Entre le Bulgare d’hier et l’Ouzbek d’aujourd’hui

Se souvenir d’Alexis Weissenberg

Finalement je l’ai acheté ce coffret, ces 37 CD qui restituent l’intégralité des enregistrements du pianiste pour EMI, et même un disque de sonates de Haydn déjà paru dans un coffret RCA.

Pourtant la dernière prestation d’Alexis Weissenberg (1929-2012) à laquelle j’ai assisté en 1997 ou 1998 m’a laissé un souvenir terrible. C’était un concert organisé par une grande école parisienne avec je ne sais plus quel orchestre, c’était au Palais Garnier, et à force de pressions, France Musique avait été obligée de capter ce concert, dirigé par Yehudi Menuhin avec en soliste Alexis Weissenberg. Au programme figurait le concerto n°9 de Mozart, c’était mal parti le pianiste bousculait déjà le premier mouvement, mais le comble de la confusion fut atteint dans le rondeau final. Weissenberg avalait les notes et les traits à une telle vitesse qu’il était impossible pour Menuhin et l’orchestre de suivre le soliste. On eut donc ce résultat, digne d’un Tom and Jerry, avec un pianiste posant le dernier accord deux bonnes minutes avant l’orchestre. Nous étions plusieurs, assis dans la salle, à nous regarder effarés par un tel naufrage. Cela n’empêcha pas une salle d’invités d’applaudir à tout rompre…et les organisateurs de s’assurer que France Musique avait bien diffusé l’exploit en direct. Je leur expliquai que non ce n’était pas du direct et que pour la diffusion on aviserait ultérieurement….

Quelques années après, allant féliciter un pianiste qui venait de jouer au Théâtre des Champs-Elysées, je vis devant moi dans le couloir qui menait à sa loge, un très vieux monsieur tout voûté avançant à pas lents. Je mis un peu de temps à reconnaitre Alexis Weissenberg, qui était alors dans sa soxantaine. Ce n’est qu’après sa mort que j’apprendrai, comme le monde musical, l’un des secrets les mieux gardés, la maladie de Parkinson qui l’avait touché dès le début des années 80.

Mais Alexis Weissenberg je l’avais souvent vu à la télévision, merci le Grand Echiquier de Jacques Chancel (en particulier lors de cette soirée mémorable avec Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin (à voir sur ma chaîne YouTube). Et une première fois en récital à Poitiers. Je m’étais fait dédicacer son tout nouveau disque du 5e concerto de Beethoven dirigé par Karajan…

Je me rappelle des critiques sur ces concertos de Beethoven qui, étonnés par les bizarreries de la prise de son, se demandaient si le piano n’avait pas été enregistré séparément de l’orchestre, puis mixé pour le disque…

En réalité, Alexis Weissenberg est un artiste à part. Cette sorte d’objectivité, de droiture diront certains, dans l’approche des oeuvres, de Bach à Chopin, de Schumann à Ravel, surprend encore aujourd’hui ceux qui s’attachent à la qualité du son, ou à l’engagement du musicien dans l’oeuvre. Au moins ne risque-t-on pas la monotonie, même si on est plus d’une fois bousculé dans ses certitudes !

Une décennie après

Je me demandais l’autre soir à Liège où j’avais entendu pour la dernière fois le pianiste ouzbek Behzod Absudarimov.

Maintenant, grâce à ce blog, j’en retrouve la trace. C’était en 2015 dans le tout nouvel Auditorium de Radio France. Behzod faisait ses débuts parisiens dans le 3e concerto de Prokofiev.

« On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt « 

Dans le 1er concerto de Tchaikovski jeudi à Liège c’était, onze ans après, la même impression de « calme puissance » :

Intéressant de comparer ces deux visages du piano d’hier et d’aujourd’hui.

Cadeau

Plus personne aujourd’hui ne joue en concert la 2e symphonie de Borodine, ni ne l’enregistre plus. Dans la discographie de Carlos Kleiber, il y a cette archive prodigieuse de 1972.

Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog

Retour de Liège

Je n’aurais pas imaginé soirées plus contrastées que celles que j’ai vécues successivement mercredi à Paris et jeudi à Liège. Le 16 septembre c’était à l’Auditorium de Radio France l’Orchestre national de France dirigé par Gianandrea Noseda et en soliste, malheureusement pas Daniil Trifonov (critique à lire sur Bachtrack). Le 17 c’était à la Salle philharmonique le concert d’ouverture de saison de l’Orchestre philharmonique royal de Liège dirigé par son directeur musical Lionel Bringuier (lire Le choix d’un chef)

Un peu d’histoire

Quand j’ai été nommé à la direction générale de l’orchestre, le 1er octobre 1999 (lire Liège à l’unanimité), la grande salle du conservatoire, comme elle s’appelait depuis son inauguration en 1887 sur le boulevard Piercot, était en pleins travaux de rénovation/restauration. Les bureaux de l’orchestre étaient situés dans la rue Forgeur, parallèle, et l’orchestre donnait ses concerts dans l’église Saint Martin. J’eus donc pour première mission de veiller à la bonne fin des travaux, à l’aménagement des espaces de travail, pour le personnel, les musiciens, les équipes techniques (dans les premiers plans, on avait oublié beaucoup de monde…). Et le 8 septembre 2000 on rouvrit les portes de l’édifice, provoquant une ruée indescriptible des Liégeois, et une panne immédiate de tous les nouveaux ascenseurs ! Comme l’orchestre en devenait le seul et unique gestionnaire, on proposa de donner à la salle un nom qui s’imposait : Salle Philharmonique de Liège. Il ne fallut pas moins de vingt bonnes années pour que la nouvelle appellation entre dans les moeurs et supplante le « Conservatoire ».

