Nul visiteur de la cité saxonne ne peut ignorer les deux figures de proue de la musique de cette ville : Bach et Mendelssohn, ni l’orchestre le plus ancien d’Europe, celui du Gewandhaus fondé en 1743.
C’est une nouvelle parution qui nous donne l’occasion d’évoquer à nouveau le lien si particulier de Félix Mendelssohn avec Leipzig.
Andris Nelsons, viré sans ménagement de la direction du Boston Symphony, n’a heureusement pas le même souci avec l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig dont il est le directeur musical depuis bientôt dix ans.
La critique a été partagée – mais c’est apparemment une mode – sur les intégrales Bruckner, Chostakovitch et Richard Strauss que Deutsche Grammophon a publiées avec Andris Nelsons, intégrales qui réunissent alternativement les deux orchestres – Boston et Leipzig – dont Nelsons est le chef.
Cette nouvelle proposition, les cinq symphonies de Mendelssohn, ses deux oratorios Paulus et Elias, enregistrés avec l’orchestre dont le compositeur fut le chef à partir de 1835, me semble particulièrement bienvenue. J’avoue ne pas comprendre le critique du Devoir (que je cite dans mon article Orchestres sans tête) qui dézingue ce coffret sans complexe, en le comparant à l’idéal que constituerait, selon lui, la récente intégrale réalisée par Yannick Nézet-Séguin. Le Nelsons bashing ça suffit ! Il suffit d’avoir des oreilles pour écouter, et ce que j’ai entendu jusqu’à présent de ce coffret est tout à l’avantage du chef letton.
Et si l’on veut comparer à d’autres versions antérieures, gravées elles aussi à Leipzig, on n’est pas sûr qu’elle soient toujours à l’avantage de ces dernières. Kurt Masur, l’inamovible patron du Gewandaus de 1970 à 1996, a laissé deux intégrales des symphonies, assez inégales.
Riccardo Chailly, le prédécesseur de Nelsons (de 2005 à 2016), n’a pas succombé à la mode des intégrales et a laissé quelques témoignages intéressants :
On pourra vraiment éviter cet enregistrement lourdissime d’un prédécesseur de Nelsons et Chailly, Franz Konwitschny qui en récompense sans doute de son engagement pour l’Allemagne hitlérienne, dirigera le Gewandhaus de 1949 à sa mort en 1962.
Pour ce qui est des deux oratorios, dans la droite filiation de ceux de Bach – que Mendelssohn contribuera grandement à remettre au jour – Andris Nelsons offre une référence moderne, d’autant mieux venue que les derniers enregistrements intéressants remontent à un demi-siècle.
C’est à Wolfgang Sawallisch qu’on doit, avec Leipzig, une référence inégalée d’Elias :
Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog !
On commémore les 50 ans de la mort du plus grand compositeur britannique du XXe siècle, Benjamin Britten (1913-1976). Suite du premier épisode Britten l’illumination quant à une discographie raisonnée du compositeur autant que de l’interprète.
Britten chef
Comme beaucoup de compositeurs, Benjamin Britten a souvent été le meilleur interprète de lui-même, mais comme chef il est loin de s’être limité à sa seule oeuvre. Il est souvent passionnant quand il dirige Bach, Mozart, voire des compositeurs plus tardifs.
Dans le répertoire baroque et classique, il est clairement du côté des « modernes » si le mot a un sens.
Benjamin Britten dirige la version de référence des rares Scènes de Faust de Schumann
Britten pianiste
Tout mélomane a depuis longtemps ces précieux documents captés à Aldeburgh. La musique à l’état pur entre Benjamin Britten et Sviatoslav Richter
On garde pour d’autres épisodes le Benjamin Britten accompagnateur de son chanteur de prédilection, son compagnon Peter Pears, et interprète de ses compatriotes (Elgar, Grainger, Holst…)
Mais pour terminer ce billet, ce bijou immortel : Kathleen Ferrier et Benjamin Britten en 1952
Kathleen Ferrier a fait ses débuts à la scène en créant le Viol de Lucrèce de Britten en 1946. On y reviendra bien sûr quand on abordera les grandes oeuvres lyriques du compositeur !
