Sir John ou la musique en fête

Je crois n’avoir jamais attendu avec autant d’impatience enfantine le formidable coffret que je viens de recevoir, plusieurs mois après l’avoir commandé.

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J’ai déjà évoqué plusieurs fois la figure singulière de John Barbirolliné en 1899 Giovanni Battista Barbirolli, d’un père italien et d’une mère française installés à Holborn, et disparu il y a cinquante ans, le 29 juillet 1970.

À l’occasion de la reparution de son intégrale des symphonies de Brahms, captée à Vienne en 1967, j’avais écrit ceci dans Diapason :

« Enfin ! Voici rassemblée une somme qu’on désespérait de retrouver autrement
que sous d’éphémères labels ou en versions isolées. Trois ans avant sa mort
en 1970, John Barbirolli grave l’une des plus singulières intégrales des
Symphonies de Brahms (et des habituelles Ouvertures et Variations sur un
thème de Haydn), non pas avec son orchestre Hallé de Manchester, mais avec
les Wiener Philharmoniker.
Remy Louis, dans le texte français de ce coffret, évoque « l’approche pensive
du chef anglais », une « modération récurrente des tempos » qui « surprend
notre temps », une « mélancolie indicible ».
C’est peu dire que Sir John creuse les partitions, respire large et profond, quitte
à oublier le giocoso du 3ème mouvement de la 4ème symphonie ou à donner un
sérieux inhabituel à l’Ouverture académique (composée sur des chansons
estudiantines).
Barbirolli obtient des Viennois – glorieusement captés au Musikverein –
chaleur, souplesse, éloquence (un art si subtil du rubato) à des degrés
rarement atteints par Giulini, Bernstein, Böhm, dans leurs intégrales
brahmsiennes elles aussi gravées à l’automne de leur vie avec le même
orchestre.

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C’est peut-être avec la vétilleuse 3ème symphonie (déjà rééditée en 2010 dans le
coffret « Sir John Barbirolli, The Great EMI Recordings ») que se justifie le
mieux l’affirmation péremptoire de Tully Potter dans le livret: « John Barbirolli
was born to conduct Brahms » : la modération des tempos n’exclut pas le
mouvement, quand elle ne l’induit pas au contraire, la grandeur, la majesté même ne sont lestées d’aucun poids, l’allégresse est plus crépusculaire que
juvénile, des bouffées de nostalgie nimbent un discours qui ne craint ni
l’effusion, ni la contemplation, au risque de surprenantes lenteurs.
Un Brahms loin des trépidations de l’époque, qui ne s’apparente à aucune
école d’interprétation, singulier comme l’était John Barbirolli dans la galaxie
des grands chefs du XXème siècle. » (Diapason, avril 2016)

Barbirolli est rarement cité dans la légende des grands chefs du XXème siècle… comme plusieurs de ses illustres confrères britanniques. La raison ? leur insularité ? chef anglais = musique anglaise ?

La critique continentale est souvent partagée à l’égard d’un chef à vrai dire inclassable. Absence totale de glamour – mais pas d’humour dans un répertoire léger où on ne l’attend pas spontanément, des « live » de concerts viennois qui ne craignent pas les embardées – pas l’allure aristocratique d’un Beecham, mais un chef qui embrasse un répertoire assez incroyable, qui ne s’inscrit dans aucune école, dont le parcours même est singulier, libre, engagé.

Comme on le lit dans l’excellente notice (trilingue) de Raymond Holden, professeur à la Royal Academy of Music de Londres, dans la non moins parfaite traduction d’Hugues Mousseau, toute une série d’enregistrements réalisée pour His Master’s Voice dès 1929 – qui sont évidemment présents dans ce coffret – fit beaucoup pour la notoriété internationale du chef anglais, au point que l’influent agent américain Arthur Judson, alors directeur du Philharmonique de New York pensa à Barbirolli pour remplacer, en 1937, Arturo Toscanini – passé à la concurrence plus généreuse, la NBC ! – Kreisler, Rubinstein ayant loué les talents du Britannique. Le mandat new-yorkais, controversé dès le début, de Barbirolli prenant fin en 1943, le chef répondit avec enthousiasme à la proposition du plus ancien orchestre professionnel de Grande-Bretagne, celui de la ville de Manchesterqui porte le nom de son fondateur, le pianiste d’origine allemande Karl Halle, devenu Sir Charles Hallé.

Contrairement aux promesses qui lui ont été faites, Barbirolli va trouver une phalange en piteux état, aux maigres effectifs. La résurrection, la refondation du Hallé Orchestra sera l’oeuvre de sa vie, puisqu’il en sera le patron jusqu’à sa mort en 1970.

John Barbirolli, c’est une manière d’aborder les grandes arches symphoniques (Brahms, Mahler) comme des fleuves au cours changeant, tour à tour tempétueux ou languide. Donc d’assumer des tempos alentis, contrastés, là où la plupart de ses confrères pressent le pas, confondant souvent vitesse et vivacité, mouvement et animation. Le Sibelius du chef italo-britannique est sans doute celui qui évoque au plus près les immensités de la Carélie, forêts et lacs à perpétuité (Eloge de la lenteur)

Certes, Barbirolli est inégal, certes son orchestre n’est ni le plus brillant, ni le plus techniquement assuré. Certes, et c’est plus surprenant, les prises de son réalisées avec le Hallé Orchestra sont extrêmement hétéroclites, et la belle remastérisation opérée pour ce coffret ne parvient pas à gommer ces disparités. C’est sans doute la raison pour laquelle EMI invita Barbirolli à diriger le Philharmonia, ou le London Symphony pour des oeuvres où les limites techniques des Manchester auraient été trop audibles. Et puis une fois avec les Berliner Philharmoniker en 1964, pour une étrange Neuvième de Mahler, où chef et musiciens, l’un et les autres très peu familiers du compositeur viennois, semblent s’être cherchés sans jamais se trouver. Et la série des Brahms à Vienne. Et une authentique rareté : un disque de musique française avec le tout jeune Orchestre de Paris en 1968.

Peu d’opéras gravés intégralement : PurcellDidon et Enée (Victoria de Los Angeles !), une flamboyante Madame Butterfly captée à Rome avec Scotto et Bergonzi, et l’ultime enregistrement, le rêve de toute une vie, un Otello qui peut ne pas plaire à tout le monde..

Et des gravures légendaires avec Janet Baker, Jacqueline Du Pré, l’interprète de prédilection d’Elgar...

109 CD au minutage très généreux, restituent l’un des parcours les plus originaux du XXème siècle, l’une des personnalités les plus singulières de la musique.

Détails de ce coffret :

STEPHEN ADAMS 1841-1913
The Holy City
The Star of Bethlehem

TOMASO ALBINONI 1671-1751
Oboe Concerto in B flat major Op. 7 No. 3
Oboe Concerto in D major Op. 7 No. 6

ANTON ARENSKY 1861-1906
Variations on a Theme of Tchaikovsky Op. 35a

DANIEL AUBER 1782-1871
Fra Diavolo – Overture

JOHANN SEBASTIAN BACH 1685-1750
Cantata BWV 21 – Ich hatte viel Bekummernis…..Suezfer Kummer CD
Cantata BWV 70: Watch Ye, Pray Ye – Though reviling tongues assail us (arranged Barbirolli)
Cantata BWV 68 – II. Also hatt Gott die Welt geliebt…..Mein glaubiches Herze
Cantata BWV 208 “Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd” – Sheep may safely graze
Concerto in C for Two Pianos and Strings BWV 1061
St Matthew Passion BWV 244 – Du lieber Heiland
Piano Concerto in F minor BWV 1056 – I. Allegro
Violin Concerto No. 2 in E major BWV 1042

MICHAEL BALFE 1808-1870
The Bohemian Girl – Overture

SIR JOHN BARBIROLLI 1899-1970
Elizabethan Suite (arranged)

SIR ARNOLD BAX 1883-1953
Symphony No. 3
The Garden of Fand
Tintagel

LUDWIG VAN BEETHOVEN 1770-1827
Egmont Op. 84 – Overture
Fidelio – Abscheulicher! … Komm Hoffnung
Leonore No. 3 Overture Op. 72a
Piano Concerto No. 5 in E flat major “Emperor” Op. 73
Symphony No. 1 in C major Op. 21
Symphony No. 3 in E flat major “Eroica” Op. 55
Symphony No. 5 in C minor Op. 67
Symphony No. 8 in F major Op. 93
Violin Concerto in D major Op. 61 (cadenzas: Fritz Kreisler)

VINCENZO BELLINI 1801-1835
Norma – Casta Diva

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
La Damnation de Faust Op. 24 H 111 (Excerpts)
Le Carnaval Romain Ouverture Op. 9 H 95
Les Nuits d’été Op. 7 (Théophile Gautier)
Symphonie fantastique Op. 14 H 48

SIR HENRY BISHOP 1788-1855
The Comedy of Errors – Lo! Here the gentle Lark CD

GEORGES BIZET 1838-1875
Carmen – L’amore e un strano augello
Carmen – La fleur que tu m’avais jetée (Act 2)
Carmen – Orchestral Potpourri
Carmen – vocal gems
L’Arlésienne – Suite No. 1 WD 28 – Prélude & Adagietto
L’Arlésienne – Suite No. 2 WD 40 – Farandole

JOHANNES BRAHMS 1833-1897
Academic Festival Overture Op. 80
Double Concerto in A minor Op. 102
Ein Deutsches Requiem – Ye that now are sorrowful
Piano Concerto No. 1 in D minor Op. 15
Piano Concerto No. 2 in B flat major Op. 83
Symphony No. 1 in C minor Op. 68
Symphony No. 2 in D major Op. 73
Symphony No. 3 in F major Op. 90
Symphony No. 4 in E minor Op. 98
Tragic Overture Op. 81 CD 59
Variations on a Theme of Joseph Haydn Op. 56a (St Antoni)
Violin Concerto in D major Op. 77

BENJAMIN BRITTEN 1913-1976
Violin Concerto in D minor Op. 15 (original version)

GEORGE BUTTERWORTH 1885-1916
A Shropshire Lad – orchestral rhapsody

PABLO CASALS 1876-1973
Sardana (arranged for cello orchestra)

EMMANUEL CHABRIER 1841-1894
España – rapsodie pour orchestre
Joyeuse marche

FRÉDÉRIC CHOPIN 1810-1849
Piano Concerto No. 1 in E minor Op. 11
Piano Concerto No. 2 in F minor Op. 21

DOMENICO CIMAROSA 1749-1801
Oboe Concerto in C minor (arranged Benjamin)

JEREMIAH CLARKE c1674-1707
Trumpet Voluntary (arr. Sir Henry J. Wood)

SAMUEL COLERIDGE-TAYLOR 1875-1912
Scenes from The Song of Hiawatha Op. 3 – Cantata No. 3: Spring had come

ARCANGELO CORELLI 1653-1713
Concerto Grosso for String Orchestra (from Op. 5) (arranged Barbirolli)
Concerto for Oboe and Strings in F major (from Violin Sonatas Op. 5) (arranged Barbirolli)

