La mer, le cinéma et des livres

Le rythme des jours, des soirs et parfois des nuits d’un directeur de festivalQue la fête commence ! – serait intenable si je ne prenais pas le temps de m’extraire d’un maelström incessant.

La mer

Premier bain de mer dimanche matin. À Villeneuve-lès-Maguelone avant l’invasion. Sensation d’une eau glacée, à 20° pourtant.

Une salade fraîche au Carré Mer, la paillote la plus courue de l’endroit, pas de réservation, mais un accueil comme toujours parfait – c’est une constante des établissements des frères Pourcel – et l’on se retrouve parfaitement placé avec vue sur la mer. Recharge complète des batteries pour retrouver la belle programmation d’une Fiesta Latina dans le fabuleux parc départemental du Château d’O, et le soir le concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France (on en reparlera !)

Le cinéma

Suivi de loin en loin le Festival de Cannes, la remise de la palme d’Or à Julia Ducournau pour Titane. Irai-je voir le film ? Rien n’est moins sûr.

En revanche, première séance de cinéma depuis le déconfinement, en milieu d’une journée de 14 juillet très venteuse et nuageuse, au Diagonal à Montpellier. Un film qui se laisse regarder, à la condition d’oublier les modèles, de ne pas chercher la vraisemblance ni a fortiori le rapport à la réalité : Présidents d’Anne Fontaine

Impeccables Jean Dujardin, Grégory Gadebois, et peut-être plus encore leurs conjointes dans le film, Doria Tillier et Pascale Arbillot.

Des livres

Tout arrive, même qu’on se prenne de sympathie pour le Français qui fait la course en tête des bestsellers – Marc Lévy – et qu’on trouve non seulement du plaisir mais de l’intérêt à la lecture de son dernier roman… qui fait froid dans le dos tant il semble inspiré d’une inquiétante réalité

Fini un autre livre, dont le titre est inutilement grandiloquent. Giesbert ou son éditeur n’ont pas trouvé mieux sans doute. Je ne sais pas, à l’heure où j’écris ces lignes, dans quel état se trouve Bernard Tapie. Quoi qu’on pense de lui, on peut au moins admirer son courage à affronter le cancer qui le mine. Mais ce que ce bouquin révèle et nous apprend – car Frantz-Olivier Giesbert rétablit bien des vérités – ce sont toutes les facettes, ombres et lumières, franchise et ambiguïté, moine-soldat et voyou, d’un personnage qu’il est impossible d’aimer ou de détester absolument.

J’ai quelques autres romans sous le coude, ce sera pour plus tard.

Et comme je ne suis jamais loin de la musique, je viens de commencer un essai, dont quelque chose me dit que je ne devrais pas trouver trop de points de désaccord avec l’auteur. Lionel Esparza fait partie des voix et des têtes pensantes de France Musique (je n’ai jamais regretté, bien au contraire, de l’avoir « recruté » jadis sur la chaîne).

« Le génie des Modernes est une réflexion de fond sur le devenir de la musique classique dans les sociétés occidentales, notamment européenne. Partant du constat du dépérissement de cet univers (public vieillissant mal renouvelé, image élitiste persistante malgré les efforts des acteurs concernés, éducation à la pratique amateur ou professionnalisante de plus en plus ténue, survie sous perfusion – subventions -), il tente d’en établir les causes en questionnant notamment le rapport de l’homme au sacré (l’art fut-il et est-il encore sacré ? et l’artiste ?), à la culture savante et populaire. Ne se posant jamais en censeur ou en défaitiste, mais en prenant un recul pour observer la crise actuelle du monde musical classique (y compris celle due au Covid-19) à l’aune des siècles et de l’Histoire.« 

La fête du civisme ?

Et si ce jour de Fête Nationale pouvait réhabiliter ce beau mot et cette belle idée de civisme ?

Après les annonces du président de la République lundi soir, je me suis tenu à l’écart des réseaux sociaux, d’abord parce qu’en tant que responsable de festival, j’ai les mains dans le cambouis. Bien sûr ça ne nous arrange pas de devoir changer tout notre dispositif d’accueil et d’organisation des concerts à partir du 21 juillet – je n’ai toujours pas compris le pourquoi de cette date, alors que les cafés, restaurants et autres lieux accueillant du public sont soumis au nouveau régime à partir du 1er août – voir ici ma déclaration à France 3 (à 4’38)

Mais nous allons tout mettre en oeuvre pour que les concerts du Festival restent une fête, un plaisir. Dans une sécurité sanitaire maximale.

Dictature ?

Le fait de se soumettre à une obligation vaccinale constituerait, selon certains, une atteinte intolérable aux droits de l’homme, voire la manifestation d’une dictature.

J’ai relevé hier deux textes qui n’émanent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, de soutiens d’Emmanuel Macron. Ils n’en revêtent que plus de force.

Du sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi :

« Vous avez dit Dictature?

Depuis hier je vois fleurir les posts enflammés et indignés signifiant que la France aurait basculé dans la dictature (sic). Rien que ça !

J’ai beau guetter et tendre l’oreille. Je n’ai entendu aucun coup feu. Je n’ai pas vu l’armée déployée plus que de raison dans les rues. Je n’ai pas aperçu de dépouilles sur les trottoirs.Je n’ai pas connaissance de cohortes d’opposants au régime qui seraient exécutés séance tenante ou arrêtés par je ne sais quelle milice. J’ai beau scruter les chaînes de TV et de radios, elles débitent toujours les mêmes mièvreries. Point de chants nationalistes, ou glorifiant le président de la République.

Mieux il semblerait qu’il n’y ait ni pénurie, ni rationnement, ni file d’attente devant les commerces. Alors de quelle dictature, parle-t-on ? On m’aurait menti ? Ou aurais-je mal compris ?

