A défaut d’échapper à la canicule qui envahit tout le pays, on pourra essayer de se rafraichir les idées, l’esprit ou le coeur, au choix, avec ces quelques musiques et/ou versions qui ont le mérite de l’originalité, sinon de l’inspiration, tirées de ma discothèque personnelle.
Feu d’artifice tiré de la prairie de Butry-sur-Oise le 20 juin 2026
Gabriel Dupont : Jour d’été
Extrait du tout dernier disque enregistré par notre cher et si regretté Patrick Davin
Glinka : Nuit d’été à Madrid
Honegger : Pastorale d’été
Par l’un de nos plus grands chefs français, Serge Baudo, auteur d’une magnifique intégrale des symphonies d’Honegger avec les si belles couleurs de la Philharmonie tchèque
Ambroise Thomas : Le songe d’une nuit d’été, extrait
Pour rendre hommage à notre si chère Jodie Devos, bien trop tôt disparue (lire Jodie dans les étoiles) cet extrait du Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas
Prokofiev : Nuit d’été
Cette « nuit d’été » est extraite de l’opéra de Prokofiev : Les fiançailles au couvent
J’ai vécu de 1981 à 1999 à Thonon-les-Bains, à 10 km d’Evian, où se tient actuellement le G7. Une précision d’emblée : la notoriété d’Evian, ne serait-ce que par son eau minérale, est sans commune mesure avec celle de Thonon, mais les visiteurs sont toujours surpris de la différence de population, près de 38.000 habitants pour Thonon, sous-préfecture de Haute-Savoie, et seulement 9200 pour Evian.
Politique
Entre 1981 et 1986, j’ai été l’assistant parlementaire du député de la circonscription, et très actif politiquement dans une région que je découvrais. En 1982, un jeune conseiller municipal ambitieux demande et obtient le soutien du député pour se faire élire conseiller général du canton, Marc Francina est élu, il deviendra plus tard député à son tour et maire d’Evian. En 1983, ce sont les élections municipales, le maire d’Evian d’alors, Henri Buet, paraît indéboulonnable. Dans les rangs de la section locale du CDS plusieurs jeunes talents nous ont rejoints, dont le chef d’entreprise Philippe Maire (de trois ans mon aîné, mais né comme moi un 26 décembre!) que rien ni personne n’arrête dans son ambition de conquérir la mairie d’Evian : il échouera à 16 voix près.
Rencontres Musicales
Dès le printemps 1982 je fréquente Evian et son festival de musique, les Rencontres musicales d’Evian, et ses divers avatars. Jusqu’à la construction de la Grange au Lac, les concerts ont lieu dans la salle du Casino au centre ville. Robert Lassalle,, le directeur, et le chef d’orchestre Serge Zehnacker, invitent généreusement. « Mon » député qui n’a aucun intérêt pour la musique me confie ses invitations, ce qui me vaut l’insigne privilège, mais surtout un grand moment de gêne, d’être cité par le journaliste Antoine Livio sur une liste de personnalités au premier rang desquelles figure la reine Marie-José d’Italie.
Durant ces premières années, j’entends pour la première fois les tout jeunes Paul Meyer, Marc Coppey, et beaucoup de jeunes orchestres étrangers.
Paul Meyer, 17 ans à l’époque, jouait la Rhapsodie pour clarinette de Debussy avec orchestre. Il sera l’un des premiers solistes que je ferai inviter à l’Orchestre de la Suisse romande quelques années après (il en résultera un très beau disque des concertos de Weber)
Marc Coppey, lui, tout fluet, encore auréolé de son prix au concours Bach de Leipzig, rejoint sur scène Maria-Joao Pires et Viktoria Mullova pour un trio de Beethoven (l’opus 1 n°1). Marc sera ensuite un fidèle compagnon d’aventures musicales à Liège puis Montpellier. En témoigne cet extrait du trio L’Archiduc capté à la Salle Philharmonique de Liège avec Tedi Papavrami au violon et Nelson Goerner au piano.
Et puis il y aura la période Rostropovitch – exit Zehnacker et son équipe, pas assez brillant pour le maître des lieux, Antoine Riboud, patron de Danone… et des eaux d’Evian. Beaucoup de concerts, de réussites diverses, et surtout beaucoup de mondanités, là même où se déroule actuellement le G 7, dans ce magnifique palace qui surplombe le lac Léman, l’hôtel Royal. Antoine Riboud invite largement le Gotha politique de droite et de gauche – on se rappelle y avoir croisé Robert et Elisabeth Badinter, Michel Rocard, Raymond Barre, des ministres, des « people » comme on ne dsait pas encore à l’époque. C’est ainsi que, lors de l’inauguration de la Grange au Lac, je me suis trouvé assis à côté de Claire Chazal et Patrick Poivre d’Arvor… Ce soir-là il avait beaucoup plu, et les chemins qui menaient de la nouvelle salle de concert à l’hôtel Royal n’étaient pas encore goudronnés. Toute la joyeuse foule en fut quitte pour se tremper les pieds et les jambes et je recueillis, pour la postérité, cette formule de Raymond Barre, rigolard, à un mètre derrière moi : « Ce n’est pas la grange au lac, mais la grange aux flaques! ».
