La rigueur et la fantaisie

Après Charles Munch, Fritz Reiner, Pierre Monteux, qui avaient fait l’objet de copieuses rééditions, sans parler de Leonard Bernsteinc’est – enfin ! – au tour d’un autre grand chef qui a fait les heures de gloire de CBS devenu Sony, George Szell (1897-1970) de bénéficier d’une réédition à sa mesure.

Il y a quelques années, La Boite à musique à Bruxelles avait proposé un coffret remarquable, édité en Corée, comportant tous les enregistrements symphoniques de Szell, y compris des concerts « live » au Japon.

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Le coffret proposé par Sony, reprend tous les enregistrements réalisés pour Columbia, les premiers en mono, et les concertos où Szell accompagne Isaac Stern, Zino Francescatti, Robert Casadesus, Rudolf Serkin, Leon Fleisher ou Gary Graffman. Dans les pochettes originales, ce qui nous vaut souvent des minutages très chiches. Beau livre, belle iconographie.

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Et – comment dire ? – à l’arrivée comme une sorte de déception. Le remastering est très inégalement apprécié, parfois il assèche une acoustique déjà très rêche, parfois il redonne, au contraire, un peu d’air à des prises qu’on trouvait étriquées, mais sans éliminer un bruit de fond gênant, comme dans les concertos de Mozart avec Casadesus. Mais surtout, la légendaire rigueur de George Szell confine souvent à la raideur, dans Haydn ou Mozart – L’oreille, la mienne, s’est habituée, au fil des ans, à tellement plus de souplesse, d’inventivité, de rebond – merci Nikolaus Harnoncourt ! – que, pour ne prendre qu’un exemple, la Posthorn Serenade de Mozart m’est devenue inécoutable sous la baguette si sévère du patron de Cleveland.

Je ne vais cependant pas me priver de réécouter les Beethoven, Brahms, Schumann, tout un répertoire romantique où précisément la baguette de Szell contrastait avec ses voisins   Munch, Bernstein et même Reiner.

Détails du coffret Szell à voir ici : bestofclassic

C’est un peu l’exact contraire du chef d’origine hongroise qui a disparu le 6 septembre dernier, l’Italien Claudio Scimonela fantaisie faite musique !

Sous la pression de toute une jeune génération de violonistes et chefs italiens, les Biondi, Alessandrini et autres, on a un peu oublié le rôle pionnier de Scimone dans l’interprétation de Vivaldi, et, dans le domaine lyrique, de Rossini. Avec ses Solisti Veneti, il avait poursuivi le travail de redécouverte vivaldienne d’Ephrikian ou des Musici, mais surtout ouvert de nouvelles perpectives à l’interprétation du Prete Rosso. Je me rappelle, il y a dix ou quinze ans, sur Musiq3, avoir entendu Scimone pester contre des interprètes de Vivaldi qui voulaient, à toute force, se rendre originaux, en adoptant des tempi infernaux, en hachant le discours au point de le défigurer, Scimone rappelant une évidence : tout ce que Vivaldi écrivait pour un ensemble instrumental devait pouvoir être chanté par la voix humaine.

C’est vrai qu’en réécoutant la somme assez prodigieuse qu’Erato avait captée, on est parfois surpris par le legato, une articulation qui fait passer la ligne de chant avant les contrastes rythmiques, et on continue d’admirer, même si d’autres visions, d’autres éclairages plus récents ont enrichi notre connaissance de ces répertoires.

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On reviendra plus longuement sur la carrière et la discographie de Claudio Scimone. Hommage !

 

Les nuits de La Côte

Je connais depuis longtemps, de réputation, le Festival Berlioz, surtout depuis que le très actif Bruno Messina en assume les destinées, mais je n’y étais jamais venu, mes vacances ou les obligations liées à la rentrée coïncidant avec les dates du festival.

J’avais trois bonnes raisons de venir cette année à La Côte Saint-André, la ville natale de Berlioz,  trois concerts qui se succédaient judicieusement, me permettant d’entendre trois programmes passionnants sous des baguettes tout aussi passionnantes.