Et toujours bonheurs et humeurs du moment dans mes brèves de blog
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » ! Tout le monde connaît la célèbre citation extraite du Mariage de Figaro de Beaumarchais.
Sur ce blog, l’éloge flatteur a très nettement l’avantage sur le blâme, je fais la part belle à l’indispensable. Alors pour une fois faisons exception avec quelques déceptions, des parutions ou des manifestations qui ne me paraissent pas pertinentes, donc tout à fait dispensables !
On sait l’admiration que j’ai pour Cyrus Meher-Homji, l’infatigable animateur de la branche australienne d’Universal et surtout redécouvreur des trésors des labels Philips, Decca, Deutsche Grammophon et associés.
Je regrette toujours le prix payé en France pour ces rééditions de grande qualité, mais dont les coûts sont amortis depuis longtemps.
C’est dire si j’étais impatient de découvrir ce dernier coffret du jeune Lorin Maazel – le chef américain disparu le 13 juillet 2014 ayant été l’objet de multiples articles sur ce blog, au fur et à mesure des rééditions d’une discographie abondante.
C’est dire aussi la déception à l’écoute notamment de ce qui forme l’essentiel de ce coffret : de Bach les concertos brandebourgeois, les quatre « suites » pour orchestre, l’Oratorio de Pâques et la Messe en si.
Sans tomber dans la caricature, en dehors de l’alternance vif-lent parfois exacerbée, ces Bach sont d’une raideur obsolète malgré une distribution séduisante (Teresa Stich-Randall, Anna Reynolds, Ernst Haefliger, John Shirley-Quirk).
Les quatre symphonies – 38 à 41 – de Mozart sont tout aussi dispensables.
Seul le duo inattendu Evelyn Lear / Christa Ludwig sauve un Stabat mater de Pergolese hors sujet.
Le reste du coffret est déjà bien connu, parce que déjà publié dans le coffret DG, et lui fait partie des indispensables avec la Symphonie de Franck, la suite de L’Oiseau de feu et le Chant du rossignol de Stravinsky, et surtout d’admirables Falla (L’amour sorcier, Le Tricorne)
Quand je feuillette le dernier numéro de Diapason (mais les précédents n’étaient guère mieux fournis) et que je vois la part des critiques consacrées aux nouvelles parutions discographiques, je ne peux que constater une sorte d’inéluctable raréfaction dans ce qu’il est convenu d’appeler le grand répertoire, au profit de quelques découvertes dans des répertoires dits « de niche ».
Il y a des engouements que je ne partage pas, des disques dont je me demande quelle est la valeur ajoutée à une discographie pléthorique – comme la floraison de Variations Goldberg, le dernier tube à la mode ? –
Mais pour ne pas terminer sur une note pessimiste, quelques-unes de mes récentes « bonnes affaires » et des réussites à saluer :
Justement pour les Variations Goldberg, quelle extraordinaire idée que celle qu’ont eue Thibaut Garcia et Antoine Morinière de cette véritable recréation pour deux guitares !
Cette critique dans le BBC Music Magazine : « Angioloni delivers a compelling, energetic account of a score that should be better known »
D’un pianiste qui se fait trop discret, ce disque de sonates de Beethoven (2, 9, 14 et 31) que je n’avais pas repéré à sa sortie
Et cela juste une petite réparation, des disques perdus au cours d’un déménagement et que j’avais le plus grand mal à retrouver même d’occasion à des prix raisonnables. Hier au cours d’une visite chez Gibert, je tombe directement sur ce coffret si précieux des symphonies de Brahms enregistrées par le grand Kurt Sanderling à Dresde !
J’ai hésité avant de commander d’abord ce coffret qui couvre la période 1971-1979, puis le précédent – 1953-1969 -. Le prix fait réfléchir (puisque j’achète tous mes disques !) mais le travail éditorial et l’objet même sont remarquables.