TEODORO COTTRAU 1827-1879
Santa Lucia

CLAUDE DEBUSSY 1862-1918
La Mer L 111 (109)
Trois Nocturnes L 98 (91)
Prélude a l’après-midi d’un faune L 87 (86)

LÉO DELIBES 1836-1891
Sylvia – excerpts

FREDERICK DELIUS 1862-1934
A Song of Summer RT VI/26
A Song before Sunrise RT VI/24
A Village Romeo and Juliet RT I/6 – Intermezzo: Walk to the Paradise Garden (arr. Beecham)
Two Aquarelles RT IV.5 (arr. Fenby)
Appalachia – Variations on an Old Slave Song RT II/2
Brigg Fair – An English Rhapsody RT VI/16
Fennimore and Gerda Intermezzo RT I/8 (arr. Fenby)
Hassan – Incidental Music RT I/9 (arranged Beecham)
In a Summer Garden RT VI/17
Irmelin Prelude RT VI/27
Koanga – La Calinda (Act 2) RT I/4 (arranged Fenby)
On Hearing the First Cuckoo in Spring RT VI/9
Prelude and Idyll RT II/10
String Quartet No. 2 – III. Late Swallows RT VIII/4 (arranged Fenby)
Summer Night on the River RT VI/19

GAETANO DONIZETTI 1797-1848
Don Pasquale – Overture
L’elisir d’amore – Una furtiva lagrima

ANTONÍN DVOŘÁK 1841-1904
Legends Op. 59 B122
Scherzo capriccioso Op.66 B131
Serenade in D minor for winds, cello & double bass Op. 44, B77
Symphony No. 7 in D minor Op. 70
Symphony No. 8 in G major Op. 88
Symphony No. 9 in E minor “From the New World” Op. 95 B178

SIR EDWARD ELGAR 1857-1934
Bavarian Dances Op. 27 – II. Lullaby
Caractacus Op. 35 – Oh! My warriors – Leap, leap to light (Sword Song)
Cello Concerto in E minor Op. 85
Cockaigne Overture Op. 40 (In London Town)
Cockaigne Overture Op. 40 (In London Town)
Cockaigne Overture Op. 40 (In London Town)
Dream Children Op. 43 – I. Andante
Dream of Gerontius Op. 38: Part Two
Elegy Op. 58
Falstaff – symphonic study Op. 68
Froissart Overture Op. 19
Introduction and Allegro for String Quartet and String Orchestra Op. 47
Pomp and Circumstance March No. 1 in D major Op. 39
Pomp and Circumstance March No. 2 in A minor Op. 39
Pomp and Circumstance March No. 3 in C minor Op. 39
Pomp and Circumstance March No. 4 in G major Op. 39
Pomp and Circumstance March No. 5 in C major Op. 39
Sea Pictures Op.37
Sea Pictures Op. 37: Where corals lie
Serenade in E minor Op. 20
Sospiri Op. 70
Symphony No. 1 in A flat major Op. 55
Symphony No. 2 in E flat major Op. 63
The Dream of Gerontius Op. 38
Variations on an Original Theme “Enigma” Op. 36

FRÉDÉRIC ALFRED D’ERLANGER 1868-1943
Midnight Rose – selection

MANUEL DE FALLA 1876-1946
Siete canciones populares españolas (orch. Ernesto Halffter)

GABRIEL FAURÉ 1845-1924
Pelléas et Mélisande Op. 80 – Suite from incidental music
Shylock Op. 57 – Suite – Nocturne

CÉSAR FRANCK 1822-1890
Variations symphoniques FWV 46

SIR EDWARD GERMAN 1862-1936
Nell Gwyn – incidental music

UMBERTO GIORDANO 1867-1948
Andrea Chénier – Un dì, all’ azzuro spazio guardai profondo

ALEXANDER GLAZUNOV 1865-1936
Les Ruses d’amour Op. 61 – Ballabile
The Seasons Op. 67 – Bacchanale
Violin Concerto in A minor Op. 82

CHRISTOPH WILLIBALD GLUCK 1714-1787
Orfeo – Che faro senza Eurydice
Armide – Ah! si la liberté

CHARLES GOUNOD 1818-1893
Faust – Orchestral Potpourri
Faust – Mephistopheles’ Serenade
Jesus of Nazareth CD 103*
Petite Symphonie in B flat for winds

PERCY GRAINGER 1882-1961
Irish Tune from County Derry (Londonderry Air)
Molly on the Shore
Mock Morris
Shepherd’s Hey

EDVARD GRIEG 1843-1907
Two Elegiac Melodies Op. 34
Lyric Pieces Op. 57 – IV. Geheimnis (orch. Barbirolli)
Lyric Suite Op. 54
Norwegian Dances Op. 35
Peer Gynt Op. 23 – Incidental Music – extracts
Peer Gynt – Suite No. 1 Op. 46
Piano Concerto in A minor Op. 16
Sigurd Jorsalfar Op. 22 – V. Homage March
Sigurd Jorsalfar Op. 56 – III. Homage March
Symphonic Dances Op. 64
Symphonic Dances Op. 64 – II. Allegretto grazioso

GEORGE FRIDERIC HANDEL 1685-1759
Acis and Galatea – As when the dove
Judas Maccabaeus HWV 63 – Sound an Alarm
Messiah HWV 56 – Comfort ye my people – Thou shalt break them
Messiah HWV 56 – Rejoice greatly
Messiah HWV 56 – The Trumpet shall sound
Oboe Concerto No. 1 in B flat major HWV 301 (edited Rothwell and Mackerras)
Organ Concerto in B flat Op. 7 No. 1 HWV 306
Rodrigo HWV 5 – Suite (ed. Sir Anthony Lewis & Philip Cranmer)
Serse HWV 40 – Ombra mai fù
Serse HWV 40 – Suite (arr. Hoffman)
Serse HWV 40 – Frondi tenere … Ombra mai fu

FRANZ JOSEF HAYDN 1732-1809
Cello Concerto No. 2 in D major Hob. VIIb:2
Die Jahreszeiten Hob. XXI:3 – Schön eilet froh der Ackersmann
Keyboard Concerto in D major Hob. XVIII: 11 – III. Rondo al Ungarese
Oboe Concerto in C major Hob VIIg:C1 (attributed Haydn)
Symphony No. 83 in G minor “La poule”
Symphony No. 88 in G major Hob. I:88
Symphony No. 96 in D major “Miracle” Hob. I:96
Symphony No. 104 in D major “London” Hob. I:104

MICHAEL HEMING 1920-1942
Threnody for a soldier killed in action (completed & orch. Anthony Collins)

JOHANN WILHELM HILL 1838-1902
Das Herz am Rhein

ENGELBERT HUMPERDINCK 1854-1921
Hänsel und Gretel – Overture

JACQUES IBERT 1890-1962
Divertissement for Chamber Orchestra

JOHN IRELAND 1879-1962
A London Overture
Mai Dun – symphonic rhapsody
The Forgotten Rite – Prelude
These Things Shall Be (J. A. Symons)

EDVARD ARMAS JÄRNEFELT 1869-1958
Berceuse
Praeludium

FRANZ LEHÁR 1870-1949
Gold und Silber – Walzer Op. 79

RUGGERO LEONCAVALLO 1858-1919
Pagliacci – Jetzt spielen….. Hüll dich in Tand
Pagliacci – No! Pagliacco non son
Pagliacci – Recitar…….Vesti la giubba – No! Pagliacco non son

CARL LOEWE 1796-1869
Fridericus Rex Op. 61 No. 1

ALEXANDRE LUIGINI 1850-1906
Ballet Russe Op. 23

ANATOLY LYADOV 1855-1914
The Enchanted Lake Op. 62

GUSTAV MAHLER 1869-1911
Fünf Rückert-Lieder
Kindertotenlieder
Lieder eines Fahrenden Gesellen
Symphony No. 1 in D major
Symphony No. 5 in C sharp minor
Symphony No. 6 in A minor “Tragic”
Symphony No. 9 in D minor

ALESSANDRO MARCELLO 1673-1747
Oboe Concerto in C minor S.Z.799 (Originally D minor) (ed. Rothwell)

PIETRO MASCAGNI 1863-1945
Cavalleria Rusticana – Addio alla madre
Cavalleria Rusticana – Intermezzo

JULES MASSENET 1842-1912
Manon – O dolce incanto – En fermant les yeux
Scènes Alsaciennes – III. Sous les tilleuls

FELIX MENDELSSOHN 1809-1847
A Midsummer Night’s Dream – incidental music Op. 61: Scherzo
Elias Op. 70 – Herr Gott Abrahams
The Hebrides Overture Op. 26
Octet in E flat major Op. 20 – Scherzo
Symphony No. 4 in A major “Italian” Op. 90

ANDRÉ MESSAGER 1853-1929
Fortunio – The Grey House

GIACOMO MEYERBEER 1791-1864
L’Africaine – Land so wunderbar

GEORG MATTHIAS MONN 1717-1750
Cello Concerto in G minor (harpsichord continuo realised by Schoenberg: ed. Aveling)

WOLFGANG AMADEUS MOZART 1756-1791
Cassation in G major K99 – II. Andante
Die Zauberflöte K620 – Ah! je le sais
Die Zauberflöte K620 – Overture
Die Zauberflöte K620 – O Isis und Isiris (arranged for cello orchestra by Barbirolli)
Divertimento No. 11 in D major K251 – Minuet CD 14
Don Giovanni – Madamina…..Nella bionda
Don Giovanni K527- Don Ottavio! Son morta…….Or sai chi l’onore
Le nozze di Figaro K492 – Overture
Le nozze di Figaro K492 – Porgi amor
Oboe Concerto in C major K314
Piano Concerto No. 22 in E flat major K482
Piano Concerto No. 23 in A major K488
Piano Concerto No. 27 in B flat major K595
Serenade No. 13 in G major “Eine kleine Nachtmusik” K525
Symphony No. 29 in A major K201
Symphony No. 41 in C major “Jupiter” K551
Violin Concerto No. 5 in A major K219

MODEST MUSSORGSKY 1839-1881
Song of the Flea

ETHELBERT NEVIN 1862-1901
The Rosary

OTTO NICOLAI 1810-1849
Die lustigen Weiber von Windsor – Overture

CARL NIELSEN 1865-1931
Symphony No. 4 “Inextinguishable” Op. 29

GIOVANNI BATTISTA PERGOLESI 1710-1736
Concerto for Oboe and Strings in C major (arranged Barbirolli) (1948)

AMILCARE PONCHIELLI 1834-1886
La Gioconda Op. 9 – Dance of the Hours

GIACOMO PUCCINI 1858-1924
La bohème – Che gelida manina
La bohème – Si sente meglio … Che gelida manina … Sì. Mi chiamano Mimì … Oh soave fanciulla
Madama Butterfly
Madama Butterfly – Viene la sera … Voglietemi bene … Una poco di vero … Quanti occhi fisi
Manon Lescaut – Donna non vidi mai
Manon Lescaut – Dunque questa lettiga …Tu, tu, amore … O tentatrice
Manon Lescaut – Intermezzo (Act 3)
Turandot – extracts
Tosca – E lucevan le stelle … Ah! Franchilgia … O dolci mano … Senti l’ora … Amora
Tosca – E lucevan le stelle
Tosca – Recondita armonia – E lucevan le stelle
Tosca – Tre sbirri, una carozza – La povera mia cena CD 101