Il fallut aussi se battre, au début avec trois ministères différents, pour que l’orchestre soit doté en conséquence de ses devoirs de gestion et d’entretien de cette salle qui continue à faire mon admiration et celle de nombre d’artistes qui s’y produisent et la choisissent pour leurs enregistrements. Pendant presque quinze ans, j’eus souvent le sentiment d’être bien seul à me coltiner avec les pouvoirs subsidiants, pour obtenir les financements nécessaires, signer des contrats-programmes à chaque fois en hausse. En discutant avec une partie de l’équipe avant-hier, j’ai constaté avec bonheur que l’OPRL est en excellente santé financière et culturelle. Il bénéficie depuis plusieurs années du système de tax Shelter que Didier Reynders, alors ministre des finances, avait instauré pour le cinéma au mitan des années 2000. Et de me rappeler un rendez-vous que j’avais pris avec le ministre liégeois dans ses vastes bureaux de la rue de la Loi à Bruxelles, pour lui suggérer d’élargir le système du tax Shelter au spectacle vivant, et évidemment en particulier à l’orchestre de Liège qui entamait un partenariat avec Walimages pour enregistrer des musiques de film. Je ne m’en suis jamais vanté, parce que c’était mon job de directeur général, mais ce rappel ne me paraît pas inutile. Pour la simple correction des faits et de l’histoire.

Behzod et Lionel

Quel formidable concert ce jeudi soir ! Le 1er concerto de Tchaikovski et la 6e symphonie de Chostakovitch. Un pianiste admirable, la vraie virtuosité transcendante qui se la joue modeste, et un personnage si sympathique que cet Ouzbek de 36 ans – Behzod Abduraimov – qui nous donne en bis une Campanella de Liszt à tomber, comme si c’était la partition la plus facile à jouer après le déferlement tchaikovskien…

Et puis quelle idée géniale de choisir la « petite » 6e symphonie de Chostakovitch – plutôt que la 5e, la 8e ou la 10e qu’on nous sert régulièrement. J’ai déjà raconté ici (Pour Chostakovitch) la place très particulière qu’occupe cette symphonie dans mon coeur et mes souvenirs. J’étais impatient d’entendre et de voir ce que Lionel Bringuier et « son » orchestre allaient en donner. Ils m’ont fait, comme au public comble, le plus beau des cadeaux qui se puisse imaginer. Absolument admirable. La dernière fois que j’avais éprouvé pareille satisfaction ,c’était il y a trois ans à Radio France avec l’ami Santtu-Matias Rouvali

Quel bonheur surtout de retrouver un orchestre dans la plénitude de son énergie, de sa sonorité d’ensemble qui s’inscrit si bien dans l’acoustique exceptionnelle de la Salle Philharmonique !

Lors de la petite réception qui a suivi – où j’ai retrouvé nombre de visages amis – Lionel a eu la gentillesse de rappeler que je l’avais invité dès 2010 à venir diriger à Liège… et que pour de bonnes ou moins bonnes raisons, il avait dû attendre 2024 pour que ce projet aboutisse. Longue vie à cette magnifique équipe !

Je veux encore saluer la mémoire de Paul-Emile Mottard, dont je n’ai appris qu’avant-hier la disparition en juin dernier. Nous avions travaillé ensemble quelques mois à l’Orchestre, dont il fut l’un des responsables jusqu’à son élection en 2000 comme député provincial. Il avait été victime en 2013 d’un accident de santé qui l’avait laissé paraplégique mais il n’avait rien lâché de ses responsabilités politiques. J’ai pu dire ma compassion à son épouse Brigitte, elle aussi fidèle entre les fidèles de l’OPRL.

Cadeau

En 2010 pour les 50 ans de l’orchestre de Liège, nous avions imaginé ce coffret de 50 CD reprenant tous les enregistrements commerciaux faits depuis 1960. Comme l’un des premiers disques réalisés pour EMI par Paul Strauss, directeur musical de 1967 à 1977, qui reste la grande version de référence de Psyché de César Franck. (voir Ave César)

Et dans mes brèves de blog d’autres détails:s de mon mini-périple liégeois et quelques étrangetés…

Le meilleur du monde est à Paris

Du temps de mes années liégeoises, je revenais à Paris le week-end, quand je n’avais pas d’obligations avec l’orchestre, une fois par mois environ et, outre les amis et la famille, et souvent avec eux j’adorais me faire piéton de Paris. Depuis que j’ai déniché mes actuelles pénates près d’Auvers sur Oise, l’agenda s’est inversé et les fins de semaine parisiennes se sont faites rares.