Tout semble avoir été déjà dit, écrit sur le chef d’orchestre salzbourgeois : Karajan est né dans la ville natale de Mozart le 5 avril 1908 et mort dans sa maison d’Anif, à 8 km de Salzbourg le 16 juillet 1989. Ici même les occurrences ne manquent pas : lire Mon Karajan
Alors pourquoi revenir à Karajan et à ces captations de concert ? D’abord en raison de quelques raretés, pas toujours indispensables, mais surtout parce qu’une fois de plus le concert, le « live » révèlent l’artiste tel qu’en lui-même le studio, trop léché, trop poli – surtout à cette période-là – le corsètent.
>Webern pièces op 5 / Schumann symph 4 / Tchaikovski conc piano 1 – Mark Zeltser
CD 20 25/11/79
>Bach conc brandebourgeois 1 / Beethoven symph 3
*J’ai raconté le souvenir très particulier que j’ai gardé du concert que donnaient Karajan et ses Berliner à Lucerne, trois semaines avant ce concert, le 31 août 1974, avec au programme ce Pelleas de Schoenberg (L’été 74).
Les surprises d’un coffret
Les textes et les photos qui font une grande partie de la valeur de ce coffret – en allemand et en anglais seulement ! – dressent des portraits contrastés du chef, surtout lors de cette décennie 70 où la recherche du beau son va sembler l’emporter sur les considérations purement musicales. On sort en réalité des clichés, des postures, par le témoignage de musiciens, de preneurs de son, de collaborateurs qui n’étaient pas, n’ont jamais été de simples faire-valoir. Mais on admire ce qui a fait la légende Karajan – et que m’avait rapporté jadis l’un de ses rares « élèves », le chef allemand Günther Herbig, invité plusieurs fois à Liège – la fabrication, la construction d’une interprétation, avant même la recherche du son d’ensemble. Tous les documents – rares jusqu’à maintenant – qui montrent Karajan en répétition l’attestent.
On comparera donc avec intérêt les doublons qui figurent dans ce coffret (‘Le Sacre du printemps, la 5e de Bruckner, la 41e de Mozart), on ne s’attardera pas longtemps sur les rares « créations » – on imagine bien pourquoi Karajan dirige une oeuvre de Werner Thärichen, l’indéboulonnable timbalier et surtout délégué des musiciens des Berliner (!) – mais on relèvera un art consommé de la programmation. On a sans doute choisi les concerts les plus originaux pour ce coffret, mais on reste rêveur devant ce qui était proposé au public berlinois.
Il faut aussi relever que le système mis en place par Karajan et Berlin de contrôle absolu de tout ce qui était enregistré, produit, pour le concert et pour le disque, est encore très largement en vigueur aujourd’hui. On ne trouve quasiment pas trace sur internet, a fortiori sur YouTube, d’un « live » qui n’ait pas été formellement approuvé par la firme !
Exception avec ce Chant de la Terre, capté en janvier 1978 (cf. ci-dessus), avec Agnes Baltsa et Hermann Winkler :
A intervalles réguliers, j’évoque ici les bonnes affaires que je fais, soit dans l’unique magasin classique encore un peu garni à Paris, soit par correspondance. Cette période de l’année s’y prête particulièrement entre soldes et déstockage.
Habilement, et utilement, le rayon classique de Gibert – qui a repris ses quartiers d’antan au rez-de-chaussée du magasin du 34 bd. St Michel, mêle disques neufs et occasions.
Entre Gibert et le site allemand jpc.de,, avec des prix bradés, j’ai eu l’embarras du choix
Chopin / Amir Katz
Je ne sais quasiment rien de ce pianiste israélien, Amir Katz, dont j’ai déjà entendu le beau piano dans les cycles de Lieder de Schubert qu’a enregistrés Pavol Breslik, et comme j’ai une passion singulière pour les Etudes de Chopin, je n’ai pas résisté.