Amusant de retrouver sur YouTube ce reportage de TV5 Monde, présenté par Jean-Baptiste Urbain, l’excellent matinalier actuel de France Musique !
D’autres souvenirs amusants me reviennent. Rostropovitch était connu pour ne pas dormir beaucoup la nuit et consommer plus que de coutume une petite eau (vodka en russe) qui n’était pas d’Evian. On le vit plusieurs années flanqué de l’épouse officielle Galina Vichnievskaia, et puis celle-ci disparut deux années de suite, remplacée par une célèbre violoniste – qui jouait beaucoup et merveilleusement bien -. Et puis Galina réapparut, délestée de ses rondeurs passées, liftée, relookée. Autre histoire qui déclencha de furieux fous rires dans cette assistance huppée : un Pierre et le Loup dirigé par Rostro dont le récitant n’était autre qu’Antoine Riboud ! Une authentique catastrophe, d’un comique aussi avéré qu’involontaire !
Je trouve sur YouTube cet extrait d’un documentaire réalisé en 1996 :
Dans mes fonctions successives à la Radio Suisse romande, puis à France-Musique, Evian fut toujours une étape obligée, parce que, au-delà de mondanités qui m’indiffèraient, il s’y produisait d’authentiques rencontres musicales entre générations de musiciens, venus du monde entier. Avec une place importante pour la création comme cette présence bouleversante d’Alfred Schnittke (lire La fête des mères)
Afters
J’ai aussi participé à beaucoup d’après-concerts dans les salons de l’hôtel Royal. C’est là que j’ai quasiment signé mon engagement à France Musique en mai 1993. C’est là que j’ai vu à une table voisine, Olivier Messiaen, déjà âgé, entouré par ses deux vestales, sa femme et sa belle-soeur, Yvonne et Jeanne Loriod, qui donnaient quasiment la becquée au compositeur. C’est là que j’ai encouragé Pierre Bouteiller à improviser sur un piano du bar.
En dehors du festival, je suis allé quelquefois dîner dans ce bel établissement, j’y ai emmené mes enfants profiter de la piscine.
Au milieu du dîner de ce samedi, la nouvelle me cueille : Felicity Lott est morte. Elle avait réussi (voir ma brève de blog du 12 mai) à nous faire croire qu’elle narguait le cancer dont elle disait elle-même à la BBC, il y a quelques jours, qu’il était en phase terminale mais qu’il ne fallait pas être triste et qu’elle se sentait bien.
« Felicity Lott c’est l’un des amours de ma vie professionnelle, de ma vie tout court », comme je l’écrivais le 12 mai dernier. Ce soir je pleure son départ, comme je le ferais d’un membre de ma famille.
De notre première rencontre en 1988 à ma dernière photo d’elle, en 2024 à l’Opéra Comique, il n’y a pas eu d’interruption dans l’admiration, dans le compagnonnage artistique, musical, de cette délicieuse et magnifique personne.
Il y a cent occurrences « Felicity Lott » sur ce blog.parce que, plus que d’autres, mieux que d’autres, elle a été cette artiste qui ne décevait jamais une amitié, ni une admiration.
Allez en vrac, parce qu’ils me reviennent entre les larmes, quelques souvenirs.
En septembre 2020, Louis Langrée remplace Armin Jordan, hospitalisé, à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, pour La voix humaine de Poulenc/Cocteau. C’est Felicity Lott qui l’interprète au Victoria Hall de Genève. Je resterai de longues minutes à la porte de sa loge à attendre qu’elle veuille bien ouvrir, elle est encore en larmes, celles qu’elle a versées sur la scène à la fin de ce monodrame qu’elle disait, chantait, comme s’il se fût agi de son propre drame.
En janvier 2002, elle vient à Liège pour un concert de Nouvel an (elle aurait dû faire l’ouverture de la saison 2001/2002 avec Louis Langrée mais nous a demandé de la « libérer » parce qu’elle devait enregistrer un Chevalier à la rose avec SInopoli à la même date, et puis Sinopoli est mort d’une crise cardiaque… Elle fait bien sûr sensation dans plusieurs airs d’opéras et d’opérettes (elle m’avouera qu’elle a repris l’air si érotique de Louise de Charpentier spécialement pour moi !). Elle me demande tout à trac sii elle pourrait trouver à Liège une robe assez chic pour la cérémonie de remise de la Légion d’honneur qui doit être faite à Londres quelques jours plus tard. Nous voilà partis dans les rues du centre de Liège, où je ne connais évidemment aucune boutique de mode féminine. Felicity avise une devanture assez intéressante, entre dans la boutique. La propriétaire finit par la reconnaître; Felicity essaie devant moi deux ou trois robes. Elle en retiendra deux et laissera à Liège un radieux souvenir !