Mais, en ce mois de septembre 2026, je les aligne. Dimanche dernier, c’était la naissance d’un orchestrePhilopera -au Palais Garnier. Dimanche prochain ce sera le Barbier de Séville à Bastille. Au milieu de la semaine c’était la phénoménale Troisième symphonie de Mahler à la Philharmonie (lire Etat de grâce) Et ce week-end c’est un double – et même triple – anniversaire qui m’a rappelé à Paris. Réservation faite il y a plusieurs semaines.

« Le meilleur restaurant du monde »

Pendant que tous les médias nous abreuvaient de Céline Dion et de ce samedi qui inaugurait sa nouvelle série de concerts, nous goûtions à nouveau le charme exceptionnel d’un lieu, d’un hôte, d’une table qui m’avaient déjà faite forte impression il y a trois ans (voir De l’intime au général). On ne va pas tous les jours chez Guy Savoy, qui est classé depuis plusieurs années comme « le meilleur restaurant du monde ». Mais ce titre n’est pas usurpé, et autant le maître des lieux que son équipe ont l’art de rendre inoubliable une soirée passée en leur compagnie, parce que la chaleur et la simplicité du contact sont l’exact reflet de l’extrême qualité de ce qui nous est servi, tant dans l’assiette que dans le verre.

J’ai félicité le jeune sommelier de nous avoir apporté de la Thonon, qu’on trouve maintenant sur les meilleures tables. Il a semblé intéressé par l’histoire longtemps ignorée de la « rivalité » entre deux sources très proches, Evian et Thonon, et du fait que les propriétaires d’Evian – le groupe Danone en l’occurrence – avaient très longtemps fait en sorte que le développement de l’eau de Thonon reste confidentiel. Quand les lois européennes ont rebattu les cartes de la concurrence, les grands groupes producteurs d’eau minérale ont été très intéressés par le potentiel de Thonon, au moins aussi important qu’Evian. Et de ce moment-là le développement de Thonon a pris un tour spectaculaire !

Guy Savoy ou l’authenticité faite homme

Avant d’arriver chez Guy Savoy, donc à l’hôtel de la Monnaie de Paris, quai Conti, on a pu saisir quelques images.

La fête du design

Quand ce n’est pas la Fashion week ou l’un de ses avatars, il y a toujours autre chose à Paris pour mobiliser l’attention des badauds et des touristes: ainsi la Paris Design Week

Magasins, galeries, bâtiments publics sont ouverts – on peut ainsi faire un parcours très étrange dans les étages du BHV, quasi déserts et vides de leurs rayons – C’est ainsi que du toit-terrasse on aperçoit les toits de Paris, et le haut de l’église Saint-Gervais

On est d’abord passé par l’Hôtel de Sully, qui abrite la direction des Monuments de France, et fait la jonction entre la place des Vosges et la rue Saint-Antoine.

On y découvre quelques oeuvres spectaculaires du designer irlandais Joseph Walsh, comme cet hymne au Fado

Joseph Walsh, Fado

Se souvenir

Je ne me rappelais pas que le président de la République avait inauguré, le 13 novembre 2025, le jardin-mémorial des attentats qui avaient endeuillé Paris dix ans plus tôt.

C’est une émotion singulière qui étreint le visiteur quand on découvre ici et là sur des blocs de pierre les noms des victimes des tueries de Saint-Denis, des cafés de Paris et du Bataclan..

La renaissance de Saint-Gervais

Longtemps j’ai connu l’église des Couperin – Saint-Gervais Saint-Protais – couverte d’échafaudages à l’extérieur comme à l’intérieur. L’immense nef se dresse aujourd’hui dans sa clarté originelle.

Jardin ouvert

Depuis 2018 les jardins de l’Hôtel des Archives étaient fermés aux visiteurs et aux promeneurs, le temps d’une rénovation qui semble avoir pris beaucoup plus de temps que prévu de l’hôtel de Rohan. Il faudra encore attendre 2027 pour que l’ensemble rouvre au public. En attendant on admire la bel éclat de la façade de ce splendide édifice niché au coeur du Marais

Cadeau

La musique qui nous accueillait très discrètement chez Guy Savoy samedi soir était la Valse de la Sérénade pour cordes de Tchaikovski, l’une des œuvres les plus lumineuses et heureuses de son auteur.

Des multiples versions – 35 ! – que j’ai dans ma discothèque- j’ai une affection très particulière pour celle de Charles Munch, qu’on n’attend pas forcément dans ce répertoire, et qui de bout en bout avec ses Bostoniens virtuoses et généreux, en livre une lecture absolument enthousiasmante.

Et comme le font certains magazines anglais, the one to avoid (à éviter) : J’adore Bernstein, mais là vraiment non…

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog

Etat de grâce

11 septembre

« Banalité que de rappeler que nous, les gens de plus de 30 ans, nous souvenons exactement de ce que nous faisions, le 11 septembre 2001, lorsque les tours jumelles du World Trade Center de New York ont été attaquées« . Rien à ajouter (ou retrancher) à cet article posté il y a cinq ans : 11 Septembre, vingt ans après

Louis Langrée m’avait rapporté que le soir même des attentats à New York, je ne sais plus si c’est le New York Philharmonic ou le Met, en tout cas des musiciens new yorkais avaient joué le dernier mouvement de la Troisième symphonie de Mahler.