Chostakovitch rime avec Rostropovitch
Encore un de ces clichés qui veut que le génial violoncelliste ait été un piètre chef d’orchestre… sans doute Mstislav Rostropovitch (1927-2007) n’était-il pas le technicien le plus sûr de la baguette, mais diable est-ce ce qu’on attend d’un interprète? Je réécoutais récemment les symphonies de Tchaikovski enregistrées par Rostro, quel souffle ! quelle ardeur ! et puis il chante tout de même dans son arbre généalogique. Dans cette intégrale Chostakovitch que j’avais négligée, ignorée, même – elle est proposée à 35 € sur jpc.de) on a tout de même affaire à l’ami du compositeur, à celui qui, jusqu’à son exil, a vécu la Russie tragique du XXe siècle. Je découvre, à petites doses, cette intégrale, et je m’en veux d’avoir tant tardé à le faire
Les invitations de Mireille Delunsch
Comment ai-je pu ignorer ce disque majeur, moi qui aime tant Duparc et son sublime corpus de mélodies ?
Le Bach de Tharaud
Je n’ai pas toujours été tendre avec Alexandre Tharaud mais je peux comprendre qu’Alain Lompech le défendre contre des contempteurs qui ne prennent pas toujours la peine même de l’écouter.
Ces concertos de Bach gravés il y a une quinzaine d’années ne manquent pas de séductions…
Gerstein transcendant
Toujours du piano – on en profite ! – avec Kirill Gerstein qu’on applaudissait la semaine dernière à la Philharmonie de Paris (lire sur Bachtrack : Les ascensions de Gerstein et Bychkov), et ce disque – encore un que je n’avais pas repéré ! – des Etudes d’exécution transcendante de Liszt
On a appris le décès d’un pilier de la vie musicale allemande, qui a été, bien malgré lui, victime de cette loi invisible des frontières, que je dénonçais ici il y a plus de dix ans. Qui, en France, connaît et/ou a entendu en concert le chef Helmuth Rilling qui vient de disparaître ?
Les discophiles ne peuvent l’ignorer, tant il a donné de son art et de son talent à servir Bach en tout premier lieu, avec cette monumentale édition
Tout cela est disponible en disques et/ou coffrets séparés à petits prix.
Je conseile à ceux qui connaîtraient mal ce chef, un coffret très intéressant qui est une sorte d’auto-portrait et qui en surprendra plus d’un par son contenu :
Ils ne sont pas si nombreux les grands chefs qui ont enregistré les Béatitudes de César Franck !
Dans un article publié il y a un an sous le même titre (Le piano oublié) j’évoquais « la triste loi des carrières fulgurantes et des jeunesses trop vite enfuies. On les adule, on les encense et on les oublie ».
Qui se rappelle aujourd’hui ce jeune pianiste hongrois, fuyant son pays au moment des événements de Budapest en 1956 (tout comme son compatriote Cziffra), dont on vient d’apprendre la disparition : Tamás Vásáry ?
Ce n’est qu’assez récemment que j’ai trouvé, dans un magasin d’occasion, ce coffret Chopin
à propos duquel je découvre, dans les archives du Monde, cet article qui dit beaucoup de ce pianiste : Chopin par Tamas Vasary.
« Il vient, comme Cziffra, des plaines de Hongrie, et comme lui il se joue avec une aisance confondante des pièges techniques les plus redoutables. Mais la comparaison s’arrête là : les deux tempéraments sont très dissemblables : le premier est une » force qui va « , le deuxième un miniaturiste. Vàsàry rappelle Dinu Lipatti. L’émotion qu’il dispense est de la qualité la plus rare : née du miracle de la note exactement mise en place, du timbre finement dosé, de transparences soudaines, d’utilisation de silences d’une exceptionnelle… densité (écoutez la première ballade), d’infinies délicatesses. » (Le Monde, 31 décembre 1965)
On espère que Deutsche Grammophon (ou son avatar Eloquence) pensera à rééditer un fonds discographique qui ne se limite pas à Chopin. On aime des Brahms et des Mozart qui ont du caractère.