HENRY PURCELL 1659-1695
Dido and Aeneas Z626 (ed. Boyling)
The Married Beau Z603 – Hornpipe on a Ground
Suite for Strings, Woodwinds and Horns (arranged Barbirolli)

ROGER QUILTER 1877-1953
A Children’s Overture Op. 17

JOACHIM RAFF 1822-1882
La Fileuse Op. 157 No. 2 (arranged Alfonso Gibilaro)

MAURICE RAVEL 1875-1937
Daphnis et Chloé – Suite No. 2 M 57
La valse M 72
Ma mère l’oye – Suite M 60
Shéhérazade M 41 (Tristan Klingsor)

NIKOLAY RIMSKY-KORSAKOV 1844-1908
Capriccio espagnol Op. 34

FREDERICK ROSSE 1867-1940
Merchant of Venice – Suite from incidental music

GIOACHINO ROSSINI 1792-1868
Guillaume Tell Overture & Ballet Music (arranged Charles Godfrey Jnr.)
Il barbiere di Siviglia – La calunnia
Il barbiere di Siviglia – Largo al factotum
Il barbiere di Siviglia – Una voce poco fà
La gazza ladra – Overture
Semiramide – Overture
Stabat Mater – Inflammatus

EDMUND RUBBRA 1901-1986
Improvisations on Virginal Pieces by Giles Farnaby Op. 50 – IV. Loth to depart
Symphony No. 5 in B flat major Op. 63

CAMILLE SAINT-SAËNS 1835-1921
Havanaise Op. 83
Introduction and Rondo Capriccioso Op. 28
Le Carnaval des Animaux – grande fantaisie R 125
Samson et Dalila – O aprile foriero di sogni – Amor! Miei sini proteggi – Il mio cuore si apre alla tua voce
Valse Caprice Op. 76

PABLO SARASATE 1844-1908
Zigeunerweisen Op. 20 No. 1

ARNOLD SCHOENBERG 1874-1951
Pelleas und Melisande – symphonic poem Op. 5

FRANZ SCHUBERT 1797-1828
Die Zauberharfe D644 – Overture (Rosamunde)
Marche Militaire No. 1 in D major Op. 51 No 1, D. 733
Rosamunde – Incidental Music D. 797 – II. Ballet
Symphony No. 9 in C major “The Great” D944

ROBERT SCHUMANN 1810-1856
Cello Concerto in A minor Op. 129
Violin Concerto in D minor WoO23

JEAN SIBELIUS 1865-1957
Finlandia Op. 26
Four Legends The Swan of Tuonela & Lemminkäinen’s Return Op. 22
Karelia Suite Op. 11
Kuolema Op. 44 – I. Valse triste
Lemminkaïnen Legends Op. 22 – II. Swan of Tuonela
Pelléas et Mélisande – suite Op. 46
Pohjola’s Daughter Op. 49
Rakastava Op. 14
Romance in C major Op. 42
Scènes historiques Suite No. 1 Op. 25
Scènes historiques Suite No. 2 Op. 66
Symphony No. 1 in E minor Op. 39
Symphony No. 2 in D major Op. 43
Symphony No. 3 in C major Op. 52
Symphony No. 4 in A minor Op. 63
Symphony No. 5 in E flat major Op. 82
Symphony No. 6 in D minor Op. 104
Symphony No. 7 in C major Op. 105

JOHN PHILIP SOUSA 1854-1932
Stars and Stripes for Ever – March

JOHANN STRAUSS I 1804-1849
Radetzky March Op. 228 (orch. Gordon Jacob)

JOHANN STRAUSS II 1825-1899
An der schönen, blauen Donau – Walzer Op. 314
Annen Polka Op. 117
Champagner-Polka Op. 211
Der Zigeunerbaron – Overture
Die Fledermaus – Overture
Die Fledermaus – Brother dear and sister dear… Oh! what a feast, what a wonderous night
G’schichten aus dem Wienerwald – Walzer Op. 325
Kaiserwalzer Op. 437
Perpetuum mobile Op. 257
Rosen aus dem Süden – Walzer Op. 388
Unter Donner und Blitz – Polka Op. 324

JOHANN STRAUSS II 1825-1899 & JOSEF STRAUSS 1827-1870
Pizzicato Polka

STRAUSS FAMILY
A Strauss Fantasy (arranged Landauer)

RICHARD STRAUSS 1864-1949
Der Rosenkavalier – Waltz Sequence (arr. Barbirolli)
Der Rosenkavalier Op. 59, TrV 227 – Suite
Die Liebe der Danae Op. 83, TrV 278 – Symphonic Fragments (arr. Clemens Krauss)
Ein Heldenleben Op. 40
Metamorphosen TRV 290

IGOR STRAVINSKY 1882-1971
Concerto in D major for String Orchestra

FRANZ VON SUPPÉ 1819-1895
Banditenstreiche – Overture
Dichter und Bauer – Overture
Die leichte Kavallerie – Overture
Die schöne Galathée – Overture
Ein Morgen, ein Mittag und ein Abend in Wien – Overture
Pique Dame – Overture

SIR ARTHUR SULLIVAN 1842-1900
Ivanhoe – Woo thou, thy snowflake
The Lost Chord
The Golden Legend – The Night is calm
The Light of the World – God shall wipe away all tears

PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY 1840-1893
Francesca da Rimini Op. 32 TH 46
Marche Slave Op. 31
Piano Concerto No. 1 in B flat minor Op. 23
Romeo and Juliet – fantasy overture TH 42
Serenade in C Op. 48
String Quartet No. 1 in D major Op. 11 – II. Andante cantabile
Symphony No. 4 in F minor Op. 36
Symphony No. 5 in E minor Op. 64
Symphony No. 6 in B minor “Pathétique” Op. 74
Swan Lake Op. 20 – Excerpts
Violin Concerto in D major Op. 35

SIR PAOLI TOSTI 1846-1916
Goodbye
Addio

JOAQUÍN TURINA 1882-1949
Danzas fantásticas Op. 22

RALPH VAUGHAN WILLIAMS 1872-1958
A London Symphony (No. 2) (1936 Revised Edition)
Fantasia on a Theme by Thomas Tallis
Fantasia on “Greensleeves” (arr. Greaves)
Five Variants of Dives and Lazarus for Harp and String Orchestra
Oboe Concerto in A minor
Sinfonia Antarctica (No. 7)
Symphony No. 5 in D major
Symphony No. 8 in D minor
The Wasps – Aristophanic Suite: Overture
Tuba Concerto in F minor

GIUSEPPE VERDI 1813-1901
Don Carlos – O don fatale
Falstaff – Your honour! Ruffians – When I was page to the Duke of Norfolk
Il trovatore – Stride la vampa – Condotta ell’era
La forza del destino – Overture
La forza del destino – Madre, pietosa vergine… Deh! non m’abbandonar – Pace, pace, mio Dio
La traviata Prelude from Acts I & III
Messa da Requiem
Otello
Otello – Dio mi potevi – Niun mi tema
Otello – Gott! warum hast du gehauft dieses Elend – Jeder Knabe kann mein schwert
Otello – Inaffia l’ugola
Un ballo in maschera – Eri tu che macchiava

HENRI VIEUXTEMPS 1820-1881
Violin Concerto No. 4 in D minor Op. 31

HEITOR VILLA-LOBOS 1887-1959
Bachianas Brasilieras No. 4

RICHARD WAGNER 1813-1883
Der fliegende Holländer – Overture
Der fliegende Holländer – Yo-Ho-He (Senta’s Ballad) (Act 2)
Der fliegende Holländer – Spinning Chorus
Die Meistersinger von Nürnberg – Overture
Die Meistersinger von Nürnberg – Overture & Orchestral Suite from Act 3 (Arr. Barbirolli)
Die Meistersinger von Nürnberg – Selig wie die Sonne … Morgenlicht leuchtend
Die Meistersinger von Nürnberg – Morning was glowing
Die Meistersinger von Nürnberg – The Elders’ scent grows round me
Die Walküre – Der alte Sturm, die alte Muh! … So ist’s den aus – Mit tiefem Sinne – Was verlangst du?
Die Walküre – Winterstürme wichen dem Wonnemond
Lohengrin – Act 1: Prelude
Lohengrin – Preludes from Act I & Act III
Lohengrin – In distant lands
Parsifal – Ich sah das Kind
Rienzi – Overture
Rienzi – Allmächt’ger Vater, blick herab
Tannhäuser – Overture
Tannhäuser – Die tone Lob’! Die Wunder sei’n gepriesen
Tannhäuser – Orchestral potpourri (arr. Alfonso Gibilaro)
Tristan und Isolde – Prelude & Liebestod
Tristan und Isolde – Mild und leise
Wesendonck Lieder – Schmerzen – Träume

ÉMILE WALDTEUFEL 1837-1915
Les Patineurs – Valse Op. 183

WILLIAM VINCENT WALLACE 1812-1865
Maritana – Overture

CARL MARIA VON WEBER 1786-1826
Der Freischütz – Overture
Euryanthe – Overture
Oberon – Overture
Oberon – Ocean! Thou mighty monster

HENRYK WIENIAWSKI 1835-1880
Violin Concerto No. 2 in D minor Op. 22

TRADITIONAL
Irish Tune from County Derry (Londonderry Air) (arr. Percy Grainger)
O’ a’ the airts the wind can blow (arranged Ross)
Turn ye to me (arranged Gibilaro)


 

Victoria de los Angeles, Montserrat Caballe, Gwyneth Jones, Renata Scotto, Janet Baker, Fiorenza Cossotto, Marjorie Thomas, Carlo Bergonzi, Benjamino Gigli, Lauritz Melchior, Jon Vickers, Kim Borg, Dietrich Fischer-Dieskau, Ruggero Raimondi, Feodor Schaljapin, Marian Nowakowski, Yvonne Arnaud, Wilhelm Backhaus, Daniel Barenboim, Edwin Fischer, Alfred Cortot, Arthur Rubinstein, Mindru Katz, Ethel Bartlett, Jacqueline du Pre, Andre Navarra, Gregor Piatigorsky, Alfredo Campoli, Mischa Elman, Jascha Heifetz, Fritz Kreisler, Yehudi Menuhin, Eric Chadwick, Evelyn Rothwell,

BBC Symphony Orchestra, Berliner Philharmoniker, Halle Orchestra, London Philharmonic Orchestra, London Symphony Orchestra, Philharmonia Orchestra, New Philharmonia Orchestra, Philharmonic Symphony Orchestra New York, Orchestra del Teatro dell’Opera di Roma, Orchestre de Paris, Wiener Philharmoniker, Sinfonia of London

Des nuances de noir et blanc

#Confinement Jour 45

Le flou continue

Rien de neuf depuis mon dernier billet Déconfinementle flou, l’incertitude, l’absence comme seules perspectives…

Dans Le Monde du week-end, un appel – peu de musiciens parmi les signataires – : Monsieur le Président, cet oubli de l’art et de la culture, réparez-le !Je le signe. Sans illusion.

Le violoncelle en deuil

Je ne les connaissais ni l’un ni l’autre autrement que par le disque. Mais la pluie d’hommages de leurs collègues, disciples, partenaires, dit assez la place que Lynn Harrell et Martin Lovett tenaient dans nos coeurs de mélomanes.

Le dernier survivant, le pilier du légendaire quatuor Amadeus, Martin Lovett, est mort hier à 93 ans.

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Mais nous n’aurons jamais fini d’écouter et réécouter Martin Lovett et ses compagnons.

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Ses amis en ont dit tellement de bien, sa figure est si sympathique, qu’on regrettera longtemps de ne pas avoir connu personnellement le violoncelliste américain Lynn Harrell disparu lundi dernier.

Deux témoignages émouvants de ce bel artiste : le premier lorsqu’à 16 ans, il est invité par Leonard Bernstein dans cette fantastique série de concerts – les Young People’s concerts – du New York Philharmonic, un extrait trop court du concerto pour violoncelle de Dvorak…

Et en 2012, à Santa Fe, une rencontre qui a durablement marqué la pianiste chinoise Yuja Wang, 25 ans à l’époque, et une leçon de style dans la sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov.

 

Embarras du choix dans l’abondante discographie de Lynn Harrell. Une tendresse pour ce double album des trios à cordes de Beethoven, et quels partenaires !

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Deux coffrets de piano

Le confinement laisse du temps pour redécouvrir les rayons d’une discothèque où sont rangés des disques qu’on a écoutés trop vite, ou parfois pas eu le temps d’approfondir. Alpha a eu la bonne idée de mettre en deux coffrets des enregistrements pourtant récents de son catalogue.

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Beaucoup de merveilles dans ce boîtier sorti il y a quelques mois ! On n’avait pas tout de suite compris ce que Schumann, Liszt, Chopin et même Schubert et Beethoven venaient faire dans une compilation intitulée Early Piano. Le titre s’applique évidemment aux instruments utilisés ici, superbement captés.

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Un autre coffret, tout récent, au titre plus banal, Les Maîtres du piano, nous propose un contenu qui, une fois n’est pas toujours coutume, correspond à l’annonce. 71iK3YxTdaL._SL1200_

Qu’on est heureux de retrouver François-Frédéric Guy dans Beethoven et Liszt, Eric Le Sage dans des Schumann plutôt rares, Edna Stern dans Bach, Nelson Goerner impérial dans Chopin et Debussy – des disques justement primés à leur parution – et ma chère Anna Vinnitskaia dans Brahms et surtout Chostakovitch et Rachmaninov. Et de découvrir une magnifique ultime sonate de Schubert sous les doigts d’Alexander Lonquich. Une aubaine.

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Un peu de douceur, de romantisme même, à la veille d’une fête du travail.. confinée :

Naissance d’un théâtre

Méprise

Il y a trois mois, j’évoquais ici même, avec enthousiasme, la réédition des Mémoires de l’un des plus grands musiciens du XXème siècle, le chef d’orchestre Désiré-Emile Inghelbrechtdes Mémoires publiés en 1947 sous le titre Mouvement Contraire, Souvenirs d’un musicien.

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Avant-hier je découvrais, par hasard, sur Facebook que l’éditeur de ce magnifique ouvrage me prenait à partie en des termes peu amènes :

« Content de lire (avec retard) cette chronique du blog du directeur bien connu du Festival de Radio France sur les souvenirs d’Inghelbrecht, mais gageons que l’illustre Monsieur Rousseau n’a pas ouvert le livre publié par la Coopérative : sinon il se serait aperçu que la 4e de couverture du livre ne dit pas que D.E. Inghelbrecht est le « plus grand chef d’orchestre français de sa génération », ce qui serait évidemment faux (d’Ansermet à Désormières, c’est une génération fabuleuse), mais « l’un des plus grands », ce qui est en revanche incontestable. La phrase pour laquelle il nous traite de « présomptueux » ne figurait que sur notre site internet… (et nous l’avons rectifiée depuis). Il trouve la couverture moche, c’est son droit, mais sans doute n’a-t-il pas reconnu le conservatoire de Paris longuement évoqué dans le livre, avec sa porte battante qui faillit tuer Ambroise Thomas. Mais tout en décalquant quelques phrases de notre argumentaire sur notre site, il ne dit pas que ce volume, par rapport à l’édition originale (celle qu’il possède, c’est certain), est enrichi de plus de 35 photos et documents qui ne s’y trouvaient pas (Inghelbrecht se plaignait que son éditeur trop économe lui ait refusé beaucoup d’illustrations), ni que nous avons établi la discographie d’Inghelbrecht la plus complète à ce jour, avec quelques références qui ne se trouvent même pas à la Bibliothèque nationale.
Bref, le livre ne risque guère de se vendre, dit-il, et il est bien placé pour le savoir : il ne l’a jamais eu entre les mains. Contrairement à ce qu’il annonçait, il n’est d’ailleurs pas revenu sur ce livre. »

Nous nous sommes, depuis, expliqués sur ce réseau social. Evidemment, contrairement à ce qu’écrivait M. Masson, j’ai acheté ce livre, chez un de mes libraires parisiens – car j’achète toujours mes livres chez un libraire, et je ne demande jamais de « service de presse » ! – j’en ai déjà lu maints chapitres, mais j’ai, je le concède, failli à la promesse que j’avais faite à la fin de mon article du 15 décembre dernier : « Je reviendrai sur plusieurs chapitres de ces Mémoires « à l’envers », et des pages savoureuses, par exemple sur le concert inaugural du Théâtre des Champs-Elysées, sa première rencontre avec Debussy, ses démêlés à l’Opéra-Comique, etc. ».

D’allure assyrienne

Le chapitre XV de Mouvement contraire est sobrement intitulé 1912-1913 Le Théâtre des Champs-Elysées.

D’abord cette description savoureuse de l’un des personnages les plus importants de la vie parisienne du tournant du siècle Gabriel Astruc (1864-1938)

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« De forte corpulence et d’allure assyrienne, Astruc était généralement vêtu avec l’élégance qu’on nommait alors celle du boulevardier. À la belle saison, il coiffait hardiment le chapeau melon ou le haut-de-forme gris des turfistes. Son goût inné des bijoux se révélait à la perle de sa cravate, aux lourdes bagues gemmées qu’il portait au petit doigt velu de chacune de ses mains, aux émeraudes de ses manchettes et à l’épaisse gourmette d’or qui entourait son poignet droit. Sa boutonnière était invariablement ornée d’un oeillet pourpre qu’il abandonna dès qu’il put le remplacer par un ruban de la Légion d’honneur, longuement convoité.

Journaliste, chroniqueur parlementaire de 1885 à 1895, Gabriel Astruc a fondé en 1897 une société d’éditions musicales, d’abord chez son beau-père Wilhelm Enoch, puis à son propre compte. Comme éditeur, il publie notamment Shéhérazade et le Quatuor de Maurice Ravel, avant de céder ces deux œuvres aux éditions musicales Durand en 

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Concert inaugural

Inghelbrecht avait eu une première collaboration avec Astruc en 1906. Le chef d’orchestre reconnaît que la cordialité de ses relations avec l’intrépide impresario n’était pas étrangère au fait qu’il était le gendre d’un vieil ami d’Astruc, le peintre, sculpteur, affichiste suisse Théophile Steinlen (Colette Steinlein, après ce premier mariage de 1910 à 1920 avec Inghel, épousera en secondes noces un autre chef d’orchestre Roger Désormière !).

C’est au jeune Désiré-Emile que Gabriel Astruc confie la lourde mission de recruter l’orchestre et les choeurs du futur théâtre des Champs-Elysées:

« Jusqu’ici, pour les Grandes Saisons, il était fait appel aux choristes et aux musiciens d’une grande association parisienne. Cette collaboration ne pouvait plus être envisagée désormais, le nouveau théâtre lyrique devant s’assurer, aussi bien que l’Opéra et l’Opéra-Comique, de l’exclusivité de son personnel…. »

La suite mérite une lecture attentive… et instructive. Les démêlés, les négociations du chef « recruteur » avec les syndicats, les représentants des musiciens, les questions de cumul, d’exclusivité, de salaires…en 1913, tels qu’Inghelbrecht les relate, sont encore d’une étonnante actualité ! Comme si rien n’avait changé en un siècle…

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« C’est par miracle que l’on put être prêt quand même à la date fixée pour le concert inaugural – le 2 avril 1913 – à l’occasion duquel Astruc n’avait pas craint de réunir – pour deux heures – dans une apparente union sacrée, les plus illustres musiciens d’alors. Saint-Saëns, Fauré, d’Indy, Debussy et Dukas se succédèrent au pupitre, tandis que m’était échu de diriger l’Ode à la Musique de Chabrier et le Scherzo de Lalo. »

Dame Felicity

Une grande Dame

Ce récital, lundi soir, dans le délicieux cocon du théâtre de l’Athénée à Paris, était en soi une performance. La chanteuse britannique préférée des Français – 73 ans le 9 mai prochain – a allègrement dépassé l’âge – 70 ans – auquel on avait entendu jadis Victoria de Los Angeles ou Carlo Bergonzi. Il y avait, sans doute, dans le nombreux public de l’Athénée, quelques craintes de ne pas retrouver la Felicity Lott qu’on aime, qu’on admire depuis si longtemps.

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« Bien sûr, on mentirait en prétendant que la voix est encore telle qu’au premier jour, mais la musicalité de l’artiste est intacte, ses aigus pianissimo laissent rêveurs, et l’interprète est comme toujours souveraine. Preuve en est ce troisième des Quatre Derniers Lieder, qui mobilise toutes les ressources de la soprano, et pour lequel son accompagnateur Sebastian Wybrew déploie lui aussi tout son art même si les qualités de la réduction pour piano n’ont que peu en commun avec les sortilèges de la version pour orchestre. « We really know our worth, the sun and I », déclare Yum-Yum dans l’air du Mikadoqui ouvre le programme, mais si « Flott » connaît sa valeur autant que le soleil, elle n’en joue pas moins les modestes avec une coquetterie délectable, déclarant qu’elle n’est plus très sûre des paroles, qu’elle ne sait plus ce qu’elle doit chanter ensuite, ou annonçant qu’elle a décidé de nous proposer tout ce qu’elle donne habituellement en bis, ce qui nous dispensera de devoir l’applaudir à la fin.

Transfiguré par l’élégance de l’interprète, « Parlez-moi d’amour » semble appartenir à l’univers de la mélodie française de salon, et sert de seuil au-delà duquel le programme entre dans la coquinerie, dès l’irrésistible extrait de Passionnément, qui figurait dans le disque Felicity Lott s’amuse, comme plusieurs autres airs chantés ce soir. « Dis-moi, Vénus » est un très grand moment : si elle n’a jamais eu exactement la voix du rôle, même il y a quinze ans, Felicity Lott en a totalement l’esprit, et nous fait rire comme si nous n’avions jamais entendu le texte de Meilhac et Halévy. Après tant de grivoiseries gauloises, petit détour par le monde anglo-saxon qui n’est pas en reste : la France découvrira-t-elle un jour Noel Coward, sorte de réponse britannique à Sacha Guitry, mais qui composait en outre la musique de ses propres chansons ? Même pour les auditeurs non-anglophones qui n’auront pas saisi l’entrelacs de jeux de mot dont le texte est truffé – le concert n’est pas surtitré –, le jeu de citations de Funiculi, funicula dans « A Bar on the Piccola Marina » suffirait à éveiller l’attention. « Les Chemins de l’amour » rendent hommage à Yvonne Printemps, mais certaines intonations font aussi songer à Mireille, et l’on ne saurait trouver meilleur modèle pour la diction du français et l’espièglerie du ton » (Laurent Bury, Forumopera25 février 2020)

Comme l’écrit Laurent Bury, Dame Felicity commence prudemment, à mi-voix presque, mais on oublie vite que l’organe n’a plus la puissance d’hier, tant la technique supérieurement intelligente permet à la chanteuse de restituer la pureté d’un timbre que les années n’ont pas altéré, des aigus immatériels, sans parler du caractère spécifique de chaque pièce.

The Sun Whose Rays Are All Ablaze de The Mikado (Gilbert et Sullivan)

La Flûte enchantée de Shéhérazade (Maurice Ravel)

Chanson de Vilja de La Veuve joyeuse, (Franz Lehár)

Rêverie (Reynaldo Hahn)

Si mes vers avaient des ailes (Reynaldo Hahn)

Beim Schlafengehen de Vier letzte Lieder, op. 150 (Richard Strauss)

Le Roi s’en va-t-en chasse des Folk Songs (Benjamin Britten)

Fancie (Benjamin Britten)

Fancy (Francis Poulenc)

Parlez-moi d’amour (Jean Lenoir)

L’amour est un oiseau rebelle de Passionnément (André Messager)

Ça fait peur aux oiseaux de Bredouille (Paul Bernard)

Les Chemins de l’amour de Léocadia (Francis Poulenc)

Invocation à Vénus de La Belle Hélène (Jacques Offenbach)

Tu n’es pas beau de La Périchole (Jacques Offenbach)

Ah ! Quel dîner de La Périchole (Jacques Offenbach)

Yes ! de Yes ! (Maurice Yvain)

A Bar On The Piccola Marina (Noel Coward)

L’émotion est à son comble lorsque, au bout d’une heure et demie, Felicity Lott prend congé de nous (et de la scène parisienne ?) par cet air tiré de Belle Lurette d’Offenbach

La félicité faite musique

Je connais personnellement Felicity Lott depuis 1988. Producteur à la Radio suisse romande, j’étais chargé, entre autres, d’organiser et de programmer certains concerts de l’Orchestre de la Suisse romande, notamment ceux qui se tenaient dans la partie francophone de la Suisse. C’est ainsi que Felicity Lott chanta pour la première fois avec l’OSR et son chef Armin Jordan à Bienne (dans le canton de Berne) les Illuminations de Britten.

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Je fus l’acteur et le témoin de cette première rencontre entre la chanteuse britannique et le chef suisse, à laquelle allaient en succéder bien d’autres. Imaginez la grande dame, d’une élégance toute british et le chef qui n’aimait rien tant que raconter des histoires destinées à choquer le bourgeois, un dîner d’après concert dans un obscur bistrot biennois ! Ces deux-là eurent un coup de foudre réciproque.

Les agendas du chef et de la diva ne permirent pas de rééditer la rencontre à Genève avant janvier 1994.

J’avais quitté la radio suisse pour France Musique à l’été 1993, mais pour rien au monde je n’aurais manqué ce concert du Nouvel an en janvier 1994 que j’avais mitonné dans les moindres détails avec Armin et Felicity.

Ce 10 janvier 1994, un mauvais rhume aurait contraint n’importe quelle autre chanteuse à annuler. Felicity Lott nous demanda seulement de prévenir le public du Victoria Hall et de solliciter son indulgence.

Précautions inutiles, tellement inutiles que tout le concert fut enregistré en même temps qu’il était diffusé à la radio et qu’il donna ce disque, l’un des plus idiomatiques jamais consacrés à ce répertoire dit « léger » tant de la part du chef que de la cantatrice.

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Entre temps les deux s’étaient retrouvés au Châtelet à Paris pour une série de représentations du Chevalier à la rose en septembre 1993. Comme elle le rappelait lundi soir, Felicity Lott a été « la » Maréchale de la fin du siècle dernier. Elle a cité les grands chefs avec qui elle l’avait chantée, Carlos Kleiber en particulier, elle a oublié Armin Jordan, mais on ne lui en voudra pas !

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D’ailleurs, pour les 65 ans du chef suisse en 1997, ses amis genevois lui avaient préparé une surprise, dont je fus le complice actif. Contact avait été pris avec…Felicity Lott et Christian Zacharias, deux artistes avec qui Jordan avait commencé à travailler à la même époque, et qu’il aimait tout particulièrement. On me demanda si je pouvais organiser, dans le plus secret, les répétitions entre le pianiste et la chanteuse.. dans un studio de la maison de la radio à Paris.

Le soir du concert venu, Armin Jordan ne se doutant de rien fut interrompu par des problèmes d’éclairage du Victoria Hall! Lorsque surgissant de la pénombre, on entendit d’abord quelques notes de piano puis une voix, reconnaissable entre toutes…

La diva du siècle

Les années 2000 vont être fastes pour Dame Felicity. J’ai déjà raconté tout cela dans cet article du 30 octobre 2014 : Voisine

« Au début de l’année 2000, récemment nommé à la direction de l’Orchestre Philharmonique de Liège, je m’étais rendu à Genève pour un double événement : un Pelléas et Mélisande au Grand Théâtre (lire Un noir Pelléas illumine Genève), réunissant un plateau de rêve, la toute jeune et déjà fabuleuse Alexia Cousin, Simon Kennlyside, José Van Dam et à la baguette mon futur directeur musical, Louis Langrée, et le lendemain au Victoria Hall La Voix humaine de Poulenc avec Dame Felicity et Armin Jordan.  À peine arrivé à Genève, je reçois un message très alarmant, Armin Jordan est au plus mal, je fonce à l’hôpital, on ne me laisse passer que parce que j’affirme que je suis de sa famille et j’accède à une salle de soins intensifs, ou plutôt palliatifs, où je découvre mon cher Armin tubé de partout, mais d’excellente humeur et absolument pas mourant. Certes il n’est pas en état de diriger le lendemain… et c’est Louis Langrée qui fera le concert. Felicity Lott est à son acmé dans ce monologue un peu daté de Cocteau et Poulenc.

Elle a aimé travailler avec Langrée. Je pense déjà au programme qui devrait ouvrir le mandat de Louis Langrée à Liège et Bruxelles en septembre 2001 : le Poème de l’amour et de la mer de Chausson et Shéhérazade de Ravel. Felicity est libre et enthousiaste. Quelques jours plus tard, son agent m’appelle, très ennuyé : Deutsche Grammophon a prévu un enregistrement du Rosenkavalier à Dresdeavec Giuseppe Sinopoli à la même période, Felicity ne peut pas refuser pareille proposition, elle qui a été une Maréchale inoubliable sur toutes les grandes scènes du monde. Finalement l’enregistrement ne se fera jamais, Sinopoli meurt d’une crise cardiaque le 20 avril 2001. Mais trop tard pour reprogrammer la chanteuse à Liège en septembre. On ouvrira donc la première saison Langrée/Liège avec… Alexia Cousin, et Felicity Lott nous récompensera de deux soirées mémorables de Nouvel An en janvier 2002. Avec tout ce répertoire dans lequel la plus française des cantatrices britanniques a triomphé notamment sur la scène du Châtelet avec Offenbach.

Nous nous rappelions l’autre soir cette semaine de l’hiver 2002 à Liège. Et une équipée baroque dans les rues commerçantes de la Cité ardente : Dame Felicitydevait être reçue à son retour à Londres par l’Ambassadeur de France dans la capitale britannique pour être décorée de la Légion d’Honneur, et il lui fallait une tenue en rapport avec la solennité de la circonstance ! Nous finîmes par trouver une belle boutique de la rue du Pot d’Or, où l’apparition de la chanteuse ne passa pas inaperçue. Après bien des essayages et des hésitations, Felicity choisit plusieurs ensembles griffés de couturiers français… »

J’ajoute que, pour ce programme de Nouvel an, Felicity Lott avait accepté de chanter l’air de Louise de Charpentier, Depuis le jour – l’un des plus érotiques de la littérature lyrique française. Elle m’avouera après coup n’y avoir jamais retouché depuis les représentations de La Monnaie vingt ans auparavant. Et pourtant quelle fraîcheur, quelle sensualité dans la voix et l’expression !

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L’ovation que le public de l’Athénée lui a réservé lundi soir disait bien l’affection, l’admiration qu’on porte à une belle personne, à une musicienne exceptionnelle, à quelqu’un qui fait partie de notre famille de coeur.

 

Mouvement contraire

J’évoquais avant-hier le Théâtre des Champs-Elysées (Le Théâtre lumière). Il en est question, et pas qu’un peu, dans un ouvrage qui n’a pas grand chance de devenir un bestseller.

Le nom, le titre ne disent plus rien à personne, hormis quelques mélomanes avertis, et la couverture n’est pas la plus affriolante qui soit. Un sobre sous-titre se contente d’annoncer la couleur : Souvenirs d’un musicien.. 

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Et pourtant, ce Mouvement contraire passionne dès les premières lignes. L’auteur en est Désiré-Emile Inghelbrechtque ceux qui le fréquentaient appelaient familièrement Inghel. 

D.-E. Inghelbrecht (1880-1965), grand-père belge, mère anglaise, père musicien dans l’orchestre de l’Opéra de Paris, est non pas « le plus grand chef français de sa génération« , comme l’annonce présomptueusement l’éditeur – il y en eut quand même quelques autres d’aussi importants, Munch, Monteux par exemple ! – mais son rôle dans la vie musicale française de l’entre-deux-guerres est capital !

Ce sont ses Mémoires, publiés en 1947 et depuis longtemps introuvables, que les éditions de la Coopérative ont eu la très bonne idée de rééditer.

Ce Mouvement contraire est non seulement un document de premier plan sur la vie artistique en France durant la première moitié du vingtième siècle, mais un texte d’une grande qualité d’écriture et d’un très haut niveau de réflexion. Le titre en désigne d’emblée l’originalité formelle : le musicien raconte sa vie à rebours, en partant du présent et en remontant vers sa jeunesse. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, celle-ci lui apparaît comme ayant coïncidé avec un âge d’or de la musique française. Ami intime de Claude Debussy, familier d’autres grands compositeurs comme Maurice Ravel, Inghelbrecht offre un témoignage humain essentiel sur cette période où sa carrière le conduit à participer à la renaissance de la salle Pleyel, à l’aventure du Théâtre des Champs Élysées (il est le premier titulaire du pupitre à l’ouverture de celui-ci en 1913), aux vicissitudes de l’Opéra-Comique, au renouveau ou à la création de grands orchestres français (c’est à Inghelbrecht qu’on doit la fondation, en 1934, de l’orchestre national de la radiodiffusion française, aujourd’hui Orchestre National de France).

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La vie personnelle d’Inghelbrecht fait de lui le témoin privilégié de toute la vie artistique de son temps : il est notamment le gendre du grand peintre et affichiste suisse Steinlen (1859-1923, universellement connu comme le peintre des chats), et l’époux de la danseuse-étoile et chorégraphe suédoise Carina Ari (1897-1970).

Ces Mémoires révèlent un véritable écrivain plein d’humour, capable de brosser des portraits tour à tour tendres ou cruels de ses contemporains, ainsi que de certaines figures politiques qu’il a côtoyées.

Son legs discographique est considérable, mais n’a pas bénéficié jusqu’à présent d’une réédition à la hauteur de sa réputation. Le sesquicentenaire de Debussy a certes remis au jour ses versions historiques, notamment son Pelléas

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Je reviendrai sur plusieurs chapitres de ces Mémoires « à l’envers », et des pages savoureuses, par exemple sur le concert inaugural du Théâtre des Champs-Elysées, sa première rencontre avec Debussy, ses démêlés à l’Opéra-Comique, etc.

 

 

 

 

From Scotland

J’ai salué la qualité exceptionnelle des musiciens que j’ai entendus durant mon récent séjour en Ecosse, ceux du Scottish Chambre Orchestra (Journal d’Ecosse Icomme ceux du Scottish Opera (Journal d’Ecosse II). 

Il faut ajouter deux grandes phalanges symphoniques, le Royal National Scottish Orchestra et le BBC Scottish Symphony Orchestra l’un et l’autre basés à Glasgow.

Petit tour d’horizon – non exhaustif – d’une discographie impressionnante.

Avec le Scottish Chamber, des disques qu’on aime particulièrement :

61lrLUj11nL._AC_SL1050_Clin d’oeil à trois artistes amis, dont ce fut l’unique enregistrement réalisé en Ecosse.

La période la plus faste, la plus intéressante aussi, du SCO en matière de disques, est sans conteste la décennie 90, avec la personnalité charismatique de Charles Mackerras (1925-2010)

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Dans Mozart, le vieux chef australien opère un retour aux sources, donne une énergie et des couleurs « historiquement informées » à un orchestre dont il allège les textures. Même métamorphose dans d’idéales symphonies de Brahms. Des gravures qui ont été peu remarquées par la critique continentale, et qui, pour certaines, ont longtemps été indisponibles à la suite de la faillite du label américain Telarc.

Son successeur, Robin Ticciati (2009-2018), laisse quelques enregistrements de belle venue, même si, dans Berlioz ou Brahms, on ne retrouve pas toujours l’inspiration de son aîné.

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71AUG7if8-L._AC_SL1200_On attend avec impatience la sortie, le 15 novembre, de la 9ème symphonie de Schubert, sous la houlette du tout jeune et nouveau directeur musical du Scottish Chamber Orchestra, le Russe Maxime Emelyanychev

 

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La discographie du Royal Scottish National Orchestra s’est considérablement développée lorsque Neeme Järvi en a tenu les rênes de 1984 à 1988.

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Une intégrale des poèmes symphoniques et des Lieder de Richard Strauss (avec Felicity Lott) que Chandos serait bien inspiré de nous proposer en coffrets.

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Autre période féconde pour l’orchestre, avec quelques disques remarquables, le mandat de Stéphane Denève (2005-2012).

La meilleure intégrale symphonique Roussel (lire Le marin musicienrécente

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81q6Ojw1jEL._SL1429_L’attachement du chef français au compositeur Guillaume Connesson est connu et le début d’une aventure discographique commune a eu lieu à Glasgow.

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La discographie du BBC Scottish est plus hétéroclite, plus orientée vers des répertoires moins courus (missions de service public des orchestres de la BBC !).

C’est à cet orchestre, conduit par le chef français Jean-Yves Ossonce, qu’on doit l’une des rares intégrales des symphonies de Magnard

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La bande des quatre

Je n’ai pu suivre que partiellement, et à la radio (merci France Musique) le concert-événement qui réunissait avant-hier soir à Orange les quatre formations musicales de Radio France, l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, le Choeur et la Maîtrise de Radio France sous la baguette de Jukka-Pekka Saraste pour la Huitième symphonie de Mahler (à réécouter ici).

Et j’ai entendu les propos du Ministre de la Culture, Franck Riester, sur France Musique : « C’est important de dire que nous avons une richesse musicale exceptionnelle à Radio France, une richesse que nous souhaitons pérenniser. (…) L’ambition musicale de l’audiovisuel public passe par deux orchestres, par une maîtrise et par un chœur (…) Il doit y avoir des économies, des transformations »

L’occasion me semble venue de livrer ma part de vérité à ce sujet.

Nommé par Mathieu Gallet à la direction de la musique de Radio France en mai 2014, j’en suis parti un an plus tard en mai 2015, après la longue grève qui avait affecté la Maison ronde. Nul n’a jamais donné d’explication à ce départ, ni l’ancien président de Radio France, ni moi. Quatre ans après, le temps est venu de la dire.

Car c’est bien à propos des formations musicales de Radio France, dont j’avais la responsabilité comme Directeur de la musique, que s’est creusée la divergence entre Mathieu Gallet et moi.

Un mot personnel d’abord

De tous les directeurs de la Musique qui se sont succédé à Radio France, je suis le seul à avoir eu l’expérience de la direction, de la gestion de plusieurs orchestres (de 1986 à 1993, à la Radio Suisse romande, je participais à la gestion artistique et budgétaire d’une partie des activités de l’Orchestre de la Suisse Romande, et de 1999 à 2014 j’ai été le directeur général de l’Orchestre philharmonique royal de Liège). Ce qui, je peux le dire, m’a donné un avantage décisif dans la relation avec les syndicats et les « représentations permanentes » des formations musicales de Radio France.

Nous parlions le même langage, je connaissais de l’intérieur l’univers des musiciens, les règles et les usages, souvent hermétiques pour les non initiés. Cette connaissance intime des rouages avait un revers : on ne pouvait pas « me la faire » et faire passer certaines habitudes pas très orthodoxes pour des règles établies !

C’est cette connaissance intime, ajoutée au respect réciproque qui a toujours présidé à mes relations avec les musiciens et leurs représentants, qui m’ont, je crois, permis de faire avancer durablement, en dépit de la brièveté de mon mandat, la cause des quatre formations musicales de Radio France.

Fusion, confusion

Pendant la « campagne » qui a précédé l’élection par le CSA du PDG de Radio France, début 2014, on a vu refleurir dans la presse un « marronnier » qui a la vie dure : Faut-il deux orchestres à Radio France ? Lire Les orchestres de Radio France en crise

Débat encore ravivé par le dernier rapport de la Cour des Comptes : « En 2018, comme en 2014, les formations musicales de Radio France sont au nombre de 4. La décision du fusionner les orchestres n’a pas été prise, en dépit des recommandations de la Cour »:« Il n’est ni dans la vocation ni dans les moyens de Radio France de conserver en son sein deux orchestres symphoniques »

Si le général de Gaulle affirmait en 1966, à propos de la Bourse : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », on renverrait bien la formule aux magistrats de la rue Cambon : « La politique culturelle de la France ne se fait pas à la Cour des Comptes« .

Lorsque Mathieu Gallet m’a sollicité pour la direction de la musique de Radio France, nous avons eu plusieurs longs échanges, destinés à fixer le cap de la politique musicale qui serait la sienne et que j’aurais, selon les statuts mêmes de Radio France, à mettre en oeuvre (car, contrairement à ce que l’on croit, et à une pratique dévoyée pendant trop d’années, ce ne sont pas les chefs, les directeurs musicaux, des orchestres qui définissent la ligne artistique de Radio France et de leurs formations).

Dans une note très argumentée que je lui avais remise et qu’il avait acceptée comme base de notre collaboration, je disais deux choses très simples :

  • Le mot même de « fusion » n’a aucun sens, s’agissant de formations musicales. Dans certains cas, en Allemagne notamment, il y a eu des regroupements, des réorganisations (par exemple à Berlin, à la suite de la chute du Mur, ou dans certains Länder, comme le Bade-Wurtemberg), dans malheureusement beaucoup d’autres cas, notamment aux Etats-Unis, des suppressions pures et simples. La fusion est une notion économique, technocratique, en rien transposable à la situation des orchestres.
  • A la question : « Faut-il deux orchestres à Radio France ? » j’avais répondu très clairement : Si c’est pour jouer les mêmes répertoires, se faire une concurrence ridicule, refuser les missions normalement dévolues à des orchestres de radio, NON ! Si c’est pour revenir aux objectifs qui ont présidé à la fondation des deux orchestres, redéfinir deux projets artistiques originaux et complémentaires, dans le respect des missions de service public de Radio France, OUI !

Autrement dit, si on ne corrigeait pas une trajectoire qui, depuis trente ans, avait laissé se développer une rivalité féroce entre les deux orchestres de Radio France et leurs chefs respectifs, on offrait aux partisans de la « fusion » ou de l’élimination d’un des deux orchestres, tout comme aux comptables de Bercy ou de la Cour des Comptes, et à une grande partie de la classe politique, toutes les raisons de persévérer dans leurs idées funestes.

La vocation de chaque orchestre

C’est très exactement le discours que je tins, dès ma prise de fonction début juin 2014, à tous mes interlocuteurs, musiciens, équipes administratives, et un peu plus tard à Daniele Gatti, patron de l’Orchestre National, et Mikko Franck, directeur musical désigné de l’Orchestre philharmonique (Myung Whun Chung, le chef « sortant » de cet orchestre considérant, lui, qu’il n’avait de comptes à rendre à personne, et surtout pas à moi !).

Si nous n’étions pas capables, en interne, de nous réformer, de justifier artistiquement l’existence des deux orchestres, d’autres, à l’extérieur, ne manqueraient pas de s’en charger, et sans états d’âme.

À l’Orchestre National de France la défense et illustration de la musique française, du grand répertoire, servi de préférence par des chefs français – dont la presse rappelle régulièrement qu’ils sont quasiment tous en poste à l’étranger ! -, et une présence beaucoup plus forte dans les salles de concert de l’Hexagone. Les premiers résultats de cette orientation se concrétiseraient dès la saison 2015/2016 et de manière spectaculaire en 2016/2017 (lire Les Français enfin). Du jamais vu depuis plus de quarante ans : 8 chefs français invités, Emmanuel Krivine, Louis Langrée, Stéphane Denève, Alain Altinoglu, Jean-Claude Casadesus, Fabien Gabel, Jérémie Rorher, Alexandre Bloch !

J’ajoute que, pour la deuxième édition du Concert de Paris – le 14 juillet sous la Tour Eiffel – il était indispensable de conforter la place de l’Orchestre National (du Choeur et de la Maîtrise), d’autres formations, comme l’Orchestre de Paris, pouvant légitimement prétendre à cet honneur. La discussion que j’eus, quelques heures avant le concert, sur la pelouse du Champ de Mars avec la Maire de Paris, dut assez la convaincre pour qu’elle conserve, au fil des ans, sa fidélité aux forces musicales de Radio France

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(Photo historique ! Sur les cinq personnes visibles ici, quatre ne sont plus en fonctions : de gauche à droite, Anne Hidalgo, Maire de Paris, Bruno Juilliard, ex-premier adjoint, François Hollande, JPR et Manuel Valls, le 14 juillet 2014)

À l’Orchestre philharmonique de Radio France, les missions dans lesquelles il excelle et qu’il peut assumer grâce à sa « géométrie variable » : la musique du XXème siècle, la création, les productions lyriques, la comédie musicale, les projets radiophoniques, pédagogiques, qui n’excluent pas le grand répertoire. Mikko Franck le Finlandais, né, grandi dans un pays tout entier voué à promouvoir sa musique, sa création, ses talents, comprit très vite la nécessité de « franciser » la programmation de l’orchestre dont il allait devenir le chef.

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La réforme, malgré tout

« Le National pourrait se recentrer sur la musique française, y compris les répertoires et compositeurs méconnus, tandis que le Philharmonique aurait un répertoire plus large, plus audacieux à certains égards « , suggère Jean-Paul Quennesson (Sud), lui-même corniste au National (France Musique1er avril 2015)

Au-delà de la réaffirmation de ces principes, et de leur (ré)activation, qui finalement recueillirent un assentiment quasi-général, une fois certains « réglages » opérés (cf. la déclaration ci-dessus) le véritable enjeu était notre capacité à réformer vraiment et durablement un système, une organisation devenus hors de contrôle. Parce que, en position de force face à des PDG ou des directeurs de la musique qui voulaient la paix, les syndicats, les représentants des musiciens, géraient de fait la planification, l’organisation des « services », les recrutements, et finalement l’administration des orchestres.

C’est peu dire que la réforme du système, pourtant clairement annoncée par le nouveau PDG de Radio France (choisi à l’unanimité par le CSA), ne fut pas une partie de plaisir, comme le rappelait Christian Merlin dans Le Figaro du 2 octobre 2014. Je fus taxé d’une excessive rapidité dans la mise en oeuvre de la réforme…

Et pourtant, malgré les vagues, les préavis de grève, les postures, le patient mais nécessaire travail de fond s’engagea, sous une double contrainte : une perspective budgétaire très « contrainte » pour Radio France, et la renégociation de la convention collective, notamment pour l’annexe qui concerne les musiciens. Avant que la longue grève du printemps 2015 ne vienne interrompre les processus en cours, je dois reconnaître – pour leur rendre hommage – que tous les syndicats présents autour de la table de négociations, y compris la CGT, finirent par accepter de discuter de toutes les dispositions que nous avions incluses dans le projet de nouvelle convention collective, comme celle qui consiste pour une formation à « prêter » certains de ses musiciens à l’autre, lorsque l’effectif requis exige le recours à des musiciens « supplémentaires ». Ce « nouvel accord collectif » sera finalement signé deux ans plus tard, en mars 2017 *!

La divergence

Pendant toute cette période, une grande part de mon temps et de mon énergie fut requise, comme membre du Comité exécutif de Radio France (j’avais insisté auprès de Mathieu Gallet pour que le directeur de la musique fasse partie de cette instance nouvelle de gouvernance), par d’innombrables réunions internes et externes visant à la « finalisation » du Contrat d’objectifs et de moyens (COM) qui devait fixer les moyens que l’Etat consentirait à Radio France pour les cinq années à venir. Le même Etat imposant un retour à l’équilibre budgétaire en deux ans, alors même que les travaux de réhabilitation de la Maison ronde pesaient lourdement sur les comptes et la trésorerie de la maison !

J’avais préparé plusieurs scénarios de « reconfiguration » – comme on dit pudiquement pour parler de restrictions ! – de la direction de la musique, et donc des quatre formations musicales, des plus pessimistes aux plus réalistes. Je n’avais jamais cessé de penser que, bien négociée, bien préparée, cette « reconfiguration » devait permettre le maintien des deux orchestres, du choeur et de la maîtrise. Il n’y avait aucune raison ni artistique, ni politique, ni budgétaire, ni philosophique même, d’envisager de se séparer de l’une de ces formations.

Pourtant Mathieu Gallet, influencé ou « conseillé » par quelques visiteurs du soir (qui ne devaient pas lui vouloir que du bien !) se mit en tête, dès la fin décembre 2014, d’éloigner l’Orchestre National, de le « céder » à la Caisse des Dépôts et Consignations propriétaire du Théâtre des Champs-Elysées, qui avait été le lieu de résidence du National, jusqu’à l’ouverture de l’Auditorium de la Maison de la radio le 14 novembre 2014. CQFD. Des contacts furent pris en secret par le jeune PDG, que nous ne cessions de mettre en garde contre les risques d’une opération aussi hasardeuse et « explosive » dans un contexte déjà très tendu. Une fuite (organisée ?) dans les pages éco du Figaro en février 2015 mit le feu aux poudres, contribuant à déclencher l’un des plus longs mouvements de grève à Radio France.

« La direction avait estimé la semaine dernière que « Radio France n’a pas les moyens de financer deux orchestres symphoniques, un choeur et une maîtrise pour un coût de 60 millions d’euros, ne générant que 2 millions de recettes de billetterie « . Le PDG Mathieu Gallet avait évoqué la piste de se séparer de l’Orchestre national de France et de le transférer au Théâtre des Champs Elysées, proposition rejetée par la Caisse des dépôts, propriétaire majoritaire de la salle parisienne. » (France Musique, 1er avril 2015)

Le conflit avec l’actionnaire prit une tournure publique, lorsque la ministre de la Culture de l’époque, Fleur Pellerin, exigea sur un mode comminatoire que Mathieu Gallet lui envoie son projet stratégique, que celui-ci réitéra, contre toute vraisemblance, son projet « d’externaliser » l’Orchestre National, et que la Ministre lui répondit sèchement, s’inspirant des positions défendues tant par les directions compétentes du ministère que de Radio France et connues de tous, que le futur de Radio France s’inscrirait avec deux orchestres et un choeur reconfigurés, confirmés dans leurs objectifs et leur vocation (Crise à Radio France : Mathieu Gallet le dos au mur)

Je ne pouvais pas soutenir M. Gallet dans son entêtement, il ne pouvait pas accepter que son directeur de la Musique soit sur une position qui lui semblait être celle de son « adversaire » du moment, le Ministère de la Culture. Le divorce était consommé, je devais partir… (Jean-Pierre Rousseau quitte la direction de la musique,21 mai 2015).

Divergence, divorce mais pas rupture puisque je conservais la direction du Festival Radio France et la confiance de son co-président… Mathieu Gallet – qui, jusqu’à son départ forcé de la présidence de Radio France en janvier 2018, n’a jamais ménagé son soutien au Festival !

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(En juillet 2015, de gauche à droite, René Koering, fondateur et directeur du Festival jusqu’en 2011, J.P.R., Jean-Noël Jeanneney, PDG de Radio France en 1985, René Alary, président de la Région Languedoc-Roussillon, Mathieu Gallet, Philippe Saurel, maire de Montpellier)

img_0059(le 28 juillet 2017, à Marciac, avec Katia et Marielle Labèque)

Ironie de l’histoire, mon successeur, nommé au printemps 2016, sera Michel Orier, qui un an plus tôt était le tout puissant et actif Directeur général de la Création artistique du Ministère de la Culture ! Depuis lors, Michel Orier – qui a mis tout son poids dans la réalisation de l’idée de concert Mahler voulue par le nouveau directeur des Chorégies d’Orange, Jean-Louis Grinda, ami et complice d’aventures liégeoises – a non seulement mené à bien les réformes engagées dès 2014, mais il a conforté le rôle irremplaçable des quatre formations musicales de Radio France dans le paysage musical français et international. Et démontré que la Maison de la radio pouvait battre des records de fréquentation de son Studio 104 et de son Auditorium !

* Extraits du « Nouvel accord d’entreprise » de Radio France

Le Nouvel accord d’entreprise vise à mettre en adéquation les conditions de travail des Musicien-nes avec les nouveaux modes de création, de diffusion et d’exploitation de la musique pour faire de Radio France un acteur majeur du secteur de la musique.

Ainsi le Nouvel accord d’entreprise permettra de :

Développer le paritarisme artistique en associant davantage les Musicien-nes à l’élaboration des programmes par la redéfinition du rôle des représentations permanentes artistiques des orchestres et du choeur ;
Gagner en flexibilité dans la gestion des plannings en prévoyant plus en amont la programmation des saisons tout en permettant la tenue de projets exceptionnels afin d’améliorer le service aux antennes ;
Garantir la qualité artistique des formations musicales en optimisant la programmation des Musicien-nes de Radio France au sein des productions des orchestres et du choeur, notamment en cas de défaillance pour maladie ;
Développer la collaboration entre les formations musicales, notamment entre les orchestres en permettant aux Musicien-nes de porter des projets artistiques communs ou de travailler, avec leur accord, dans l’une ou l’autre des formations de Radio France pour répondre à des besoins de nomenclature ;
Renouveler les formats de concerts notamment en permettant la divisibilité de l’ensemble des formations musicales ;
Renouveler les publics en développant les tournées et les offres de concerts les samedis et dimanches pour les familles, l’enfance et la jeunesse ;
Simplifier le système des décomptes et des pauses afin de pouvoir mettre en oeuvre des programmes courts, de créer et d’enregistrer des musiques de film, des projets numériques etc.
Mettre à niveau et simplifier le système de rémunération des Musicien-nes.

(Source : Radio France Espace presse 31 mars 2017)

 

 

 

 

 

 

Mon Karajan

La couverture et tout un dossier dans le numéro de juillet de Diapason, une matinale spéciale sur France Musique, Karajan est mort il y a tout juste trente ans, le 16 juillet 1989.

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J’ai déjà raconté ma « première fois » avec lui : La découverte de la musique : KarajanA Lucerneil y a 45 ans :

« Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé….

J’ai pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage. Je me suis rattrapé depuis… »

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Karajan a enregistré trois disques absolument magnifiques, Schoenberg, Berg, Webern, après y avoir consacré un nombre considérable de répétitions. On approche la perfection. Je ne connais pas plus sensuelle version de La Nuit transfigurée (Verklärte Nacht)

Une seconde occasion me fut donnée de voir et d’entendre Herbert von Karajan et ses Berliner Philharmoniker. Je vivais et travaillais à Thonon-les-Bains comme assistant parlementaire du député local (lire Réhabilitation), le conseiller général socialiste Michel Frossard me proposa un soir de 1984 de l’accompagner à un concert exceptionnel donné à Genève, non pas au Victoria Hall qui était alors en travaux à la suite d’un incendie, mais au Grand Théâtre.

Etablissement-destine-public-Grand-Theatre-aussi-travail-quotidien-dartistes-techniciens-personnels-administratifs_0_729_487Nous étions placés très haut et loin de la scène. Le choc fut pour moi de voir arriver un homme affaibli par la maladie, avançant à grand peine vers son podium. Rien de la superbe qu’il affichait dix ans plus tôt. Et déjà le masque qu’on lui verrait lors de l’unique concert de Nouvel an qu’il dirigea à Vienne le 1er janvier 1987.

Un programme très court, une heure de musique partagée entre Debussy et Ravel. Le « son » Karajan tel qu’il l’avait forgé en trente ans de « règne », parfois jusqu’à la caricature.

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Sur mes préférences dans l’abondante discographie du chef autrichien, je me suis déjà exprimé dans cet article : Abbado Karajan les lignes parallèles.

Et puisque Gidon Kremer était hier en concert à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France (#FestivalRF19) – j’y reviendrai –

67118951_10157355197808194_4338412990438047744_nmention de l’unique enregistrement qui réunit le violoniste letton tout juste émigré d’Union soviétique et Karajan, qui dira n’avoir jamais rencontré plus pur musicien.

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Pour presque tout savoir de la discographie de Karajan :

Bestofclassic : Karajan l’intégrale

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Un disque peu connu, sauf des karajanophiles invétérés, un « live » capté au festival de Lucerne.

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Il faut aussi bien évidemment rappeler la somme magistrale publiée par EMI, des tout premiers enregistrements réalisés sous la houlette de Walter Legge au sortir de la guerre, à Vienne puis avec le Philharmonia de Londres, puis à partir des années 70 à l’instigation de Michel Glotz pour l’essentiel à Berlin.

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Les enregistrements symphoniques et concertants ont fait l’objet d’une remasterisation assez exceptionnelle, et sont disponibles en coffrets thématiques séparés.

J’ignore si le même traitement sera réservé aux enregistrements d’opéras.

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Offenbach méritait mieux

On a assez loué ici les qualités de deux coffrets majeurs, sortis ces derniers mois, publiés par Warner, pour honorer Debussy (De la belle ouvrage) puis Berlioz  (Le père Berlioz)

pour ne pas avouer une vraie déception à propos d’un coffret qu’on attendait, qu’on espérait (Et Offenbach ?)

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Déception quant au contenu et à la présentation pour le moins approximative qui est faite du compositeur, de son oeuvre, et du contexte musical et historique de son activité parisienne.

Certes il était inenvisageable d’imaginer une intégrale, puisque tant d’ouvrages restent à découvrir, à enregistrer. Mais, comme Warner l’avait fait pour Berlioz par exemple, il eût suffi de rassembler des versions parues chez d’autres éditeurs d’oeuvres dont il n’existe souvent qu’un unique enregistrement (je pense aux Fées du Rhincaptées en 2003 à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France).

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La composition de ce coffret ne laisse pas d’intriguer. À qui cette édition est-elle destinée ? au public français, à l’auditoire allemand ?

Orphée aux Enfers, La belle Hélène, La Vie parisienne, Les Contes d’Hoffmann, bénéficient de versions en français et en allemand. Quant à La Grande Duchesse de Gérolstein, elle n’a droit qu’à des extraits en français (alors qu’il y a au moins deux versions qui font autorité, celle de Michel Plasson avec Régine Crespin – mais chez Sony – et celle de Marc Minkowski avec l’irrésistible Felicity Lott…. chez Warner !

Certes, cette Grande Duchesse, comme d’irrésistibles Orphée aux enfers et Belle Hélène ont fait l’objet d’un coffret de référene, mais pourquoi avoir écarté ces réussites récentes ?

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Les versions germaniques ne sont pas dénuées d’intérêt, et il est vrai qu’Offenbach est régulièrement joué, en allemand, dans les théâtres outre-Rhin. Pas sûr, cependant, que l’adéquation stylistique soit toujours au rendez-vous avec des chanteurs plus habitués à l’opérette viennoise, comme Anneliese Rothenberger, Adolf Dallapozza ou même Dietrich Fischer-Dieskau

Quant au choix des versions retenues, dans un catalogue très fourni, les fonds EMI ou Erato, on n’est pas surpris que Michel Plasson se taille, justement, la part du lion (avec les équipes brillantes qu’Alain Lanceron rassemblait à Toulouse, Jessye Norman, Teresa Berganza, Mady Mesplé, etc…On l’est plus du choix d’une version des Contes d’Hoffmann, celle de Sylvain Cambreling qui n’a, dans les principaux rôles, que des interprètes non francophones (Neil Schicoff, Ann Murray, Rosalind Plowright, etc..), alors que le même éditeur a une version, autrement plus convaincante, et tout aussi brillante, celle qui rassemble Roberto Alagna, Natalie Dessay, José Van Dam...

Rien de l’Offenbach violoncelliste, alors que Warner vient de publier une magnifique version d’Edgar Moreau !

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Maigres « compléments » un disque « d’airs célèbres » avec Jane Rhodes et Roberto Benzi et la version archi-connue de Gaîté parisienne (dont on précise qu’il s’agit de la « version orchestrale », comme s’il en existait une autre ??) de Manuel Rosenthal, avec un orchestre de Monte-Carlo en très petite forme et mal enregistré. Pourquoi ne pas avoir retenu le chic, le charme et le fini orchestral de Karajan avec le Philharmonia (en 1958) ?

L’affaire se corse avec le livret qui accompagne ce coffret. Je ne suis, de loin, pas un spécialiste d’Offenbach, et je fais confiance à ceux que j’ai déjà cités (voir Et Offenbach ?pour nous éclairer sur le personnage et son oeuvre.

Entre approximations, généralités, vulgarité, et fautes de syntaxe, on est gâté : à propos des Contes d’Hoffmann « on dispose de trop de matériau, dont on ne sait pas ce qu’il en aurait fait », Saint-Saêns est traité au passage de « vieux cochon », La belle Hélène est qualifiée de « persiflage gréco-latin bourré d’anachronismes délirants« . On sera heureux d’apprendre qu’un ouvrage comme Le Pont des soupirs dont il n’existe, à ma connaissance, aucune version en CD, fait partie des « tubes immortels » d’Offenbach, et on pourra se dispenser de lire d’invraisemblables développements sur les « diverses appellations des oeuvres lyriques d’Offenbach : opérette, opéra-bouffe, opéra-comique, opérette-bouffe, opéra-bouffon, opéra-féerie.. des termes qui se marchent quelque peu sur les pieds (sic) !

Déception donc ! Offenbach méritait vraiment mieux.

On se console avec Felicity Lott :

et avec ce double album de l’impayable Régine Crespin.

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Le piano poète

 

Sa mort, comme sa vie, sont passées inaperçues, en dehors de ceux, parmi les mélomanes , qui lui ont toujours voué une admiration, une affection sans bornes : Jörg Demus, né le 2 décembre 1928 à Sankt Pölten est mort le 16 avril dernier à Vienne.

Cherchez sa discographie, vous aurez du mal : des enregistrements certes nombreux mais épars, sous diverses étiquettes, où prédominent son rôle d’accompagnateur dans le répertoire de la mélodie allemande avec Fischer-Dieskau par exemple et son duo de pianos avec Paul Badura-Skoda, son aîné de quelques mois.

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Ce nom m’est devenu familier dans mon adolescence pour deux raisons inattendues.

J’ai raconté le seul concert dans lequel je me sois jamais produit sur scène, à Poitiers au printemps 1973 (Les jeunes Français sont musiciens). Outre quelques Danses hongroises de Brahms que je partageais au piano avec une autre élève du Conservatoire de Poitiers, j’avais accompagné deux excellents camarades clarinettistes dans une transcription pour deux clarinettes du Lied de Schubert Der Hirt auf dem Felsen (Le pâtre sur le rocher). À l’époque où nous préparions ce concert, je n’avais aucun disque de la version originale (pour soprano, clarinette et piano) à ma disposition. Ce n’est que bien après, en Suisse, que je trouverai cet enregistrement qui ne m’a plus jamais quitté, avec la céleste Elly Ameling, la clarinette un peu rustaude de Hans Deinzer… et au pianoforte Jörg Demus

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Quelques années après, parcourant les environs de Poitiers, dans ce département de la Vienne dont on m’avait dit qu’il était riche de… 400 châteaux, je m’arrêtai, pour je ne sais plus quelle raison, près du château de Rochemeau ou Rochemaux à Charroux. J’appris qu’il était la propriété d’un pianiste, un « original », un étranger ! Jörg Demus ! Eût-il été présent ce jour-là que je n’aurais jamais osé sonner à la porte du château, j’étais bien trop timide…

pa00105384-chateau-rochemauxJ’ai découvert en lisant l’article nécrologique de Marie-Aude Roux dans Le Monde (Le pianiste Jörg Demus est mortque sa fantaisie et sa francophilie avaient conduit Demus à acquérir un deuxième château, sans doute pour abriter son impressionnante collection de pianos, clavecins, pianoforte et autres Hammerflügel. 

Et depuis, sans que je l’aie jamais vu jouer, j’ai collectionné les disques de lui que je trouvais au hasard de mes fouilles dans les magasins de seconde main.. parfois en ligne.

J’ai « appris » le concerto en ré majeur de Haydn (et son finale alla ungarese) par les deux versions de Jörg Demus (où seule une Martha Argerich lui dame le pion en matière de liberté et de fantaisie) l’une sur pianoforte, l’autre sur un instrument moderne.

 

 

 

 

 

Puis ma première version de La Truite de Schubert

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ou du Voyage d’hiver

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Puis j’ai un peu oublié ce tendre pourvoyeur de mes premières émotions schubertiennes. J’ai négligé ses Schumann, ses Debussy, même ses Schubert à 4 mains (à cause de son partenaire qui ne m’a jamais séduit ?). Et, il y a quelques années, un disque Franck

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Et puis on trouve sur Youtube des merveilles comme ce récital donné au Japon : on ne sait de ses Bach, Beethoven, Chopin, Debussy ce qu’il faut admirer le plus…

Fort heureusement, un éditeur a eu la bonne idée de rassembler une grande partie du legs discographique de Jörg Demus dans un coffret « anniversaire »…

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En cherchant bien sur plusieurs sites, j’ai trouvé un double CD sous le titre passe-partout de Famous Piano Pieces qui ne mentionne même pas le nom de l’interprète sur sa couverture, et qu’on découvre en tout petit au dos : Jörg Demus ! Indispensable aussi !

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