ‘Surprise’, ‘Military’, ‘Clock’ and ‘Drum Roll’) calculated to appeal to consumers hitherto hardly familiar with the extent of Haydn’s symphonic achievement, conducting the LSO, the Bath Festival Orchestra (‘Festival Chamber Orchestra’) and his own Philharmonia Hungarica. The fire and brilliance of these early recordings sometimes exceeds the later Decca remakes within Doráti’s complete cycle.

Détails de ce coffret :

CD 1 Mozart symphonie n°40 / Minneapolis Symphony (avril 1952)

Les noces de Figaro ouv / Une petite musique de nuit London Symphony (août 1965)

Lucio Silla ouv, Marches K 335, 249, 402, Danses allemandes 603 / Bath Festival (juin 1961)

CD 2 Mozart symphonies 36, 40 / London Symphony (1956, 1961)

Haydn symphonie 59 / Bath festival (août 1965)

CD 3 Haydn symphonies 45, 81 / Bath festival (1961, 1965)

Haydn symphonie 94 / Philharmonia Hungarica (juin 1958)

CD 4 Haydn symphonies 100, 101 / London Symphony (avril 1957)

Haydn symphonie 103 / Philharmonia Hungarica (juin 1958)

Les inattendus (II) : Barbirolli le Viennois

Il y a cinquante ans, le 29 juillet 1970, disparaissait John Barbirolli, né Giovanni Battista Barbirolli le 2 décembre 1899.

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J’ai toujours aimé ce chef anglais si original, singulier,  comme je l’écrivais le 21 juin dernier à l’occasion de la parution de l’imposant coffret que lui consacre WarnerSir John ou la musique en fête.

Dans les clichés les plus courants : chef anglais = musique anglaise ! Certes Barbirolli a bien servi sa musique natale, mais il a toujours refusé de se laisser enfermer dans cette « spécialité ».

Mais Vienne était sans doute son jardin secret, comme en témoigne cette étonnante captation de concert de la 36ème symphonie de Mozart avec les Wiener Philharmoniker.

Ou de trop rares enregistrements de symphonies de Haydn

Mais c’est avec la famille Strauss, Suppé, Lehar, que John Barbirolli se fait et nous fait plaisir, prenant tous les risques, toutes les libertés aussi, notamment lors de concerts publics comme cette soirée aux Prom’s

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Y a-t-il plus authentiques Légendes de la forêt viennoise ? 

Y a-t-il plus parfaite ouverture de La Chauve-Souris ? (Carlos Kleiber peut-être ?)

Jusqu’à ce que je réécoute cet Or et argent de Lehar, je tenais la version de Rudolf Kempe et de l’orchestre philharmonique de Vienne comme la référence de cette immense valse.

Et puis le chef anglais aimait bien, comme d’autres de ses collègues (Eugene Ormandy), arranger, tripatouiller diraient certains, certains des tubes de la dynastie Strauss. Témoin cette Annen-Polka, qui prend des proportions vraiment inattendues…

Les inattendus (I) : Berlioz / Kubelik

Pour sortir d’une actualité poisseuse (Les nouveaux ridicules) envie d’inaugurer une nouvelle série d’articles consacrés à des rencontres, des enregistrements, inattendus, surprenants.

Dans mon dernier article, j’évoquais un coffret acheté il y a quelques mois, que j’ai réécouté ce week-end :

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Plusieurs hommages discographiques importants avaient déjà été rendus à Rafael Kubelik (1914-1996) – lire Un chef en liberté -, Orfeo a rassemblé ici des enregistrements de concert, la plupart diffusés séparément. Peu de surprises, un répertoire où le chef tchèque est connu et reconnu – Brahms, Dvorak, Bartok, Janacek – des Mozart un peu sages, le cycle « Ma Patrie » de Smetana, dont il doit exister six ou sept versions par le seul Kubelik !

Et puis Berlioz que j’avais mis de côté, par lassitude, une oeuvre – la Symphonie fantastique – trop souvent entendue, trop rarement comme je l’attends, comme j’en imagine le romantisme exacerbé, mis de côté aussi parce que, bêtement, je ne voyais pas le rapport entre Berlioz et Kubelik ! Et là le choc : ce « live » de 1981, magnifiquement capté par les micros de la radio bavaroise, comme une redécouverte des cinq parties de cet « épisode de la vie d’un artiste », un romantisme frémissant, explorant tous les détails instrumentaux d’une partition qui n’en est pas avare, l’élégance d’Un bal, une Marche au supplice qui ne se confond pas avec une Cavalerie légère la maîtrise d’un récit qui vous tient en haleine de la première à la dernière note. Ce n’est ni Munch, ni Markevitch, ni les autres habituelles « références », c’est juste magnifique !

