Sous les pavés la musique (X) : Igor Markevitch chez Deutsche Grammophon

Et voilà la suite de Igor Markevitch la collection Philips (lire Sous les pavés la musique IX). A la différence du coffret Eloquence Philips, ce nouveau coffret Eloquence ne recèle pas d’inédit ou de rareté. Tous les disques réunis ici avaient déjà été réédités séparément ou en de petits coffrets, sauf peut-être les symphonies de Beethoven (il y en a une partie ici, l’autre partie dans le coffret Philips, et l’ensemble était disponible dans un coffret DG japonais, trouvable aussi en Allemagne)

Références et raretés

Quatre grandes périodes d’enregistrement pour la marque jaune :

  • de 1953 à 1955 avec l’Orchestre philharmonique de Berlin, des versions bien connues de Berlioz (une première Fantastique ainsi qu’Harold en Italie), de Tchaikovski (la Pathétique), mais surtout les 3ème et 4ème symphonies de Berwald (pour les Berliner un coup unique!), et les 3ème et 4ème de Schubert, qui étaient de vraies raretés au disque.
  • à New York à peu près à la même époque, un orchestre constitué pour la circonstance (en fait des musiciens du Philharmonique) enregistre avec Markevitch deux symphonies de Beethoven (3 et 6) ainsi que la Première de Brahms
  • de 1957 à 1960, malheureusement trop souvent en mono (alors que les Américains et Decca enregistraient en stéréo depuis 1954), une série légendaire de captations avec l’orchestre des Concerts Lamoureux. Joyau de cette série, une Symphonie fantastique qui fait d’abord entendre la splendeur des vents français (ce basson !) et un chef qui fait du 4ème mouvement une véritable Marche au supplice (écoutez le terrifiant grincement du trombone basse, qui viendrait rappeler aux insouciants qu’il ne s’agit ni d’une marche triomphale ni d’une cavalerie légère !)
  • en 1965, les équipes de DG se transportent à Prague, pour nous offrir deux versions jamais démodées du requiem en ré mineur de Cherubini, et une étonnante Messe de Sainte-Cécile de Gounod avec un trio de chanteurs inattendus dans ce répertoire.

Un mot d’une oeuvre – Les Choéphores – de Darius Milhaud (lire l’excellent papier de Jean-Charles Hoffelé : Le chef-d’oeuvre de Darius) que j’ai toujours trouvée très.. datée. Ecrite en 1915 – c’est la mode des oeuvres avec récitant (Honegger – Le Roi David – Debussy – Le Martyre de Saint-Sébastien – Stravinsky – Oedipus Rex), elle n’a connu que deux versions au disque : celle de Markevitch en 1957 (mono), suivie de celle de Bernstein à New York en 1961 (stéréo)

CD 1 Cherubini: Requiem in D minor for male chorus & orchestra

  • Czech Philharmonic Chorus
  • Czech Philharmonic Orchestra
  • Igor Markevitch

Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’

  • Maria Stader (soprano), Oralia Dominguez (mezzo-soprano), Ernst Haefliger (tenor), Michel Roux,
  • Choeurs Elisabeth Brasseur
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 2 Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Symphony No. 35 in D major, K385 ‘Haffner’

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Gluck: Sinfonia in G major

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 3 Mozart: Bassoon Concerto in B flat major, K191

  • Maurice Allard (bassoon)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Haydn: Sinfonia Concertante in B flat major, Op. 84, Hob. I / 105

  • Georges Alès (violin), André Remond (cello), Émile Mayousse (oboe), Raymond Droulez (bassoon)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Cimarosa: Concerto in G major for two flutes

  • Aurèle Nicolet (flute), Fritz Demmler (flute)
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Schubert: Symphony No. 3 in D major, D200

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 4 Beethoven: Egmont Overture, Op. 84

Beethoven: Leonore Overture No. 3, Op. 72b

Beethoven: Fidelio Overture Op. 72c

Beethoven: Coriolan Overture, Op. 62

Beethoven: Zur Namensfeier overture, Op. 115

Beethoven: Consecration of the House Overture, Op. 124

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 5 Beethoven: Symphony No. 3 in E flat major, Op. 55 ‘Eroica’

  • Symphony of the Air
  • Igor Markevitch

CD 6 Beethoven: Symphony No. 6 in F major, Op. 68 ‘Pastoral’

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 7 Brahms: Symphony No. 1 in C minor, Op. 68

  • Symphony of the Air
  • Igor Markevitch

CD 8 Brahms: Symphony No. 4 in E minor, Op. 98

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Berlioz: Harold en Italie, Op. 16

  • Heinz Kirchner (viola)
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 9 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14

Cherubini: Anacréon Overture

Auber: La muette de Portici: Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 10-11 Berlioz: La Damnation de Faust, Op. 24

  • Richard Verreau (Faust), Consuelo Rubio (Marguerite), Michel Roux (Méphistophélès), Pierre Mollet (Brander)
  • Chœurs Elisabeth Brasseur, Chœur d’Enfants de la RTF
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 12 Gounod: Symphony No. 2 in E flat

