Un été Bernstein (III) : L’Italie

Arrivant ce dimanche en Italie pour quelques jours de vacances, je me suis demandé quel était le rapport de l’Américain Leonard Bernstein avec ce pays d’opéra et de traditions populaires, plus que de musique symphonique.

Si l’on excepte la présence du chef au pupitre de La Scala dans les années 50, pour des prestations restées dans les mémoires du fait de « la » Callas, Bernstein a relativement peu travaillé en Italie.

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Il a plusieurs fois dirigé l’orchestre de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia de Rome.

C’est avec cette formation qu’il enregistre une version pas vraiment idiomatique, ni dans la conduite de l’orchestre puccinien, ni dans le format vocal des principaux protagonistes, de La Bohème de Puccini

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Bernstein retrouve l’Accademia à la fin de sa vie pour un cycle Debussy, crépusculaire, plus wagnérien que français de touche.

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Pour les Italiens proprement dits, morne plaine : un disque d’ouvertures de Rossini, très « show off », et deux des poèmes symphoniques qui forment la « trilogie romaine » de Respighi. Rien d’indispensable…

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Discographie complète de Bernstein : Bernstein Centenary

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Post scriptum : Après publication de cet article, un amical lecteur s’étonnait que je ne mentionne pas les deux enregistrements verdiens de Bernstein : son Falstaff avec Dietrich Fischer-Dieskau et l’inévitable Requiem.

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Je fais un blocage sur DFD dans Verdi (et pas que dans Verdi !), est-ce pour cela que je n’ai jamais prêté une oreille plus attentive à ce que fait Bernstein dans l’ultime chef-d’oeuvre de Verdi ?

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Même « oubli » pour cette version londonienne du Requiem. Je vais – peut-être – réviser mon jugement avec le troisième coffret – annoncé pour la mi-août – de la Leonard Bernstein Edition de Sony, regroupant tous les enregistrements vocaux, choraux et lyriques du chef.

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Picasso et la musique

IMG_6056Ce jeudi avait lieu le vernissage de l’exposition d’été du Musée Fabre de Montpellier : Picasso, donner à voir

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Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la première fois, dans l’histoire du musée montpelliérain, qu’une grande exposition est consacrée à Picasso, comme l’ont rappelé Michel Hilaire, le directeur du Musée Fabre, et Laurent Le Bon, le président haut en couleurs du Musée Picasso de Paris. Ce n’est évidemment pas dans la cohue d’un vernissage qu’on peut apprécier la qualité des oeuvres rassemblées et leur mise en espace. On y reviendra au calme…

Comme nous l’avons déjà fait les années précédentes, l’occasion était trop belle de nouer un partenariat entre cette exposition et le Festival Radio Franceplacé sous l’égide de la Douce France

Le lien entre Picasso et la programmation du Festival ? Une oeuvre, Le Tricorneune commande des Ballets russes  à Manuel de Falla, créée en 1919 par Ernest Ansermet. dans des décors signés Picasso ! Les deux suites du Tricorne sont au programme du concert du 16 juillet 2018, que donnera une formation que je connais bien (!) pour exceller dans la musique française, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, mon cher Christian Arming (avec une soliste d’exception qui m’est tout aussi chère, Beatrice Rana). 

C’est d’ailleurs à Liège que j’ai pu voir les esquisses de Picasso pour ces décors du Tricorne, dans la grande exposition parrainée par Anne Sinclair à l’automne 2016 pour l’inauguration de La Boverie.

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Je ne surprendrai personne en disant que la version du créateur de l’oeuvre est depuis toujours une référence, et occupe une place à part dans ma discothèque. J’attends avec impatience ce que les Liégeois nous offriront dans un mois.

La collaboration de Picasso avec les Ballets russes ne s’est pas limitée au Tricorne, comme le rappelle une exposition au MUCEM de Marseillequ’il faut se dépêcher d’aller voir (elle se termine le 24 juin).

En 1917, c’est le scandale Parade de SatieCollaboration renouvelée en 1924 pour Mercure.

