L’aventure France Musique (VIII) : Mémoire retrouvée

Dans le cadre de la nouvelle émission  Les Trésors de France Musique de la grille de rentrée de France Musique, proposée chaque soir de 23 h à minuit, Françoise Monteil diffusait jeudi soir des extraits d’une Mémoire retrouvée consacrée au violoniste Isaac Stern.

J’évoquais le concept des grilles d’été que j’avais involontairement introduit sur France Musique à l’été 1994 (L’aventure France Musique : la séparation).

Deux pleins mois pour permettre aux producteurs réguliers de la chaîne, d’abord de prendre leurs vacances, mais aussi d’essayer de nouvelles idées, de nouveaux formats, et bien sûr pour la direction de donner leur chance à des collaborateurs extérieurs, de tester des concepts, d’ouvrir la chaîne, etc. (c’est ainsi que l’animateur de Tour de chant, l’actuelle émission dominicale vouée à la chanson, Martin Pénetétait venu me proposer une mini-série d’été).

Parmi les projets auxquels je tenais le plus, je souhaitais constituer, ou plutôt reconstituer des archives sur les grands interprètes retirés de la vie active. Déjà à l’époque (!) on invitait les artistes au micro en fonction de leur actualité, pour faire la « promo » de leur dernier disque, du concert ou du spectacle auquel ils participaient. Mais les grands entretiens comme ceux que conduisait Claude Maupomé (Comment l’entendez-vous ?) n’existaient plus.

Je me demandais tout simplement, comme beaucoup d’auditeurs, ce qu’ils étaient devenus, tous ces artistes qui nous avaient enchantés. C’était d’ailleurs le premier titre auquel j’avais pensé : « Que sont-ils devenus? ». Finalement nous nous étions arrêtés à un titre à la fois plus neutre et plus explicite : Mémoire retrouvée.

Le principe de l’émission était d’une grande simplicité. Tous les producteurs de la chaîne étaient sollicités, ils choisissaient librement celles et ceux qu’ils allaient interviewer, et, après arbitrage de ma part, on ne fixait la durée et le nombre des émissions qu’après qu’ils eussent rencontré leurs interlocuteurs. Et surtout, l’émission devait échapper au cadre classique de l’interview, questions-réponses, et laisser seulement parler le musicien, l’inviter à se livrer en toute confiance en dehors de toute préoccupation promotionnelle.

C’est peu de dire que ni les producteurs ni les chargés de réalisation n’étaient habitués à pareille liberté (en général, la direction imposait un format, un horaire), et qu’il fallut pas mal de réglages. Mais tous eurent tôt fait de constater que c’était la bonne formule.

Je  me rappelle deux cas en particulier, où cette souplesse fut bienvenue : ce producteur qui s’était rendu au domicile, une petite maison au bord de la Marne,  d’un ténor qui eut son heure (justifiée) de gloire et qui m’avoua qu’il parviendrait avec peine à construire une heure et demie d’émission avec les propos qu’il avait enregistrés (« C‘est terrible, il n’avait rien à dire! »), et à l’inverse, cette productrice qui avait obtenu un rendez-vous avec Renata Tebaldi, en était revenue enthousiaste, avec de la matière pour faire cinq émissions. Le ténor eut ainsi droit à une heure et demie, la concurrente de Maria Callas à sept heures et demie.

Sauf erreur de ma part, cette série d’émissions estivales commença en 1994 et s’acheva en 2000.

Ces Mémoire retrouvée sont, je l’imagine, toutes archivées à l’INA. Elles ont beaucoup servi à Karine Le Bail et à son émission Les Greniers de la mémoire, mais aussi, bien sûr, à chaque fois qu’est survenu le décès de ceux que les micros de France Musique étaient allés chercher au fond de leur retraite.

La grande majorité des artistes sollicités par les producteurs de France Musique avaient répondu avec enthousiasme, souvent avec émotion. Quelques refus cependant : je me rappelle Teresa Stich Randall 

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faisant répondre qu’elle n’avait rien à dire sur sa vie d’avant (les années Aix, erc.), ou Lisa Della Casa disant que ses disques parlaient pour elle.

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Je me réjouis que Françoise Monteil pioche dans ces trésors, dans ces mémoires à jamais vivantes, pour son émission vespérale.

Parmi les extraits disponibles sur le site de l’INA

Roland Petit (1998)

Pierre Schaeffer (1994)

Régine Crespin (1995)

L’aventure France Musique (VII) : la séparation

Il y a vingt ans, en août 1999, j’étais rentré d’un long et magnifique voyage dans l’ouest des Etats-Unis, que je n’avais pas voulu annuler ou réduire, malgré l’incertitude dans laquelle je me trouvais quant à mon avenir professionnel.

Retour en arrière.

En novembre 1998, au terme de manoeuvres dont il a toujours été coutumier (il y en aurait tant à raconter à son propos !), Jean-Marie Cavada était désigné par le CSA pour succéder à Michel Boyon à la présidence-direction générale de Radio France. Il y avait été fortement aidé par Jean-Luc Hees, qui en serait remercié en étant nommé quelques semaines plus tard directeur de France Inter.

C’est, paraît-il, l’habitude dans l’audiovisuel public (on ne commet pas les mêmes erreurs dans le privé) et personne ne l’a jamais sérieusement contestée : un PDG qui arrive débarque l’équipe sortante et installe ses protégés. Exception à la dite règle : Michel Boyon, arrivant fin 2015 à Radio France, se garda bien de l’appliquer, même s’il procéda à des changements après avoir consulté, écouté, pris des avis.

