L’archet et la baguette : le roi Heinrich

C’est un patronyme porté par plusieurs grands artistes : Schiff, comme Andras, le pianiste anglais d’origine hongroise, ou comme Heinrich, le violoncelliste et chef d’orchestre allemand, disparu en 2016 à 65 ans.

Un beau (et cher) coffret Universal est récemment paru, pour un hommage mérité mais univoque puisqu’il se concentre sur l’activité d’instrumentiste de Heinrich Schiff.

Je n’ai pas toujours prêté attention à ce violoncelle généreux, qui sonne comme un orgue, à cette personnalité extravertie, aventurière dans ses choix interprétatifs et ses partenaires.

Sur un site allemand (jpc.de), j’ai trouvé un coffret qui reflète beaucoup mieux le musicien qu’était Heinrich Schiff, violoncelliste certes, mais aussi chef d’orchestre inspiré ! Et à un prix qui défie toute concurrence (voir détails ici)

De J.S.Bach à Zimmermann ou Friedrich Gulda, Neos – qui reprend en partie des enregistrements du coffret Decca – propose plusieurs « live », des duos fascinants entre Schiff et Gulda ou Christian Zacharias. Et surtout Heinrich Schiff chef d’orchestre : Beethoven, Mozart, une phénoménale 2ème symphonie de Schumann captée à Oslo, une Quatrième de Bruckner qui vaut le détour…

Depuis que j’ai reçu ce coffret, je vais de surprise en émerveillement.

Le baryton oublié

Dans un article de 2017 – Blocs de bonheur – j’avais déjà évoqué ce baryton allemand qui fête ses 70 ans, qui n’a jamais eu la notoriété d’un Mathias Goerne, ou a fortiori d’un Fischer-Dieskau.

Le label australien Eloquence a – une fois de plus – la très bonne idée de republier en un coffret de 13 CD ce que Wolfgang Holzmair a enregistré dans les années 80 pour Philips.

Comme Mathias Goerne, la voix, le timbre de Wolfgang Holzmair peuvent déranger, voire déplaire. Et pourtant, dès la première fois où je l’ai entendu, j’ai aimé ce chanteur qui vivait, incarnait de l’intérieur, d’abord les trois grands cycles de Lieder de Schubert (Winterreise, Die schöne Müllerin, Schwanengesang) cherchant moins la beauté du chant que la vérité du texte.

J’ai un souvenir très précis d’une émission Disques en Lice dont l’invité était le pianiste allemand Christian Zacharias. François Hudry avait mis en comparaison – à l’aveugle – plusieurs versions de La belle meunière de Schubert (lire Holzmair à la grange de Meslay) Lorsque Zacharias entend la version de Holzmair, il s’exclame qu’il n’a jamais entendu quelque chose de plus juste, de plus « schubertien ». A la fin de l’émission, il demandera les coordonnées de ce chanteur qui l’a bouleversé, Wolfgang Holzmair. Ils feront plusieurs concerts ensemble.

Plus récemment, le pianiste et producteur de France Musique, Philippe Cassard, s’est attaché avec le même enthousiasme à faire entendre ce chanteur si amoureux de la mélodie française.

On chérit particulièrement le récital de mélodies françaises, notamment des Duparc de toute beauté, enregistré avec le pianiste suisse Gérard Wyss. On est moins convaincu par le disque plus tardif qu’on ne connaissait pas avec la pianiste Maria Belooussova.

De nouveau, grâce à Cyrus Meher-Homji, le patron du label australien, on dispose d’un merveilleux ensemble qui honore un artiste qui ne cesse d’émouvoir.

La grande porte de Kiev (IX) : du piano d’Ukraine

Plus d’un mois après ma dernière chronique – La grande porte de Kiev – consacrée à Sviatoslav Richter, en ce 9 mai qui devrait fêter l’Europe unie, libre et pacifique, à l’heure où j’écris ces lignes, des chaînes d’info en continu s’apprêtent à satisfaire la curiosité morbide et malsaine de certains en diffusant le défilé militaire de Moscou. L’Ukraine résiste toujours à l’invasion décrétée le 24 février par Poutine, les héros ne seront pas sur la Place rouge ce matin.

L’Ukraine à Bruxelles

Au hasard de mes souvenirs et de mes écoutes, deux pianistes originaires d’Ukraine me reviennent, qui sont liés à la Belgique et à son Concours Reine Elisabeth.

Vitaly Samoshko est ce grand garçon au sourire rayonnant qui a gagné le Premier prix du concours en 1999 et dont j’ai fait la connaissance quelques semaines après ma nomination à la direction générale de l’Orchestre philharmonique de Liège. Il est né en 1973 dans cette ville tristement placée dans l’actualité de ces dernières semaines, Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine. Il a été de plusieurs de mes aventures liégeoises (par exemple un triple concerto de Beethoven, le 14 septembre 2002, au festival de Besançon, sous la direction de Louis. Langrée)

Sergei Edelmann est, lui, né en 1960 à Lviv. Il a figuré au palmarès du concours Reine Elisabeth en 1983 (6ème prix) et a, dans la foulée, enregistré une série de disques pour RCA à New York, un coffret jadis acheté à Tokyo !

J’avoue ne pas avoir suivi les carrières de l’un et de l’autre, que je ne vois plus guère sur les affiches des concerts ou des festivals que je suis.

L’Ukraine à La Roque

Vadym Kholodenko est né à Kiev en 1986. Il remporte en 2013 le Grand Prix du concours Van Cliburn de Fort Worth (Texas) aux Etats-Unis. Trois ans plus tard il figure à la rubrique « faits divers » de la presse à sensation, victime d’un épouvantable drame familial.

À la différence de ses deux aînés, cités plus haut, Kholodenko poursuit une carrière active. C’est notamment un fidèle du festival de piano de La Roque d’Anthéron, où il jouera de nouveau cet été, le 24 juillet, à l’invitation de mon ami René Martin.