Et puis il y eut le Châtelet avec ses inénarrables Belle Hélène et Grande Duchesse de Gérolstein, et ses récitals à Compiègne, à l’Opéra Comique, à l’Athénée…
Et puis il y eut un Rosenkavalier au Châtelet dirigé par Armin Jordan, et tous ces disques qui illuminent ma discothèque, où personne mieux qu’elle ne dit la poésie française mise en musique. Et ces Illuminations de Britten où elle n’a aucune rivale. Et ce concert de Nouvel an 1994 où, grippée, mal fichue, elle réussit la performance de nous enchanter, et même d’en garder le souvenir sur un disque.
Et encore ces Lieder de Richard Strauss enregistrés avec Neeme Järvi.
Serons-nous consolés de la revoir encore et encore en Maréchale dans cette version légendaire ?
Troisième volet de notre série consacrée à Benjamin Britten, disparu il y a cinquante ans (le 4 décembre 1976), le plus grand compositeur britannique du XXe siècle et encore si méconnu de ce côté du Channel.
Dans ses Illuminations, ce cycle de mélodies admirable sur des poèmes de Rimbaud (lire Britten l’illumination I), il n’utilise qu’un orchestre à cordes. Il fait de même dans la Sérénade (pour ténor avec cor solo).
Britten a laissé quelques chefs-d’oeuvre pour cette formation.Et il en est souvent le meilleur interprète !
Oeuvre d’un jeune homme de 20 ans, cette partition dit tout de la personnalité si singulièrement britannique de son auteur, ne serait-ce que dans les titres de ses quatre mouvements :
L’oeuvre est plus longue, plus ambitieuse et aussi plus difficile (pour les interprètes). Je me rappelle une formidable version/vision en concert de Paul Daniel avec l’Orchestre philharmonique de Liège le 27 novembre 2008. Ici, de nouveau, la version de référence est celle du compositeur.
Prélude et fugue (1943)
Pour célébrer les dix ans du Boyd Neel Orchestra, qui a tant fait pour la création contemporaine, Britten lui dédie une pièce plus brève que les Variations Bridge, avec un prélude et une fugue divisée entre 18 cordes !
En 1950, Britten dédie au grand altiste William Primrose une oeuvre pour alto et piano inspirée de John Dowland Lachrymae. Il en réalise une version pour alto et orchestre à cordes qui sera créée en 1976 lors du festival d’Aldeburgh par Cecil Aronowitz (et publiée après la mort de Britten en 1977)
Très belle version récente du très talentueux Timothy Ridout :
On reviendra dans un prochain épisode sur les oeuvres consacrées par Britten au quatuor et bien sûr au violoncelle de son ami Mstislav Rostropovitch.
Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et bonheurs du temps !
Longtemps après que le poète a disparu, on ne se remet toujours pas de son départ. Dans une semaine, cela fera quatre ans que Nicholas Angelich est mort au terme de mois de souffrance et de douleur. Il avait 52 ans et nous laisse inconsolables (lire Le piano était en noir et Sur les ailes du chant)
Lorsque j’ai appris, d’abord qu’elle préparait un ouvrage sur lui, puis que ce livre allait sortir ce printemps, j’ai été empli d’une infinie gratitude à l’égard de Nathalie Krafft, une amie de plus de trente ans. Elle présentait son ouvrage mercredi à la Philharmonie. Je n’ai malheureusement pas pu l’y rejoindre, en raison d’un « conflit d’agenda » comme on dit en Suisse, puisque je devais être au théâtre des Champs-Elysées pour un concert (dont je rendrai compte sur Bachtrack).
Je me suis donc précipité chez mon libraire.
L’ancienne rédactrice en chef du Monde de la Musique, auteure de plusieurs ouvrages remarqués (lire Aimer Sibelius) le reconnaît à demi-mot dans ses quelques mots d’introduction. Parviendrait-elle à écrire avec la bonne distance critique sur quelqu’un qu’elle a tant aimé, entouré, secouru, aidé ? Aucune inquiétude à avoir Nathalie ! Tu as écrit l’une des plus admirables biographies que j’aie jamais lues sur un musicien, l’une des plus sensibles et pudiques à la fois, parce que nous sommes quelques-uns à savoir combien avec quelques proches tu étais devenue la vraie famille de Nicholas.
