Les raretés du confinement (XIII) : Karajan, Diepenbrock, Stravinsky, Cencic, l’été à venir

Toute la métropole est maintenant soumise au confinement qui ne dit pas son nom. Mais il y a maintes raisons d’espérer.

28 mars : Prokofiev et Karajan

Herbert von Karajan (1908-1989) a beaucoup enregistré. Dans son abondante discographie, on repère des enregistrements uniques, hors de son coeur de répertoire, comme cette Cinquième symphonie de Prokofiev… qui est, pour moi, en tête de toute la discographie de cette oeuvre. Tout y est, l’esprit de Prokofiev, la rythmique implacable, une réalisation orchestrale fabuleuse.

29 mars : l’enfant a grandi

Quelques rares chefs ont fait appel à une voix de jeune garçon pour le 4ème mouvement de la 4ème symphonie de Mahler (notamment Bernstein). Ce fut aussi le choix du chef slovène, Anton Nanut, disparu en 2017 (lire : Milan et Anton). Reconnaîtrez-vous l’enfant qui chante « Das himmlische Leben »?

30 mars : Les roses du Sud

L’une des plus belles valses de Johann Strauss, Rosen aus dem Süden/ Roses du Sud, date de 1880. Elle reprend des thèmes d’une opérette complètement oubliée aujourd’hui, Le mouchoir de dentelle de la Reine / Das Spitzentuch der Königin.Elle commence par un thème majestueux (de ceux que Brahms enviait à Johann Strauss), elle a trouvé en Karl Böhm (1894-1981) son interprète de référence. Personne mieux que lui n’a fait rugir cors et cordes des Wiener Philharmoniker, enregistrés en 1972 dans l’acoustique exceptionnelle de la Sofiensaal aujourd’hui détruite. Il n’est que d’écouter l’articulation serrée, la tenue corsetée, aristocratique, en même temps qu’un inimitable parfum viennois, de cette interprétation.

Johann Strauss : Rosen aus dem Süden Wiener Philharmoniker dir. Karl Böhm

31 mars : par ici la sortie ?

Je me suis fait la promesse – qui n’engage que moi ! – de ne plus évoquer, sur aucun réseau dit « social », le COVID-19. Je fais une exception très momentanée, pour dire – promis je ne le referai pas ! –

  • que j’en ai ras-le-bol- de cette crise qui dure
  • de la multitude des Yaka et Faucon qui ont envahi, submergé le débat public sur la crise sanitaire
  • de ces vieux réflexes pourris consistant à accabler Macron et le gouvernement pour tout ce qu’ils disent/ne disent pas, tout ce qu’ils font/ne font pas
  • de ces irresponsables qui se foutent des mesures barrière, qui se contaminent joyeusement entre eux et qui vont grossir les rangs des réanimations
  • de ces artistes – ouh là je ne me vais pas me gagner des amis ! – qui se plaignent de leur sort, se lamentent sur la fermeture des lieux de spectacle, comme s’ils vivaient hors sol, alors que, comme tous les secteurs de la société, ils bénéficient d’une aide publique sans équivalent dans le monde
  • Oui marre de ces gens qui passent leur temps à se plaindre, à gémir, à imputer la responsabilité de ce qui nous arrive à ces salauds qui nous gouvernent.
  • Je dis juste ceci, parce que je le pense, et que je me pose chaque jour la question : qu’aurais-je fait à la place du président, du gouvernement, si j’avais été confronté à pareille crise ?
  • Oui bien sûr je râle parce que les promesses de vaccination massive ne soient pas suivies d’effets, de faits, oui bien sûr je râle parce que les restaurants, les cafés, les salles de spectacle soient fermés, oui bien sûr je râle parce qu’on a – tous gouvernements confondus depuis vingt ans – laissé la technocratie s’emparer de la gestion de la santé publique. Mais, en ce moment, aujourd’hui, râler ne sert à rien.Bientôt j’annoncerai l’édition 2021 de mon festival. Je fais fi de toutes les prudences, de tous les conseils qui me susurrent que je devrais attendre d’être certain qu’on soit sûr de…Je suis encore un homme libre, et j’ai encore la liberté de provoquer le destin. Vive l’été qui vient !
J’ai pris cette photo de la statue de Jean Jaurès, bien seule depuis des mois, sur une place de Montpellier, d’ordinaire noire de monde et de terrasses de cafés et restaurants. Je la reprendrai bientôt, dès que possible !

1er avril : Gaîté parisienne

Grâce aux recherches de Jean-Christophe Keck on sait maintenant qu’Offenbach – dont le vrai nom était Têtedeboeuf – a puisé l’essentiel des thèmes de ses opérettes dans les cantates de… Bach !

Cette filiation Bach-Offenbach est encore plus évidente dans cette Gaîté Parisienne qui a fait la gloire (et la fortune) de Manuel Rosenthal (lire : Petits et grands arrangements : les Français)

Eblouissante version de Heribert Ritter von Karajan à la tête du Philharmonia Orchestra

2 avril : Beethoven à Amsterdam

Au milieu d’une fabuleuse intégrale « live » des symphonies de Beethoven, où se retrouvent Blomstedt, Bernstein, Kleiber, Norrington, Harnoncourt… (lire : Beethoven : Les géants d’Amsterdam/) une Neuvième symphonie survoltée, dirigée en 1985 par Antal Dorati :

Beethoven, Symphonie #9, finale

Roberta Alexander, soprano

Jard Van Nes, mezzo soprano

Horst Laubenthal, ténor

Leonard Mroz, basse

Concertgebouworkest dir. Antal Dorati

3 avril : Le premier Messie

En 1966, Colin Davis (1927-2013) enregistrait une version du Messie de Haendel qui marquait une révolution dans l’interprétation de ce célèbre oratorio.

A l’opposé de l’emphase victorienne qui caractérisait les versions de ses illustres aînés (Boult, Beecham), effectifs allégés, tempi alertes, même sans le recours à un instrumentarium d’époque.

Une version qui n’a rien perdu de sa pertinence !

Haendel : Messiah

Heather Harper, Helen Watts, John Wakefield, John Shirley-Quirk

London Symphony Orchestra dir. Colin Davis

4 avril : La grande pâque russe

Rimski-Korsakov écrit en 1887/1888 « La grande pâque russe« , une « ouverture sur des thèmes de l’église russe pour grand orchestre ».