Demandez le programme !

Il y a une semaine j’annonçais une surpriseElle a eu lieu, comme l’a écrit Michèle Fizaine dans Le Midi Libre

« Samedi soir, le festival de Radio France ressuscite, après la mort de 165 concerts. Le matin, toutes les réservations sont parties en quelques minutes ! »

Une heure et quart de concert où l’Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigé par son jeune – et très talentueux – chef assistant, le Suédois Magnus Fryklund, a donné le meilleur de lui-même dans un programme adapté aux normes sanitaires. Pas de grand effectif, mais une très poétique Cinquième symphonie de Schubert, une Petite suite de Debussy dans l’orchestration si délicate d’Henri Büsser – qui a été pour beaucoup une découverte, ainsi que deux fanfares pour conclure : celle qui ouvre La Péri de Paul Dukas, et la Fanfare for the common man de Copland.

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Une semaine plus tard, nous y voilà : tout un week-end de musique « en vrai ». Les dernières autorisations sont arrivées… hier ! Mais j’expliquais, avant-hier, au micro de France Bleu Gard Lozère – à réécouter ici – que si j’avais attendu d’avoir toutes les permissions, nous n’aurions jamais imaginé le Festival Autrementces douze concerts du week-end qui vont permettre de renouer, au moins un peu, cet indispensable lien entre les musiciens et le public.

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Voilà le programme de ce week-end :

Samedi, sept concerts dans l’écrin des jardins de la Maison des Relations internationales de Montpellier

à 12h et 14h30 Made in Brass, le sextuor de cuivres de l’Orchestre national de Montpellier

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à 13h15 et 15h45 le jeune Quatuor Hanson jouant Mozart et Ravel

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à 17h et 18h15 un autre quatuor, de clarinettes, le bien nommé quatuor Anches Hantées

et à 19h30 les merveilleux Tromano

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Le samedi soir à 20h30 cap sur le parc départemental du château d’O, au nord de Montpellier. Première des deux soirées jazz de ce « Festival Autrement » avec le trio Barolo

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Suite du week-end le dimanche 19 dans les mêmes lieux – l’amphithéâtre des Micocouliers et le parvis du château d’O.

à 15h 30 Ingmar Lazar joue Haydn et Beethoven

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à 17h le violoncelliste Christian-Pierre La Marca et le pianiste Nathanaël Gouin, qui devaient initialement chacun jouer séparément, l’un à Fontfroide, l’autre à Toulouse, se retrouvent à Montpellier pour un somptueux programme.

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à 18h30 un improbable et excitant duo accordéon contrebasse avec les deux compères Félicien Brut et Edouard Macarez.

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Et pour finir sous les étoiles, un autre trio de jazz, à 20 h 30 autour de Paul Lay

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Il y aura forcément un goût de trop peu…

Tous ces concerts sont diffusés en direct sur La Radio du Festival !

Réservation obligatoire sur lefestival.eu

 

 

 

 

Retour à la vie

C’était l’événement, le premier concert dans le monde dans une salle de concert devant un vrai public – 600 personnes ! – depuis le début du confinement. Ce 25 juin, Michel Orier, le directeur de la Musique et de la Création de Radio France, a eu les mots justes : « 105 jours sans vous, c’est long, trop long », après qu’une puissante salve d’applaudissements a salué l’arrivée sur la scène de l’Auditorium de Radio France les musiciens de l’Orchestre National de France.

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Le temps retrouvé

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Un orchestre qui ne peut encore (mais bientôt ?) jouer en grande formation, notamment avec les vents et les cuivres, des pupitres de cordes donc très sollicités.

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Un programme admirable, idéalement conduit par François-Xavier RothPeu sont capables comme lui de passer d’une symphonie du plus original des fils Bach, Carl Philip Emanuel au Divertimento de Bartók

Je me rappelle toujours avec bonheur – même si l’aventure fut de courte durée – les programmes imaginés dans l’enthousiasme avec le chef français pour son concert inaugural de directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2009 : Haendel (Royal fireworks), Haydn (symphonie n°96) et Holst (Les Planètes) ! Pas moins !

