L’autre Richter du piano

Cela fait longtemps que j’aurais dû évoquer cet illustre pianiste, par exemple l’année dernière dans la série Beethoven 250.

Hans Richter-Haaser est l’archétype du pianiste allemand, abreuvé aux sources les plus classiques, Beethoven, Brahms, Schumann. Il naît en 1912 à Dresde et meurt en 1980 à Brunswick. Sa carrière est relativement brève et tardive – la Seconde guerre mondiale l’interrompt de longues années. Il ne fait ses débuts à New York qu’en 1959 – il a 47 ans ! – et à Salzbourg en 1963.

Sur les traces de Brahms

En 1947 Hans Richter-Haaser s’installe à Detmold, une ravissante cité de l’actuel Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, jadis chef-lieu du comté de Lippe. Où 90 ans plus tôt, Brahms a occupé, de 1857 à 1859, le poste de professeur de musique et de directeur de la société de chant de la Cour du prince Leopold III de Lippe. Une ville visitée lors de mon premier séjour en Allemagne (lire La découverte de la musique : France-Allemagne).

Dans le château de Detmold est conservé cet étrange piano ovale qui fut celui de Brahms.

Brahms qui, pendant son séjour à Detmold, entreprend son 1er concerto pour piano, compose ses deux sérénades pour orchestre, des Lieder, dont Unter Blüten des Mai’s spielt’ich mit ihrer Hand. Ce lied évoque une rencontre, celle d’Agathe von Siebold. Un été, il s’adonnera à sa nouvelle passion avec tant de fougue que Clara Schumann sera vexée qu’il ait rencontré une autre femme aussi vite. Son deuxième sextuor à cordes opus 36 fait, dans la première phrase, allusion à Agathe von Siebold : il contient en effet la suite de notes : la-sol-la-si-mi (en allemand : A-G-A-H-E). Peu après leurs fiançailles, Brahms change d’avis : il se sent incapable d’avoir une liaison. Il restera célibataire le restant de ses jours…

Beethoven d’abord

Richter-Haaser se fait repérer, heureusement, par quelques grands chefs et directeurs artistiques. Ce qui nous vaut une discographie certes restreinte mais d’une exceptionnelle qualité, pour la majeure partie consacrée à Beethoven.

Première salve Beethoven chez Philips : en novembre 1955 il enregistre aux Pays-Bas les sonates 8, 14 et 23, en mars 1956 les 21 et 28, en mai 1958 la 24, et en juin 1957 à Vienne il se joint à un prestigieux plateau – Teresa Stich-Randall, Hilde Rössl-Majdan, Anton Dermota, Paul Schöffler – pour la seule version enregistrée par Karl Böhm de la Fantaisie chorale de Beethoven

Walter Legge, le célèbre producteur d’EMI, l’attire dans son écurie et, de 1959 à 1964, va lui faire enregistrer, dans les mythiques studios d’Abbey Road, les concertos 3, 4, 5 de Beethoven (avec le Philharmonia dirigé par Giulini et Kertesz), treize sonates et les variations Diabelli.

Un coffret très précieux, un indispensable de toute discothèque.

Karajan, Sanderling, Moralt

Hans Richter-Haaser laisse au disque deux magnifiques concertos de Brahms : le second avec Karajan, magnifiquement capté en stéréo à Berlin, en 1957.

Le premier concerto (celui que Brahms entama à Detmold !) est capté « live » à Copenhague avec Kurt Sanderling :

Les collectionneurs connaissent quelques rares autres disques du pianiste allemand :

Les concertos de Grieg et de Schumann, gravés pour Philips, en 1958 à Vienne : ce n’est pas faire injure à Richter-Haaser que de noter que son Grieg est bien sérieux, et que l’accompagnement de Rudolf Moralt – dont c’était le dernier enregistrement ! – est bien plan plan !

Des sonates de Schubert

Deux concertos de Mozart avec Istvan Kertesz, reparus en CD en 1991 (pour le bicentenaire de la mort du compositeur) mais devenus introuvables

Et puis à nouveau Beethoven captés en concert en 1971 et 1978 à Leipzig avec le grand chef est-allemand Herbert Kegel.

Ces vieux qui rajeunissent… et inversement

En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses de Johann Strauss.

Près de 2 minutes de plus que le vieux Karajan, perclus de douleurs, mais comme régénéré ce 1er janvier 1987 au contact de ses chers Wiener Philharmoniker.

Le cas de Muti n’est pas isolé : on avait pu relever pareil phénomène avec le regretté Mariss Jansons (L’héritage d’un chef) – 1943-2019 -. Nous avons la chance, pour plusieurs oeuvres symphoniques importantes, de disposer de plusieurs versions enregistrées par le chef letton, dans ses postes successifs, à Oslo, Amsterdam et Munich.

Dans le cas de la Deuxième symphonie de Sibelius, la comparaison entre Oslo et la radio bavaroise est éloquente, ce n’est pas seulement affaire de tempo, mais d’énergie, d’élan. Ce qui n’amoindrit pas notre admiration pour un chef qu’on a découvert et aimé dès le mitan des années 80.

