Quand la musique est douce

Je n’ai pas évoqué les concerts Saint-Saëns des 19 et 20 juillet derniers au Festival Radio France (La fête continue) avec notamment Les Siècles et François-Xavier Roth. Ce n’est pas un oubli, ce sera l’objet d’une série sur le compositeur français mort il y a cent ans.

Un festival, le festival, c’est une succession de rencontres, d’émotions, de vertiges, qui pourraient virer à la confusion, à une sorte de trop-plein. Il faudra laisser décanter. Mais quel bonheur pour tous, public, interprètes, programmateurs ! Seule immense frustration pour moi : ne pouvoir assister qu’à une petite partie du festival, ne quasiment pas sortir de Montpellier – où certes la majorité des concerts sont concentrés -.

De la Terre aux étoiles

Le piano toujours

Ce qui est saisissant au festival, c’est que les interprètes semblent ne se donner aucune limite – programme dantesque pour Yoav Levanon – et un peu la même chose pour Selim Mazari et Tanguy de Williencourt le 26 – la sonate 448 de Mozart pour 2 pianos, la transcription d’André Caplet pour deux pianos de La Mer de Debussy, et une friandise pour finir (!), la suite n°2 pour deux pianos de Rachmaninov !

Une création

D’une difficulté – l’impossibilité de maintenir Bacchus de Massenet initialement prévu le 26 juillet, à cause des restrictions sanitaires – on a fait une chance, la création européenne, en français, de l’opéra de Philip Venables et Ted Huffmann. Première ce lundi soir, deux autres représentations ce soir et demain. À voir vraiment.

Le bonheur de Jakub

Je l’avais applaudi il y a deux ans à Auvers-sur-Oise et j’avais écrit ceci : « On souhaite à Jakub Jozef Orlinski de ne pas succomber aux griseries de la célébrité, aux tentations du marketing, et d’approfondir son art. Il en a le talent.« 

Hier soir il avait élaboré spécialement pour le festival un programme d’airs baroques, en grande partie composé de « world premieres » comme il l’a annoncé fièrement au public.

Le dîner qui a suivi m’a, en tous points, confirmé que Jakub Jozef Orlinski est d’abord un jeune homme qui porte son bonheur de vivre en bandoulière, d’une inlassable curiosité pour des partitions inconnues, la tête parfaitement froide par rapport à la célébrité. Et cette voix si ronde et belle sur toute l’étendue de la tessiture.

La mer, le cinéma et des livres

Le rythme des jours, des soirs et parfois des nuits d’un directeur de festivalQue la fête commence ! – serait intenable si je ne prenais pas le temps de m’extraire d’un maelström incessant.

La mer

Premier bain de mer dimanche matin. À Villeneuve-lès-Maguelone avant l’invasion. Sensation d’une eau glacée, à 20° pourtant.

Une salade fraîche au Carré Mer, la paillote la plus courue de l’endroit, pas de réservation, mais un accueil comme toujours parfait – c’est une constante des établissements des frères Pourcel – et l’on se retrouve parfaitement placé avec vue sur la mer. Recharge complète des batteries pour retrouver la belle programmation d’une Fiesta Latina dans le fabuleux parc départemental du Château d’O, et le soir le concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France (on en reparlera !)

Le cinéma

Suivi de loin en loin le Festival de Cannes, la remise de la palme d’Or à Julia Ducournau pour Titane. Irai-je voir le film ? Rien n’est moins sûr.

En revanche, première séance de cinéma depuis le déconfinement, en milieu d’une journée de 14 juillet très venteuse et nuageuse, au Diagonal à Montpellier. Un film qui se laisse regarder, à la condition d’oublier les modèles, de ne pas chercher la vraisemblance ni a fortiori le rapport à la réalité : Présidents d’Anne Fontaine

Impeccables Jean Dujardin, Grégory Gadebois, et peut-être plus encore leurs conjointes dans le film, Doria Tillier et Pascale Arbillot.

Des livres

Tout arrive, même qu’on se prenne de sympathie pour le Français qui fait la course en tête des bestsellers – Marc Lévy – et qu’on trouve non seulement du plaisir mais de l’intérêt à la lecture de son dernier roman… qui fait froid dans le dos tant il semble inspiré d’une inquiétante réalité

Fini un autre livre, dont le titre est inutilement grandiloquent. Giesbert ou son éditeur n’ont pas trouvé mieux sans doute. Je ne sais pas, à l’heure où j’écris ces lignes, dans quel état se trouve Bernard Tapie. Quoi qu’on pense de lui, on peut au moins admirer son courage à affronter le cancer qui le mine. Mais ce que ce bouquin révèle et nous apprend – car Frantz-Olivier Giesbert rétablit bien des vérités – ce sont toutes les facettes, ombres et lumières, franchise et ambiguïté, moine-soldat et voyou, d’un personnage qu’il est impossible d’aimer ou de détester absolument.

J’ai quelques autres romans sous le coude, ce sera pour plus tard.