Bucarest et Chicago

Il y a trois ans, à Bucarest, l’émotion m’avait submergé lorsque Klaus Mäkelä avait entamé l’adagio final de la 3e symphonie de Mahler, à la tête de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam (lire sur Bachtrack : Le Concertgebouw en majesté). Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu une interprétation aussi aboutie, passionnante de bout en bout, de cette oeuvre-monde.

Je vois sur YouTube cet extrait d’un concert donné cette fois à Chicago, dont le chef finlandais va aussi prendre la direction musicale dans un an.

L’osmose

C’est peu dire que le concert de ce mercredi à la Philharmonie m’a laissé dans le même état de bouleversement que celui de Bucarest, mais avec une dimension supplémentaire. C’était à Paris, le premier concert de la dernière saison de Klaus Mäkelä à l’Orchestre de Paris. Comme je l’ai écrit pour Bachtrack (Mäkelä et l’Orchestre de Paris en état de grâce), on n’a pas fini de regretter la brièveté – un quinquennat – du mandat du jeune chef à Paris.

Une très longue ovation pour l’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä après une prodigieuse 3e symphonie de Mahler

C’est un bonheur très rare pour le mélomane que d’entendre d’abord une telle osmose entre un orchestre et un chef, ensuite et surtout une si parfaite adéquation entre une oeuvre et son interprète. J’espère que cette 3e de Mahler a été captée et nous sera restituée très vite en audio et/ou vidéo.

Cadeau

Les larmes me montent aux yeux chaque fois que je revois ce moment fabuleux entre deux monstres sacrés ou que j’entends cette chanson éternelle

Et toujours humeurs du moment dans mes brèves de blog.

Retour du Brésil

C’est mon troisième séjour au Brésil. La première fois c’était en février 2006 pour le carnaval de Rio, un cadeau d’anniversaire. La deuxième c’était pour la tournée sud-américaine de l’Orchestre philharmonique de Liège et trois concerts, deux à Sao Paulo, un à Rio de Janeiro. Cette fois vacances pures que je n’ai pas eu à organiser, juste à suivre sans tracas, dans une région très particulière au nord de ce pays-continent, les Lençóis Maranhenses.

Une immensité de dunes et de lagons vue d’avion

9 août. Vol Paris-Fortaleza à l’heure, sans perturbation. Deux ou trois films français, des comédies que je ne serais jamais allé voir au cinéma, ou n’aurais même regardé à la télévision. Déception relative pour le dernier Toledano-Nakache Juste une illusion.

Fortaleza est une cité de près de 3 millions d’habitants. Un bord de mer qui ne peut que rappeler Rio, en nettement plus réduit. Foules familiales le soir, dans une température tropicale, foule de joggers tôt le matin. L’hôtel est apprécié des Français manifestement, l’équipage d’Air France y loge. Dîner bon sans être exceptionnel. On s’endort tôt. Le décalage horaire est de 5 heures.

10 août. Le lendemain vol pour Sao Luis, jadis port français. Hôtel impersonnel en bord de mer. On nous a déconseillé une balade dans le centre un peu historique. Je ne sais quoi penser de ces réputations faites à l’avance de « villes les plus dangereuses du monde ». Dîner assez typique, plutôt original : une sorte de hochepot de crevettes dans une citrouille évidée. Après une caipirinha lentement dégustée au bord de la piscine.

Les choses sérieuses commencent le 11 août. Levé aux aurores, départ en voiture à 7h pour Barrineira, aux portes du fameux désert blanc et ses lagons verts. Il faut être arrivé avant 11h30 sur le petit aéroport local pour un tour en avion au-dessus du Parc national. Le Cessna antique de la compagnie Fly Lençois qui héberge le pilote et trois passagers, nous deux et une jeune guide touristique, n’est pas très rassurant. Jorge nous rassure, ce sera un peu « bumpy » au départ. Ce sera « bumpy » tout du long à cause de quelques coups de vent. Je n’aime pas ça mais je n’éprouve plus ce stress, cette peur parfois irrationnelle qui me saisissaient lorsqu’un avion, petit ou grand, est pris dans des turbulences, l’effet des médicaments que je prends sans discontinuer depuis mon « accident » ?

Le spectacle est extraordinaire, véritablement unique, et on n’a pas encore la pleine mesure de son caractère exceptionnel qu’on mesurera ensuite en parcourant le parc.

L’après-midi on nous lâche à un petit embarcadère dans une grosse barque à moteur qui doit nous conduire à Atins, un ancien village de pêcheurs entièrement construit sur le sable. Pas de route, pas de chemin goudronné. On va loger quatre nuits dans un petit ensemble de huttes simplement mais joliment aménagées, et expérimenter tous les moyens de découvrir le village, ses petites plages et surtout ses environs de dunes et de lagons. Le soir même on entreprend d’aller à pied au Beach Bar qui dépend de la « villa » où nous logeons (propriétaire de trois établissements dans la localité) : objectif crevettes et langoustes. Portions trop importantes pour mon petit appétit du soir. Retour à pied. Excellent pour les cuisses et les mollets que cette progression dans le sable.