La carrière de chef d’orchestre de Vasary, essentiellement en Angleterre, n’est guère mieux connue sur le continent, et j’avoue ne rien posséder dans ma discothèque.
Je renvoie à l’article que j’avais consacré à la pianiste italienne, il y a juste un an (Ave Maria) lors de sa disparition. Je ne veux pas rapporter ici les discussions qu’elle a suscitées sur Facebook…mais juste signaler la parution d’un. coffret qui regroupe, outre la discographie que je citais dans mon premier article, une somme jadis parue chez Fonit Cetra des sonates de Clementi.
J’en profite pour signaler la nouveauté de la pianiste lituanienne Mūza Rubackytė, compagne de nombre d’aventures au Festival de Radio France à Montpellier. Je connais peu d’artistes de ce niveau – le plus haut – qui aient manifesté tout au long de leur carrière une inépuisable curiosité pour le répertoire oublié ou délaissé de son instrument, comme en témoigne cet hommage à Penderecki
Et toujours mes humeurs (parfois mauvaises) et mes bonheurs dans mes brèves de blog :Jack Lang, Epstein, Patrick Szersnovicz, Notre Dame…
C’est en furetant chez Gibert que j’ai découvert – et acheté – une somme dont le titre accrocheur ne traduit qu’imparfaitement le contenu.
300 pages que je vais déguster comme il se doit, et qui sont, à ma connaissance, une première en ce qu’elles peuvent intéresser aussi bien les mélomanes – et les musiciens – que les amateurs de langue française. Où l’on prend conscience de l’influence de la musique dans notre langue de tous les jours…
Trop de Chosta ?
On a frisé l’indigestion mardi soir à la Philharmonie lors du concert de l’orchestre philharmonique d’Oslo dirigé par son chef, Klaus Mäkelä : deux symphonies de Chostakovitch dans la même soirée, c’était une performance autant pour les musiciens que pour l’auditeur. Ma critique à lire sur Bachtrack !
Le jeune Maazel : cherchez l’erreur ?
Finalement j’ai commandé ce coffret – même si je continue de trouver prohibitifs les prix de cette collection, dont le travail éditorial est admirable et souvent loué ici –
On connaissait déjà une grande partie des enregistrements du tout jeune Lorin Maazel – 27 ans – (lire L’Américain de Paris), mais il manquait ceux qui avaient été publiés par Philips au début des années 60, dans des répertoires où l’on n’attend vraiment pas le chef, et qu’il n’a plus jamais touchés dans la suite de sa longue carrière
CD 1 J.S. BACH Orchestral Suites Nos. 1–3
CD 2 J.S. BACH Orchestral Suite No. 4 Brandenburg Concertos Nos. 1–3
CD 3 J.S. BACH Brandenburg Concertos Nos. 4–6
CD 4 J.S. BACH Oster-Oratorium Helen Donath ∙ Anna Reynolds Ernst Haefliger ∙ Martti Talvela RIAS-Kammerchor
CDs 5-6 J.S. BACH Mass in B minor Teresa Stich-Randall ∙ Anna Reynolds Ernst Haefliger ∙ John Shirley-Quirk RIAS-Kammerchor
CD 7 HANDEL Music for the Royal Fireworks Water Music
CD 8 PERGOLESI Stabat Mater Evelyn Lear ∙ Christa Ludwig RIAS-Kammerchor
CD 9 MOZART Symphonies Nos. 38 & 39
CD 10 MOZART Symphonies Nos. 40 & 41
CD 11 DVOŘÁK Symphony No. 9 ‘From the New World’
CD 12 FRANCK Symphony in D minor
CD 13 STRAVINSKY The Firebird: Suite Le Chant du rossignol
CD 14 FALLA El amor brujo El sombrero de tres picos Grace Bumbry
Amateurs de baroque « historiquement informé » passez votre chemin ! Mais il y a déjà ici un péché mignon de l’Américain : l’étirement des tempos lents et la vitesse parfois mécanique pour les rapides, comme cette Water Music
On ne va se priver du bonheur d’entendre Teresa Stich-Randall dans une Messe en si qui, pour n’être pas philologique, se laisse écouter.
