Salut les artistes !

D’abord salut respectueux à un artiste parfait, admirable et admiré dans tout ce qu’il a joué, Claude Rich

Retour sur une première partie de Festival qui, depuis son ouverture polyphonique à Pibrac (Révolutionsemble séduire des publics de plus en plus nombreux. Et salut à tous ces amis musiciens qui, de concert en concert, enchantent nos oreilles et…frustrent le directeur que je suis et qui n’a pas le temps de suivre tous ces concerts, surtout lorsqu’ils se déroulent simultanément en plusieurs lieux du grand territoire de l’Occitanie.

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Première revue de détail non exhaustive.

(Jean Paul Gasparian sur une place noire de monde de Saint Jean de Védas le 12 juillet)

IMG_0235(Edgar Moreau et Andris Poga avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse le 17 juillet)

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IMG_0251(Frederik Steenbrink et Isabelle Georges le 17 juillet après un bouleversant Happy End)

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Retrouvailles avec Renaud Capuçon et Emmanuel Krivine après un magnifique concert de l’Orchestre National le 19 juillet.

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Un trio de choc et de grâce avec Marc Bouchkov, Christian-Pierre La Marca et Philippe Cassard (ici un extrait du mouvement lent du 1er trio de Mendelssohn)

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(Répétition du poème symphonique (1912) Aux Heures de la nouvelle lune de Nikolai Roslavets) Alexandre Bloch  aux commandes de l’Orchestre National de Lille en grande forme dans un programme idéal pour le Festival : De Moscou à Rome

Tous les concerts du festival à écouter ou réécouter sur Francemusique.fr et toutes les vidéos du Festival à retrouver sur la chaîne Youtube #FestivalRF17

La vie de Simone

L’hommage est unanime. Bien avant sa mort, survenue ce 30 juin, Simone Veil était entrée dans l’Histoire.

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Mes souvenirs de Simone Veil sont d’abord liés à une honte. Ineffaçable. Dans le débat à l’Assemblée Nationale sur la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse, un triste sire, député de la Manche, appartenant au même mouvement politique que moi à l’époque, avait accusé la ministre de la Santé, rescapée de la Shoah, d’inciter les femmes à « jeter des embryons au four crématoire« …  Dans les jeunes générations, personne n’a idée de la violence, de la haine même, à laquelle Simone Veil a été exposée, pour avoir endossé, à la demande de Giscard, la responsabilité de cette loi (video)

France 2 rediffusait hier soir le documentaire Un jour, une histoire : Simone Veil, l’instinct de vie. On doit à sa réalisatrice Sarah Briand l’un des meilleurs portraits de la disparue.

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Simone Veil, c’est sans doute, pour moi et ma génération, plus encore que la loi sur l’IVG, le combat européen, la campagne de 1979 pour la première élection du Parlement européen au suffrage universel. Aujourd’hui, on n’a plus idée du formidable espoir que représentait cette possibilité offerte aux peuples d’Europe – certes l’Union européenne ne comptait alors que 12 pays membres – de choisir leurs parlementaires.

C’est le souvenir d’une campagne enthousiaste, joyeuse, même si notre chef de file continuait d’être régulièrement confrontée à la violence de ceux qui ne lui ont jamais pardonné « sa »loi.

Souvenir de cette affiche, confectionnée avec les moyens du bord, qu’avait approuvée Simone Veil.

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Simone Veil première présidente de ce Parlement européen élu au suffrage universel !

Quelques années plus tard, je suis alors l’assistant parlementaire d’un député de Haute-Savoie. Nous apprenons que Simone Veil est invitée à un débat à la Maison des Arts de Thonon-les-Bains. Par courtoisie, « mon » député lui propose d’aller la chercher à l’aéroport de Genève, c’est moi qui m’acquitte de cette mission, un peu impressionné. Je vais avoir l’ex-ministre, l’ex-présidente du Parlement européen, pendant près de 45 minutes à mes côtés, le temps du trajet de Genève-Cointrin à Thonon-les-Bains.

Elle se prête de bonne grâce à mes questions – j’en ai tellement à lui poser ! – et y répond sans langue de bois, c’est le moins qu’on puisse dire, surtout quand elle évoque les figures politiques de l’époque.

Le lendemain, je la reconduis de très bonne heure à l’aéroport. Elle est d’une humeur exécrable. A-t-elle mal dormi ? Non, elle est furieuse après le petit discours de bienvenue que « mon » député s’était cru autorisé à prononcer, rappelant en des termes aussi maladroits qu’ambigus, le rôle de Simone Veil dans la loi IVG – alors que le colloque auquel elle participait n’avait strictement rien à voir avec ce sujet.

Elle ne décolérait pas contre ces « vieux politicards » macho auxquels elle assimilait mon député. Elle ne se radoucit qu’à la fin du trajet : « Au moins vous, je sais que vous faites de la politique autrement ». 

Une dernière image de Simone Veil me hante. Ces photos prises en avril 2013 le jour des obsèques de son mari Antoine. Le regard perdu dans le vide. Les signes d’une inavouable maladie, déjà perceptible quand la grande dame avait été reçue sous la Coupole en 2010.

