Entre le Bulgare d’hier et l’Ouzbek d’aujourd’hui

Se souvenir d’Alexis Weissenberg

Finalement je l’ai acheté ce coffret, ces 37 CD qui restituent l’intégralité des enregistrements du pianiste pour EMI, et même un disque de sonates de Haydn déjà paru dans un coffret RCA.

Pourtant la dernière prestation d’Alexis Weissenberg (1929-2012) à laquelle j’ai assisté en 1997 ou 1998 m’a laissé un souvenir terrible. C’était un concert organisé par une grande école parisienne avec je ne sais plus quel orchestre, c’était au Palais Garnier, et à force de pressions, France Musique avait été obligée de capter ce concert, dirigé par Yehudi Menuhin avec en soliste Alexis Weissenberg. Au programme figurait le concerto n°9 de Mozart, c’était mal parti le pianiste bousculait déjà le premier mouvement, mais le comble de la confusion fut atteint dans le rondeau final. Weissenberg avalait les notes et les traits à une telle vitesse qu’il était impossible pour Menuhin et l’orchestre de suivre le soliste. On eut donc ce résultat, digne d’un Tom and Jerry, avec un pianiste posant le dernier accord deux bonnes minutes avant l’orchestre. Nous étions plusieurs, assis dans la salle, à nous regarder effarés par un tel naufrage. Cela n’empêcha pas une salle d’invités d’applaudir à tout rompre…et les organisateurs de s’assurer que France Musique avait bien diffusé l’exploit en direct. Je leur expliquai que non ce n’était pas du direct et que pour la diffusion on aviserait ultérieurement….

Quelques années après, allant féliciter un pianiste qui venait de jouer au Théâtre des Champs-Elysées, je vis devant moi dans le couloir qui menait à sa loge, un très vieux monsieur tout voûté avançant à pas lents. Je mis un peu de temps à reconnaitre Alexis Weissenberg, qui était alors dans sa soxantaine. Ce n’est qu’après sa mort que j’apprendrai, comme le monde musical, l’un des secrets les mieux gardés, la maladie de Parkinson qui l’avait touché dès le début des années 80.

Mais Alexis Weissenberg je l’avais souvent vu à la télévision, merci le Grand Echiquier de Jacques Chancel (en particulier lors de cette soirée mémorable avec Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin (à voir sur ma chaîne YouTube). Et une première fois en récital à Poitiers. Je m’étais fait dédicacer son tout nouveau disque du 5e concerto de Beethoven dirigé par Karajan…

Je me rappelle des critiques sur ces concertos de Beethoven qui, étonnés par les bizarreries de la prise de son, se demandaient si le piano n’avait pas été enregistré séparément de l’orchestre, puis mixé pour le disque…

En réalité, Alexis Weissenberg est un artiste à part. Cette sorte d’objectivité, de droiture diront certains, dans l’approche des oeuvres, de Bach à Chopin, de Schumann à Ravel, surprend encore aujourd’hui ceux qui s’attachent à la qualité du son, ou à l’engagement du musicien dans l’oeuvre. Au moins ne risque-t-on pas la monotonie, même si on est plus d’une fois bousculé dans ses certitudes !

Une décennie après

Je me demandais l’autre soir à Liège où j’avais entendu pour la dernière fois le pianiste ouzbek Behzod Absudarimov.

Maintenant, grâce à ce blog, j’en retrouve la trace. C’était en 2015 dans le tout nouvel Auditorium de Radio France. Behzod faisait ses débuts parisiens dans le 3e concerto de Prokofiev.

« On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt « 

Dans le 1er concerto de Tchaikovski jeudi à Liège c’était, onze ans après, la même impression de « calme puissance » :

Intéressant de comparer ces deux visages du piano d’hier et d’aujourd’hui.

Cadeau

Plus personne aujourd’hui ne joue en concert la 2e symphonie de Borodine, ni ne l’enregistre plus. Dans la discographie de Carlos Kleiber, il y a cette archive prodigieuse de 1972.

Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog

Methamorphoses

Cadeau

À la fin de chaque billet, quelqu’en soit le sujet, je proposerai désormais un cadeau musical, original, inattendu, ou tout simplement parce qu’il me touche.

Puisque je vais évoquer aujourd’hui un dernier coffret consacré à Zubin Mehta, un extrait d’une oeuvre peu connue d’un compositeur qui est rarement joué de nos jours, Ernest Bloch : Voice in the Wilderness (Voix dans le désert) écrite en 1936

Mehta #90

Le chef d’origine indienne Zubin Mehta, 90 ans bien sonnés, fait partie de ces chefs qui ont beaucoup enregistré (trop ?) au point de brouiller les cartes pour le mélomane. Decca fait paraître un dernier coffret qui regroupe après ceux réalisés à Los Angeles, les enregistrements de Zubin Mehta faits à Vienne, Tel Aviv ou Londres (voir liste ci-dessous)

Auparavant il y avait déjà eu tout cela :

Dans le nouveau coffret, quelques raretés comme la Messe n°2 et le Te Deum de Bruckner

ou la Philadelphia Symphony du compositeur autrichien Gottfried von Einem (1918-1996)

Surprise aussi de découvrir cette intégrale de la musique de ballet de Beethoven pour Les créatures de Prométhée, enregistrée à Rome en 1969

Peut-être pas indispensable, mais digne d’écoute, le « live » de 2013 des concertos de Brahms et Bruch capté à Tel Aviv avec un violoniste – David Garrett – qui n’est pas que la star de la pop allemande qu’il est devenu. J’ai un souvenir de quelques concerts avec lui, notamment celui dont il avait été le soliste avec l’orchestre philharmonique de Liège dirigé par Louis Langrée au Théâtre des Champs-Elysées en 2004.