Marie-Aude Roux écrivait dans Le Monde du 26 juillet 2021 : Le jeu de Kholodenko est fluide et clair, profond, un toucher qui multiplie couleurs et dynamiques, de la percussion à cette ligne de legato perlé que couronne la délicatesse d’un trille. Si la ferveur et la tension de l’orchestre sont permanentes, l’absence d’efforts du pianiste est olympienne. L’Ukrainien, qui a donné son premier concert à 13 ans aux Etats-Unis, où il a remporté le prestigieux Concours international de piano Van Cliburn, en 2013, au Texas, fait sans conteste partie du superbe vivier de l’école russe, dont il a suivi l’enseignement au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou dans la classe de la réputée Vera Gornostaeva.

Angelich, Lupu : sur les ailes du chant

J’ai passé une bonne partie de ma journée d’hier à tenter de surmonter le choc éprouvé à l’annonce des deux décès de Radu Lupu et Nicholas Angelich (voir Le piano était en noir) : écouté et lu les nombreux hommages, souvent attendus – des »géants », des « poètes » – plus rarement accordés aux personnalités vraiment singulières de ces deux artistes. Tenté aussi de rassembler mes souvenirs de l’un et l’autre.

Radu Lupu, l’admiration

Pour Radu Lupu, j’en suis réduit à convoquer de lointains souvenirs. Dans les années 90 au festival de Montreux, le pianiste roumain jouait le concerto de Schumann avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. Je m’étais fait une fête d’entendre celui qui était déjà une légende et je suis sorti très déçu, de bons amis critiques m’ont consolé en disant que Lupu avait ses jours avec et ses jours sans. Il n’en fallait pas plus pour me le rendre encore plus sympathique. Je m’en suis beaucoup voulu, plus tard, de ne pas avoir cherché à le réentendre en concert. J’en suis réduit à réécouter ses disques, notamment ceux qu’il a enregistrés pour Decca, malheureusement dans des prises de son métalliques qui ne rendent pas justice à son art, et maintenant grâce à YouTube à retrouver Radu Lupu en concert.

Et bien sûr le disque de l’île déserte

Le mouvement lent de la sonate pour 2 pianos de Mozart est un pur moment d’éternité…

Nicholas Angelich, le piano dans tous ses états

Comme je l’écrivais hier, je pleure la disparition de Nicholas Angelich comme celle d’un membre de ma famille, parce que j’ai le sentiment de ne jamais l’avoir quitté depuis notre première rencontre il y a plus de 25 ans. Olivier Bellamy a, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, décrit ce Nicholas que nous sommes quelques-uns à avoir connu, approché avant et après la scène. Il faut lire ce bel hommage : Nicholas Angelich. J’emprunte à un autre ami ces phrases sur Facebook :

« Alors, pense bien avant son arrivée à repérer la pharmacie de garde. Et fais-y un arrêt avant même de l’amener à l’hôtel, il faudra de toute façon y retourner deux ou trois fois.

Tant que j’y pense, rappelle-toi de lui prendre sa montre avant d’entrer en scène et de la mettre à ton poignet pendant la durée du concert. Et fais gaffe quand même, elle coûte trois fois plus cher que ta bagnole, hein.

Je te préviens, il est vraisemblable que tu doives le pousser littéralement pour entrer en scène… Surtout ne te laisse pas impressionner par la panique qui semble d’emparer de lui au moment d’aller se jeter dans la gueule du loup : c’est une conséquence du génie.

De toute façon, ne t’inquiète pas : il va revenir à l’entracte en te demandant dans un délicieux froncement de nez (et ce qui lui reste d’accent américain) « c’était pas dégueulasse, hein ? »

Tiens, je te suggère de te mêler au flot du public qui sortira du récital tout à l’heure, histoire d’écouter à la volée les commentaires : tu vas voir, c’est impressionnant.

Ah ! au fait, super important : tu as bien fait le plein de binouze ? Parce qu’on va en boire jusqu’à une heure avancée de la nuit et rigoler comme des vaches, j’espère que tu as fait la sieste. Et retiens bien ces moments avec Nicholas, je te garantis que tu les chériras s’il venait un jour à la camarde l’idée saugrenue de nous l’enlever prématurément. » (Pierre-Jean Larmignat)

L’autre variante de sortie de scène, c’était : « Tu as aimé« ?. Chez Nicholas, ce n’est pas une formule, c’était une vraie question avec sa part d’inquiétude. Nicholas ne disait jamais rien par hasard, et comme l’écrit Olivier Bellamy, on ne le croyait pas quand il nous disait d’un air faussement dégagé qu’il n’allait pas bien. Et il n’aimait rien tant que retrouver l’épaisseur, la simplicité, le bonheur finalement de la chaleur humaine avec ceux qui n’étaient pas, qui ne pouvaient pas être, de simples organisateurs de ses concerts. Il avait besoin, un besoin essentiel, de ces dîners qui se prolongeaient tard dans la nuit après un récital ou un concert. Je me rappelle ce festival que nous avions organisé à Liège, à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique de Liège, en octobre 2010, un festival de folie – Le piano dans tous ses états – Il devait rentrer à Paris le samedi matin, il m’a demandé, avec son air d’éternel enfant timide, s’il pouvait rester jusqu’au dimanche soir, juste pour être avec nous, avec ses amis et collègues. « Personne ne m’attend à Paris…« 

Liège, Toulouse, Paris

J’ai fait le compte, même si je doute qu’il soit exact, des venues de Nicholas Angelich à Liège.

Pour l’ouverture de la saison 2002/2003, un récital Haydn, Mozart, Brahms le 21 septembre, puis deux concerts avec l’Orchestre philharmonique de Liège, dirigé par Alexandre Dmitriev, les 26 et 27 à Liège et Bruxelles, avec le 2ème concerto de Rachmaninov. On m’avait dit à l’époque que c’était ses débuts en Belgique !

Le 23 novembre 2006, il jouait, toujours avec l’OPRL, le rare Konzertstück op.94 de Schumann et le second concerto de Liszt, sous la baguette de Pascal Rophé.