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Un an après le Tricorne, toujours dans l’incroyable floraison créatrice des Ballets russes, Ansermet retrouve Picasso pour la création le 15 mai 1920, à l’Opéra de Paris, de Pulcinella de Stravinsky

 

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Un an plus tard, au théâtre de la Gaité lyrique à Paris, l’Espagne natale du peintre et du compositeur du Tricorne revient en force avec Cuadro Flamenco, une suite de danses populaires andalouses arrangée par Manuel de Falla

Le sujet Picasso et la musique ne s’arrête évidemment pas à ces collaborations remarquées à l’époque trépidante des Ballets russes. Je ne sais combien de toiles la musique et les musiciens ont inspirées à Picasso…

64e5cfc6bf767b9343a79e24af90e02d(Picasso, Trois musiciens, 1921)

Le label Naïve avait réalisé, il y a une dizaine d’années, une intelligente compilation des musiques qui ont inspiré et nourri le peintre.

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Grand écart

D’un lundi à l’autre, j’ai vécu, comme spectateur/auditeur, le grand écart en matière de concert classique : programme, lieu, contenu, format, présentation, public, tout distinguait les soirées du 19 et du 26 mars derniers.

Révélations classiques de l’ADAMI au théâtre des Bouffes du Nord d’une part, trio de stars – l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise, Mariss Jansons et Dmitri Matsuev – dans le cadre douillet du Théâtre des Champs-Elysées d’autre part.

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Dans l’un des quartiers les plus populaires et bigarrés de Paris, les Bouffes du Nord sont un lieu de culture unique, irremplaçable qui porte encore l’esprit de celui qui lui a redonné vie il y a une quarantaine d’années, Peter Brook, et qui, aujourd’hui, propose une programmation comme je les aime, comme j’essaie de le faire par exemple au Festival Radio France, une programmation qui fait confiance au public, à son goût de la découverte.

Je craignais – à tort – que la soirée des Découvertes classiques de l’ADAMI ressemble à un défilé de jeunes musiciens genre concours de fin d’année, un peu gauche, maladroit. Ce fut tout le contraire grâce à une mise en espace intelligente, un déroulé fluide et habile du programme qui a permis de se faire une juste idée du talent des huit musiciens, quatre chanteurs, quatre instrumentistes. J’en ai repéré quelques-uns qu’on invitera à Montpellier, ils ont ce quelque chose de plus qu’une belle voix ou un beau jeu. Adrien Boisseau relègue définitivement aux oubliettes les mauvaises blagues sur l’alto (lire Le mal aimé de l’orchestre, Blaise Rantoanina a la lumière de Mozart dans sa voix de ténor, Jonathan Fournel fait sonner son piano (une Etude de Debussy somptueuse, un Jésus que ma joie demeure impérial) comme on se souvient avoir entendu Nicholas Angelich tout jeune le faire…

 

Lundi dernier, c’était une tout autre ambiance, celle des grandes soirées chic du Théâtre des Champs-Elysées, la présence de l’un des meilleurs orchestres d’Europe, un chef charismatique, qui vient de fêter ses 75 ans, et un pianiste volcanique.

IMG_4832Public d’abonnés, et d’invités des sponsors du concert ou des ambassades. Certains manifestement ne savaient pas ce qu’ils venaient entendre. Juste derrière moi dans la file des spectateurs qui attendaient d’être placés au parterre, j’entends un homme jeune faire remarquer à sa compagne… qu' »il y a aussi un orchestre qui joue ce soir » (!).

Programme finalement moins conventionnel que d’ordinaire surtout pour un orchestre en tournée : 1ère symphonie « Le printemps » de Schumann en première partie, Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, et l’une des dernières oeuvres – pas la plus essentielle, de Leonard Bernstein – centenaire oblige – son Divertimento pour orchestre.

C’est une pure jouissance que d’écouter un orchestre à la sonorité si fondue, chaleureuse,   méridionale si on ose le cliché – mais Munich et la Bavière ont toujours été le « sud » des terres germaniques. Surtout quand Mariss Jansons gomme les aspérités de partitions qu’il dirige comme de vastes paysages élégiaques, un traitement qui convient à Schumann, nettement moins à Bernstein qui prend un coup de sérieux que l’auteur de West Side Story n’imaginait sans doute pas (l’ouverture de Candide en bis confinait au contre-sens). Dmitri Matsuev est égal à lui-même : capable de démonstrations spectaculaires de virtuosité, mais aussi de véritable poésie dans un Rachmaninov plutôt tenu que débridé.

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Victoires jubilaires

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Alors que j’avais émis quelques réserves l’an dernier (lire Quelles victoires ?) je dois saluer la réussite des 25èmes Victoires de la musique classique qui ont eu lieu hier soir dans le cadre magique de la Grange au Lac d’Evian.