Je crois bien que c’est par cet enregistrement que j’ai découvert la 7e symphonie de Dvořák. Depuis, j’ai trouvé plus enthousiasmant, plus idiomatique surtout (comme Pierre Monteux !) mais Mehta sait faire chanter son orchestre

Très bonne idée aussi de rééditer ce concerto n°1 de Paganini avec l’ami Boris Belkin. Et pour une fois la direction avance, chante, et ne se contente pas d’un accompagnement banal.

J’avais oublié que Zubin Mehta avait lui aussi gravé une intégrale des symphonies de Schubert.

On imagine que sur scène le dispositif devait impressionner. En 1982 pour un festival d’hommage à Bronislaw Huberman, l’un des fondateurs de l’orchestre philharmonique d’Israël, Zubin Mehta avait réuni une belle brochette de stars. Cela donne une version des Quatre saisons de Vivaldi, avec comme violon solo successivement Isaac Stern, Pinchas Zukerman, Shlomo Mintz et Itzhak Perlman, puis un concerto pour 4 violons, tiré de L’estro armonico, avec Isaac Stern, Ivry Gitlis, Ida Haendel et Shlomo Mintz

Plusieurs rééditions d’opéras qui ne sont peut-être pas, dans la discographie même de Zubin Mehta, le tout premier choix.

CD 1 Bartok : Concerto orchestre, Esquisses hongroises / IPO*

CD 2-4 Beethoven : Concertos piano / Ashkenazy / VPO*

CD 5-8 Beethoven : Concertos piano / Lupu / IPO

CD 9 Beethoven : Les créatures de Prométhée / IPO

CD 10 Berlioz : Symphonie fantastique / NYPO*

CD 11 Berlioz : Harold en Italie / Benyanimi / IPO

CD 12 Bloch : Schelomo, Voice in the Wilderness / Starker / IPO

CD 13 Brahms : Symphonie 1, Ouverture tragique / VPO

CD 14 Brahms : concerto piano 1 /Rubinstein/ IPO

CD 15 Brahms : concerto piano 2 / Ashkenazy / LSO*

CD 16 Brahms, Bruch : concertos violon / Garrett / IPO

CD 17-18 Bruckner : Symphonie 9, Te Deum, Messe n°2 / VPO

CD 19 Chopin : concertos piano /Lang Lang/ VPO

CD 20 Dvorak : symphonie n°7 / IPO

CD 21 Dvorak: concerto violoncelle, R.Strauss : Don Quichotte / Maisky / BPO*

CD 22 Lalo: Symphonie espagnole, Vieuxtemps: concerto n°5 / Mintz / IPO

CD 23 Liszt Préludes, Wagner: ouv Maîtres Chanteurs, Parsifal, Lohengrin / VPO

CD 24 Mahler Symphonie n°1 / IPO

CD 25 Mahler: Symphonie n°2 / Cotrubas, Ludwig / VPO

CD 26 Mahler : Symphonie n°4 / Hendricks / IPO

CD 27 Mendelssohn : Octuor / IPO

CD 28-29 Mozart : Symphonies 34, 39,40, Petite musique de nuit / IPO

CD 30 Paganini : Concerto violon n°1 / Belkin / IPO

CD 31 Paganini, Chausson, Waxman, Milstein / Shoji / IPO

CD 32-33 Puccini : La fanciulla del West / Neblett, Milnes, Domingo / Covent Garden

CD 34-35 Puccini : Turandot / Sutherland, Pavarotti, Caballé, Ghiaurov / LPO*

CD 36 Sarasate, Chausson, Saint-Saëns, Ravel / Perlman / NYPO

CD 37 Schmidt : Symphonie n°4, Von Einem : Philadelphia Symphony / VPO

CD 38-42 Schubert : Symphonies / IPO

CD 43-45 Schumann : Symphonies / VPO

CD 46-47 Tchaikovski : Symphonie n°5, suites Casse Noisette, Le lac des cygnes / IPO

CD 48-49 Verdi : le Trouvère / Nucci, Banaudi, Verrett, Pavarotti / Mai florentin

CD 50-51 Verdi : la Traviata / Kanawa, Mazzoni, Borodina, Kraus, Hvorostovski / Mai florentin

CD 52 Verdi / Leontyne Price / IPO

CD 53-54 Rossini, Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Verdi, Weber / IPO

CD 55-56 Vivaldi, Mozart / Stern, Mintz, Zukerman, Perlman, Gitlis, Haendel

CD 57 Hommage à Solti / LPO

IPO = Israel Philharmonic Orchestra

VPO = Vienna Philharmonic Orchestra

NYPO : New York Philharmonic Orchestra

BPO = Berlin Philharmonic Orchestra

LPO = London Philharmonic Orchestra

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs du moment (Rentrée)

Dans ma boîte aux lettres : Haitink, Demus, van Barentzen

Les compléments Haitink

Le grand chef hollandais Bernard Haitink, disparu il y a cinq ans, a déjà bénéficié de magnifiques rééditions de sa discographie, d’abord avec le Concertgebouw d’Amsterdam, puis au printemps dernier avec l’orchestre philharmonique de Londres. Restait à rassembler les enregistrements réalisés à Berlin, Vienne ou Boston, où le chef était régulièrement invité.