Et comme je ne suis jamais loin de la musique, je viens de commencer un essai, dont quelque chose me dit que je ne devrais pas trouver trop de points de désaccord avec l’auteur. Lionel Esparza fait partie des voix et des têtes pensantes de France Musique (je n’ai jamais regretté, bien au contraire, de l’avoir « recruté » jadis sur la chaîne).

« Le génie des Modernes est une réflexion de fond sur le devenir de la musique classique dans les sociétés occidentales, notamment européenne. Partant du constat du dépérissement de cet univers (public vieillissant mal renouvelé, image élitiste persistante malgré les efforts des acteurs concernés, éducation à la pratique amateur ou professionnalisante de plus en plus ténue, survie sous perfusion – subventions -), il tente d’en établir les causes en questionnant notamment le rapport de l’homme au sacré (l’art fut-il et est-il encore sacré ? et l’artiste ?), à la culture savante et populaire. Ne se posant jamais en censeur ou en défaitiste, mais en prenant un recul pour observer la crise actuelle du monde musical classique (y compris celle due au Covid-19) à l’aune des siècles et de l’Histoire.« 

Que la fête commence !

Avant d’évoquer les premiers jours de fête du #FestivalRF21, une pensée amicale et solidaire pour tous mes amis de Liège et de Belgique, pour toutes les victimes des terribles inondations qui ont frappé l’est de la Belgique et la région de Cologne que je connais bien.

(La Meuse au centre de Liège il y a 3 jours / Photo G. Gilson sur Facebook)

Je sais que ni le courage ni la solidarité ne manqueront à ceux qui doivent maintenant réparer, nettoyer, restaurer…

Chaque concert est une fête

Entre une proclamation, une promesse, et la réalité, il peut parfois y avoir un fossé. Le pari que nous avions fait en annonçant le 7 avril dernier une édition complète (155 concerts) du Festival Radio France Occitanie Montpellier est très largement relevé, comme en témoignent les premiers jours du Festival.

Avant-hier matin, au micro de Clément Rochefort sur France Musique, c’est ce que j’affirmais : Chaque concert est une fête, la musique est une fête !.

Dimanche soir à Saussan, le quatuor Alborea enchantait la petite église du village pleine comme un oeuf.

Mardi matin, j’étais heureux de retrouver « en vrai » les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Michael Schonwandt pour la première répétition de leur concert de ce soir

Mercredi jour de fête nationale, on y était enfin, sur la place de l’Hôtel de Ville de Montpellier, après un montage compliqué.

(Le maire de Montpellier, Michael Delafosse, ouvre le concert du 14 juillet sur le parvis de l’Hôtel de Ville)

(de gauche à droite les artistes du 14 juillet : Isabelle Georges, Roland Romanelli, Claude Salmieri, Benoît Dunoyer de Segonzac, Frederik Steenbrink)

Après le feu d’artifice républicain du 14 juillet, les Feux d’artifice royaux de Haendel tirés par un Hervé Niquet en pleine forme à la tête des choeurs et de l’orchestre du Concert spirituel.

Mais avant le concert du soir, le festival offrait, comme chaque année, deux concerts, les « Découvertes » à 12h30, « Musique ensemble » à 18 h. Honneur d’abord au Quatuor Hanson qui ouvrait le feu salle Pasteur…

et à 18h ma très chère Sophie Karthäuser, et un autre ami cher, Cédric Tiberghien, que je n’avais plus revus, l’une et l’autre, depuis quelques années déjà.

Hier soir, très attendus par le millier de spectateurs réunis à l’opéra Berlioz (la jauge maximale que nous avions retenue pour éviter le recours au pass sanitaire), Renaud Capuçon et Michel Dalberto ont donné un programme plus que rare, devant une salle impressionnante de silence et de concentration. Un concert à réécouter sur francemusique.fr

Un copieux programme attend les festivaliers ce week-end, à découvrir ici.

La fête du civisme ?

Et si ce jour de Fête Nationale pouvait réhabiliter ce beau mot et cette belle idée de civisme ?

Après les annonces du président de la République lundi soir, je me suis tenu à l’écart des réseaux sociaux, d’abord parce qu’en tant que responsable de festival, j’ai les mains dans le cambouis. Bien sûr ça ne nous arrange pas de devoir changer tout notre dispositif d’accueil et d’organisation des concerts à partir du 21 juillet – je n’ai toujours pas compris le pourquoi de cette date, alors que les cafés, restaurants et autres lieux accueillant du public sont soumis au nouveau régime à partir du 1er août – voir ici ma déclaration à France 3 (à 4’38)

Mais nous allons tout mettre en oeuvre pour que les concerts du Festival restent une fête, un plaisir. Dans une sécurité sanitaire maximale.

Dictature ?

Le fait de se soumettre à une obligation vaccinale constituerait, selon certains, une atteinte intolérable aux droits de l’homme, voire la manifestation d’une dictature.

J’ai relevé hier deux textes qui n’émanent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, de soutiens d’Emmanuel Macron. Ils n’en revêtent que plus de force.

Du sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi :

« Vous avez dit Dictature?