Sans doute parce que tant de souvenirs m’attachent à ce lieu, à l’inauguration duquel j’avais assisté. J’ai déjà évoqué ici l’âme et l’instigateur de cette Grange au Lac (lire Anniversaires 90 + 175 :

« Evian d’abord où le grand patron d’industrie Antoine Riboud s’était entiché de Slava, dont il avait fait, en 1987, le président et l’âme des Rencontres Musicales d’Evian (fondées en 1976 par Serge Zehnacker) et à qui il avait offert une salle de concert hors norme dans le parc de l’hôtel Royal, la Grange aux Lacs.

Beaucoup de souvenirs pas seulement musicaux de ces retrouvailles annuelles, auxquelles j’assistais en voisin. J’y reviendrai, tant il y en eut d’émouvants, d’agaçants ou de cocasses. L’un me revient à propos de Pierre Bouteiller : celui-ci n’était jamais le dernier à courir les cocktails d’après-concert, surtout lorsqu’ils avaient lieu au Royal. A l’heure où la plupart des convives rassasiés partaient se coucher, Pierre se mettait au piano près du bar et jouait des standards de jazz…

Autre souvenir lié à l’inauguration devant un parterre très people de la Grange aux Lacs. La soirée avait été particulièrement pluvieuse, les abords immédiats de la salle n’étaient pas achevés, et c’est sur des chemins de terre détrempés que les invités devaient rejoindre le dîner au Royal en contrebas. Sortant par hasard de la salle à côté de Raymond Barre, j’entendis l’ancien Premier ministre s’exclamer : « Ce n’est pas la Grange aux lacs ce soir, c’est la grange aux flaques » !

La soirée d’hier était aussi mieux rythmée, plus courte (relativement, puisque terminée à 23h30). Leila Kaddour-Boudadi a de loin surclassé ses consoeurs stars de la télé qui s’étaient naguère essayées avec nettement moins de bonheur à l’exercice délicat de la présentation de cette soirée et bien entendu Frédéric Lodéon nous a encore servi des anecdotes dont il a le secret, après avoir avoué que ce serait la « der des der » et qu’il était temps pour lui de transmettre le flambeau après 17 ans de présentation des Victoires de la musique classique.

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Sur le nombre de récompenses, la sélection des « nommés », les votes de la profession, les critiques n’ont jamais manqué et n’épargneront pas ces 25èmes Victoires. Je constate simplement que le tableau d’honneur de cette soirée était à nouveau très impressionnant, qu’aucun des nommés, a fortiori aucun des récipiendaires de cette année n’était indigne d’y figurer, bien au contraire. Le plus surprenant – qui atteste d’ailleurs de l’incroyable foisonnement de talents français dans cette discipline – est peut-être que les prix de la Révélation du soliste instrumental et du meilleur Soliste instrumental soient allés à deux violoncellistes, quasiment du même âge, les excellents Bruno Philippe et Victor Julien-Laferrière.

IMG_4503(Bruno Philippe en pleine discussion avec le pianiste Jérôme Ducros)

IMG_4512Que Sabine Devieilhe ait raflé deux Victoires n’aura étonné personne !

On est moins convaincu par l’utilité d’un vote pour le « meilleur compositeur » de l’année, comme si on pouvait juger de l’oeuvre et du travail d’un compositeur dans ce genre de compétition, mais on est heureux qu’après Thierry Escaich l’an passé, ce soit Karol Beffa qui ait été honoré hier soir.

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Et puis il faudrait remercier Paul Meyer, Nelson Goerner, Anna Vinnistakaia, Lucas Debargue, et tous les autres, des moments rares de musique qu’ils nous offerts, exercice particulièrement périlleux dans ce genre de soirée télévisée. On me pardonnera d’avoir à mon tour succombé – après plus de 2 millions de personnes qui l’ont vu sur les réseaux sociaux – à la voix, au talent, au charme du contre-ténor polonaos Jakub Józef Orlinski

Toute la soirée est à revoir/réentendre sur francemusique.fr25èmes Victoires de la musique classique (mais contrairement à ce qu’indique le site de France Musique, ce n’est pas l’Orchestre national mais celui de l’Opéra de Lyon qui officiait hier soir)

28276254_1477216289072764_142791242358761763_n(Nelson Goerner après un Clair de lune de Debussy gorgé de poésie)

IMG_4511(Paul Meyer jouant un extrait du concerto de Thierry Escaich).