Une-infinie-tristesse

Dans un bref billet ce matin dans Le Figaro, Anne Fulda livre un souvenir bouleversé. Un déjeuner dans un restaurant du 7ème arrondissement, un peu à l’écart un couple, Antoine et Simone, ce devait être en 2012, le mari tient la main de sa femme tant aimée, lui parle doucement. Mais elle est déjà dans un autre monde, ses beaux yeux pers sont éteints.

Comme Jean d’Ormesson concluait son magnifique discours de réception de la nouvelle académicienne (à lire ici) : « Nous vous aimons, Madame » ! Pour toujours.

Invités

Jeudi dernier, j’étais l’invité de midi de France Bleu Hérault et de ses très sympathiques animateurs Agnès Mullor et Hervé Carrasco.
Nous n’avons pas vraiment donné dans la mélancolie ni le sérieux de circonstance. Finalement c’est comme ça que j’aime (qu’on devrait toujours ?) parler de musique.
À écouter ici : L’invité de midi
Sans me prévenir, mes interlocuteurs avaient préparé un petit quizz musical. Je m’attendais, à tort, à quelques pièges.
Je ne sais qui leur a inspiré le choix des extraits, mais ce fut un bonheur d’évoquer les artistes et les concerts qu’ils avaient choisis, tous évidemment programmés dans le tout proche Festival Radio France
D’abord, reconnue dès les premières notes, la Troisième symphonie de Mahler (programmée le 16 juillet avec l’Orchestre des Jeunes de Catalogne – JONC). Puis, avec une émotion toujours renouvelée, la merveilleuse Isabelle Georges chantant Bei mir bist du shein, qui propose, le 17 juillet, un programme original intitulé Happy End avec le pianiste Frederik Steenbrink.
Puis Mozart sous les doigts immédiatement reconnaissables de Fazil Say (le 18 juillet)
Enfin, le début du concerto en ré mineur de Bach, j’ai (bien) supposé qu’il pouvait s’agir de Justin Taylor – un récital programmé le 24 juillet à 12h30.
Finalement un bon aperçu de la diversité d’un Festival plus ouvert et accessible que jamais. (#FestivalRF17)

Iconoclaste

Il y a un an, j’assistais à ce que j’avais appelé un beau tripatouillage royal dans le cadre toujours enchanteur de l’Opéra royal de Versailles.

img_2356img_2376Encore un coup d’Hervé Niquet (ci-dessus), cette résurrection d’une version que les puristes se pincent le nez pour écouter, le Persée de Lullyà la mode 1770.

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Hervé Niquet ne plaît pas à tout le monde. Tant mieux. C’est pour ça qu’on l’aime. Mais c’est d’abord pour son insatiable curiosité, l’esprit permanent de découverte qui l’anime.

Les auditeurs du Festival Radio France (#FestivalRF17) l’été prochain auront deux occasions de mesurer le chemin parcouru par le chef et son ensemble Le Concert spirituel depuis 30 ans. Un véritable voyage en polyphonie le 10 juillet :

Et, bien à la manière d’Hervé Niquet, un Opéra imaginaire le 24 juillet avec trois des plus belles voix du moment, Katherine Watson, Karine Deshayes et Reinoud van Mechelen, qui nous a offert beaucoup mieux que ce qui ressemble à une compilation d’airs de Bach, un sublime voyage intérieur.

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Mon choix

Mon choix était fait depuis plusieurs semaines. Je n’aurais pas voulu m’abstenir de participer à l’inauguration de la nouvelle Seine Musicale de l’île Seguin.

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C’était hier soir, et ce fut très réussi (je partage le compte-rendu qu’en a fait Diapason : La Seine musicale inaugurée).

Je me rappelais adolescent avoir visité les usines Renault et avoir éprouvé le choc du bruit assourdissant, des cadences infernales de certains ateliers. Il faut d’ailleurs visiter le petit pavillon qui rappelle dans une excellente pédagogie l’histoire de cette île de la Seine et la présence de Renault de 1929 à 1992.

Bravo au Département des Hauts-de-Seine, à la ville de Boulogne, et au consortium d’entreprises (Sodexho, Bouygues, TF1) qui ont mené à bien ce projet risqué. IMG_8559IMG_8557IMG_8561

Le complexe est aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais c’est évidemment l’acoustique de l’auditorium d’une part, l’aspect de la Grande Seine d’autre part qui attisaient toutes les curiosités.

Pour moi, la troisième inauguration en trois ans ! Quelle capitale au monde peut s’enorgueillir d’avoir ouvert coup sur coup trois salles de concert ? D’abord l’auditorium de la Maison de la Radio en novembre 2014, puis la Philharmonie en janvier 2015.