Un chef-d’oeuvre souvent enregistré. Peu de versions restituent la dimension mystique autant que la flamboyance orchestrale de l’oeuvre.

Lire : La grande pâque russe

C’est le cas de Lovro von Matačić (1899-1985) qui dirige le Philharmonia en 1959.

5 avril : Le Hollandais oublié

Le compositeur Alphons Diepenbrock est né à Amsterdam en 1862 et mort dans la même ville il y a cent ans exactement le 5 avril 1921.

Admirateur et ami de Mahler, Richard Strauss, Debussy, DIepenbrock a dédié l’essentiel de son oeuvre à la voix. Un compositeur à découvrir absolument : Le Hollandais oublié

Die Nacht (1911) est un somptueux poème symphonique avec voix soliste. Ici dans l’interprétation de Janet Baker et de Bernard Haitink dirigeant le Concertgebouworkest

6 avril : Stravinsky et Karajan

Stravinsky est mort il y a 50 ans le 6 avril 1971.

Herbert von Karajan (né lui le.. 5 avril 1908) a relativement peu dirigé le compositeur, à l’exception du Sacre du printemps (2 versions studio et plusieurs « live » exceptionnels), et d’une poignée d’oeuvres.

Karajan ne pouvait que succomber au charme néo-classique du Concerto en ré Majeur pour cordes, que Paul Sacher commanda à Stravinsky à la fin de la Seconde guerre mondiale, et qu’il créa avec l’Orchestre de chambre de Bâle en 1947.

La douce nostalgie du 2ème mouvement de ce Concerto en ré devrait rappeler quelques souvenirs de radio (lire : Jean-Michel Damian: une voix de radio) aux plus fidèles auditeurs de France Musique.

7 avril : L’invitation au voyage

L’invitation au voyage de Baudelaire, c’est l’une des plus belles mélodies de Duparc. Et d’inoubliables interprètes.

Le même poème a été mis en musique par le compositeur néerlandais Alphons Diepenbrock, mort il y a cent ans, le 5 avril 1921 (lire :Le Hollandais oublié) et cela donne une mélodie très différente, mais très intéressante, surtout quand elle est interprétée par l’immense Aafje Heynis (1924-2015)

Et ce jeudi c’est l’annonce d’un été de fête !

Polémique inutile ?

Ce n’est pas la première fois que je commente, voire que j’accueille, ici, les propos de Sylvain Fort (lire par exemple Perdre la face ?). Il faut reconnaître que, cette semaine dans L’Express, il a fait.. fort !

La virulence des réactions – sur Facebook notamment – n’a pas tardé, avec pour circonstances aggravantes, forcément aggravantes, pour l’auteur de l’article le fait d’être un ex-collaborateur, et donc toujours suppôt, du président de la République, et de soutenir Renaud Capuçon ! Sylvain Fort s’est fendu d’une mise au point aussi nécessaire que bienvenue :

« J’ai publié récemment dans L’Express un point de vue intitulé « La culture ne se confine pas », qui suscite l’émoi de certains artistes de musique dite « classique ». J’y explique tout simplement que la fermeture des salles ne doit pas mettre un terme à la vie culturelle. Qu’il existe bien des moyens de faire vivre la culture : le numérique, les captations, mais aussi le contact vivant avec le public hors des salles traditionnelles, surtout dans une période de grand esseulement et de grande détresse de nombre de nos concitoyens. Cela, les artistes classiques ne m’ont pas attendu pour le mettre en œuvre. Nombre d’artistes « classiques » se sont crus invités par cet article à se produire gratuitement dans des conditions précaires, et ont vu là une invitation bien arrogante. D’abord parce qu’ils ne peuvent pas se permettre le luxe de se produire gratuitement, ensuite parce qu’ils se produisent volontiers hors les murs. Il est étrange que ces artistes-là se soient sentis visés par l’article. D’abord parce qu’il est dit explicitement que cette exhortation ne saurait concerner les plus précaires. Ensuite parce que toute la fin de l’article rend hommage précisément à ceux qui savent aller au-devant des publics en dehors des cadres institutionnels. Enfin, plus secondairement, parce que depuis vingt ans, notamment sur Forum Opéra, j’interroge avec inquiétude le sort des artistes classiques, la malédiction des contrats précaires, la gangrène de la gratuité. C’est le sens même de l’éditorial de ce mois-ci sur Forum Opéra. Les artistes visés sont ceux au contraire qui pourraient, financièrement, sortir de leur zone de confort, mais qui ne le font pas. Qui pourraient, par leur talent et leur notoriété, apporter beaucoup à la collectivité nationale, mais qui ne le font pas.Récemment, Philippe Torreton a eu cette prise de conscience et a déclaré « c’est dommage que l’Etat ne nous ait pas demandé d’aller jouer dans les EPHAD ». Oui, il existe des privilégiés de la culture. Oui, il existe des artistes qui traversent cette crise sans inquiétude financière parce qu’ils ont gagné beaucoup d’argent ou parce que leur situation contractuelle les place à l’abri du besoin. Oui, il existe des artistes qui certes sont mis à mal par cette épidémie, mais qui la traverseront parce qu’ils ont une rente de situation, un lien avec le public, une notoriété qui les protègent du pire (et que souvent ils doivent à leur talent, quoique pas toujours). Ces artistes-là, les a-t-on vu se mettre au service de leur public ? La vérité, c’est qu’ils ont disparu des radars. Les mêmes qui rappliquent aux cérémonies des Césars, à Cannes, sur les plateaux de télévision, les télés-crochet, se font aimer et fêter ont simplement démissionné de leur fonction sociale pendant cette crise. C’est un fait. Au contraire, il est des artistes qui ont vu leur monde s’écrouler, leur public disparaître, leur portefeuille se vider, et qui n’avaient ni les moyens ni l’énergie d’aller au-devant des difficultés. Il est des artistes qui à longueur d’année donnent de leur personne pour nos aînés, les enfants, les malades. Mais que la crise présente a écrasés. Les artistes classiques sont dans cette situation. Il est paradoxal qu’en lisant l’article ils aient pensé que cela parlait d’eux et non des puissances établies qui auraient pu faire tellement et n’ont rien fait. Je suis désolé qu’ils aient pris pour eux, dont depuis vingt ans je dis la fragilité et la grandeur, ce qui était destiné à une population bien plus gâtée et bien moins active. L’Express n’est pas une publication de musique classique et ne s’adresse pas à un lectorat qui, quand on parle d’artistes, pense spontanément à un ensemble baroque plus qu’à une vedette de la chanson. Je regrette ce malentendu et ce qu’elle a pu causer de désarroi car je n’ignore rien de la situation des artistes classiques ou par extension du théâtre et de la musique, qui souffrent de cette situation. Surtout, dans une période aussi dure, je regrette d’avoir causé du désarroi à celles et ceux qui, précisément, nagent déjà dans des océans d’incertitude. J’espère qu’ils accepteront les excuses que je leur présente très modestement. » (sur Facebook 15/01/21)

Une polémique inutile ?