Bizet: Jeux d’enfants (Petite Suite), Op. 22

Debussy: La Mer

Debussy: Danses sacrée et profane

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 13 Rimski Korsakov: Russian Easter Festival Overture, Op. 3

Rimski Korsakov: May Night Overtur

Rimski Korsakov: Le Coq d’Or Suite

Borodin: In the Steppes of Central Asi

Liadov: From the Apocalypse, Op. 66

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 14 Tchaikovski: Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Tchaikovski: Francesca da Rimini, Op. 32

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 15 Wagner: Lohengrin: Prelude to Act 3

Wagner: Parsifal: Prelude to Act 3

Wagner: Tannhäuser: Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Wagner: Tannhäuser: Venusberg Music (bacchanale)

Wagner: Siegfried Idyll

Wagner: Die Walküre: Ride of the Valkyries

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 16 Milhaud: Les Choéphores, Op. 24

  • Genevieve Moizan (soprano), Hélène Bouvier (mezzo-soprano), Heinz Rehfuss (baritone)
  • Chorale de l’Université de Paris
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Honegger: Symphony No. 5 ‘Di tre re’

Roussel: Bacchus et Ariane, Op. 43 – Suite No. 2

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 17 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14

Moussorgski/Ravel: Pictures at an Exhibition

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 18 Berwald: Symphony No. 3 in C major ‘Sinfonie singulière’

Berwald: Symphony No. 4 in E flat major ‘Sinfonie naïve’

Schubert: Symphony No. 4 in C minor, D417 ‘Tragic’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 19-20 Haydn: Die Schöpfung

  • Irmgard Seefried, Richard Holm, Kim Borg, Chor der St Hedwigs-Kathedrale
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’

  • Maria Stader, Sieglinde Wagner, Helmut Krebs, Josef Greindl, Chor der St Hedwigs-Kathedrale
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 21 Gounod: Messe solennelle de Ste Cécile

  • Irmgard Seefried, Gerhard Stolze, Hermann Ute, Czech Philharmonic Chorus
  • Czech Philharmonic Orchestra
  • Igor Markevitch

Les inattendus (V) : Armin Jordan et Schumann

Voilà déjà quinze ans qu’Armin Jordan (1932-2006) nous a quittés. C’était le 20 septembre, quatre mois après le dernier concert qu’il avait dirigé à Liège et un programme prémonitoire : Les Illuminations de Britten, et la 4ème symphonie de Mahler et son Lied final ‘La vie céleste », chantés par Sophie Karthäuser.

Warner a publié en 2016 un beau coffret reprenant la quasi-totalité des enregistrements de musique française du chef suisse (lire Etat de grâce), mais ce serait absurde de réduire la stature et la carrière d’Armin Jordan à celle d’un interprète privilégié des Français. On doute que Warner complète un jour ce premier coffret par un second où auraient toute leur place les Schubert, Schumann, Mahler (Jordan a quasiment gravé tout le cycle des symphonies), Zemlinsky, Dvorak (déjà évoqué cet été : Armin Jordan et Teresa Zylis-Gara), Mozart bien sûr, Haydn, Wagner, etc….

Dans la discographie abondante d’Armin Jordan, on cite rarement de magnifiques enregistrements des quatre symphonies de Schumann – captées dans la foulée d’une tournée en 1989 au cours de laquelle il avait dirigé la deuxième symphonie, ainsi que Le Paradis et la Péri.

Dans les symphonies, les amateurs d’aspérités et de coups de boutoir façon Currentzis comme les adeptes d’une vision hédoniste alla Muti seront déçus. Ceux qui aiment une authentique poésie d’orchestre, les humeurs changeantes d’un Schumann qui, contrairement à une mauvaise légende, sait écrire pour l’orchestre, ceux-là adoreront l’élan, la fluidité, la lumière des lectures du chef suisse.

Et puis – j’y reviens souvent – s’il y a UN disque qui devrait figurer dans toute discothèque, c’est bien l’enregistrement, pour moi jamais surpassé, de la Messe n°6 D 950 de Schubert. Comment ne pas être bouleversé par cet Incarnatus est, où la soprano – Audrey Michael – et les deux ténors – Aldo Baldin et Christoph Homberger se refusent à l’effet pour dire la simple prière d’un Schubert bientôt à l’agonie…

Les chefs de l’été (VIII) : Boulez, Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert

Si l’association Haydn/Ansermet (voir Les chefs de l’été III) n’était pas la plus attendue, on imagine encore moins Pierre Boulez, l’un des interprètes majeurs de la modernité du XXème siècle, diriger Haydn ou Mozart. Ni même Beethoven et Schubert.

Et pourtant l’un des tout premiers disques du compositeur et chef français, disparu en 2016, est à tous égards une curiosité : les quatre premiers concertos pour piano de Mozart, enregistrés pour Vega en 1956, avec l’orchestre du Domaine musical, et surtout Yvonne Loriod

Une curiosité !

Pierre Boulez accompagnera, à plusieurs reprises, de grand(e)s solistes, dans des concertos de Mozart

J’avais assisté à un concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées, le 24 mars 1996. Pierre Boulez y dirigeait la Cinquième symphonie de Mahler, et en première partie, la Symphonie n°104 de Haydn.