31 CD

Mahler Symphonies Nos. 1-7; Symphony No. 9; Symphony No. 10; Lieder eines fahrenden Gesellen (BPO)
Poulenc Organ Concerto (Thomas Hurford)
Mark-Anthony Turnage Some Days (orch.jeunes Communauté européenne)
Schumann Cello Concerto, Op. 129; Adagio & Allegro, Op. 70; Fantasiestücke, Op. 73; 5 Stücke im Volkston, Op. 102 (Heinrich Schiff)
Stravinsky The Firebird; Scherzo à la russe; Petrushka; Scènes de ballet; Le Sacre du Printemps; Pulcinella (BPO) Violin Concerto (David Oistrakh, orch. Lamoureux)
Beethoven Fidelio (Norman, Dresde)
Berlioz Symphonie fantastique (VPO)
Brahms Symphonies Nos. 1-4; Tragic Overture, Op. 81 (Butry sur Oise) Piano Concerto No. 2 (Ashkenazy VPO) Ein deutsches Requiem, Op. 45; Schicksalslied, Op. 54, Nänie; Alt-Rhapsodie; Haydn Variations (VPO)
Bruckner Symphony No. 3; Symphony No. 4; Symphony No. 5; Symphony No. 8; Te Deum (VPO)
Ravel Daphnis et Chloé; La Valse; Rapsodie espagnole; Menuet antique; Ma mère l’oye; Boléro; Alborada del gracioso; Le Tombeau de Couperin; Valses nobles et sentimentales (BSO)

BPO : orchestre philharmonique de Berlin / VPO : orchestre philharmonique de Vienne / Butry sur Oise : orchestre symphonique de Boston)

Très peu de redécouvertes, mais quelques surprises, comme une symphonie fantastique plus poétique que frénétique, tout un ensemble Ravel qui bénéficie de la tradition bostonienne forgée par Munch et Ozawa.

Pour Mahler et Bruckner, la comparaison entre les captations réalisées à Amsterdam, puis plus récemment à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise, n’est pas sans intérêt, même si les permanences de l’art du chef – lisibilité, fluidité, plus que monumentalité – se coulent dans les spécificités sonores des Berlinois ou des Viennois.

Le piano d’Aline van Barentzen

J’avais jadis un ou deux disques de la collection économique Trianon chez EMI, des sonates de Beethoven entre autres, d’Aline van Barentzen (1897-1981) dont ma professeure de piano au conservatoire de Poitiers avait été l’élève au conservatoire de Paris. Je désespèrais de jamais retrouver cela en CD, jusqu’à ce que je découvre au début de l’été un coffret publié par Meloclassic, 9 CD remplis de pépites

Comment se fait-il que cette artiste ait une discographie aussi mince, en dehors de ces heureuses captations de concert ?

On ne m’en voudra pas d’aller rechercher – de retour du Brésil – ces précieux témoignages de la collaboration entre le plus grand compositeur brésilien du XXe siècle, Heitor Villa-Lobos, et la pianiste franco-américaine.

Warner serait bien inspiré de rééditer au moins les quelques enregistrements réalisés pour La Voix de son Maître, ses Beethoven en particulier !

Jörg Demus chez Schumann

Lorsqu’il est mort en 2019, j’avais fait un portrait très personnel de Jörg Demus : Le piano poète. Encore un artiste dont la discographie est dispersée ô combien! Dans la même collection Meloclassic, j’ai repéré un double album pour l’essentiel consacré à Schumann et à des prises de concert réalisées à Dresde.

Et toujours dans mes brèves de blog, les grands bonheurs et les petits malheurs de ces derniers jours.

1976-2026 : souvenirs d’été

Ce billet du milieu d’été va prendre une tournure plus personnelle, pour évoquer des souvenirs marquants au fil de cinq décennies écoulées.

Août 1976 : la mère de mes enfants, mon premier job, et un raté sans retour à l’orgue

Il y a cinquante ans, j’achevais fin juillet mon service militaire, accompli à l’Ecole nationale des Sous-Officiers d’Active (ENSOA) de Saint-Maixent, comme professeur à la fois des jeunes élèves sous-officiers – des cours de français – et d’officiers qui se préparaient à acquérir des diplômes – en l’occurence soit d’allemand, soit de russe, les deux matières dont j’étais déjà titulaire d’un DEUG universitaire. Sitôt libéré, à la suggestion d’un bon camarade déjà militant, je partis pour Avignon, et l’abbaye toute proche de Saint-Michel-de-Frigolet où se déroulait l’une des toutes premières universités politiques d’été – il y a dispute non résolue pour savoir laquelle était véritablement la première entre les jeunes giscardiens et les jeunes démocrates sociaux – Çà ne coutait que le prix du voyage et la curiosité me guidait. Sur place, je fis au moins deux rencontres décisives : parmi un trio de grâces féminines, la future mère de mes enfants, et voisin de dortoir, un garçon qui allait m’orienter quelques mois plus tard vers mon premier emploi d’assistant parlementaire… de son père Jean Cluzel.

Musicalement, j’ai éprouvé cette semaine-là une honte que j’ose raconter cinquante ans plus tard. Il y avait dans l’abbatiale de Saint-Michel-de-Frigolet un très bel orgue. Je ne sais plus comment j’ai été amené à en jouer, je ne sais qui a « cafté » mais un soir qu’un ministre de l’époque, André Fosset – qui allait être débarqué du gouvernement le 25 août au moment de la démission fracassante du premier ministre Jacques Chirac – rendait visite aux jeunes « universitaires » que nous étions, on me pria de jouer quelque chose pour lui et la compagnie présente. Je jouai vaguement la Toccata de la 5e symphonie pour orgue de Widor, puis comme on me priait de continuer, j’improvisai je ne sais plus quoi sur La Marseillaise en tirant les grands jeux pour faire le plus de bruit possible. Je fus chaleureusement félicité par le ministre et son chef de cabinet comme par les autres politiques présents. Je me fis la promesse – jusqu’à ce jour tenue – de ne plus jamais raconter à quiconque que je savais toucher un clavier ou même jouer d’un instrument !

Août 1986 : la Radio suisse romande, Antoine Livio et Charles Dutoit

Déjà raconté ici mon entrée à la Radio suisse romande, et mon « baptême » de radio par le regretté Antoine Livio lors du festival de Montreux, et d’abord en quelque sorte par le chef d’orchestre Charles Dutoit ! Ici capté à Montreux en 2018. Je n’aurai garde d’oublier que le chef suisse, toujours par monts et par vaux – quand il ne dirige pas, il voyage dans le monde entier – va bientôt fêter ses 90 ans.

Août 1996 : Montpellier et Menuhin, Aix et Semele

Je suis au milieu de mon mandat de directeur de France Musique, et je passe logiquement une partie de mon été, juillet surtout, dans les festivals où la chaîne a ses habitudes, essentiellement Aix-en-Provence, Montpellier et un peu Salon-de-Provence où j’ai réussi à installer les micros de France Musique pour capter ce que la bande de formidables musiciens réunis par Paul Meyer, Emmanuel Pahud et Eric le Sage, des amis de toujours, propose de programmes aventureux, parfois inédits.

A Montpellier, c’est le souvenir d’une intégrale des symphonies de Beethoven dirigées par Yehudi Menuhin avec le Sinfonia Varsovia. Techniquement, Menuhin n’est sans doute pas le chef le plus accompli – il rate le début de la 9e de Beethoven et recommence, en direct sur France Musique ! – j’avais offert le concert à ma mère, venue en voisine de Nîmes. Mais quel musicien inspiré !

A Aix c’est un Semele assez clinquant de Haendel mis en scène par Robert Carsen – il était plus inspiré dans un magique Songe d’une nuit d’été de Britten. William Christie comme toujours raide et compassé – décidément lui je ne l’aime pas !

Août 2006 : la Finlande, Helsinki, Savonnlinna

Je moquais gentiment il y a quelques semaines mon camarade Tristan Labouret, envoyé spécial de Bachtrack aux fins fonds de la Finlande au festival de Kuhmo, qui découvrait tout à la fois les Finlandais et leur idiome très particulier, le finnois, qui comme le hongrois, ne relève pas de ce qu’on appelle le bloc indo-européen.

Invité en décembre 2005 à assister aux épreuves du Concours Sibelius, durant des journées plongées dans la nuit dès 14 h, j’avais rêvé de voir la même ville, Helsinki, le même pays, la Finlande, lors des nuits d’été sans fin.

J’inviterai ensuite la jeune lauréate Alina Pogostkina à deux reprises à Liège.

Et donc en juillet, cap sur la Carélie, cette longue bande de lacs et de forêts qui forme la frontière avec la Russie, et bien sûr visite d’Ainola, la maison-musée de Sibelius (lire Ormandy en Suède)

Et puis la découverte du festival de Savonlinna, au coeur de l’impressionnante forteresse de la ville. C’était Carmen, dans une mise en scène spectaculaire, dirigée par une jeune cheffe d’orchestre estonienne, Anu Tali, dont je me rappelle autant la battue énergique que la blondeur flamboyante (non ceci n’est pas une remarque sexiste !)

La forteresse de Savonlinna (Finlande)

Août 2016 : Un festival oriental, Cuba, le cauchemar et la joie

Pour ma deuxième édition en tant que directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier, j’ai choisi une thématique qui invite au Voyage d’Orient

Je voudrais en citer tous les événements, tant les souvenirs sont vivaces (lire Flashback).

Mais je n’oublie pas l’horreur de la soirée du 14 juillet 2016 à Nice…Comment pourrait-on effacer une telle tragédie ?

La suite de l’été 2016 ce fut à Cuba, un séjour contrasté pour user d’un euphémisme. Lire Cuba, aventures et mésaventures et Cuba Est-Ouest

Août 2026

Bientôt mon billet-bilan Retour du Brésil.

En attendant suivre mes brèves de blog, qui donnent une petite idée de vacances tout en quiétude et douceur…

Accords d’Evian

J’ai vécu de 1981 à 1999 à Thonon-les-Bains, à 10 km d’Evian, où se tient actuellement le G7. Une précision d’emblée : la notoriété d’Evian, ne serait-ce que par son eau minérale, est sans commune mesure avec celle de Thonon, mais les visiteurs sont toujours surpris de la différence de population, près de 38.000 habitants pour Thonon, sous-préfecture de Haute-Savoie, et seulement 9200 pour Evian.

Politique

Entre 1981 et 1986, j’ai été l’assistant parlementaire du député de la circonscription, et très actif politiquement dans une région que je découvrais. En 1982, un jeune conseiller municipal ambitieux demande et obtient le soutien du député pour se faire élire conseiller général du canton, Marc Francina est élu, il deviendra plus tard député à son tour et maire d’Evian. En 1983, ce sont les élections municipales, le maire d’Evian d’alors, Henri Buet, paraît indéboulonnable. Dans les rangs de la section locale du CDS plusieurs jeunes talents nous ont rejoints, dont le chef d’entreprise Philippe Maire (de trois ans mon aîné, mais né comme moi un 26 décembre!) que rien ni personne n’arrête dans son ambition de conquérir la mairie d’Evian : il échouera à 16 voix près.

Rencontres Musicales

Dès le printemps 1982 je fréquente Evian et son festival de musique, les Rencontres musicales d’Evian, et ses divers avatars. Jusqu’à la construction de la Grange au Lac, les concerts ont lieu dans la salle du Casino au centre ville. Robert Lassalle,, le directeur, et le chef d’orchestre Serge Zehnacker, invitent généreusement. « Mon » député qui n’a aucun intérêt pour la musique me confie ses invitations, ce qui me vaut l’insigne privilège, mais surtout un grand moment de gêne, d’être cité par le journaliste Antoine Livio sur une liste de personnalités au premier rang desquelles figure la reine Marie-José d’Italie.

Durant ces premières années, j’entends pour la première fois les tout jeunes Paul Meyer, Marc Coppey, et beaucoup de jeunes orchestres étrangers.

Paul Meyer, 17 ans à l’époque, jouait la Rhapsodie pour clarinette de Debussy avec orchestre. Il sera l’un des premiers solistes que je ferai inviter à l’Orchestre de la Suisse romande quelques années après (il en résultera un très beau disque des concertos de Weber)

Marc Coppey, lui, tout fluet, encore auréolé de son prix au concours Bach de Leipzig, rejoint sur scène Maria-Joao Pires et Viktoria Mullova pour un trio de Beethoven (l’opus 1 n°1). Marc sera ensuite un fidèle compagnon d’aventures musicales à Liège puis Montpellier. En témoigne cet extrait du trio L’Archiduc capté à la Salle Philharmonique de Liège avec Tedi Papavrami au violon et Nelson Goerner au piano.

Et puis il y aura la période Rostropovitch – exit Zehnacker et son équipe, pas assez brillant pour le maître des lieux, Antoine Riboud, patron de Danone… et des eaux d’Evian. Beaucoup de concerts, de réussites diverses, et surtout beaucoup de mondanités, là même où se déroule actuellement le G 7, dans ce magnifique palace qui surplombe le lac Léman, l’hôtel Royal. Antoine Riboud invite largement le Gotha politique de droite et de gauche – on se rappelle y avoir croisé Robert et Elisabeth Badinter, Michel Rocard, Raymond Barre, des ministres, des « people » comme on ne dsait pas encore à l’époque. C’est ainsi que, lors de l’inauguration de la Grange au Lac, je me suis trouvé assis à côté de Claire Chazal et Patrick Poivre d’Arvor… Ce soir-là il avait beaucoup plu, et les chemins qui menaient de la nouvelle salle de concert à l’hôtel Royal n’étaient pas encore goudronnés. Toute la joyeuse foule en fut quitte pour se tremper les pieds et les jambes et je recueillis, pour la postérité, cette formule de Raymond Barre, rigolard, à un mètre derrière moi : « Ce n’est pas la grange au lac, mais la grange aux flaques! ».

Amusant de retrouver sur YouTube ce reportage de TV5 Monde, présenté par Jean-Baptiste Urbain, l’excellent matinalier actuel de France Musique !

D’autres souvenirs amusants me reviennent. Rostropovitch était connu pour ne pas dormir beaucoup la nuit et consommer plus que de coutume une petite eau (vodka en russe) qui n’était pas d’Evian. On le vit plusieurs années flanqué de l’épouse officielle Galina Vichnievskaia, et puis celle-ci disparut deux années de suite, remplacée par une célèbre violoniste – qui jouait beaucoup et merveilleusement bien -. Et puis Galina réapparut, délestée de ses rondeurs passées, liftée, relookée. Autre histoire qui déclencha de furieux fous rires dans cette assistance huppée : un Pierre et le Loup dirigé par Rostro dont le récitant n’était autre qu’Antoine Riboud ! Une authentique catastrophe, d’un comique aussi avéré qu’involontaire !

Je trouve sur YouTube cet extrait d’un documentaire réalisé en 1996 :

Dans mes fonctions successives à la Radio Suisse romande, puis à France-Musique, Evian fut toujours une étape obligée, parce que, au-delà de mondanités qui m’indiffèraient, il s’y produisait d’authentiques rencontres musicales entre générations de musiciens, venus du monde entier. Avec une place importante pour la création comme cette présence bouleversante d’Alfred Schnittke (lire La fête des mères)

Afters

J’ai aussi participé à beaucoup d’après-concerts dans les salons de l’hôtel Royal. C’est là que j’ai quasiment signé mon engagement à France Musique en mai 1993. C’est là que j’ai vu à une table voisine, Olivier Messiaen, déjà âgé, entouré par ses deux vestales, sa femme et sa belle-soeur, Yvonne et Jeanne Loriod, qui donnaient quasiment la becquée au compositeur. C’est là que j’ai encouragé Pierre Bouteiller à improviser sur un piano du bar.

En dehors du festival, je suis allé quelquefois dîner dans ce bel établissement, j’y ai emmené mes enfants profiter de la piscine.

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les rumeurs du temps : 14.05.2026

La mort de Claudine et autres nouvelles

Claudine est morte

La nouvelle est passée et restera inaperçue : Claudine Longet est morte le 14 mai dernier.

Honnêtement, s’il n’y avait pas eu un papier de Télérama il y a une vingtaine d’années et l’enthousiasme d’un proche pour cette artiste bien française, complètement oubliée par et de son pays d’origine, je ne serais probablement pas « tombé en amour » comme disent nos amis québécois, de la voix de Claudine Longet.

Ce fut aussi la ressortie du film The Party, l’insubmersible chef-d’oeuvre de Blake Edwards (1968) et son interprète principal Peter Sellers et cette séquence étonnamment calme où Claudine Longet chante « Nothing to lose ».

Merci Claudine pour ces chansons et cette voix si délicates et bienfaisantes.

Haro sur les choeurs

À bas bruit, lentement mais sûrement, certaines collectivités territoriales s’en prennent à la Culture, ne craignant pas – ce n’est pas nouveau – de se contredire. Foin des proclamations généreuses quand il s’agit de se faire élire ou réélire, d’une politique d’éducation artistique à l’école qui n’a jamais vraiment vu le jour – initiation au chant choral pour tous les enfants -, on fait disparaître le Choeur de l’Orchestre national des Pays de Loire, et on menace le Choeur Vittoria d’Ile-de-France (comme le signale Couacs info).

Les frères au Musée Grévin

Jean-Jacques Goldman avait paraît-il refusé (trop peu de notoriété sans doute !!) d’avoir sa statue de cire au Musée Grévin. Mais on comprend que l’inoubliable auteur d’albums comme Sensations, Intuitions, Destination Paris et récemment Gaia, le violoncelliste Gautier Capuçon veuille rejoindre son frère aîné dans le célèbre musée parisien le 28 mai prochain, si l’on en juge par cet article de Diapason

L’intégrale impérieuse

Je me surprends parfois à avoir oublié, ignoré, des publications qui auraient dû pourtant figurer depuis longtemps dans ma discothèque.

Jean-Claude Hulot décrivait, en 2017, l’intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven publiée par mes amis François-Frédéric Guy et Tedi Papavrami : « Cette nouvelle intégrale des sonates de Beethoven impressionne par sa puissance expressive, sa splendeur sonore et surtout la maîtrise rayonnante du style et du texte beethovénien dans un des cycles les plus accomplis du maître de Bonn. Somptueux album, digne de rejoindre les grandes légendes au panthéon du disque’ (Res Musica, novembre 2017).

Un passage chez Gibert m’a donné l’occasion de réparer un bien fâcheux oubli.

Et toujours mes brèves de blog au terme d’une semaine bien chargée…

Les plus beaux quatuors

Lundi dernier, je découvrais un lieu – le Collège des Bernardins, rue de Poissy à Paris – et une partie de la saison de concerts qu’il propose autour de Mozart (voir ma brève de blog du 12 mai). L’affiche annonçait fièrement et tranquillement : Les plus beaux quatuors de Mozart ! Rien que ça !

Cela me rappelait les pubs de ma jeunesse pour des souscriptions de disques : Les plus belles pages de Beethoven, les plus belles symphonies, etc. Et ce n’était pas toujours de la mauvaise publicité. C’est ainsi que j’ai acquis mes premiers coffrets – je me rappelle en particulier un coffret rouge qui devait s’appeler « La magie du violon », où se trouvaient rien moins que les concertos de Beethoven (Oistrakh), Brahms et Paganini (Menuhin), Prokofiev (Milstein)…

En l’occurrence, les responsables du diocèse de Paris qui gèrent le Collège des Bernardins n’ont pas trompé la centaine de spectateurs qui se pressaient pour écouter le Quatuor Tchalik jouer trois quatuors de Mozart, comme je l’ai écrit pour Bachtrack : L’élégance du Quatuor Tchalik dans Mozart au Collège des Bernardins.

Mes plus beaux quatuors

Depuis ce beau concert, je me suis replongé dans ma discothèque en me demandant malicieusement ce que je proposerais comme « les plus beaux quatuors » si j’avais encore la responsabilité d’une programmation. Ou si je devais faire une recommandation… par exemple aux lecteurs de ce blog.

La première des recommandations serait de faire confiance à la jeune génération de quatuors, qui ne cesse de m’épater depuis la vingtaine d’années que je les suis et les écoute.

A commencer par ceux que j’ai eu la chance d’inviter – et souvent de découvrir – au Festival Radio France à Montpellier, comme les Tchalik, les Voce, les Hanson

Le quatuor Hanson jouant Haydn c’est un souvenir très particulier du festival : en 2020 j’avais tenu à ce que le Festival soit maintenu, malgré les restrictions dues à la pandémie de COVID, dans un format et sous une forme très réduits. Le quatuor Hanson était de cette aventure, et je me rappelle comme si c’était hier ce quatuor de Haydn qui peinait à surmonter la chorale très bruyante des cigales du jardin de la Maison des relations internationales où se déroulaient nos concerts.

Il y a les aînés, les Modigliani, les Ebène qu’on suit et qu’on aime quasiment depuis leurs débuts.

Mais je n’oublie pas les géants du passé, avec lesquels j’ai découvert le genre même du quatuor, et pénétré peu à peu un univers si fabuleux.

Liste évidemment non limitative !

Pour les humeurs et les bonheurs du moment, suivre mes brèves de blog

Désuétude

Je n’ai pas été le dernier, naguère, à regretter que le concert classique d’orchestre soit toujours aligné sur le même modèle : ouverture – concerto – symphonie (cf. nombre d’articles sur ce blog). J’ai finalement été entendu au-delà de mes voeux : il n’y a pratiquement plus aucun concert d’orchestre qui pratique ce schéma, L’ouverture, sauf si c’est une pièce contemporaine un peu obligée, a disparu des programmes depuis une bonne dizaine d’années.

Privés d’entrée

J’ai souvent comparé le programme d’un concert à un menu. Comme il y a, chez les bons chefs, un art de composer un menu entre entrée, plat(s) et dessert, il y a, pour les programmateurs et les musiciens un art de composer un programme de concert. C’était le cas, par exemple, pour un récital de Nelson Goerner dont j’ai rendu compte pour Bachtrack : le programme était très séduisant sur le papier, moins convaincant dans sa réalisation.

Mais en matière d’orchestre c’est ceinture. Plus la moindre petite ouverture, Rossini, Weber, Mozart, au placard ! Alors que, de l’aveu même de tous les chefs d’autrefois, c’était le meilleur exercice qui soit pour un chef de prendre le pouls de l’orchestre, et pour celui-ci de démontrer sa cohésion, son image sonore. Il y a parfois quelques exceptions qui maintiennent cette tradition, comme ici le grand Riccardo Muti lors de l’Europakonzert du 1er mai 2025 de l’orchestre philharmonique de Berlin !

Passés de mode

En matière de disques, c’est plus flagrant encore. Lorsque les plus grands chefs mettaient un point d’honneur à montrer leur orchestre sous leur jour le plus virtuose et le plus brillant, avec des disques d’ouvertures de Mozart, Rossini, Verdi, Weber, voire Beethoven, c’est la disette totale depuis une bonne trentaine d’années.

Ne reste plus qu’à rechercher dans sa discothèque ces concentrés de musique, qui ne préludent pas nécessairement à un ouvrage lyrique, qui sont de petits poèmes symphoniques en soi.

Igor Markevitch a gravé quelques ouvertures avec un orchestre Lamoureux gorgé de couleurs françaises au tournant des années 60

Leopold Stokowski nonagénaire donne une formidable dimension épique à l’Ouverture tragique de Brahms trop souvent immobile sous d’autres baguettes

Quant à Carlo Maria Giulini il a signé le plus beau disque d’ouvertures de Rossini de toute la discographie. Incontournable, incomparable !

Tout aussi indispensables les gravures de Georg Solti des ouvertures de Wagner !

Dans mes brèves de blog, ce ne sont pas les bonnes nouvelles qui dominent, mais on retiendra cette exhortation de Felicity Lott : « Ne soyez pas tristes ! »

Les morts oubliés

Jean-Bernard Pommier (1944-2026)

Dans un article publié il y a un an – Le piano oublié – j’écrivais : « C’est la triste loi des carrières fulgurantes et des jeunesses trop vite enfuies. On les adule, on les encense et on les oublie. Tout surpris de découvrir que ces artistes sont toujours vivants et en activité, même si les studios se sont depuis longtemps détournés d’eux. »

Il y a une douzaine d’années, à un dîner d’après-concert chez Annick B.G., j’avais été surpris et ému de retrouver Jean-Bernard Pommier. L’interrogeant sur ses projets, sa carrière, je compris vite que celle-ci était très ralentie, sinon au point mort, et ces derniers mois le microcosme musical s’inquiétait du sort du pianiste biterrois.

Je n’ai jamais entendu Jean-Bernard Pommier pianiste en concert, en revanche je l’avais apprécié comme chef d’orchestre en quelques occasions en Suisse et à Paris dans les années 80/90.

Il mentionnait dans ses « bios » (ah que j’aime ces bios d’artistes !) qu’il avait été l’un des solistes préférés de Karajan, et je dois bien reconnaître que j’en avais douté… à tort. Les témoignages de cette dilection existent, même s’ils sont rares.

Dans Karajan Live, je relève ce concert :

CD 6 25/09/74

>Mozart concerto piano 23 – Jean-Bernard Pommier / SchoenbergPelleas und Melisande. *

De la même époque cette captation du 3e concerto de Bartok

En juillet 1973, à Salzbourg probablement, cette fois Karajan dirigeait l’orchestre philharmonique de Vienne et Jean Bernard Pommier jouait le concerto en ré mineur de Bach, dans une version dont on dira aimablement qu’elle n’est pas la plus « historiquement informée’ qui soit…

Dans un article (Retour aux sources, suite inattendue) dont la lecture me procure ce matin une forte émotion, j’écrivais ceci :

« J’avais naguère évoqué brièvement mes études au modeste Conservatoire de région de Poitiers (lire Les jeunes Français sont musiciens. Je me rappelle en particulier les épreuves de fin d’études de piano- et le Diplôme à la clé ! et un jury composé de brillantes jeunes stars du piano – Michel Béroff, Jean-Bernard Pommier et André Gorog !

J’ai retrouvé hier un 33 tours que j’avais complètement oublié, l’un des premiers pourtant que j’aie achetés à petit prix, dans la collection Musidisc, le concerto n°5 L’Empereur de Beethoven, sous les doigts précisément de Jean-Bernard Pommier, un enregistrement probablement réalisé, en 1962, dans la foulée du concours Tchaikovski de Moscou dont le pianiste français fut le plus jeune lauréat (il avait 17 ans !). C’est le chef d’origine grecque Dimitri Chorafas (1918-2004) qui dirige l’orchestre de la Société du Conservatoire.« 

Jean-Bernard Pommier semblait avoir jeté ses derniers feux dans cette intégrale des sonates de Beethoven qu’il avait jouée à Gaveau en 2015. Une aventure bien solitaire loin d’un « milieu musical » qui l’avait oublié.

On espère que Warner va rééditer un legs discographique devenu totalement introuvable depuis des années et qui illustre l’art d’un musicien si tristement oublié ces dernières années. Ce serait bien le moindre des hommages à rendre à Jean-Bernard Pommier

Les morts d’avril

Pour revenir aux décès évoqués dans ma récente brève de blog (23.04.2026), d’abord ce magnifique hommage de Sylvain Fort à Michael Tilson Thomas (Le chef sans âge) dans Forumopera (De vive voix), à lire absolument.

Je vais me replonger dans un coffret qu’à vrai dire je n’ai écouté que distraitement, parce que je ne partage pas l’admiration béate de certains pour la pianiste américaine Ruth Slenczynska, disparue à l’âge respectable de 101 ans.

Le décès d’Oleg Maisenberg m’a quant à lui rappelé au souvenir de ma chère Brigitte Engerer :

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Pavés de printemps

Quand on pense que c’est fini, il y en a encore. Il y a une vague de printemps pour les rééditions en coffrets, on ne s’en plaint pas, même s’il faut régulièrement faire de la place dans sa discothèque… et faire la chasse à quelques doublons.

Haitink le Londonien

Il y a trois ans, Decca publiait un somptueux coffret au titre explicite : Bernard Haitink l’intégrale Concertgebouw (voir les détails sur le site bestofclassic), 113 CD et DVD

Dans notre mémoire collective de mélomanes chef et orchestre amstelldamois sont liés à jamais. Bernard Haitink a été le chef de l’orchestre du Concertgebouw de 1961 à 1988. Mais cette position éminente a un peu occulté les autres fonctions du chef, comme celle de Principal Guest conductot de l’Orchestre philharmonique de Londres de 1967 à 1979.

Ce sont les enregistrements réalisés à Londres durant cette période que Decca ressort aujourd’hui :

CD 1-6 Beethoven / Symphonies, ouv.Egmont, Coriolan, Les créatures de Prométhée, Leonore III, Triple concerto (Beaux-Arts Trio-

CD 7-9 Beethoven / Concertos piano (Alfred Brendel), Fantaisie chorale

CD 10 Dvorak / Concerto violoncelle, Le silence des bois, Rondo (Maurice Gendron)

CD 11 Holst / Les Planètes, Elgar / Variations Enigma

CD 12-15 Liszt / Poèmes symmphoniques (14)

CD 16 Liszt / Concertos piano + Totentanz (Alfred Brendel)

CD 17-18 Mendelssohn / Symphonies 1-5, Mer calme et heureux voyage, Les Hébrides, Méphisto valse 1

CD 19 Mozart / Ouvertures

CD 20 Rimski-Korsakov / Shéhérazade, Rachmaninov / Rhapsodie Paganini (Vladimir Ashenazy)

CD 21-26 / Chostakovitch Symphonies 1, 2, 3, 4, 7, 9, 10, 15, L’âge d’or

CD 27-28 Stravinsky / Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu, Petrouchka

CD 29-31 Verdi / Don Carlo (Margison, Scanduzzi, Hvorostovsky, Lloyd, D’Arcangelo, Gorchakova, Borodina

Un beau coffret certes, mais de nouveau vendu trop cher, même si on n’a jamais fini de redécouvrir l’art d’un grand chef, longtemps considéré comme un bon faiseur sans grandes inspirations.

Je ne connaissais pas toutes les symphonies de Beethoven de cette première intégrale. Clarté, éloquence, équilibre en sont les caractéristiques et, preuve que le chef hollandais ne s’est jamais cantonné à des certitudes initiales, la comparaison avec les « live » réalisés avec l’autre orchestre londonien dans les années 2000, le London Symphony, est passionnante. Entre les deux séries londoniennes, il y a l’intégrale avec le Concertgebouw la plus classique, la moins mobile aussi.

On retrouve évidemment avec bonheur l’intégrale des poèmes symphoniques de Liszt, même si on préférer tel autre chef plus dramatique et flamboyant (Karajan dans Mazeppa ou Tasso)

J’avais déjà en disque séparé les symphonies 3 et 4 de Mendelssohn. Je redécouvre littéralement la splendeur et l’énergie de la vision de Bernard Haitink dans les cinq symphonies (je n’ai pas encore eu le temps de comparer avec la récente parution d’Andris Nelsons (Mendelssohn chez lui).

Et pour couronner le tout une version que je ne connaissais pas de Don Carlo, avec le si regretté Dmitri Hvorostovsky

On peut supposer qu’il y aura un dernier coffret avec les enregistrements réalisés avec Vienne, Berlin, Boston (pour Decca)

Harnoncourt revival

Pour ce qui est de Nikolas Harnoncourt, disparu il y a dix ans, il y a aussi une salve de rééditions – on est d’ailleurs étonné qu’elle ne soit pas apparue plus tôt. Une première il y a quelques semaines avec l’Orchestre de chambre d’Europe, une seconde qui arrive bientôt avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam.

Je n’ai jamais été un admirateur inconditionnel du comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt – puisque c’est le nom complet du chef d’orchestre ! – Les quelques concerts auxquels j’ai pu assister – les trois dernières symphonies de Mozart par exemple, au Victoria Hall de Genève – m’ont plus souvent agacé que conquis, tant les maniérismes du chef pouvaient être dérangeants. J’ai déjà commencé par réécouter le coffret avec le COE, notamment les symphonies de Beethoven… et de Mozart.

Je ne suis pas sûr que tout cet héritage ait bien vieilli et que l’effet de nouveauté, de surprise, que suscitaient les enregistrements d’Harnoncourt, dans un répertoire classique et romantique qu’il « revisitait » parfois avec un aplomb qui dépendait plus de sa fantaisie que d’une recherche d’une prétendue « authenticité, que cet effet donc se soit émoussé au fil des ans.

Quoi qu’il en soit, pour le mélomane, ces pavés de printemps sont un trésor précieux.

Et toujours humeurs et bonheurs du temps sur mes brèves de blog (en présence de Céline, Véronique, Rima et même Pierre B.)