Depuis hier je vois fleurir les posts enflammés et indignés signifiant que la France aurait basculé dans la dictature (sic). Rien que ça !

J’ai beau guetter et tendre l’oreille. Je n’ai entendu aucun coup feu. Je n’ai pas vu l’armée déployée plus que de raison dans les rues. Je n’ai pas aperçu de dépouilles sur les trottoirs.Je n’ai pas connaissance de cohortes d’opposants au régime qui seraient exécutés séance tenante ou arrêtés par je ne sais quelle milice. J’ai beau scruter les chaînes de TV et de radios, elles débitent toujours les mêmes mièvreries. Point de chants nationalistes, ou glorifiant le président de la République.

Mieux il semblerait qu’il n’y ait ni pénurie, ni rationnement, ni file d’attente devant les commerces. Alors de quelle dictature, parle-t-on ? On m’aurait menti ? Ou aurais-je mal compris ?

J’estime que tous ceux et toutes celles qui utilisent le terme de dictature sont des salauds qui piétinent la mémoire et les corps des victimes des vraies dictatures. Ces dictatures d’hier et d’aujourd’hui qui ont fait des dizaines de millions de morts. Par respect pour ceux-ci, personne ne peut et ne doit galvauder le terme de dictature au risque de basculer dans le relativisme et le révisionnisme.

Alors de grâce, chers complotistes, chers révolutionnaires de salon, chers résistants intermittents de Facebook, rappelez-vous que les mots ont un sens.Ne rajoutez pas l’indignité à l’outrance qui est devenue votre seconde nature !La langue française est riche, cherchez bien, et vous trouverez assurément d’autres mots plus appropriés que le mot dictature.

Je terminerai par un message spécial à destination de tous les salopards qui osent faire un copier coller d’un message mettant en garde contre la Shoah vaccinale .Je classe systématiquement votre courriel dans la corbeille et vous place dans la poubelle car c’est la bonne et juste place pour les ordures. » (Facebook, 13 juillet 2021)

Du député européen Raphael Glucksmann :

En voyant la révolte contre le pass sanitaire au nom des « libertés », on comprend qu’il y a un immense malentendu dans notre pays sur la liberté et la contrainte en démocratie.

Je suis libre tant que ma liberté individuelle ne nie pas celle des autres ou de l’ensemble. Simple.

Or, dans ce cas précis, ne pas me faire vacciner condamne potentiellement toute la nation au confinement à moyen terme. Donc voir mes droits d’accès limités parce que je décide de faire peser un risque sur l’ensemble, ce n’est pas attaquer mes droits, c’est normal. Basique.

Depuis des mois, j’écoute attentivement les arguments de celles et ceux qui doutent des vaccins anti-covid. Délai d’autorisation de mise sur le marché jugé trop rapide, défiance légitime vis à vis de « Big Pharma », défiance vis à vis des autorités de régulation, etc. Le doute n’est pas une mauvaise chose, au contraire: il constitue le point de départ de toute interrogation intéressante sur le monde et la base de la citoyenneté.

Mais quand le doute se transforme en suspicion généralisée, ce n’est plus du doute. Cela devient un rejet de toutes les contraintes collectives qui nous permettent de faire société. Au Parlement européen, je combats les multinationales, « Big Pharma » , le scandale que constitue la privatisation de notre santé… Donc je connais la nocivité de ces labos. Mais je connais aussi le processus de validation scientifique d’un vaccin et je peux vous dire que les vaccins en question ont subi un grand nombre d’essais cliniques et de vérifications indépendantes.

La vaccination est aujourd’hui la seule manière de nous sortir de la pandémie et de son cortège de morts, de malades, de faillites, de dépressions, d’effondrements. Si nous ne voulons pas d’un nouveau confinement, il n’y a pas d’autre solution. Alors s’il vous plaît, si vous êtes en âge de le faire : vaccinez-vous. Pour arrêter la transmission du virus et par souci des autres et de l’intérêt général.

P.S : Je dis ce que je pense, je ne suis là pour flatter personne et ne cours après aucune voix. Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord et vous pouvez évidemment le dire. Par contre on doit rester dans le cadre d’un échange poli, sans insulte et sans haine.

Sur cette histoire de vaccin, rappelons deux ou trois faits :

Les personnels soignants sont déjà obligés d’être vaccinés contre l’hépatite B.

Quand un voyageur se rend dans certains pays, il est soumis à l’obligation de certains vaccins (contre la fièvre jaune par exemple)

Enfin les gens de ma génération ont dû se faire vacciner contre des maladies aujourd’hui éradiquées (polio, tuberculose, variole), les enfants d’aujourd’hui sont soumis à une obligation de 11 vaccins !

Le 14 juillet en musique

Ce soir à Montpellier, c’est la fête partout, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, au nord de la ville à l’amphithéâtre du Domaine d’O (tout le programme ici)

Quel bonheur de retrouver Isabelle Georges et Roland Romanelli pour la création de 17 nouvelles chansons en ce soir de fête nationale ! Souvenez-vous, ils étaient déjà présents au Festival le 15 juillet 2018 – le soir de la victoire des Bleus !