Photos : Lever de soleil et Coucher de soleil dans les dunes des Lençois Paranhenses

Les ânes du Brésil et autres petites ou grosses bêtes

Déjà dans le jardin de l’hôtel, puis dans l’une des rues, on va croiser des ânes de petite taille, d’un très beau pelage, qui sont sauvages, et on en verra plusieurs dizaines pendant tout notre parcours, au milieu du désert ou dans les villages à la recherche de nourriture

En moins grand nombre et surtout pour transporter les touristes on voit de très élégants chevaux

Au bord de certaines pistes des chevêches des terriers pas du tout revêches !

Une iguane se désaltérant dans le courant d’une onde pure

12 août. Un chauffeur guide qui ne parle que portugais – tant mieux, que ce Brésil si accueillant évite le plus longtemps possible de s’angliciser pour les touristes ! – nous fait faire en 4×4 une première longue balade dans les dunes et les lagons des Lençóis Maranhenses. Il nous arrête auprès de deux lagons différents. Sensation tellement incroyable de se baigner dans une eau douce si pure, si transparente, si chaude, au milieu de ces dunes blanches.

Les quelques transats de l’hôtel sont pris d’assaut. Les Français sont en majorité, et étrangement plutôt des familles avec de jeunes enfants. Nous dînons dans l’un des autres restaurants propriété de l’hôtel, Casa Viva. Pas mal du tout, beaucoup de monde et un chanteur tellement discret qu’on n’entendra pas un traître mot de ses chansons. Au moins on n’est pas abrutis par la sono. Retour à pied à l^hotel.

13 août. Levés à 4h30, pour un début de balade à cheval à 4h50. Il s’agit d’aller voir le soleil se lever dans les dunes. Je n’avais plus fait de cheval depuis le Kirghizistan en 2024. J’ai du plaisir à monter un cheval blanc moins têtu que celui qu’on m’avait fourgué il y a deux ans. Le spectacle est à la hauteur de ce qu’on espérait.

Retour à l’hôtel pour un petit déjeuner correct sans être exceptionnel. Personnel gentil, dévoué. Le même soir sortie prévue pour une dégustation de « mousseux » brésilien et de fruits dans les dunes sous la lune. Sauf que la lune n’est pas là, et que ça ressemble à une soirée fantôme.

14 août Matinée tranquille. Lecture. Sudoku. Cette fois la tournée des dunes et des lagons est prévue à partir de 15 h selon un parcours différent de l’avant veille.

Baignade obligée dans deux lagons, pour être arrivé à l’heure voulue au sommet d’une dune pour un coucher de soleil qui autorise des photos et des vidéos un peu spectaculaires. Dîner pantagruélique dans un restaurant… japonais !

15 août Transfert vers Parnaiba, et son immense delta. Longtemps on longe la mer, le 4×4 roule sur le sable – j’aimerais être à la place du chauffeur – puis sur une piste qui passe au milieu d’un gigantesque parc d’éoliennes qu’on aperçevait déjà du petit avion. Puis c’est une route « normale » plutôt bien revêtue même si les nids de poule sont visibles. Quelques maisons, quelques villages, sans âme qui vive. Et on arrive pour deux nuits dans un hôtel très particulier puisque logé dans une belle maison du début du XXe siècle. Dans le centre historique absolument désert de Parnaiba dont on ne découvrira l’étendue moderne qu’à l’occasion d’un dîner le dimanche soir dans un restaurant chic à 6 kilomètres de notre hôtel. (Album photo : Parnaiba centre historique). Le soir même on nous conduit vers un petit embarcadère – on traverse ce faisant un faubourg de Parnaiba où une fête bat son plein – pour un tour en bateau dans le delta du Rio do Parnaiba. Le pilote sait où trouver les animaux à photographier. Retour et dîner – très correct – à l’hôtel, où les tables voisines parlent toutes français !

16 août. Longue balade de jour cette fois dans le delta, halte de deux heures dans une taverne qui propose… des huîtres froides ou grillées, absolument délicieuses. Confusion entre deux (dois) et douze (doze), nous attendions chacun une douzaine, nous en aurons chacun deux…L’attraction de la sortie c’est le vol de milliers d’ibis rouges, espèce endémique de cette partie de l’Amérique du Sud, qui convergent au coucher du soleil vers une petite île du delta où ils passent la nuit. Magique.

Voir mes photos : Delta du Rio do Parnaiba

17 août. Transfert pour une sorte de retraite de quatre jours loin de tout, du bruit et du monde. La Casa Daia est située au milieu d’une immense propriété qui borde à la fois l’océan et le « Rio »… Ici ce sont les femmes qui dirigent, les hommes qui sont aux travaux des jours. On vit en autarcie, ce qu’on mange est produit dans une « agroferme » in situ, ou vient de la pêche du jour, poissons ou coquillages. Le chef qui s’exprime très bien en français – je le verrais bien chanter le Brésilien dans la Vie parisienne d’Offenbach – a passé un an à Bordeaux. Il fait des merveilles de ces produits locaux. A noter que tous les jus, les sorbets, les confitures sont issus de fruits d’ici (açai, bacuri, cupuaçu…) sans sucre rajouté. Idem pour les cocktails.