Enfin nul n’oubliera la prestation survoltée de Barbara Hannigan, chef et soliste d’un arrangement de Girl crazy de Gershwin

Tous les détails du palmarès de ces 25èmes Victoires ici : Le palmarès des 25èmes Victoires de la musique classique

 

Claude de France

On n’a pas fini de célébrer Claude Debussy mort il y a cent ans (voir De la belle ouvrage)

Je ne suis pas sûr de tenir une chronique très suivie de ce centenaire, tant d’autres le feront mieux que moi. Mais je veux signaler la parution d’un petit bouquin, découvert le week-end dernier chez mon libraire favori.

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Pianiste et producteur de radio (Notes du traducteur, puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard a consacré une part importante de sa activités à Claude Debussy (1862-1918). Mêlant digressions biographiques et analyses de l’oeuvre, cet ouvrage se présente comme une succession pointilliste de courts chapitres, donnant le point de vue de l’interprète : souvenirs et impressions rassemblés de près de cinquante ans de compagnonnage avec Debussy. Il éclaire l’auteur de Pelléas et Mélisande d’une lumière inédite, et très intimiste. A la lecture, on retiendra la célébration d’un Homme Musique, celui qui conjugue le son avec la couleur, saisit l’instant sur une portée, rend une atmosphère palpable et dessine délicatement les contours d’une rêverie. Claude Debussy demeure. Il est le Patron (Présentation de l’éditeur)

Qui ne connaît Philippe Cassard ? Compagnon et acteur de tant d’aventures musicales (Des touches et des voix), il a la gentillesse de rappeler mon engagement à ses côtés quand il entreprit une première fois, à Paris, à l’auditorium Saint-Germain, une intégrale du piano de Debussy à la fin des années 90 que je fis capter par France Musique, puis qu’il reprit le même projet, complété des partitions à quatre mains ou deux pianos avec François Chaplin, en 2012 cette fois à la Salle philharmonique de Liège

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Pour qui souhaite une approche sensible, intelligente et aimante de Debussy, ce nouvel opus d’Actes Sud est un must.

J’en profite pour évoquer deux autres ouvrages de cette collection. Après ma visite de la maison des Mendelssohn à Leipzig (Retour chez Felixj’avais oublié de citer l’excellent Mendelssohn de Jérôme Bastianelli, de loin préférable au pavé indigeste paru chez Fayard.

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En revanche, la déception est complète avec ce portrait bâclé d’une famille (La dynastie Straussqui attend encore un ouvrage de référence en français. Occasion manquée vraiment dans une collection qui fait référence pour ses autres titres…

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Le tonnerre et les cloches

La décision du CSA, annoncée mercredi après-midi, de retirer à Mathieu Gallet son mandat de président-directeur général de Radio France, a fait l’effet d’un coup de tonnerre d’abord au sein de la Maison ronde et suscité toutes sortes de réactions.

Je ne commenterai ni la décision… ni les commentaires ! Comme souvent (toujours ?) ce sont ceux qui en savent le moins qui en parlent le plus, à tort et à travers. Oubliant la seule préoccupation qui doit guider la réflexion, la situation et l’avenir de Radio France – qui a atteint des audiences record pour l’ensemble de ses chaînes dans la dernière vague Médiamétrie – au moment où s’engage au Parlement le débat sur l’organisation de l’audiovisuel public.

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En raison d’un déplacement annulé en dernière minute, j’ai pu assister à un concert que j’avais repéré pour son programme particulièrement original, celui que donnait l’Orchestre de Paris sous la baguette d’un chef que j’admire depuis longtemps, Gianandrea Noseda : Casella, Debussy, Rachmaninov.

Alfredo Casella d’abord, contemporain de Respighi, jamais joué en France – c’était une première pour l’Orchestre de Paris ! – artisan d’un véritable renouveau de la musique symphonique italienne. Noseda en donnait des fragments symphoniques de l’opéra La donna serpente, une musique agreste, colorée, voire tonitruante.

81fvl5n8OzL._SL1200_(Gianandrea Noseda a,semble-t-il, entrepris une intégrale de la musique symphonique de Casella chez Chandos. Salutaire entreprise !)

Suivait le triptyque des Images de DebussyFormidable mise en place orchestrale, beauté des interventions solistes, mais, comment dire, une rectitude un peu excessive dans la conduite du discours, et un défaut de sensualité, de souplesse, voire de langueur notamment dans Iberia. Mais rien qui nous gâche le plaisir d’entendre cette oeuvre.