Schumann et la Marseillaise

Dans l’article que j’avais écrit il y a sept ans sur Mozart et la Marseillaise, je n’avais pas exploré tous les avatars de notre hymne national, ce que Max Dozolme avait, au contraire, très bien fait pour France Musique (La Marseillaise dans la musique classique).

En 1851, Schumann compose cette ouverture Hermann und Dorothea en référence au récit épique de Goethe. Les citations de La Marseillaise sont explicites.

Riccardo Muti en a donné la version de référence (lire Riccardo Muti, la quarantaine rugissante)

Préparatifs

Les quelques jours qui précèdent l’ouverture d’un festival – en l’occurence le Festival Radio France Occitanie Montpellier – constituent un mélange parfois (d)étonnant d’excitation, d’énervement – les retards, les ratés, les urgences – d’enthousiasme… et de sérénité.

J’ai bien aimé cette une de l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier. La photo est celle de Philip Venables, l’iconoclaste auteur de l’opéra Denis et Katya, donné en français et en création européenne les 26, 28 et 29 juillet.

Franck et Chamayou

Belle double page avec les coups de coeur de la rédaction pour huit artistes invités du festival, avec une jolie coquille pour Bertrand Chamayou qui est annoncé comme « jouant la symphonie Urbs Roma de Saint-Saëns »… L’ouvrage est bien au programme du concert du 20 juillet – l’Orchestre national de France et son chef Cristan Macelaru en seront les interprètes – et Bertrand jouera bien deux oeuvres concertantes pour piano et orchestre, dont les titres peuvent égarer un journaliste non familier de la musique classique : les Variations…symphoniques (!) et Les Djinns de César Franck.

Alexandre Tharaud

Il y a deux jours, j’avalais une salade dans un sympathique bistrot proche de la place de la Comédie à Montpellier. Un homme, mince et jeune d’allure, déjeunait à la table d’à côté, je lui trouvais un air de ressemblance avec Alexandre Tharaud, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était bien lui. Longue conversation sur la crise sanitaire. Et lui de se/nous rappeler notre première rencontre, en 1992, dans le cadre de la fondation Juventus dans les Salines royales d’Arc-et-Senans : il avait joué sa propre transcription de La Valse de Ravel ! Depuis, il a fait la carrière que l’on sait, et il se produit ce week-end dans un concert bien à son image, singulier, original, avec Angélique Kidjo : voir Les Mots d’amour

14 juillet

On y est arrivé ! Montpellier va fêter en grand le 14 juillet, et le Festival y sera pour quelque chose. Mais c’est typiquement le genre de projet compliqué à monter en temps d’incertitude sanitaire, les lieux, les horaires, les configurations ont dû évoluer au fil des semaines et de ces tout derniers jours.

Cette fois c’est annoncé et bien annoncé : Un grand concert sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Voir aussi : Le Festival fête le 14 juillet

Rencontres : le Peul et la Pologne

Les Rencontres de Pétrarque, c’est le rendez-vous annuel de France Culture à Montpellier, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier, c’était le début hier dans la cour Soulages du Rectorat.

En dépit du report en octobre du sommet Afrique France, initialement programmé le week-end prochain, les Rencontres ont maintenu leur thème : « Sommes-nous dépassés par l’Afrique ? ». La foule était au rendez-vous de la première soirée

Deux invités, deux artistes sénégalais, le plasticien Mansour Ciss Kanakassy et le poète Souleymane Diamanka.

Je ne connaissais ni l’un ni l’autre (devrais-je m’en excuser ?) et ce n’est pas faire injure au plasticien que d’avouer que la révélation, la « rencontre » de ce débat a été, pour moi, Souleymane Diamanka.

Parce que sa langue est magnifique, somptueuse, son jeu sur et avec les mots, un double héritage fièrement et humblement revendiqué, la langue peule et le français.

Double hommage

J’ai chroniqué pour Forumopera la récente publication de l’opéra Halka du grand compositeur polonais Stanislas Moniuszko, contemporain de Verdi et Wagner. Lire La Fiancée perdue

Je ne pensais pas, ce faisant, devoir rendre un double hommage, au chef Gabriel Chmura disparu quelques mois après la captation « live » dans les murs de l’opéra de Poznan dont il était le directeur artistique (lire Deux disparitions) et à la lumineuse Mélanie Defize (voir Un an après) victime des attentats terroristes de Bruxelles du 22 mars 2016, qui avait écrit pour Forumopera un texte aussi érudit que passionnant sur le personnage de Halka et l’oeuvre de Moniuszko.

Ce n’est qu’un au revoir

Philippe Jordan dirigeait hier soir, à l’Opéra Bastille, le dernier concert de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Paris, fonction qu’il exerçait depuis 2009.

Ce fut une soirée exceptionnelle à plus d’un titre.