L’Orchestre viennois a réédité un coffret de quelques-uns des concerts Haydn donnés par les Wiener Philharmoniker. La 104 « boulezienne » n’a pas marqué les mémoires…

Tout aussi « classique », une symphonie n°103 captée à Chicago en 2003 n’intéresserait pas beaucoup l’auditeur si le nom de Boulez n’y était associé.

L’éditeur québécois Yves St.Laurent – le parfait homonyme du couturier français – s’est spécialisé dans l’édition de bandes radio, avec un soin tout particulier, et c’est avec autant de surprise que de curiosité qu’on découvre dans son catalogue (www.78experience.com) plusieurs « live » du chef français du temps qu’il était directeur musical de l’orchestre de Cleveland, et même avant à New York, où il devait se forcer à diriger du répertoire classique pour complaire au public (et aux sponsors!). Des Beethoven, même du Schubert, souvent neutres, voire raides (le menuet de la Troisième symphonie !)

On trouve sur YouTube une 9ème de Schubert captée à New York en 1976. Là encore une curiosité à défaut d’une référence !

Quant à Beethoven, je n’avais vraiment pas aimé une Cinquième symphonie gravée à New York (et rééditée dans le coffret Sony/Boulez – voir détails ici). Le premier mouvement est rédhibitoire !

Depuis lors, plusieurs bandes de concerts sont disponibles sur YouTube. Lectures souvent « neutres », mais pouvant réserver quelques surprises. En tout cas, elles nous découvrent une part de l’art de Boulez chef d’orchestre, que l’intéressé lui-même a très rarement mise en valeur pour le public européen.

Que la fête commence !

Avant d’évoquer les premiers jours de fête du #FestivalRF21, une pensée amicale et solidaire pour tous mes amis de Liège et de Belgique, pour toutes les victimes des terribles inondations qui ont frappé l’est de la Belgique et la région de Cologne que je connais bien.

(La Meuse au centre de Liège il y a 3 jours / Photo G. Gilson sur Facebook)

Je sais que ni le courage ni la solidarité ne manqueront à ceux qui doivent maintenant réparer, nettoyer, restaurer…

Chaque concert est une fête

Entre une proclamation, une promesse, et la réalité, il peut parfois y avoir un fossé. Le pari que nous avions fait en annonçant le 7 avril dernier une édition complète (155 concerts) du Festival Radio France Occitanie Montpellier est très largement relevé, comme en témoignent les premiers jours du Festival.

Avant-hier matin, au micro de Clément Rochefort sur France Musique, c’est ce que j’affirmais : Chaque concert est une fête, la musique est une fête !.

Dimanche soir à Saussan, le quatuor Alborea enchantait la petite église du village pleine comme un oeuf.

Mardi matin, j’étais heureux de retrouver « en vrai » les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Michael Schonwandt pour la première répétition de leur concert de ce soir

Mercredi jour de fête nationale, on y était enfin, sur la place de l’Hôtel de Ville de Montpellier, après un montage compliqué.

(Le maire de Montpellier, Michael Delafosse, ouvre le concert du 14 juillet sur le parvis de l’Hôtel de Ville)

(de gauche à droite les artistes du 14 juillet : Isabelle Georges, Roland Romanelli, Claude Salmieri, Benoît Dunoyer de Segonzac, Frederik Steenbrink)

Après le feu d’artifice républicain du 14 juillet, les Feux d’artifice royaux de Haendel tirés par un Hervé Niquet en pleine forme à la tête des choeurs et de l’orchestre du Concert spirituel.

Mais avant le concert du soir, le festival offrait, comme chaque année, deux concerts, les « Découvertes » à 12h30, « Musique ensemble » à 18 h. Honneur d’abord au Quatuor Hanson qui ouvrait le feu salle Pasteur…

et à 18h ma très chère Sophie Karthäuser, et un autre ami cher, Cédric Tiberghien, que je n’avais plus revus, l’une et l’autre, depuis quelques années déjà.

Hier soir, très attendus par le millier de spectateurs réunis à l’opéra Berlioz (la jauge maximale que nous avions retenue pour éviter le recours au pass sanitaire), Renaud Capuçon et Michel Dalberto ont donné un programme plus que rare, devant une salle impressionnante de silence et de concentration. Un concert à réécouter sur francemusique.fr

Un copieux programme attend les festivaliers ce week-end, à découvrir ici.

Des morts vivants

La chronique mortuaire est l’une de celles qui ne risque pas de tarir. J’évite pourtant de faire de ce journal un obituaire.

Deux disparitions cette semaine qui marquent plus que d’autres. Mais l’art d’une interprète comme Jeanne Lamon, l’artisanat d’un éditeur comme René Gambini demeurent bien vivants.

Jeanne Lamon (1949-2021)

C’est un nom que les discophiles comme moi connaissaient depuis longtemps, mais on doute que sa disparition ait ému le monde musical européen : Jeanne Lamon, violoniste, cheffe d’orchestre canadienne, associée à l’ensemble Tafelmusik de Toronto, est morte à 71 ans le 20 juin dernier. C’est grâce à elle – même si elle partagea la direction de l’ensemble avec Bruno Weil – que s’est constituée une formidable discographie.