J’estime que tous ceux et toutes celles qui utilisent le terme de dictature sont des salauds qui piétinent la mémoire et les corps des victimes des vraies dictatures. Ces dictatures d’hier et d’aujourd’hui qui ont fait des dizaines de millions de morts. Par respect pour ceux-ci, personne ne peut et ne doit galvauder le terme de dictature au risque de basculer dans le relativisme et le révisionnisme.

Alors de grâce, chers complotistes, chers révolutionnaires de salon, chers résistants intermittents de Facebook, rappelez-vous que les mots ont un sens.Ne rajoutez pas l’indignité à l’outrance qui est devenue votre seconde nature !La langue française est riche, cherchez bien, et vous trouverez assurément d’autres mots plus appropriés que le mot dictature.

Je terminerai par un message spécial à destination de tous les salopards qui osent faire un copier coller d’un message mettant en garde contre la Shoah vaccinale .Je classe systématiquement votre courriel dans la corbeille et vous place dans la poubelle car c’est la bonne et juste place pour les ordures. » (Facebook, 13 juillet 2021)

Du député européen Raphael Glucksmann :

En voyant la révolte contre le pass sanitaire au nom des « libertés », on comprend qu’il y a un immense malentendu dans notre pays sur la liberté et la contrainte en démocratie.

Je suis libre tant que ma liberté individuelle ne nie pas celle des autres ou de l’ensemble. Simple.

Or, dans ce cas précis, ne pas me faire vacciner condamne potentiellement toute la nation au confinement à moyen terme. Donc voir mes droits d’accès limités parce que je décide de faire peser un risque sur l’ensemble, ce n’est pas attaquer mes droits, c’est normal. Basique.

Depuis des mois, j’écoute attentivement les arguments de celles et ceux qui doutent des vaccins anti-covid. Délai d’autorisation de mise sur le marché jugé trop rapide, défiance légitime vis à vis de « Big Pharma », défiance vis à vis des autorités de régulation, etc. Le doute n’est pas une mauvaise chose, au contraire: il constitue le point de départ de toute interrogation intéressante sur le monde et la base de la citoyenneté.

Mais quand le doute se transforme en suspicion généralisée, ce n’est plus du doute. Cela devient un rejet de toutes les contraintes collectives qui nous permettent de faire société. Au Parlement européen, je combats les multinationales, « Big Pharma » , le scandale que constitue la privatisation de notre santé… Donc je connais la nocivité de ces labos. Mais je connais aussi le processus de validation scientifique d’un vaccin et je peux vous dire que les vaccins en question ont subi un grand nombre d’essais cliniques et de vérifications indépendantes.

La vaccination est aujourd’hui la seule manière de nous sortir de la pandémie et de son cortège de morts, de malades, de faillites, de dépressions, d’effondrements. Si nous ne voulons pas d’un nouveau confinement, il n’y a pas d’autre solution. Alors s’il vous plaît, si vous êtes en âge de le faire : vaccinez-vous. Pour arrêter la transmission du virus et par souci des autres et de l’intérêt général.

P.S : Je dis ce que je pense, je ne suis là pour flatter personne et ne cours après aucune voix. Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord et vous pouvez évidemment le dire. Par contre on doit rester dans le cadre d’un échange poli, sans insulte et sans haine.

Sur cette histoire de vaccin, rappelons deux ou trois faits :

Les personnels soignants sont déjà obligés d’être vaccinés contre l’hépatite B.

Quand un voyageur se rend dans certains pays, il est soumis à l’obligation de certains vaccins (contre la fièvre jaune par exemple)

Enfin les gens de ma génération ont dû se faire vacciner contre des maladies aujourd’hui éradiquées (polio, tuberculose, variole), les enfants d’aujourd’hui sont soumis à une obligation de 11 vaccins !

Le 14 juillet en musique

Ce soir à Montpellier, c’est la fête partout, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, au nord de la ville à l’amphithéâtre du Domaine d’O (tout le programme ici)

Quel bonheur de retrouver Isabelle Georges et Roland Romanelli pour la création de 17 nouvelles chansons en ce soir de fête nationale ! Souvenez-vous, ils étaient déjà présents au Festival le 15 juillet 2018 – le soir de la victoire des Bleus !

Schumann et la Marseillaise

Dans l’article que j’avais écrit il y a sept ans sur Mozart et la Marseillaise, je n’avais pas exploré tous les avatars de notre hymne national, ce que Max Dozolme avait, au contraire, très bien fait pour France Musique (La Marseillaise dans la musique classique).

En 1851, Schumann compose cette ouverture Hermann und Dorothea en référence au récit épique de Goethe. Les citations de La Marseillaise sont explicites.

Riccardo Muti en a donné la version de référence (lire Riccardo Muti, la quarantaine rugissante)

Le retour au concert

On ne pensait pas que le seul fait d’aller au concert constituerait un événement ! Et pourtant c’est ce que j’ai ressenti jeudi soir en revenant à la Maison de la Radio (et de la Musique!), huit mois après le concert inaugural (lire Inauguration) du chef roumain Cristian Măcelaru, le nouveau directeur musical de l’Orchestre National de France.

Peu de monde dans l’Auditorium de Radio France (jauge à 35 % oblige), un programme sortant vraiment des sentiers battus.

J’ai aimé retrouver cette très belle salle, dont j’ai eu naguère la charge de préparer l’inauguration – en novembre 2014 – .

Le concert – sans entracte – s’ouvrait par le Concerto pour piano et vents de Stravinsky (1924).
Bertrand Chamayou était le soliste – parfait – d’une oeuvre qui n’est jamais parvenue à me passionner, ni même à m’intéresser.
On parle de période « néo-classique » pour Stravinsky, comme une manière d’expliquer, d’excuser la baisse, voire l’absence d’inspiration pour l’auteur glorieux, dix ans plus tôt, d’une trilogie fondatrice de la musique du XXème siècle (L’Oiseau de feu, Petrouchka et, plus encore, le Sacre du Printemps). Pupitres de bois et cuivres resplendissants du National.