IMG_8947(Le château Louis XI de La Côte Saint-André)

Mardi soir, Hervé Niquet, tout juste sorti des affres de la re-création des Cris de Paris au Festival Radio France, il y a un mois, dirigeait, comme de juste, l’illustre contemporain de Georges Kastner, l’enfant du pays, Hector Berlioz et sa Messe solennelle, sorte de coup de génie juvénile, où tout ce qui fera la singularité du compositeur de la Symphonie fantastique se trouve déjà affirmé, alors même que le jeune Hector – 20 ans – n’est pas encore passé par le Conservatoire ! En première partie, un étrange Requiem « à la mémoire de Louis XVI et Marie-Antoinette » de Martini, qui n’est pas que l’auteur de la célèbre romance Plaisir d’amour.

 

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Coïncidence, mercredi soir, j’allais applaudir celui qui avait fait le premier enregistrement mondial de cette Messe solennelle, John Eliot Gardiner, mais dans un programme de cantates de Bach.

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IMG_8959Le concert était donné à une trentaine de kilomètres de La Côte Saint-André, dans l’église abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye.

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Quatre cantates très différentes, BWV 20 : O Ewigkeit, du Donnerwort BWV 34 : O ewiges Feuer, o Ursprung der Liebe, et en deuxième partie, saisissant contraste entre la BWV 12 : Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen et la BWV 103 : Ihr werdet weinen und heulen.

Les mots me manquent pour dire l’émotion qui m’a saisi dès les premières notes et qui ne m’a plus lâché jusqu’au dernier choral. Je n’avais jamais entendu Gardiner dans ce répertoire – en dehors bien sûr du disque – et avec ces fabuleux musiciens. Y a-t-il aujourd’hui interprète plus inspiré, inspirant, de Bach, après qu’ont disparu les Harnoncourt, Leonhardt, Brüggen ?

 

 

 

 

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John Eliot Gardiner dirige ce soir un programme tout Berlioz (Légendes sacrées du Sudauquel participe l’ami Antoine Tamestitavec qui nous avons échangé, hier soir, quelques beaux souvenirs d’aventures liégeoises : une symphonie concertante de Mozart (avec Louis Langrée en 2006) – Antoine m’a confié que, de cette date et sa rencontre avec le violoniste Frank-Peter Zimmermannétait née l’idée du trio à cordes qu’il forme avec le violoniste allemand et le violoncelliste Christian Poltera

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et l’enregistrement avec l’autre Zimmermann, Tabea, du concerto pour deux altos de Bruno Mantovani.

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Hier soir, c’était au tour de François-Xavier Roth et de son ensemble Les Siècles – qui viennent d’être distingués par les Gramophone Classical Music Awards – de se produire sous le velum (excellente acoustique) de la cour du château Louis XI de La Côte Saint-André.

Une brève pièce chorale de 1861 de Berlioz Le Temple universel écrite pour « double chœur pour deux peuples, chacun chantant dans sa langue. Les Anglais chanteront en anglais, les Français en français » et exaltant une Europe visionnaire : « Embrassons-nous par-dessus les frontières, L’Europe un jour n’aura qu’un étendard » précédait un autre hymne à l’humanité fraternelle, la 9ème symphonie de Beethoven. Avec de belles forces chorales (Spirito, Jeune Chœur symphonique, Chœur d’oratorio de Lyon), un jeune quatuor de solistes Jenny Daviet, Adèle Charvet, Sébastien Droy, Laurent Alvaro, et un orchestre fruité – F.X.Roth me dira qu’il jouait l’oeuvre pour la première fois ! – un concert longuement applaudi par un public qui vient de loin pour suivre une programmation exigeante !

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IMG_8945Les fameuses cloches de la Symphonie fantastique fondues tout exprès à la demande du Festival Berlioz.

Toutes les photos de la maison natale de Berlioz à voir ici : Chez Berlioz (lemondenimages.wordpress.com)

 

 

Déceptions

Voilà, ça arrive ! On s’enthousiasme pour des disques, en l’occurrence des coffrets, dont le contenu paraît alléchant, et on sort déçu de quelques heures d’écoute.

Il est mort il y a un peu plus d’un an, au terme d’une « longue maladie ». Supraphon vient d’éditer un coffret – bizarrement constitué – d’hommage au chef tchèque Jiří Bělohlávek (1946-2017).

Dans mon article du 1er juin 2017 (Obituaries), j’écrivais déjà :

Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil)

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Aujourd’hui, Jean-Charles Hoffelé sur son blog (lire TOMBEAU DE JIŘÍse montre circonspect sur les choix qui ont présidé à ce coffret, mais il trouve de belles qualités au chef disparu dans son répertoire natal. Je suis moins indulgent que lui.

Il n’est que d’écouter le début de la juvénile Sérénade pour cordes de Dvořák, poussif, presque hésitant, alors qu’il s’agit de l’une des plus belles mélodies du compositeur bohémien, la « Nouveau monde » manque de ressort, de relief. La féerie est absente de Ma Mère l’oye de Ravel, inutile d’insister.
Dans aucune des oeuvres (ou extraits ! quelle idée ces mouvements de symphonies de Mahler ?!) Bělohlávek n’emporte l’adhésion ou l’enthousiasme. Un coffret…dispensable !

Autre coffret, à petit prix, au contenu très prometteur :

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Leonard Slatkin est un chef américain pur jus, né en 1944, qu’on connaît un peu mieux en France depuis qu’il a dirigé l’Orchestre National de Lyon (de 2011 à 2017). On l’a vu parfois dans le passé diriger l’Orchestre National de France, mais c’est évidemment aux Etats-Unis qu’il a fait l’essentiel de sa carrière et constitué une discographie importante, en particulier avec l’orchestre symphonique de Saint Louisdont il a été le directeur musical de 1979 à 1996.

Un tel coffret est une aubaine pour qui veut avoir un panorama de la création américaine de la seconde moitié du XXème siècle. A l’exception de Copland et Ives, les autres noms ne sont pas très familiers aux mélomanes européens.

La musique de John Corigliano – 80 ans cette année – fils du légendaire Concertmaster  du New York Philharmonic du temps de Leonard Bernstein, ne m’a jamais paru revêtir une grande originalité, elle se place dans le sillage d’un Copland, sans l’envergure du modèle.

Slatkin en a assuré plusieurs premières, ce qui explique que 2 CD bien remplis soient consacrés à Corigliano. Pas essentiel, mais pas désagréable non plus et sans concurrence.

Pour tous les autres compositeurs présents dans ce coffret, William Schuman, Walter Piston, Copland, Ives, Bernstein, Leroy Anderson, Leonard Slatkin reste toujours dans une honnête neutralité, là où un Leonard Bernstein, par exemple, exalte la singularité, les rythmes, les couleurs mélodiques de partitions qui ressortissent au genre du tableau symphonique ou du divertissement. Comme cet Incredible Flutist, une ballet de 1938 de Walter Piston.

Leonard Slatkin s’est appliqué, depuis quelques années, à graver ce qui ressemble à une intégrale du compositeur de musique « légère », arrangeur hors pair, Leroy Anderson (lire Leroy et Jerry). Un répertoire qui ne supporte pas l’application justement, le sérieux, qui doit pétiller, épater. Comme l’incomparable Arthur Fiedler savait le faire avec ses Boston Pops

Dans cette pièce de genre – Bugler’s Holiday – destinée à faire briller le pupitre de trompettes d’un orchestre, la comparaison est édifiante : Fiedler 1 – Slatkin 0.

71gi6tqdpvl-_sl1500_La meilleure compilation des tubes de Leroy Anderson : Arthur Fiedler et les Boston Pops

 

 

L’harmonie du monde

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Pas un discophile, pas un amateur de musique classique, ne peut ignorer ce label français, aujourd’hui sexagénaire, et qui, malgré de récents soubresauts, porte encore beau.

Harmonia Mundi a été fondé en 1958 par le regretté Bernard Coutazl’un de ces aventuriers du disque qui, comme Philippe Loury et Michel Garcin qui fondèrent Erato en 1950, permit à plusieurs générations d’artistes d’éclore, de développer des projets au long cours, et construit ainsi un catalogue d’une richesse exceptionnelle.

Pour célébrer ces 60 ans d’aventure ininterrompue, le label propose deux beaux coffrets – à petit prix – qui récapitulent très intelligemment, en évitant la compilation morcelée, ces six décennies du « Temps des révolutions » (la révolution baroque) et d »Esprit de famille » (la fidélité à tant d’artistes).

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CD 1-2 A passion for the organ

Historic organs from Trujillo, Malaucène, Brescia & Trebel

CD 3 The discovery of the Old World

Ancient Greek music / Gauls / Roman chants

CD 4 From Renaissance to Baroque

Madrigals by Marenzio, Caccini, Bottrigari, Gesualdo, Monteverdi

CD 5-11 The Baroque revolution

PURCELL King Arthur / Songs : O Solitude, Music for a while…

SCHÜTZ Motets / Kleine geistliche Konzerte & Symphoniae Sacrae

J. S. BACH Magnificat BWV 243, Aria Erbarme dich (St. Matthew Passion)

PERGOLESI Stabat Mater / CESTI Orontea (extraits/excerpts)

LULLY Atys (extraits/excerpts) / Le Bourgeois gentilhomme

CHARPENTIER Te Deum H.146 / RAMEAU Les Indes galantes

DE LALANDE Symphonies pour les Soupers du Roy 12eSuite

CD 12-14 A fresh look at the score

MOZART Church Sonatas

BEETHOVEN Symphony “Eroica” transcribed by Franz Liszt

JOHANN SCHOBERT Piano Quartet op. VII n° 2

ERNEST CHAUSSON Concert op. 21

GABRIEL FAURÉ Requiem op. 48 (version 1893)

JOHANNES BRAHMS Motets Op. 29 & Op. 74

Mélodies sur des poèmes de Victor Hugo

CD 15 The twentieth century

SCHOENBERG Piano Pieces Opp. 11, 19, 23 & 25

LUCIANO BERIO Laborintus 2

CD 16 A window on the worldIranian music, Arabo-Andalusian music, Byzantine chant, Corsica, La Folia de la Spagna

 

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CD 1 The heirs of Alfred Deller – VIVALDI Stabat Mater /CAVALLI / HANDEL

CD 2 The operatic odyssey of René Jacobs – Arias From CAVALIERI to MOZART

CD 3 The ladies of Basel – From MONTEVERDI TO VIVALDI

CD 4-5 The new keyboard virtuosos

Works by F. COUPERIN, J. S. BACH, SOLER, MOZART, BEETHOVEN, BRAHMS

CD 6-9 The Classical style revisited

HAYDN The Seasons / Concerto for cello and orchestra Hob.VIIb:1

MOZART Piano Concerto n° 12, K.414 / Clarinet concerto K.622

BEETHOVEN Missa Solemnis op. 123

CD 10 The French cello school – J. S. BACH, SCHUBERT, OFFENBACH, DUTILLEUX

CD 11 Die Neue Romantik – MENDELSSOHN Violin Concerto Op. 64 / Piano Concerto MWV 02 / Symphony No.4 « Italian »

CD 12 Towards ‘historically informed performance’ RAVEL Daphnis et Chloé (2nd & 3rd part) / Ma Mère l’Oye

CD 13 A trio of stars . . . and the star trio – Works by SCHUMANN and BRAHMS

CD 14 The masters of the lied – SCHUBERT, SCHUMANN, WOLF, EISLER

CD 15-16 The new explorers – ROSSINI, DONIZETTI, BELLINI, VIEUXTEMPS, CHOPIN, DEBUSSY, DE FALLA, GERSHWIN, REICH

CD 17 The new generation

Le Concert royal de la Nuit (Première veille)

English Airs and Tunes of Locke, Purcell, Draghi Le Caravansérail, Bertrand Cuiller

Rhinemaidens – Works by Wagner, Schumann, Schubert

CD 18 Masters of every style – From HAYDN to KURTÁG, J.S. BACH to BARTÓK, CHOPIN to SHOSTAKOVITCH, F. COUPERIN to SATIE

Bestofclassic

La grand-mère du piano

Avalanche de bonnes nouvelles discographiques ce week-end.

Un coffret attendu, espéré, cinquante ans après la disparition prématurée du chef allemand Joseph Keilberth (1908-1968) : Lire Joseph Keilberth, 50 ans après

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Mais j’avoue que le plaisir de retrouver ces enregistrements jusqu’alors mal diffusés du chef allemand n’était rien en regard de celui que j’ai éprouvé avec le cadeau que nous fait Scribendum.

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37 CD c’est une somme, la somme qu’on attendait pour rendre à la grand-mère du piano russe, Tatiana Petrovna Nikolaieva (1924-1993), l’hommage qui lui est dû, vingt-cinq ans après sa mort.

J’ai eu le privilège de siéger au sein du jury du Concours de Genèveà deux reprises, en 1988 et 1990, comme représentant de la Radio suisse romande. Deux crus très différents, en 1990 Nelson Goerner, 1er prix à l’unanimité, haut la main, au sein d’une compétition très riche en talents. En 1988, pas de premier prix, mais un jury où je vais côtoyer la pianiste russe, allure et tenue de бабушка (babouchka)Petite, replette, chignon de cheveux gris. Adorable, mais intraitable lorsqu’il s’agissait de défendre les intérêts des candidats russes. Il était évident pour tout le jury qu’aucun candidat ne pouvait prétendre au premier prix. Mais les deux jurés russes (outre Tatiana Nikolaieva, il y avait un professeur du Conservatoire de Moscou, Viktor Merjanov, look d’apparatchik grisâtre, taciturne) ne pouvaient revenir bredouilles au pays. Le jury finit, bien contre mon gré – mais mon avis pesait bien peu face à ces contraintes diplomatiques – par décerner un deuxième prix à une bien pâle candidate, dont plus personne n’a jamais entendu parler par la suite.

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Au gré des pauses, je l’entreprends, en russe (pour une fois que j’ai l’occasion de pratiquer une langue apprise pendant mes études !), elle me dit qu’elle n’a jamais joué à Genève, qu’elle aimerait bien que… J’en parle aussitôt à Armin Jordan, le patron de l’OSR. Tatiana Nikoliaeva fera ses débuts (!) à Genève au printemps 1990 dans deux concertos de Bach. Puis je l’entendrai à nouveau au festival d’Evian dans le concerto en ré mineur BWV 1052 : plus jamais entendu aussi fabuleuse interprétation…

J’ai ensuite collectionné à peu près tout ce que je pouvais trouver de Tatiana Nikolaieva, d’abord ses Bach (Quand j’ai eu mon Bach), ses sonates de Beethoven, et deux disques de concertos de Bach et Mozart…puis les préludes de Chostakovitch, et ses Tchaikovski.

Tout cela nous est restitué dans de très bonnes conditions, si je me fie aux premiers CD écoutés.

Détails du coffret ici : Tatiana Nikolaieva, les indispensables.

Résurrection

Dans le flot des rééditions, rhabillages en coffrets, qui font aujourd’hui l’essentiel de l’actualité discographique et que je ne suis pas le dernier à chroniquer ici ou sur bestofclassic il y a de tout, du bon grain et de l’ivraie.

Et parfois une publication vraiment exceptionnelle, comme cet élégant coffret bleu nuit :

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Le pianiste russe Emile Guilels avait bénéficié d’un hommage discographique très important à l’occasion de son centenaire en 2016. Warner, DGG, Sony/RCA et Melodia nous avaient restitué un legs particulièrement important. Voir :   Emil Gilels centenaire.

Dans le papier que je lui consacrais, le 16 octobre 2016 (Un jeune centenaire), je regrettais, dans l’imposant coffret rouge de Melodia – outre le prix très élevé d’un objet certes très beau – qu’il y eût aussi peu de témoignages « live » de la maturité de Guilels.

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Regret que vient combler ce miraculeux coffret de 5CD, vendu lui à prix très doux, malgré l’extrême qualité du contenu comme du contenant. Merci à Frédéric d’Oria-Nicolas d’avoir redonné vie, avec le concours du petit-fils du pianiste (qui se croit obligé d’appeler son grand-père « Maestro », suivant une épouvantable manie d’un certain milieu  mélomane), à ces cinq récitals donnés dans l’acoustique irrésistible du Concertgebouw d’Amsterdam. Le résultat est tout simplement prodigieux.

Et pour ceux qui, comme moi, n’ont jamais eu le bonheur d’entendre Guilels en concert – alors que j’avais eu cette chance avec Richter – ces disques ressuscitent l’art impérial, phénoménal, d’un pianiste que le studio semblait corseter, en tout cas dans la dernière partie de sa carrière (comme le coffret DGG). Il y a bien quelques embardées, mais quelle puissance, quelle palette de nuances, quelle vitalité inépuisable, quel art du chant… les qualificatifs manquent. ! Impossible de choisir parmi ces disques, il faut tout écouter… et réécouter.

Copieux livret bilingue français/anglais. Réalisation extrêmement soignée, exemplaire !

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A ce prix, c’est « le » coffret à acquérir d’urgence !

Mariage

C’est entendu, il ne sert à rien de s’interroger sur la pertinence, la nécessité, pour une chaîne de télévision de service public – France 2 – d’offrir sept heures ininterrompues de direct à un mariage princier outre-Manche.

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Finalement, cette twitteuse invétérée, qui râle plus souvent qu’à son tour, doit avoir raison : « C’est fou le nombre de gens qui ne comprennent pas qu’on puisse kiffer un beau mariage. Désolée, mais moi, ça me fait un bien fou de regarder ces gens heureux, bien habillés, riches… J’ai zéro aigreur. J’ai un plaisir de gamine à voir des jolies robes, une déco de malade… ça fait du bien de voir du beau, des trucs d’un autre siècle, d’un monde qui disparait petit à petit… On continuera à stresser et à faire la gueule demain, promis, mais là, laissez-nous nous émerveiller ».

Je me suis satisfait de l’un des multiples résumés diffusés par toutes les chaînes en une de leurs JT.

Beaucoup d’internautes ont relevé le haut niveau des prestations musicales qui ont accompagné la cérémonie. Il faut reconnaître aux Britanniques une évidente supériorité en la matière !

Le choix de musiques fait par les jeunes mariés (ou à eux conseillé !) est plutôt bien venu

L’Ode pour l’anniversaire de la reine Anne de Haendel n’est pas l’oeuvre à laquelle on aurait pensé d’emblée. Il faut dire qu’on a le choix dans l’oeuvre du compositeur allemand natif de Halle, devenu sujet britannique : que d’odes et hymnes (comme les Coronation Anthems) pour les célébrations, funérailles, anniversaires, couronnements royaux !

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Le compositeur John Rutter (né en 1945) est une star outre-Manche, il perpétue une tradition chorale si profondément ancrée dans l’âme britannique.

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L’hymne Lord of All Hopefulness,entamé par la royale assistance de l’église St.George de Windsor, est l’oeuvre d’une femme Joyce Anstruther (1901-1953) qui eut quelques succès littéraires.

La prestation du jeune violoncelliste Sheku Kanneh-Mason (né en 1999) a été particulièrement remarquée.

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Sheku a enchaîné trois oeuvres, accompagné par l’orchestre de la BBC du Pays de Galles, dirigé par Christopher Warren-Green.

D’abord une Sicilienne faussement attribuée à la musicienne autrichienne Maria Theresa von Paradies (1759-1824), Elle a en réalité été composée par le violoniste Samuel Dushkin qui prétendit l’avoir découverte et qui se serait inspiré d’un thème de la sonate pour violon (opus 10 n°1) de Carl Maria von Weber.

Puis une transcription, réalisée par Pablo Casals, d’une célèbre mélodie de Gabriel Fauré, Après un rêve.

Enfin le célébrissime Ave Maria de Schubertqui avait toute sa place dans une célébration religieuse britannique, la mélodie de Schubert trouvant son origine dans La dame du lac de Walter Scott !

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C’est évidemment la prestation du Kingdom’s Choir qui aura fait la plus forte impression :

Avec Stand by Me de Ben E.King  et le gospel This little light of mine.

PS. Pendant que quelques millions de téléspectateurs suivaient minute par minute ce princier mariage, je redécouvrais ou découvrais des enregistrements du chef finlandais Esa-Pekka Salonen, rassemblés dans un généreux coffret. Détails ici : Salonen, le maître du XXème siècle.