Conjurer l’angoisse

Comme Daniele Gatti le 11 juin dernier avec la 2ème symphonie d’Honegger (1941), le programme d’hier soir reprenait deux oeuvres quasi-contemporaines, écrites en 1939-1940, à la demande du chef et mécène suisse Paul Sachercomme de Double concerto pour cordes, piano et timbales de Martinů.

Le compositeur explique la frénésie de ce concerto par la pesanteur des années précédant la Seconde Guerre mondiale : « J’ai voulu me dégager de cette oppression, me défendre par mon travail et lutter contre cette menace qui devrait tourmenter chaque artiste et chaque homme dans ses convictions les plus profondes »

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Cédric Tiberghien avait rejoint les cordes et le timbalier de l’Orchestre National de France. Et ce fut sans doute une découverte pour une majorité du public présent comme de celui qui suivait le concert sur France Musique et/ou sur ArteConcert.

Concert à réécouter/revoir dans son intégralité ici sur francemusique.fr

Le Divertimento de Bartók

C’est dans le chalet de son commanditaire, Paul Sacher, près de Saanen (en Suisse), que Bartókcompose du 1er au 17 août 1939, cette oeuvre au titre paradoxal, qui n’a vraiment rien d’un aimable divertissement qui exprime « l’angoisse de l’auteur confronté à la guerre qui menace ». L’oeuvre est créée le 11 juin 1940 par l’orchestre de chambre de Bâle. Deux mois plus tard le compositeur s’exile aux Etats-Unis où il mourra en 1945 au terme d’un véritable chemin de croix physique et moral.

Il se trouve que c’est l’oeuvre qui m’a fait découvrir et aimer Bartok, lors de l’un des rares concerts auxquels j’ai pu assister, adolescent, à Poitiers (La découverte de la musique)Et à la différence du Concerto pour orchestre ou de la Musique pour cordes, percussions et célesta, elle reste peu programmée au concert.

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C’est donc avec une intense émotion que j’ai entendu ce Divertimento hier soir. Une vision, une version d’anthologie, sous la houlette de la merveilleuse Sarah Nemtanu – qui chantait dans son arbre généalogique – et de François-Xavier Roth restituant idéalement douleur et nostalgie, effroi et espérance, d’une partition si profondément bouleversante

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Au disque, des chefs d’origine hongroise pourtant comme Ormandy ou Solti ont trop gommé les aspérités, les racines populaires du Divertimento. Boulez à Chicago est tellement dans la musique pure qu’il passe à côté de l’oeuvre.

Pour moi, il n’y a guère que deux références, Sandor Vegh (1912-1997) et Antal Dorati (1906-1987).

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Après le concert

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, on a retrouvé, après le concert, une adresse qu’on avait tellement aimée et qu’on avait vu lentement dépérir ces derniers mois – Chaumette rue Gros, rouverte il y a trois semaines sous un autre nom, mais avec le même décor, le même chef, cette cuisine joyeuse et goûteuse, ces vins aimables servis à la ficelle, comme dans la bonne tradition lyonnaise. Des serveurs virevoltant d’une table à l’autre, dans la bonne humeur et l’efficacité. On aura de nouveau plaisir à y revenir…

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Les filles du vent

L’écologie est à la mode… électorale : il n’est que de voir la situation dans une grande partie des villes françaises à la veille du second tour des élections municipales dimanche prochain. On saura le 28 juin au soir si le vert a le vent en poupe…

En musique on pourrait s’amuser – ça prendrait un temps certain ! – à distinguer les compositeurs écolo, tous ceux que la Nature inspira, sans qu’ils eussent même idée que cette sensibilité à leur environnement constituerait un jour un programme politique. Haydn, ses Saisons et sa Création, Beethoven et sa Pastorale, pour ne citer que les plus évidents…

L’excellent animateur de Table d’écoute, l’émission de critique de disques de la RTBF – à qui on souhaite au passage un bon anniversaire, un anniversaire qui compte dans une vie d’homme ! – a eu la bonne idée de programmer, le 14 juin dernier, une oeuvre aussi rare au concert qu’au disque, Les Eolides de César Franck. 