Quatre jours, quatre nuits dans une totale quiétude.

Le 21 août, on quitte à regret la Casa Daia pour rejoindre Jericoacoara. Qui comme Atins est bâtie sur le sable. Quel bonheur de déambuler dans le village ou à la plage pieds nus dans un sable d’une douceur et d’une propreté exceptionnelles. Le soir on pourrait se croire dans la neige dans un village de montagne !

On retrouve dunes et lagons, comme un rappel des Lençois Maranhenses. Aussi beaucoup de Français, surtout des familles. Les photos parlent d’elles-mêmes.

Voir mes albums : Jericoacoara plages et dunes,

Quelques détails supplémentaires dans mes brèves de blog !

Les fraîcheurs du chef (VII) : Daniele Gatti chez Tchaikovski

Ce sont des disques enregistrés entre 1998 et 2005 durant le mandat de Daniele Gatti à la direction musicale du Royal Philharmonic Orchestra. Et je l’avoue je n’y avais pas prêté attention, à l’exception de la 5e symphonie que j’ai un temps eue dans ma discothèque.

Mias à l’occasion d’une visite chez Gibert, j’ai trouvé d’occasion le triple album qui rassemble les 4e, 5e et 6e symphonies de Tchaikovski ainsi que Roméo et Juliette, le Capriccio italien et la sérénade pour cordes.

Depuis lors, je ne fais que regretter de n’avoir pas connu plus tôt ces versions toutes de glace et de feu, superbement enregistrées, qui me confirment les affinités du chef italien avec ces répertoires nordiques.

Avant de refermer cet article, comment résister à ces images de la toute première répétition de Daniele Gatti et de l’Orchestre national de France dans ce qui allait devenir dès octobre 2014 leur résidence retrouvée : l’Auditorium de Radio France.

J’en parle avec d’autant plus d’émotion que ce fut mon devoir et mon bonheur que d’organiser cette inauguration et avant cela, la prise de possession des lieux par les formations de Radio France, jusqu’alors éparpillées dans Paris. Rien ne fut simple, mais j’ai eu cette chance incroyable dans ma vie professionnelle de pouvoir inaugurer deux lieux de concerts, en septembre 2000 la Salle philharmonique de Liège anciennement salle du Conservatoire entièrement rénovée, en octobre 2014 le nouvel auditorium de Radio France.

Et toujours mes brèves de blog !

Les fraîcheurs du chef (VI) : Sakari en Islande

C’est un chef que j’ai découvert par le disque, Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande dans la 2e symphonie du compositeur finlandais Leevi Madetoja.(1887-1947)

J’avais même repris le début de cette symphonie comme indicatif de France Musique.

J’ai invité Petri Sakari à plusieurs reprises à Liège pour des programmes qui n’ont jamais manqué d’originalité, ainsi en janvier 2008 (Bruckner), le 12 février 2011 (Ledoux, Reger, Lindberg, Strauss).

Le chef a signé une très belle intégrale Sibelius, l’une de mes préférées dans une discographie surabondante.

Mais pour ce sixième épisode de la série Les fraîcheurs du chef, cap sur les autres enregistrements islandais du chef !

Le seul « tube » internationalement connu d’un compositeur suédois Hugo Alfvén qui mérite d’être beaucoup mieux connu : sa 1e rhapsodie suédoise (en suédois : Midsommarvaka / Soir d’été)


Quant à Uuno Klami (1900-1981) ce n’est pas un clone de Sibelius, même si les sources d’inspiration sont les mêmes

La musique islandaise est encore une terra incognita pour moi, mais grâce à Petri Sakari on peut l’approvisoiser.

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog : conséquences et inconséquences

L’été 2026

A défaut d’échapper à la canicule qui envahit tout le pays, on pourra essayer de se rafraichir les idées, l’esprit ou le coeur, au choix, avec ces quelques musiques et/ou versions qui ont le mérite de l’originalité, sinon de l’inspiration, tirées de ma discothèque personnelle.

Feu d’artifice tiré de la prairie de Butry-sur-Oise le 20 juin 2026

Gabriel Dupont : Jour d’été

Extrait du tout dernier disque enregistré par notre cher et si regretté Patrick Davin

Glinka : Nuit d’été à Madrid

Honegger : Pastorale d’été

Par l’un de nos plus grands chefs français, Serge Baudo, auteur d’une magnifique intégrale des symphonies d’Honegger avec les si belles couleurs de la Philharmonie tchèque

Kodaly : Soir d’été

Le compositeur dirige lui-même son « Soir d’été » à la tête de l’orchestre philharmonique de Budapest

Lire : L’éloquence des Hongrois

Jacques Leduc : Ouverture d’été

Un disque rare republié dans le coffret anniversaire de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

Michel Legrand : Un été 42

Vincent d’Indy : Jour d’été à la montagne

Josef Suk : Conte d’été

Ambroise Thomas : Le songe d’une nuit d’été, extrait

Pour rendre hommage à notre si chère Jodie Devos, bien trop tôt disparue (lire Jodie dans les étoiles) cet extrait du Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas

Prokofiev : Nuit d’été

Cette « nuit d’été » est extraite de l’opéra de Prokofiev : Les fiançailles au couvent

Et dans mes brèves de blog les dernieres nouvelles du moment à propos de la fête de la musique et de la fête des pères : 21 juin 2026.