René Gambini

(Le couple Gambini, René et Suzanne, créateurs du label Lyrinx)

La disparition, mardi dernier, à 86 ans de René Gambini signe la fin d’une histoire, aussi féconde que romanesque, celle de ces couples d’artisans du disque – une spécificité française ? – qui ont forgé les catalogues les plus originaux de ces soixante-dix dernières années : Michel et Françoise Garcin pour Erato,

Eva et Bernard Coutaz pour Harmonia Mundi, et les Marseillais Suzanne et René Gambini pour Lyrinx

Le label est fondé en 1976 par René Gambini2 par un premier disque, La Nuit transfigurée de Schönberg, interprété par les Solistes de Marseille.

Le label s’est fait rapidement connaître au Japon et aux États-Unis par des prises de son naturelles, sans artifice, utilisant deux microphones et une électronique à tubes spécifiquement construite pour les besoins du label, dans des conditions de concert public.

Dans les années 1980 Lyrinx a attendu autant que possible avant d’abandonner le vinyle et de passer au format CD, la technologie de ce dernier n’étant selon nombre de spécialistes pas aboutie.

En 1998, à la suite de la présentation par Sony, dans les studios d’Abbey Road, du nouveau support numérique Super Audio CD (SACD) basé sur la technologie de numérisation Direct Stream Digital (DSD), Lyrinx s’est vu mettre à sa disposition du matériel expérimental, afin de le tester… le label réalise alors tous ses enregistrements en DSD stéréo depuis 1998, et en DSD « multichannel » (surround) depuis janvier 2001, devenant ainsi le premier éditeur français à utiliser cette technologie, et l’un des tout premiers dans le monde.

Lyrinx, c’est surtout pour les mélomanes, amateurs de beau piano, que nous sommes, une famille d’artistes, surtout des pianistes, réunie par Suzanne et René Gambini. La fidélité à des personnalités originales, singulières.

Parmi tous ces artistes, une tendresse particulière pour la si regrettée Catherine Collard (1947-1993) et ses Schumann d’anthologie, plusieurs ont fait les beaux soirs ou vont faire ceux l’été prochain du Festival Radio France, Muza Rubackyte, Vittorio Forte, Ingmar Lazar..

Menuhin ou le chef oublié

En 2016, à l’occasion du centenaire de sa naissance, on a abondamment célébré Yehudi Menuhin (lire Quelque chose de Menuhin), Menuhin le violoniste.

Et à peu près complètement occulté Menuhin le chef d’orchestre !

Mozart

Dans le numéro de juin de Diapason, c’est pourtant Yehudi Menuhin chef d’orchestre qu’Hugues Mousseau a retenu pour son papier très documenté sur l’interprétation et la discographie d’un tube du répertoire d’orchestre, la symphonie n°41 dite « Jupiter » de Mozart.

Hugues Mousseau écrit ceci : « Menuhin trouve dans le Sinfonia Varsovia (Virgin, 1989) un ensemble servant à merveille l’effervescence de son approche. À un Allegro vivace dont la virulence prend appui sur une imparable pureté de style, répond un Andante cantabile aux contours fuyants, exempt de cette componction dans laquelle l’engluent tant de chefs. Après un Menuetto qui captive par sa rumeur de plein air, le Molto allegro tient toutes les promesses du premier mouvement : il exulte, rayonne, Menuhin y exalte l’esprit des Lumières. »

On retrouve les mêmes qualités, le même esprit dans une série magnifique d’enregistrements (ouvertures, symphonies 35 à 41, concertos) réalisés par Yehudi Menuhin à la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne et du Sinfonia Varsovia. Dans un coffret heureusement disponible.

À 79 ans, Yehudi Menuhin n’avait rien perdu de cette vision lumineuse, juvénile, de Mozart comme en témoigne ce rare document de concert :

Schubert

J’ai déjà évoqué les deux intégrales des symphonies de Schubert, gravées à vingt d’ans d’intervalle, qui, j’en suis sûr à peu près certain, tiendraient les premières places lors d’une écoute comparée à l’aveugle (lire Schubert à Santorin)

« …d’autres pépites de ce coffret ravivent le souvenir d’un musicien – Yehudi Menuhin – qui m’a toujours plus convaincu comme chef.. que comme violoniste (en tous cas dans les trente dernières années de sa carrière). Notamment dans une intégrale des symphonies de Schubert, gravée dans les années 60 avec la crème des musiciens londoniens (réunis sous l’appellation de Menuhin Festival !).
Je possède et connais nombre d’intégrales de ces symphonies (presque toutes ?). Je me demande si celle-ci (à ne pas confondre avec celle que Menuhin a faite, vingt ans plus tard, avec le Sinfonia Varsovia) n’est pas tout simplement idéale : juvénile, tendre, vraiment romantique dans les premières symphonies, et que tout cela chante, dans des tempi parfaitement équilibrés. Qu’on en juge :

Là où tant de chefs plombent la 4ème symphonie – impressionnés par son surnom de Tragique ? Menuhin, des années avant Harnoncourt et ses audaces, fait virevolter le troisième mouvement, un authentique scherzo

Dans la 9ème symphonie, elle aussi trop souvent longue, et si peu divine, sous maintes baguettes illustres (cf. les « divines longueurs » dont l’aurait gratifiée Schumann), on entend ici un 1er mouvement qui chante et vit dès la première phrase du cor et s’anime prodigieusement pour ne jamais laisser retomber l’intérêt.