À vrai dire, on était surtout venu pour entendre – pour la première fois au concert ! – une splendide partition qui reste rarissime dans les salles occidentales, on se demande bien pourquoi ! : Les Cloches de Rachmaninov

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Une vaste fresque chorale où Rachmaninov exalte le souvenir de ses aînés, Borodine, Moussorgski, Rimski-Korsakov, une oeuvre dont il restera proche et fier toute sa vie, puisqu’il la dirigera encore, pour son dernier concert, en 1941 aux Etats-Unis.

Formidable interprétation du choeur de l’Orchestre de Paris, préparé par Lionel Sow, trois solistes excellents, Noseda tout à son aise dans ce répertoire où il excelle.

Pour la discographie de l’oeuvre, lire : Les cloches de Pâques.

A propos de l’Orchestre de Paris, et puisque j’évoquais le coup de tonnerre qui a secoué Radio France, une autre information a fait le même effet : Daniel Harding annonçait mardi qu’il ne renouvellerait pas son mandat de directeur musical au-delà de son premier contrat de 3 ans… Dommage pour la phalange parisienne, mais je n’ai pas été vraiment surpris.

10888478_10152642801682602_3062679517640005113_n(Dîner en janvier 2015 avec Daniel Harding et Barbara Hannigan)

 

Debussy : de la belle ouvrage

Les anniversaires sont les meilleurs palliatifs au manque d’imagination des organisateurs…et des éditeurs (cf. tout ce qu’ont suscité les…40 ans de la disparition de Maria Callas !)

En 2018 nous allons être gâtés : deux centenaires – la naissance de Leonard Bernstein (voir Les géants), la mort de Claude Debussyun bicentenaire – la naissance de Charles Gounod.

Dès lors que l’anniversaire est plus qu’un prétexte à une opération de recyclage, mais l’occasion d’approfondir notre connaissance de l’oeuvre et de l’interprétation d’un  compositeur, d’un artiste en général, on l’accueille plus volontiers.

Le coffret de 33 CD que Warner vient de publier – Claude Debussy, The Complete Works – mérite, de ce point de vue, tous les éloges. En tous points, de la très belle ouvrage.

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Depuis que je l’ai acheté jeudi dernier, je vais de découverte en émerveillement.

Une édition extrêmement soignée, ce qui n’est plus si fréquent : les pochettes des 33 galettes illustrées, comme la couverture du coffret, de superbes estampes d’Hokusai

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Un livret trilingue (français, anglais, allemand) érudit, mais fuyant le jargon, de Denis Herlin :

Une iconographie de même niveau, un luxe de détails sur les oeuvres, les artistes, les lieux et dates d’enregistrements.

On imagine l’embarras de ceux qui se sont attelés à la confection de ce coffret : comment choisir dans les fonds considérables des labels désormais regroupés sous l’étiquette Warner (EMI, Teldec, pour l’essentiel), les interprétations « de référence » ? S’en tenir à des versions « légendaires », qui, à force d’être tenues pour des références, finissent par ne plus susciter qu’un intérêt poli, et ne représentent plus grand chose pour l’auditeur novice ou le mélomane d’aujourd’hui ?

Je trouve que les partis qui ont été pris témoignent d’abord d’une authentique connaissance et d’une recherche très fine dans les catalogues existants, même si on pourra toujours préférer tel interprète à tel autre. Ensuite beaucoup d’enregistrements récents, empruntés à d’autres labels (Actes Sud, Palazzetto Bru Zane…), ou réalisés pour précisément compléter le catalogue des oeuvres à 4 mains ou 2 pianos, comme les transcriptions que Debussy avait faites de Schumann… ou Saint-Saëns (sa 2ème symphonie, les airs de ballet d’Etienne Marcel !). Il y a donc plusieurs premières mondiales dans ce coffret !

Pour Pelléas et Mélisandec’est le choix de la version d’Armin Jordan qui a été fait, et c’est justice ! Pour l’oeuvre symphonique, on ne s’est pas arrêté à Martinon ou Cluytens, mais on nous restitue les magnifiques lectures de La Mer et des Nocturnes par Giulini avec le Philharmonia des grandes années, ou les Images vues par Rattle à Birmingham.

Un coffret qui doit figurer dans toute discothèque, assurément !

Et puisqu’on marquait, le 5 janvier, les deux ans de la disparition de Pierre Boulezj’ai retrouvé un document qui m’avait échappé, enregistré quelques mois avant sa mort : Pierre Boulez s’exprime sur l’édition critique de Debussy, et de manière plus générale, sur les partitions, le « matériel » des compositeurs. Très émouvant.

Tous les détails des 33 CD du coffret Warner à lire ici : Debussy Complete Works