Onze ans – 1875 – avant l’unique Symphonie qui lui assurera une célébrité universelle, le compositeur né à Liège en 1822 (précision historique: la Belgique n’ayant été fondée qu’en 1830, le jeune César est né dans une province des Pays-Bas, dans une famille germanophone !) écrit son deuxième poème symphonique, Les Éolides, inspiré d’un poème éponyme (vraiment très mauvais) de Leconte de Lisle (à lire intégralement à la fin de cet article).

En une dizaine de minutes, César Franck semble tester ce qui fera la marque de sa symphonie, un seul thème cyclique, une mélodie chromatique ascendante, qui tourne sur elle-même, se nourrit de ses variations et renversements. Une oeuvre puissamment romantique. L’émission est à réécouter ICI.

Des six versions choisies par Camille de Rijck, écoutées à l’aveugle comme de bien entendu, j’ai été heureux que mes camarades et moi ayons choisi deux interprétations qui nous semblaient restituer l’essence de cette oeuvre, et parmi elles celle d’un orchestre pour qui Franck n’a aucun secret, l’orchestre de sa ville natale, l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Une phalange qui a gravé par trois fois « la » symphonie – des versions toujours citées en référence (L’or des Liégeois) – sous les baguettes successives de Pierre Bartholomée, Louis Langrée et Christian Arming. 

Malgré la brièveté de son mandat, François-Xavier Roth a eu le temps de graver deux disques magnifiques avec l’OPRL, dont ce disque tout Franck. Version voluptueuse, sensuelle, qui épouse le mouvement de ces filles d’Éole.

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L’autre version arrivée en tête est celle de Yan Pascal Tortelierfils du grand violoncelliste Paul Tortelierun chef français qui, comme 90 % de ses compatriotes, a fait toute sa carrière hors de France, essentiellement au Royaume-Uni (Ulster, BBC Philharmonic à Manchester, aujourd’hui directeur musical de l’orchestre symphonique…. d’Islande !

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Nous n’avons pas beaucoup aimé – c’est la loi du genre – les glorieux aînés, Ansermet, Cluytens, l’un et l’autre compassés, inutile d’insister.

En revanche, j’ai regretté l’absence – c’est toujours le reproche qu’encourt le producteur d’une telle émission ! – d’une version traversée d’un souffle (!!) prodigieux, superbement enregistrée avec et dans le Concertgebouw d’Amsterdam, par un chef hollandais que je tiens pour l’un des plus grands, Willem van Otterloo (1907-1978)

Une version qu’on peut retrouver dans un beau coffret emblématique de l’art de ce grand chef.

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Les Éolides (Leconte de Lisle)

Ô brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! Ô fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

Beethoven 250 (XII) : le quatuor Alban Berg

Quel magnifique cadeau que ce coffret, commandé il y a plusieurs semaines, reçu aujourd’hui : pas moins que l’intégrale des enregistrements réalisés d’abord pour Teldec, puis pour EMI – labels aujourd’hui réunis sous l’étiquette Warner – par le légendaire quatuor Alban Berg.

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Beethoven: deux intégrales

Beethoven est la super-star de ce coffret ! Jugez-en : trois intégrales des quatuors, deux en CD, la troisième en DVD ! Est-ce bien raisonnable ?

Günter Pichler, 80 ans en septembre, l’inamovible premier violon du quatuor fondé en 1971, qui a cessé son activité à l’été 2008, raconte l’origine de la première intégrale :

« Le Quatuor n’a pas encore dix ans, EMI nous propose d’enregistrer une intégrale des quatuors de Beethoven.  N’étant pas sûrs d’avoir la maturité nécessaire pour relever ce défi, nous demandons conseil à Norbert Brainin, du Quatuor AmadeusSa réponse : « Si vous attendez d’être suffisamment mûrs, vous ne le ferez jamais ». EMI veut boucler le projet en deux ans, nous insistons pour l’étaler sur cinq ans »

Cette première intégrale est bien réalisée de 1978 à 1983, et ne cessera plus d’être une référence maintes fois rééditée.

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Les Berg remettront l’ouvrage sur le métier à la fin des années 1980, pour une série captée en concert, en juin 1989, dans la salle Mozart du Konzerhaus de Vienne, série doublement restituée – en CD et en DVD – dans ce coffret.