J’ai eu la chance d’assister à quelques concerts du grand Carlo Maria Giulini dans les années 90.

Je me rappelle, en particulier, un concert de l‘Orchestre de Paris, à la salle Pleyel. Au programme, la 40ème symphonie de Mozart et la Septième de Bruckner. Terrible souvenir : Mozart soporifique, Bruckner interminable. Et quelques mois plus tard un Requiem de Verdi sublime, ardent, bouleversant.

Comparaison là encore éloquente entre le Giulini des années 60 et celui de la fin des années 80 (Vieux sages)

Des symphonies de Brahms, Giulini a laissé trois enregistrements, le premier avec le Philharmonia (et Chicago pour la 4ème) dans les années 60, le second à Los Angeles fin 70 début 80, le troisième à Vienne dans les années 90. De la jeunesse à la maturité, le parcours est fascinant, même si on peut se lasser de tempi si lents à la fin.

Le cas d’Otto Klemperer (1885-1973) est plus complexe. À peine quinze ans séparent ces deux enregistrements : la 25ème symphonie de Mozart avec le Philharmonia en 1956 – l’une des plus vives, à fond Sturm und Drang de toute la discographie de l’oeuvre – et une Septième de Beethoven en public en 1970, lentissime.

Et puis il y a les exemples inverses, des chefs qui semblent non seulement n’être pas atteints par les offenses de l’âge, voire du grand âge, mais qui semblent rajeunir, se ressourcer à un élan vital inépuisable.

Le cas le plus impressionnant est certainement Herbert Blomstedt, né en 1927, que j’ai eu la chance d’applaudir à la Philharmonie de Paris il y a presque trois ans : L‘autre Herbert/

Quand un nonagénaire rencontre une pianiste dont on a peine à croire qu’elle fêtera ses 80 ans en juin, cela donne ce Beethoven si juvénile, vital, essentiel, enregistré en juin dernier à Lucerne !

J’ai écrit récemment sur les deux intégrales des symphonies de Beethoven qu’Herbert Blomstedt a gravées : Beethoven 250, Blomstedt, Dresde et Leipzig. Edifiant !

Quand on pense aux grands chefs du passé, sur qui l’âge n’avait pas prise, viennent immédiatement les noms de Charles Munch, emporté en pleine activité à 77 ans, Pierre Monteux, mort à 89 ans en 1964 après avoir signé avec le London Symphony, en 1961, un contrat de 25 ans (!), ou Paul Paray. mort à 93 ans sans jamais avoir ralenti son activité.

Il n’est que d’écouter leurs enregistrements des dernières années ! A-t-on déjà entendu plus furieuse Surprise de Haydn ?

Un jeune homme on vous dit ! Vrai dans ce coffret Decca

plus encore dans ce fabuleux coffret de prises de concert en excellente stéréo : les Bostoniens ont parfois du mal à suivre, mais quelle jubilation !

Quant à Paul Paray, on a l’embarras du choix entre les ultimes enregistrements réalisés avec un orchestre monégasque assez médiocre – mais quelle vitalité ! – et les splendides captations en « Living présence » à Detroit. Bien sûr toute la musique française, mais aussi – et ô combien ! – les romantiques allemands. Des Schumann prodigieux par exemple :

Les raretés du confinement (III)

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé la diffusion d’une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… «

Après les épisodes Les raretés du confinement I et II, voici le troisième (et avant-dernier?) :

23 novembre : Carlo Maria Giulini et Schumann

C’est un Carlo-Maria Giulini dans la force de l’âge – il a 44 ans – qui enregistre pour EMI le 2 juin 1958 ce qui reste pour moi la version de référence de l’ouverture de Manfred – poème dramatique en trois parties de Schumann (1852). Tout y est: la fougue implacable des trois premiers accords, les émois romantiques du héros, tempête et tendresse mêlées, un orchestre qui chante éperdument. Vingt ans plus tard le chef ne retrouvera pas le même élan à Los Angeles pour Deutsche Grammophon.

24 novembre : Armin Jordan, Audrey Michael et Schubert

Schubert: Messe n°6 D 950

Audrey Michael/ Brigitte Balleys/ Aldo Baldin/ Christoph Homberger/ Michel BrodardChoeur de chambre Romand

Orchestre de la Suisse Romande, direction Armin Jordan – Cascavelle/Erato (1987)

Tout est rare dans ce disque : c’est le moins connu de la discographie du très regretté Armin Jordan (1932-2006). La dernière messe de Schubert, sa 6ème, est énigmatique, ce sublime « Et incarnatus est » écrit pour deux ténors et une soprano. Dans la version/vision d’Armin Jordan, la plus fervente, la moins « opératique », de toute la discographie de cette oeuvre, le miracle vient du parfait mélange des voix des ténors Christoph Homberger et Aldo Baldin, mais surtout de la sublime soprano suisse Audrey Michael.

Ce passage me bouleverse à chaque écoute. Je le dédie à mon père, disparu il y a 48 ans, le 6 décembre 1972.

25 novembre : Une formidable Miss Julie

Sur Forumopera, j’écrivais ceci à propos de l’opéra Miss Julie du compositeur anglais William Alwyn ;

J’y ai… entendu, aussi bien dans le traitement de l’orchestre que de la ligne vocale, des réminiscences de Korngold (Miss Julie a vocalement tant en commun avec la Marie de Die tote Stadt !), Schreker, Zemlinsky, tout ce début de XXe siècle viennois. Les rythmes et les langueurs de la valse parcourent tout l’ouvrage, et on soupçonne Alwyn d’avoir un peu abusé de l’accord de septième ! Si l’on ne craignait le cliché, on reconnaîtrait dans cette Miss Julie une écriture très… cinématographique. Alwyn n’a pas oublié son premier métier et manie à la perfection les effets dramatiques, la description des atmosphères

Lire l’article ici : Le confinement de Julie

26 novembre : Maradona et le tango

#Maradona Je lis cette anecdote : « Juillet 1984. Stade San Paolo, à Naples. Les notes d’ El Choclo s’égrènent sur la pelouse, dans les tribunes italiennes. Un homme en a presque les larmes aux yeux. Cette musique l’émeut depuis toujours. Il l’a en lui, ce son. Ce jour-là, El Choclo, un incontournable tango de 1903, est joué en son honneur. En guise de bienvenue. L’homme, c’est Diego Maradona. Le mythique n°10 argentin va faire rêver les supporters du Napoli des années durant… »Je retrouve dans ma discothèque un CD de Stanley Black (1913-2002), compositeur, chef, arrangeur britannique, avec ce célèbre tango, El Choclo. Angel Villoldo l’écrit en 1903, plusieurs versions s’ensuivent, dont une, en 1947, avec des paroles du poète Enrique Carlos Discepolo, que chante Libertad Lamarque dans Le Grand Casino de Luis Buñuel.

27 novembre : un Beethoven tchèque

En 1962, en pleine guerre froide, le pianiste tchèque Ivan Moravec (1930-2015) – voir Beethoven: le piano d’Ivan Moravec– est invité une première fois aux Etats-Unis, où il enregistrera plusieurs disques pour le label Connoisseur Society. En 1963, avec son beau-frère, le chef autrichien d’origine tchèque, Martin Turnovsky (1928-), il grave l’une des plus belles versions du Quatrième concerto de Beethoven avec un orchestre composé de musiciens de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.

28 novembre : La liberté de la presse

Sibelius: Finlandia (version chantée) extrait de la Musique pour célébrer la presse (1899)

Tandis qu’en France on manifestait aujourd’hui pour la liberté de la presse, on peut rappeler que l’oeuvre la plus célèbre de Jean Sibelius – Finlandia – a fait partie initialement de la Musique pour la célébration de la presse (créée le 3 novembre 1899) pour soutenir la liberté de la presse finlandaise face à l’occupant russe. Au point que, dans ses diverses versions, Finlandia est devenue comme un second hymne national. Ici une version moins souvent donnée que la version purement orchestrale, arrangée par Sibelius lui-même en 1938 pour choeur d’hommes et orchestre, puis le 7 décembre 1940 pour choeur mixte.

29 novembre : Scarlatti et Martha Argerich

#MarthaArgerich #Scarlatti Scarlatti : Sonate K. 141

Sauf erreur de ma part, Martha Argerich n’a jamais enregistré de sonates de Scarlatti en studio. En revanche, il y a de multiples versions de concert – comme ici le 13 juin 2018 à Singapour – de « sa » sonate K 141. Un miracle toujours renouvelé !

30 novembre : mon concerto de Beethoven

#Beethoven250

Des cinq concertos de Beethoven, le Troisième est mon préféré, comme je le raconte ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/…/beethoven-250-xvi…/). Dans ma discothèque, une rareté, un « live » capté à Moscou en 1976 sous les doigts brûlants d’Emile Guilels, Kurt Masur dirigeant l’orchestre symphonique d’URSS.

1er décembre : Du très beau piano

Dans deux beaux coffrets de piano (lire https://jeanpierrerousseaublog.com/2020/12/01/le-beau-piano/) une version pleine de fièvre romantique du concerto pour piano n°1 de Chopin, avec le jeune Eric Heidsieck, Pierre Dervaux et l’orchestre Colonne, enregistrée en 1961:

2 décembre : les sons magiques de Nicolai Gedda

Grâce à un admirateur de Nicolai Gedda (1925-2017) – j’en suis un aussi, lire Le Tsar Nicolai – je redécouvre cette pépite cachée dans le coffret Icon/Warner consacré au ténor suédois, ce sublime air tiré de l’opéra « La reine de Saba » de Károly Goldmark (1830-1915) : Magische Töne

A-t-on jamais mieux chanté ?

3 décembre : VGE, l’accordéon et Tchaikovski

#VGE

Les médias ont rappelé, à l’occasion du décès de l’ancien président de la République (lire Giscard et la princesse) le goût de Valéry Giscard d’Estaing pour le piano à bretelles, l’accordéon, instrument populaire par excellence.Mais on sait peu que le premier compositeur « classique » à faire entrer l’accordéon dans l’orchestre fut Tchaikovski, qui, écrivant sa Suite n°2 pour orchestre en 1853, fait appel à quatre accordéons (en l’occurrence des « Bayan », l’accordéon russe inventé en 1850 !). Ecoutez bien à 2′ du début du « scherzo » de cette suite l’intervention des accordéons.Hommage par la même occasion au grand chef Antal Dorati (1906-1988) qui a signé une version définitive des quatre Suites pour orchestre de Tchaikovski

4 décembre : Milstein et Saint-Saëns

J’ai eu beau en écouter, en programmer maintes versions : le Troisième concerto pour violon de Saint-Saëns, dédié à et créé par le grand Pablo de Sarasate en 1880, c’est pour moi l’indépassable Nathan Milstein (1903-1992) – lire Nathan Milstein, le violon de mon coeur) accompagné à la perfection par le trop oublié Anatol Fistoulari (1907-1995)

Camille Saint-SäensConcerto pour violon n°3 op.61Nathan Milstein, violonPhiharmonia Orchestra, dir. Anatol Fistoulari (enr. 1959) / EMI

Le beau piano

Erato/Warner nous gâte en cet automne confiné.

D’abord un coffret Samson François (à l’occasion, j’imagine, du cinquantième anniversaire de sa disparition) : je n’en ai pas bien compris la nécessité.

Nous avions déjà eu il y a dix ans une édition complète « remastérisée »

Mais les deux très bonnes surprises – de superbes cadeaux à offrir à ceux qu’on aime ! – sont ces coffrets consacrés, l’un à Pierre Barbizet (1922-1990), l’autre à Eric Heidsieck, 84 ans depuis le 21 août dernier.

Deux très grands musiciens français, mais qui font la démonstration, chère à l’ami Alain Lompech, qu’il n’y a pas une « école française de piano », comme tant de mauvais clichés colportés au fil des ans et des critiques veulent nous le faire accroire (comme il n’y a pas une « école russe » ou une « école allemande »). On peut difficilement imaginer talents plus dissemblables que le Marseillais Barbizet et le Rémois Heidsieck. Mais qu’on est heureux de retrouver leur précieux legs discographique !

Pierre Barbizet

Pour être honnête, il y a peu de nouveautés dans le coffret Barbizet, puisque tous ses disques avec Christian Ferras ont été à de multiples reprises édités et réédités (je reste surpris qu’en 1958 – alors que tous les grands labels étaient passés à la stéréo depuis 1954-1955 – les sonates de Beethoven aient été enregistrées seulement en mono)

Mais un disque de sonates de Beethoven, enregistrées en 1979, où la liberté créatrice de l’interprète compte plus que la stricte précision technique.

Le quatuor avec piano de Schumann avec le quatuor Parrenin resté étrangement inédit. Et surtout peut-être la réédition d’un double CD Chabrier (les 4 mains avec Jean Hubeau) naguère certes édité en CD, mais depuis longtemps devenu introuvable.

C’est sans doute là, malgré des limites techniques audibles, que s’entend le mieux la poésie heureuse de Pierre Barbizet.

Eric Heidsieck

Jeune comme aujourd’hui, le pianiste Eric Heidsieck porte beau. Et il y a dans son jeu cette fière et altière allure.

Je ne l’ai jamais entendu en concert (à la différence de Pierre Barbizet), mais, pour je ne sais quelle raison, j’ai assez tôt collectionné ses enregistrements, quand ils étaient disponibles, souvent dans d’impropables collections économiques.

C’est avec lui – et son voisin champenois, Jean-Philippe Collard – que j’ai découvert le piano de Fauré. Puis j’ai aimé l’irrésitible fougue de ses concertos de Mozart, où un grand chef belge aujourd’hui bien oublié – André Vandernoot (1927-1991) partageait ses élans juvéniles.

Même si ses sonates de Beethoven n’étaient pas mon premier choix (Kempff !) elles n’étaient jamais très loin de ma platine.

Eric Heidsieck s’est fait le champion du maître de Bonn – ce qui était plutôt insolite pour un pianiste français dans les années 60. A plusieurs reprises, il en a donné l’intégrale en concert, notamment au Japon où il est l’objet d’une véritable vénération, alors qu’il est devenu très rare dans son pays natal !

Et puis ces raretés – que j’ignorais ! étaient-elles même jamais parues en CD ? – Hindemith, les trois sonates de 1936, Haendel, ces suites que Heidsieck mettait fréquemment à ses programmes (et qu’un Richter ne dédaigna pas de jouer à la Grange de Meslay), et finalement assez peu de musique française, à la notable exception de Fauré, souvent en duo avec sa femme Tania.

Découverte aussi pour moi que ce 1er concerto de Chopin, que Pierre Dervaux, à la tête de l’orchestre Colonne, empoigne avec une fièvre contagieuse.

Carl le Grand

Tout juste commandé (sur un site allemand, parce que nettement moins cher qu’en France!) et reçu à mon retour de Montpellier, avant un week-end sous couvre-feu, un copieux coffret – 30 CD – dédié à l’un des plus grands chefs d’orchestre du XXème siècle, Carl Schuricht (1880-1967)

On ne manquait pas de témoignages plus ou moins officiels, plus ou moins bien documentés, de l’art d’un chef qu’on pourrait qualifier d’anti-Furtwängler, si l’on cédait à la tentation du cliché ! Sveltesse, arêtes affutées, élan vital, pureté des lignes, c’est ce qu’on aime depuis toujours dans des Beethoven et des Bruckner qu’on place très haut dans son panthéon personnel.

Je tiens en particulier sa Neuvième de Bruckner, captée dans le son glorieux des Viennois au début des années 60, pour un modèle : écouter le début du Scherzo pour se rendre compte de ce qu’est un 3/4 viennois – appui sur le premier temps, allègement de la masse sonore – alors qu’on entend si souvent, et sous les plus illustres baguettes, le défilé d’une Panzerdivision.

La discographie officielle de Schuricht a été complétée au fil des ans chez Decca.

ou rassemblée par Scribendum dans un coffret assez inégal, non pas dans l’interprétation, mais à cause de prises de son ou de reports médiocres.

Le nouveau coffret SWR Classic (voir les détails du contenu en fin d’article) restitue, dans des conditions idéales – des bandes radio transfigurées par une remasterisation admirable – la modernité de l’approche musicale d’un chef déjà dans son grand âge, entre 1950 (il avait 70 ans) et 1966 un an avant sa mort à l’âge de 87 ans.

On y retrouve du connu, dans l’exaltation du concert : une quasi-intégrale des symphonies de Beethoven, les quatre symphonies de Brahms, une 5ème de Schubert, où le style Schuricht apparaît en pleine lumière. Le chef allemand ne confond jamais vitesse et précipitation, il adopte même souvent (écouter les débuts de la Pastorale et de la 5ème de Schubert) des tempi « relaxed » comme le disent nos amis britanniques, et pourtant quelle énergie dans l’articulation, les phrasés, quelle carrure rythmique dans tous les mouvements. Quelle splendeur que la 2ème symphonie de Brahms captée en public en 1966 !

Beaucoup de pépites dans ce coffret : je ne connaissais pas Schuricht dans Mahler ! Deux formidables versions de la 2ème et de la 3ème symphonies.

Les Mozart de Schuricht sont ici plus idiomatiques que les six dernières symphonies qu’on lui fit graver pour La Guilde du disque avec l’orchestre de l’opéra de Paris en 1960. Et entendre Elisabeth Schwarzkopf, Fritz Wunderlich, et surtout une Clara Haskil déchaînée dans le Jeunehomme et le 19ème concerto !

Des raretés aussi : Liszt, Tchaikovski (Hamlet), Debussy, Reznicek (une superbe oeuvre pour baryton et orchestre) quelques compositeurs allemands du XXème siècle qui n’ont pas laissé une trace impérissable.

Beethoven: Symphonies 1,3,4,5,6,7,9; Coriolan-Ouvertüre op. 62
Mozart: Symphonies 28, 35, 40, concertos piano 9 & 19 (Clara Haskil); Konzertarie KV 419; Arie « Porgi, amor » Le Nozze di Figaro KV 492 (Elisabeth Schwarzkopf); Bildnisarie Die Zauberflöte KV 620 (Fritz Wunderlich)
Brahms: Symphonies 1-4 (extraits de répétition de la Symphonie n° 2; Ein deutsches Requiem op. 45; Schicksalslied op. 54; Nänie op. 82; Alt-Rhapsodie op. 53; Tragische Ouvertüre op. 81
Schubert: Symphonie 5
Bruckner: Symphonies 4, 5, 7, 8, 9
Mahler: Symphonies 2 & 3
Haydn: Symphonies 86, 95, 100, concerto violoncelle ré M (Enrico Mainardi) 
Schumann: Symphonies 2 & 3; Manfred-Ouvertüre op. 115; Ouvertüre, Scherzo & Finale op. 52
Richard Strauss: Alpensymphonie op. 64; Guntram-Ouvertüre op. 25; Sinfonia domestica op. 53
Liszt: Ce qu’on entend sur la montagne
Bruch: Concerto violon 1
Reger: Mozart-Variationen op. 132; Hiller-Variationen op. 100
Debussy: La Mer 
Mendelssohn: Die Hebriden-Ouvertüre op. 26; Le songe d’une nuit d’été extraits; Meeresstille und glückliche Fahrt Ouvertüre op. 27
Wagner: Extraits de Tristan und Isolde, Parsifal, Götterdämmerung; Siegfried-Idyll (inkl. Proben zu Parsifal)
Grieg: En automne 
Reznicek: Thema & Variationen für Bariton & Orchester; Donna Diana-Ouvertüre
Pfitzner: Das Käthchen von Heilbronn-Ouvertüre op. 17
Weber: Euryanthe-Ouvertüre
Wolf: Italienische Serenade G-Dur
Tchaikovski: Hamlet
Oboussier: Concerto violon Volkmann: Richard III-Ouvertüre op. 68 Blacher: Concertante Musik op. 10 für Orchester Goetz: Concerto violon Raphael: Sinfonia breve op. 67

Grands chefs

Dans mon dernier billet (La collection St Laurent) j’évoquais plusieurs grands chefs d’origine européenne qui ont fait carrière aux Etats-Unis : Charles Munch, Erich Leinsdorf, William Steinberg.

Il y a quelques jours, j’avais repéré sur un site allemand (jpc.de) très recommandable pour la variété et la densité de son catalogue, l’une de ces « bonnes affaires » régulièrement proposées : un coffret de 5 DVD – à moins de 20 € – sobrement, mais à juste titre, intitulé Legendary Conductors of the Boston Symphony Orchestra

Quelques belles séances en perspective, surtout quand l’image vient compléter ce qu’on a déjà entendu au disque.

Dans la même commande, j’ai aussi craqué pour le coffret DGG des symphonies de Beethoven par William Steinberg, alors que j’avais déjà les deux précédentes éditions (lire Beethoven 250 : Steinberg)

Mais le plus cher à mon coeur est cet inattendu CD publié par Audite dans sa collection « historique » du Festival de Lucerne, qui compile deux concerts qu’Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse Romande – dont il était alors le directeur musical – avaient donnés au bord du Lac des Quatre Cantons en 1988 et en 1994, avec une soliste d’exception dans le Poème de l’Amour et de la Mer de Chausson.

Sauf erreur de ma part, la 2ème suite de Bacchus est un inédit dans la discographie du chef suisse, qui détient par ailleurs – et conforte avec ce disque – le record du nombre d’enregistrements du Chausson (un avec Jessye Norman, un autre avec Françoise Pollet et maintenant deux avec Felicity Lott !)

La collection St-Laurent : les bons plans (I)

J’ai d’abord cru à une blague quand j’ai vu, sur le profil Facebook d’un ami critique, le nom d’Yves Saint-Laurent associé à des disques ! Je ne savais pas le grand couturier (1936-2008) mélomane ou collectionneur ! Il s’agit en réalité d’un presque homonyme canadien qui s’orthographie à la mode américaine : Yves St-Laurent. Le Devoir avait consacré à ce passionné tout un papier : Haute couture pour vieilles cires.

J’ai commencé, il y a peu, à devenir un client régulier de ce « couturier » du disque, depuis qu’il a élargi son catalogue à des périodes plus récentes. Je ne suis pas amateur, sauf rares exceptions, de vieilles cires même restaurées, je n’appartiens résolument pas aux nostalgiques d’un passé qui s’arrête à Furtwängler ou Toscanini, même si à titre documentaire ou historique, il peut m’être utile de prêter une oreille à certaines interprétations.

La présentation du site est spartiate : www.78experience.com mais, pour ce qui me concerne, le regard a été immédiatement attiré par les noms de grands chefs d’orchestre, et surtout par les enregistrements « live » qui sont proposés. Par quels moyens, plus ou moins légaux, sont-ils parvenus chez l’éditeur canadien, surtout quand il s’agit de captations européennes, françaises notamment ?

Le fait est qu’on dispose maintenant de deux événements de la vie musicale parisienne des années 70, Karajan avec Berlin dans une prodigieuse 6ème symphonie de Mahler et une intégrale des symphonies de Brahms

Quand on a vu un disque Schubert/Schumann dirigé par… Pierre Boulez, on a été piqué par la curiosité évidemment. Le résultat : une amère déception – certains diront qu’elle était prévisible ! – Ni l’interprétation – des semelles de plomb pour Schubert, un sérieux granitique pour Schumann – ni la prise de son (1971 pourtant) ni la gravure ne sont à sauver..

Mais quand Pierre Boulez aborde les classiques, Haydn une symphonie concertante lumineuse et insouciante, Beethoven une 2ème symphonie vive et joyeuse, et surtout un Mazeppa de Liszt enfiévré, emporté, on écoute et on déguste :

En revanche, que de belles surprises du côté de Chicago, Boston ou Pittsburgh avec des hérauts qui ont pour noms Jean Martinon, William Steinberg, Erich Leinsdorf ou Charles Munch. Les prises de concert de l’époque, mitan des années 60, n’ont rien à envier aux fabuleuses prises de son des disques RCA ou Columbia contemporains.

Etonnant de retrouver le timbre si sombre de Maureen Forrester, si magnifiquement épousé par la direction vibrante de Martinon dans le Poème de l’amour et de la mer de Chausson.

J’ai trouvé ce document sur Youtube, mais je dois préciser que le disque de St Laurent est d’une qualité supérieure.

Erich Leinsdorf* est particulièrement bien servi à Boston: pas moins de 14 galettes, et de vraies raretés par rapport à la discographie « officielle » du chef : Haydn (la Création), Bach (Messe en si), Schumann (Scènes de Faust).

Je recommande ce double CD, d’abord pour la qualité des prises de son et de leur restitution. Une exceptionnelle sélection du ballet de Prokofiev, arrêtes vives, modernité exacerbée, l’immense Gina Bachauer impériale dans un Deuxième de Rachmaninov qui fuit – merci Leinsdorf – les épanchements, une étonnante Beverly Sills dans l’opéra mal aimé de Richard Strauss et des vitraux respighiens multicolores.

Charles Munch, avec 39 galettes, est sans doute le chef le mieux documenté de la collection St.Laurent ! J’ai déjà tant de disques du chef alsacien que je n’ai pas encore cherché de ce côté-là, mais l’offre est alléchante !

L’autre star de ce catalogue est incontestablement William Steinberg, à qui j’avais déjà consacré plusieurs chroniques, notamment pour son intégrale des symphonies de Beethoven. 15 galettes, beaucoup d’introuvables dans la discographie de studio. Si j’ai bien compté, trois versions « live » différentes de la Septième symphonie de Bruckner !

Il est très aisé de commander ces précieux disques sur le site : www.78experience.com. Les prix indiqués sont en dollars canadiens, ce qui met un double album à 25 CAD à 16 € ! L’éditeur propose, pour réduire les frais de port, de n’envoyer que les CD dans leur pochette papier. Délai très court entre la commande et la réception (quand la poste française ne procrastine pas !).

Prochaines chroniques : Mravinski, Kondrachine et quelques autres Russes…

*Je n’ai encore jamais consacré de billet à ce chef que j’admire pourtant et que j’ai eu la chance de voir diriger peu avant sa mort, avec qui j’avais partagé un dîner, où le temps fut trop court pour que je lui pose toutes les questions qui me venaient. Oubli qui sera bientôt réparé !

La nostalgie des météores

Allez savoir pourquoi, cette semaine se termine dans la mélancolie…

Une visite à ma vieille mère à Nîmes, qui suivait un coup de téléphone où s’entendait toute la lucidité déprimée d’une tête parfaitement alerte dans un corps que les forces abandonnent lentement mais inexorablement ? L’évocation de mon passage dans le berceau familial (lire L’été 69), la vue de la maison abandonnée, mais aussi le rappel de cette amitié d’enfance – presque 90 ans ! – avec Hildegard, la fille de l’hôtel d’en face qui existe toujours ! Quelques heures, un thé, des tartes aux fraises, et une brève escapade en fauteuil roulant au Carrefour Market d’à côté, et tout sembla aller mieux… Jusqu’à la prochaine fois.

Retour aussi à Montpellier, équipe réduite mais à la tâche, heureuse de lire ce qu’Alain Lompech a écrit dans le Classica de septembre à propos des festivals, et de celui de Radio France en particulier :

« Le Festival Radio France Occitanie Montpellier qui avait été l’un des derniers à annuler le 24 avril, sera l’un des premiers à organiser un « festival autrement », plus léger, plus inventif avec la création d’une radio faite par le festival pour commencer puis l’organisation de concerts en plein air dès la sortie du confinement. Pas moins de treize concerts ont ainsi été captés, pas moins de 30 heures de direct ont été diffusées, et pas moins de 60 heures d »émissions originales ont été produites pour pas moins de 480 heures de diffusion ! Voilà qui nous a ramenés aux origines d’une manifestation dont les premières éditions, voici bientôt 40 ans, étaient d’une originalité qui tenait en une formule – faire jouer les tubes du répertoire par les jeunes et les oeuvres oubliées par des grands noms – et doublaient les concerts par des journées entières d’émissions en direct sur l’antenne de France Musique. Heureux temps où l’argent et les moyens techniques coulaient à flots ! Mais la crise nous démontre que, sans grands moyens, un grand festival décentralisé dans la métropole occitane peut inventer de nouvelles méthodes de travail, reprendre une programmation de zéro… Tope là ! » Merci Alain !

Et puis, comme s’il fallait alimenter cette mélancolie, la réécoute, la redécouverte même de deux musiciens, de ceux qu’on porte dans son coeur plus encore que dans sa mémoire, destins brisés, météores qui continuent de briller longtemps après que ces poètes ont disparu : Youri Egorov (1954-1988) et Rafael Orozco (1946-1996)

Sur l’un et l’autre j’ai déjà écrit, tenté d’établir une discographie (Eternels présents, Un grand d’Espagne)

Dans le dernier numéro de BBC Music Magazine, un article rappelle qui était ce pianiste russe, passé à l’Ouest en 1976, mort du SIDA à Amsterdam à 34 ans. Et les enregistrements miraculeux qu’il a laissés pour EMI et dans les archives des radios hollandaises.

Ce Carnaval de Schumann, un remède à la mélancolie ?

Pour ce qui est de Rafael Orozco, la situation discographique n’a guère évolué depuis mon article d’août 2015 !

La bonne surprise – signalée par Alain Lompech (!) et quelques autres mordus sur Facebook – c’est la réédition digitale d’un disque Brahms réalisé pour EMI en 1970, avec la 3ème sonate et quelques intermezzi. Lompech compare le jeune Orozco à Nelson Freire ou Bruno Leonardo Gelber dans la même oeuvre. C’est exactement ça !

Magnifique prise de son (que les sites de téléchargement comme Qobuz ou Idagio restituent parfaitement)

Leon Fleisher : le pianiste aimé

Je n’ai jamais eu la chance ni de l’entendre en concert ni a fortiori d’assister à l’une de ses masterclasses, encore moins d’être son élève… Mais quand je vois ces extraits d’un atelier d’interprétation, je me dis que je regretterai longtemps de n’avoir pu fréquenter le pianiste Leon Fleisher né le 23 juillet 1928 à San Francisco, mort hier à 92 ans à Baltimore.

Quand je vois et lis tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, approché, de ceux qui ont bénéficié de son enseignement, de ses conseils, je mesure la réalité de l’émotion que suscite sa disparition.

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Ici aux côtés de son aîné Menahem Pressler (né en 1923 !).

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Ici avec François-Frédéric Guy qui dit avoir perdu son deuxième père.

Roselyne Bachelot, la ministre française de la Culture, n’a pas attendu que son cabinet lui ponde l’une de ces réactions ministérielles si souvent banales et convenues, pour saluer ce grand musicien, confronté, à l’acmé de sa carrière en 1964, à une paralysie de la main droite – ce qu’en des termes choisis on appelle une dystonie focale – ,condamné à jouer le répertoire pour la main gauche qu’avait suscité le pianiste autrichien Paul Wittgenstein amputé du bras droit au cours de la Première Guerre mondiale, et à force de travail et d’obstination revenu à la pratique des deux mains : « Hommage à Leon Fleisher, pianiste et chef d’orchestre américain mort hier. Il perd l’usage de sa main droite à 36 ans, réussit à en retrouver l’usage après plusieurs années et célèbre ce retour par un enregistrement baptisé Two hands. Sa leçon de vie : ne jamais s’avouer vaincu. »

Restent heureusement de si beaux disques, notamment un admirable coffret, dont je m’étonne de ne jamais avoir parlé ici…. alors que j’y reviens régulièrement, pour y entendre notamment ces concertos de Mozart, Beethoven ou Brahms gravés pour l’éternité avec George Szell.

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Ou si l’on ne veut que les concertos :

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Hommage à Rosana

Ce soir j’ai le coeur serré. Je ne sais pas trop pourquoi, ou plutôt si : quelqu’un que je n’ai jamais approché ni connu de près, une « amie » Facebook, a quitté cette vie sans prévenir, sans souffrir. Et ils sont très nombreux qui la pleurent : Rosana Martins est morte ce matin, à 70 ans, d’une crise cardiaque foudroyante.

Je suis d’autant plus troublé qu’il y a trois jours, je l’interpellais sur Facebook en relatant ce que je venais de lire dans les mémoires du pianiste français Jean-Philippe Collard :

« Je m’étais rendu avec mon père à Berlin…pour participer à un concours réservé aux pianistes en herbe de moins de douze ans….je n’ai peu d’autre souvenir que l’éblouissante apparition d’une très jeune fille venue tout droit du Brésil – Rosana Martins, cheveux tirés sur deux petites couettes qui dansaient au rythme de la musique – qui remporta, ce n’était que justice, le premier prix »

Rosana a eu une longue et belle vie, elle avait semble-t-il renoncé à une carrière pianistique, pour servir autrement les musiciens, les pianistes qu’elle aimait, ses frère et soeur Nelson Freire et Martha Argerich.

Et pourtant quand on l’entend jouer Mozart et Schumann…. tant de pure beauté, de simplicité essentielle.

Je n’ai jamais eu la chance de côtoyer, d’avoir à faire professionnellement avec Rosana Martins, mais j’ai le sentiment ce soir d’avoir perdu une amie. Et je suis aussi rassuré qu’elle n’ait pas souffert. Comme mon père, elle est partie comme la brise éteint une bougie.

Je sais que celle qui fut la pianiste prodige, un impresario et conseiller artistique remarqué et remarquable, celle vers qui tant de jeunes pianistes et musiciens se sont tournés, a eu le temps d’entendre sa grande amie Martha Argerich il y a quelques jours à Hambourg dans cette incroyable, sublime 3ème sonate de Chopin. L’art ultime…