D’abord pour des raisons personnelles. Je connais Philippe depuis ses 14 ans, quand il était venu assister à une répétition de son père, Armin, avec l’Orchestre de la Suisse romande à Genève. Grand adolescent timide. Quelques années après, son père me parle de l’été qu’il va passer à Aix-en-Provence (un Mozart je crois), et me rapporte ce dialogue avec son fils : « Que fais-tu cet été? – Je serai à Aix – Comment ça à Aix ? – Oui je serai chef de chant assistant pour Le Chevalier à la rose dirigé par Jeffrey Tate… » Armin de m’avouer bien sûr sa surprise – son fils ne lui avait rien dit – et sa fierté, Philippe avait tout juste 19 ans !.

Sitôt nommé à Liège, je vais inviter plusieurs jeunes chefs au début de leur carrière. Comme Philippe Jordan, 29 ans, en 2003. Et dejà une personnalité affirmée, un programme original : la sérénade pour vents K. 488 de Mozart, la sérénade pour ténor et cor de Britten (avec le ténor anglais Patrick Raftery et l’un des cors solo de l’OPRL, Nico de Marchi), et la Troisième symphonie de Schumann.

La carrière de Philippe Jordan va ensuite se développer à un tel rythme que je ne parviendrai plus à le réinviter à Liège.

L’autre raison personnelle tient au choix de la deuxième partie de ce concert exceptionnel : l’acte III de Parsifal de Wagner. J’ai un souvenir réellement inoubliable du Parsifal qu’y avait dirigé Armin Jordan en 1997 (dans une mise en scène de Graham Vick).

Les autres raisons de partager ce concert exceptionnel tiennent, bien entendu, au formidable engagement qui a été celui de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris. Le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, dans un discours qui aurait gagné à plus de spontanéité, Emilie Belaud* au nom de ses collègues musiciens, avec des mots justes et sincères, ont rappelé tout ce que le chef suisse, aujourd’hui « patron » de l’opéra de Vienne, a apporté à l’Opéra de Paris. Bilan impressionnant : 40 ouvrages différents – lyriques et symphoniques – dirigés en 12 ans, des formations musicales qui ont encore gagné en qualité, en homogénéité, une osmose évidente entre chef et musiciens.

Je suis malheureusement loin d’avoir pu suivre toute cette aventure parisienne. De ces dernières années, me reviennent les souvenirs du Prince Igor, d’un Don Carlos, de Benvenuto Cellini des Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie de Paris, de symphonies de Beethoven, pas les Wagner, ni Tétralogie, ni Tristan, à grand regret.

Mais il reste bien des témoignages filmés et enregistrés de ce mandat extraordinaire (voir plus bas)

Liszt et Parsifal

Pour cette soirée, non pas d’adieu, mais d’au-revoir (si l’on en croit les propos d’Alexander Neef et de Philippe Jordan lui-même), le chef avait choisi deux oeuvres emblématiques, qui lui permettait de faire jouer l’ensemble des musiciens de l’Opéra, les deux formations symphoniques, et un choeur d’hommes nécessairement restreint pour cause de Covid-19.

D’abord la Faust Symphonie de Liszt :

L’ouvrage est créé à Weimar le 5 février 1857, à l’occasion de l’ inauguration du monument dédié à Gœthe et Schiller

La Faust Symphonie est principalement écrite à Weimar au cours de l’été 1854. Encouragé par l’honneur que lui fit Berlioz en lui dédicaçant La Damnation de Faust, Liszt, termine la partition de la Faust-Symphonie, en trois mouvements (Faust, Marguerite, Méphistophéles)  en octobre 1854. Elle compte trois cents pages !

La version originale n’utilise que des vents, des cors et des cordes. Liszt révise sa partition en 1860 en adjoignant à la fin un Chorus Mysticus, dans lequel des extraits du Second Faust sont chantés par un chœur d’hommes et un ténor solo.

J’ai fait le compte dans ma discothèque, une douzaine de versions, et pas par de petites pointures.

D’où vient qu’hier soir, j’ai trouvé l’oeuvre longue, vraiment longue, et pas vraiment passionnante, malgré l’engagement du chef, les formidables qualités de l’orchestre et de ses solistes ?

Parsifal acte III

La seconde partie du concert ne va pas nous lâcher une seconde et va aviver encore les regrets de n’avoir pas entendu Philippe Jordan dans les Wagner qu’il a dirigés ici. Mention pour la très brève intervention d’Ève-Maud Hubeaux – qu’on avait laissée en Dame Ragonde dans le Comte Ory dirigé par Louis Langrée à l’Opéra Comique – et pour les formidables René Pape (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal) et le sublime Peter Mattei (Amfortas)

S’en est suivie une bonne demie heure d’applaudissements, de standing ovation, comme on ne se rappelle pas en avoir jamais connue à Paris. Mais le public comme les musiciens auraient pu chanter à l’adresse de Philippe Jordan : « Ce n’est qu’un au revoir… »!