Je ne suis pas le plus mal placé pour apprécier la situation qui est celle du monde de la culture depuis bientôt un an.

Le 23 mars 2020 (Confinement) : « Difficile pourtant de rester rationnel, de s’en tenir aux faits/…./De ne pas céder à son tour à un vertige anxiogène et paralysant »

Le 15 avril 2020 j’écrivais cette Lettre à mes amis et aux autres :  « J’ai résolu de ne participer à aucun débat, aucune polémique sur rien ni personne durant cette crise inédite » et, neuf jours avant de devoir annuler la quasi-totalité de l’édition 2020 du Festival Radio France Occitanie Montpellier, ceci :

Il n’est pas un jour, une heure, où je ne pense à mes amis musiciens, et au-delà d’eux à tous ceux qui font métier d’artiste.

Je me suis toujours demandé, depuis que j’ai la chance de travailler avec vous, pour vous, comment vous faisiez pour supporter l’incertitude, l’insécurité, qui est votre lot commun.   Votre carrière, vos engagements, vos ressources, votre vie en somme, dépendent de tellement de facteurs que vous ne maîtrisez pas.

Aujourd’hui, et depuis plusieurs semaines, qui que vous soyez, célèbre ou débutant, riche ou pauvre, vous êtes doublement confinés, vous voyez s’annuler tous les projets, tous les engagements qui formaient votre horizon.

Et vous lisez sur les réseaux sociaux les pires nouvelles, colportées comme vérités d’évidence… Comme s’il fallait rajouter du désespoir à la morosité ambiante.

Oui c’est à vous, amis musiciens, que je pense en premier lorsque je dois prendre, lorsque je devrai prendre des décisions quant à la réalisation du festival que je dirige. Pourquoi baisser les bras avant même qu’on y soit, peut-être, contraint ? Pourquoi ne pas imaginer d’autres solutions que le tout ou rien ? Il y a tant de manières de vivre, de faire vivre la musique. Ce ne sont pas les idées qui nous manquent. Nous ne renoncerons jamais à explorer toutes les pistes, et à vous permettre de nous réenchanter.

C’est la promesse que je vous fais. »

Le 25 avril 2020, j’avais le Coeur lourd et, je le crois, une certaine lucidité :

Une certitude : le déconfinement se fera dans un désert culturel. Et les dégâts de la crise sanitaire pour tout le monde de la culture seront considérables, souvent irrémédiables. Dégâts artistiques, économiques, mais d’abord dégâts humains.

On voit bien, ici et là, resurgir la vieille rengaine populiste : la culture est un petit milieu privilégié (avec un régime d’assurance chômage qui serait trop favorable), et on aura bien d’autres soucis après la crise que de faire revivre les théâtres, les salles de concert, les festivals, qui vivent pour la très grande majorité de subventions publiques…

Le 17 juin 2020, j’annonçais un Festival autrement et le 30 juillet la réalisation, partielle certes, mais affirmée, de la promesse que j’avais faite aux musiciens (cf. plus haut) : Un festival malgré tout

Et maintenant ?

À la mi-janvier, je les vois déjà s’avancer, les éternels prédicateurs de catastrophes. Même Diapason s’y met : Festivals 2021, état d’urgence

Je ne change rien à ce que j’ai écrit en 2020, ni les espoirs, ni les constats.

Je réaffirme juste ceci : On ne fait jamais avancer une cause, sa cause, en se plaçant dans la position de la victime, du spectateur passif, du critique permanent.

Même si ça défoule, à quoi bon perdre son temps et son énergie à tirer sur ces gouvernants incapables ? Qui eût fait mieux ? Moi aussi, je préférerais que les salles de spectacle, de concert soient ouvertes, et je sais que personne n’y risquerait sa santé ! Moi aussi je préférerais que la vie reprenne dans les cafés, les restaurants. Moi aussi je préférerais que personne ne tombe malade.

Les mêmes qui, majoritaires, exprimaient leur défiance quant à la vaccination contre la Covid-19, manifestent maintenant leur impatience devant les lenteurs de cette même vaccination !

Je prépare, avec toute une équipe plus enthousiaste que jamais, un festival 2021 dont le slogan est déjà tout un programme :

Je pense que cette longue, évidemment trop longue et insupportable, période de confinement de la culture aura peut-être eu quelques effets positifs, comme celui d’obliger artistes et organisateurs à inventer de nouveaux formats, de nouvelles formes, de nouvelles formules et d’atteindre ainsi ces fameux publics trop longtemps tenus à distance de la chose culturelle.

J’y reviendrai plus longuement. Je suis un incorrigible optimiste !

Alors admiration !

L’obituaire se remplit inexorablement en ce début d’automne.

Par delà les mots convenus, les R.I.P. de circonstance, je n’ajouterai, à l’endroit de deux tout récents disparus, que cette exclamation qui me vient d’une chanson de Souchon et Voulzy : « Alors admiration »!

Juliette Gréco

Quand votre compagnon, époux, accompagnateur a disparu il y a deux ans, j’avais écrit ceci, de vous, sur vous, Juliette Gréco :

« J’aime lire les témoignages d’amis qui ont eu le bonheur de travailler avec Gérard Jouannest et qui sont sincèrement touchés par sa disparition hier à l’âge de 85 ans...Je pense aujourd’hui à celle qui fut la compagne à la scène comme à la ville de Gérard Jouannest, à cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées en juin 2009, à jamais gravée dans ma mémoire (Le grand art de Juliette Gréco met K.O. le public du Théâtre des Champs-Elysées), je pense à vous, Madame Gréco, native de Montpellier, que la maladie a privée de l’incroyable énergie que vous nous offriez si généreusement.« 

Je repense aussi à ces quelques fois où je vous ai aperçue à l’Opéra comique ou à l’Opéra-Bastille, ou au sortir d’un dîner au Récamier.