Retour à la première symphonie, et à son 2ème mouvement, un authentique andante schubertien, qui avance d’un bon pas, danse et musarde dans l’insouciance

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La seconde intégrale avec le Sinfonia Varsovia est du même niveau… elle est devenue introuvable !

Beethoven

Menuhin dirigeant Beethoven, c’est l’un de mes grands souvenirs du Festival Radio France à Montpellier en 1996. Pour les 80 ans du violoniste/chef, invitation lui avait été faite de diriger l’intégrale des 9 symphonies avec le Sinfonia Varsovia.

Intégrale splendide parue d’abord sous étiquette IMG, puis reprise dans la collection Apex. Devenue elle aussi introuvable !

Même pour le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven (lire Beethoven 250) personne n’a songé à les rééditer

Nielsen, Vaughan-Williams, Wagner…

Mais Lord Menuhin ne s’est pas arrêté aux grands classiques.

Menuhin a laissé des versions – bien entendu jamais citées nulle part ! – éloquentes, creusées, chaleureuses, de deux monuments si difficiles à bien réussir, la Siegfried Idyll de Wagner et la Nuit transfigurée de Schoenberg.

Quand Yehudi Menuhin se met à Dvořák, il donne l’une des versions les plus inspirées – et Dieu sait si les références abondent ! – de la 8ème symphonie (la Sérénade pour cordes n’est pas mal non plus)

Pour celui qui peut se targuer d’avoir enregistré son concerto sous la baguette du compositeur,

Elgar n’a pas de secret. Il donne des deux symphonies des versions puissamment lyriques, mais évitant tout empois victorien.

Alors ? Menuhin chef négligeable, médiocre ?

Peut-on demander à Warner de nous redonner, dans un coffret complet, ces trésors qui, à quelques exceptions près, dorment dans les archives ou ne se trouvent qu’au compte-gouttes chez des vendeurs de seconde main ?

Le beau portrait discographique qui a été réalisé en 2016 pour le centenaire du violoniste serait enfin complété.. et justifié !

Laredo vous allez l’adorer

Prononcés à la française, c’est un prénom et un nom qui signent un destin : Jaime Laredo !

Avec un tel patronyme, il était inimaginable que celui qui a fêté son 80ème anniversaire le 7 juin dernier n’embrassât pas une carrière musicale ! Sony le célèbre en publiant un coffret de 22 CD (pochettes originales)

Ce nom ne m’est pas inconnu, loin s’en faut, mais sans doute n’aurais-je pas regardé de plus près sa biographie sans ce coffret. J’ai souvent vu son nom sur des disques de musique de chambre, mais toujours en retrait de stars comme Isaac Stern, Rudolf Serkin ou Yo Yo Ma.

Le pedigree de Jaime Laredo ne laisse pourtant pas d’impressionner: né le 7 juin 1941 à Cochabamba en Bolivie, le jeune violoniste s’installe aux Etats-Unis dès 1948, pour se former auprès de prestigieux aînés, Joseph Gingold puis Ivan Galamian au Curtis Institute de Philadelphie.

À 17 ans, il remporte le premier prix du Concours Reine Elisabeth (photo ci-dessous)

Distinction qui lance sa carrière internationale, une carrière qui restera tout de même largement circonscrite au continent américain. Pédagogue recherché, chef d’orchestre, Jaime Laredo restera comme un admirable chambriste, pilier du festival de Marlboro, comme en témoigne abondamment sa discographie et ce coffret en particulier.

Portrait d’un musicien bien vivant et qu’on redécouvre avec beaucoup de bonheur :

Détails du coffret :

CD 1 Un disque « carte de visite » enregistré dans la foulée de son succès au concours Reine Elisabeth (Vivaldi, Wieniawski, Paganini, Debussy…)

CD 2 Brahms : Sonate pour violon et piano n°3 / Bach Partita n°3

CD 3 Bruch : Concerto pour violon n°1 / Mozart conc vl 3 (National Symphony, Howard Mitchell)

CD 4 Mendelssohn : conc vl / Bach conc vl 1041 (Boston Symphony, Charles Munch)

CD 5 Beethoven : Triple concerto (Rudolf Serkin, Leslie Parnas, Marlboro Festival, Alexander Schneider)

CD 6 Mendelssohn : Octuor (Marlboro ensemble) / Mozart Concertone 2 vl (Michael Tree, Marlboro Festival, Alexander Schneider)

CD 7 Schubert : Quintette La truite (Serkin, Laredo, Naegele, Parnas, Levine) / Mozart : Trio K 502 (Serkin, Laredo, Foley)

CD 8 Ravel : Trio (Ruth Laredo* piano, Solow), Sonate vl vlc (Parnas)