Accords d’Evian

J’ai vécu de 1981 à 1999 à Thonon-les-Bains, à 10 km d’Evian, où se tient actuellement le G7. Une précision d’emblée : la notoriété d’Evian, ne serait-ce que par son eau minérale, est sans commune mesure avec celle de Thonon, mais les visiteurs sont toujours surpris de la différence de population, près de 38.000 habitants pour Thonon, sous-préfecture de Haute-Savoie, et seulement 9200 pour Evian.

Politique

Entre 1981 et 1986, j’ai été l’assistant parlementaire du député de la circonscription, et très actif politiquement dans une région que je découvrais. En 1982, un jeune conseiller municipal ambitieux demande et obtient le soutien du député pour se faire élire conseiller général du canton, Marc Francina est élu, il deviendra plus tard député à son tour et maire d’Evian. En 1983, ce sont les élections municipales, le maire d’Evian d’alors, Henri Buet, paraît indéboulonnable. Dans les rangs de la section locale du CDS plusieurs jeunes talents nous ont rejoints, dont le chef d’entreprise Philippe Maire (de trois ans mon aîné, mais né comme moi un 26 décembre!) que rien ni personne n’arrête dans son ambition de conquérir la mairie d’Evian : il échouera à 16 voix près.

Rencontres Musicales

Dès le printemps 1982 je fréquente Evian et son festival de musique, les Rencontres musicales d’Evian, et ses divers avatars. Jusqu’à la construction de la Grange au Lac, les concerts ont lieu dans la salle du Casino au centre ville. Robert Lassalle,, le directeur, et le chef d’orchestre Serge Zehnacker, invitent généreusement. « Mon » député qui n’a aucun intérêt pour la musique me confie ses invitations, ce qui me vaut l’insigne privilège, mais surtout un grand moment de gêne, d’être cité par le journaliste Antoine Livio sur une liste de personnalités au premier rang desquelles figure la reine Marie-José d’Italie.

Durant ces premières années, j’entends pour la première fois les tout jeunes Paul Meyer, Marc Coppey, et beaucoup de jeunes orchestres étrangers.

Paul Meyer, 17 ans à l’époque, jouait la Rhapsodie pour clarinette de Debussy avec orchestre. Il sera l’un des premiers solistes que je ferai inviter à l’Orchestre de la Suisse romande quelques années après (il en résultera un très beau disque des concertos de Weber)

Marc Coppey, lui, tout fluet, encore auréolé de son prix au concours Bach de Leipzig, rejoint sur scène Maria-Joao Pires et Viktoria Mullova pour un trio de Beethoven (l’opus 1 n°1). Marc sera ensuite un fidèle compagnon d’aventures musicales à Liège puis Montpellier. En témoigne cet extrait du trio L’Archiduc capté à la Salle Philharmonique de Liège avec Tedi Papavrami au violon et Nelson Goerner au piano.

Et puis il y aura la période Rostropovitch – exit Zehnacker et son équipe, pas assez brillant pour le maître des lieux, Antoine Riboud, patron de Danone… et des eaux d’Evian. Beaucoup de concerts, de réussites diverses, et surtout beaucoup de mondanités, là même où se déroule actuellement le G 7, dans ce magnifique palace qui surplombe le lac Léman, l’hôtel Royal. Antoine Riboud invite largement le Gotha politique de droite et de gauche – on se rappelle y avoir croisé Robert et Elisabeth Badinter, Michel Rocard, Raymond Barre, des ministres, des « people » comme on ne dsait pas encore à l’époque. C’est ainsi que, lors de l’inauguration de la Grange au Lac, je me suis trouvé assis à côté de Claire Chazal et Patrick Poivre d’Arvor… Ce soir-là il avait beaucoup plu, et les chemins qui menaient de la nouvelle salle de concert à l’hôtel Royal n’étaient pas encore goudronnés. Toute la joyeuse foule en fut quitte pour se tremper les pieds et les jambes et je recueillis, pour la postérité, cette formule de Raymond Barre, rigolard, à un mètre derrière moi : « Ce n’est pas la grange au lac, mais la grange aux flaques! ».

Amusant de retrouver sur YouTube ce reportage de TV5 Monde, présenté par Jean-Baptiste Urbain, l’excellent matinalier actuel de France Musique !

D’autres souvenirs amusants me reviennent. Rostropovitch était connu pour ne pas dormir beaucoup la nuit et consommer plus que de coutume une petite eau (vodka en russe) qui n’était pas d’Evian. On le vit plusieurs années flanqué de l’épouse officielle Galina Vichnievskaia, et puis celle-ci disparut deux années de suite, remplacée par une célèbre violoniste – qui jouait beaucoup et merveilleusement bien -. Et puis Galina réapparut, délestée de ses rondeurs passées, liftée, relookée. Autre histoire qui déclencha de furieux fous rires dans cette assistance huppée : un Pierre et le Loup dirigé par Rostro dont le récitant n’était autre qu’Antoine Riboud ! Une authentique catastrophe, d’un comique aussi avéré qu’involontaire !