J’avais fait une halte dans cette charmante sous-préfecture des Pyrénées-Orientales le 14 juillet dernier et j’avais visité l’abbaye de Saint-Michel-de-Cuxaoù se tiennent la plupart des concerts du festival (lire Loin du monde).
Les affiches des trente premières années du festival font évidemment rêver.
La période 1980-2020 durant laquelle le festival fut animé par le clarinettiste Michel Lethiec est chichement documentée, peu de disques, encore moins d’échos de concerts sur YouTube, Durant quelques saisons, le festival de Prades eut même une résidence au théâtre des Champs-Elysées.
Depuis 2020, on sent un festival revivifié par Pierre Bleuse. Un festival qui heureusement s’expose à un large public via YouTube en particulier.
Comme souvent, ça commence par une discussion sur Facebook et ça devient un article de blog. Jean-Charles Hoffelé fait un portrait laudatif du dernier disque de Beatrice Rana, tout entier consacré à des concertos de Bach joués au piano. J’ai réagi à son papier en disant : « On n’a pas dû entendre la même chose », et la discussion a commencé…
Dès que cet enregistrement a été disponible sur IDAGIO, je me suis précipité pour l’écouter… et j’ai été pour le moins déconcerté.
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Je ne comprends pas le parti pris par une pianiste que j’ai admirée dès que je l’ai entendue en concert (en 2012), que j’ai invitée à ouvrir le Festival Radio France 2016 à Montpellier avec les Variations Goldberg de Bach qu’elle a enregistrées dans la foulée.
En réalité, cette approche – que je n’aime pas – révèle combien Bach est à la fois solide et fragile. C’est une musique qui tient bon, quelque traitement qu’on lui fasse subir, mais c’est une musique qui ne se révèle que lorsqu’on trouve le point d’équilibre entre toutes ses composantes : tempo, rythme, articulation, mélodie, contrepoint, etc… Dans ce concerto en ré mineur pour le clavier – mais cela vaut pour les autres – il y a les interprètes qui trouvent ce point d’équilibre… et beaucoup d’autres qui ne le trouvent pas.
Je me suis amusé à revoir d’abord ma discothèque personnelle, qui offre une variété de versions finalement assez vaste.
Glenn Gould
En écoutant Beatrice Rana et sa mécanique toute droite, j’ai pensé à Glenn Gould… que je n’avais pas écouté depuis des lustres. A tort ! Le pianiste canadien est aux antipodes, c’est le moins qu’on puisse dire de sa jeune consoeur et cela nous paraît aujourd’hui insupportable, tout autant que « l’accompagnement » de Bernstein. Mais cette vidéo est émouvante en ce qu’elle rappelle la formidable série des Young People Concerts animés par le génial Leonard Bernstein.
La grande pianiste russe (lire La grand-mère du piano) que j’ai entendue jouer ce concerto à Evian au début des années 90 continue de me fasciner. Elle est un peu plombée par un accompagnement trop plan-plan, mais que j’aime ce Bach à la fois dense et joyeux !
Vasso Devetzi
J’ai une affection particulière pour cette version captée à Moscou au mitan des années 60 et qui a plutôt bien vieilli. Rudolf Barchai et son orchestre de chambre de Moscou sont nettement plus alertes que les Lituaniens, et la pianiste grecque, aujourd’hui bien oubliée, Vasso Devetzi (1927-1987) joue un Bach qui chante et vibre.
Pletnev et Richter
Pour continuer avec les Russes, deux visions/versions vraiment caricaturales. Celles de Mikhail Pletnev et de Sviatoslav Richter. Pourtant Dieu si on admire l’un et l’autre dans les autres répertoires !