Première impression : on se sent très bien dans l’auditorium de la Seine musicale. Dessin classique pour une salle confortable, toute de bois revêtue. Dès les premiers accords d’Insula orchestra, la formation de Laurence Equilbey, on est séduit par une acoustique quasi idéale, excellent compromis entre la netteté des plans sonores, la chaleur du son, une réverbération ajustée pour éviter saturations et dispersion. Les voix solistes s’entendent bien d’où qu’elles chantent. Bravo à Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey, Anaïk Morel et Sandrine Piau qui ouvraient le bal avec de larges extraits de Die Gärtnerin aus Liebe (la version allemande de La finta giardiniera) de Mozart

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Suivaient des extraits de la version française de Berlioz du Freischütz de Weber (inimitable Sandrine Piau dans la romance d’Agathe).

Et ce premier concert s’achevait avec cet autre hymne à la fraternité universelle, préfiguration de l’Ode à la joie de la 9ème symphonie, qu’est la Fantaisie chorale de Beethoven, Bertand Chamayou jouant un magnifique Pleyel.

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Le « milieu » musical était nombreux, à l’issue du concert commentaires favorables et félicitations unanimes. Reste à savoir comment va vivre et évoluer ce vaste vaisseau : son capitaine artistique, Jean-Luc Choplin, est optimiste, même si tout reste à prouver…

Dans la grande salle, The Avener et The Shoes rassemblaient des milliers de fans…

Le gala d’ouverture est à (re)voir et (ré)écouter ici : France Musique, concert d’ouverture Ile Seguin

Quand la musique est bonne

Quand la musique est bonne
Quand la musique donne
Quand la musique sonne, sonne, sonne
Quand elle ne triche pas
Quand elle guide mes pas

Une chanson qui n’a pas vieilli, son message non plus…

Quand la musique est bonne, elle transcende non seulement ses interprètes, mais aussi ses auditeurs. C’est la réflexion que je me faisais une fois de plus hier soir, à l’Auditorium de la Maison de la radio.

IMG_8128Tout – le programme, la soliste, l’orchestre, le chef – était une promesse. Et les grincheux, ceux qui vous expliquent ce qui plaît au « grand public », les « experts » de la chose culturelle qui ne mettent jamais les pieds dans un théâtre ou une salle de concert, en ont été pour leurs frais. Oui, on peut remplir l’Auditorium de Radio France avec un programme « exigeant », de la musique française (sans Ravel, Debussy ou Berlioz) et même une création ! : Concert du 16 mars 2017, Un bateau ivre de Karol Beffa, Schelomo de Bloch – une oeuvre centenaire – , la 2ème symphonie « Le Double » de Dutilleux et la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel.

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Ceux qui me suivent (lire Les Français enfinAu diapason) savent que ce n’est pas une marotte, une obsession de ma part, aussi nobles soient-elles, mais que c’est un enjeu stratégique. Ne rouvrons pas le débat, mais constatons, une fois de plus, que quand on s’adresse à l’intelligence du public, il répond présent !

Un concert à réécouter de bout en bout : Anne Gastinel, Alain Altinoglu et l’Orchestre national de France.

Bonheur pour moi de retrouver des artistes que j’aime et connais depuis longtemps, le chef Alain Altinoglu, la violoncelliste Anne Gastinel

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Souvenir du tout premier disque réalisé à Liège, en juin 2001…

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Quand la musique est bonne… c’est encore ce que je me suis dit en écoutant ces deux disques tout récents.

Un programme audacieux pour le tout jeune Ismael Margainla dernière sonate et les Klavierstücke de Schubert, captés live à Deauville.

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Vanessa Wagner signe un disque miroir hors des sentiers battus : le Mozart de la complexité (Sonate K 570 et Fantaisie en ré min K 397), et un compositeur, Muzio Clementi, injustement négligé, qu’un Vladimir Horowitz admirait.

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Révolution(s)

J’ai un peu l’impression d’avoir couru un marathon, la décompression est bienvenue.

Ce vendredi 10 mars n’était pas une journée comme les autres : un Conseil d’administration, une conférence de presse et la présentation au public de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier .

Faut-il que je fasse un dessin ? Sur le stress qui gagne toute l’équipe à mesure qu’on s’approche de l’échéance, les dernières corrections, les changements de dernière minute (programmer 160 concerts et événements dans 65 lieux différents, un beau défi !), les outils de communication, le site, la billetterie, les réseaux sociaux. À quoi s’ajoutaient des incertitudes liées aux agendas très compliqués des co-présidents du Festival, bref l’ordinaire d’un directeur qui a le souci – normal – que tout soit prêt le jour dit…

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La conférence de presse est visible ici, la partie musicale – un condensé des temps forts du #FestivalRF17 à partir de 35’20 »

Pourquoi le choix d’un tel thème ? Réponse ici : Révolution(s).

Précision utile, j’avais décidé il y a plus d’un an de ce choix, je constate que le mot et l’idée ont été abondamment repris depuis..

Parmi les oeuvres que je tenais à programmer, Le boulon de ChostakovitchToute l’audace, le génie créateur d’une époque – le compositeur a 25 ans – brutalement réduits au silence par la censure stalinienne en 1931. La Révolution… et après ?

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