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Mais l’intérêt de ce pavé est bien de nous restituer le legs d’un quatuor authentiquement viennois, qui, en toute logique, a servi Haydn, Mozart, Schubert, Brahms comme peu d’autres. Le livret reprend la notice que Jean-Michel Molkhou a consacré au Quatuor dans son récent ouvrage sur Les grands quatuors du XXème siècle paru chez Buchet-Chastel

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Une discographie où quelques contemporains trouvent leur place, mais dont sont curieusement absents Schoenberg (à la différence de Berg et Webern), Schumann, les derniers quatuors de Mendelssohn, une grande part de ceux de Haydn, et Chostakovitch –  mais Pichler avoue que, sans aucunement mépriser ce compositeur, les Berg ne se sentaient pas légitimes dans un répertoire où le Quatuor Borodine, par exemple, faisait référence.

Tous les détails de ce coffret ici Alban Berg complete recordings

Les frères Capuçon sont-ils détestables ?

Pardon pour le titre choc, mais il est à la (dé)mesure des milliers de « commentaires » que le violoniste savoyard Renaud Capuçon et son jeune frère Gautier, violoncelliste, suscitent sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Une amitié

Je connais Renaud depuis 1994 et une fête de la musique que France Musique avait organisée au et avec le Conservatoire de Paris alors dirigé par Marc-Olivier Dupin.

J’ai le souvenir d’un adolescent blond comme le Tadzio de Mort à Venise et d’un jeu très pur, presque timide. Il répétait seul pour une « balance son « un extrait d’une partita de Bach. Il avait tout juste 18 ans, personne ne le connaissait et il n’avait aucune galerie à épater. Je le reverrais quelques fois, reconnaissable à ses boucles blondes, dans les files d’attente au guichet de Pleyel, curieux d’entendre ses aînés.

Quand, nommé à Liège fin 1999, je commençai à concevoir les futures saisons de l’Orchestre philharmonique de Liège, j’eus vite l’idée d’y inviter de tout jeunes talents repérés pendant mes années à France Musique. C’est ainsi qu’en 2002 je fis faire leurs débuts en Belgique avec orchestre à Nicholas Angelich et à Renaud...et Gautier Capuçon !

Et que je fis, par la même occasion, la connaissance du petit frère, tout juste 20 ans.

Gautier ne m’en voudra pas de révéler, presque vingt ans plus tard, la teneur d’une discussion commencée en voiture, et poursuivie chez Léon de Bruxelles (l’authentique, l’original rue des Bouchers !) : le jeune violoncelliste était manifestement sous le coup d’un trouble amoureux. Nous eûmes une de ces conversations aussi improbables qu’essentielles où j’étais censé représenter la sagesse et l’expérience : comment sait-on qu’on est amoureux ? à quoi reconnaît-on l’amour et non un emportement passager ?

Dois-je préciser – oui, autant le faire une fois pour toutes ! – que je ne me suis jamais laissé imposer des artistes, des engagements, par qui que ce soit, depuis que j’organise des concerts ?

Après ce premier concert où les deux frères jouèrent naturellement le double concerto de Brahms (lire La complicité des frères amis) il y en eut d’autres où je les réinvitai séparément ou ensemble, toujours pour des programmes originaux (le double concerto pour violon et violoncelle de Thierry Escaich en mars 2006 avec l’Orchestre national de Lille, Gesungene Zeit de Wolfgang Rihm pour le premier concert de Christian Arming avec l’OPL en octobre 2006, le second concerto pour violoncelle de Chostakovitch…) ou la fête des 50 ans de l’orchestre en janvier 2011 (le concerto en do Majeur de Haydn pour Gautier).

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Et je me rappelle, plus récemment, un Renaud Capuçon créant le magnifique concerto de Pascal Dusapin en janvier 2015 à la Philharmonie de Paris, ou en mars 2016 à Genève donnant la première suisse de Mar’eh, le concerto pour violon de Matthias Pintscher.

img_2325(Renaud Capuçon et Matthias Pintscher)

En 2017, au Festival Radio France, j’avais demandé à Emmanuel Krivine qu’il intègre le concerto de Khatchaturian au programme qu’il devait diriger à la tête de l’Orchestre National de France. Renaud Capuçon, une fois encore, accepta, pour le festival, de jouer une oeuvre qu’il n’avait jamais abordée, comme il le reconnut en toute franchise au micro de France Musique:

« C’est la première fois que je joue ce concerto. Au départ, je comptais présenter le n°1 de Prokofiev mais j’ai accepté le challenge de travailler un nouveau concerto car il était totalement dans le thème de cette soirée appelée « Aux confins de l’Empire ». Je suis très heureux de le jouer car c’est une œuvre que je connaissais mal. Elle a beaucoup d’allure et elle va plaire au public. C’est très daté dans l’écriture quand on compare avec ce que pouvaient composer Schönberg, Stravinsky ou Berg à la même époque ou plus tôt. Ce concerto illustre extrêmement bien l’époque, la Russie des années 1940. On imagine très bien le cuirassé Potemkine par exemple. Concernant le répertoire russe en général, je suis évidemment beaucoup plus familier de Prokofiev, Chostakovitch ou Tchaïkovski. Ce qui est étrange, c’est que j’ai toujours tendance à me dire que la musique russe n’est pas vraiment faite pour moi alors que finalement j’ai toujours beaucoup de plaisir à la jouer »

dfil9bfxuaafrpg-large(Juillet 2017, Montpellier)

Omniprésence

Une fois établi que les deux frères ont un talent indiscutable, que ce sont d’authentiques artistes, de vrais musiciens – qui le contesterait ? – ce qu’on leur reproche finalement, c’est leur célébrité, leur présence dans les médias, ce qui est tout de même un comble ! 

Certes on peut être agacé du côté « musicien officiel » qu’endosse Renaud, notamment depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, et de l’image people qu’il projette inévitablement depuis qu’il a épousé la fille de l’ancien maire d’Aix-les-Bains, une autre Savoyarde, Laurence Ferrari.

 Certes on a pu avoir l’impression, pendant le confinement, que Renaud et Gautier Capuçon phagocytaient les réseaux sociaux par leurs prestations quotidiennes, fréquemment relayées par les journaux télévisés.

Certes, on a pu juger inutilement opportuniste la précipitation dont a fait preuve Gautier Capuçon lors de l’incendie de Notre Dame. Mais un autre avant lui n’avait jamais manqué une occasion de prendre part à l’Histoire (cf. Rostropovitch devant le mur de Berlin).

Certes je n’ai pas changé d’avis sur cette émission que je trouve indigne du service public (lire Est-ce ainsi qu’on aime la musique ?à laquelle Gautier prête son nom et son concours.

Mais est-ce bien à eux qu’il faut reprocher tout cela, plutôt qu’à des organisateurs, des producteurs, des journalistes dont l’inculture le dispute le plus souvent à l’absence d’imagination ? Bien sûr, ils pourraient dire non, refuser de se prêter à un jeu médiatique dont ils doivent bien tirer une certaine jouissance (qui résisterait aux sirènes de la gloire ?).

Leur omniprésence ne peut que susciter jalousie, envie, agacement. Mais l’aigreur que manifestent certains de leurs collègues, moins exposés aux feux de la célébrité, n’est pas plus respectable.

Une initiative malheureuse

Depuis 24 heures, c’est Gautier Capuçon qui concentre sur lui un feu nourri de critiques. Pour avoir proposé de faire cet été un tour de France, de jouer gratuitement – ou presque – dans les communes où on voudrait bien l’accueillir, moyennant une contribution aux frais engendrés par ces mini-concerts. 

Initiative qui semble généreuse, et rapportée comme telle par les médias, mais initiative malheureuse, je le dis sans détour à Gautier qui, je l’espère, entendra mes arguments.

Inutile de rappeler ici que toutes les manifestations artistiques de l’été ont dû être annulées au nom d’un principe de précaution, dont on s’apercevra peut-être qu’il a été appliqué avec un zèle excessif. Des milliers d’artistes, d’intermittents, de techniciens, sans parler de tous les métiers liés à la culture et au tourisme, ont été privés de travail, de perspectives, de projets. Et pour un très grand nombre d’entre eux, de ressources, de revenus.

Cher Gautier, s’il y a un espoir que peut-être on puisse rétablir certains concerts, dans certaines conditions, que les festivals annulés puissent proposer à leurs publics quelques événements en format réduit, le moins qu’on doive faire – et je suis sûr que tu en seras d’accord – c’est de permettre à tes camarades, à tes collègues, de jouer, de se produire en public, de reprendre un projet là où la crise sanitaire l’avait interrompu. Et de le faire dans les conditions normales de rémunération de leur travail, de leur prestation. Sûrement pas en accréditant l’idée que la musique classique c’est gratuit, en donnant l’illusion à des élus locaux qu’une tête d’affiche estivale peut remplacer une action culturelle au long cours. 

