On attendait Boulez

 

Pour paraphraser le titre d’un (pas très bon) roman supposé à clés (En attendant Boulez), on attendait vraiment cette somme magistrale, ces plus de 600 pages, consacrées à Pierre Boulez.

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Non, cher Christian Merlininutile de t’excuser (on se tutoie dans la vie, pardon de ne pas recourir au vouvoiement d’usage !) comme tu le fais longuement dans le prologue de cet ouvrage : « C’est de la folie !…Je n’avais jamais écrit de biographie, je n’étais pas spécialiste de Boulez, je n’avais jamais fait partie du cercle rapproché de ce que le milieu musical appelle « la Boulézie ». Je ne me sentais pas la compétence musicologique pour analyser ses oeuvres….Boulez lui-même avait répété qu’il serait un compositeur sans biographie, exprimant souvent sa méfiance envers cette approche. Enfin, peu de personnalités polarisaient ainsi les esprits, entre adulation et détestation, sans qu’un juste milieu semble possible. En un mot, je ne me sentais pas légitime ».

C’est vrai, je n’étais pas dans le secret d’un travail qui a dû prendre des années, c’est vrai j’ai été surpris de voir paraître ce pavé, venant d’un critique musical, doublé d’un pédagogue, dont j’ai toujours apprécié la plume affûtée, éloignée de tout jargon, comme les émissions sur France Musique (comme chaque dimanche matin Au coeur de l’orchestre).

Mais dès que j’ai acheté ce Boulez, je me suis engouffré dans ces pages serrées, comme on entre dans un polar qui vous tient en haleine jusqu’au bout de la nuit.

La présentation de l’éditeur – une fois n’est pas coutume – dit exactement ce qu’est ce livre : Trois ans après sa mort, il était temps de revenir sereinement sur les neuf décennies de cette existence multiple : le compositeur, le chef d’orchestre, le penseur, le fondateur d’institutions, sont passés au crible dans cette biographie pour laquelle ont été exploitées des archives souvent inédites. On y pénètre les coulisses de ses combats (le Domaine Musical, l’IRCAM, l’Ensemble Intercontemporain, l’Opéra Bastille, la Cité de la musique, la Philharmonie de Paris). On le voit renouveler la technique et la fonction du chef d’orchestre tout en étendant son influence sur la politique culturelle. On le suit sur tous les continents… On tente aussi de donner des clés d’accès à sa musique, qui ne se livre pas en une seule écoute. Mais surtout cet ouvrage s’est fixé pour but de mieux comprendre la personnalité complexe et secrète de celui qui s’est ingénié à brouiller les pistes, en maintenant résolument un décalage rare entre son image publique de sectaire cérébral et l’homme privé, généreux, affectif et hypersensible »

Je suis loin d’avoir terminé ce pavé, et je ne le ferai sans doute pas avant longtemps. Je vais d’un chapitre à l’autre, et j’y puise d’abord une somme d’informations hallucinante, d’une précision que peu de journalistes pratiquent encore. C’est écrit sans lourdeur ni surcharge. Les témoignages abondent, le sujet est toujours traité avec la distance de l’enquêteur et l’empathie du biographe. Impressionnant ! Chapeau l’artiste !

Beaucoup plus qu’une biographie classique de compositeur, c’est un panorama extraordinaire du monde musical de la seconde partie du XXème siècle en même temps qu’une radiographie de la France politique et culturelle des années 1950 à 2010.

J’ai bien sûr retrouvé le Pierre Boulez que j’ai un peu connu, en 1995 à l’occasion de la journée que nous lui avions consacrée sur France Musique pour ses 70 ans (lire Boulez vintage), puis à Lucerne début septembre 2008 (lire Un certain Pierre Boulez)

Sur la discographie de Boulez, je ne peux que renvoyer à ces deux articles : Pierre Boulez la marque jaune et Pierre Boulez une intégrale.

Souvenir de l’été 1992 : Boulez dirigeait les Wiener Philharmoniker aux Prom’s à Londres. J’étais à la Radio suisse romande, au lieu des traditionnelles et encombrantes bandes que s’échangeaient les radios publiques, j’avais reçu ce concert capté par la BBC sur deux CD pour le diffuser sur les ondes de la RSR. J’ai gardé précieusement ce double CD..

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