CD 9-10 : Bach sonates vl clav (Glenn Gould)

CD 11 Mendelssohn : Quintettes (Laredo, Kavafian, Ohyama, Kashkashian, Robinson)

CD 12-13 Brahms : Quatuors avec piano (Ax, Stern, Laredo, Ma)

CD 14 Schoenberg : Sérénade (Marlboro ensemble)

CD 15 Mozart : Symph conc / Concertone (Lin, Laredo, Leppard, English chamber orchestra) / Saint-George Symph conc (Laredo, Fried, Freeman, London symphony)

CD 16 Fauré : Quatuors piano (Ax, Stern, Laredo, Ma)

CD 17-18 Brahms : Sextuors (Stern, Lin, Laredo, Tree, Ma, Robinson)

CD 19 Beethoven : Quatuor p op 16 / Schumann : Quatuor p (Ax, Stern, Laredo, Ma)

CD 20 Schubert : Quintette / Boccherini : Quintette op 11/5 (Stern, Lin, Laredo, Ma, Robinson)

CD 21 Mozart ; Quatuors p (Ax, Stern, Laredo, Ma)

CD 22 Dvorak : Quatuor p op 87 (Ax, Stern, Laredo, Ma) / Korngold : Suite 2 vl vlc piano main gauche (Fleisher, Silverstein, Laredo, Ma)

*Ruth Meckler (1937-2005) avait épousé Jaime Laredo en 1960 (le violoniste avait tout juste 19 ans!) et en avait divorcé en 1974. En 1977 Jaime Laredo épousait la violoncelliste Sharon Robinson.

Marché de printemps

J’ai quelques amis fous… de musique et surtout de disques, vinyles et CD. J’en ai d’autres qui ont numérisé toute leur discothèque. J’ai adopté, pour ma part, une position… centriste ! Tout est affaire de place et d’utilité.

J’ai donné l’essentiel de mes 33 tours, n’en conservant que ceux qui avaient une valeur affective ou un caractère de rareté et qui n’ont pas été reportés en CD. Quant aux CD, j’adopte la même attitude. Comme la mode est, depuis quelques années, chez les majors à la réédition en coffrets exhaustifs, en général bien documentés, je n’hésite pas à libérer les rayons de ma discothèque.

Passage culturel

Durant le « pont » de l’Ascension, je suis passé par Cholet, aimable chef-lieu d’arrondissement dont je ne connaissais que les… mouchoirs, où j’ai découvert, en plein centre ville, au rez-de-chaussée de l’ancien théâtre, une belle et grande surface culturelle, le Passage culturel

Et un rayon disques classiques qui en remontrerait à plus d’une FNAC…où j’ai trouvé, à prix cassé, quelques galettes qui m’avaient échappé.

Le disque d’Olivier Latry a un intérêt désormais historique, puisque c’est le dernier à avoir été enregistré sur les grandes orgues de Notre-Dame de Paris, avant l’incendie de la cathédrale le 15 avril 2019 !

Melomania

Les Parisiens, privés de leurs grandes « surfaces culturelles » pour cause de confinement, devraient être plus nombreux à fréquenter le seul disquaire spécialisé dans le classique dans la capitale, l’incontournable Melomania, situé au 38 boulevard Saint Germain, Paris 5ème.

On a toujours des chances d’y trouver le CD introuvable, des centaines de belles occasions, des imports japonais, des DVD jamais vus ailleurs.

Où l’on s’aperçoit que les chefs français ne sont pas les plus manchots pour diriger le répertoire classique viennois (mais Jean-Jacques Kantorow et Emmanuel Krivine ont en commun d’avoir été (EK) et d’être encore (JJK) des violonistes de premier rang… et d’avoir souvent enregistré ensemble !)

Martinon et Mackerrras

Les mêmes amis que je citais au début de ce billet lancent volontiers des discussions, parfois interminables, sur les mérites comparés de tel chef, telle version d’un chef-d’oeuvre, tel incunable. Je rentre rarement dans la mêlée, et je m’amuse le plus souvent de ces échanges parfois vifs, tranchés, définitifs, surtout lorsqu’ils proviennent de gens beaucoup trop jeunes pour avoir jamais entendu « en vrai » les chefs qu’ils révèrent ou détestent. Mais c’est la grande vertu du disque, et aujourd’hui de tous les documents disponibles en numérique, que d’abolir le temps et de nous rendre familiers, voire intimes, des interprètes que nous n’avons jamais connus.

Et c’est la grande vertu de ces débats – en général sur Facebook – que d’attirer l’attention – la mienne en tout cas – sur des versions qu’on a sinon oubliées, du moins un peu négligées.

Tom Deacon nous lançait récemment sur les grandes versions des symphonies d’Elgar, et chacun de citer les évidents Boult et Barbirolli. Jusqu’à ce que T.D. nous signale les introuvables versions de Charles Mackerras gravées pour Argo.

Des disques que je me rappelle très bien avoir eus dans ma discothèque… et qui en ont disparu, conséquence probable d’un déménagement.

