Déceptions

Voilà, ça arrive ! On s’enthousiasme pour des disques, en l’occurrence des coffrets, dont le contenu paraît alléchant, et on sort déçu de quelques heures d’écoute.

Il est mort il y a un peu plus d’un an, au terme d’une « longue maladie ». Supraphon vient d’éditer un coffret – bizarrement constitué – d’hommage au chef tchèque Jiří Bělohlávek (1946-2017).

Dans mon article du 1er juin 2017 (Obituaries), j’écrivais déjà :

Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil)

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Aujourd’hui, Jean-Charles Hoffelé sur son blog (lire TOMBEAU DE JIŘÍse montre circonspect sur les choix qui ont présidé à ce coffret, mais il trouve de belles qualités au chef disparu dans son répertoire natal. Je suis moins indulgent que lui.

Il n’est que d’écouter le début de la juvénile Sérénade pour cordes de Dvořák, poussif, presque hésitant, alors qu’il s’agit de l’une des plus belles mélodies du compositeur bohémien, la « Nouveau monde » manque de ressort, de relief. La féerie est absente de Ma Mère l’oye de Ravel, inutile d’insister.
Dans aucune des oeuvres (ou extraits ! quelle idée ces mouvements de symphonies de Mahler ?!) Bělohlávek n’emporte l’adhésion ou l’enthousiasme. Un coffret…dispensable !

Autre coffret, à petit prix, au contenu très prometteur :

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Leonard Slatkin est un chef américain pur jus, né en 1944, qu’on connaît un peu mieux en France depuis qu’il a dirigé l’Orchestre National de Lyon (de 2011 à 2017). On l’a vu parfois dans le passé diriger l’Orchestre National de France, mais c’est évidemment aux Etats-Unis qu’il a fait l’essentiel de sa carrière et constitué une discographie importante, en particulier avec l’orchestre symphonique de Saint Louisdont il a été le directeur musical de 1979 à 1996.

Un tel coffret est une aubaine pour qui veut avoir un panorama de la création américaine de la seconde moitié du XXème siècle. A l’exception de Copland et Ives, les autres noms ne sont pas très familiers aux mélomanes européens.

La musique de John Corigliano – 80 ans cette année – fils du légendaire Concertmaster  du New York Philharmonic du temps de Leonard Bernstein, ne m’a jamais paru revêtir une grande originalité, elle se place dans le sillage d’un Copland, sans l’envergure du modèle.

Slatkin en a assuré plusieurs premières, ce qui explique que 2 CD bien remplis soient consacrés à Corigliano. Pas essentiel, mais pas désagréable non plus et sans concurrence.

Pour tous les autres compositeurs présents dans ce coffret, William Schuman, Walter Piston, Copland, Ives, Bernstein, Leroy Anderson, Leonard Slatkin reste toujours dans une honnête neutralité, là où un Leonard Bernstein, par exemple, exalte la singularité, les rythmes, les couleurs mélodiques de partitions qui ressortissent au genre du tableau symphonique ou du divertissement. Comme cet Incredible Flutist, une ballet de 1938 de Walter Piston.

Leonard Slatkin s’est appliqué, depuis quelques années, à graver ce qui ressemble à une intégrale du compositeur de musique « légère », arrangeur hors pair, Leroy Anderson (lire Leroy et Jerry). Un répertoire qui ne supporte pas l’application justement, le sérieux, qui doit pétiller, épater. Comme l’incomparable Arthur Fiedler savait le faire avec ses Boston Pops

Dans cette pièce de genre – Bugler’s Holiday – destinée à faire briller le pupitre de trompettes d’un orchestre, la comparaison est édifiante : Fiedler 1 – Slatkin 0.

71gi6tqdpvl-_sl1500_La meilleure compilation des tubes de Leroy Anderson : Arthur Fiedler et les Boston Pops

 

 

L’harmonie du monde

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Pas un discophile, pas un amateur de musique classique, ne peut ignorer ce label français, aujourd’hui sexagénaire, et qui, malgré de récents soubresauts, porte encore beau.

Harmonia Mundi a été fondé en 1958 par le regretté Bernard Coutazl’un de ces aventuriers du disque qui, comme Philippe Loury et Michel Garcin qui fondèrent Erato en 1950, permit à plusieurs générations d’artistes d’éclore, de développer des projets au long cours, et construit ainsi un catalogue d’une richesse exceptionnelle.