Du 11 au 16 octobre 2010, à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, nous avions organisé un mini-La Roque d’Anthéron, pour reprendre l’expression d’une amie journaliste – Le piano dans tous ses états – avec pas moins de 10 pianistes : Nicholas Angelich, Brigitte Engerer, Nelson Goerner, François-Frédéric Guy, Jean-François Heisser, Claire-Marie Le Guay, Benedetto Lupo, Vitaly Samoshko, Severin von Eckardstein et Vanessa Wagner. En relisant le programme (à découvrir intégralement ici : Liège le Piano dans tous ses états) je suis saisi de vertige, il fallait être (un peu) inconscient et (très) enthousiaste pour attirer autant d’artistes et de public. De la présence de Nicholas, il reste heureusement ce « son » de la Valse de Ravel, jouée à deux pianos avec la très regrettée Brigitte Engerer, sur la grande scène de la Salle Philharmonique de Liège.

A cette occasion, Martine Dumont-Mergeay avait réalisé, pour La Libre Belgique, une belle interview de Nicholas à lire ici : L’automne belge de Nicholas Angelich.

Le 20 mars 2014 le pianiste était revenu à Liège jouer, toujours avec l’OPRL et, cette fois, Christian Arming, le Premier concerto de Brahms. Un an plus tard, il était le soliste de la tournée de l’orchestre en Espagne, avec le Deuxième concerto.

Entre-temps j’avais quitté Liège, je sais que Nicholas était revenu pour un récital en mai 2019.
Et puis il y eut toutes les fois, pas assez nombreuses à mon gré, où j’allai écouter l’ami musicien. Ainsi à Toulouse, dans le cadre de Piano Jacobins, le 8 septembre 2015. un programme… athlétique, dont il sembla ne faire qu’une bouchée, comme le relatait Marie-Aude Roux dans Le Monde : Le pianiste Nicholas Angelich ouvre des mondes sous ses doigts.

En octobre 2018, à la Philharmonie de Paris, j’avais été invité à un concert de l’Orchestre National de Lettonie, dirigé par Andris Poga, dont le soliste était, à nouveau, Nicholas Angelich. J’avais écrit ceci (Les tons lettons) : « Je n’avais jamais entendu ce concerto que j’aime profondément, mais qui peut être redoutable pour les interprètes comme pour le public tant il est complexe, fuyant, déroutant, aussi superbement joué que mardi soir. Nicholas Angelich, une fois de plus, frappe d’abord par l’intensité de sa sonorité, la luminosité de sa poésie et bien évidemment par sa technique transcendante qui se joue de tous les pièges de la partition.    Que ne lui confie-t-on une intégrale des concertos de Rachmaninov au disque ? Je sais bien qu’il y a déjà quantité de versions admirables, mais quand on a la chance d’avoir un interprète idéal de cette musique… Le tout premier disque d’Angelich, gravé pour la défunte collection « Nouveaux interprètes » d’Harmonia Mundi/France Musique était, comme par hasard, consacré aux Etudes-Tableaux de Rachmaninov ! ».

Quelques semaines avant ce concert, recevant un nouveau disque tout Beethoven – le Triple concerto et le trio op.11 – j’exprimais mon enthousiasme (Triple gagnant) :

« Anne Gastinel, dans un texte qui pourrait (devrait !) servir de modèle à tous les musicographes, explique les difficultés d’une oeuvre qui ne ressortit vraiment à aucun genre connu avant Beethoven : de la musique de chambre – un trio – élargie à un orchestre qui n’est pas un simple accompagnateur. Difficultés aussi pour son instrument, le violoncelle, qui mène véritablement la danse, parce qu’il ouvre le concerto et qu’il joue très souvent dans le registre aigu, donc très exposé. On a coutume de dire que la partie la plus facile, la moins exigeante techniquement, est le piano. Quand on entend ce qu’en fait Nicholas Angelich, on est vite convaincu que le piano est tout sauf secondaire ! »

Espérons que d’autres enregistrements de récitals et de concerts seront bientôt disponibles, pour, au-delà d’une discographie qui n’est pas considérable (mais on sait que Nicholas n’aimait pas le studio), que nous retrouvions l’artiste impérial, unique, magique, qu’il était sur scène…

Le piano était en noir

Un avion très en retard de retour de vacances et dans le creux de la nuit ce message d’Alain Lompech sur Facebook : « Quelle tristesse affreuse : Nicholas Angelich, ce si doux géant du piano est mort aujourd’hui à l’hôpital où il était soigné pour une saloperie de maladie dégénérative des poumons. Il avait 51 ans et voulait vivre. Il meurt le lendemain du jour où Radu Lupu est mort lui-même après de longs mois où il semblait attendre l’appel de l’au-delà. Deux pianistes fabuleux et deux hommes à la hauteur de leur génie de musicien ».

Le bien aimé

Ce matin, je n’ai pas de mots, je ne veux pas mettre de mots, sur la disparition prématurée autant que redoutée de Nicholas Angelich. Tant de ses collègues, de journalistes, auront dit en quoi il était, il est, unique, immense, magnifique.

Je suis dévasté parce que, de tous les musiciens qu’il m’a été donné de croiser, de rencontrer, Nicholas était comme le frère que je n’ai pas eu, doté de toutes les qualités que j’admire chez un artiste et chez un être humain. Les larmes me viennent en même temps qu’affluent tant de souvenirs.

Nicholas est sans doute – je n’ai pas fait de comptabilité macabre – le pianiste que j’ai le plus invité lorsque j’étais à Liège, le plus écouté en concert. J’avais enfin trouvé une date en juillet 2021 pour l’inviter au Festival Radio France à Montpellier, et son agent avait dû annuler parce que Nicholas était malade. Je savais que, malheureusement, ce n’était pas une maladie « diplomatique »…

En vrac, quelques images.