Le monde de la culture ne se relèvera pas indemne de la crise que nous venons de traverser. Il ne s’en sortira pas par quelque initiative individuelle, aussi généreuse soit-elle, il ne survivra à l’épreuve que par une solidarité collective, dont personne, inconnu ou célèbre, débutant ou confirmé, ne doit être exclu.  Avec ton talent, ta notoriété, tu peux être un héraut de cette reconquête.

 

 

 

L’orchestre venu du froid

#Confinement Jour 52

Alain Lompech confiné

Reçu hier un numéro de mai, de taille réduite, de Classica. 

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On a bien aimé, entre autres, la sorte de journal de confinement d’Alain Lompech, qui nous raconte ses revisites de sa discothèque, au hasard de ses humeurs vagabondes, sans  logique apparente. J’y reviendrai !

Je me suis complètement retrouvé dans ce récit. Le confinement a eu cette vertu de nous faire redécouvrir les livres, films, disques accumulés au fil des ans, régulièrement triés, rangés, alors que tous n’ont pas nécessairement bénéficié d’une lecture ou d’une écoute attentives. Les fameuses piles « à écouter », « à lire » qu’on remet toujours à plus tard… quand on aura le temps !

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Le jeu du confinement

Sur les réseaux sociaux, il n’est pas de jour qu’un de vos « amis » vous propose un « défi »… pour occuper le temps, distraire (?) les abonnés à ces réseaux. Je n’ai rien proposé de tel à personne, mais j’ai entamé une diffusion quotidienne… des symphonies de Haydn (107 !)

Ainsi aujourd’hui je propose la 33ème symphonie (1765) en do Majeur, dans l’interprétation d’Antal Dorati et du (de la ?) Philharmonia Hungarica

Je varie, selon les jours… et les vidéos disponibles sur YouTube, entre les interprétations de Christopher Hogwood, Derek Solomons, Adam Fischer, Ernst Maerzendorfer, Giovanni Antonini… et Antal Dorati. Je ferai bientôt un point plus complet sur la discographie des symphonies de Haydn.

L’orchestre de la Guerre froide

Je voudrais aujourd’hui raconter l’histoire singulière d’un orchestre apparu il y a 64 ans (1956) et disparu 45 ans plus tard en 2001, la Philharmonia Hungarica

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C’est cet orchestre qu’Antal Dorati avait choisi pour réaliser la monumentale entreprise de l’enregistrement des symphonies de Haydn, longtemps présentée comme la première intégrale au disque (en réalité un autre chef, Ernst Maerzendorfer l’avait précédé à Vienne au début des années 60, mais cette intégrale avait été peu et mal diffusée… jusqu’à ce qu’elle reparaisse en CD il y a quelques mois).

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La Philharmonia Hungarica est constituée, d’abord à Baden au sud de Vienne, de musiciens, essentiellement issus de l’orchestre philharmonique hongrois, qui ont fui Budapest et les sinistres événements de l’automne 1956.

C’est le tout jeune chef hongrois Zoltán Rozsnyai, 30 ans à l’époque, qui rassemble des musiciens exilés sous l’emblème de la Philharmonia Hungarica. Il obtient rapidement le soutien, le patronage, de puissants amis américains – on est au coeur de la Guerre froide – et surtout l’inestimable appui de son illustre aîné, qui a fui l’Europe nazie, est devenu citoyen américain en 1943, Antal Doráti.

C’est grâce à ce prestigieux parrainage que l’orchestre va pouvoir s’établir durablement, s’installant dans la petite ville de Marlen Allemagne de l’Ouest.

L’aventure de l’intégrale des symphonies de Haydn pour le label Decca va donner à cette formation née de la Guerre froide une aura internationale inestimable.

Cette phalange n’est sans doute pas la plus brillante, la plus homogène, la plus parfaite, et comme Dorati ne passait pas pour aimer les longues répétitions, on entend bien, à l’écoute de cette intégrale Haydn, que plus d’un enregistrement eût mérité quelques services de plus, et pourtant il y a dans ces disques de la Philharmonia Hungarica des saveurs, des couleurs, des sonorités si typiquement Mitteleuropa, si authentiquement hongroises. La liberté plus que la discipline, la chaleur – les cordes ! – plus que la barre de mesure.