Vous appartenez désormais à notre mémoire collective.

Michael Lonsdale

Mathieu Macheret a écrit dans Le Monde : Comédien excentrique et sophistiqué dont le maintien britannique lui permettait tous les dérapages possibles, Michael Lonsdale, mort le 21 septembre à Paris, à l’âge de 89 ans, a offert au cinéma français de ces cinquante dernières années l’une de ses présences les plus fascinantes et insaisissables. On se souvient de sa haute silhouette légèrement voûtée, plantée comme un point d’interrogation, de son visage aux bajoues plongeantes, mais surtout, peut-être, de sa voix sinueuse et grésillante, infiniment souple et capable de voler en éclats tonitruants.

Le cinéphile très lacunaire que je suis associe spontanément Lonsdale à Jean-Pierre Mocky et à sa folie douce. Mais il est juste parfait dans tous les rôles qu’il a joués au cinéma, parce qu’il n’a jamais joué que son propre personnage.

Ne pleurons pas ceux qui viennent de nous quitter. Regardons-les, écoutons-les, impérissables.

La nostalgie des météores

Allez savoir pourquoi, cette semaine se termine dans la mélancolie…

Une visite à ma vieille mère à Nîmes, qui suivait un coup de téléphone où s’entendait toute la lucidité déprimée d’une tête parfaitement alerte dans un corps que les forces abandonnent lentement mais inexorablement ? L’évocation de mon passage dans le berceau familial (lire L’été 69), la vue de la maison abandonnée, mais aussi le rappel de cette amitié d’enfance – presque 90 ans ! – avec Hildegard, la fille de l’hôtel d’en face qui existe toujours ! Quelques heures, un thé, des tartes aux fraises, et une brève escapade en fauteuil roulant au Carrefour Market d’à côté, et tout sembla aller mieux… Jusqu’à la prochaine fois.

Retour aussi à Montpellier, équipe réduite mais à la tâche, heureuse de lire ce qu’Alain Lompech a écrit dans le Classica de septembre à propos des festivals, et de celui de Radio France en particulier :

« Le Festival Radio France Occitanie Montpellier qui avait été l’un des derniers à annuler le 24 avril, sera l’un des premiers à organiser un « festival autrement », plus léger, plus inventif avec la création d’une radio faite par le festival pour commencer puis l’organisation de concerts en plein air dès la sortie du confinement. Pas moins de treize concerts ont ainsi été captés, pas moins de 30 heures de direct ont été diffusées, et pas moins de 60 heures d »émissions originales ont été produites pour pas moins de 480 heures de diffusion ! Voilà qui nous a ramenés aux origines d’une manifestation dont les premières éditions, voici bientôt 40 ans, étaient d’une originalité qui tenait en une formule – faire jouer les tubes du répertoire par les jeunes et les oeuvres oubliées par des grands noms – et doublaient les concerts par des journées entières d’émissions en direct sur l’antenne de France Musique. Heureux temps où l’argent et les moyens techniques coulaient à flots ! Mais la crise nous démontre que, sans grands moyens, un grand festival décentralisé dans la métropole occitane peut inventer de nouvelles méthodes de travail, reprendre une programmation de zéro… Tope là ! » Merci Alain !

Et puis, comme s’il fallait alimenter cette mélancolie, la réécoute, la redécouverte même de deux musiciens, de ceux qu’on porte dans son coeur plus encore que dans sa mémoire, destins brisés, météores qui continuent de briller longtemps après que ces poètes ont disparu : Youri Egorov (1954-1988) et Rafael Orozco (1946-1996)

Sur l’un et l’autre j’ai déjà écrit, tenté d’établir une discographie (Eternels présents, Un grand d’Espagne)

Dans le dernier numéro de BBC Music Magazine, un article rappelle qui était ce pianiste russe, passé à l’Ouest en 1976, mort du SIDA à Amsterdam à 34 ans. Et les enregistrements miraculeux qu’il a laissés pour EMI et dans les archives des radios hollandaises.

Ce Carnaval de Schumann, un remède à la mélancolie ?

Pour ce qui est de Rafael Orozco, la situation discographique n’a guère évolué depuis mon article d’août 2015 !

La bonne surprise – signalée par Alain Lompech (!) et quelques autres mordus sur Facebook – c’est la réédition digitale d’un disque Brahms réalisé pour EMI en 1970, avec la 3ème sonate et quelques intermezzi. Lompech compare le jeune Orozco à Nelson Freire ou Bruno Leonardo Gelber dans la même oeuvre. C’est exactement ça !

Magnifique prise de son (que les sites de téléchargement comme Qobuz ou Idagio restituent parfaitement)

L’infantilisation comme mode de gouvernement ?

Me voici depuis dix jours dans un pays, l’Italie, qui a été l’un des premiers en Europe à subir la crise du COVID-19. Dans les lieux touristiques, les restaurants, les musées, tout le monde respecte les consignes – port du masque, distance, parfois prise de température – dans la bonne humeur et sans crispation apparente.

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(Bergame)

Je ne suis pas l’actualité italienne mais je n’ai pas l’impression que la crise sanitaire fasse la une des titres et des médias. Pas comme en Belgique ou en France où il ne se passe pas une journée que des titres auxquels je suis abonné en remettent une couche, avec une énième intervention du Monsieur Jourdain de la politique, ce Premier ministre qui surjoue son ancrage territorial et l’accent rocailleux de son Gers natal quand il a fait l’essentiel de sa carrière de haut fonctionnaire à Paris, et qui doit déjà sérieusement agacer celui qui l’a nommé, ou de tel de ses ministres qui appliquent rigoureusement les « éléments de langage » fournis par Matignon.

Il n’est pas jusqu’à la ministre de la Culture, la pourtant sympathique et compétente Roselyne Bachelot, qui semble avoir adopté la langue de bois de son prédécesseur : elle se promet « d’accompagner » le monde de la culture en engageant des « discussions » dès la semaine prochaine. Je n’ai rien lu d’elle protestant contre l’autorisation délivrée par le préfet de Vendée (donc l’Etat !) au Puy du Fou – juteuse entreprise privée – de s’affranchir de la règle des 5000 participants maximum !

D’autres et non des moindres – des sommités scientifiques (j’invite à lire le blog de l’ancien Recteur (Président) de l’Université de Liège, Bernard Rentier)  politiques, constitutionnelles – l’ont écrit : cette crise sanitaire a révélé et continue de révéler la dérive infantilisante de ceux qui nous gouvernent.

Le gouvernement de Twitter

On a tellement moqué Trump pour son usage immodéré de Twitter, mais je ne vois pas bien en quoi les élites françaises, tellement plus intelligentes et cultivées que le président américain, diffèrent de sa pratique.

Un feu de forêt, un accident de la route, une « incivilité « – ah qu’en termes élégants ces choses là sont dites ! – dans les transports, et c’est automatiquement une rafale de tweets tous sur le même modèle, avec les mêmes mots qui ne veulent plus rien dire. S’y ajoutent dès déplacements ministériels en grand appareil – au fait quel est le coût financier et écologique de ces expéditions aéroportées ? – qui, pardon de le dire brutalement, ne servent à rien ni à personne sauf à faire de belles (?) images censées impressionner le bon peuple et lui démontrer que ses gouvernants sont « sur le terrain » !

Bravo Macron !

Exception à cette règle, la réaction d’Emmanuel Macronà la tragédie de Beyrouth, son déplacement au Liban 48 heures à peine après les faits. Il fallait le faire, le président de la République l’a fait et bien fait !

Comme en 1992 François Mitterrand décidant nuitamment, après un sommet européen en Espagne, de se rendre à Sarajevo assiégée

Irresponsabilité

N’attribuons pas aux seuls politiques la responsabilité de la cacophonie qui s’est manifestée pendant de longues semaines dans la communauté scientifique. Sauf quand, sans rien y connaître, ils reprenaient à leur compte les hypothèses ou pire les certitudes que les nouvelles stars des plateaux télé énonçaient complaisamment.

On pensait que scientifiques et politiques avaient tiré les leçons de plusieurs mois de doutes, d’errements, d’incohérences.

En cette mi-août, on a en réalité l’impression que tout recommence comme avant : prédictions alarmistes, informations anxiogènes, édictées sans le minimum de rigueur, de vérification des données et des chiffres. L’important c’est de faire du titre, du « buzz »…

Et le plus insupportable de tout : alors que les messages officiels ne cessent d’appeler à la responsabilité individuelle – respect des gestes-barrière, port du masque, tests – le comportement même du gouvernement (je parle de la France, mais la Belgique voisine n’est pas mieux lotie !). les annonces contradictoires, floues placent les citoyens, les chefs d’entreprises, les « acteurs »culturels – pour reprendre la novlangue en vigueur – en situation de complète irresponsabilité.

J’en sais quelque chose comme responsable d’une équipe et organisateur d’un grand festival (lire Un festival malgré tout. Il a fallu à mes équipes et moi quasiment plus de temps pour lire, déchiffrer, des livres entiers de consignes, compléter des dossiers de plusieurs dizaines de pages de demande d’autorisation de spectacles (j’aurais dû demander un coup de pouce à Philippe de Villiers !), que pour monter la douzaine de concerts que, contre vents et marées administratifs, nous avons finalement organisés. Je peux l’avouer maintenant, j’ai reçu le jeudi 16 juillet l’autorisation du préfet de l’Hérault pour les concerts du week-end des 18 et 19 juillet ! 

Emmanuel Macron avait finalement reconnu, fin juin, qu’au lieu de tout décider uniformément d’en haut, il eût fallu faire confiance aux régions, aux collectivités territoriales, aux « acteurs de terrain » (novlangue bis).

Jouer la responsabilité plutôt que l’irresponsabilité !

Infantilisation

Prenons ou plutôt reprenons l’exemple des festivals, plus largement de la vie culturelle. 

D’abord ce triste constat : même si ce n’est jamais explicite, la culture reste toujours considérée par une majorité de politiques, et plus largement les dirigeants, comme une donnée accessoire, un divertissement, une variable d’ajustement des politiques publiques. Roselyne Bachelot et quelques autres ont beau rappeler que le secteur culturel pèse sept fois plus que l’industrie automobile dans le PIB, rien n’y fait, on doit penser que le sauvetage d’un pan aussi essentiel de notre économie peut attendre. 

Depuis des mois, on nous a placés – nous les responsables d’institutions, de salles, de festivals, nous les « acteurs culturels » (novlangue ter) – dans des situations intenables, insoutenables, parce que dépendant de décisions, ou d’indécisions d’un Etat central, d’une technocratie souvent compétente par beau temps, mais tétanisée dans la tempête. 

Pense-t-on vraiment qu’Olivier Py pour le festival d’Avignon, Jean-Louis Grindapour les Chorégies d’Orange, Pierre Audipour Aix-en-Provence, auraient été incapables de gérer leur édition 2020 en respectant toutes les mesures sanitaires, incapables d’accueillir leur public, de faire travailler leurs artistes ? Ah oui, mais c’était avant le 15 juillet, date fatidique énoncée par le gouvernement Philippe – sur quelle base scientifique, quels critères sanitaires ? – ! René Martin pour La Roque d’Anthéron, Eric Le Sage pour Salon-de-Provence, ont été plus malins que nous, ils ont continué de préparer leurs festivals en silence, en le reconfigurant – pas d’orchestre sur la grande scène de La Roque -.

À Montpellier, on a pu organiser deux concerts d’orchestre… dans un lieu clos (l’opéra Berlioz) les 10 et 11 juillet, avant le fameux week-end des 18/19 en plein air. 

Pense-t-on sérieusement qu’un directeur de festival, un responsable de salle, auraient pris un risque quelconque tant à l’égard du public que des interprètes ? La réponse des uns comme des autres a été évidente : salles combles, dans des jauges réduites des 2/3, répertoires choisis en fonction d’un nombre limité de musiciens sur scène. 

Quand je vois les annonces se succéder sur la rentrée dans les écoles, dans les entreprises, toutes sur un mode infantilisant, irresponsabilisant – si vous n’êtes pas sages cet été, attention le reconfinement vous guette ! – j’en viens à me demander sérieusement si l’infantilisation du citoyen n’est pas devenu un mode de gouvernement…

Expliquer que le risque zéro n’existe nulle part, que le bon sens adapté aux situations réelles est souvent la meilleure solution, cesser le mode compassionnel, émotionnel à propos de n’importe quel fait divers aussi pénible soit-il contribuerait peut-être à enrayer la désagrégation du politique, de la politique.

Fiction ou réalité ?

Je ne sais pas si je dois être rassuré par une série Le Baron noir dont je n’avais rien vu jusqu’à cet été.

Je trouve cette fiction assez remarquable, d’ailleurs est-ce une fiction ? Pour une fois une série « politique » n’est pas caricaturale, à l’exception peut-être de l’un ou l’autre acteurs – je ne trouve absolument pas crédibles Anna Mouglalis en présidente de la République ou Pascal Elbé en premier ministre centriste.

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En revanche, Kad Merad est une révélation en « grande gueule » de gauche, et – le plus étonnant – François Morel incarne de manière époustouflante un personnage qui ressemble à s’y méprendre à Jean-Luc Mélenchon !

JPRousseau | 16 août 2020 à 09:55 | Étiquettes : Aix en Provence, ANna Mouglalis, Audi, Avignon, Bachelot, Baron noir, Bayrou, Bergame, Beyrouth, Chorégies, culture, Dorandeu, Eric Le Sage, festival radio France, gouvernement, infantilisation, italie, Jean Louis Grinda, Kad Merad, La Roque d’Anthéron, Macron, Mélenchon, Mitterrand, Montpellier, Morel, Olivier Py, Orange, Pascal Elbé, Puy du Fou, René Martin, Rickwaert, Riester, Salon, Sarajevo, Thorigny | Catégories : actualité, Critique, Non Classé

 

Un festival malgré tout

Rappelons les épisodes précédents : l’annulation de l’édition 2020 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – Le coeur lourd (le 24 avril) et, puisqu’il m’était impossible de me résigner à un désert musical et culturel, la conception, l’envie d’Un festival autrement (le 17 juin).

Finalement, le Festival 2020 a bien eu lieu du 10 au 30 juillet, et ce fut une fantastique aventure collective d’une équipe mobilisée comme jamais pour réussir ce qui relevait, il y a encore quelques semaines, du pari impossible.

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On est évidemment loin des records d’audience des années passées – plus de 104000 spectateurs pour plus de 150 concerts ! – mais on est tout de même fiers d’avoir permis à 5000 personnes d’assister à 13 concerts à Montpellier, dans le strict respect des normes de sécurité sanitaire.

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IMG_1378(Visite des représentants des très fidèles soutiens du Festival : de gauche à droite Michel Orier, directeur de la Musique et de la création de Radio France, Michaël Delafosse, nouveau Maire et président de la Métropole de Montpellier, Eric Penso, nouveau maire de Clapiers et Vice-président Culture de la Métropole de Montpellier, Renaud Calvat, Vice-président Culture du Département de l’Hérault. Manque sur la photo le fidèle entre les fidèles Hussein Bourgi, conseiller régional qui représentait Carole Delga, présidente de la Région Occitanie)

Les meilleurs moments – archives, des entretiens inédits avec de grandes figures du festival – de la Radio du Festival seront bientôt disponibles sur la chaîne YouTube du Festival Radio France. Et le bilan complet du Festival est à retrouver sur : lefestival.eu

Un festival malgré tout… au son des cigales   (voir Le Figaro du 26 juillet)

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Demandez le programme !

Il y a une semaine j’annonçais une surpriseElle a eu lieu, comme l’a écrit Michèle Fizaine dans Le Midi Libre

« Samedi soir, le festival de Radio France ressuscite, après la mort de 165 concerts. Le matin, toutes les réservations sont parties en quelques minutes ! »

Une heure et quart de concert où l’Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigé par son jeune – et très talentueux – chef assistant, le Suédois Magnus Fryklund, a donné le meilleur de lui-même dans un programme adapté aux normes sanitaires. Pas de grand effectif, mais une très poétique Cinquième symphonie de Schubert, une Petite suite de Debussy dans l’orchestration si délicate d’Henri Büsser – qui a été pour beaucoup une découverte, ainsi que deux fanfares pour conclure : celle qui ouvre La Péri de Paul Dukas, et la Fanfare for the common man de Copland.

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Une semaine plus tard, nous y voilà : tout un week-end de musique « en vrai ». Les dernières autorisations sont arrivées… hier ! Mais j’expliquais, avant-hier, au micro de France Bleu Gard Lozère – à réécouter ici – que si j’avais attendu d’avoir toutes les permissions, nous n’aurions jamais imaginé le Festival Autrementces douze concerts du week-end qui vont permettre de renouer, au moins un peu, cet indispensable lien entre les musiciens et le public.

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Voilà le programme de ce week-end :

Samedi, sept concerts dans l’écrin des jardins de la Maison des Relations internationales de Montpellier

à 12h et 14h30 Made in Brass, le sextuor de cuivres de l’Orchestre national de Montpellier

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à 13h15 et 15h45 le jeune Quatuor Hanson jouant Mozart et Ravel

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à 17h et 18h15 un autre quatuor, de clarinettes, le bien nommé quatuor Anches Hantées

et à 19h30 les merveilleux Tromano

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Le samedi soir à 20h30 cap sur le parc départemental du château d’O, au nord de Montpellier. Première des deux soirées jazz de ce « Festival Autrement » avec le trio Barolo

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Suite du week-end le dimanche 19 dans les mêmes lieux – l’amphithéâtre des Micocouliers et le parvis du château d’O.

à 15h 30 Ingmar Lazar joue Haydn et Beethoven

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à 17h le violoncelliste Christian-Pierre La Marca et le pianiste Nathanaël Gouin, qui devaient initialement chacun jouer séparément, l’un à Fontfroide, l’autre à Toulouse, se retrouvent à Montpellier pour un somptueux programme.

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à 18h30 un improbable et excitant duo accordéon contrebasse avec les deux compères Félicien Brut et Edouard Macarez.

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Et pour finir sous les étoiles, un autre trio de jazz, à 20 h 30 autour de Paul Lay

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Il y aura forcément un goût de trop peu…

Tous ces concerts sont diffusés en direct sur La Radio du Festival !

Réservation obligatoire sur lefestival.eu

 

 

 

 

Surprise

La nostalgie aurait pu me gagner, lorsque Facebook me montre les photos prises et publiées il y a un an, deux ans, etc… Toujours des photos qui correspondent au début d’une édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Le 24 avril dernier j’annonçais l’annulation de l’édition 2020 (Le coeur lourdet après de longues semaines marquées par les hésitations, les atermoiements du ministère de la Culture, mais aussi par un formidable travail – à distance – d’une équipe du Festival plus motivée que jamais, le 17 juin nous évoquions un Festival Autrement.

Voici qu’aujourd’hui, à la date initialement prévue pour l’ouverture de l’édition 2020, nous ouvrons ce Festival Autrementd’abord avec une radio – la Radio du Festival – qui commence à émettre aujourd’hui à 16 h et qui sera disponible 24h/24

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Radio écoutable grâce à une appli téléchargeable.

Dès lundi 13 juillet, c’est au tour de France Musique d’entrer dans la danse pour deux semaines, avec chaque jour ou presque à 16h et 20 h la rediffusion des grandes heures du Festival.

Mais il y aura d’abord, pour les Montpelliérains – et les auditeurs de la Radio du Festival – la surprise de deux concerts en public de l’Orchestre National Montpellier Occitanie, le pilier, le partenaire historique du Festival, ce soir et demain à l’Opéra Berlioz.

Et le week-end prochain une dizaine de concerts en plein air avec des artistes déjà engagés pour l’édition « normale ».  On passera sur la complexité de la mise en place de ces concerts, pour ne retenir que la joie qui sera celle du public, des musiciens… et de l’équipe du Festival.

 

 

Troisième tour

Le 5 mars dernier, à la fin d’un long article – Élections municipales : hier et aujourd’hui – j’écrivais : « Que donneront les élections du 15 et du 22 mars prochains ? Je suis évidemment de très près les campagnes dans quelques villes où j’ai des attaches, Thonon-les-Bains bien sûr, Paris évidemment, Montpellier, et quelques autres encore…Bien malin qui pourrait faire un pronostic dans les trois villes que j’ai citées… et dans bien d’autres. L’éclatement de l’offre politique, le nombre de listes en concurrence, la perte des repères traditionnels – cause et conséquence des élections présidentielle et législative de 2017 – rendent les résultats plus qu’incertains. Les sondages ? cela fait des années qu’ils sont régulièrement démentis ou corrigés par les élections. Le suspense est entier… »

On a désormais la réponse, à l’issue d’un second tour qui n’a pas eu lieu le 22 mars, mais le 28 juin dernier !

J’aurais pu ajouter une quatrième ville, celle de mon enfance, de mon adolescence, celle aussi où je fus pour la première fois candidat sur une liste municipale en 1977, Poitiers

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Le taux d’abstention, depuis plus de dix ans, à des élections traditionnellement très suivies – présidentielles et municipales – est évidemment l’élément essentiel du dernier scrutin. Et, contrairement à la majorité des commentateurs, je ne pense pas que la crise sanitaire en soit la principale raison. La démocratie représentative a plus que du plomb dans l’aile: en témoigne éloquemment le mouvement des « Gilets jaunes » qui a établi, dans l’opinion, qu’une minorité agissante, voire violente, pouvait penser dicter sa loi à la majorité par essence silencieuse.

Mais les électeurs ont voté, et comme en 1977, ils ont « dégagé » des équipes depuis trop longtemps au pouvoir. Inutile de reprendre la liste : Bordeaux, Lyon, Marseille…

À Poitiers, la ville était PS depuis 1977, Jacques Santrot d’abord, Alain Claeyes ensuite. Rien de répréhensible dans ce long règne socialiste. De l’usure, de la lassitude, de l’envie de voir d’autres visages, politiquement proches, mais différents.

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Pour citer les trois autres villes où j’ai des attaches, c’est au contraire la constance dans la fidélité à des valeurs, à des idéaux, qui a été « récompensée » par les électeurs.

À Paris, une ville où une majorité d’habitants n’a pas de voiture, Anne Hidalgo a eu beau jeu de mettre en oeuvre, systématiquement, méthodiquement – obstinément lui reprocheront beaucoup – une politique délibérément hostile à l’automobile, favorable au vélo et autres « mobilités douces » pour reprendre l’abscons verbiage à la mode. Mais qui oserait revenir à la voie Georges Pompidou livrée à la circulation automobile ? Anne Hidalgo a fait ce qu’elle a dit, et les électeurs l’ont reconnu.

À Thonon-les-Bainsla constance d’un candidat de droite modérée a fini par payer. Après des essais infructueux en 2008 et 2014, l’avocat Christophe Arminjon a fini par triompher de l’immobilisme immobilier qui avait caractérisé son prédécesseur, élu à chaque fois à une très courte majorité depuis 1995.

À Montpellier, où l’on a localement l’habitude de dire que rien ne se passe comme ailleurs, la démonstration a été faite, au contraire, qu’il y a des invariants en politique.

Bref rappel historique : en 1977, le socialiste Georges Frêche, éminent professeur d’université, fait basculer à gauche une belle assoupie dans le giron de la droite depuis 1959. Georges Frêche meurt subitement en 2010. L’équipe qu’il avait formée et qu’il tenait d’une main de fer se disloque, et en 2014, les élections municipales voient s’affronter les amis d’hier. Philippe Saurel se présente en dissident, au milieu du quinquennat Hollande marqué par les frondes internes au PS, Philippe Saurel ex-adjoint de Georges Frêche, puis d’Hélène Mandroux qui a succédé à Frêche. Saurel profite de cette posture « dégagiste » et se fait élire maire, puis président de la Métropole de Montpellier (contrairement à ses engagements de campagne).

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(Juillet 2015: de g.à d.R.Koering, J.P.R., Jean-Noël Jeanneney, Damien Alary, Mathieu Gallet et Philippe Saurel)

Nommé en juillet 2014 directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier, c’est avec Philippe Saurel que j’aurai à faire dès ma prise de fonction. Etrange personnage, à qui me liera une connivence qui surmontera les divergences, les à-coups que sa pratique solitaire et versatile du pouvoir ne manquera pas de susciter au fil des ans. Comme si, ayant pris goût à la part d’absolutisme que confère le mandat de maire et surtout de président d’une métropole qui regroupe 31 communes, il s’était rêvé en lider maximo, oscillant entre Podemos en Espagne, Macron en France – il reniera sa proximité avec les « marcheurs » présidentiels dès que l’étoile du président commencera à pâlir -, s’acharnant contre ses anciens amis du PS, au point parfois d’aboutir à des situations absurdes, simplement pour s’opposer à la Région présidée par la PS Carole Delga, ou au département de l’Hérault présidé par le PS Kléber Mesquida.

Le 28 juin, Philippe Saurel a été sévèrement distancé (13 points d’écart) par son ancien collègue de la municipalité Mandroux, alors adjoint à la Culture, Michaël Delafosse. 

Le battu l’a reconnu, sans base politique, sans soutiens structurés, l’aventurier qu’il était, et qui avait forcé le destin en 2014, n’avait aucune réserve électorale, alors même que sa gestion de la crise sanitaire avait été plutôt appréciée.

Le nouveau maire de Montpellier – 43 ans – a le mérite de n’avoir jamais varié de ligne politique, même quand l’étiquette PS était au plus creux de la vague. Il a construit une majorité de projet, logique, avec les écologistes. Il a émis deux ou trois idées-force. Sa constance a payé. Il a donné le sentiment aux électeurs qu’il tiendrait ses engagements. Qu’on pouvait lui faire crédit de ses engagements en faveur de la culture, de la justice sociale, d’une gouvernance respectueuse de la démocratie.

Si l’on voulait extrapoler la situation de Montpellier, de Paris, de Lyon et d’autres, on pourrait conseiller au président de la République de prendre garde à ce qu’enseignent ces élections municipales : débâcle d’un parti qui n’a d’autre légitimité et de raison d’être que le soutien à l’épopée victorieuse d’un candidat qui, défiant (presque) toutes les lois de la politique, s’est fait élire en 2017 à la fonction suprême, débâcle d’un parti qui n’a aucune ramification avec le pays profond, d’un parti qui n’a jamais su (ou voulu ?) valoriser ses candidats, ses élus. Qui connaît aujourd’hui plus de deux ou trois ministres de l’actuel gouvernement ? Qui pourrait citer les futures élites du parti présidentiel ?

Emmanuel Macron l’a emporté en 2017 en prenant tout le monde par surprise. En 2022, il risque fort de lui manquer ce qui a toujours constitué le socle électoral des présidents de la Vème République, une base populaire, ancrée dans les territoires.

Un festival « autrement »

Je relis ce que j’écrivais ici, le 15 avril : Lettre à mes amis et aux autresle 25 avril: Le coeur lourdle 22 mai: Le silence de la musique

Ce 17 juin, Diapason titre : Plan de relance : a-t-on oublié la culture ?.

Quelques festivals ont résisté à la déferlante d’annulations que les incertitudes sur l’épidémie de Covid-19 liées à l’ouverture généralisée du parapluie – le fameux « principe de précaution » – chez les élites qui nous gouvernent avaient provoquée, parce qu’ils ont pu attendre d’y voir plus clair (comme La Roque d’Anthéron, Salon).

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Pour ce qui est du Festival Radio France Occitanie Montpellier – 165 manifestations annulées – la potion est amère. Au moment où, selon les mots du président de la République dimanche soir, « la vie doit reprendre comme avant« , c’est pourtant à un été presque sans culture, sans théâtre, sans musique que se préparent touristes et vacanciers qui vont visiter notre beau pays de France.

Comme beaucoup d’autres, petits ou grands festivals, je ne me résigne pas à ce désert, à cette disette culturelle. Impensable, à la mi-juin, de tout recommencer. Mais au moins faire vivre « autrement » la musique et les musiciens, c’est ce que précise le communiqué publié hier soir (voir à la fin de ce papier).

Et renouer le lien entre artistes et public, une petite dizaine de concerts – bien peu par rapport à l’étiage habituel du festival – mais dix concerts emblématiques, des artistes magnifiques, classiques, jazz, électro, le week-end des 18 et 19 juillet à Montpellier. 

 

Le communiqué du Festival :

Lorsque la décision a été prise, lors de la réunion du Conseil d’administration du 24 avril dernier, d’annuler l’édition 2020 du Festival, nous avions annoncé notre intention d’envisager un « Festival autrement ».

Ce « Festival autrement » repose sur  trois projets qui constitueront une offre riche et innovante pour les artistes et le public, et refléteront la diversité musicale et géographique du Festival.

Sur les ondes avec Radio France

Le lien historique entre Radio France et le Festival se manifestera avec une vigueur renouvelée.

Les Rencontres de Pétrarque seront diffusées de Paris, du 29 juin au 3 juillet, sur France Culture.

La grille d’été de France Musique réserve une place exceptionnelle au Festival, du 13 au 25 juillet, avec, chaque jour pendant cette période, des rediffusions des grandes heures classiques et jazz du Festival, ainsi que des directs des concerts des formations de Radio France : le 16/07 l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Barbara Hannigan, qui chantera également Les Illuminations de Britten, le 23/07 l’Orchestre National de France sous la baguette de son futur directeur musical, Cristian Măcelaru.

La radio du Festival

Du 10 au 30 juillet – suivant les dates initialement prévues pour l’édition 2020 – le Festival proposera sa propre Webradio, animée par une grande partie de l’équipe, installée à Montpellier, à raison de 5 h à 6 h par jour.

Archives, entretiens inédits, séquences coulisses, côté public, mais aussi des « live » (concerts de l’Orchestre National de Montpellier les 10 et 11/07, concerts en région), rediffusions de concerts (en complément de France Musique).

Cette Webradio fera une large place d’abord aux artistes si durement éprouvés par la crise sanitaire, mais aussi au public, aux auditeurs, qui participeront à sa programmation, ainsi qu’à tous les acteurs de l’ombre qui rendent chaque année possible la réalisation de plus de 160 concerts et événements.

Une expo photo virtuelle, tirée des archives du Festival, accompagnera cette Webradio.

Un week-end pour renouer le lien

Compte-tenu de l’évolution favorable de la situation sanitaire, plusieurs festivals qui n’avaient pas annulé (La Roque d’Anthéron, Salon de Provence) ont maintenu une offre importante de concerts. S’il est tout à fait inenvisageable de rétablir l’ambitieuse programmation qui avait été prévue pour l’été 2020, nous ne pouvons nous résoudre au silence, par respect pour le public et les artistes qui font confiance depuis 35 ans au Festival.

C’est pourquoi nous proposerons un week-end symbolique – les 18 et 19 juillet – d’une dizaine de concerts classiques, jazz et électro, en toutes petites formations, dans des lieux de plein air, dans la ville de Montpellier ainsi que dans le parc départemental du château d’O.  

Concerts gratuits, respectant les normes sanitaires.

Avec des artistes déjà invités dans la programmation 2020.

L’occasion de commémorer les 800 ans de la Faculté de médecine de Montpellier et de mettre en valeur des lieux de patrimoine.

Ce week-end sera diffusé et capté par la Webradio du Festival(16 juin 2020)