Je trouve sur YouTube cet extrait d’un documentaire réalisé en 1996 :

Dans mes fonctions successives à la Radio Suisse romande, puis à France-Musique, Evian fut toujours une étape obligée, parce que, au-delà de mondanités qui m’indiffèraient, il s’y produisait d’authentiques rencontres musicales entre générations de musiciens, venus du monde entier. Avec une place importante pour la création comme cette présence bouleversante d’Alfred Schnittke (lire La fête des mères)

Afters

J’ai aussi participé à beaucoup d’après-concerts dans les salons de l’hôtel Royal. C’est là que j’ai quasiment signé mon engagement à France Musique en mai 1993. C’est là que j’ai vu à une table voisine, Olivier Messiaen, déjà âgé, entouré par ses deux vestales, sa femme et sa belle-soeur, Yvonne et Jeanne Loriod, qui donnaient quasiment la becquée au compositeur. C’est là que j’ai encouragé Pierre Bouteiller à improviser sur un piano du bar.

En dehors du festival, je suis allé quelquefois dîner dans ce bel établissement, j’y ai emmené mes enfants profiter de la piscine.

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les rumeurs du temps : 14.05.2026

Les bonheurs de Felicity Lott (1947-2026)

Au milieu du dîner de ce samedi, la nouvelle me cueille : Felicity Lott est morte. Elle avait réussi (voir ma brève de blog du 12 mai) à nous faire croire qu’elle narguait le cancer dont elle disait elle-même à la BBC, il y a quelques jours, qu’il était en phase terminale mais qu’il ne fallait pas être triste et qu’elle se sentait bien.

« Felicity Lott c’est l’un des amours de ma vie professionnelle, de ma vie tout court », comme je l’écrivais le 12 mai dernier. Ce soir je pleure son départ, comme je le ferais d’un membre de ma famille.

De notre première rencontre en 1988 à ma dernière photo d’elle, en 2024 à l’Opéra Comique, il n’y a pas eu d’interruption dans l’admiration, dans le compagnonnage artistique, musical, de cette délicieuse et magnifique personne.

Le 25 octobre 2024, elle était à l’Opéra Comique, discrète, presque invisible, pour la première française de l’ouvrage de son compatriote George Benjamin, Picture a Day like this, avec la merveilleuse Marianne Crebassa.

Il y a cent occurrences « Felicity Lott » sur ce blog.parce que, plus que d’autres, mieux que d’autres, elle a été cette artiste qui ne décevait jamais une amitié, ni une admiration.

Allez en vrac, parce qu’ils me reviennent entre les larmes, quelques souvenirs.

  • En septembre 2020, Louis Langrée remplace Armin Jordan, hospitalisé, à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, pour La voix humaine de Poulenc/Cocteau. C’est Felicity Lott qui l’interprète au Victoria Hall de Genève. Je resterai de longues minutes à la porte de sa loge à attendre qu’elle veuille bien ouvrir, elle est encore en larmes, celles qu’elle a versées sur la scène à la fin de ce monodrame qu’elle disait, chantait, comme s’il se fût agi de son propre drame.
  • En janvier 2002, elle vient à Liège pour un concert de Nouvel an (elle aurait dû faire l’ouverture de la saison 2001/2002 avec Louis Langrée mais nous a demandé de la « libérer » parce qu’elle devait enregistrer un Chevalier à la rose avec SInopoli à la même date, et puis Sinopoli est mort d’une crise cardiaque… Elle fait bien sûr sensation dans plusieurs airs d’opéras et d’opérettes (elle m’avouera qu’elle a repris l’air si érotique de Louise de Charpentier spécialement pour moi !). Elle me demande tout à trac sii elle pourrait trouver à Liège une robe assez chic pour la cérémonie de remise de la Légion d’honneur qui doit être faite à Londres quelques jours plus tard. Nous voilà partis dans les rues du centre de Liège, où je ne connais évidemment aucune boutique de mode féminine. Felicity avise une devanture assez intéressante, entre dans la boutique. La propriétaire finit par la reconnaître; Felicity essaie devant moi deux ou trois robes. Elle en retiendra deux et laissera à Liège un radieux souvenir !

Et puis il y eut le Châtelet avec ses inénarrables Belle Hélène et Grande Duchesse de Gérolstein, et ses récitals à Compiègne, à l’Opéra Comique, à l’Athénée…

Et puis il y eut un Rosenkavalier au Châtelet dirigé par Armin Jordan, et tous ces disques qui illuminent ma discothèque, où personne mieux qu’elle ne dit la poésie française mise en musique. Et ces Illuminations de Britten où elle n’a aucune rivale. Et ce concert de Nouvel an 1994 où, grippée, mal fichue, elle réussit la performance de nous enchanter, et même d’en garder le souvenir sur un disque.

Et encore ces Lieder de Richard Strauss enregistrés avec Neeme Järvi.

Serons-nous consolés de la revoir encore et encore en Maréchale dans cette version légendaire ?

So long Felicity !