Pour célébrer ces 60 ans d’aventure ininterrompue, le label propose deux beaux coffrets – à petit prix – qui récapitulent très intelligemment, en évitant la compilation morcelée, ces six décennies du « Temps des révolutions » (la révolution baroque) et d »Esprit de famille » (la fidélité à tant d’artistes).

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CD 1-2 A passion for the organ

Historic organs from Trujillo, Malaucène, Brescia & Trebel

CD 3 The discovery of the Old World

Ancient Greek music / Gauls / Roman chants

CD 4 From Renaissance to Baroque

Madrigals by Marenzio, Caccini, Bottrigari, Gesualdo, Monteverdi

CD 5-11 The Baroque revolution

PURCELL King Arthur / Songs : O Solitude, Music for a while…

SCHÜTZ Motets / Kleine geistliche Konzerte & Symphoniae Sacrae

J. S. BACH Magnificat BWV 243, Aria Erbarme dich (St. Matthew Passion)

PERGOLESI Stabat Mater / CESTI Orontea (extraits/excerpts)

LULLY Atys (extraits/excerpts) / Le Bourgeois gentilhomme

CHARPENTIER Te Deum H.146 / RAMEAU Les Indes galantes

DE LALANDE Symphonies pour les Soupers du Roy 12eSuite

CD 12-14 A fresh look at the score

MOZART Church Sonatas

BEETHOVEN Symphony “Eroica” transcribed by Franz Liszt

JOHANN SCHOBERT Piano Quartet op. VII n° 2

ERNEST CHAUSSON Concert op. 21

GABRIEL FAURÉ Requiem op. 48 (version 1893)

JOHANNES BRAHMS Motets Op. 29 & Op. 74

Mélodies sur des poèmes de Victor Hugo

CD 15 The twentieth century

SCHOENBERG Piano Pieces Opp. 11, 19, 23 & 25

LUCIANO BERIO Laborintus 2

CD 16 A window on the worldIranian music, Arabo-Andalusian music, Byzantine chant, Corsica, La Folia de la Spagna

 

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CD 1 The heirs of Alfred Deller – VIVALDI Stabat Mater /CAVALLI / HANDEL

CD 2 The operatic odyssey of René Jacobs – Arias From CAVALIERI to MOZART

CD 3 The ladies of Basel – From MONTEVERDI TO VIVALDI

CD 4-5 The new keyboard virtuosos

Works by F. COUPERIN, J. S. BACH, SOLER, MOZART, BEETHOVEN, BRAHMS

CD 6-9 The Classical style revisited

HAYDN The Seasons / Concerto for cello and orchestra Hob.VIIb:1

MOZART Piano Concerto n° 12, K.414 / Clarinet concerto K.622

BEETHOVEN Missa Solemnis op. 123

CD 10 The French cello school – J. S. BACH, SCHUBERT, OFFENBACH, DUTILLEUX

CD 11 Die Neue Romantik – MENDELSSOHN Violin Concerto Op. 64 / Piano Concerto MWV 02 / Symphony No.4 « Italian »

CD 12 Towards ‘historically informed performance’ RAVEL Daphnis et Chloé (2nd & 3rd part) / Ma Mère l’Oye

CD 13 A trio of stars . . . and the star trio – Works by SCHUMANN and BRAHMS

CD 14 The masters of the lied – SCHUBERT, SCHUMANN, WOLF, EISLER

CD 15-16 The new explorers – ROSSINI, DONIZETTI, BELLINI, VIEUXTEMPS, CHOPIN, DEBUSSY, DE FALLA, GERSHWIN, REICH

CD 17 The new generation

Le Concert royal de la Nuit (Première veille)

English Airs and Tunes of Locke, Purcell, Draghi Le Caravansérail, Bertrand Cuiller

Rhinemaidens – Works by Wagner, Schumann, Schubert

CD 18 Masters of every style – From HAYDN to KURTÁG, J.S. BACH to BARTÓK, CHOPIN to SHOSTAKOVITCH, F. COUPERIN to SATIE

Bestofclassic

La grand-mère du piano

Avalanche de bonnes nouvelles discographiques ce week-end.