Le legs de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris

*Emilie Belaud a été quelques (très belles) années premier violon solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, avant de rejoindre les rangs de l’orchestre de l’Opéra de Paris

Servir plutôt que se servir

La « niaque » de Carole Delga

Les médias parisiens ont mis plusieurs heures à saluer et analyser la large victoire de Carole Delga aux élections régionales en Occitanie.

J’ai la chance de travailler depuis six ans avec la présidente de la Région Occitanie. Le soutien que je lui ai apporté avant l’élection, les félicitations que je lui ai adressées dimanche soir, n’étaient ni de pure forme ni de politesse intéressée. J’aime son caractère, sa fidélité imparable à des valeurs sur lesquelles elle n’a jamais transigé (« Mon projet n’est pas compatible avec les propos de Jean-Luc Mélenchon »), sa fidélité aussi aux hommes et aux femmes de cette immense région. Il n’est que d’écouter ce qu’elle déclarait dans la première interview qu’elle accordait lundi matin à France Bleu Toulouse : Mon avenir, c’est la Région Occitanie

J’aime la politique quand elle est pratiquée de la sorte : dire ce qu’on fait, faire ce qu’on dit. C’est ce que, au-delà d’une abstention massive et très préoccupante, les électeurs ont voulu approuver dimanche.

Je salue ici aussi la belle victoire d’élus régionaux – Hussein Bourgi, Serge Regourd -, départementaux – Renaud Calvat – qui ont la même conception de la politique : servir plutôt que se servir.

Les valeurs de Renaud Capuçon

Prononcer son nom sur certains réseaux sociaux vous expose à toutes sortes de railleries et d’apostrophes. Renaud Capuçon on aime ou on déteste !

Le violoniste que j’ai invité le 16 juillet prochain à Montpellier avec Michel Dalberto à jouer Fauré, Elgar et Richard Strauss (lefestival.eu) se livre, comme jamais, dans un long entretien au magazine Classica de juillet.

Ses admirateurs comme ses détracteurs devraient lire ce que dit Renaud Capuçon, sans aucune langue de bois :

Sur la crise sanitaire : « Je n’ai laissé voir que le côté bon élève gentil qu’on retrouve dans mon aspect physique ou ma manière de m’habiller. Or j’étais intérieurement désespéré. Pas pour moi, mais pour les autres. Je sais que l’Etat a fait beaucoup, bien plus que les autres pays du monde, mais si le musicien d’orchestre ou les intermittents ont été protégés, ce n’est pas le cas des solistes qui ont vu s’annuler tous leurs concerts de l’année contre une maigre obole de 1500 €. Il y a eu des gens connus qui n’arrivaient plus à payer leur loyer.. »

Un projet sans lendemain : « Au lieu de pleurer, j’ai imaginé le projet d’une gigantesque captation de toute la musique française, de Rameau à nos jours, pour donner du travail à tous et créer un document unique, payé par l’Etat, consultable partout et qui pourrait s’avérer un trésor national »…. Le violoniste dit en avoir parlé à Emmanuel Macron, Bruno Le Maire et Roselyne Bachelot, mais constate que ça n’a pas pu se faire : « Je n’en veux à personne, mais c’est dommage car c’était un vrai plan Marshall pour la culture, qui aurait mis tous les musiciens français, connus ou pas connus, à égalité et qui aurait rallumé la flamme »

Notre-Dame et les insultes : Renaud Capuçon évoque sa traversée de la crise sanitaire, les projets qu’il a imaginés avec de jeunes musiciens pour des captations, et un épisode qui l’a meurtri : « à Pâques en 2020, l’archevêché de Paris m’a demandé de jouer les Sept dernières paroles du Christ de Haydn avec mon quatuor à cordes. Je suis musicien, croyant, amoureux de Notre-Dame, j’ai tout de suite dit oui. Mais le général Georgelin a prévenu qu’il était impossible d’accueillir plus d’un musicien pour des raisons de sécurité. J’y suis donc allé seul. Après cette expérience, j’étais encore rempli d’émotion quand un ami m’a appelé. C’est par lui que j’ai appris le déchaînement d’insultes déversées sur ma page Facebook. Il y avait des violonistes, des personnes que je connaissais. J’étais abasourdi. Cette période révèle la vraie nature des gens »

Plus loin, Renaud Capuçon confesse une addiction paradoxale aux réseaux sociaux, mesure les avantages comme les inconvénients de la célébrité, de l’exposition (surexposition ?) médiatique..

Servir et non se servir de la musique : « Mon obsession, c’est que la musique ne soit jamais reléguée au second plan. Ne jamais perdre de vue le noyau, l’intégrité. Chaque jour je dois prendre des décisions, je suis très souvent sollicité pour des choses qui pourraient me tenter… J’ai refusé de participer à Prodiges* qui est une émission de divertissement. Je reste attaché à une certaine éthique, celle des Casals, Busch, Menuhin.

En un mot, j’aime et j’admire ceux qui ne se servent pas de la musique mais qui la servent.