A l’exact opposé, le pianiste allemand Martin Stadtfeld dame le pion à Beatrice Rana question vitesse et précipitation dans le vide…
La version de David Fray est étrange, elle fait dresser l’oreille au début. Le tempo est giusto, mais outre qu’on n’entend quasiment pas l’orchestre, le pianiste français fait quantité de choses qui ne sont pas vraiment écrites, le discours en devient artificiel.
Murray Perahia
C’est peut-être Murray Perahia qui trouve le mieux ce point d’équilibre entre toutes les composantes de l’oeuvre, et qui donne tout son sens à l’allegro initial
Konstantin Lifschitz
J’ai découvert récemment ces disques enregistrés par le pianiste d’origine ukrainienne, Konstantin Lifschitz, installé à Lucerne depuis 2008. Les tempi sont vifs, mais on ne perd absolument rien de la richesse de la partition et de la variété du jeu du pianiste.
To avoid
Dans les magazines anglais (Gramophone ou BBC Music Magazine) quand ils font des discographies sélectives, il y a toujours une version « to avoid » (à éviter). Ici cette étonnante captation (on trouve vraiment tout sur YouTube) d’un pianiste qui, dans les années 80, enregistra une série de concertos de Bach avec Neville Marriner – non indispensables, et qui n’est manifestement plus tout à fait en possession de ses moyens, Andrei Gavrilov.
Et toujours pour les impressions du jour : brevesdeblog
Comme à mon habitude j’ai plusieurs livres sur ma table de chevet ou mon smartphone. Je les ouvre en fonction de l’humeur, du moment, du lieu où je me trouve. Parfois j’en lâche un plusieurs semaines, et je le retrouve sans en avoir perdu une miette, parfois je retarde le moment de le terminer, pour prolonger le plaisir.
Visionnaires
Je me suis replongé dans deux bouquins presque hors d’âge, qui valent toujours mieux, beaucoup mieux que tout ce qui sort ces jours-ci de la plume (?) des politiques.
L’essai de Georges Pompidou (1911-1974), je l’avais lu à sa sortie en 1974, puis plus jamais rouvert. Je redécouvre un personnage vraiment singulier, le contraire du conservateur bourgeois, gaulliste d’occasion : ses pages sur l’éducation, l’Université et son avenir, le capitalisme et le marxisme, sur les sujets de société en général, sont visionnaires, appuyées sur une culture historique et philosophique qui impressionne. Saisissant !
Quant à Roland Dumas, mort à 102 ans il y a moins d’un an, on a le sentiment qu’il a disparu de l’Histoire. Le personnage n’a jamais démenti sa réputation de séducteur sulfureux. Mais le témoignage qu’il livre notamment sur les années 80 qui sont aussi les années Mitterrand est plus que précieux, et aide à comprendre nombre de sujets de notre actualité avec les personnages de Khadafi, Reagan, Gorbatchev, Assad, le Proche-Orient, l’Iran… A-t-on vraiment beaucoup progressé depuis ?
J’ajoute – c’est évidemment de première importance pour moi – que chez l’un comme chez l »autre le style fait l’écrivain.
Le retour de Maryvonne
On avait l’impression que l’ex-directrice du Patrimoine au ministère de la Culture, maniant volontiers la polémique, Maryvonne de Saint-Pulgent, avait un peu disparu des radars. C’était sans compter sur son nouvel opus, opportunément publié pour coïncider avec le centenaire de Pierre Boulez. Que d’aucuns, qui ne l’ont pas lu, ont un peu hâtivement présenté comme un pamphlet anti-Boulez.