La deuxième oeuvre au programme est une rareté absolue, peut-être même une première française ? Les Trois pièces pour cordes sont l’oeuvre d’un très jeune homme : le chef d’orchestre roumain Constantin Silvestri (1913-1969) a 17 ans lorsqu’il compose cette partition, qui se situe dans l’orbite d’un Bartok ou d’un Kodaly, d’inspiration populaire, et qui agit en parfait révélateur de la cohésion d’un orchestre. Si Cristian Măcelaru voulait nous prouver que l’entente entre le National et lui est plus que cordiale, alors c’est réussi. Avec un atout-maître pour le chef roumain, la présence au pupitre de premier violon solo de sa compatriote Sarah Nemtanu)

En septembre 2020, pour son premier concert (Inauguration), Cristian Măcelaru avait déjà choisi une symphonie de Saint-Saëns. Jeudi c’était la toute première, oeuvre d’un adolescent, pleine de belles intentions, de mélodies et de rythmes entraînants, pleine aussi de maladresses et de lourdeurs.

À connaître bien sûr, même si le jeune Saint-Saëns en 1853 est loin d’un Georges Bizet qui écrit, lui, son unique Symphonie en do majeur, à 17 ans lui aussi en 1855. La promesse d’un côté, une juvénilité déjà accomplie de l’autre.

Un concert, celui de jeudi soir, à réécouter sur le site de France Musique : Concert en trois temps.

On peut aussi revoir avec plaisir la Symphonie n°2 donnée en septembre dernier :

L’Orchestre National, Bertrand Chamayou et Cristian Măcelaru seront à Montpellier, le 20 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. A découvrir absolument : lefestival.eu

Les Belges sur France-Musique

Vive le podcast !

Dimanche dernier, l’ami Christian Merlin – lire. – consacrait son émission dominicale – Au coeur de l’orchestre – sur France Musique aux orchestres belges ! Et je l’ai manquée, mais on ne manque plus rien ni en radio ni en télévision grâce au podcast.

On peut donc entendre ou réentendre iciLes orchestres belges – la totalité de cette émission qui dresse un panorama aussi exhaustif qu’équilibré des formations orchestrales belges, mais on ne pourra m’empêcher de penser que, connaissant Christian Merlin, il a gardé le meilleur pour la fin. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, et à partir d’ 1h36, il évoque l’Orchestre philharmonique royal de Liège (qui célèbre ses 60 ans cette année : Anniversaires public/privé).

Christian Merlin rappelle la glorieuse histoire d’une phalange, à laquelle je reste fier d’avoir consacré quinze ans de ma vie, de 1999 à 2014 – lire Liège à l’unanimité -, à laquelle me lient, pour toujours, tant de souvenirs, d’amitiés, d’émotions (Les beaux jours). Crise sanitaire oblige, j’aurai manqué, en cette triste année 2020, à la promesse que je m’étais faite de retourner, une à deux fois par an, rendre visite à mes amis liégeois, mais ce n’est que partie remise !

Pour illustrer son propos à propos de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, Christian Merlin propose deux extraits musicaux : l’étude symphonique n°2, Ophélie, de Guillaume Lekeu, dirigée par Pierre Bartholomée.

et le finale de la Symphonie en ré mineur de César Franck, dirigée par Louis Langrée.

Merlin rappelle qu’une Tribune des critiques de disques de France Musique, à laquelle il participait d’ailleurs, avait, à l’issue d’une écoute à l’aveugle, distingué cette version comme la nouvelle référence interprétative dans une discographie surabondante.

Une anecdote – il y a prescription ! – : j’ai évidemment suivi, de bout en bout, la conception, l’enregistrement et la fabrication de ce disque qui regroupe les symphonies de Chausson et Franck. Je me rappelle une visite dans les bureaux d’Universal France, juste derrière le Panthéon à Paris, pour valider la pochette du disque… et mon étonnement lorsqu’on me présente un visuel ainsi rédigé : Franck CHAUSSON : Symphonies. Le graphiste devait penser qu’après Frank Michael, une gloire belge de la chanson, Franck Chausson devait être la nouvelle star promue par Universal !! J’ai quand même dû insister un peu pour qu’on rétablisse une parfaite égalité graphique entre les deux compositeurs… et rappeler que Chausson se prénommait Ernest !

Pour être complet sur cette Symphonie de Franck, qui est l’emblème de l’OPRL, rappelons que la dernière version enregistrée en 2012 par Christian Arming a obtenu un Diapason d’or (lire L’or des Liégeois)

Et puisque Christian Merlin le cite dans son émission, mentionnons le Diapason d’or 2019 décerné à Jean-Luc Votano pour ce très beau disque, en particulier pour son superlatif concerto pour clarinette de Lindberg.

Bonne écoute : France Musique, Au coeur de l’Orchestre avec Christian Merlin : Les orchestres belges

Un ami disparaît

C’est par un communiqué, tombé à 17h45 aujourd’hui, du théâtre de La Monnaie à Bruxelles, qu’on apprend l’impossible nouvelle :

« Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer que le chef d’orchestre Patrick Davin est décédé cette après-midi, juste avant d’entamer une répétition de l’opéra Is this the end ? Les musiciens, les chanteurs et les collaborateurs de la Monnaie en sont profondément affligés. Les répétitions qui étaient prévues ont été immédiatement annulées. Les membres du comité de direction et le personnel de la Monnaie adressent leurs sincères condoléances et leur profond soutien à la famille de Patrick Davin ainsi qu’à ses proches« 

Dans ce métier, on a peu de véritables amis. Patrick en était un, et de longue date. Sa mort soudaine m’afflige et me renvoie à de tristes souvenirs personnels

Il y a quelques jours encore il me disait sa fierté d’avoir été nommé à la direction du Conservatoire de Liège

Les souvenirs affluent en pagaille à ma mémoire, qui peineront cependant à restituer la richesse de sa personnalité et le lien qui nous unissait.