M. Cavada, dès la première réunion de direction qu’il présida, entendit bien montrer qu’il était le patron. On lui avait signalé, quelque part en France, une rupture de faisceau qui avait laissé une antenne locale muette pendant quelques minutes : le patron de la « technique » présent autour de la table se le fit vertement reprocher. L’algarade n’épargna aucun des participants, puisque le nouveau PDG nous indiqua aimablement que la porte était ouverte pour qui voulait la prendre… On eût espéré meilleure entrée en matière !

Le 6 janvier 1999, on apprenait la mort de Michel Petrucciani.

Nous fûmes convoqués à une réunion extraordinaire chez le « président », qui s’impatienta de la lenteur – selon lui – de la réaction des chaînes de Radio France, exigea un plan d’émissions spéciales, etc. Je suggérai que, Radio France étant aussi une grande maison de musique, on organise un grand concert d’hommage à Petrucciani avec tout ce que la planète jazz compte d’admirateurs du musicien disparu. Le dimanche 24 janvier eut lieu un concert-événement, comme on en a peu connus avant et depuis : quatre heures d’antenne, un studio 104 archi comble et le monde entier accouru à Paris.

Toute la soirée on guetta le passage du PDG, qui avait si vigoureusement réclamé un tel hommage. On ne le vit point.

Le lendemain, malgré la fatigue de la soirée, je m’apprêtais à gagner mon bureau d’assez bonne heure, lorsque je reçus, vers 8h30, un appel… de la présidence. Au bout du fil, Jean-Marie Cavada. Pour me remercier de la soirée de la veille ? Que nenni ! Pour me dire très exactement ceci : « Je tiens une conférence de presse à 9 h, je voulais vous avertir que j’y donnerai le nom de votre successeur« . Interloqué – on le serait à moins – j’eus quand même la présence d’esprit de lui demander qui était ce « successeur« . – « Pierre Bouteiller » me dit-il, « mais je vous verrai dans la journée pour vous proposer un autre poste à la hauteur de vos mérites« .

Il y avait dans l’après-midi une cérémonie, à laquelle j’avais été convié, pour fêter les 10 ans de l’existence du CSA. Je ne fus pas d’humeur de m’y rendre, et préférai rassurer mes équipes et proches collaborateurs, auxquels j’avais appris la nouvelle avant qu’elle ne fût rendue publique. J’attendis, bien sûr, en vain l’invitation de M. Cavada au rendez-vous qu’il m’avait promis. Je finis par l’obtenir quelques jours plus tard, sans en attendre grand chose, instruit que j’avais été entre temps des manières de l’ex-animateur de La Marche du Siècle, promesses jamais tenues, débauchages jamais suivis d’effet…

Je finis par comprendre à demi-mots que je serais peut-être recasé à la direction des affaires internationales. Dès que le bruit s’en répandit dans la Maison ronde, le titulaire du poste, qui bénéficiait d’appuis politiques que je n’avais pas (et que je n’ai jamais eus ni revendiqués !), s’empressa de faire barrage à cette initiative.

C’est ainsi que j’échouai avec d’autres collègues « virés » (les directeurs de France Inter, France Culture entre autres !) au septième étage de la maison de la radio, où on transféra nos bureaux… dans l’attente de jours meilleurs. Nous eûmes vite fait de baptiser cette portion de couloir, « l’allée des cyprès » ! De quoi se plaignait-on ? Nous continuions d’être payés, avec les avantages attachés à nos fonctions. Là encore, une triste habitude du service public : le placard plus ou moins doré pour les cadres écartés !

Confusion

Sitôt annoncées, J.M.Cavada entendait que les nominations soient immédiatement effectives. Les nouveaux directeurs devraient prendre leurs fonctions toutes affaires cessantes, comme lors de la formation d’un nouveau gouvernement.

Le seul petit problème qui avait échappé au « grand professionnel » de l’audiovisuel qu’il se targuait d’être est qu’une grille de programmes ne se manipule pas au gré des humeurs d’un PDG. Ainsi, Pierre Bouteiller animait une quotidienne très écoutée sur France Inter, qu’il ne pouvait abandonner du jour au lendemain, surtout pour prendre la direction d’une chaîne – France Musique – dont tous les contrats et les programmes étaient arrêtés jusqu’à la fin de la saison. Pierre Bouteiller, qui lui était un vrai professionnel de la radio – il avait été directeur des programmes de France Inter de 1989 à 1996 – me demanda comme un service d’assurer la continuité de l’antenne, le temps qu’il puisse « céder » son émission et prendre ses marques. Ce que je fis d’autant plus volontiers que les méthodes du nouveau PDG avaient hérissé au plus haut point l’ensemble des collaborateurs de la Maison ronde.

Les semaines s’écoulaient. J’étais toujours salarié de Radio France, mais plus directeur de France Musique, et dans la plus totale incertitude. Je prenais des contacts à l’extérieur, sans pouvoir clairement poser de candidature à tel ou tel emploi. Situation des plus inconfortables. Rien ne bougeait du côté de la présidence. A la demande du bras droit de J.M.Cavada, j’avais élaboré un projet de refonte du programme Hectorun programme musical classique diffusé en continu par satellite, et la nuit sur France Musique. Je m’aperçus quelques mois plus tard qu’on avait généreusement emprunté à mon texte ! Pas de droit d’auteur sur les bonnes idées…

J’annonçai au secrétariat du PDG que je prendrais quelques semaines de vacances en juillet, je n’eus ni réponse ni avis contraire.

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Convocation

De retour de vacances début août, je trouvai une lettre recommandée venant de Radio France… me convoquant à un entretien le 18 juillet ! J’appelai la Direction du personnel (on ne disait pas encore DRH) qui, confuse, me confirma que l’ordre était venu de M.Cavada lui-même d’en « finir » au plus vite avec moi (et de préférence au milieu de l’été pour éviter d’éventuelles vagues !).