Je n’ai pas regardé les dernières Victoires de la musique classique. Je reste marqué par une certaine époque et une certaine classe, celle d’un Jacques Chancel hier ou d’une Anne Sinclair aujourd’hui. Partager le beau avec un large public sans avilir. J’ai souvent l’impression que la télévision ignore ce qu’est un vrai talent ou un vrai musicien. Sur les chaînes publiques la musique fait partie du cahier des charges, mais on lui demande aussi de faire de l’audience alors même qu’il n’y a plus de publicité à cette heure-là. Il faudrait s’inspirer de la BBC qui opère une distinction entre culture et divertissement…. Ce n’est pas le nombre de followers qui doit décider qui joue bien une sonate de Mozart. La musique classique, c’est tout sauf ce monde-là ! »

Il faut lire toute la suite de l’entretien, largement consacrée au répertoire du musicien, à ses rapports avec les compositeurs d’aujourd’hui, à son activité d’enseignement et aux projets qu’il nourrit avec l’Orchestre de chambre de Lausanne dont il vient d’être nommé directeur artistique

Quant à moi, je ne suis pas surpris de lire cet entretien. Je connais Renaud depuis ses 18 ans ! Je l’ai vu se former, se forger son identité de musicien, progresser pas à pas, je l’ai invité plusieurs fois à Liège – Brahms, Rihm, Escaich, Beethoven… -. Je l’ai entendu créer les oeuvres de Dusapin, Mathias Pintscher. Je lui avais demandé, en 2017, de jouer à Montpellier le concerto de Khatchaturian, voici ce qu’il en disait au micro de France Musique : « C’est la première fois que je joue ce concerto. Au départ, je comptais présenter le n°1 de Prokofiev mais j’ai accepté le challenge de travailler un nouveau concerto car il était totalement dans le thème de cette soirée appelée « Aux confins de l’Empire ». Je suis très heureux de le jouer car c’est une œuvre que je connaissais mal. Elle a beaucoup d’allure et qui va plaire au public. C’est très daté dans l’écriture car quand on compare avec ce que pouvait composer Schönberg, Stravinsky ou Berg à la même époque ou plus tôt. Ce concerto illustre extrêmement bien l’époque, la Russie des années 1940.« 

J’ai hâte de le retrouver le 16 juillet prochain à Montpellier.

(* Prodiges est une émission de France 2, un « concours » pour jeunes musiciens avec un jury dont fait partie Gautier Capuçon, le frère violoncelliste de Renaud)

Une fête pour la musique à la radio

La célèbre Maison ronde du quai Kennedy, inaugurée par le général de Gaulle en 1963, a changé de nom hier : c’est désormais la Maison de la radio et de la musique.

Y avait-il une raison de rebaptiser la maison de la radio ? La sortie d’une crise qui a profondément affecté Radio France, comme tous les Français, en a été le prétexte.

Mais, comme l’a rappelé excellement Jean-Michel Jarre, la radio de service public, est depuis toujours une maison de musique, pas seulement parce qu’on y donne plus de 300 concerts par an, pas seulement parce qu’elle héberge quatre formations prestigieuses – l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, le Choeur et la Maîtrise de Radio France – (lire Ma part de vérité), mais aussi parce que, depuis des décennies, on y a expérimenté, créé, innové dans le champ des musiques électroniques, les techniques de captation, de prise de son – les équipes de Radio France sont réputées et recherchées pour cela -. Et bien entendu, parce que, depuis la mi-novembre 2014, cette maison dispose de deux magnifiques salles de concert (voir La Fête), l’Auditorium et le Studio 104.

On a retrouvé avec plaisir bien sûr les actuels dirigeants de la Maison de la radio … et de la Musique, la présidente de Radio France depuis 2018, Sibyle Veil, le directeur de la musique et de la création Michel Orier, les patrons de toutes les chaînes du groupe, à commencer par Marc Voinchet (France Musique) et Sandrine Treiner (France-Culture), rejoints pour la photo par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui, règles électorales obligent, est restée muette.

(de gauche à droite, Jean-Michel Jarre, Didier Varrod, Sibyle Veil, Michel Orier, Roselyne Bachelot)

Beaucoup de visages familiers, Frédéric Lodéon, les anciens présidents de Radio France, Jean-Paul Cluzel (celui qui avait lancé le chantier de l’Auditorium en 2005), Mathieu Gallet (qui l’avait inauguré en 2014), le président du CSA Roch-Olivier Maistre, Antoine de Caunes, Nicolas Droin (le directeur de l’Orchestre de chambre de Paris), beaucoup de musiciens, le quatuor Hermès, Félicien Brut, Edouard Macarez, Marie Perbost, le Bastet (l’ensemble de contrebasses du Philharmonique de Radio France), des gens qu’on connaît bien au Festival Radio France

Le public présent a pu aussi bénéficier d’une répétition de l’Orchestre National de France, en prélude au concert de ce jeudi soir.

Menuhin ou le chef oublié

En 2016, à l’occasion du centenaire de sa naissance, on a abondamment célébré Yehudi Menuhin (lire Quelque chose de Menuhin), Menuhin le violoniste.

Et à peu près complètement occulté Menuhin le chef d’orchestre !