Besançon

En 1992, je siégeais au jury du Concours international de chefs d’orchestre de Besançon. C’est la première fois que je vis et entendis Patrick Davin, et que je compris que c’était un musicien exceptionnel, même sous des dehors brouillons: sa gestique quelque peu expansive lui a alors probablement coûté le Premier prix, qui est allé à un concurrent qui imitait mieux Karajan et dont on n’a guère plus entendu parler par la suite.

Liège

Nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège en octobre 1999, je retrouve le chef belge dès mon premier contact avec la Cité ardente et son orchestre, puisque, comme je l’ai raconté – Liège à l’unanimité – c’est Patrick Davin qui dirigeait le concert de rentrée de l’Orchestre le 24 septembre 1999.

C’était le début d’une aventure humaine, amicale et musicale qui allait durer… jusqu’à ce que le coeur de Patrick en décide autrement.

Quand de nombreux chefs et musiciens s’empressaient de se « positionner » – rien que de très normal et légitime ! – auprès du nouveau directeur de l’OPL, Patrick Davin ne me demanda jamais de rendez-vous. C’est moi qui le sollicitai, quelques mois après mon arrivée et ce concert de « rentrée ». Pour un projet, puis d’autres, il y en eut tant de magnifiques.

Il faudrait que je feuillette l’ouvrage que nous avions réalisé pour le cinquantenaire de l’orchestre. Pour ne rien oublier de tout ce que Patrick a fait avec et pour l’orchestre.

Une infinie curiosité

Patrick Davin partageait – me voici à parler déjà de lui au passé ! – avec un autre grand chef – Rudolf Kempe – une caractéristique physique qui frappait au premier contact : de petits yeux vifs curieusement enfoncés dans les orbites.

Que de déjeuners ou dîners où nous avons refait le monde, imaginé d’audacieux programmes, organisé des enregistrements.

Me reviennent ainsi les trois symphonies de Rachmaninov, une phénoménale Septième symphonie de Mahler, de la musique contemporaine – même si lui comme moi étions soucieux de ne pas l’enfermer dans une étiquette de spécialiste (qu’il était), la musique française bien sûr, les compositeurs belges

C’est le même Patrick Davin à qui je propose, pour la saison du 50ème anniversaire de l’Orchestre, de diriger le tube des tubes, Carmina Burana de Carl Orff et qui, au lieu de se récrier, accepte d’enthousiasme en glissant dans son programme Shaker Loops de John Adams. C’était tout Patrick ça !

A l’opéra

Mon ami Jean-Louis Grinda avait fait de Patrick le premier chef invité de l’Opéra royal de Wallonie. Chaque année, jusqu’au départ de Jean-Louis en 2007, ce furent de nouvelles productions, et non des moindres, comme le somptueux Mefistofele de Boito qui marqua la fin du mandat de Grinda. Ou encore un Roi d’Ys mémorable

A la Monnaie de Bruxelles, où il est mort aujourd’hui, Patrick Davin avait associé son nom et son talent en particulier à notre cher Philippe Boesmans. Impossible d’être exhaustif. On dira ailleurs et plus tard la carrière magnifique qui fut celle de Patrick Davin.

Mon dernier projet avec lui, c’était à la fois pour la saison de Radio France et le Festival Radio France – La Jacquerie de Lalo – en juillet 2015 à Montpellier et en mars 2016 à Paris.

et la dernière fois que je l’ai applaudi à l’opéra, c’était à l’Opéra Comique pour un fameux Domino Noir

Pardon si j’oublie tant de moments, de concerts, de soirées d’opéra.

L’homme qui doute

Je veux garder de Patrick, au-delà de son legs musical, le souvenir d’un homme de bien, comme on le disait au XVIIIème siècle.

A chaque étape d’une vie professionnelle et aussi personnelle, qui n’a jamais été pour lui un long fleuve tranquille, où que nous soyions lui et moi, mon téléphone sonnait, souvent tard le soir. Et nous parlions de tout, des choix devant lesquels il était placé, de programmation bien sûr, mais plus souvent du sens des choses, de la vanité de certains aspects d’une « carrière » de chef, et même assez récemment, de l’opportunité de poursuivre dans cette voie. Je n’étais pas alors le directeur d’un orchestre (ou d’un festival) susceptible de le réengager, j’étais juste – mais quelle responsabilité ! – un ami à qui on peut tout dire, confier doutes et désirs, dont il attendait écoute, conseils, réconfort.

So long Patrick….

Italie 2020 (IX) : Parme, Toscanini, Verdi, hommages

Je l’évoquais (voir Modène, Luciano et Mirella), je n’ai pu faire qu’une courte visite à pied de la ville de Parmepour cause de handicap pédestre !

IMG_2711Pas de visite de l’imposant Palazzo della Pilotta (ci-dessus) qui vous saisit dès la sortie du parking.

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Une rapide traversée du pont Verdi qui enjambe la rivière

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IMG_2666le temps d’apercevoir les grands jardins du Parco Ducale.

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Direction la Cathédrale de Parmel’un des chefs-d’oeuvre d’architecture religieuse d’une région qui n’en est pas avare !

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IMG_2675Le contraste entre la splendide simplicité extérieure et la foisonnante décoration intérieure de l’édifice est spectaculaire.

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Le Baptistère Saint-Jean qui jouxte la cathédrale, étant en travaux, n’était malheureusement pas visitable.

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Verdi, Toscanini et quelques autres

Plusieurs noms de la musique sont liés à Parme. C’est la ville natale d’Arturo Toscanini, né à Parme le 25 mars 1867, mort à New York le 16 janvier 1957.