Nous convînmes d’un nouveau rendez-vous, je fus reçu par le directeur général de Radio France, et l’adjointe de la directrice du personnel. L’un et l’autre s’excusant de devoir se prêter à cette procédure. Il leur fallait trouver un motif pour me licencier, une baisse de l’audience de France Musique peut-être ? Çà tombait mal, la dernière vague Médiamétrie de juillet faisait état d’une audience établie à 1.7, en nette remontée par rapport à la vague et à l’année précédentes. Cette audience étant mesurée sur « ma » grille de programmes, puisqu’il n’y avait aucun changement depuis mon remplacement par P. Bouteiller en janvier ! Je finis par souffler à mes interlocuteurs désolés qu’on pouvait invoquer un « désaccord » entre le nouveau PDG et l’un de ses principaux collaborateurs. Ainsi fut écrite ma lettre de licenciement ! Mon départ de Radio France fut réglé avec une rare élégance par la directrice du personnel, avec qui je m’étais parfaitement entendu pour traiter de situations souvent délicates (lire Fortes têtes). 

C’était le grand saut dans l’inconnu, mais je préférais mille fois la clarté et la liberté à l’ambiguité dans laquelle j’étais placé depuis le début de cette année 1999. Quelques semaines plus tard, allait commencer une autre aventure, inattendue, inespérée. J’y reviendrai !

PS 1 Ce n’est pas parce que j’évoque la fin de mon aventure à France Musique, que je ne ne reviendrai pas à certains souvenirs, à certains portraits.

PS 2 Au moment où France Musique et les autres chaînes présentent leurs grilles de rentrée, je me rappelle avoir été, bien involontairement, à l’origine des « grilles d’été » de Radio France. Arrivant de la Radio Suisse romande, où les deux mois d’été étaient déjà sous le régime d’une grille « allégée », je proposai dès l’été 1995 un système de même type, une grille d’été très différente de la grille de saison (j’en reparlerai à l’occasion)  La règle à Radio France c’était juste le mois d’août en mode service minimum, beaucoup de rediffusions, et la quasi-totalité des producteurs, journalistes et animateurs en vacances. A l’été 1996, mes collègues de France Inter et France Culture m’emboitèrent le pas, tout le monde trouvant beaucoup d’avantages à la liberté, à la souplesse que permet une grille d’été (notamment pour tester de nouveaux concepts, de nouvelles voix).

La petite histoire (V) : les politiques au micro

Je l’avais promis dans cet article L’aventure France Musique : fortes têtes : Je raconterai une autre fois quelques rendez-vous savoureux, étonnants ou émouvants, que nous eûmes, François Serrette et moi, avec des personnalités que nous souhaitions inviter dans « Domaine privé », notamment une belle brochette d’hommes politiques…

« Domaine privé » était une émission quotidienne de France Musique, voulue par Claude Samuel, qui souhaitait y inviter des personnalités à livrer leurs souvenirs et leurs dilections musicales.

861502_4662915090120_1586218311_n(De gauche à droite, Gérard Courchelle, grand mélomane, alors présentateur vedette du journal de 8h sur France Inter, Claude Samuel, Janine Reiss, François Serrette, le comédien Pierre Vaneck, Michel Larigaudrie, le réalisateur de l’émission, l’écrivain et académicien Frédéric Vitoux, Peter Diamand, alors conseiller artistique de l’Orchestre de Paris et JPR)

J’avais suggéré, avant une élection importante (présidentielle de 1995?), qu’on consacre une semaine de ce « Domaine privé » à des hommes politiques mélomanes. Idée retenue, mais pas évidente à réaliser : il nous fallait des personnalités connues, aux goûts musicaux avérés, mais pas directement impliquées dans la vie politique ni a fortiori dans l’élection à venir, et reflétant l’éventail des sensibilités politiques de l’époque.

Pour ce qui était alors le RPR, le mouvement d’inspiration gaulliste fondé par Jacques Chirac en 1976, le choix n’était pas large. On ne pouvait pas inviter le ministre de la Culture de l’époque, Jacques Toubon. Olivier Morel-Maroger, qui travaillait auprès de Claude Samuel (et qui sera directeur de France Musique de 2011 à 2014), donna le nom d’un député de Paris dont il était proche et qui portait un patronyme qui ne pouvait laisser personne indifférent, Jean de Gaulle

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Pour la mouvance écologiste, mêmes interrogations. Je ne sais plus qui nous suggéra finalement de rencontrer Brice Lalonde, ce que nous fîmes François Serrette et moi. L’ancien ministre de Michel Rocard fut d’abord surpris de notre démarche, et accepta avec enthousiasme de se plier à l’exercice, il raconterait les musiques qui avaient bercé son enfance et son adolescence.

Les trois autres invités s’imposèrent comme des évidences.

Pour le Parti Communiste, la figure de Jack Ralite, longtemps maire d’aubervilliers, éphémère ministre de la Santé de Mitterrand – il n’aura jamais été ministre de la Culture – était incontournable. Je n’ai pas le souvenir d’une programmation musicale marquante, mais Ralite était intarissable et eut d’ailleurs du mal à respecter les contraintes horaires de l’émission.