Autre débat récent, à propos d’un Boléro de Ravel dirigé par Riccardo Chailly, diffusé ce dimanche sur Arte. Soporifique, sans élan, j’en passe et de meilleures ! Et plusieurs de citer comme une référence, l’exact contraire de Chailly, la version que Jean Martinon a gravée à Chicago en 1966, republiée dans un coffret RCA/Sony où tout est passionnant (détails à voir ici)

Parmi les pépites que contient ce coffret, j’ai envie de distinguer une flamboyante 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel et une véritablement « inextinguible » 4ème symphonie de Nielsen. Orchestre phénoménal, et prises de son exceptionnelles.

Bouquet de roses

Chacun a ses souvenirs de ce que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le 10 mai 1981. Les miens n’ont pas grand intérêt.

Mais il y a une fleur symbole de cette période – la cérémonie au Panthéon, les roses déposées par le nouveau président sur les tombeaux de Jean Moulin, Jean Jaurès et Victor Schoelcher.

On sait le peu d’appétence de François Mitterrand pour la musique – il avait bien d’autres qualités, littéraires notamment !

Alors, pour illustrer cet anniversaire, je préfère un bouquet de roses…musicales !

Richard Strauss

Le sublime finale à trois, puis à deux voix, du Chevalier à la rose (Der Rosenkavalier), l’ouvrage lyrique le plus célèbre de Richard Strauss, sur un livret de Hugo von Hofmannsthal (1911) : les voix mêlées d’Elisabeth Schwarzopf (la Maréchale), Christa Ludwig (le Chevalier) et Teresa Stich Randall (Sophie), dans l’enregistrement légendaire de 1956, Herbert von Karajan dirigeant le Philharmonia.

Mais aussi ce bouquet de roses (Das Rosenband) :

Schumann : Rose, mer et soleil

Pour mes amis de Montpellier en particulier, cette mélodie au titre si évocateur de Robert Schumann :

Du même Schumann, un ouvrage aujourd’hui un peu oublié, qui faisait partie du répertoire de toute bonne chorale allemande : Der Rose Pilgerfahrt / Le pélerinage de la rose (1851) sur un livret bien sentimental du poète lui aussi oublié Moritz Horn.

La rose selon Schubert

Il eût été surprenant que la rose n’inspire pas le prolifique Schubert. Ce Heidenröslein (La petite rose des champs) est un incontournable de nombreux récitals.

Mignonne la rose

Quel écolier ne se rappellera pas le plus célèbre poème de Ronsard (1524-1585) « Mignonne allons voir si la rose« , ici mis en musique par Guillaume Costeley (1531-1606) ?

Berlioz/Gautier : Le spectre de la rose

Berlioz bien sûr, et ces poèmes de Théophile Gautier rassemblés dans le plus beau cycle de mélodies françaises, les Nuits d’été (1841)

Mais les esprits mal tournés ne manqueront pas d’y voir une allégorie de la situation actuelle du parti de la rose au poing…

Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal
Tu me pris, encore emperlée
Des pleurs d’argent, de l’arrosoir
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir

O toi qui de ma mort fus cause
Sans que tu puisses le chasser
Toutes les nuits mon spectre rose
A ton chevet viendra danser
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe ni De profundis:
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis

Mon destin fut digne d’envie:
Et pour avoir un sort si beau
Plus d’un aurait donné sa vie
Car sur ton sein j’ai mon tombeau
Et sur l’albâtre où je repose
Un poëte avec un baiser
Écrivit: Ci-git une rose
Que tous les rois vont jalouser

Sur le même ton mélancolique, cette magnifique chanson de Françoise Hardy :

Peter le Suisse

Il est mort il y a vingt ans, le 16 avril 2001. Il n’a jamais été une star de la baguette, même s’il a attiré très tôt l’attention du public, de ses confrères chefs, par des dons précoces.

Peter Maag est l’un des rares chefs d’orchestre suisses, avec Ernest Ansermet, Armin Jordan ou Silvio Varviso à avoir fait une carrière internationale au XXème siècle. Né le 10 mai 1919 à Saint-Gall, il est mort à Vérone. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas le sens de l’auto-promotion et ne recherchait ni les honneurs ni les postes.

La collection Eloquence de Decca vient rappeler, en un coffret de 20 CD, l’originalité du talent de Peter Maag, des disques réalisés pour l’essentiel au début de sa carrière pour Decca ou, plus rarement, pour Deutsche Grammophon.

Mozart d’abord, dont Peter Maag fut l’un des hérauts. Malheureusement une discographie très hétérogène, avec des labels, des orchestres très divers.

Une leçon de style, comme dans Schubert, Mendelssohn ou Brahms.

Peter Maag n’a jamais eu de poste fixe, sauf à Berne dans les années 1990. Il était trop indépendant, ou trop dépendant de ses humeurs, refusant le poids de la célébrité. Après avoir triomphé à l’opéra au début des années 60, il se retire deux ans durant dans un monastère bouddhiste !

