From Scotland

J’ai salué la qualité exceptionnelle des musiciens que j’ai entendus durant mon récent séjour en Ecosse, ceux du Scottish Chambre Orchestra (Journal d’Ecosse Icomme ceux du Scottish Opera (Journal d’Ecosse II). 

Il faut ajouter deux grandes phalanges symphoniques, le Royal National Scottish Orchestra et le BBC Scottish Symphony Orchestra l’un et l’autre basés à Glasgow.

Petit tour d’horizon – non exhaustif – d’une discographie impressionnante.

Avec le Scottish Chamber, des disques qu’on aime particulièrement :

61lrLUj11nL._AC_SL1050_Clin d’oeil à trois artistes amis, dont ce fut l’unique enregistrement réalisé en Ecosse.

La période la plus faste, la plus intéressante aussi, du SCO en matière de disques, est sans conteste la décennie 90, avec la personnalité charismatique de Charles Mackerras (1925-2010)

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Dans Mozart, le vieux chef australien opère un retour aux sources, donne une énergie et des couleurs « historiquement informées » à un orchestre dont il allège les textures. Même métamorphose dans d’idéales symphonies de Brahms. Des gravures qui ont été peu remarquées par la critique continentale, et qui, pour certaines, ont longtemps été indisponibles à la suite de la faillite du label américain Telarc.

Son successeur, Robin Ticciati (2009-2018), laisse quelques enregistrements de belle venue, même si, dans Berlioz ou Brahms, on ne retrouve pas toujours l’inspiration de son aîné.

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71AUG7if8-L._AC_SL1200_On attend avec impatience la sortie, le 15 novembre, de la 9ème symphonie de Schubert, sous la houlette du tout jeune et nouveau directeur musical du Scottish Chamber Orchestra, le Russe Maxime Emelyanychev

 

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La discographie du Royal Scottish National Orchestra s’est considérablement développée lorsque Neeme Järvi en a tenu les rênes de 1984 à 1988.

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Une intégrale des poèmes symphoniques et des Lieder de Richard Strauss (avec Felicity Lott) que Chandos serait bien inspiré de nous proposer en coffrets.

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Autre période féconde pour l’orchestre, avec quelques disques remarquables, le mandat de Stéphane Denève (2005-2012).

La meilleure intégrale symphonique Roussel (lire Le marin musicienrécente

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81q6Ojw1jEL._SL1429_L’attachement du chef français au compositeur Guillaume Connesson est connu et le début d’une aventure discographique commune a eu lieu à Glasgow.

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La discographie du BBC Scottish est plus hétéroclite, plus orientée vers des répertoires moins courus (missions de service public des orchestres de la BBC !).

C’est à cet orchestre, conduit par le chef français Jean-Yves Ossonce, qu’on doit l’une des rares intégrales des symphonies de Magnard

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La grande Sophie

Mercredi soir, à l’Auditorium du Louvre, Julien Chauvin et son Concert de la Loge nous conviaient à un de ces programmes dont ils ont le secret : une des symphonies « parisiennes » de Haydn – la 84ème – entrecoupée d’airs, de scènes, d’extraits de ballets de quelques contemporains de l’illustre Viennois, habitués du Concert de la Loge olympique.

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Avec une invitée de grand luxe, la soprano belge, ma très chère Sophie Karthäuser.

(Extrait de l’opéra Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne, donné en bis à la fin du concert du 9 octobre 2019, à l’auditorium du Louvre)

Je connais Sophie Karthäuser depuis mon arrivée à la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège il y a vingt ans (lire Liège à l’unanimité).

Dès le printemps 2001, elle chante ses premières Nuits d’été de Berlioz aux côtés d’un jeune chef français Stéphane Denève  (lire Les Nouveaux modernes), en décembre de la même année, avec Louis Langrée devenu directeur musical de la phalange liégeoise en septembre, elle forme avec une autre toute jeune soprano belge, Céline Scheen, un duo de rêve, dans la Messe en ut mineur de Mozart.

Sophie retrouvera Louis Langrée un an plus tard dans le Requiem de Mozart, puis, en décembre 2004 à Bruxelles et à Liège, pour une Création de Haydn, restée dans toutes les mémoires (Werner Güra et Reinhard Hagen complétaient la distribution. Une Création restée dans la mémoire du public liégeois pour une autre raison : nous avions pris le parti d’illustrer l’oeuvre de Haydn au premier degré, et soumis à cette fin à un jeune photographe liégeois une idée simple. Pouvait-il trouver un homme et une femme jeunes qui accepteraient de poser, de dos, dans la tenue d’Adam et Eve ? Il en résulta une très belle photo qui s’afficha dans tout Liège. Qui me valut une ou deux lettres de vieux ronchons qui trouvaient que, tout de même, ce n’était pas « convenable », et, à l’inverse, un nombre considérable de félicitations. Certains s’étaient même demandé si le chef (Louis Langrée) et la soprano (Sophie Karthäuser) avaient servi de modèles, leurs noms étant imprimés sur l’affiche juste sous les pieds d’Adam et Eve !

Sophie Karthäuser revient à Liège fin mai 2006 pour un concert dont ni elle ni moi ne pouvions supposer que ce serait l’un des derniers que dirigerait Armin Jordan – disparu le 20 septembre 2006. Un programme prémonitoire, composé tout exprès pour la soprano et le chef suisse: Les Illuminations de Britten et la Quatrième symphonie de Mahler qui se conclut par cette mélodie, tirée du Knaben Wunderhorn, intitulée… la Vie céleste. La seule remémoration de cette soirée me bouleverse encore (Une soirée magique).

Dans les années qui suivront, les présences de la soprano s’espaceront un peu, en raison de ses engagements de plus en plus nombreux sur les grandes scènes d’opéra, mais le fil ne se distendra jamais entre l’OPRL et elle. Témoin ce concert de 2018 avec Christian Arming.

Je n’oublie pas que Sophie était présente à la soirée que les Liégeois avaient organisée, le 3 octobre 2014, pour mon départ de l’orchestre (Merci). 

Je n’oublie pas non plus cette représentation du Freischütz de Weber, dans la version française de Berlioz, que dirigeait John Eliot Gardiner à l’Opéra comique à Paris en mai 2011, où Sophie chantait admirablement le rôle d’Agathe. Ce fut la dernière fois que je vis Pierre Boulez, déjà très fatigué, mais la curiosité toujours en éveil.

On l’aura compris, j’ai pour Sophie Karthäuser une profonde affection, doublée d’une admiration sans bornes pour son art bien sûr, la sûreté et la sagesse avec laquelle elle mène une carrière exemplaire depuis plus de vingt ans. Sa discographie en témoigne éloquemment. Petit échantillon non exhaustif.

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Transatlantique : Paris-Cincinnati

Je me suis promis de retourner à Cincinnati – la première et la dernière fois c’était il y a 30 ans, en 1989, lors d’une tournée de l’Orchestre de la Suisse romande avec Armin Jordan.

Après Jesus Lopez-Cobos, Paavo Järvi, c’est le Français Louis Langrée qui est aux commandes de l’orchestre symphonique de Cincinnati depuis 2013. À défaut de pouvoir aller entendre la phalange américaine dans ses murs (et tenir ma promesse), j’ai pu assister, il y a déjà deux ans, le 8 septembre 2017, à la Seine Musicaleà un mémorable concert (La fête de l’orchestre):

…. »Une salle qui confirme ses qualités acoustiques, précision, chaleur, malgré l’effectif orchestral imposant du programme choisi par Louis Langrée et le Cincinnati Symphony Orchestrapour l’avant-dernier concert de leur triomphale tournée européenne : On the Waterfront de Bernstein, le Lincoln Portrait de Copland (une oeuvre créée par l’orchestre de Cincinnati et donnée ici dans sa version française avec Lambert Wilson comme récitant) et la Cinquième symphonie de Tchaikovski/…./

Bonheur évidemment de retrouver Louis Langrée avec « ses » musiciens américains, curiosité aussi. Comment cette phalange si typiquement chaleureuse, dense et ronde, moins brillante – d’autres diraient moins clinquante – que certaines de ses concurrentes, allait sonner sous la houlette d’un chef qu’on a tant fréquenté et entendu avec des formations européennes (Liège, Paris, Berlin, Vienne, Londres, etc.) ? Comme toujours avec Louis Langrée, la partition même la plus connue (Tchaikovski) semble (re)naître, des traits, des lignes mélodiques, des détails rythmiques nous sont révélés, mais insérés dans une grande arche, un mouvement inépuisable, irrésistible. »

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L’orchestre américain et son directeur musical viennent de sortir un disque, disponible sur les sites de téléchargement, qu’on ne trouvera pas dans les bacs des disquaires. Un programme comme les a toujours aimés Louis Langrée, un « couplage » qu’on s’étonne de n’avoir jamais vu auparavant :  Un Américain à Paris de Gershwin (1928), Amériques de Varèse (1922) et la symphonie en do Majeur de Stravinsky (1939-1940)

Trois oeuvres qui ont en commun un lien… transatlantique : Gershwin découvrant Paris en 1928, Varèse émigrant à New York en 1915, et Stravinsky composant en 1939 les deux premiers mouvements de sa Symphonie en do en France, les deux derniers aux Etats-Unis. Mais c’est à peu près le seul lien entre ces trois géants du XXème siècle. Leurs racines, leurs esthétiques, leurs destinées, tout les oppose. Et c’est une très belle idée que de les réunir et de les confronter sur cet album.

D’autant que le propos de Louis Langrée et du Cincinnati Symphony est aussi musicologique, puisque sont présentées ici la version originale (1922) d’Amériques de Varèse, écrite pour un orchestre gigantesque de plus de 150 musiciens, version qui avait été révisée… à la baisse à la demande de Stokowski, et deux versions, longue et abrégée de la nouvelle édition critique d’Un Américain à Paris.

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Journal 22/09/19 : Wayenberg, Rouse

Christopher Rouse (1949-2019)

Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Cincinnati et Louis Langrée ont dû apprendre la nouvelle avec une particulière émotion. Le compositeur américain Christopher Rouse, dont ils ont commandé et vont créer la 6ème symphonie le 19 octobre 2019, est décédé le 21 septembre.

Je trouve cette interview récente du compositeur, et ses réponses ne manquent pas d’intérêt :

J’ai découvert la musique de Rouse il y a déjà une vingtaine d’années par le disque.

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Sans vouloir offenser la mémoire du récent disparu, je dois tout de même confesser qu’à l’instar de nombre de ses confrères américains, Rouse écrit une musique bien ficelée, pas désagréable à entendre, mais bien peu originale.

 

Le Hollandais de Paris

Il est né à Paris le 11 octobre 1929, il y est mort à moins d’un mois de son 90ème anniversaire, le 17 septembre. Le pianiste Daniel Wayenberg était pourtant néerlandais, et bien oublié du public parisien.Yves R

Je ne l’ai jamais entendu sur scène (Yves Riesel l’avait, je crois, invité dans sa première saison des Concerts de Monsieur Croche, mais Wayenberg n’avait pu assurer cet engagement), mais c’est un pianiste dont j’ai thésaurisé les disques à chaque fois que j’en trouvais, souvent dans les magasins de seconde main, ou sous des étiquettes plus ou moins fantaisistes. Je me souviens avoir demandé jadis à un vendeur de la FNAC ce qu’il avait de Daniel Wayenberg, il m’avait répondu en me prenant de haut : «  Vous parlez bien sûr de Weissenberg ? Wayenberg, ça n’existe pas »…

On ne trouve plus guère ces disques, sauf au sein de coffrets imposants.

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Mais sur Youtube on tombe sur de véritables pépites, comme ce 3ème concerto de Prokofiev capté en 1957, Rafael Kubelik dirigeant l’Orchestre National.

ou cette Rhapsodie Paganini de Rachmaninov donnée au Concertgebouw d’Amsterdam en 1971 sous la direction de Karel Ancerl (disponible dans le superbe coffret édité à l’occasion des 125 ans de l’orchestre hollandais, voir détails ici : CONCERTGEBOUW 125)

De Rachmaninov encore cette étonnante version du 2ème concerto à deux pianos donnée il y a un an…tout comme Islamey de Balakirev. 

Peut-on rêver ? Que Warner réédite le fonds EMI de la discographie de Daniel Wayenberg !

Souvenir éblouissant

On ouvre Le Figaro au petit déjeuner et on y lit ceci :

« Ce ne sont pas seulement les interprètes contemporains qui sont à l’honneur en cette rentrée discographique, c’est aussi la musique de notre temps. À commencer par un prolongement de nos émotions festivalières, puisque l’un de nos grands souvenirs de l’été a été l’exécution éblouissante du Concerto pour clarinette de Magnus Lindberg par Jean-Luc Votano à Montpellier. Le musicien belge en sort maintenant un enregistrement (Fuga Libera) qui permet de mesurer toute la palette expressive de cette oeuvre qui exige énormément du soliste en termes de virtuosité, de théâtralité, d’endurance (une demi-heure de musique !). Dans un couplage original avec le trop rare Karl Amadeus Hartmann, Jean-Luc Votano se confirme comme un clarinettiste inspiré, avec lequel il faut compter dans le paysage international de son instrument. L’occasion est aussi de rappeler l’excellence de la formation à laquelle il appartient, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé ici une dernière fois par celui qui en fut le remarquable directeur musical ces dernières années, Christian Arming. Un disque où les planètes sont alignées » (Christian Merlin, Le Figaro, 17 septembre 2019)

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Je confirme ce que dit Christian Merlin, je l’avais déjà écrit (L’air du nord : Magnus Lindberg: le concert du 25 juillet dernier au Festival Radio France fut un des temps forts de ce dernier festival. L’interprétation éblouissante de Jean-Luc Votano du concerto de Lindberg sous les yeux et les oreilles du compositeur a marqué tous les auditeurs !

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Me revient en mémoire l’un des premiers concours de recrutement qu’ait présidés Louis Langrée lorsqu’il était directeur musical (2001-2006) de l’Orchestre philharmonique de Liège. Nous devions remplacer l’historique clarinette solo de l’orchestre. C’était au printemps 2002. Beaucoup de candidats (il y a toujours beaucoup de candidats pour cet instrument !), et très vite une évidence : ce jeune Belge de 20 ans surclassait tous les autres par sa virtuosité décomplexée, son aisance décontractée. Pour la forme, le jury fit mine de s’interroger sur son manque d’expérience pour tenir un pupitre si exposé. Sa décision fut sans appel : Jean-Luc Votano, entrant à l’OPRL, allait entraîner un spectaculaire renouvellement des pupitres des vents… et devenir ce soliste ‘qui compte dans le paysage international de son instrument » !

Bravo Jean-Luc !

 

L’air du Nord (III) : Magnus Lindberg

Il porte bien son prénom : Lindberg le grand, le généreux, le magnifique compositeur finlandais est, pour ces trois jours, l’invité d’honneur du Festival Radio France (#FestivalRF19).

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Deux concerts de musique de chambre  à la Salle Pasteur du Corum de Montpellier, et jeudi la première française (?) de son concerto pour clarinette.

Magnus Lindberg c’est d’abord une rencontre, qui m’a profondément marqué. Je connaissais certaines de ses oeuvres, l’originalité de sa personnalité créatrice. En 2001, travaillant avec Frank Madlenerà l’époque directeur du festival belge de musique contemporaine Ars Musica (depuis 2006 directeur de l’IRCAM), à renouveler l’implication de l’Orchestre philharmonique de Liège dans ce festival, je lui avais exprimé mon souhait d’inviter une forte personnalité, dont on pourrait faire un portrait en musique, et nous étions vite tombés d’accord sur le nom de Lindberg.

À l’automne 2002, Magnus Lindberg était à Liège pour deux concerts (à Liège et à Bruxelles) qui devaient présenter pour la première fois son triptyque orchestral : Cantigas, Feria, Parada, Trois pièces pour grand orchestre toutes créées séparément par Esa-Pekka Salonen. Louis Langrée avait accepté de relever le défi; au fil des répétitions, il me confiait avoir l’impression de faire l’ascension de l’Everest !

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Lors de la soirée liégeoise, diffusée en direct sur Musiq3, la chaîne classique belge, c’est le compositeur lui-même qui officiait comme présentateur, dans un français parfait ! C’est peu dire que le public de la Salle philharmonique fut impressionné, conquis, non seulement par l’oeuvre, mais aussi et surtout par l’homme, si simple, si disponible à l’entracte du concert. Et lorsque nous nous en fûmes boire quelques bières dans un bar de la place du Marché, Magnus Lindberg fit à Louis Langrée le plus beau des compliments qu’on puisse faire à un interprète : « Ce soir, j’ai entendu mes oeuvres comme je les avais rêvées, avec les couleurs, les sonorités françaises que j’imaginais ».

De cette rencontre entre le chef et le compositeur naîtra une amitié, qui se traduira le 22 août 2006, dans le cadre du festival Mostly Mozart de New York, par la création du concerto pour violon de Lindberg sous l’archet de Lisa Batiashvili et la baguette de… Louis Langrée !

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Mais l’aventure Lindberg avec Liège se poursuivra en mai 2008 avec la première belge de son concerto pour clarinette (lire Jean-Luc Votano fait triompher Magnus Lindberg). Le public fera, en effet, un nouveau triomphe au compositeur finlandais et à la clarinette virtuose du jeune soliste de l’OPRL, cette fois sous la baguette de Christian Arming (qui deviendra en 2011 le directeur musical de la phalange wallonne). En 2010, Christian Arming et Jean-Luc Votano feront la création japonaise de l’oeuvre à Tokyo !

Lorsque j’élaborai avec Santtu-Matias Rouvali le programme du concert qu’il devrait diriger ce jeudi avec son orchestre philharmonique de Tampere, il me sembla tout naturel de proposer le concerto pour clarinette de Lindberg et… Jean-Luc Votano comme soliste : Le souffle Tampere. Et cette fois, le compositeur sera dans la salle !

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Les couleurs françaises

Un début de semaine a priori tout en contrastes, deux soirées qui paraissent n’avoir aucun lien. Et pourtant …

Lundi soir, c’était un concert immanquable : Louis Langrée dirigeait un programme tout Ravel à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées... au théâtre des Champs-Elysées comme il se doit. Et avec une soliste de grand luxe, Anne Sofie von Otterqui nous avait bouleversés en Prieure des Dialogues des Carmélites de Poulencdans ce même théâtre il y a un peu plus d’un an.

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C’est la première fois que la formation fondée par Philippe Herreweghe s’attaquait à Ravel. Essai marqué et réussi ! On n’est pas surpris que Louis Langrée se meuve tout à son aise dans un univers – celui de Ravel – qui n’a plus aucun secret pour lui !

On admire le travail de coloriste qui fait entendre une incroyable palette dans l’ouverture « de féerie » Shéhérazade mais plus encore dans Ma mère l’oyeQuel savoureux orchestre, quel fruité dans les timbres !

C’est évidemment dans l’autre Shéhérazadele cycle de trois mélodies que Ravel écrit en 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, très wagnérien pseudonyme de l’écrivain Léon Leclère (1874-1966), qu’on attend le couple inédit Langrée/Von Otter. On craint, bien à tort, que la chanteuse sexagénaire, se trouve en difficulté dans certains passages tendus de la partition, et on rend les armes devant tant de parfait investissement dans le texte de ces mélodies qu’on connaît par coeur, tant de volupté dans le déploiement d’une voix qui n’a rien perdu d’une sensualité si bien appariée à la langue française. La sensualité est aussi du côté de l’orchestre. Et comment !

Le concert se termine par l’apocalyptique Valse  (lire les souvenirs de Ravel lui-même : La Valse à Vienne). Louis Langrée dit, dans la vidéo ci-dessus, tout ce qu’est ce chef-d’oeuvre, il en donne avec l’orchestre des Champs-Elysées une version, une vision comme radiographiée, éblouissante de timbres et de couleurs, qui évite les excès de rubato auxquels bien des baguettes illustres cèdent trop souvent… comme le cher Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National de France dans ces mêmes murs en 1975 !

L’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée poursuivent leur « tournée » Ravel : après Paris, Poitiers, Saintes, ils sont ce jeudi à l’abbaye de l’Epau et vendredi, en Occitanie, à l’Archipel à Perpignan. Not to be missed !

Mardi soir réjouissances d’un autre genre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, les 20 ans d’une émission de France Musique, qui a traversé le temps, les directions successives de la chaîne : Etonnez-moi Benoît

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Benoît Duteurtre a eu la gentillesse de rappeler que je fus le premier à lui confier une émission sur France Musique (Les beaux dimanches) avant que Pierre Bouteiller ne l’invite à nous étonner chaque samedi matin.

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Cette soirée anniversaire – qui sera diffusée le 8 juin sur France Musique – aurait pu n’être que nostalgie et regrets de temps révolus, surtout avec pour invités d’honneur Marcel Amont (90 ans) Hervé Vilard ou Marie-Paule Belle (72 ans)

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Et ce fut tout le contraire, même si on n’évita pas quelques refrains sur le mode « c’était mieux avant ».

Il faut écouter France Musique le 8 juin, Marcel Amont rendant un hommage drôlissime à ses parents, Marie-Paule Belle reprenant sa Parisienne et rendant le plus émouvant des hommages à BarbaraHervé Vilard racontant les origines de son Capri c’est fini et surtout  chantant Maurice Fanon.

Et puis apportant un démenti cinglant à ceux qui pensent que l’opérette, la chanson, la comédie musicale, c’est fini, c’est ringard, Marie Lenormand, Franck Leguérinel, Emeline Bayart, l’orchestre Les Frivolités parisiennes

et d’autres encore nous rappelaient qu’Offenbach, Maurice Yvain, Messager et tous ces répertoires qu’illustrent l’Opéra Comique, le théâtre Marigny, le Palazzetto Bru Zane, sont bien vivants et vivaces.

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