D’honorables compositeurs y naissent, comme Ferdinand Paër, ou y meurent, comme Giovanni Bottesini, le virtuose de la contrebasse. D’autres, comme Paganini, y jouent un rôle important – on y reviendra dans un prochain article.

Mais c’est évidemment Verdi (lire Livres d’été : Verdi et Rossini), la célébrité du duché de Parme, puisqu’il naît à une trentaine de kilomètres de Parme, à Roncole – sous domination française ! – le 10 octobre 1813, et qu’il fait sa formation et occupe ses premières fonctions à Busseto.

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Hommages

L’actualité de ces derniers jours a été marquée par deux disparitions qui m’ont touché.

Dominique Ogermort à 73 ans des suites d’une maladie foudroyante, était le type même du mécène amoureux de la musique et des musiciens. Homme d’affaires avisé, il mettait sa fortune au service de cette passion. C’est chez lui à Paris qu’avec quelques amis et musiciens, on avait fêté le 60ème anniversaire de Michel Dalberto en juin 2015

img_2858(Déchiffrage à six mains! Michel Dalberto, Ismaël Margain et Thomas Enhco)

Quant à Micheline Banzet-Lawton ,disparue à 97 ans, on a évidemment plus évoqué le duo qu’elle forma auprès de Maïté dans la Cuisine des mousquetaires de 1983 à 1997, que sa carrière de musicienne, de femme de radio – les débuts de France Musique et d’organisatrice de concerts.

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J’ai eu la chance de rencontrer à deux ou trois reprises Micheline Banzet. J’en conserve un souvenir ému, celui d’une personnalité rayonnante, cultivée, chaleureuse.

Renaud Machart en a dressé un juste portrait dans Le Monde du 26 août 2020.

« Si, pour le grand public, la notoriété de Micheline Banzet reste liée principalement à cette émission de télévision devenue légendaire, elle avait auparavant connu une tout autre carrière, celle d’une brillante étudiante en musique au Conservatoire de Paris (où elle obtient plusieurs prix dans les classes de violon et d’écriture) devenue violoniste professionnelle, puis productrice d’émissions de radio….

A la Radiodiffusion française, Micheline Banzet collabore au Groupe de musique concrète de Pierre Schaeffer (1910-1995), puis au Club d’essai de Jean Tardieu (1903-1995) et au Programme spécial en modulation de fréquence, lancé en 1954 par le même Jean Tardieu, qui prendra pour nom, en 1963, France Musique.

Grâce à son fameux programme « Trois jours avec… » (quelque 1 200 émissions), elle mènera des entretiens radiophoniques avec de grands noms de la musique, dont Maria Callas (1923-1977) et Herbert von Karajan (1908-1989) (les deux ont été reportés sur CD dans les collections INA/Radio France et INA, « Mémoire vive », en 2007 et 2008). Contrairement à ce qui est souvent répété depuis l’annonce de la mort de Micheline Banzet, les propos de Maria Callas n’ont jamais été publiés en livre : « Elle m’avait fait promettre que ces entretiens ne paraîtraient jamais sous forme écrite. Je lui ai donné ma parole », devait-elle confier en 2007.

Micheline Banzet se remarie au négociant de vin Hugues Lawton (1926-1999), cesse ses activités radiophoniques en 1970 et s’installe à Bordeaux, où son vaste réseau de connaissances parmi les vedettes de la musique classique profitera aux manifestations de la région (Mai musical de Bordeaux, Musiques en Côte basque), qu’elle contribuera à fonder ou à accompagner de son expertise »

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Moins connus que ses entretiens avec Maria Callas, ceux que Micheline Banzet a eus avec Karajan en 1964 sont au moins aussi passionnants… Karajan s’y exprime en français notamment sur les symphonies de Brahms !

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Beethoven 250 (XIII) : Une « étoile » centenaire, Isaac Stern

Isaac Stern est né, il y a cent ans, le 21 juillet 1920 à Kremenets (dans l’actuelle Ukraine) et mort en 2001 à New York. Sa famille s’installe à San Francisco lorsque le petit Isaac a un an. Il y étudie au Conservatoire de la ville avec Louis Persinger et Nahum Blinder et donne son premier concert, à 16 ans, avec Pierre Monteux qui dirige alors le San Francisco Symphony. Il joue le 3ème concerto pour violon de Saint-Saëns, qu’il enregistrera plus tard avec Daniel Barenboim et l’Orchestre de Paris.

Sony qui avait déjà réalisé dans les années 90 plusieurs rééditions, compilations des enregistrements du violoniste américain (A Life in Music) propose, pour célébrer ce centenaire, un coffret de 75 CD, copieux mais incomplet.

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Certes le coffret annonce « The Complete Columbia analogue recordings ».  Mais où sont passées par exemple les sonates pour violon et piano de Beethoven avec Eugene Istomin certes déjà rééditées en un boîtier « super éco » ? Alors que les trios du même Ludwig avec le violoncelle de Leonard Rose figurent en juste et bonne place !

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Où sont passés les « premiers enregistrements mondiaux » des concertos de Peter Maxwell Davies et Henri Dutilleux (l’Arbre des songes) ? Eliminés parce qu’ils ne sont pas analogiques ?

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Deux souvenirs me reviennent d’Isaac Stern :

Le premier justement à propos du concerto de Dutilleux, créé le 5 novembre 1985 à Paris par son dédicatoire… Isaac Stern et l’Orchestre National de France dirigé par Lorin Maazel. Le 2 décembre 1987, Stern en donnait la première suisse à Genève avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par David Zinman. J’y étais, et comme producteur à la Radio suisse romande j’avais évidemment décidé de diffuser ce concert en direct. Je savais que le violoniste s’était enquis plusieurs fois auprès des techniciens de la radio des conditions de diffusion du concert, ceux-ci étaient restés dans le flou. Je voulais éviter d’entrer dans d’interminables discussions, connaissant le caractère de « dur en affaires » d’Isaac Stern. Le soir du concert l’événement était considérable au Victoria Hall. Surtout grâce à la star du violon, qu’on n’avait plus reçue à Genève depuis longtemps.