Je n’ai pas encore terminé la lecture de ce livre. C’est parfois un trop plein d’émotion qui surgit au détour d’une page, l’envie d’écouter, de réécouter Nicholas. Alors on repose l’ouvrage, on se nourrit de tous ces détails magnifiques sur l’enfance du pianiste né à Cincinnati, qui a vécu le plus clair de sa vie à Paris et qui pourtant n’a jamais été naturalisé français, sur ses formidables parents, les racines d’un art unique.
Je reproduis ici ce qu’on appelle « la présentation de l’éditeur »
« Devant un piano, Nicholas Angelich avait tout. Héritier des traditions musicales serbe, russe, hongroise, slovaque, française, grâce à son père violoniste et à sa mère pianiste, il les avait assimilées jusqu’à les transmuer en un or qui n’était qu’à lui : un son irremplaçable, une puissance titanesque doublée d’une douceur confondante, une virtuosité combinée à l’inspiration d’un poète. Il fait ses premières gammes aux Etats-Unis où il est né, et donne son premier concert à sept ans. A treize, il part en France, à Paris, où de bonnes fées se penchent sur son destin : Aldo Ciccolini, Yvonne Loriod, Michel Béroff. De là, il mène une carrière de soliste brillante et réfléchie. Cette première biographie de Nathalie Krafft dresse le portrait en clair-obscur de cet artiste absolu, mort en 2022 à l’âge de cinquante et un ans.«
Mais ce bouquin est indispensable, nous est indispensable, bien sûr par la qualité d’écriture et les souvenirs qu’il convoque sous la plume de Nathalie Krafft, mais surtout parce qu’il nous raconte ce grand Nicholas que nous avons de si près connu et tant aimé. Sans vouloir divulgâcher la fin de l’ouvrage, Nathalie a rassemblé une sorte de petit dictionnaire du parler « Angelich », à la fois désopilant et si touchant.
Elle cite l’un des souvenirs les plus forts que j’ai de la présence de Nicholas Angelich sur une scène. C’était en octobre 2010, quelques mois avant la disparition d’une autre inégalable amie, Brigitte Engerer. Je n’ai plus jamais entendu La Valse de Ravel jouée avec le feu qu’y mettaient ce jour-là Nicholas et Brigitte.
« Ce matin, je n’ai pas de mots, je ne veux pas mettre de mots, sur la disparition prématurée autant que redoutée de Nicholas Angelich. Tant de ses collègues, de journalistes, auront dit en quoi il était, il est, unique, immense, magnifique.
Je suis dévasté parce que, de tous les musiciens qu’il m’a été donné de croiser, de rencontrer, Nicholas était comme le frère que je n’ai pas eu, doté de toutes les qualités que j’admire chez un artiste et chez un être humain. Les larmes me viennent en même temps qu’affluent tant de souvenirs.
Nicholas est sans doute – je n’ai pas fait de comptabilité macabre – le pianiste que j’ai le plus invité lorsque j’étais à Liège, le plus écouté en concert. J’avais enfin trouvé une date en juillet 2021 pour l’inviter au Festival Radio France à Montpellier, et son agent avait dû annuler parce que Nicholas était malade. Je savais que, malheureusement, ce n’était pas une maladie « diplomatique »…
En vrac, quelques images.
Une première rencontre à la fin des années 90, au café en face de l’Hôtel d’Albret dans le Marais, alors siège de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. France Musique avait investi la cour de ce lieu magique au coeur de Paris pour une émission estivale en direct chaque jour. Arièle Butaux avait convié deux jeunes pianistes dont on commençait à parler : Jérôme Ducros.. et Nicholas Angelich. Ils avaient même improvisé un quatre mains. Je les avais invités l’un et l’autre à se désaltérer et les avais interrogés sur leurs projets de l’été : Jérôme avait déroulé un beau calendrier de concerts, tandis que Nicholas, grillant cigarette sur cigarette, annonçait, de son air lunaire, une seule date…
Quelques mois plus tard, je retrouverais étonnamment les deux mêmes pianistes à Deauville, dans le cadre d’un festival pascal voué à faire éclore les jeunes talents. Jérôme Ducros et un quatuor formé pour la circonstance jouaient le quintette « La Truite » de Schubert, et Nicholas Angelich aux côtés – si ma mémoire ne me fait pas défaut – d’Augustin Dumay et du tout jeune Renaud Capuçon, jouait dans les profondeurs du clavier la plus dense des versions que j’aie jamais entendues en concert… du Concert de Chausson.