Une première rencontre à la fin des années 90, au café en face de l’Hôtel d’Albret dans le Marais, alors siège de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. France Musique avait investi la cour de ce lieu magique au coeur de Paris pour une émission estivale en direct chaque jour. Arièle Butaux avait convié deux jeunes pianistes dont on commençait à parler : Jérôme Ducros.. et Nicholas Angelich. Ils avaient même improvisé un quatre mains. Je les avais invités l’un et l’autre à se désaltérer et les avais interrogés sur leurs projets de l’été : Jérôme avait déroulé un beau calendrier de concerts, tandis que Nicholas, grillant cigarette sur cigarette, annonçait, de son air lunaire, une seule date…

Quelques mois plus tard, je retrouverais étonnamment les deux mêmes pianistes à Deauville, dans le cadre d’un festival pascal voué à faire éclore les jeunes talents. Jérôme Ducros et un quatuor formé pour la circonstance jouaient le quintette « La Truite » de Schubert, et Nicholas Angelich aux côtés – si ma mémoire ne me fait pas défaut – d’Augustin Dumay et du tout jeune Renaud Capuçon, jouait dans les profondeurs du clavier la plus dense des versions que j’aie jamais entendues en concert… du Concert de Chausson.

Je découvre, bouleversé, cet extrait d’un concert de janvier 2019 à la Philharmonie…

Puis il y aura Liège, où dès 2001, je crois que j’aurai invité Nicholas Angelich chaque saison, en commençant par un 2ème concerto de Rachmaninov avec Alexandre Dmitriev, et puis surtout en chaque occasion importante, où il me semblait que la présence de ce musicien était aussi indispensable que l’est celle d’un frère, d’un cousin, lorsque la famille se rassemble.

Je ne puis, ce matin, reparler de toutes ces aventures, je vais tenter de rassembler mes souvenirs, pour les livrer par-delà le chagrin et le deuil.

Mais, encore un document que j’ignorais, je retrouve ce témoignage incroyable d’une magnifique fête du piano que j’avais confiée à ma très chère Brigitte Engerer, disparue elle aussi beaucoup trop tôt, il y a bientôt dix ans (le 23 juin 2012). Une fête à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2010.

La Valse de Ravel jouée comme dans un rêve…

Radu Lupu, Harrison Birtwistle

Radu Lupu est mort lui aussi dimanche. Et le compositeur anglais Harrison Birtwistle.

Je suis incapable de commenter. Juste besoin d’écouter ceci :

PS Je vois sur le site de Classica ce beau texte d’Olivier Bellamy sur Nicholas Angelich. C’est tout lui, c’est exactement l’homme, le musicien, que nous avons aimé, que nous aimons : Hommage à Nicholas Angelich

La grande porte de Kiev (VII) : nés à Odessa

A la fin de ma première chronique consacrée à la grande ville portuaire de la Mer Noire, Odessa, et aux musiciens qui y sont nés (La grande porte de Kiev : nés à Odessa), c’était le 14 mars dernier, j’écrivais :

D’autres pianistes nés à Odessa mériteraient d’être cités. Ce sera pour un prochain billet. Avec l’espoir que, d’ici là, la fière cité fondée par Catherine II ne soit pas, en tout ou partie, détruite par les bombes de Poutine.

A l’heure où j’écris ce nouveau billet, Odessa comme les grandes villes ukrainiennes résistent et bloquent l’envahisseur russe, même si elles vivent toujours sous la menace de bombardements et d’attaques surprises. Gardons l’espoir !

Les autres pianistes

Après Cherkassky, Barere, Feinberg, Maisenberg, Maria Grinberg, retour sur deux grandes figures du piano, l’une et l’autre nées à Odessa : Benno Moisievitch et Ania Dorfmann.

Ania Dorfmann (1899-1874)

Ania Dorfmann naît à Odessa en 1899, y fait ses premières études, et joue en public dès l’âge de 11 ans. Elle accompagne même le tout jeune Nathan Milstein, son cadet de trois ans, elle étudie avec Isidor Philipp au Conservatoire de Paris en 1916-1917, revient quelque temps au pays au plus fort de la Révolution bolchevique et quitte définitivement la Russie en 1920. Sa vie et sa carrière passeront ensuite par la Belgique, l’Angleterre et les Etats-Unis, où elle s’installe en 1938. La rencontre avec Toscanini est décisive: avec le chef italien exilé, elle joue, entre autres, les concertos de Beethoven, et enregistre le Premier.

Sony a réédité un coffret indispensable pour apprécier l’art si caractéristique de cette pianiste devenue américaine sans jamais avoir oublié ses racines.

En 1956, Ania Dorfmann rejoint le corps professoral du grand conservatoire de New York, la prestigieuse Juilliard School, où elle formera nombre de pianistes jusqu’à sa retraite en 1983.

Benno Moiseivitch (ou à l’allemande Benno Moiseiwitsch) : 1890-1963

Sans rien savoir de lui, j’avais acheté dans une éphémère collection très bon marché, qui portait bien son nom « Royal Classics » compte-tenu du nombre de pépites qu’elle contenait, un disque que j’ai immédiatement et profondément aimé comme un secret

Ce pianiste, capable de chanter éperdument sans aucune brutalité, sans démonstration de muscles, et pourtant d’une technique pianistique imparable, une source de jouvence à laquelle je ne cesserais plus de revenir, quand je voudrais retrouver le vrai Rachmaninov.

Le jeune Benno gagne, à neuf ans, à Odessa, le prix Anton Rubinstein. Il part étudier à Vienne auprès du légendaire Theodor Lechetitsky (1830-1915). Il joue une première fois à Londres en 1909 (Moiseivitch deviendra citoyen britannique en 1937), en 1919 il rencontre Rachmaninov aux Etats-Unis. Profonde admiration réciproque. Le pianiste compositeur désigne Moiseivitch comme son « héritier spirituel ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Moiseivitch donne de nombreux concerts et récitals pour soutenir les forces alliées. Témoin ce document très émouvant :

On aimerait une belle réédition du legs discographique de cet immense musicien, qui complète le double CD paru jadis dans la fabuleuse collection réalisée par Tom Deacon des Grands Pianistes du XXème siècle :

La grande porte de Kiev (VI) : nés à Odessa

Chaque jour apporte son lot d’informations tragiques sur l’Ukraine, au point de risquer de nous y « habituer »… Une ville, parmi d’autres (toutes les autres ?) visées par l’armée russe, est souvent citée, à raison de son histoire, de sa situation stratégique, de l’importance de sa population : Odessa, fondée sur la Mer Noire par Catherine II en 1794.

Nous avons tous vu cette séquence, où des musiciens et choristes de l’opéra d’Odessa chantent le choeur des esclaves de Nabucco de Verdi « Va pensiero » pour dire leur refus de la guerre :

Ce qu’on découvre en feuilletant dictionnaires et livres d’histoire culturelle, c’est l’incroyable nombre et la qualité des grands musiciens qui sont nés à Odessa. Plusieurs billets ne seront pas de trop pour évoquer ces hautes figures de la musique, et rappeler le rôle exceptionnel que la cité portuaire, si riche de son histoire, a joué dans l’éducation et le foisonnement de ces talents.

Des pianistes illustres

Commençons par les pianistes, et quels pianistes !

Shura Cherkassky (1909-1995)

Alexandre Isaacovitch Cherkassky naît en 1909 à Odessa, mais il ne restera pas russe très longtemps, puisque sa famille fuit la Révolution de 1917 pour s’établir aux Etats-Unis. Cherkassky étudie au Curtis Institute de Philadelphie auprès de Josef Hofmann, lui-même Polonais d’origine qui a fui l’Europe au début de la Première Guerre mondiale.

On peut mesurer au nombre de citations du pianiste dans ce blog l’admiration éperdue que je porte à ce pianiste … américain, dont j’attends désespérément qu’un jour un éditeur (mais lequel ?) s’avise de rassembler en un coffret un héritage discographique hors normes. Je découvre presque tous les jours un enregistrement, une perle, que je ne connaissais pas, comme par exemple dans ce coffret un peu fourre-tout, une splendide version du concerto de Grieg, dirigé par un autre grand que j’admire, le chef britannique Adrian Boult

Emile Guilels (1916-1985)

Faut-il faire l’éloge du plus grand pianiste russe du XXème siècle (avec son collègue et ami, né lui aussi en Ukraine, à Jytomir*, Sviatoslav Richter), Emile Guilels ? A la différence de son aîné Cherkassky, Guilels étudie d’abord dans sa ville natale, Odessa, auprès d’un célèbre pédagogue, Yakov Tkach, puis à partir de 1935 au Conservatoire Tchaikovski de Moscou, avant d’entamer une fabuleuse carrière de soliste, concertiste, et d’enseigner à son tour dans le même conservatoire.

Sur la discographie d’Emile Guilels voir Un centenaire

Comme je l’évoquais dans un précédent billet – Beethoven 250 : Gilels/Masur – si l’on veut percevoir ce que Guilels pouvait donner en concert, il faut écouter cette intégrale « live » des concertos de Beethoven donnée à Moscou au mitan des années 70 :

Les noms qui suivent sont peut-être moins connus du public des mélomanes, mais les amateurs de grand piano et de personnalités singulières chérissent depuis longtemps leurs enregistrements… lorsqu’ils sont disponibles.

Simon Barere (1896-1951)

Simon Barere naît le 20 août 1896 dans le ghetto d’Odessa, onzième d’une famille de treize enfants. Il perd son père à 12 ans, joue dans des cinémas ou des restaurants, puis, à la mort de sa mère quatre ans plus tard, il auditionne devant Glazounov et entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg. En 1919 il achève ses études, obtient le prix Rubinstein (du nom du célèbre pianiste et compositeur Anton Rubinstein) et s’attire ce compliment de la part de Glazounov : « Barere est Franz Liszt dans une main, Anton Rubinstein dans l’autre ». Barere va ensuite enseigner à Kiev, puis à Riga. Il quitte l’URSS en 1932 pour Berlin, mais fuit rapidement devant la montée du nazisme, d’abord vers la Suède, puis fait ses débuts à Londres, enfin aux Etats-Unis où il se fixe en 1936. Le 2 avril 1951, il joue le concerto de Grieg avec Eugene Ormandy au Carnegie Hall de New York et s’effondre, victime d’une hémorragie cérébrale fatale.

C’est dans ce même Carnegie Hall qu’est enregistrée, en concert, le 11 novembre 1947, une version justement légendaire de la Sonate de Liszt

Samuil Feinberg (1890-1962)

Contemporain de Simon Barere, Samuil Feinberg naît lui aussi à Odessa en 1890, mais va demeurer toute sa vie en Russie puis en Union soviétique, où il va occuper une position singulière. Comme compositeur, il est invité dans les festivals occidentaux, où il fait forte impression, jusqu’à ce que la terreur stalinienne lui interdise ces sorties à l’étranger. Feinberg va se consacrer essentiellement à l’enseignement : durant quarante ans, de 1922 à sa mort il sera l’un des professeurs les plus admirés du Conservatoire de Moscou. Très jeune pianiste, il aura marqué le public en interprétant en concert, pour la première fois en Russie, le Clavier bien tempéré de Bach, les 32 sonates de Beethoven et les 10 sonates de Scriabine. Il laisse un grand nombre de transcriptions, notamment de Bach.

Maria Grinberg (1908-1978)

J’ai déjà consacré à la fabuleuse Maria Grinberg, native elle aussi d’Odessa, tout un article que j’invite à relire : Du piano de toutes les couleurs

Oleg Maisenberg (1945-)

D’une génération plus récente, Oleg Maisenberg, Odessien lui aussi, s’est fait connaître comme un interprète d’élection de Schubert, comme un partenaire régulier du violoniste Gidon Kremer, et, ce qui me touche particulièrement, de la pianiste Brigitte Engerer, disparue il y a bientôt dix ans.

D’autres pianistes nés à Odessa mériteraient d’être cités. Ce sera pour un prochain billet.

Avec l’espoir que, d’ici là, la fière cité fondée par Catherine II ne soit pas, en tout ou partie, détruite par les bombes de Poutine

*Si on pouvait éviter d’écorcher les noms ukrainiens, ce serait le moindre des respects à l’égard de ce peuple. Malheureusement tous les journalistes français ne connaissent pas l’orthographe internationale (anglaise donc !) qui fait qu’on écrit Zhitomir pour la ville ukrainienne de Jytomyr : donc Ji-to-mir (comme jeu) et pas Zi-to-mir. Lire un article déjà ancien de ce blog : Comment prononcer les noms de musiciens ?. Mais on n’en voudra à personne de ne pas prononcer « à la russe » le nom de la ville martyre de Kharkiv (le « kh » étant une lettre – X dans l’alphabet cyrillique – que seuls les germanophones pratiquent comme dans Bach).

Rhapsodie hongroise : Zoltan retrouvé

L’un des plus grands artistes hongrois de ces cinquante dernières années est mort en novembre 2016, à 64 ans. J’ai consacré alors au pianiste et chef d’orchestre Zoltan Kocsis un long article que je vous invite à relire : Zoltan le bienheureux.

J’y écrivais : « Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? ».

Cinq ans plus tard, un voeu largement partagé est exaucé :

Quel bonheur de retrouver ce piano charnu mais svelte, dense et clair, d’une technique transcendante jamais étalée, et même de faire dans ce coffret des découvertes, des disques sans doute mal ou peu distribués à l’époque de leur sortie !

Du connu et reconnu comme la référence moderne de l’oeuvre pianistique de Bartok, une très large anthologie Debussy qui dit tout de l’art poétique du pianiste hongrois.

De Chopin, seulement les 19 Valses, mais quel trésor !

Une référence depuis longtemps pour moi des concertos de Rachmaninov. Je me rappelle encore le choc ressenti, lors d’un Disques en Lice, à la découverte du 3ème concerto, cet allant, cet élan, cette lumière tant dans le jeu du soliste que dans la conduite de l’orchestre.

On aurait dû commencer par là, mais ce qui saute aux yeux dans ce coffret, c’est l’originalité du répertoire gravé (son choix ? celui de l’éditeur? probablement les deux) par le pianiste hongrois dans ses jeunes années. La signature d’un talent singulier. Bach mais par la face nord, l’austère Art de la fugue, Beethoven mais pas les habituelles dernières sonates, Grieg mais pas le concerto, et la référence pour l’unique sonate du compositeur norvégien, et quels bijoux que ces deux recueils de Pièces lyriques. Liszt et les ultimes Années de pélerinage, Wagner dans une passionnante confrontation entre les transcriptions de Liszt et les siennes propres.

Liszt toujours, et des concertos que je ne connaissais pas, enregistrés avec la complicité de son ami Ivan Fischer, avec qui, on l’oublie souvent, Zoltan Kocsis avait fondé l’orchestre du festival de Budapest. Ensemble aussi les concertos de Bartok et de Ravel.

Trois concertos de Mozart aussi (il y en eut beaucoup d’autres pour Hungaroton) comme on les aime, francs, fermes et lumineux.

Et puis ces variations, parfois déconcertantes, si libres et romantiques, sur « Ah vous dirai-je maman » d’Ernő Dohnányi, dont les deux complices font un feu d’artifice.

Last but not least quelle pure joie de retrouver les prises de son Philips des grandes années – un piano toujours superbement capté – !

Frédéric le grand

Il n’y a pas de hasard, juste les coïncidences du cœur.

Je reçois ce matin ce beau coffret, commandé il y a plusieurs semaines :

Et c’est ce mercredi que Frédéric Lodéon fête ses 70 ans, que France Musique lui a consacré une journée spéciale.

À mon tour de souhaiter un joyeux anniversaire à l’ami Frédéric !

Et de nous réjouir de retrouver enfin rassemblés ces formidables enregistrements du jeune Lodéon. Je pensais les avoir tous, j’en découvre que j’ignorais.

Le moment n’est plus à regretter que Frédéric ait lâché trop tôt son violoncelle, il est resté le musicien enthousiaste, le passeur de musique qui a donné envie à des millions d’auditeurs de France Inter puis de France Musique et de téléspectateurs sur France 3 et lors des Victoires de la musique classique. Tous ceux-là vont pouvoir maintenant découvrir ou redécouvrir l’archet vibrant, la chaleur du violoncelle de Frédéric Lodéon, le plus souvent entouré de ses amis ! Quelle bande magnifique, la si regrettée Daria Hovora, Pierre Amoyal, Augustin Dumay, Jean-Philippe Collard…

Et cerise sur le gâteau : c’est Frédéric Lodéon lui-même qui signe le texte du livret à la première personne. C’est évidemment passionnant d’abord parce qu’il décrit les coulisses de cette série d’enregistrements, le choix des répertoires et des partenaires, il présente ainsi chaque disque – on l’imagine le faisant à la radio ! –

Détails du coffret :

Strauss, R: Cello Sonata in F major, Op. 6

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Prokofiev: Cello Sonata in C major, Op. 119

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Haydn: Cello Concerto No. 2 in D major, Hob. VIIb:2 (Op. 101)

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Haydn: Cello Concerto No. 1 in C major, Hob. VIIb:1

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Mendelssohn: Cello Sonata No. 1 in B flat major, Op. 45

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Mendelssohn: Cello Sonata No. 2 in D major, Op. 58

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Boccherini: Cello Concerto No. 9 in B flat major, G482

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Boccherini: Cello Concerto No. 10 in D major, G483

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Mendelssohn: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 49

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)

Mendelssohn: Piano Trio No. 2 in C minor, Op. 66

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)

Schumann: Fantasiestücke, Op. 73

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Adagio and Allegro in A flat major, Op. 70

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Stücke im Volkston (5), Op. 102

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Träumerei (from Kinderszenen, Op. 15)

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Brahms: Clarinet Trio in A minor, Op. 114

  • Frédéric Lodéon (cello), Michel Portal (clarinet), Michel Dalberto (piano)

Fauré: Cello Sonata No. 1 in D minor, Op. 109

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Cello Sonata No. 2 in G minor, Op. 117

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Sicilienne, Op. 78

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Élégie in C minor, Op. 24

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Romance in A major for cello & piano, Op. 69

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Papillon, Op. 77

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Sérénade, Op. 98

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Piano Trio in D minor, Op. 120