Cette somme « montre que le rapport de Lully et Boulez au pouvoir et ses conséquences sur notre paysage musical ne sont pas des singularités, mais le fruit d’une exception française, due à la préférence nationale pour le mécénat d’État et les régimes politiques à exécutif fort, ainsi qu’à l’importance de la musique dans notre société.. Née sous la monarchie absolue, cette exception qui concerne aussi Rameau, Berlioz, Fauré et le groupe des Six perdure sous la Révolution, sous les monarchies du XIXᵉ siècle et au XXᵉ siècle, avec des éclipses pendant les régimes parlementaires, le relais étant alors pris par d’autres lieux de pouvoir, académies et salons parisiens notamment. Cette parenthèse de quatre siècles paraît refermée aujourd’hui, la musique savante ayant cessé d’intéresser les dirigeants politiques alors que disparaissait Pierre Boulez » (Présentation de l’éditeur).
A consommer à petites doses, mais sans temps morts.
Les dames du siècle
Le hasard m’a fait trouver ces deux petits livres en même temps dans la même librairie parisienne. De l’une et l’autre dames, je sais déjà bien des choses, mais c’est toujours mieux de creuser le sujet, d’en savoir plus sur des personnages qui ont servi la petite et parfois la grande histoire
Tous ceux qui se sont passionnés pour l’histoire du Festival d’Aix-en-Provence ont forcément rencontré son nom, la comtesse Pastré. Mais savent-ils que « Lily Pastré (1891-1974) a été bien plus qu’une riche mécène. Voici le récit de la vie d’une grande excentrique, d’une grande généreuse, d’une grande amie des artistes, des années folles aux Trente Glorieuses en passant par le tourbillon de la Seconde Guerre mondiale.Née à Marseille, héritière des célèbres apéritifs Noilly Prat, elle épouse un aristocrate et vit à Paris dans un entre-deux-guerres tourbillonnant de fêtes et de concerts. Sa passion première, c’est la musique. Elle est l’amie des plus grands compositeurs et interprètes du moment. Dans sa villa du sud de Marseille, elle reçoit des personnalités aussi diverses que Christian Bérard et Édith Piaf, Luc Dietrich et André Masson. Pendant la guerre, au risque de sa vie, elle cache et aide des musiciens juifs, tels que Clara Haskil et Darius Milhaud, les sauvant d’une mort certaine » (Présentation de l’éditeur).
Quant à la sulfureuse Liane de Pougy, ce n’était pour moi qu’un nom connu. Je vais découvrir ces Dix ans de fête : « une série d’articles parus dans le quotidien La Lanterne en 1903 et 1904 qui raconte dans le détail et avec une liberté sidérante, la vie d’une demi-mondaine pendant une dizaine d’années. Comme l’annonce Liane de Pougy : » On y reconnaîtra toutes les reines de la fête, qui ont conquis la célébrité par la grâce de leur sourire et le prestige de leur beauté. Ces mémoires renfermeront les indiscrétions les plus piquantes, relateront les aventures les plus pimentées du Tout-Paris qui s’amuse… » (PdE)
Le crime est son affaire
Joseph Macé-Scaron récidive. Après une Reine jaune qu’on avait rencontrée in situ l’été dernier (lire Les romans de la Côte) et sa Falaise aux suicidés, l’ami Joseph opère un retour gagnant au polar.
« Depuis quelque temps, des événements inquiétants ont lieu à Baugé, petite cité angevine abritant un morceau de la Vraie Croix du Christ. Tout bascule lorsque des meurtres spectaculaires sont commis. Sont-ils l’œuvre d’un psychopathe ? D’un esprit avide de vengeance ? Le coupable est-il seulement humain ?
Dépassées, les autorités font appel au capitaine Guillaume Lassire et à l’archiviste Paule Nirsen, membres du mystérieux Département S, un bureau non officiel chargé d’élucider des affaires étranges. Lancés dans une course effrénée sur les traces d’une autre croix, qui plongea l’Europe dans les ténèbres durant la Seconde Guerre mondiale, les deux enquêteurs vont remonter jusqu’aux racines du Mal.«
On s’y plonge avec d’autant plus de bonheur et d’impatience que l’auteur a élagué, épuré une matière introductive qui était précédemment trop dense, trop riche de références. Le suspense s’en trouve décuplé, comme l’intérêt du lecteur. On imagine aisément le film qu’on pourrait en tirer.