Je découvre, bouleversé, cet extrait d’un concert de janvier 2019 à la Philharmonie…
Puis il y aura Liège, où dès 2001, je crois que j’aurai invité Nicholas Angelich chaque saison, en commençant par un 2ème concerto de Rachmaninov avec Alexandre Dmitriev, et puis surtout en chaque occasion importante, où il me semblait que la présence de ce musicien était aussi indispensable que l’est celle d’un frère, d’un cousin, lorsque la famille se rassemble.
Je ne puis, ce matin, reparler de toutes ces aventures, je vais tenter de rassembler mes souvenirs, pour les livrer par-delà le chagrin et le deuil.«
Je relis ce que j’écrivais il y a six ans après les élections municipales de 2020 : Troisième tour. C’était à propos de l’élection des maires de quelques villes qui me sont proches à un titre ou un autre. La conclusion de ce billet s’est avérée prémonitoire : ‘Emmanuel Macron l’a emporté en 2017 en prenant tout le monde par surprise. En 2022, il risque fort de lui manquer ce qui a toujours constitué le socle électoral des présidents de la Vème République, une base populaire, ancrée dans les territoires. »
On ne peut pas dire que j’ai couru après une carrière politique pour avoir des postes et des titres! Mais comme je l’expliquais jadis au Bourgmestre de Liège (depuis 2000), Willy Demeyer, avec qui j’aimais beaucoup échanger sur la politique, d’une certaine manière j’ai fait de la politique dans les postes à responsabilité qui m’ont été confiés dans le domaine culturel. Sans recourir aux grands mots, j’ai bien mis en oeuvre des principes, des idées, auxquels je crois de toutes mes forces depuis tout jeune, tant à la direction de France Musique, qu’à celle de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, puis plus récemment à la direction de la musique de Radio France et au Festival Radio France.
Mon village près d’Auvers
En m’installant il y a onze ans dans ce qui fut jusqu’en 1948 un hameau d’Auvers-sur-Oise – Butry-sur-Oise – je n’imaginais pas un instant reprendre du service dans un mandat municipal. Mais comme je l’ai raconté dans une brève de blog le 25 novembre dernier, je n’ai pas le souvenir d’une période de ma vie, depuis mes années de lycée, où je n’aie pas été d’une manière ou d’une autre impliqué dans l’action collective. Directement concerné par les problèmes survenus en février 2024 à Butry (Ce mur qui menaçait de s’effondrer), je ne pouvais pas rester spectateur. Depuis ce matin, dans mes nouvelles fonctions et attributions d’adjoint au Maire, je vais devoir m’atteler au sujet pour le moins épineux de la circulation dans le village. Un nouveau défi à relever…
Une belle toile d’Olga Rocher (Une rue de Butry) que j’ai eu la chance de rencontrer lors du dernier salon de peinture de Butry et qui est désormais accrochée dans la salle du Conseil municipal !
Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog !
Nul ne sait en dehors de la Belgique francophone ce qu’est un oiseau sans tête, je garde de mes années liégeoises un excellent souvenir de cette spécialité culinaire. C’est ce à quoi m’a fait penser un excellent article d’un journaliste français installé depuis des lustres au Québec, Christophe Huss dans le journal Le Devoir
Il évoque quatre grands orchestres américains – Cleveland, Boston, San Francisco, Los Angeles – qui se retrouvent, à court terme, sans chef titulaire.
À Cleveland, c’est Franz Welser-Moest qui part après un « règne » de plus de vingt ans dont on a du mal à percevoir les lignes de force ni l’héritage qu’il laissera.
A San Francisco, Esa-Pekka Salonen part après un quinquennat trop bref, au motif que sa programmation était trop audacieuse pour complaire aux généreux mécènes de l’orchestre…
A Los Angeles, c’est Dudamel qui jette l’éponge après seize ans d’un mandat qui a fait pas mal d’étincelles.
Quant à Boston, j’ai déjà évoqué le conflit entre l’administration et Andris Nelsons.
Quand on change d’avis
Je n’avais pas du tout aimé la première parution d’une intégrale des symphonies de Beethoven enregistrées « live »à Vienne par Simon Rattle. Prise de son étriquée, son d’orchestre qui ne reflétait en rien l’opulence des Wiener Philharmoniker. Et puis Warner a réédité le coffret, avec semble-t-il une vraie « remasterisation » et le rendu est cette fois d’une toute autre ampleur.
Le pianiste révélé
Je l’avoue, je n’ai pas encore cédé à l’attrait que le tout jeune pianiste russe, Alexandre Malofieiev (oui c’est bien ainsi qu’on prononce son nom, n’en déplaise à cette affreuse habitude de la transcription internationale) exerce sur une critique qui semble conquise d’avance (Alexandre Malofeev stupéfie la salle Gaveau). A défaut de l’avoir entendu en concert – mais cela ne saurait tarder ! – j’ai acheté le double album qu’il vient de sortir.
Programme admirable, qui nous change si heureusement de tous les disques inutiles de certaines stars du piano (ou du violoncelle)
C’est le privilège et l’avantage de l’âge que de pouvoir suivre, souvent avec admiration, le parcours de celles et ceux qu’on a connus, côtoyés, employés parfois, plus jeunes à l’orée de leur carrière. Certains semblent fixés à vie dans leur entreprise, preuve sans doute qu’ils s’y sentent heureux, épanouis dans leurs fonctions (je pense notamment à mes amis de Liège – Merci ! – Sabine qui était là à mon arrivée en octobre 1999, Silvia, Sophie, Séverine, Valérie, Elise, Robert, Laurent, Erwan, Eric, Pierre, Christophe que j’ai recrutés au début des années 2000), d’autres aiment, à moins qu’ils y soient obligés, emprunter des chemins plus sinueux. Je suis moi-même l’exemple d’une « carrière » professionnelle qui n’a rien de rectiligne, loin s’en faut, où les hasards combinés aux opportunités, et peut-être à un peu de chance, m’ont permis d’accéder à des responsabilités que je n’aurais jamais imaginées.
Dans le seul domaine culturel, a fortiori dans l’étroit microcosme de la musique dite classique, les postes sont rares et les nominations ne découlent pas toujours – doux euphémisme ! – de la qualité des prétendants. Mais tout récemment je me suis réjoui de l’arrivée de Frédéric Morando à la direction de l’Orchestre de chambre de Paris, ou de celle de Jean-Baptiste Henriat à celle de l’Orchestre national de Lille. Ce sont de vrais « pros », mordus de musique. J’ai connu Frédéric en travaillant avec l’orchestre de Pau, notamment pour le spectacle que j’avais commandé à Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Jeff Cohen, Roland Romanelli et Fayçal Karoui pour le festival Radio France 2018.
Février 1995
Deuxième épisode de mes « carnets secrets« , je notais le 6 février 1995 :
« La semaine écoulée fut parisienne, mondaine et musicale. Tautologie !
Lundi le luxe absolu dans un écrin trop âpre. La Philharmonie de Vienne, 8ème de Bruckner, Haitink, au TCE. J’avais le souvenir de Dohnanyi au Châtelet au printemps dernier, et d’un ennui profond, ce qui est le comble pour pareil chef-d’oeuvre, mais enfin on vit ce que certains savaient, que ce M. Dohnanyi est un piètre musicien. Tandis que Haitink ! Notre bonne critique musicale a longtemps accoutumé de le traiter par dessous la jambe. Eh bien on a vu, on a entendu. Un grand. Ce n’était pas un hasard si Pierre Boulez, rencontré à l’entrée, était venu voir son confrère, à peine plus jeune, diriger cette 8ème qu’il m’a dit vouloir enregistrer bientôt aussi avec Vienne. On se régale par avance.
Boulez d’ailleurs, c’était son tour le lendemain mardi. Bien sûr le Tout-Paris dans la salle, la chère et branlante Claude Pompidou. Sourires en tous sens, comment allez-vous ? Programme austère. Boulez s’amuse à déconcerter tous ces bons bourgeois qui lui mangent dans la main après l’avoir mis sur le saint siège de pape de la vie musicale française. Un splendide et acéré Chant du rossignol, ses Notations I-IV, extraordinaire feu d’artifice orchestral.
Mes voisins Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti convaincus. Françoise Giroud, devant moi, bien vieille mais vaillante, applaudissant de coeur (son Journal d’une Parisienne la révèle mélomane),
En deuxième partie, l’opus 6 de Webern, somptueuse épure, et le 1er de Bartok, Barenboim très bien quoique pas très puissant, mais une systématique agaçante.
Escapade à Cannes le mercredi pour le MIDEM. Quelques belles minutes au soleil à Nice, le temps d’une balade près du marché aux fleurs. Le MIDEM est conforme à sa réputation, business, peu de show. Le soir concert d’hommage à Maurice André. J’enrage d’avoir donné à Hervé Corre l’idée d’inviter les meilleurs « vents » actuels et de constater ce qu’il en a fait. Un défilé de patronage, quelques notes de concertos, à peine le temps d’apprécier la chance d’avoir dans la même soirée Emmanuel Pahud, Paul Meyer, Jean-Louis Capezzali,Michel Becquet, Justaffré, Audin, etc.
Jeudi, l’éblouissante Natalie Dessay donne quelque intérêt à Lakmé à l’Opéra-Comique, spectacle kitsch en diable, mais elle est fabuleuse.
Anderson et Alagna dans Lucia dimanche dernier à Bastille n’étaient pas mal non plus. Donizetti est vraiment planplan, Serban a surpris mais sa mise en scène n’a rien d’idiot, au contraire !
Je redoute la soirée de mardi des Victoires de la musique classique au Palais des Congrès. Il a fallu batailler avec France 3 pour imposer à Claude Fléouter une soirée pas trop déshonorante. Avec Jacques Chancel cela devrait aller. Mais on risque un mauvais remake de tristes 7 d’Or. » (@Jean-Pierre Rousseau, 6 février 1995)
Je reprends tels quels mes écrits d’il y a trente et un ans, jamais publiés ni montrés à qui que ce soit. J’en ai retiré quelques phrases à caractère personnel, mais je dois assumer ce que j’ai dit à propos de certains – « Dohnanyi est un piètre musicien » Diantre ! –
J’ai hésité avant de commander d’abord ce coffret qui couvre la période 1971-1979, puis le précédent – 1953-1969 -. Le prix fait réfléchir (puisque j’achète tous mes disques !) mais le travail éditorial et l’objet même sont remarquables.
Tout semble avoir été déjà dit, écrit sur le chef d’orchestre salzbourgeois : Karajan est né dans la ville natale de Mozart le 5 avril 1908 et mort dans sa maison d’Anif, à 8 km de Salzbourg le 16 juillet 1989. Ici même les occurrences ne manquent pas : lire Mon Karajan
Alors pourquoi revenir à Karajan et à ces captations de concert ? D’abord en raison de quelques raretés, pas toujours indispensables, mais surtout parce qu’une fois de plus le concert, le « live » révèlent l’artiste tel qu’en lui-même le studio, trop léché, trop poli – surtout à cette période-là – le corsètent.
>Webern pièces op 5 / Schumann symph 4 / Tchaikovski conc piano 1 – Mark Zeltser
CD 20 25/11/79
>Bach conc brandebourgeois 1 / Beethoven symph 3
*J’ai raconté le souvenir très particulier que j’ai gardé du concert que donnaient Karajan et ses Berliner à Lucerne, trois semaines avant ce concert, le 31 août 1974, avec au programme ce Pelleas de Schoenberg (L’été 74).
Les surprises d’un coffret
Les textes et les photos qui font une grande partie de la valeur de ce coffret – en allemand et en anglais seulement ! – dressent des portraits contrastés du chef, surtout lors de cette décennie 70 où la recherche du beau son va sembler l’emporter sur les considérations purement musicales. On sort en réalité des clichés, des postures, par le témoignage de musiciens, de preneurs de son, de collaborateurs qui n’étaient pas, n’ont jamais été de simples faire-valoir. Mais on admire ce qui a fait la légende Karajan – et que m’avait rapporté jadis l’un de ses rares « élèves », le chef allemand Günther Herbig, invité plusieurs fois à Liège – la fabrication, la construction d’une interprétation, avant même la recherche du son d’ensemble. Tous les documents – rares jusqu’à maintenant – qui montrent Karajan en répétition l’attestent.
On comparera donc avec intérêt les doublons qui figurent dans ce coffret (‘Le Sacre du printemps, la 5e de Bruckner, la 41e de Mozart), on ne s’attardera pas longtemps sur les rares « créations » – on imagine bien pourquoi Karajan dirige une oeuvre de Werner Thärichen, l’indéboulonnable timbalier et surtout délégué des musiciens des Berliner (!) – mais on relèvera un art consommé de la programmation. On a sans doute choisi les concerts les plus originaux pour ce coffret, mais on reste rêveur devant ce qui était proposé au public berlinois.
Il faut aussi relever que le système mis en place par Karajan et Berlin de contrôle absolu de tout ce qui était enregistré, produit, pour le concert et pour le disque, est encore très largement en vigueur aujourd’hui. On ne trouve quasiment pas trace sur internet, a fortiori sur YouTube, d’un « live » qui n’ait pas été formellement approuvé par la firme !
Exception avec ce Chant de la Terre, capté en janvier 1978 (cf. ci-dessus), avec Agnes Baltsa et Hermann Winkler :
Il est temps de regarder attentivement le numéro de janvier de Diapason qui remet en lumière le sujet pouvoir du chef d’orchestre.
Le regretté Georges Liébert (1943-2025) avait jadis consacré au sujet un ouvrage devenu un classique :
On ne sera pas surpris que ce soit l’excellent Christian Merlin, auteur d’un ouvrage de référence Au coeur de l’orchestre et d’émissions et podcasts sur France Musique, qui ait conçu ce dossier pour Diapason.
J’ai, sur ce blog, et même avant, souvent abordé le sujet du rôle, de la fonction, et finalement de l’image du chef d’orchestre (Suivez le chef).
Est-il encore ce personnage tout-puissant, ce dictateur en puissance, seul maître après Dieu des destinées de son orchestre ? Le titre de Diapason pourrait le laisser accroire : « Comment il a pris le pouvoir« .
Depuis cinquante ans, la donne a complètement changé. Les dernières stars de la baguette ont presque toutes disparu : Karajan, Solti, Bernstein, Svetlanov, Abbado, Haitink. Ceux qui restent de ces générations glorieuses, Blomstedt, Dutoit, Mehta, Muti, offrent encore le témoignage précieux de leur art.
Mais il faut se résoudre à ce que l’équation un chef-un orchestre qui a si longtemps prévalu, n’existe plus, que les identités fortes qui ont caractérisé les grands orchestres durant près d’un siècle sont, sinon en passe de disparaître, du moins considérablement réduites par le turn over qui prévaut désormais dans la très grande majorité des phalanges symphoniques. Et que penser de ces chefs qui font le grand écart entre des formations qui n’ont rien en commun (Andris Nelsons à Leipzig et Boston, bientôt Klaus Mäkeläà Chicago et Amsterdam), que dire de ces orchestres même prestigieux, dont on serait en peine de faire la liste des derniers directeurs musicaux ? Dans la seule ville de Munich, qui pourrait, de but en blanc, citer sans se tromper les chefs qui se sont succédé à la tête de l’orchestre de la radio bavaroise d’une part, de l’orchestre philharmonique de Munich (Münchner Philharmoniker) d’autre part ?
Quand aux voisins – les Münchner Philharmoniker – le turn over est plus visible, et parfois étonnant puisque Lorin Maazel, après un décennat à la Radio bavaroise, revient en 2012 chez l’autre orchestre, pour un mandat qui sera interrompu par le décès du chef le 13 juillet 2014. Depuis Sergiu Celibidache(1979-1996), ce ne sont pas pas moins de cinq chefs certes prestigieux qui se sont succédé sans qu’on comprenne bien la logique de ces nominations et qu’on mesure leur apport artistique : James Levine (1999-2004), Christian Thielemann (2004-2011), Lorin Maazel (2012-2014), Valery Gergiev (2015-2022, mandat interrompu par le limogeage du chef, à la suite de l’intervention de la Russie en Ukraine), Lahav Shani nommé en 2023 pour prendre ses fonctions à l’automne 2026.
Je ne reviens pas sur les processus de nomination des chefs (Le choix d’un chef) qui varient d’un orchestre à l’autre. Je n’évoque pas non plus – parce que je suis tenu au secret professionnel en raison de mes fonctions passées) la question qui ne devrait plus être passée sous silence, dans les pays où existe encore un service public de la culture, une politique culturelle publique : la rémunération des chefs d’orchestre. Aux Etats-Unis, la transparence est de mise, puisque ce sont des fondations de droit privé qui gèrent les grandes phalanges. En France, c’est secret d’Etat, et c’est souvent au petit bonheur la chance, en fonction de la pression des agents, des influences réelles ou supposées sur les décideurs.
A propos du « pouvoir » du chef, la réalité se niche souvent, presque toujours, dans les détails du contrat qui le lie à son orchestre, et c’est bien de là que naissent les problèmes en cours de mandat. J’ai déjà raconté ici les raisons de la brièveté du mandat de l’un des directeurs musicaux que j’avais engagés à Liège.
Quant à la nomination annoncée tout récemment par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef, celle de Semyon Bychkov, elle ne manque pas d’interroger, quand on sait que celui qui occupa la même fonction à l’Orchestre de Paris de 1989 à 1998, aura 75 ans en 2028 ! Contraste avec le « coup » qu’avait frappé Alexander Neef en annonçant l’arrivée de Gustavo Dudamel en 2021, qui démissionnera moins de deux ans plus tard !
Le Nouvel an de Yannick Nézet-Séguin
Dans l’avion de retour de Vienne le 1er janvier, je n’avais pas pu suivre le concert de Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin (Dudamel, lui, c’était en 2017, et il n’a pas été réinvité depuis…). J’avais lu quelques critiques assez méchantes, pas très tendres en tout cas. Alors j’ai commencé par écouter le concert, en m’attardant sur des oeuvres qui sont mes points de repère lorsque je veux juger d’un chef dans ce répertoire (ainsi les valses Roses du Sud et bien sûr Le beau Danube bleu) j’ai été plus qu’agréablement surpris. Il y a bien ici et là quelques coquetteries, mais stylistiquement c’est un sans faute.
Je peux comprendre que notre Québécois irrite, voire dérange, par l’exubérance de sa gestique, sa tenue, ses mimiques, et que certains en soient restés à cela pour critiquer sa prestation, mais le résultat est là. Et avec le recul 2026 me semble être un bon cru.
Et toujours humeurs et faits du jour dans mes brèves de blog