Le moins qu’on puisse dire était que cette « création » m’est apparue bien approximative, balbutiante même, décevante pour tout dire. Stern et Zinman sont néanmoins applaudis comme il se doit. Au troisième rappel, Isaac Stern s’adresse au public et lui dit : « Comme vous avez aimé cette oeuvre, nous allons la bisser« …  Cette seconde version fut incomparablement meilleure, plus assurée, plus rayonnante, comme s’il avait fallu au violoniste un tour de chauffe pour entrer pleinement dans l’oeuvre et entraîner le public.

À l’issue de cette double performance, à l’entracte, je m’en fus saluer Isaac Stern dans sa loge, et me présenter à lui : « Vous n’étiez pas en direct ce soir n’est-ce pas? – Si, bien sûr, pour un tel événement, mais je vous rassure, lui répondis-je, nous ne garderons que la seconde version après les montages éventuels. »

Je rencontrerai Isaac Stern quelques années plus tard dans les studios de France MusiqueIl participait à une émission aujourd’hui disparue, Le matin des musiciens, où le violoniste américain s’exprimait dans un français parfait. J’étais descendu dans le studio pour le saluer, il m’avait remercié de m’être « dérangé » pour cela. Puis me dévisageant, me dit que ma tête lui disait quelque chose. Je lui rappelai alors l’épisode genevois, et c’est alors qu’il me confia la raison de ses questions sur les conditions de diffusion du concert de décembre 1987. Ce n’était pas tant à cause de la première de Dutilleux que d’une mésaventure survenue une décennie plus tôt.

On sait qu’Isaac Stern avait posé comme principe de ne jamais jouer en Allemagne, ni avec un chef allemand après la Seconde Guerre mondiale. Or, à Genève, où il avait souvent joué à l’invitation de l’Orchestre de la Suisse romande et de son administrateur Ron Golan, il lui était arrivé de jouer sous la direction de Wolfgang Sawallisch, directeur musical de l’OSR de 1970 à 1980. Le concert avait, bien entendu, été enregistré par la Radio suisse romande… et proposé aux radios membres de l’UER (Union européenne de Radio-Télévision). C’est ainsi qu’un jour, dans une chambre d’hôtel londonienne, Isaac Stern entendit le présentateur de la BBC annoncer avec un peu d’ironie que le célèbre violoniste avait rompu sa promesse de ne jamais jouer avec un chef allemand, puisque le concert diffusé ce soir-là était dirigé par… un chef allemand !

Emouvante vidéo captée en 2000, un an avant sa mort, lors de la remise du Polar Music Prize qu’Isaac Stern avait reçu conjointement avec Bob Dylan.

Détails du coffret Sony (enregistrements réalisés de 1947 à 1980)

CD 1: Tchaikovsky · Wieniawski: Violin Concertos I Hilsberg · Kurtz

CD 2: Mozart: Violin Sonata No. 26 · Mendelssohn: Violin Concerto I Zakin · Ormandy

CD 3: Violin Favorites I Zakin · Levant · Waxman

CD 4: Prades Festival – Bach I Tabuteau · Schneider · Casals · Wummer · Istomin

CD 5: Mozart: Violin Concerto No. 3 · Beethoven: Violin Sonata No. 7 I Zakin

CD 6: Bartók: Violin Sonata No. 1 · Franck: Violin Sonata I Zakin

CD 7: Brahms · Sibelius: Violin Concertos I Royal Philharmonic Orchestra · Beecham

CD 8: Mozart: Sinfonia concertante · Piano Quartet I Primrose · Casals · Istomin

CD 9: Vignettes for Violin I Zakin

CD 10: Casals Festival at Prades I Schneider · Katims · Thomas · Tortelier · Hess

CD 11: Casals Festival at Prades I Schneider · Katims · Thomas · Foley · Casals

CD 12: Casals Festival at Prades I Schneider · Katims · Tortelier · Casals

CD 13: Casals Festival at Prades I Hess · Casals

CD 14: Prokofiev: Violin Sonatas I Zakin

CD 15: C. P. E. Bach · J. S. Bach · Handel · Tartini: Violin Sonatas I Zakin

CD 16: /17 Brahms: Violin Sonatas Nos. 1, 2 & 3 · F.A.E Sonata I Zakin

CD 18: Vivaldi · Bach: Violin Concertos I Oistrakh · Ormandy

CD 19: Lalo: Symphonie espagnole · Bruch: Violin Concerto No. 1 I Ormandy

CD 20: Bernstein: Serenade I Symphony of the Air · Bernstein

CD 21: Wieniawski: Violin Concerto No. 2 · Saint-Saëns · Ravel I Ormandy

CD 22: Prokofiev: Violin Concertos I Mitropoulos · Bernstein

CD 23: Bartók: Violin Concerto No. 2 I New York Philharmonic · Bernstein

CD 24: Tchaikovsky · Mendelssohn: Violin Concertos I Ormandy

CD 25: Beethoven: Violin Concerto I New York Philharmonic · Bernstein

CD 26: Franck · Debussy: Violin Sonatas I Zakin

CD 27: Brahms: Violin Concerto · Double Concerto I Rose · Ormandy · Walter

CD 28: Vivaldi: Concertos for 2 Violins I Oistrakh · Ormandy

CD 29: Bartók: Violin Concerto No. 1 · Viotti: Violin Concerto No. 22 I Ormandy

CD 30: Stravinsky: Concerto in D · Symphony in 3 Movements I Stravinsky

CD 31: Bartók: Rhapsodies Nos. 1 & 2 · Berg: Violin Concerto I Bernstein

CD 32: None but the Lonely Heart I Columbia Symphony Orchestra · Katims

CD 33: Brahms: Violin Sonatas Nos. 1 & 3 I Zakin

CD 34: Mozart: Violin Concertos Nos. 1 & 5 “Turkish” I Szell

CD 35: Prokofiev: Violin Concertos I The Philadelphia Orchestra · Ormandy

CD 36: Barber · Hindemith: Violin Concertos I New York Philharmonic · Bernstein

CD 37: Schubert: Piano Trio No. 1 I Istomin · Rose

CD 38: Bloch: Baal Shem · Violin Sonata No. 1 I Zakin

CD 39: Brahms: Double Concerto · Beethoven: Triple Concerto I Rose · Istomin · Ormandy