Un coffret attendu, espéré, cinquante ans après la disparition prématurée du chef allemand Joseph Keilberth (1908-1968) : Lire Joseph Keilberth, 50 ans après

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Mais j’avoue que le plaisir de retrouver ces enregistrements jusqu’alors mal diffusés du chef allemand n’était rien en regard de celui que j’ai éprouvé avec le cadeau que nous fait Scribendum.

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37 CD c’est une somme, la somme qu’on attendait pour rendre à la grand-mère du piano russe, Tatiana Petrovna Nikolaieva (1924-1993), l’hommage qui lui est dû, vingt-cinq ans après sa mort.

J’ai eu le privilège de siéger au sein du jury du Concours de Genèveà deux reprises, en 1988 et 1990, comme représentant de la Radio suisse romande. Deux crus très différents, en 1990 Nelson Goerner, 1er prix à l’unanimité, haut la main, au sein d’une compétition très riche en talents. En 1988, pas de premier prix, mais un jury où je vais côtoyer la pianiste russe, allure et tenue de бабушка (babouchka)Petite, replette, chignon de cheveux gris. Adorable, mais intraitable lorsqu’il s’agissait de défendre les intérêts des candidats russes. Il était évident pour tout le jury qu’aucun candidat ne pouvait prétendre au premier prix. Mais les deux jurés russes (outre Tatiana Nikolaieva, il y avait un professeur du Conservatoire de Moscou, Viktor Merjanov, look d’apparatchik grisâtre, taciturne) ne pouvaient revenir bredouilles au pays. Le jury finit, bien contre mon gré – mais mon avis pesait bien peu face à ces contraintes diplomatiques – par décerner un deuxième prix à une bien pâle candidate, dont plus personne n’a jamais entendu parler par la suite.

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Au gré des pauses, je l’entreprends, en russe (pour une fois que j’ai l’occasion de pratiquer une langue apprise pendant mes études !), elle me dit qu’elle n’a jamais joué à Genève, qu’elle aimerait bien que… J’en parle aussitôt à Armin Jordan, le patron de l’OSR. Tatiana Nikoliaeva fera ses débuts (!) à Genève au printemps 1990 dans deux concertos de Bach. Puis je l’entendrai à nouveau au festival d’Evian dans le concerto en ré mineur BWV 1052 : plus jamais entendu aussi fabuleuse interprétation…

J’ai ensuite collectionné à peu près tout ce que je pouvais trouver de Tatiana Nikolaieva, d’abord ses Bach (Quand j’ai eu mon Bach), ses sonates de Beethoven, et deux disques de concertos de Bach et Mozart…puis les préludes de Chostakovitch, et ses Tchaikovski.

Tout cela nous est restitué dans de très bonnes conditions, si je me fie aux premiers CD écoutés.

Détails du coffret ici : Tatiana Nikolaieva, les indispensables.

Résurrection

Dans le flot des rééditions, rhabillages en coffrets, qui font aujourd’hui l’essentiel de l’actualité discographique et que je ne suis pas le dernier à chroniquer ici ou sur bestofclassic il y a de tout, du bon grain et de l’ivraie.

Et parfois une publication vraiment exceptionnelle, comme cet élégant coffret bleu nuit :

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Le pianiste russe Emile Guilels avait bénéficié d’un hommage discographique très important à l’occasion de son centenaire en 2016. Warner, DGG, Sony/RCA et Melodia nous avaient restitué un legs particulièrement important. Voir :   Emil Gilels centenaire.

Dans le papier que je lui consacrais, le 16 octobre 2016 (Un jeune centenaire), je regrettais, dans l’imposant coffret rouge de Melodia – outre le prix très élevé d’un objet certes très beau – qu’il y eût aussi peu de témoignages « live » de la maturité de Guilels.

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Regret que vient combler ce miraculeux coffret de 5CD, vendu lui à prix très doux, malgré l’extrême qualité du contenu comme du contenant. Merci à Frédéric d’Oria-Nicolas d’avoir redonné vie, avec le concours du petit-fils du pianiste (qui se croit obligé d’appeler son grand-père « Maestro », suivant une épouvantable manie d’un certain milieu  mélomane), à ces cinq récitals donnés dans l’acoustique irrésistible du Concertgebouw d’Amsterdam. Le résultat est tout simplement prodigieux.

Et pour ceux qui, comme moi, n’ont jamais eu le bonheur d’entendre Guilels en concert – alors que j’avais eu cette chance avec Richter – ces disques ressuscitent l’art impérial, phénoménal, d’un pianiste que le studio semblait corseter, en tout cas dans la dernière partie de sa carrière (comme le coffret DGG). Il y a bien quelques embardées, mais quelle puissance, quelle palette de nuances, quelle vitalité inépuisable, quel art du chant… les qualificatifs manquent. ! Impossible de choisir parmi ces disques, il faut tout écouter… et réécouter.

Copieux livret bilingue français/anglais. Réalisation extrêmement soignée, exemplaire !

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A ce prix, c’est « le » coffret à acquérir d’urgence !

Mariage

C’est entendu, il ne sert à rien de s’interroger sur la pertinence, la nécessité, pour une chaîne de télévision de service public – France 2 – d’offrir sept heures ininterrompues de direct à un mariage princier outre-Manche.

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Finalement, cette twitteuse invétérée, qui râle plus souvent qu’à son tour, doit avoir raison : « C’est fou le nombre de gens qui ne comprennent pas qu’on puisse kiffer un beau mariage. Désolée, mais moi, ça me fait un bien fou de regarder ces gens heureux, bien habillés, riches… J’ai zéro aigreur. J’ai un plaisir de gamine à voir des jolies robes, une déco de malade… ça fait du bien de voir du beau, des trucs d’un autre siècle, d’un monde qui disparait petit à petit… On continuera à stresser et à faire la gueule demain, promis, mais là, laissez-nous nous émerveiller ».

Je me suis satisfait de l’un des multiples résumés diffusés par toutes les chaînes en une de leurs JT.

Beaucoup d’internautes ont relevé le haut niveau des prestations musicales qui ont accompagné la cérémonie. Il faut reconnaître aux Britanniques une évidente supériorité en la matière !

Le choix de musiques fait par les jeunes mariés (ou à eux conseillé !) est plutôt bien venu

L’Ode pour l’anniversaire de la reine Anne de Haendel n’est pas l’oeuvre à laquelle on aurait pensé d’emblée. Il faut dire qu’on a le choix dans l’oeuvre du compositeur allemand natif de Halle, devenu sujet britannique : que d’odes et hymnes (comme les Coronation Anthems) pour les célébrations, funérailles, anniversaires, couronnements royaux !

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Le compositeur John Rutter (né en 1945) est une star outre-Manche, il perpétue une tradition chorale si profondément ancrée dans l’âme britannique.

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L’hymne Lord of All Hopefulness,entamé par la royale assistance de l’église St.George de Windsor, est l’oeuvre d’une femme Joyce Anstruther (1901-1953) qui eut quelques succès littéraires.

La prestation du jeune violoncelliste Sheku Kanneh-Mason (né en 1999) a été particulièrement remarquée.

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Sheku a enchaîné trois oeuvres, accompagné par l’orchestre de la BBC du Pays de Galles, dirigé par Christopher Warren-Green.

D’abord une Sicilienne faussement attribuée à la musicienne autrichienne Maria Theresa von Paradies (1759-1824), Elle a en réalité été composée par le violoniste Samuel Dushkin qui prétendit l’avoir découverte et qui se serait inspiré d’un thème de la sonate pour violon (opus 10 n°1) de Carl Maria von Weber.

Puis une transcription, réalisée par Pablo Casals, d’une célèbre mélodie de Gabriel Fauré, Après un rêve.

Enfin le célébrissime Ave Maria de Schubertqui avait toute sa place dans une célébration religieuse britannique, la mélodie de Schubert trouvant son origine dans La dame du lac de Walter Scott !

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C’est évidemment la prestation du Kingdom’s Choir qui aura fait la plus forte impression :

Avec Stand by Me de Ben E.King  et le gospel This little light of mine.

PS. Pendant que quelques millions de téléspectateurs suivaient minute par minute ce princier mariage, je redécouvrais ou découvrais des enregistrements du chef finlandais Esa-Pekka Salonen, rassemblés dans un généreux coffret. Détails ici : Salonen, le maître du XXème siècle.