Mozart

Dans le numéro de juin de Diapason, c’est pourtant Yehudi Menuhin chef d’orchestre qu’Hugues Mousseau a retenu pour son papier très documenté sur l’interprétation et la discographie d’un tube du répertoire d’orchestre, la symphonie n°41 dite « Jupiter » de Mozart.

Hugues Mousseau écrit ceci : « Menuhin trouve dans le Sinfonia Varsovia (Virgin, 1989) un ensemble servant à merveille l’effervescence de son approche. À un Allegro vivace dont la virulence prend appui sur une imparable pureté de style, répond un Andante cantabile aux contours fuyants, exempt de cette componction dans laquelle l’engluent tant de chefs. Après un Menuetto qui captive par sa rumeur de plein air, le Molto allegro tient toutes les promesses du premier mouvement : il exulte, rayonne, Menuhin y exalte l’esprit des Lumières. »

On retrouve les mêmes qualités, le même esprit dans une série magnifique d’enregistrements (ouvertures, symphonies 35 à 41, concertos) réalisés par Yehudi Menuhin à la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne et du Sinfonia Varsovia. Dans un coffret heureusement disponible.

À 79 ans, Yehudi Menuhin n’avait rien perdu de cette vision lumineuse, juvénile, de Mozart comme en témoigne ce rare document de concert :

Schubert

J’ai déjà évoqué les deux intégrales des symphonies de Schubert, gravées à vingt d’ans d’intervalle, qui, j’en suis sûr à peu près certain, tiendraient les premières places lors d’une écoute comparée à l’aveugle (lire Schubert à Santorin)

« …d’autres pépites de ce coffret ravivent le souvenir d’un musicien – Yehudi Menuhin – qui m’a toujours plus convaincu comme chef.. que comme violoniste (en tous cas dans les trente dernières années de sa carrière). Notamment dans une intégrale des symphonies de Schubert, gravée dans les années 60 avec la crème des musiciens londoniens (réunis sous l’appellation de Menuhin Festival !).
Je possède et connais nombre d’intégrales de ces symphonies (presque toutes ?). Je me demande si celle-ci (à ne pas confondre avec celle que Menuhin a faite, vingt ans plus tard, avec le Sinfonia Varsovia) n’est pas tout simplement idéale : juvénile, tendre, vraiment romantique dans les premières symphonies, et que tout cela chante, dans des tempi parfaitement équilibrés. Qu’on en juge :

Là où tant de chefs plombent la 4ème symphonie – impressionnés par son surnom de Tragique ? Menuhin, des années avant Harnoncourt et ses audaces, fait virevolter le troisième mouvement, un authentique scherzo

Dans la 9ème symphonie, elle aussi trop souvent longue, et si peu divine, sous maintes baguettes illustres (cf. les « divines longueurs » dont l’aurait gratifiée Schumann), on entend ici un 1er mouvement qui chante et vit dès la première phrase du cor et s’anime prodigieusement pour ne jamais laisser retomber l’intérêt.

Retour à la première symphonie, et à son 2ème mouvement, un authentique andante schubertien, qui avance d’un bon pas, danse et musarde dans l’insouciance

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La seconde intégrale avec le Sinfonia Varsovia est du même niveau… elle est devenue introuvable !

Beethoven

Menuhin dirigeant Beethoven, c’est l’un de mes grands souvenirs du Festival Radio France à Montpellier en 1996. Pour les 80 ans du violoniste/chef, invitation lui avait été faite de diriger l’intégrale des 9 symphonies avec le Sinfonia Varsovia.

Intégrale splendide parue d’abord sous étiquette IMG, puis reprise dans la collection Apex. Devenue elle aussi introuvable !

Même pour le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven (lire Beethoven 250) personne n’a songé à les rééditer

Nielsen, Vaughan-Williams, Wagner…

Mais Lord Menuhin ne s’est pas arrêté aux grands classiques.

Menuhin a laissé des versions – bien entendu jamais citées nulle part ! – éloquentes, creusées, chaleureuses, de deux monuments si difficiles à bien réussir, la Siegfried Idyll de Wagner et la Nuit transfigurée de Schoenberg.

Quand Yehudi Menuhin se met à Dvořák, il donne l’une des versions les plus inspirées – et Dieu sait si les références abondent ! – de la 8ème symphonie (la Sérénade pour cordes n’est pas mal non plus)

Pour celui qui peut se targuer d’avoir enregistré son concerto sous la baguette du compositeur,

Elgar n’a pas de secret. Il donne des deux symphonies des versions puissamment lyriques, mais évitant tout empois victorien.

Alors ? Menuhin chef négligeable, médiocre ?

Peut-on demander à Warner de nous redonner, dans un coffret complet, ces trésors qui, à quelques exceptions près, dorment dans les archives ou ne se trouvent qu’au compte-gouttes chez des vendeurs de seconde main ?

Le beau portrait discographique qui a été réalisé en 2016 pour le centenaire du violoniste serait enfin complété.. et justifié !