Pour le Parti Socialiste, notre choix ne surprit que ceux qui ne fréquentaient pas les salles de concert parisiennes (assurément très nombreux !). Même du temps qu’il était ministre, Pierre Joxe était un auditeur/spectateur assidu. Il était devenu premier président de la Cour des Comptes en 1993. François Serrette et moi nous rendîmes donc rue Cambon après avoir sollicité un entretien avec l’ancien ministre de François Mitterrand. Erreur de secrétariat ? Après une longue attente, nous vîmes arriver dans le sombre couloir orné de tapisseries d’Aubusson où nous patientions, Pierre Joxe accompagné d’un personnage qui se présenta comme le premier rapporteur de la Cour. Manifestement, l’un et l’autre attendaient d’autres visiteurs que nous. Je dus insister auprès d’un premier président bien peu aimable pour qu’il écoute au moins l’objet de notre visite. Et soudain l’austère visage s’éclaira : « D’accord je ferai votre émission, mais je veux carte blanche, je ferai moi-même le programme, le découpage » 

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Ce qui fut promis fut tenu, Pierre Joxe arriva le jour dit, parfaitement préparé, refusant qu’on le dérange dans les minutes précédant le direct (même Jean Maheu, le PDG descendu tout exprès au studio, en fut pour ses frais).

Pour l’UDFle nom de l’ancien Premier ministre de Giscard, Raymond Barre tombait sous le sens. Retiré de la vie politique nationale depuis son échec à l’élection présidentielle de 1988, Barre soignait son image d’économiste réputé et de politique rigoureux (l’actualité récente a sévèrement écorné cette image : La fortune secrète de Raymond Barre). Serrette et moi avions obtenu, non sans mal, un rendez-vous avec lui, à ses bureaux du boulevard Saint-Germain (« mais pas plus de vingt minutes, l’agenda du Premier ministre est très chargé » !. 

Ambiance club anglais, fauteuils profonds, Raymond Barre nous accueillit courtoisement mais, encore une fois mal informé du propos de notre visite, nous dissuada d’emblée : « Je ne donne plus d’interview, je n’ai rien à dire » ! Mais comme avec Pierre Joxe, le changement de ton fut immédiat lorsque nous commençâmes à évoquer Mozart, Aix, Salzbourg, les festivals que l’ancien premier ministre aimait fréquenter. Je lui rappelai l’inauguration, quelques années auparavant, de la Grange aux Lacs à EvianEt lui d’évoquer ses compositeurs, ses opéras, ses disques préférés, avec une vraie pertinence et une vraie connaissance de mélomane averti. A deux reprises, une secrétaire vint l’interrompre (« Vous êtes attendu à l’Assemblée Nationale », « Vous allez être en retard« ) et s’entendit répondre : Les députés attendront, ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de parler musique en excellente compagnie ! Laissez moi tranquille !

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La présence de Raymond Barre dans les studios de France Musique fit sensation. Ce fut sans doute, des cinq émissions « politiques », la plus suivie et commentée positivement. A la différence de Pierre Joxe, l’ancien premier ministre parut très soucieux de l’avis et du conseil des collaborateurs de la chaîne, du réalisateur de l’émission en particulier. Il sembla savourer le moment, cette parenthèse musicale et radiophonique, jusqu’à nous avouer que, s’il avait été plus jeune, il aurait peut-être envisagé une nouvelle carrière… sur France Musique !

 

La bande des quatre

Je n’ai pu suivre que partiellement, et à la radio (merci France Musique) le concert-événement qui réunissait avant-hier soir à Orange les quatre formations musicales de Radio France, l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, le Choeur et la Maîtrise de Radio France sous la baguette de Jukka-Pekka Saraste pour la Huitième symphonie de Mahler (à réécouter ici).

Et j’ai entendu les propos du Ministre de la Culture, Franck Riester, sur France Musique : « C’est important de dire que nous avons une richesse musicale exceptionnelle à Radio France, une richesse que nous souhaitons pérenniser. (…) L’ambition musicale de l’audiovisuel public passe par deux orchestres, par une maîtrise et par un chœur (…) Il doit y avoir des économies, des transformations »

L’occasion me semble venue de livrer ma part de vérité à ce sujet.

Nommé par Mathieu Gallet à la direction de la musique de Radio France en mai 2014, j’en suis parti un an plus tard en mai 2015, après la longue grève qui avait affecté la Maison ronde. Nul n’a jamais donné d’explication à ce départ, ni l’ancien président de Radio France, ni moi. Quatre ans après, le temps est venu de la dire.

Car c’est bien à propos des formations musicales de Radio France, dont j’avais la responsabilité comme Directeur de la musique, que s’est creusée la divergence entre Mathieu Gallet et moi.

Un mot personnel d’abord

De tous les directeurs de la Musique qui se sont succédé à Radio France, je suis le seul à avoir eu l’expérience de la direction, de la gestion de plusieurs orchestres (de 1986 à 1993, à la Radio Suisse romande, je participais à la gestion artistique et budgétaire d’une partie des activités de l’Orchestre de la Suisse Romande, et de 1999 à 2014 j’ai été le directeur général de l’Orchestre philharmonique royal de Liège). Ce qui, je peux le dire, m’a donné un avantage décisif dans la relation avec les syndicats et les « représentations permanentes » des formations musicales de Radio France.

Nous parlions le même langage, je connaissais de l’intérieur l’univers des musiciens, les règles et les usages, souvent hermétiques pour les non initiés. Cette connaissance intime des rouages avait un revers : on ne pouvait pas « me la faire » et faire passer certaines habitudes pas très orthodoxes pour des règles établies !

C’est cette connaissance intime, ajoutée au respect réciproque qui a toujours présidé à mes relations avec les musiciens et leurs représentants, qui m’ont, je crois, permis de faire avancer durablement, en dépit de la brièveté de mon mandat, la cause des quatre formations musicales de Radio France.