Tolérance

J’avais à peine signalé le rapatriement d’un blog, jusqu’alors hébergé en Belgique, sur un site français – bestofclassic -, publié un article – Les symphonies de Schubert – où je raconte comment, et avec quels interprètes, j’ai découvert ce corpus, que je me prenais, sur les réseaux sociaux, un déferlement de critiques et de « commentaires » de la part d’une poignée de courageux vigiles cachés derrière des pseudonymes – toujours les mêmes arbitres auto-proclamés des élégances !

Ce n’est pas la première fois (et pas la dernière !) que je constate, sur Facebook, Twitter ou des forums spécialisés, que la Musique classique est loin d’adoucir les moeurs de ceux qui lui vouent un amour exclusif, jaloux, quasi-sectaire, le plus souvent solitaire, voire égoïste.

« Vous portez des jugements, lapidaires, péremptoires et (c’est le moins qu’on puisse dire) peu musicologiques ! » m’écrit l’un de ces gardiens du temple.

J’ai osé dire que je n’avais jamais accroché à une intégrale des symphonies de Schubert, souvent citée en référence, celle de Claudio Abbado, que Karl Bôhm – avec qui j’ai découvert la 6ème symphonie de Schubert – me semblait bien « pépère » !

Mon contempteur n’avait sans doute pas lu un autre article du même blog, à propos de Karl Böhm, qui m’avait d’ailleurs valu une volée d’indignations pour cause de titre non convenable (l’humour n’est pas la vertu la mieux partagée chez les « mélomanes avertis » !) : Faut-il être sexy pour être un grand chef ?  Extraits : Karl BÖHM (Graz 1894 – Salzbourg 1981) est…de la race des très grands chefs d’orchestre. Sans doute l’exact opposé, en termes de « look » ou d’exposition médiatique de son compatriote et contemporain Herbert von KARAJAN (1908-1989). Sérieux jusqu’à l’austérité, et pourtant dans la rigueur capable d’une sensualité inattendue, notamment dans les oeuvres de celui qu’il a servi avec le plus de fidélité : Richard STRAUSS….. On n’est pas obligé de souscrire aux options du chef dans des Mozart etSchubert souvent excessivement sages et mesurés, mais il n’y a jamais de contresens ni d’absence de perspective. En revanche, on aime beaucoup ses Beethoven grandioses et ses Brahms denses et fluides à la fois….

Il n’avait pas lu non plus les deux articles consacrés à Claudio Abbado : Claudio Abbado 80 ans  et Abbado, Karajan, les lignes parallèles

Non, cher anonyme correspondant, je ne permets pas de « jugement péremptoire, lapidaire, et peu musicologique » quand j’évoque les enregistrements que j’aime et/ou avec lesquels j’ai grandi, quand je parle d’artistes que j’admire profondément mais dont les disques ou les concerts ne m’ont pas toujours passionné.

En effet, je ne suis ni musicologue, ni critique professionnel. Juste quelqu’un qui a la chance infinie de travailler, depuis une trentaine d’années, pour et avec des musiciens.

Sur la critique, je me suis expliqué à plusieurs reprises : L’art de la critique (suite), et surtout Le difficile art de la critique

« Résumons, on peut distinguer trois types de critiques :

  • les critiques auto-proclamés
  • les critiques automatiques
  • les critiques autocritiques

Dans la première catégorie, presque tous les internautes, adeptes des réseaux sociaux, animateurs de sites, blogs et autres forums. Comme les supporters de football, ils refont le match à la place des joueurs et les équipes à la place des sélectionneurs. Le problème c’est qu’ils finissent par croire qu’ils ont la science – de la critique – infuse et le font croire aux malheureux organisateurs de concerts qui n’arrivent plus à convaincre les rares critiques professionnels qui restent de faire un papier, un articulet, même une brève.

Les musiciens qui, pour certains, supportent déjà mal la critique tout court, supportent encore moins cette nouvelle race de critiques auto-proclamés (sauf lorsque, par exception, ils écrivent des gentillesses).

Je force le trait ? Pas sûr.

Dans la deuxième catégorie, les critiques automatiques, je range les fans, les fans de lyrique en premier. Leurs admirations, et leurs détestations, sont inconditionnelles, exclusives, pavloviennes……Mais ce type de critiques automatiques vaut pour le piano, le violon, les chefs d’orchestre….

Heureusement, il y a une troisième catégorie, les critiques autocritiques. Ceux qui n’ont pas d’avis définitif, qui font confiance à leur expérience et à leurs oreilles, plutôt qu’à l’air du temps, à la pression de la « com », qui aiment et respectent  suffisamment les artistes pour ne tomber ni dans la complaisance ni dans la condescendance.

La critique est une école de l’humilité. J’en ai fait l’expérience grâce à la première émission de critiques de disques qui a reposé sur le principe de l’écoute à l’aveugle, Disques en lice, lancée fin 1987 sur Espace 2, la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry. Pendant six ans, jusqu’à mon départ pour France Musique, semaine après semaine, nous avons exploré tous les répertoires, entendu, comparé des centaines de versions et appris la modestie. Tel(le) pianiste présenté(e) comme une référence absolue ne passait jamais l’épreuve de la première écoute, tel orchestre au son typiquement américain s’avérait être plus français que français, tel(le) chanteur/euse  si reconnaissable était un(e) illustre inconnu(e). »  (extraits de mon billet Le difficile art de la critique 9 septembre 2015)

Pour en revenir au sujet initial – les symphonies de Schubert ! – l’écoute anonyme de six versions de la 5ème symphonie de Schubert, dans Disques en liceavait été fatale… à Claudio Abbado, en même temps qu’elle avait révélé Beecham !

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Encore un exemple tout récent ! Puisque j’ai osé cibler les fantaisies que se permettait Nikolaus Harnoncourt dans sa première intégrale des symphonies de Schubert avec le Concertgebouw et que, de ce fait, je me suis rendu coupable du crime de lèse-Harnoncourt, que mes accusateurs se donnent la peine d’écouter la Table d’écoute à laquelle Camille de Rijck avait eu la faiblesse de me convier, sur la 40ème symphonie de MozartEcoute à l’aveugle, comme toujours.

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Me taxeront-ils de trop d’enthousiasme ou de respect pour le grand chef disparu il y a deux ans ?

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Si la critique est une école de l’humilité, je devrais ajouter que l’écoute critique est, ou devrait être, une école de la tolérance. 

Sur ce blog, comme sur d’autres où j’ai choisi de m’exprimer, je n’impose rien à personne – qui serais-je pour le faire ? – et je me garde bien de poser des jugements, des avis définitifs. Je livre parfois des souvenirs, les méandres d’un parcours qui m’a conduit aux responsabilités que j’ai assumées et assume encore, mes goûts plus que mes dégoûts, mes enthousiasmes plus que mes déceptions. En toute liberté.

 

Chanter Mozart

Retard à l’allumage, involontaire, puisque Diapason a bien tardé à m’envoyer son numéro d’avril. Mais il n’est jamais trop tard pour évoquer un excellent article et surtout des propositions réjouissantes.

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Diapason propose, en effet, 10 disques pour redécouvrir les chanteurs de Mozart... et les voix d’aujourd’hui et d’hier qui semblent les incarner le plus fidèlement. Le choix a dû surprendre plus d’un lecteur.. et réjouir ceux qui, comme moi, avaient déjà placé ces enregistrements dans leur discothèque la plus chère.

A commencer par un 33 tours, acheté lors de mon premier voyage en Hongrie – l’année de la mort prématurée du chanteur ! – , puis réédité en CD, avec un artiste admirable, qui est resté très largement inconnu dans nos contrées occidentales, Jozsef Reti

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Tout, le timbre, la vibration particulière de la voix, quelque chose du mélange virilité/douceur qu’il y avait chez un Fritz Wunderlich, tout dans ce disque voué à Mozart, continue de m’émouvoir profondément à chaque écoute, même si l’accompagnement orchestral manque singulièrement de pétillement.

Autre enregistrement recommandé par Diapason, qui m’enchante aussi depuis des lustres, là encore voix, timbre, phrasé immédiatement reconnaissables, Rita Streich (Revue de chauves-souris)

Pour évoquer  Josepha Dušek ,Diapason conseille un disque de la trop rarement enregistrée Julia Varady inoubliable Vitellia (de la Clémence de Titus)

 

Autre excellent chanteur mozartien, le ténor gallois Stuart Burrows.

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,Je ne vais pas révéler tout l’article de Diapasonmais encore citer l’un des premiers disques de Cecilia Bartoli.

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