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano), Augustin Dumay (violin)

Fauré: Piano Quartet No. 1 in C minor Op. 15

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano), Augustin Dumay (violin), Bruno Pasquier (viola)

Beethoven: Triple Concerto for Piano, Violin, and Cello in C major, Op. 56

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
  • Orchestre National de l‘Opéra de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Ravel: Piano Trio in A minor

  • Frédéric Lodéon (cello), Augustin Dumay (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Auric: Imaginées II

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Schumann: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 63

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Piano Trio No. 2 in F major, Op. 80

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Piano Trio No. 3 in G minor, Op. 110

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Fantasiestücke in A minor for Piano Trio, Op. 88

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Cello Concerto in A minor, Op. 129

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Nouvel Orchestre Philharmonique
  • Theodor Guschlbauer

Lalo: Cello Concerto in D minor

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Philharmonia Orchestra
  • Charles Dutoit

Caplet: Epiphanie

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Philharmonia Orchestra
  • Charles Dutoit

Indy: Concerto for Flute, Cello, Piano and Strings

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Pierre Rampal (flute), François-René Duchâble (piano)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Boccherini: Cello Concerto No. 3 in G major, G480

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre de Lausanne
  • Armin Jordan

Boccherini: Cello Concerto No. 2 in D major G479

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre de Lausanne
  • Armin Jordan

Chopin: Grand Duo for Cello and Piano (on themes from Meyerbeer’s Robert le Diable)

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Chopin: Cello Sonata in G minor, Op. 65

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Chopin: Introduction and Polonaise Brillante in C, Op. 3

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Schubert: Piano Trio No. 2 in E flat major, D929

  • Frédéric Lodéon (cello), Augustin Dumay (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Vivaldi: Cello Concerto in A minor, RV420

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in C major, RV 400

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in B minor, RV424

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in G major, RV413

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in C minor, RV401

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Schubert: Sonata in A minor ‘Arpeggione’, D821

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Shostakovich: Cello Sonata in D minor, Op. 40

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Tchaikovsky: Piano Trio in A minor, Op. 50 ‘In Memory of a Great Artist’

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Pascal Rogé (piano)

Saint-Saëns: Cello Concerto No. 1 in A minor, Op. 33

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Tchaikovsky: Variations on a Rococo Theme, Op. 33

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Fauré: Élégie in C minor, Op. 24

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Duport: Concerto for cello and orchestra No. 2

  • Frédéric Lodéon (cello), Ensemble Orchestral de Paris (chamber ensemble)
  • Jean-Pierre Wallez

Duport: Concerto for cello and orchestra No. 5

  • Frédéric Lodéon (cello), Ensemble Orchestral de Paris (chamber ensemble)
  • Jean-Pierre Wallez

Duport: Cello Duo No. 2 in D Minor

  • Frédéric Lodéon (cello), Xavier Gagnepain (cello)

Duport: Cello Duo No. 3 in G Major

  • Frédéric Lodéon (cello), Xavier Gagnepain (cello)

Schubert: Piano Trio No. 1 in B flat major, D898

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Schubert: Piano Trio movement in B flat major, D28

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Schubert: Notturno in E flat major for piano trio, D897 (Op. post.148)

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Sous les pavés la musique (IX) : Karl Böhm et Deutsche Grammophon

J’étais tellement persuadé d’en avoir parlé… que j’ai oublié de le faire.

Après le coffret des enregistrements Philips et Decca (lire Karl Böhm : l’héritage Philips et Decca), c’est au tour de Deutsche Grammophon d’honorer Karl Böhm, quarante ans après sa mort.

Remy Louis ne m’en voudra pas de citer in extenso le papier qu’il consacre aujourd’hui sur Diapason au grand chef disparu en 1981. Il n’y a pas meilleur « böhmologue » sur la planète musique :

« Le quarantième anniversaire de la mort de Karl Böhm (1894-1981) a enfin décidé DG à redonner sa place légitime à l’une de ses grandes signatures, en réunissant dans un son glorieux toutes ses gravures orchestrales de studio (et quelques live), concertos inclus (Guilels et Pollini). Un parcours ouvert (Symphonie no 5, 1953) et refermé (9e, 1980) avec Beethoven. Tous les témoignages parlés (en allemand) sont là aussi. De 1953 à 1980, au Böhm mature succède celui du grand âge, de Berlin à Vienne, avec des retours à Dresde (Schubert, Strauss bien sûr), et l’arrivée tardive du Lon-don Symphony. De la mono à la stéréo digitale, on retrouve ce qui était éparpillé dans les coffrets « Great Recordings 1953-1972 », « The Symphonies » (cycles Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms) et « Late Recordings ». Ajout majeur : l’« intégrale » Mozart (1959-1968) bénéficie d’une édition Blu-ray audio à la présence aérée qui la fait revivre comme jamais.

Berlin et Vienne

Berlin a été l’orchestre principal de Böhm chez DG jusqu’au début des années 1970 car Vienne était d’abord sous contrat Decca. Mais le désir du chef d’enregistrer avec « son » Philharmonique était tel qu’un accord fut trouvé : Haydn (Symphonies nos 88 à 92, Symphonie concertante), les concertos pour vents de Mozart, les intégrales Beethoven et Brahms, les géniales 7e et 8e de Bruckner – assurément deux sommets – incarnent profondément une culture que Böhm – styrien, pas viennois – a entretenue et façonnée à son tour avec exigence ; l’évocation parlée de sa relation avec les Wiener (près de douze minutes, inédites en CD) en est le précieux écho.

On s’en souvient comme si c’était hier : rayonnant du cœur même de la sonorité, cette fluidité et ces mille reflets d’or entendus dans la trilogie mozartienne au Théâtre des Champs-Elysées en 1979. S’en rapprochent les concertos pour cor de Mozart, les Haydn (vraiment uniques, sans prédécesseur ni successeur), la « Pastorale » ou l’ultime 9e de 1980 (étrangement pré-mahlérienne dans ses timbres, ses espaces sonores), le Largo inouï de la « Nouveau Monde », les Wagner sublimés. Cette quintessence imprègne aussi les Tchaïkovski tardifs et extraordinairement épurés du LSO (4e, 5e, et « Pathétique »), ni allemands, ni russes, mais d’ailleurs : un monde en soi, sans descendance.

Comparaisons

Pour avoir joué avec les trois, un musicien de Chicago disait que Solti était d’abord un chef rythmique, Barenboim harmonique, Muti mélodique. Böhm fusionne ces éléments dans un point d’équilibre qui n’est pas ce juste milieu que raillait Schönberg, mais ce seuil où l’œuvre semble réalisée sans effort dans toutes ses potentialités, en écartant tout extrémisme extérieur. Et dans une conscience aiguë du style, doublée de l’accueil libéral des couleurs et de la sonorité de chaque formation.

Rapprocher les prises effectuées avec Berlin, puis Vienne (divers Mozart dont la Symphonie concertante pour vents, 3e et 7e de Beethoven, 5e et 8e de Schubert, 1re et 2e de Brahms… ) est révélateur ; la différence est marquée chez Brahms, impérieux et emporté par de sombres élans à Berlin, plus relaxé à Vienne. Elle vaut aussi pour les deux formidables Vie de héros de Strauss de Dresde et Vienne : on croit d’abord entendre un autre chef, mais…

Sur la question des tempos, nos goûts ont évolué pour le répertoire classique, les premiers Schubert ; mais les siens ne sont-ils pas salvateurs dans un monde hystérisé ? Böhm est à la fois précis, articulé, savamment contrasté et toujours narratif. Sombre avec Berlin, il est lumineux avec Vienne… mais partout clair, intérieurement intense.

Le charme et la joie

Un été indien réchauffe les Mozart de Vienne (les 38e et 39e !), préservant cet élan qui faisait écrire au compositeur André Boucourechliev, chroniquant les Concertos nos 19 et 23 avec Pollini, que le vrai soliste de ce disque était Böhm lui-même. Walter Legge admirait « sa manière si naturelle de faire de la musique, l’aisance suprême avec laquelle il passait d’un tempo à un autre, la chaleur humaine, l’humour, le pathos contenu ». Ajoutons : le charme – les Haydn, les valses de Strauss, les cordes si viennoises de Pierre et le loup !

Pourtant, une dimension plus faustienne sous-tend ses Mozart berlinois, d’une unité surprenante si on songe qu’il n’a jamais dirigé nombre d’entre eux en concert. Il déclarait dans une interview télévisée ne pas croire totalement à la joie chez Mozart – aveu remarquable. Ses lectures sont exemptes de sentimentalisme mais non de tourments, strictes de forme mais nuancées dans le détail, et d’un naturel agogique et d’une plénitude sonore exaltants – ainsi des fabuleuses Sérénades « Haffner » et « Posthorn ». Que d’aucuns, aujourd’hui, n’adhèrent pas à ce son, à cette vision, se comprend, et ne tient pas seulement aux bouleversements stylistiques intervenus depuis sa disparition : du vivant de Böhm, le Mozart de Szell, par exemple, traçait une tout autre voie.

Voilà bien une somme, dont l’écoute ne dissipe jamais, en dépit de son évidence musicale, le mystère que recelait l’homme. Visuels (pas toujours les tout premiers) originaux, brève notice de Richard Osborne (sans traduction française). Regrettons que DG n’ait pas repris l’hommage pénétrant, signé Erik Werba, qui ouvrait l’édition vinyle originale de l’intégrale Mozart. Le pianiste savait ce que Böhm représentait. » (Remy Louis, DiapasonMag).

Mes préférences à moi

Je n’ai rien découvert dans ce coffret, qui a toutefois l’immense avantage de regrouper des parutions jusqu’alors disparates, et d’être richement documenté.

Remy Louis souligne, à juste titre, qu’on peut être décontenancé par la « paisibilité » des Mozart et des Schubert de Böhm, surtout si on a dans l’oreille les Harnoncourt, Gardiner et autres tenants de l’interprétation « historiquement informée ».

Tout admiratif que je sois du chef autrichien, je n’arrive vraiment pas à me faire à ces Mozart sans vie ni ressort (le finale de cette 25ème symphonie !!)

La comparaison avec son aîné d’une dizaine d’années, pourtant réputé pour ses lenteurs, Otto Klemperer, est… édifiante !

En revanche, Haydn réussit plutôt au natif de Styrie, et le bouquet de symphonies (88-92 et 105) qu’il grava avec les timbres fruités de Vienne, figure depuis longtemps dans les favoris de ma discothèque

« La » Première de Brahms

Ce coffret contient, pour moi, « la » version définitive de la Première symphonie de Brahms. Je ne connais pas de finale plus rageur, plus tourmenté, plus contrasté aussi, que celui de Böhm à Berlin en 1959.

Mais toutes les symphonies de Brahms – l’intégrale viennoise – sont de la même eau sous la baguette à la fois si impérieuse et souple de Böhm.

Prokofiev et Saint-Saëns

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer deux raretés de la discographie de Böhm : un fantastique Carnaval des animaux de Saint-Saëns, et ce qu’on pourrait considérer comme la version de référence, pas moins, de Pierre et le Loup de Prokofiev. Avec juste un bémol : le coffret comprend les versions en anglais et en allemand (c’est le propre fils de Karl Böhm, l’acteur Karlheinz, qui en est le récitant) mais omet la version française parue jadis avec Jean Richard !

Johann et Richard Strauss

On sait les affinités électives entre Richard Strauss et Karl Böhm (pour les opéras voir le coffret paru en 2018 : Böhm les opéras Deutsche Grammophon) C’est évident dans les poèmes symphoniques.

De l’autre Strauss, Böhm, outre une Fledermaus d’anthologie avec Gundula Janowitz, n’a gravé qu’un seul disque de valses et polkas. Des modèles, comme ces Roses du Sud de haute école.

Je suis plus circonspect que Remy Louis sur les Tchaikovski gravés à Londres, une Neuvième de Dvorak bien sérieuse.

Mais rien n’est médiocre ni négligeable dans ce beau coffret !