Fusion, confusion

Pendant la « campagne » qui a précédé l’élection par le CSA du PDG de Radio France, début 2014, on a vu refleurir dans la presse un « marronnier » qui a la vie dure : Faut-il deux orchestres à Radio France ? Lire Les orchestres de Radio France en crise

Débat encore ravivé par le dernier rapport de la Cour des Comptes : « En 2018, comme en 2014, les formations musicales de Radio France sont au nombre de 4. La décision du fusionner les orchestres n’a pas été prise, en dépit des recommandations de la Cour »:« Il n’est ni dans la vocation ni dans les moyens de Radio France de conserver en son sein deux orchestres symphoniques »

Si le général de Gaulle affirmait en 1966, à propos de la Bourse : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », on renverrait bien la formule aux magistrats de la rue Cambon : « La politique culturelle de la France ne se fait pas à la Cour des Comptes« .

Lorsque Mathieu Gallet m’a sollicité pour la direction de la musique de Radio France, nous avons eu plusieurs longs échanges, destinés à fixer le cap de la politique musicale qui serait la sienne et que j’aurais, selon les statuts mêmes de Radio France, à mettre en oeuvre (car, contrairement à ce que l’on croit, et à une pratique dévoyée pendant trop d’années, ce ne sont pas les chefs, les directeurs musicaux, des orchestres qui définissent la ligne artistique de Radio France et de leurs formations).

Dans une note très argumentée que je lui avais remise et qu’il avait acceptée comme base de notre collaboration, je disais deux choses très simples :

  • Le mot même de « fusion » n’a aucun sens, s’agissant de formations musicales. Dans certains cas, en Allemagne notamment, il y a eu des regroupements, des réorganisations (par exemple à Berlin, à la suite de la chute du Mur, ou dans certains Länder, comme le Bade-Wurtemberg), dans malheureusement beaucoup d’autres cas, notamment aux Etats-Unis, des suppressions pures et simples. La fusion est une notion économique, technocratique, en rien transposable à la situation des orchestres.
  • A la question : « Faut-il deux orchestres à Radio France ? » j’avais répondu très clairement : Si c’est pour jouer les mêmes répertoires, se faire une concurrence ridicule, refuser les missions normalement dévolues à des orchestres de radio, NON ! Si c’est pour revenir aux objectifs qui ont présidé à la fondation des deux orchestres, redéfinir deux projets artistiques originaux et complémentaires, dans le respect des missions de service public de Radio France, OUI !

Autrement dit, si on ne corrigeait pas une trajectoire qui, depuis trente ans, avait laissé se développer une rivalité féroce entre les deux orchestres de Radio France et leurs chefs respectifs, on offrait aux partisans de la « fusion » ou de l’élimination d’un des deux orchestres, tout comme aux comptables de Bercy ou de la Cour des Comptes, et à une grande partie de la classe politique, toutes les raisons de persévérer dans leurs idées funestes.

La vocation de chaque orchestre

C’est très exactement le discours que je tins, dès ma prise de fonction début juin 2014, à tous mes interlocuteurs, musiciens, équipes administratives, et un peu plus tard à Daniele Gatti, patron de l’Orchestre National, et Mikko Franck, directeur musical désigné de l’Orchestre philharmonique (Myung Whun Chung, le chef « sortant » de cet orchestre considérant, lui, qu’il n’avait de comptes à rendre à personne, et surtout pas à moi !).

Si nous n’étions pas capables, en interne, de nous réformer, de justifier artistiquement l’existence des deux orchestres, d’autres, à l’extérieur, ne manqueraient pas de s’en charger, et sans états d’âme.

À l’Orchestre National de France la défense et illustration de la musique française, du grand répertoire, servi de préférence par des chefs français – dont la presse rappelle régulièrement qu’ils sont quasiment tous en poste à l’étranger ! -, et une présence beaucoup plus forte dans les salles de concert de l’Hexagone. Les premiers résultats de cette orientation se concrétiseraient dès la saison 2015/2016 et de manière spectaculaire en 2016/2017 (lire Les Français enfin). Du jamais vu depuis plus de quarante ans : 8 chefs français invités, Emmanuel Krivine, Louis Langrée, Stéphane Denève, Alain Altinoglu, Jean-Claude Casadesus, Fabien Gabel, Jérémie Rorher, Alexandre Bloch !

J’ajoute que, pour la deuxième édition du Concert de Paris – le 14 juillet sous la Tour Eiffel – il était indispensable de conforter la place de l’Orchestre National (du Choeur et de la Maîtrise), d’autres formations, comme l’Orchestre de Paris, pouvant légitimement prétendre à cet honneur. La discussion que j’eus, quelques heures avant le concert, sur la pelouse du Champ de Mars avec la Maire de Paris, dut assez la convaincre pour qu’elle conserve, au fil des ans, sa fidélité aux forces musicales de Radio France

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(Photo historique ! Sur les cinq personnes visibles ici, quatre ne sont plus en fonctions : de gauche à droite, Anne Hidalgo, Maire de Paris, Bruno Juilliard, ex-premier adjoint, François Hollande, JPR et Manuel Valls, le 14 juillet 2014)

À l’Orchestre philharmonique de Radio France, les missions dans lesquelles il excelle et qu’il peut assumer grâce à sa « géométrie variable » : la musique du XXème siècle, la création, les productions lyriques, la comédie musicale, les projets radiophoniques, pédagogiques, qui n’excluent pas le grand répertoire. Mikko Franck le Finlandais, né, grandi dans un pays tout entier voué à promouvoir sa musique, sa création, ses talents, comprit très vite la nécessité de « franciser » la programmation de l’orchestre dont il allait devenir le chef.