Maurizio Jacobi évoque de jolis souvenirs des dernières années italiennes de Peter Maag :

D’un point de vue artistique, il était certainement un grand chef d’orchestre ; quelques gestes, souvent sans baguette et avec des mains qui semblaient rétrécies ; mais des gestes essentiels et très clairs. Et puis, il avait un sens de la narration fluide et de la structure globale.
Il avait beaucoup de métier, mais c’était avant tout un artiste ; s’il n’était pas d’humeur, il semblait s’ennuyer ; d’où une certaine réputation de discontinuité, et pourtant il y avait toujours un moment où l’on avait l’impression, même dans les répertoires les plus connus, de découvrir des beautés que l’on n’avait jamais saisies auparavant : de vrais trucs de musicien.

Personnellement, je préfère encore cela à la perfection ou à l’exécution parfaite de chefs d’orchestre célèbres dirigeant des orchestres d’une impeccable froideur.
Maag en revanche ne dédaignait pas de diriger des orchestres « mineurs », dont il pouvait tirer un son bien à lui, transparent, jamais écrasant même dans les fortissimi.
Il cherchait un équilibre « mozartien » ; et justement, Mozart est un compositeur d’une mystérieuse ambiguïté, avec un risque très élevé d’interprétation incomplète ou de fausse représentation.
Avec Mozart notamment, Maag a atteint des sommets d’interprétation, anticipant même les critères philologiques actuels, qu’il n’appréciait pas particulièrement.
(in Wanderersite.com).

Merci à Cyrus Meher-Homji, le responsable de cette collection Eloquence, qui explore, remet au jour, revivifie des trésors parfois oubliés ou négligés de l’immense fonds Decca, Philipe ou Deutsche Grammophon.

C’est à lui qu’on doit ces 20 CD

Seule déception de ce coffret, le disque de concertos de Schumann et Chopin enregistré pourtant en 1962 – en stéréo – Londres par le magnifique pianiste chinois disparu il y a quelques mois, Fou Ts’ong. Prise de son très médiocre en mono ! Cyrus Meher-Homji a reconnu que les bandes originales avaient été perdues, et qu’il ne disposait que de cette prise.

Mozart: Serenade No. 4 in D major, K203 ‘Colloredo’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Serenade No. 9 in D major, K320 ‘Posthorn’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 28 in C major, K200

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 29 in A major, K201

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 32 in G major, K318

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Clarinet Concerto in A major, K622

  • Gervase de Peyer (clarinet)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Horn Concertos Nos. 1-4

  • Barry Tuckwell (horn)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Piano Concerto No. 13 in C major, K415

  • Julius Katchen (piano), Peter Maag
  • New Symphony Orchestra of London

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Julius Katchen (piano), New Symphony Orchestra of London, Peter Maag

Mozart: Violin Concerto No. 3 in G major, K216

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Adagio for Violin and Orchestra in E, K261

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Violin Concerto No. 5 in A major, K219 ‘Turkish’

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Rondo for Violin and Orchestra in C, K373

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Notturno in D major K286

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Serenade No. 6 in D major, K239 ‘Serenata Notturna’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Lucio Silla, K135: Overture

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Thamos, König in Ägypten, KV 345: four interludes

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K509

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K600

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (4), K602

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (3), K605

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Madamina, il catalogo è questo (from Don Giovanni)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Se vuol ballare (from Le nozze di Figaro)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Ah se in ciel, benigne stelle, K538

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Mass in C minor, K427 ‘Great’ – Et incarnatus est

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Exsultate, jubilate, K165 – Alleluia

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: Hebrides Overture, Op. 26

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream – incidental music, Op. 61

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Les Sylphides (arr.Douglas)

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Guillaume Tell Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La Cenerentola Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Semiramide Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La gazza ladra Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Delibes: La Source – suite

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Tchaikovsky: Piano Concerto No. 1 in B flat minor, Op. 23

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Grieg: Piano Concerto in A minor, Op. 16

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Paër: Leonora

  • Siegfried Jerusalem (tenor), Ursula Koszut, Giorgio Tadeo, Edita Gruberova (soprano), Peter Maag
  • Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks

Verdi: Luisa Miller

  • Montserrat Caballé (soprano), Luciano Pavarotti (tenor), Sherrill Milnes (baritone), Peter Maag
  • National Philharmonic Orchestra

Bellini: Oboe Concerto in E flat major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Salieri: Concerto in C major for flute & oboe

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Cimarosa: Oboe Concerto in C major / C minor

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Donizetti: Concertino for English horn and orchestra in G major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Dvořák: Violin Concerto in A minor, Op. 53

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Ravel: Tzigane

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Wagner: In fernem Land (from Lohengrin)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Inbrunst im Herzen (from Tannhäuser)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nur eine Waffe taugt (from Parsifal)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Winterstürme wichen dem Wonnemond (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Ein Schwert verhieß mir der Vater (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nothung! Nothung! Neidliches Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Hoho! Hoho! Hohei! Schmiede, mein Hammer, ein hartes Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Dass der mein Vater nicht ist (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Brünnhilde, heilige Braut! (from Götterdammerung)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Beethoven: Gott! Welch Dunkel hier! (from Fidelio)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Weber: Nein! länger trag’ ich nicht die Qualen…Durch die Wälder (from Der Freischütz)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Schumann: Piano Concerto in A minor, Op. 54

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra