Leçons de chefs

L’un de mes regrets de mes années passées à côtoyer de près ou d’un peu plus loin des orchestres, à Genève (l’Orchestre de la Suisse romande), à Paris (l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France) ou à Liège, est de ne pas avoir eu ou pris le temps d’assister à plus de répétitions avec les chefs titulaires ou invités.

C’est pourtant la partie la plus passionnante du travail d’interprétation musicale, même si évidemment rien ne remplace le choc du concert, de la rencontre entre chef, orchestre et public.

Parmi les documents qu’on peut maintenant trouver sur YouTube, une sélection de mes « préférés »‘

Sir Thomas

L’humour, l’élégance, c’est Thomas Beecham (1879-1961)

Carlos Kleiber

L’inégalé, l’inégalable, le génial Carlos Kleiber

Karajan ou l’exigence impérieuse

Je tiens de Günther Herbig qui fut l’un de ses rares « élèves » à Berlin le souvenir d’un Karajan qui ne cédait jamais avant d’obtenir exactement le son, l’intention, qu’il souhaitait, mais aussi qui ne faisait jamais travailler que les points compliqués.

Riccardo Muti

Celui qui a récemment été fait chef émérite de l’Orchestre national de France est toujours dans l’exigence élégante.

Hermann Scherchen

La vieille école à tous points de vue, mais jamais là où l’on l’attend…

Carlo Maria Giulini (1914-2005)

Au bout de la musique, au fond des partitions. Toujours admirable.

Klaus Mäkelä

On a tout dit, tout écrit sur celui qui quittera la direction musicale de l’orchestre de Paris à la fin de cette saison. En l’écoutant, en le voyant répéter, on comprend les raisons de sa réussite (lire les articles que je lui ai consacrés sur Bachtrack)

Cadeau

C’est l’un des premiers disques en stéréo de Carlo Maria Giulini, un compositeur – Boccherini – auquel il n’est jamais revenu.

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog.

Indépendance

La création par des musiciens de l’Opéra de Paris d’un nouvel orchestre – Philopera – et son concert inaugural dimanche soir au Palais Garnier – compte-rendu à lire sur Bachtrack – ont suscité, comme c’est normal, commentaires et interrogations. Je ne partage ni le titre ni toutes les analyses d’Yves Riesel (voir son article et l’interview du président de Philopera sur le site couacs-info) mais son interpellation a le double mérite d’éclairer le mélomane sur le mode de fonctionnement de nombre d’orchestres et d’interroger sur la place que peut occuper cette nouvelle phalange dans un paysage musical parisien qu’on peut juger saturé.

Daniel Harding et le nouvel orchestre Philopera à l’issue du concert inaugural le dimanche 6 septembre 2026.

Autogestion ?

Je ne sais pas s’il faut trop s’attarder sur les modes d’organisation des orchestres symphoniques, en France notamment. Parce que les situations varient d’une ville à l’autre : certains sont des régies municipales, d’autres sont chapeautés par une structure publique, comme une Métropole, certains sont constitués en EPIC ou associations subventionnés par les collectivités locales, et bien sûr dans le cas de l’Orchestre national de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France gérés par Radio France. Ces orchestres font figure de structures « lourdes » – et c’est bien ce qui nourrit le débat depuis des lustres (relire ce qu’en dit Lionel Esparza dans mon dernier billet) – avec leurs musiciens titulaires, leur encadrement technique, administratif, artistique.

Mais Philopera, constitué en une association de musiciens, n’est ni une nouveauté ni une exception. Même si elles ont peu à peu perdu de leur importance, les associations symphoniques parisiennes portent bien leur nom. Lamoureux, Colonne, Pasdeloup, n’ont toujours existé que sous forme de libre association des musiciens, avec une organisation minimaliste.

L’exemple le plus frappant est celui de tous les ensembles dits « baroques ». Ce sont des structures légères, faiblement subventionnées, dont les effectifs ne sont jamais figés – pas de musiciens titulaires ! -. Il n’est pas rare de voir dans les rangs du Concert spirituel un musicien qu’on reverra quelques semaines plus tard dans ceux des Siècles.

Indépendance

Mais pour justifier leur création, les musiciens « associés » de Philopera ont pris leurs exemples à l’étranger. Ainsi, historiquement, l’orchestre philharmonique de Vienne quand il se produit en concert en tant que Wiener Philharmoniker est l’émanation de l’orchestre de l’opéra d’Etat de Vienne (Wiener Staatsoper). Une émanation autonome et autogérée : le directeur de l’opéra de Vienne n’a pas droit de regard sur la programmation des concerts des Philharmoniker. Ainsi le choix du chef qui dirige les concerts de Nouvel an relève-t-il exclusivement des représentants élus des musiciens.

On a pris aussi l’exemple de la Scala de Milan et de la Filarmonica della Scala créée en 1982 à l’instigation de Claudio Abbado. Je trouve l’analogie avec le Bayerisches Staatsorchester – l’orchestre de l’opéra d’Etat de Munich – moins pertinent mais il y a peut-être des détails qui m’échappent.

J’avais pu trouver à Bologne, dans un magasin d’occasion, des disques jamais diffusés en France de Riccardo Muti dirigeant les symphonies de Beethoven à la tête de la Filarmonica della Scala.

Quel est le degré d’indépendance, d’autonomie, y compris financière et administrative, de ces formations ? je n’ai pas la réponse.

Apparences et réalité

Quels que soient la structure et l’organigramme de l’orchestre, la vraie question – à laquelle je ne répondrai pas ici en quelques lignes – est : qui a le pouvoir ? Le chef d’orchestre, le collectif des musiciens, l’administration… ou les sponsors ?

Dans le cas des Berliner ou des Wiener Philharmoniker, c’est net : c’est le board élu des musiciens qui tient dans ses mains la programmation, le choix des chefs. La période des chefs tout-puissants est à jamais révolue. Dans tous les autres cas, et singulièrement dans les pays anglo-saxons où les ressources des orchestres sont quasi exclusivement dépendantes du privé, la personnalité, la réputation… et l’engagement personnel du directeur musical sont décisifs. Je l’avais encore vérifié en me rendant à Cincinnati en octobre 2023 (Lire Sur les ailes de la musique et mon entretien avec Louis Langrée paru en novembre 2023 dans Bachtrack : « Le chef providentiel n’existe pas »).

Dans beaucoup d’autres cas, les responsabilités sont plus diluées ou masquées. Ayant eu quinze ans la responsabilité d’un grand orchestre – l’Orchestre philharmonique de Liège – puis pendant une courte mais intense année celle de la direction de la Musique de Radio France – j’ai pu mesurer ce qui sépare les apparences des réalités.

J’ai toujours privilégié la clarté dans la chaîne de responsabilités : il ne peut pas y avoir de dyarchie ou de dilution des rôles. Le directeur général dirige selon une vision artistique et avec des objectifs définis en accord avec les partenaires subsistants (mais pas sous leurs ordres !), le directeur musical s’inscrit et enrichit cette vision et devant les musiciens c’est le seul patron. Et c’est assez logiquement lui qui prend la lumière quand tout va bien, et le DG qui assume les soucis quand ça va moins bien. Mais quand les responsables sont faibles, la structure a vite fait de s’auto-gérer, de s’auto-planifier, et de fait d’imposer ses vues et ses méthodes à ceux qui sont censés les diriger. Pierre Boulez était féroce contre ceux qui n’étaient pas professionnels… et il avait raison. Je me rappelle un moment très particulier de mon mandat à Radio France. C’était juste après l’inauguration de l’Auditorium et du studio 104 rénové. Il était prévu évidemment que les deux orchestres – le National et le Philhar’ – répètent leurs programmes dans chacun de ces lieux. Le problème était qu’on avait promis au National d’être à l’Auditorium et le Philhar au 104. Or d’évidence les programmes de l’un et de l’autre (notamment pour le Philharmonique le très grand effectif des Notations de Boulez) ne permettaient pas qu’on respecte cette « promesse ». Or les représentants de l’une et l’autre formation, les techniciens et toutes sortes de gens impliqués dans ces productions exigeaient que je respecte cette « promesse » jusqu’au moment où je fis la démonstration que c’était littéralement impossible compte-tenu de ces partitions. Je leur donnai une heure pour se mettre d’accord, moyennant quoi le National joua au 104 et le Philharmonique à l’Auditorium sans qu’aucun ne déchoie, pour le plus grand service de la Musique. Et j’y gagnai accessoirement le respect des musiciens.

Cadeau

Après la 1e symphonie de Mahler de dimanche soir, cet extrait de l’une de mes versions de référence, captée dans une excellente stéréo en 1961, malheureusement introuvable : Paul Kletzki avec l’orchestre philharmonique de Vienne

Dans mes brèves de blog, des rencontres inattendues, de la musique bien sûr et d’autres humeurs du moment.

Dans ma boîte aux lettres : Haitink, Demus, van Barentzen

Les compléments Haitink

Le grand chef hollandais Bernard Haitink, disparu il y a cinq ans, a déjà bénéficié de magnifiques rééditions de sa discographie, d’abord avec le Concertgebouw d’Amsterdam, puis au printemps dernier avec l’orchestre philharmonique de Londres. Restait à rassembler les enregistrements réalisés à Berlin, Vienne ou Boston, où le chef était régulièrement invité.

31 CD

Mahler Symphonies Nos. 1-7; Symphony No. 9; Symphony No. 10; Lieder eines fahrenden Gesellen (BPO)
Poulenc Organ Concerto (Thomas Hurford)
Mark-Anthony Turnage Some Days (orch.jeunes Communauté européenne)
Schumann Cello Concerto, Op. 129; Adagio & Allegro, Op. 70; Fantasiestücke, Op. 73; 5 Stücke im Volkston, Op. 102 (Heinrich Schiff)
Stravinsky The Firebird; Scherzo à la russe; Petrushka; Scènes de ballet; Le Sacre du Printemps; Pulcinella (BPO) Violin Concerto (David Oistrakh, orch. Lamoureux)
Beethoven Fidelio (Norman, Dresde)
Berlioz Symphonie fantastique (VPO)
Brahms Symphonies Nos. 1-4; Tragic Overture, Op. 81 (Butry sur Oise) Piano Concerto No. 2 (Ashkenazy VPO) Ein deutsches Requiem, Op. 45; Schicksalslied, Op. 54, Nänie; Alt-Rhapsodie; Haydn Variations (VPO)
Bruckner Symphony No. 3; Symphony No. 4; Symphony No. 5; Symphony No. 8; Te Deum (VPO)
Ravel Daphnis et Chloé; La Valse; Rapsodie espagnole; Menuet antique; Ma mère l’oye; Boléro; Alborada del gracioso; Le Tombeau de Couperin; Valses nobles et sentimentales (BSO)

BPO : orchestre philharmonique de Berlin / VPO : orchestre philharmonique de Vienne / Butry sur Oise : orchestre symphonique de Boston)

Très peu de redécouvertes, mais quelques surprises, comme une symphonie fantastique plus poétique que frénétique, tout un ensemble Ravel qui bénéficie de la tradition bostonienne forgée par Munch et Ozawa.

Pour Mahler et Bruckner, la comparaison entre les captations réalisées à Amsterdam, puis plus récemment à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise, n’est pas sans intérêt, même si les permanences de l’art du chef – lisibilité, fluidité, plus que monumentalité – se coulent dans les spécificités sonores des Berlinois ou des Viennois.

Le piano d’Aline van Barentzen

J’avais jadis un ou deux disques de la collection économique Trianon chez EMI, des sonates de Beethoven entre autres, d’Aline van Barentzen (1897-1981) dont ma professeure de piano au conservatoire de Poitiers avait été l’élève au conservatoire de Paris. Je désespèrais de jamais retrouver cela en CD, jusqu’à ce que je découvre au début de l’été un coffret publié par Meloclassic, 9 CD remplis de pépites

Comment se fait-il que cette artiste ait une discographie aussi mince, en dehors de ces heureuses captations de concert ?

On ne m’en voudra pas d’aller rechercher – de retour du Brésil – ces précieux témoignages de la collaboration entre le plus grand compositeur brésilien du XXe siècle, Heitor Villa-Lobos, et la pianiste franco-américaine.

Warner serait bien inspiré de rééditer au moins les quelques enregistrements réalisés pour La Voix de son Maître, ses Beethoven en particulier !

Jörg Demus chez Schumann

Lorsqu’il est mort en 2019, j’avais fait un portrait très personnel de Jörg Demus : Le piano poète. Encore un artiste dont la discographie est dispersée ô combien! Dans la même collection Meloclassic, j’ai repéré un double album pour l’essentiel consacré à Schumann et à des prises de concert réalisées à Dresde.

Et toujours dans mes brèves de blog, les grands bonheurs et les petits malheurs de ces derniers jours.

Pourquoi devient-on chef d’orchestre ?

Il y a un an, je posais déjà la question (lire La vie des chefs) : Pourquoi devient-on chef d’orchestre ?

Je me la pose de nouveau ces jours-ci. J’ai accepté à la demande de George Pehlivanian (lire Apprentis chefs) de l’accompagner dans les séances parisiennes de pré-sélection du concours international de chefs d’orchestre (Pehlivanian Conducting Competition for talented conductors) qu’il organise l’automne prochain en Slovénie. Nous avons déjà fait une première série d’auditions vendredi dernier, à l’Ecole normale de Musique de Paris, nous les poursuivons mercredi prochain.

J’ai eu la chance – car c’en est une ! – d’être plusieurs fois juré de grands concours, dont deux fois, en 1992 et 1995, du Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon. Vendredi j’ai eu l’impression de revivre ces moments contrastés des épreuves « éliminatoires » – quel terme horrible quand on y pense ! -.

Je ne vais évidemment faire aucun commentaire sur les candidat(e)s que nous avons entendus, mais le constat s’impose aujourd’hui comme naguère. Il ne faut que quelques secondes pour savoir si celui ou celle qui se présente devant vous est ou n’est pas chef d’orchestre. On a, bien sûr, comme dans tout jury, une grille de lecture, de notation, d’appréciation des divers éléments qui constituent la prestation du candidat, mais il y a une évidence qui s’impose, une présence, un charisme, appelons cela comme on veut. Un constat aussi: on ne fait pas semblant d’être chef sauf devant son miroir !

J’assistais hier, dans ma commune, à un superbe concert de l’ensemble vocal de la Maîtrise de Paris dirigé par un authentique jeune chef, Pierre-Louis de Laporte, que j’ai pu filmer quelques secondes de face. (photos et brève video à voir ici). Chacun a une technique, une gestique, qui lui sont propres, mais d’évidence ici le chef sait ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et il obtient surtout le résultat musical qu’il souhaite. Et il a une qualité qui, étrangement, n’est pas partagée par tous – euphémisme ! – il regarde ses musiciens.

Pourquoi pas moi ?

C’est une question qui est souvent revenue, en général dans les discussions d’après-concert, quand des chefs que j’admirais, dont j’étais parfois devenu l’ami, me demandaient, mi-sérieux, mi-amusés, « pourquoi pas toi » ? Je ne dis pas qu’il ne m’est jamais arrivé de vouloir prendre la place de celui que je voyais s’agiter sur le podium. Une fois même, un chef belge – qui se reconnaîtra – connaissant mes affinités avec la musique viennoise, m’avait plus que suggéré, invité à diriger son ensemble orchestral. Etant en charge de la direction générale et artistique d’un orchestre professionnel, je m’étais toujours intérdit, si tant est que j’en aie eu l’opportunité ou le talent, de produire une quelconque prestation personnelle. Aujourd’hui il est trop tard, et je n’ai aucun regret de continuer à admirer les vrais, les grands chefs d’hier et d’aujourd’hui. Et pourquoi pas, de détecter grâce au Concours Pehlivanian, de futurs talents.

Les lecteurs de ce blog connaissent mes admirations. Il suffit de regarder/écouter ces quelques témoignages pour comprendre en quoi ces chefs d’orchestre sont géniaux, chacun à leur manière.

Carlos Kleiber (1930-2004)

Evgueni Svetlanov (1928-2002)

Kirill Kondrachine (1914-1981)

Leonard Bernstein (1918-1990)

Je pourrais mettre ici les vidéos où Bernstein fait le spectacle, sachant qu’il est filmé (le finale de la symphonie n°88 de Haydn vu des milliers de fois sur YouTube par exemple).

Je préfère cet extrait d’un concert tout aussi mémorable de l’Orchestre national de France dans un répertoire où Bernstein se révèle tel qu’en lui-même, un musicien génial.

Herbert von Karajan (1908-1989)

Herbert von Karajan a fait toute sa carrière filmée en fermant les yeux. C’était devenu une marque de fabrique, qui pouvait légitimement énerver même les plus fervents de ses admirateurs. Et à la fin de sa vie, souffrant le martyre, il se met à regarder ses musiciens, à les solliciter parfois d’un demi-sourire, comme dans cet extrait du seul concert de Nouvel an qu’il ait jamais dirigé à Vienne le 1er janvier 1987, il redevient simplement humain.

Je ne suis pas surpris que celui qui parle le mieux – en français – du rôle, de la fonction, de l’importance du chef d’orchestre, ce soit Louis Langrée dans cette interview d’une aveuglante clarté. Regardez-le, écoutez-le comparer ces grands chefs du passé pour qui nous avons de communes admirations, et parler de son métier, de son art.

À Cincinnati, comme à Liège naguère, Louis Langrée est le chef inspiré, captivant, qui nous révèle toujours les secrets de l’oeuvre qu’il dirige.

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les bonheurs du moment.

José Van Dam (1940-2026)

On apprend aujourd’hui la disparition, le 17 février, d’un géant du chant José Van Dam.

L’ami Nicolas Blanmont lui consacre, sur le site de la RTBF, un article extrêmement complet et documenté auquel je ne peux que renvoyer, puisque tout y est dit, de la formation, de la carrière incroyable de José Van Dam et de sa place éminente dans le club très fermé des plus grands chanteurs du XXe siècle.

Le simple examen de ses rôles à l’opéra, sous les baguettes les plus fameuses, le relevé de sa discographie, donnent le vertige. Je me rappelle ces Grands entretiens réalisés par France Musique en 2019 avec le grand baryton belge et, par exemple, ce qu’il disait de sa longue collaboration avec Karajan : « Il était rigoureux, exigeant… C’est le ‘grand’ chef avec lequel j’ai eu le plus de plaisir à chanter. »

Dans ma mémoire, se mêlent des souvenirs – finalement pas si fréquents – de José Van Dam sur scène .Deux, très forts, me reviennent à l’instant d’écrire ces lignes.

Don Carlos au Châtelet

A l’opéra, il y a assez peu de spectacles dont je puisse dire qu’ils approchent la perfection; Ce Don Carlos de 1996 en faisait partie.

Pelléas et Melisande à Genève

« En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre » (Lire Portrait d’ami).

Jamais un Golaud ne m’a bouleversé à ce point. José Van Dam est pour toujours « mon » Golaud.

Et cette présence si remarquable, ce timbre, cette diction uniques, on les retrouve à leur acmé dans tant d’enregistrements que je vais redécouvrir dans une discothèque proprement vertigineuse !

Bach : Magnificat / Messe en si (Corboz) Erato

Beethoven : Fidelio (Karajan) EMI / Missa solemnis (Karajan) DG

Beethoven : 9e symphonie (Karajan x 2) DG

Berg : Wozzeck (Levine) Met

Berlioz : L’enfance du Christ (Gardiner) Erato

Berlioz : La damnation de Faust (Levine) Munich / (Nagano) EMI

Berlioz : Roméo et Juliette (Ozawa) DG

Bizet : Carmen (Karajan) DG / (Solti) Decca

Bizet : La jolie fille de Perth (Plasson) EMI

Brahms : Un requiem allemand (Karajan) DG-EMI

Bruckner : Te Deum (Karajan) DG

Debussy : Pelleas et Mélisande (Abbado) DG / (Karajan) EMI / (Levine) Met

Debussy : Rodrigue et Chimène (Nagano) EMI

Delibes : Lakmé (Plasson) EMI

Duruflé : Requiem (Corboz) Erato

Enesco : Oedipe (Plasson) EMI

Fauré : Pénélope (Dutoit) EMI

Fauré : Requiem (Plasson) EMI

Gluck : Iphigenie en Aulide (Gardiner) Decca

Gluck : Iphigenie en Tauride (Gardiner) Erato

Gounod : Faust (Plasson) EMI

Gounod : Mireille (Plasson) EMI

Gounod : Mors et vita (Plasson) EMI

Gounod : Roméo et Juliette (Plasson) EMI

Hahn : Ciboulette (Diederich) EMI

Haydn : Die Schöpfung (Karajan) DG

Ibert : Don Quichotte (Nagano) EMI

Magnard : Guercoeur (Plasson) EMI

Mahler : Symphonie n°8 (Bernstein) DG

Martin : Monologues de Jedermann (Nagano) Erato

Massenet : Hérodiade (Plasson) EMI

Massenet : Manon (Pappano (EMI)

Mozart: Cosi fan tutte (Muti) EMI

Mozart : la Flûte enchantée (Karajan) DG / (Levine) Sony / (Marriner) Philips

Mozart : Don Giovanni (Maazel) Sony /

Mozart : Les noces de Figaro (Karajan) DG

Mozart : Requiem (Karajan) DG

Offenbach : Les contes d’Hoffmann (Nagano) EMI/ (Cambreling) EMI

Poulenc / Chansons gaillardes (Collard) EMI

Puccini / Gianni Schicchi (Pappano) EMI

Ravel : Don Quichotte à Dulcinée , Mélodies populaires grecques (Boulez) Sony

Ravel : L’enfant et les sortilèges (Rattle) EMI

Ravel : L’heure espagnole (Maazel) DG

Roussel : Evocations, Padmâvâti (Plasson) EMI

Saint-Saëns : Mélodies (Collard) EMI

Richard Strauss : Die Frau ohne Schatten (Solti) Decca

Richard Strauss : Salomé (Karajan) EMI

Verdi : Aida (Karajan) EMI

Verdi : Don Carlo (Karajan) EMI

Verdi: Don Carlos (Pappano) EMI

Verdi : Falstaff (Solti) Decca

Verdi : Otello (Karajan) EMI

Verdi : Requiem (Karajan) DG / (Solti) RCA

Verdi : Simon Boccanegra (Abbado) DG

Verdi : Un bal masqué (Barbirolli) EMI

Wagner : Le Vaisseau fantôme (Karajan) EMI

Wagner : Les Maîtres Chanteurs (Solti) Decca

Wagner : Parsifal (Karajan) DG

Cette discographie est loin d’être exhaustive !

Il y a quelques années Erato avait publié un magnifique coffret de 10 CD dans la série Autograph

C’est à l’évidence l’un des portraits les plus fidèles de l’art et de la carrière du baryton disparu, avec plusieurs raretés, notamment les magnifiques Monologues de Jedermann de Frank Martin, de larges extraits des deux enregistrements de Salomé auxquels José Van Dam a participé, celui très célèbre de Karajan, et l’autre beaucoup moins de Kent Nagano à l’opéra de Lyon.. dans la version française de l’opéra de Richard Strauss. De la même manière José Van Dam est magnifique dans le Don Carlo (Karajan) comme dans le Don Carlos de Verdi (Pappano). Un joli bouquet de mélodies de Saint-Saëns, Ravel, Poulenc, Ropartz et Berlioz (Les nuits d’été notamment avec Jean-Philippe Collard)

J »évoquerai certainement sur mes prochaines brèves de blog les hommages qui viendront en nombre saluer José Van Dam.

Découvertes et redécouvertes

Cette dernière quinzaine a été l’occasion, pour moi, de découvertes et de redécouvertes, dont j’ai envie de faire part ici, sans ordre précis autre que résultant des vagabondages de ma mémoire.

Markus Poschner

Comme je l’écrivais sur Bachtrack dans ma critique sur La Chauve-Souris donnée le 31 décembre à l’opéra de Vienne, « on ne connaît le chef Markus Poschner que par une récente intégrale au disque des symphonies de Bruckner « . Je l’avoue, je n’avais jamais entendu ce chef « en vrai ». Ce n’est pourtant pas un perdreau de l’année, mais c’est une fois de plus la preuve que les frontières existent toujours et encore dans le monde de la musique, comme je le dénonçais déjà il y a plus de dix ans (Frontières). Le chef allemand est certes venu diriger à deux reprises l’Orchestre philharmonique de Radio France (lire l’article de Pierre Michel sur Bachtrack), mais voilà, je ne l’avais pas repéré !

Dans cette récente captation réalisée à Stuttgart, on a un bel aperçu de l’art de Markus Poschner. D’abord une gestique, une attitude au pupitre qu’on ne peut s’empêcher de penser inspirées du grand Carlos Kleiber (comme on l’avait relevé avec Manfred Honeck dirigeant l’Orchestre national en octobre dernier), ensuite et surtout une conception anti-monumentale de Brahms, qui me séduit beaucoup.

On va donc suivre plus attentivement la carrière de ce chef !

Cornelius Meister

Quant au chef qui dirigeait Hänsel und Gretel à l’opéra de Vienne le 29 décembre (Vienne sur son 31), Cornelius Meister, c’était aussi une première pour moi de le voir et l’entendre « en vrai ». Je connaissais sa réputation de wagnérien (il a dirigé récemment à Bayreuth, à Lille), je n’ai donc pas été surpris qu’il réussisse particulièrement la partition d’Humperdinck.

Au disque, Cornelius Meister a signé deux références pour des oeuvres que j’aime particulièrement :

Humperdinck à l’orchestre

Pour la cérémonie d’adieu à ma mère le 6 janvier dernier, j’avais choisi parmi quelques autres pièces musicales, le duo du 2e acte de Hänsel und Gretel, la prière des enfants dans la version de Georg Solti.

Le même passage – la pantomime -existe en version purement orchestrale. J’ai l’embarras du choix dans ma discothèque, mais je relève que la pièce n’est plus à la mode, si j’en juge par l’âge vénérable des enregistrements.

Bruckner à Chicago

Sauf erreur de ma part, deux chefs seulement ont enregistré une intégrale des symphonies de Bruckner à Chicago : Georg Solti et son successeur Daniel Barenboïm

Je n’ai jamais été convaincu par la sorte de perfection formelle de Solti, qui était beaucoup plus intéressant dans ses premières versions gravées à Vienne (5,7,8) à la fin des années 50.

En revanche, c’est par un disque de la 4e symphonie de Barenboim/Chicago que j’ai fait mon apprentissage de Bruckner

J’ai entrepris de réécouter cette première intégrale tout juste rééditée, que la critique a l’air de redécouvrir.

Inoubliable Moffo

J’ai le sentiment que cette artiste – Anna Moffo (1932-2006) – est aujourd’hui un peu oubliée. Je reprends, les uns après les autres, les enregistrements que j’ai d’elles, et je me délecte d’une voix toujours somptueuse, d’une sensualité, d’une chaleur qui reposent sur une technique infaillible. Et je fais régulièrement comme de bons camarades, je me balade dans ma discothèque avec des envies soudaines de réécouter de plus ou moins vieilles cires…

Et dans le cas de Traviata, c’est un fameux chef de théâtre que je redécouvre, Fernando Previtali (1907-1985)

Bychkov à Paris

La surprise étant passée (la nomination surprise à l’Opéra de Paris) je revisite le legs discographique de Semyon Bychkov qui mérite plus et mieux qu’un intérêt distrait. J’avais oublié une très belle 2e symphonie de Rachmaninov, enregistrée avec l’Orchestre de Paris. Je suis d’autant plus impatient d’assister bientôt à son prochain concert à la tête de son ancienne phalange.

Et toujours humeurs et réactions dans mes brèves de blog

Le pouvoir du chef

Il est temps de regarder attentivement le numéro de janvier de Diapason qui remet en lumière le sujet pouvoir du chef d’orchestre.

Le regretté Georges Liébert (1943-2025) avait jadis consacré au sujet un ouvrage devenu un classique :

On ne sera pas surpris que ce soit l’excellent Christian Merlin, auteur d’un ouvrage de référence Au coeur de l’orchestre et d’émissions et podcasts sur France Musique, qui ait conçu ce dossier pour Diapason.

J’ai, sur ce blog, et même avant, souvent abordé le sujet du rôle, de la fonction, et finalement de l’image du chef d’orchestre (Suivez le chef).

Est-il encore ce personnage tout-puissant, ce dictateur en puissance, seul maître après Dieu des destinées de son orchestre ? Le titre de Diapason pourrait le laisser accroire : « Comment il a pris le pouvoir« . 

Depuis cinquante ans, la donne a complètement changé. Les dernières stars de la baguette ont presque toutes disparu : Karajan, Solti, Bernstein, Svetlanov, Abbado, Haitink. Ceux qui restent de ces générations glorieuses, Blomstedt, Dutoit, Mehta, Muti, offrent encore le témoignage précieux de leur art.

Mais il faut se résoudre à ce que l’équation un chef-un orchestre qui a si longtemps prévalu, n’existe plus, que les identités fortes qui ont caractérisé les grands orchestres durant près d’un siècle sont, sinon en passe de disparaître, du moins considérablement réduites par le turn over qui prévaut désormais dans la très grande majorité des phalanges symphoniques. Et que penser de ces chefs qui font le grand écart entre des formations qui n’ont rien en commun (Andris Nelsons à Leipzig et Boston, bientôt Klaus Mäkelä à Chicago et Amsterdam), que dire de ces orchestres même prestigieux, dont on serait en peine de faire la liste des derniers directeurs musicaux ? Dans la seule ville de Munich, qui pourrait, de but en blanc, citer sans se tromper les chefs qui se sont succédé à la tête de l’orchestre de la radio bavaroise d’une part, de l’orchestre philharmonique de Munich (Münchner Philharmoniker) d’autre part ?

Pour le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, après les mandats du fondateur Eugen Jochum (1949-1960) et surtout Rafael Kubelik (1961-1979), leurs successeurs n’ont jamais duré plus de dix ans en poste : Colin Davis (1983-1992), Lorin Maazel (1993-2002), à l’exception de Mariss Jansons (2003-2019) qui cumulait – déjà – avec le Concertgebouw d’Amsterdam. C’est aujourd’hui Simon Rattle qui est aux commandes, après un long mandat à Berlin et un passage plus bref par Londres.

Quand aux voisins – les Münchner Philharmoniker – le turn over est plus visible, et parfois étonnant puisque Lorin Maazel, après un décennat à la Radio bavaroise, revient en 2012 chez l’autre orchestre, pour un mandat qui sera interrompu par le décès du chef le 13 juillet 2014. Depuis Sergiu Celibidache (1979-1996), ce ne sont pas pas moins de cinq chefs certes prestigieux qui se sont succédé sans qu’on comprenne bien la logique de ces nominations et qu’on mesure leur apport artistique : James Levine (1999-2004), Christian Thielemann (2004-2011), Lorin Maazel (2012-2014), Valery Gergiev (2015-2022, mandat interrompu par le limogeage du chef, à la suite de l’intervention de la Russie en Ukraine), Lahav Shani nommé en 2023 pour prendre ses fonctions à l’automne 2026.

Je ne reviens pas sur les processus de nomination des chefs (Le choix d’un chef) qui varient d’un orchestre à l’autre. Je n’évoque pas non plus – parce que je suis tenu au secret professionnel en raison de mes fonctions passées) la question qui ne devrait plus être passée sous silence, dans les pays où existe encore un service public de la culture, une politique culturelle publique : la rémunération des chefs d’orchestre. Aux Etats-Unis, la transparence est de mise, puisque ce sont des fondations de droit privé qui gèrent les grandes phalanges. En France, c’est secret d’Etat, et c’est souvent au petit bonheur la chance, en fonction de la pression des agents, des influences réelles ou supposées sur les décideurs.

A propos du « pouvoir » du chef, la réalité se niche souvent, presque toujours, dans les détails du contrat qui le lie à son orchestre, et c’est bien de là que naissent les problèmes en cours de mandat. J’ai déjà raconté ici les raisons de la brièveté du mandat de l’un des directeurs musicaux que j’avais engagés à Liège.

Quant à la nomination annoncée tout récemment par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef, celle de Semyon Bychkov, elle ne manque pas d’interroger, quand on sait que celui qui occupa la même fonction à l’Orchestre de Paris de 1989 à 1998, aura 75 ans en 2028 ! Contraste avec le « coup » qu’avait frappé Alexander Neef en annonçant l’arrivée de Gustavo Dudamel en 2021, qui démissionnera moins de deux ans plus tard !

Le Nouvel an de Yannick Nézet-Séguin

Dans l’avion de retour de Vienne le 1er janvier, je n’avais pas pu suivre le concert de Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin (Dudamel, lui, c’était en 2017, et il n’a pas été réinvité depuis…). J’avais lu quelques critiques assez méchantes, pas très tendres en tout cas. Alors j’ai commencé par écouter le concert, en m’attardant sur des oeuvres qui sont mes points de repère lorsque je veux juger d’un chef dans ce répertoire (ainsi les valses Roses du Sud et bien sûr Le beau Danube bleu) j’ai été plus qu’agréablement surpris. Il y a bien ici et là quelques coquetteries, mais stylistiquement c’est un sans faute.

Je peux comprendre que notre Québécois irrite, voire dérange, par l’exubérance de sa gestique, sa tenue, ses mimiques, et que certains en soient restés à cela pour critiquer sa prestation, mais le résultat est là. Et avec le recul 2026 me semble être un bon cru.

Et toujours humeurs et faits du jour dans mes brèves de blog

Premières notes

J’en conviens, je suis en panne d’originalité pour intituler ce billet, mais tout comme j’ai fait mon bilan personnel des meilleures notes de 2025, je m’autorise à évoquer les musiques que j’ai entendues, parfois vues, ces tout premiers jours de 2026.

Il y a les spectacles dont j’ai déjà parlé à Vienne (Hänsel und Gretel, La Chauve-Souris) et dont Bachtrack a publié mes critiques hier :

L’enchantement des contes de l’enfance

C’est en repensant à ce beau spectacle, et au magnifique duo du 2e acte, la prière des enfants, que j’ai choisi cette dernière pour accompagner la cérémonie d’adieu à ma mère qui a eu lieu hier à Nîmes (L’adieu).

Une inaltérable Chauve-Souris à l’opéra de Vienne

Avec la prise de rôle sur scène de Jonas Kaufmann en Gabriel von Eisenstein.

J’aurais pu aussi choisir ce moment qui me bouleverse toujours dans le 2e acte de La Chauve-Souris, la toute fin en particulier…

Je n’ai pas pu assister même à une répétition du concert du Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Je ne sais si je dois le regretter, à lire les commentaires pour le moins divergents qui se sont exprimés ici et là.

En revanche, j’étais dimanche après-midi à Radio France pour une IXe symphonie de Beethoven devenue traditionnelle en début d’année depuis que Mikko Franck avait décidé, en 2018, d’importer à Paris une habitude séculaire dans les pays germaniques. On peut réécouter le concert sur France Musique et lire ma critique sur Bachtrack : La Neuvième démonumentalisée de Maxim Emelyanychev à Radio France.

Restes de Vienne

D’ordinaire je revenais de Vienne la valise chargée de CD, parfois de DVD et de partitions. Cette fois-ci bien maigre pitance trouvée dans les rayons clairsemés du magasin au rez-de-chaussée de la Haus der Musik.

Je me demande bien quand et si Eric Leinsdorf (1912-1993) bénéficiera un jour d’une réédition de son legs discographique, qui a le malheur – pour nous – d’être éclaté entre plusieurs labels, plusieurs pays. Je guette ses enregistrements réalisés à l’ère de la première stéréo à Los Angeles dans un full dimensional sound :

Je ne connaissais pas le disque d’Anja Harteros, que j’aimerais voir plus souvent sur scène

Quant à la série lancée par Deutsche Grammophon pour le téléchargement de concerts « live » elle a fait long feu, mais on en trouve encore ici et là des échos… en CD. Et ce concert de Lorin Maazel à New York fait partie de ses réussites.

Pour compléter la discographie de Christoph von Dohnanyi (1929-2025), il faut chérir et rechercher ses ultimes enregistrements avec le Philharmonia de Londres. Je suis content d’avoir trouvé à Vienne ce double CD, qui me semble comme un accomplissement.

Dans une prochaine brève de blog, je ne manquerai pas d’évoquer la nomination plutôt surprenante annoncée hier par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef.

Vienne, Klimt, Schiele et la musique

J’aurais pu donner à ce billet le même titre qu’à celui que j’ai écrit en février 2017 : Wien, nur du allein. Ce nouveau séjour (Vienne sur son 31), presque neuf ans plus tard, a été l’occasion de voir et revoir ces lieux où vivent si fort les témoignages de l’histoire culturelle de Vienne.

Musée Leopold

Je n’avais pas eu le temps, lors de mes précédentes visites, de prendre mon temps pour visiter l’un des plus intéressants musées de Vienne, le musée Leopold, qui se targue – à juste titre – de posséder la plus grande collection d’oeuvres d’ Egon Schiele, et de montrer dans toutes ses dimensions l’impressionnante vitalité culturelle de la Vienne du tournant du siècle.

On trouvera dans mon album photo – Vienne Leopold Museum – une petite partie des trésors du musée.

Evidemment, l’émotion vous saisit devant certains chefs-d’oeuvre comme ce Tod und Leben de Klimt ou cette audacieuse Caresse (Le cardinal et la nonne) de Schiele

La musique est partout dans ce musée, comme dans les rues de Vienne.

Liaison fatale

On reste pas très convaincu des talents de peintre de Schoenberg : ici sa femme Mathilde et son autoportrait (1910)

En revanche, j’avoue avoir découvert au musée Leopold, et le peintre Richard Gerstl (1883-1908) et l’aventure fatale qui l’a lié au couple Schoenberg, et à Mathilde en particulier. Une aventure qui a conduit le jeune peintre au suicide et aurait été à l’origine de changements radicaux dans l’inspiration du compositeur si l’on en croit cet article (Mathilde Schoenberg and Richard Gerstl 
Muse and Femme Fatale
)

Richard Gerstl, Portrait de Mathilde Schoenberg, 1908

À ceux qui l’ignoreraient, l’une des salles du musée Leopold rappelle que Schoenberg, comme ses amis Berg et Webern ont gagné quelque argent en transcrivant des valses de Johann Strauss.

L’inspiration Wagner

On n’est pas surpris, au musée Leopold, de voir évoquée la figure d’Otto Wagner (1841-1918), le célèbre architecte qui est, avec Klimt, Moser, Josef Hoffmann entre autres, l’initiateur du mouvement Secession.

La maison aux médaillons (1898) sur la Wiener Linkzeile (à quelques mètres du Theater an der Wien)

mais l’autre Wagner, Richard, occupe aussi une place de choix avec des compositions inattendues.

J’ai une tendresse particulière pour ce Schubert au piano de Klimt (1898) qui devait faire partie du décor de la salle de musique du palais du riche industriel Nikolaus Dumba

Comme je l’ai déjà relevé (voir Vienne sur son 31) les références à la musique sont innombrables au musée Leopold.

Menaces

Pas de visite à Vienne sans passer par la Dorotheengasse, et ses deux adresses incontournables, le café Hawelka, inatteignable cette fois-ici mais où l’on se souvient jadis avoir été accueilli par Leopold Hawelka en personne, et le magasin de musique Doblinger.

J’avais lu que cette vénérable et indispensable institution viennoise (lire l’article Doblinger menacée) risquait de devoir fermer avant la fin de l’année 2025. Mercredi dernier au matin, les portes étaient closes…

On ne parle même pas de la disparition des magasins de disques…Ne subsiste plus que celui qui est installé au rez-de-chaussée de la Haus der Musik, mais les rayons dégarnis et les bacs de CD soldés ne laissent rien présager de bon…

Pour les humeurs et bonheurs du moment, suivre mes brèves de blog !

Vienne sur son 31

Retour à Vienne pour cette fin d’année 2025 (voir ma brève de blog). Je n’ai pas fait le compte des occurrences Vienne sur ce blog, mais elles sont nombreuses. En revanche, je n’étais jamais venu à cette période de l’année, et je constate depuis trois jours que je ne suis pas le seul à avoir eu l’idée. Les hôtels sont pleins, les restaurants aussi, sans parler des cafés et autres adresses un peu connues de Vienne : Le froid vif ne dissuade pas des centaines de touristes de faire la queue pour tenter d’obtenir une place.

Devant la célèbre pâtisserie Demel
Devant la Hofburg.

Deux soirs à l’opéra

Pour et grâce à Bachtrack, j’ai pu et pourrai voir deux spectacles à l’opéra de Vienne. Lundi soir c’était Hänsel und Gretel d’Humperdinck, un classique des fêtes de fin d’année surtout en pays germaniques (lire ma critique sur Bachtrack : L’enchantement des contes de l’enfance à Vienne)

Ce soir, une Chauve-Souris doublement exceptionnelle, puisqu’elle marque la clôture de l’année Strauss (voir Sang viennois) et parce que Jonas Kaufmann y chante pour la première fois Eisenstein…

Compte-rendu à lire sur Bachtrack : Une inaltérable Chauve-Souris à l’opéra de Vienne

La musique est partout

Même après avoir parcouru la ville – qui n’est pas très grande – de long en large, on découvre toujours une maison, un palais, un jardin où la musique est présente.

En visitant le Musée Leopold – on y consacrera tout un article – on tombe sur des documents exceptionnels, comme ce programme de concert de 1905.

C’est ce document qui est à l’origine du formidable travail d’Olivier Lalane, que j’avais salué il y a quelques mois (Les défricheurs) et que, depuis, la presse internationale honore et récompense à juste titre, puisqu’il s’agit rien moins que la redécouverte d’un compositeur Oskar Posa, qui comme on le voit, créait ses propres oeuvres entre la Seejungfrau de Zemlinsky et Pelléas et Melissande de Schoenberg !

D’autres nouvelles de Vienne à suivre… l’année prochaine et/ou dans mes brèves de blog