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La réforme, malgré tout

« Le National pourrait se recentrer sur la musique française, y compris les répertoires et compositeurs méconnus, tandis que le Philharmonique aurait un répertoire plus large, plus audacieux à certains égards « , suggère Jean-Paul Quennesson (Sud), lui-même corniste au National (France Musique1er avril 2015)

Au-delà de la réaffirmation de ces principes, et de leur (ré)activation, qui finalement recueillirent un assentiment quasi-général, une fois certains « réglages » opérés (cf. la déclaration ci-dessus) le véritable enjeu était notre capacité à réformer vraiment et durablement un système, une organisation devenus hors de contrôle. Parce que, en position de force face à des PDG ou des directeurs de la musique qui voulaient la paix, les syndicats, les représentants des musiciens, géraient de fait la planification, l’organisation des « services », les recrutements, et finalement l’administration des orchestres.

C’est peu dire que la réforme du système, pourtant clairement annoncée par le nouveau PDG de Radio France (choisi à l’unanimité par le CSA), ne fut pas une partie de plaisir, comme le rappelait Christian Merlin dans Le Figaro du 2 octobre 2014. Je fus taxé d’une excessive rapidité dans la mise en oeuvre de la réforme…

Et pourtant, malgré les vagues, les préavis de grève, les postures, le patient mais nécessaire travail de fond s’engagea, sous une double contrainte : une perspective budgétaire très « contrainte » pour Radio France, et la renégociation de la convention collective, notamment pour l’annexe qui concerne les musiciens. Avant que la longue grève du printemps 2015 ne vienne interrompre les processus en cours, je dois reconnaître – pour leur rendre hommage – que tous les syndicats présents autour de la table de négociations, y compris la CGT, finirent par accepter de discuter de toutes les dispositions que nous avions incluses dans le projet de nouvelle convention collective, comme celle qui consiste pour une formation à « prêter » certains de ses musiciens à l’autre, lorsque l’effectif requis exige le recours à des musiciens « supplémentaires ». Ce « nouvel accord collectif » sera finalement signé deux ans plus tard, en mars 2017 *!

La divergence

Pendant toute cette période, une grande part de mon temps et de mon énergie fut requise, comme membre du Comité exécutif de Radio France (j’avais insisté auprès de Mathieu Gallet pour que le directeur de la musique fasse partie de cette instance nouvelle de gouvernance), par d’innombrables réunions internes et externes visant à la « finalisation » du Contrat d’objectifs et de moyens (COM) qui devait fixer les moyens que l’Etat consentirait à Radio France pour les cinq années à venir. Le même Etat imposant un retour à l’équilibre budgétaire en deux ans, alors même que les travaux de réhabilitation de la Maison ronde pesaient lourdement sur les comptes et la trésorerie de la maison !

J’avais préparé plusieurs scénarios de « reconfiguration » – comme on dit pudiquement pour parler de restrictions ! – de la direction de la musique, et donc des quatre formations musicales, des plus pessimistes aux plus réalistes. Je n’avais jamais cessé de penser que, bien négociée, bien préparée, cette « reconfiguration » devait permettre le maintien des deux orchestres, du choeur et de la maîtrise. Il n’y avait aucune raison ni artistique, ni politique, ni budgétaire, ni philosophique même, d’envisager de se séparer de l’une de ces formations.

Pourtant Mathieu Gallet, influencé ou « conseillé » par quelques visiteurs du soir (qui ne devaient pas lui vouloir que du bien !) se mit en tête, dès la fin décembre 2014, d’éloigner l’Orchestre National, de le « céder » à la Caisse des Dépôts et Consignations propriétaire du Théâtre des Champs-Elysées, qui avait été le lieu de résidence du National, jusqu’à l’ouverture de l’Auditorium de la Maison de la radio le 14 novembre 2014. CQFD. Des contacts furent pris en secret par le jeune PDG, que nous ne cessions de mettre en garde contre les risques d’une opération aussi hasardeuse et « explosive » dans un contexte déjà très tendu. Une fuite (organisée ?) dans les pages éco du Figaro en février 2015 mit le feu aux poudres, contribuant à déclencher l’un des plus longs mouvements de grève à Radio France.

« La direction avait estimé la semaine dernière que « Radio France n’a pas les moyens de financer deux orchestres symphoniques, un choeur et une maîtrise pour un coût de 60 millions d’euros, ne générant que 2 millions de recettes de billetterie « . Le PDG Mathieu Gallet avait évoqué la piste de se séparer de l’Orchestre national de France et de le transférer au Théâtre des Champs Elysées, proposition rejetée par la Caisse des dépôts, propriétaire majoritaire de la salle parisienne. » (France Musique, 1er avril 2015)

Le conflit avec l’actionnaire prit une tournure publique, lorsque la ministre de la Culture de l’époque, Fleur Pellerin, exigea sur un mode comminatoire que Mathieu Gallet lui envoie son projet stratégique, que celui-ci réitéra, contre toute vraisemblance, son projet « d’externaliser » l’Orchestre National, et que la Ministre lui répondit sèchement, s’inspirant des positions défendues tant par les directions compétentes du ministère que de Radio France et connues de tous, que le futur de Radio France s’inscrirait avec deux orchestres et un choeur reconfigurés, confirmés dans leurs objectifs et leur vocation (Crise à Radio France : Mathieu Gallet le dos au mur)

Je ne pouvais pas soutenir M. Gallet dans son entêtement, il ne pouvait pas accepter que son directeur de la Musique soit sur une position qui lui semblait être celle de son « adversaire » du moment, le Ministère de la Culture. Le divorce était consommé, je devais partir… (Jean-Pierre Rousseau quitte la direction de la musique,21 mai 2015).

Divergence, divorce mais pas rupture puisque je conservais la direction du Festival Radio France et la confiance de son co-président… Mathieu Gallet – qui, jusqu’à son départ forcé de la présidence de Radio France en janvier 2018, n’a jamais ménagé son soutien au Festival !

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(En juillet 2015, de gauche à droite, René Koering, fondateur et directeur du Festival jusqu’en 2011, J.P.R., Jean-Noël Jeanneney, PDG de Radio France en 1985, René Alary, président de la Région Languedoc-Roussillon, Mathieu Gallet, Philippe Saurel, maire de Montpellier)

img_0059(le 28 juillet 2017, à Marciac, avec Katia et Marielle Labèque)

Ironie de l’histoire, mon successeur, nommé au printemps 2016, sera Michel Orier, qui un an plus tôt était le tout puissant et actif Directeur général de la Création artistique du Ministère de la Culture ! Depuis lors, Michel Orier – qui a mis tout son poids dans la réalisation de l’idée de concert Mahler voulue par le nouveau directeur des Chorégies d’Orange, Jean-Louis Grinda, ami et complice d’aventures liégeoises – a non seulement mené à bien les réformes engagées dès 2014, mais il a conforté le rôle irremplaçable des quatre formations musicales de Radio France dans le paysage musical français et international. Et démontré que la Maison de la radio pouvait battre des records de fréquentation de son Studio 104 et de son Auditorium !

* Extraits du « Nouvel accord d’entreprise » de Radio France

Le Nouvel accord d’entreprise vise à mettre en adéquation les conditions de travail des Musicien-nes avec les nouveaux modes de création, de diffusion et d’exploitation de la musique pour faire de Radio France un acteur majeur du secteur de la musique.

Ainsi le Nouvel accord d’entreprise permettra de :

Développer le paritarisme artistique en associant davantage les Musicien-nes à l’élaboration des programmes par la redéfinition du rôle des représentations permanentes artistiques des orchestres et du choeur ;
Gagner en flexibilité dans la gestion des plannings en prévoyant plus en amont la programmation des saisons tout en permettant la tenue de projets exceptionnels afin d’améliorer le service aux antennes ;
Garantir la qualité artistique des formations musicales en optimisant la programmation des Musicien-nes de Radio France au sein des productions des orchestres et du choeur, notamment en cas de défaillance pour maladie ;
Développer la collaboration entre les formations musicales, notamment entre les orchestres en permettant aux Musicien-nes de porter des projets artistiques communs ou de travailler, avec leur accord, dans l’une ou l’autre des formations de Radio France pour répondre à des besoins de nomenclature ;
Renouveler les formats de concerts notamment en permettant la divisibilité de l’ensemble des formations musicales ;
Renouveler les publics en développant les tournées et les offres de concerts les samedis et dimanches pour les familles, l’enfance et la jeunesse ;
Simplifier le système des décomptes et des pauses afin de pouvoir mettre en oeuvre des programmes courts, de créer et d’enregistrer des musiques de film, des projets numériques etc.
Mettre à niveau et simplifier le système de rémunération des Musicien-nes.

(Source : Radio France Espace presse 31 mars 2017)

 

 

 

 

 

 

Des souvenirs et des hommes

Je viens de mettre la dernière main au communiqué de presse qui relate le bilan de la 35ème édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier : 101.400 spectateurs pour 153 événements, soit une augmentation de près de 9% par rapport à 2018.

Des chiffres, il faut des chiffres, on donne des chiffres !

Mais aucun chiffre ne restituera jamais la densité des souvenirs, des émotions, des rencontres, des découvertes qu’a permis le festival. Ni le bonheur d’auditeurs/spectateurs qui, cette année plus que lors d’éditions précédentes, m’ont dit leur surprise, leur enthousiasme, d’avoir pu entendre des oeuvres, des artistes qui leur étaient complètement inconnus, de pénétrer des univers musicaux qui leur étaient étrangers.

Le 19 juillet, j’avais une excellente raison de demander à Emmanuel Krivine de diriger Die Seejungfrau (La petite sirène) de Zemlinsky : c’est très exactement dix-neuf ans plus tôt (en juillet 2000) que j’avais découvert le capiteux triptyque symphonique du beau-frère de Schoenberg, à Montpellier… sous la baguette d’Emmanuel Krivine qui prenait alors congé de l’Orchestre National de Lyon qu’il avait victorieusement conduit depuis 1987. J’avais scellé les prémices de la relation à venir entre le chef français et l’Orchestre national de France avec cette même oeuvre en octobre 2015 (Capiteux)Je voulais raviver ces deux souvenirs. Le résultat fut au-delà de mes espérances.

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Emmanuel Krivine passe pour être d’un abord difficile, compliqué dans  ses relations de  travail.  Je n’ai jamais directement travaillé avec lui, bien qu’il m’eût proposé de le faire dès 1987 (j’avais refusé sa proposition, j’étais arrivé depuis peu à la Radio Suisse romande et ne m’en voyais pas partir aussi vite), mais je n’ai jamais éprouvé de difficulté avec lui, au contraire !

IMG_4475Santtu-Matias Rouvali, Jean-Luc Votano et Magnus Lindberg après un fabuleux concert le 25 juillet

IMG_4436Magnus Lindberg attentif et bienveillant

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Les spectateurs de l’Opéra Berlioz, les auditeurs de France Musique, et la presse internationale venue en nombre, ne s’y sont pas trompés : Fervaal de Vincent d’Indy constituait, ce 24 juillet, l’événement lyrique de l’été : Le Figaro : Fervaal ressuscité à Montpellier et le héros de la soirée était l’époustouflant Michael Spyres.  Un concert à réécouter sur France Musique !

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Extraordinaire ambiance mardi 23 juillet avec l’Australian Youth Orchestra (AYO), dont c’était l’unique étape en France d’une belle tournée européenne : le pianiste Jan Liesecki (qui était déjà venu, quasiment en culottes courtes, jouer au Festival en récital !)   jouait le 2ème concerto de Rachmaninov et Krzysztof Urbanski donnait l’une des plus belles 10ème symphonie de Chostakovitch qu’il m’ait été donné d’entendre.

En présence du très médiatique ambassadeur d’Australie en France, Brenden Berne (à qui je trouve une étonnante ressemblance avec Philippe Jordan !)

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Le festival ce sont aussi des dizaines de concerts dans des dizaines de lieux magnifiques de la région, et des publics toujours plus nombreux et curieux.

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Comme je l’ai déjà raconté souvent ici (L’air du Nord : Magnus Lindbergtout est affaire d’amitié, d’enthousiasme, d’envie, de désir, de curiosité. J’ajoute un élément, pour moi, déterminant : la simplicité, qui est la marque des plus grands. Rien d’affecté, d’artificiel, dans le comportement de ces fantastiques artistes. Presque timides sous les félicitations, mais intensément chaleureux lors des retrouvailles (L’arrivée de l’orchestre de Tampere)

Lorsque viendra le temps de se rappeler les moments-clé de cette aventure, les rencontres humaines seront au moins aussi fortes que les émotions musicales.

Les tableaux d’une exposition

Nelson Freire a annulé il y a quelques jours le récital qu’il devait donner ce samedi à Montpellier dans le cadre du Festival Radio FranceLa chance a voulu que le jeune pianiste russe Andrei Korobeinikov soit libre (il était déjà venu en 2007, 2012, 2015 et 2017 !) et nous offre un programme somptueux et généreux : En première partie, rien moins que trois mazurkas , les première et quatrième Ballades et la polonaise « héroïque » de Chopin !

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En seconde partie, trois préludes de l’opus 23 de Rachmaninov et surtout Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans leur version primitive pour piano (après les versions orchestrales de Ravel et de Cohen que les auditeurs du Festival et de France Musique avaient pu entendre le 13 et le 15 juillet !).

Salle Berlioz comble, en dépit de la défection de Nelson Freire, longues ovations debout pour un musicien vraiment exceptionnel et des Tableaux d’anthologie (à réécouter d’urgence sur francemusique.frsuivis de…

cinq bis (« Cloches » de Chtchedrineune mazurka de Chopin, deux autres préludes de Rachmaninov, et une Etude de Scriabine) !

Cette semaine, on a aussi eu le privilège de visiter la magnifique rétrospective – Chemins de Traverse – que le musée Fabre de Montpellier consacre à l’un des artistes les plus originaux et prolifiques de notre temps, Vincent Bioulès l’enfant du pays.

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En présence du peintre et avec ses commentaires et souvenirs mêlés à l’excellente présentation faite par le directeur du musée Fabre et co-commissaire de l’exposition, Michel Hilaire.

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Impossible de résumer ici, ou même de donner un aperçu du foisonnement créatif de Bioulès, de ses différentes « périodes ». Il faut vraiment visiter cette exposition, qui donne à voir finalement un passionnant panorama des courants qui ont traversé la peinture française depuis soixante ans, et de la liberté d’un artiste qui ne s’est jamais enfermé dans un dogme ou une « marque de fabrique ». Je n’ai retenu ici que des toiles récentes, peut-être parce qu’elles me parlent plus que d’autres.

IMG_4159(Un soir d’été, 2015)

IMG_4161(Un soir l’Etang, 2016)

IMG_4163(L’Etang de l’Or, 2015)

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IMG_4167(L’île Maïre, 1995)

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Le Nord toujours

Quelques images de ces derniers jours au Festival Radio France (#FestivalRF19)

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Le samedi 13 juillet, le violoniste italien, Vikram Sedona19 ans, joue Bach devant une salle comble de spectateurs/auditeurs de 3 mois à 80 ans, attentive et silencieuse, fascinée par le son de ce seul violon, à Saint-Bauzille de Montmel (1000 habitants)

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Le même soir, l’Orchestre du Capitole de Toulouse est à la salle Berlioz de Montpellier sous la direction de Tugan Sokhiev. Bertrand Chamayou et David Guerrier sont les solistes particulièrement inspirés du 1er concerto pour piano et trompette de Chostakovitch.

IMG_4105Le lendemain, 14 juillet, journée particulièrement riche ! Trois récitals de piano (ci-dessus Lukas Krupinski),

91P2Gr81nxL._SL1500_un programme autour du Stabat Mater de Haydn avec le Concert de la Loge et Julien Chauvin à l’Opéra Comédie, et le soir, au Domaine d’O, le premier d’une belle série de concerts de Jazz, avec l’Amazing Keystone Big Band et Celia Kameni.

IMG_4122Discussion avec David Ehnco (à droite) et Pascal Rozat (à gauche), programmateur des soirées Jazz du Festival Radio France.

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Le lundi 15 juillet, dès potron-minet, rendez-vous dans les studios de France Bleu Hérault pour la matinale de France Musique animée par Clément Rochefort.

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Le soir même, une venue très attendue, Gidon Kremer, Tatiana Grindenko et la Kremerata Baltica.

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Emotion palpable, silence absolu, un auditoire bouleversé, comme le soir de la création en 1977, par Tabula Rasa d’Arvo Pärt. Un concert à réécouter ici : Kremerata Baltica

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Le lendemain, tout le monde attendait le retour d’Evgueni Kissin après dix ans d’absence de Montpellier.

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Et hier soir, Hervé Niquet reprenait, pour le public du Festival Radio France et surtout les auditeurs de France Musique, le programme qu’il avait déjà conduit chez Berlioz à La Côte Saint-André (voir Les Nuits de la Côte). 

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Et puis, les hasards d’un déjeuner en terrasse me font rencontrer un personnage très attendu de ce Festival, le ténor Michael SpyresIl est bien arrivé à Montpellier et s’apprête à chanter le rôle-titre de Fervaal de Vincent d’Indyune bagatelle !