CD 40: Dvořák: Violin Concerto · Romance I The Philadelphia Orchestra · Ormandy

CD 41: Bach: Violin Concertos · Concerto for Oboe and Violin I Gomberg · Bernstein

CD 42: /43 Brahms: Piano Trios Nos. 1, 2 & 3 I Istomin · Rose

CD 44: Lalo: Symphonie espagnole · Bruch: Violin Concerto No. 1 I Ormandy

CD 45: haTikvah on Mt. Scopus I Friedland · Davrath · Tourel · Bernstein

CD 46: Mozart: Violin Concerto No. 3 · Sinfonia concertante I Trampler · Szell

CD 47: Schubert: Piano Trio No. 2 · Haydn: Piano Trio No. 10 I Istomin · Rose

CD 48-51 Beethoven: The Complete Piano Trios I Istomin · Rose

CD 52: Sibelius: Violin Concerto · Karelia Suite I Ormandy

CD 53: Mozart: Flute Quartets I Rampal · Schneider · Rose

CD 54: Bartók: Violin Sonatas · Webern: 4 Pieces I Zakin · Rosen

CD 55: Isaac Stern – Romance I Columbia Symphony Orchestra · Brieff

CD 56: Mozart · Stamitz: Sinfonias concertantes I Zukerman · Barenboim

CD 57: Brahms: Violin Sonata No. 2 · Clarinet (Violin) Sonata No. 2 I Zakin

CD 58: Copland: Violin Sonata · Duo · Nonet I Copland · Columbia String Ensemble

CD 59: Enescu: Violin Sonata No. 3 · Dvořák: 4 Romantic Pieces · F.A.E. Sonata I Zakin

CD 60: Mozart: Concertone · Pleyel: Symphonie concertante I Zukerman · Barenboim

CD 61: Mozart: Divertimento for Violin, Viola and Cello I Zukerman · Rose

CD 62: Beethoven: Violin Concerto I New York Philharmonic · Barenboim

CD 63-64 Concert of the Century I Bernstein · Rostropovich · Horowitz · Fischer-Dieskau

CD 65: Saint-Saëns: Violin Concerto No. 3 · Chausson: Poème I Barenboim

CD 66: Vivaldi: Le quattro stagioni · Concertos for Violin and Flute I Rampal

CD 67: Mozart: Violin Concertos Nos. 2 & 4 I English Chamber Orchestra · Schneider

CD 68: Tchaikovsky: Violin Concerto · Méditation I Rostropovich

CD 69: Brahms: Violin Concerto I New York Philharmonic · Mehta

CD70: Rochberg: Violin Concerto I Pittsburgh Symphony Orchestra · Previn

CD 71: Penderecki: Violin Concerto I Minnesota Orchestra · Skrowaczewski

CD 72: Mendelssohn: Piano Trios I Istomin · Rose

CD 73: The Classic Melodies of Japan I Yamamoto · Hayakawa · Fuju · Naitoh

CD 74: Isaac Stern – 60th Anniversary Celebration I New York Philharmonic · Perlman · Zukerman · Mehta

CD 75: Tchaikovsky: Violin Concerto · Bach: Violin Concertos I Bernstein · Schneider

La génération Piano (I) : Florian Noack

En ce moment même, France Musique rediffuse le récital que Florian Noack donnait le 18 juillet 2016 au Festival Radio France Occitanie Montpellier (à écouter ici), avec, entre autres exploits, une époustouflante Shéhérazade de Rimski-Korsakovtranscrite par ses soins pour piano !

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J’ai choisi le tout jeune trentenaire belge pour ouvrir cette série d’été sur mon blog, parce qu’il incarne, à mes yeux – et surtout à mes oreilles – ce qui fait la singularité d’une partie, mais d’une partie seulement, des pianistes de la jeune génération : au-delà d’une technique, superlative parce que transcendée, un propos original, audacieux, soit dans le choix du répertoire, soit dans la vision, l’approche de ce dernier.

Florian Noack n’a pas gagné les lauriers qui auraient dû logiquement lui être destinés lors du dernier concours Reine Elisabeth de Belgique consacré au piano. Il n’est pas le seul dans ce cas – lire De l’utilité des concours – mais je n’ai pas le sentiment que cet échec ait nui à sa carrière, encore moins à sa personnalité artistique.

La seule discographie de ce jeune artiste dit assez son intelligence et sa curiosité. A suivre à la trace donc !

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Surprise

La nostalgie aurait pu me gagner, lorsque Facebook me montre les photos prises et publiées il y a un an, deux ans, etc… Toujours des photos qui correspondent au début d’une édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Le 24 avril dernier j’annonçais l’annulation de l’édition 2020 (Le coeur lourdet après de longues semaines marquées par les hésitations, les atermoiements du ministère de la Culture, mais aussi par un formidable travail – à distance – d’une équipe du Festival plus motivée que jamais, le 17 juin nous évoquions un Festival Autrement.

Voici qu’aujourd’hui, à la date initialement prévue pour l’ouverture de l’édition 2020, nous ouvrons ce Festival Autrementd’abord avec une radio – la Radio du Festival – qui commence à émettre aujourd’hui à 16 h et qui sera disponible 24h/24

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Radio écoutable grâce à une appli téléchargeable.

Dès lundi 13 juillet, c’est au tour de France Musique d’entrer dans la danse pour deux semaines, avec chaque jour ou presque à 16h et 20 h la rediffusion des grandes heures du Festival.

Mais il y aura d’abord, pour les Montpelliérains – et les auditeurs de la Radio du Festival – la surprise de deux concerts en public de l’Orchestre National Montpellier Occitanie, le pilier, le partenaire historique du Festival, ce soir et demain à l’Opéra Berlioz.

Et le week-end prochain une dizaine de concerts en plein air avec des artistes déjà engagés pour l’édition « normale ».  On passera sur la complexité de la mise en place de ces concerts, pour ne retenir que la joie qui sera celle du public, des musiciens… et de l’équipe du Festival.

 

 

L’archet fougueux

Il a quitté le micro, mais heureusement ni la musique ni la vie, comme auraient pu le laisser penser les tombereaux d’hommages qui ont fleuri sur les réseaux sociaux à l’annonce de sa « retraite » ! Frédéric Lodéon animait son dernier Carrefour de Lodéon ce dimanche sur France Musique : Humeurs beethovéniennes

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Je ne vais pas, à mon tour, succomber aux formules convenues de l’hommage anthume, mais plutôt évoquer l’admiration que j’ai pour le formidable passeur de savoir… et le grand musicien que la carrière radiophonique a masqué.

L’homme de radio

Tous ceux qui ont suivi l’aventure de Frédéric sur France Inter d’abord, et plus récemment sur France Musique, savent son incomparable talent de conteur, de raconteur des petites et des grandes histoires de la musique et des musiciens, sa capacité de toujours valoriser l’autre, celui qu’il recevait à son micro, celui dont il accompagnait les premiers pas dans la carrière – un disque, un concert à signaler – Et comme il appartenait à cette espèce, de plus en plus rare, de ces « animateurs » qui savent de quoi ils parlent (heureusement que Frédéric Lodéon était là pour présenter Les Victoires de la Musique classique… jusqu’à 2018), chacune de ses interventions à la radio ou à la télévision fourmillait d’anecdotes éminemment cultivées.

img_4507(à Evian, le 24 février 2018, les dernières Victoires de la Musique classique présentées par Frédéric Lodéon)

Mais je peux témoigner, pour avoir participé à quelques-unes des émissions de Frédéric, que l’apparente facilité, parfois le sentiment d’improvisation qui passaient à l’antenne reposaient, en réalité, sur une préparation extrêmement minutieuse, une organisation très serrée des séquences de son émission. Tout était écrit… à la main ! Chapeau l’artiste !

L’archet fougueux

Avant d’être l’homme de médias admiré, aujourd’hui regretté, Frédéric Lodéon a été un fameux musicien, un violoncelliste de haute volée – Premier prix à 17 ans du Conservatoire de Paris, seul Français à avoir remporté, ex-aequo avec Lluis Claret,  le premier Concours Rostropovitch en 1977. La plupart des disques qu’il a gravés en soliste pour Erato sont devenus difficilement disponibles. Warner serait bien inspiré de les rassembler dans un coffret, tout comme les magnifiques moments de musique de chambre partagés avec ses compères et amis.

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C’est dans les souvenirs du pianiste Jean-Philippe Collard, récemment paru, que j’ai trouvé ces lignes qui éclairent la personnalité musicale de Frédéric Lodéon et les ressorts   d’une amitié au service de la musique.

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« Quand, de la manière la plus naturelle qui soit, la rencontre avec Frédéric Lodéon et Augustin Dumay s’est produite, il allait de soi que nous avions tous les trois le même objectif, le même désir d’en découdre musicalement parlant. Les chemins de solistes que nous avions empruntés jusqu’alors ne suffisaient plus à satisfaire nos appétits »

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« J’ai bien vite trouvé ma place centrale dans cet équipage impatient. Entre un violon royal  et un archet fougueux j’agissais comme une force d’équilibre…. La force qui nous unissait n’était pas seulement celle de jeunes cavaliers qui sortaient pour aller faire prendre l’air à un trio de Schubert, c’était l’alliage de trois compagnons avides de musique. »

« Bonjour les stars ! C’est ainsi que Maurice Fleuret, alors directeur de la musique au Ministère de la Culture, nous accueillit Frédéric Lodéon, Augustin Dumay et moi, au petit matin d’un rendez-vous que nous avions obtenu de haute lutte, pour défendre un projet qui nous tenait à coeur…. Abrités par de généreux châtelains dans leur domaine de Lascours, dans le sud de la France, nous avions conçu l’idée de stages d’été pour une dizaine de jeunes sélectionnés par nos soins, afin de leur offrir ce qui nous avait cruellement manqué dans nos parcours d’étudiants….. L’orchestre de chambre de Pologne, Emmanuel Krivine et Charles Dutoit avaient accepté de partager l’aventure… Le soir nous nous exprimions lors de concerts donnés dans la cour carrée du château, générations confondues, dans le silence de ces belles nuits d’été »

Echo de ces concerts, ce précieux témoignage filmé : le trio Dumay-Collard-Lodéon et Charles Dutoit dirigeant l’Orchestre de chambre de Pologne

« Méprisé par le représentant de l’Etat, ce bel élan fit long feu et consuma notre enthousiasme et notre audace » (Jean-Philippe Collard, Chemins de musique)

Audace, enthousiasme, fougue, générosité, voilà qui dessine un portrait fidèle de l’ami Frédéric Lodéon, qui n’est pas près de déserter le monde de la musique, et qu’on espère retrouver très vite pour de nouvelles aventures !