Ce seront d’ailleurs des qualités qu’on retrouvera, à un moindre degré certes, dans l’intégrale d’Adam Fischer des symphonies de Haydn, avec un orchestre composé tout exprès de musiciens autrichiens et hongrois.

A part Dorati, peu d’autres chefs auront dirigé la Philharmonia Hungarica, en tout cas au disque.

C’est la politique qui avait indirectement donné naissance à cet orchestre, c’est la politique qui va le conduire à sa fin.

Soutenu par le gouvernement ouest-allemand même après la chute du Mur de Berlin en 1989 et la réunification de l’Allemagne, la Philharmonia Hungarica perd peu à peu les soutiens artistiques et financiers qui faisaient sa légitimité historique.

Le 22 avril 2001, l’orchestre donne son dernier concert à Düsseldorf, sous la direction de Robert Bachmann : avec l’ultime symphonie de Bruckner !.

Le vent de l’Histoire a tourné, la Guerre froide est terminée, le souvenir des sacrifices des Hongrois de 1956 a disparu de la mémoire collective.

Reste cette somme incomparable laissée par Antal Dorati et la Philharmonia Hungarica à la postérité.

 

Des nuances de noir et blanc

#Confinement Jour 45

Le flou continue

Rien de neuf depuis mon dernier billet Déconfinementle flou, l’incertitude, l’absence comme seules perspectives…

Dans Le Monde du week-end, un appel – peu de musiciens parmi les signataires – : Monsieur le Président, cet oubli de l’art et de la culture, réparez-le !Je le signe. Sans illusion.

Le violoncelle en deuil

Je ne les connaissais ni l’un ni l’autre autrement que par le disque. Mais la pluie d’hommages de leurs collègues, disciples, partenaires, dit assez la place que Lynn Harrell et Martin Lovett tenaient dans nos coeurs de mélomanes.

Le dernier survivant, le pilier du légendaire quatuor Amadeus, Martin Lovett, est mort hier à 93 ans.

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Mais nous n’aurons jamais fini d’écouter et réécouter Martin Lovett et ses compagnons.

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Ses amis en ont dit tellement de bien, sa figure est si sympathique, qu’on regrettera longtemps de ne pas avoir connu personnellement le violoncelliste américain Lynn Harrell disparu lundi dernier.

Deux témoignages émouvants de ce bel artiste : le premier lorsqu’à 16 ans, il est invité par Leonard Bernstein dans cette fantastique série de concerts – les Young People’s concerts – du New York Philharmonic, un extrait trop court du concerto pour violoncelle de Dvorak…

Et en 2012, à Santa Fe, une rencontre qui a durablement marqué la pianiste chinoise Yuja Wang, 25 ans à l’époque, et une leçon de style dans la sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov.

 

Embarras du choix dans l’abondante discographie de Lynn Harrell. Une tendresse pour ce double album des trios à cordes de Beethoven, et quels partenaires !

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Deux coffrets de piano

Le confinement laisse du temps pour redécouvrir les rayons d’une discothèque où sont rangés des disques qu’on a écoutés trop vite, ou parfois pas eu le temps d’approfondir. Alpha a eu la bonne idée de mettre en deux coffrets des enregistrements pourtant récents de son catalogue.

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Beaucoup de merveilles dans ce boîtier sorti il y a quelques mois ! On n’avait pas tout de suite compris ce que Schumann, Liszt, Chopin et même Schubert et Beethoven venaient faire dans une compilation intitulée Early Piano. Le titre s’applique évidemment aux instruments utilisés ici, superbement captés.

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Un autre coffret, tout récent, au titre plus banal, Les Maîtres du piano, nous propose un contenu qui, une fois n’est pas toujours coutume, correspond à l’annonce. 71iK3YxTdaL._SL1200_

Qu’on est heureux de retrouver François-Frédéric Guy dans Beethoven et Liszt, Eric Le Sage dans des Schumann plutôt rares, Edna Stern dans Bach, Nelson Goerner impérial dans Chopin et Debussy – des disques justement primés à leur parution – et ma chère Anna Vinnitskaia dans Brahms et surtout Chostakovitch et Rachmaninov. Et de découvrir une magnifique ultime sonate de Schubert sous les doigts d’Alexander Lonquich. Une aubaine.

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Un peu de douceur, de romantisme même, à la veille d’une fête du travail.. confinée :