C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre. Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national
La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.
Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.
Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National
Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.
Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante
A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés
On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.
Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !
Le London Symphony, Lucy Crowe et Simon Rattle à l’issue d’une 4e de Mahler d’anthologie
Il y a plus de deux ans, j’avais déjà assisté à une 6e symphonie de Mahler « suffocante » dirigée par le même chef à la tête de l’Orchestre de la radio bavaroise dont il a pris la direction.
J’ai toujours eu des réticences, ou plus exactement des préventions à l’égard d’un chef, formidablement doué, très souvent admirable et admiré, mais qui me semblait toujours pécher par un souci excessif du détail.
Ce que j’ai entendu dimanche, ce que j’avais entendu en octobre 2023, me fait très sérieusement reconsidérer ma position.
Et toujours pour les humeurs et bonheurs du temps, mes brèves de blog
Je me la pose de nouveau ces jours-ci. J’ai accepté à la demande de George Pehlivanian (lire Apprentis chefs) de l’accompagner dans les séances parisiennes de pré-sélection du concours international de chefs d’orchestre (Pehlivanian Conducting Competition for talented conductors) qu’il organise l’automne prochain en Slovénie. Nous avons déjà fait une première série d’auditions vendredi dernier, à l’Ecole normale de Musique de Paris, nous les poursuivons mercredi prochain.
J’ai eu la chance – car c’en est une ! – d’être plusieurs fois juré de grands concours, dont deux fois, en 1992 et 1995, du Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon. Vendredi j’ai eu l’impression de revivre ces moments contrastés des épreuves « éliminatoires » – quel terme horrible quand on y pense ! -.
Je ne vais évidemment faire aucun commentaire sur les candidat(e)s que nous avons entendus, mais le constat s’impose aujourd’hui comme naguère. Il ne faut que quelques secondes pour savoir si celui ou celle qui se présente devant vous est ou n’est pas chef d’orchestre. On a, bien sûr, comme dans tout jury, une grille de lecture, de notation, d’appréciation des divers éléments qui constituent la prestation du candidat, mais il y a une évidence qui s’impose, une présence, un charisme, appelons cela comme on veut. Un constat aussi: on ne fait pas semblant d’être chef sauf devant son miroir !
J’assistais hier, dans ma commune, à un superbe concert de l’ensemble vocal de la Maîtrise de Paris dirigé par un authentique jeune chef, Pierre-Louis de Laporte, que j’ai pu filmer quelques secondes de face. (photos et brève video à voir ici). Chacun a une technique, une gestique, qui lui sont propres, mais d’évidence ici le chef sait ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et il obtient surtout le résultat musical qu’il souhaite. Et il a une qualité qui, étrangement, n’est pas partagée par tous – euphémisme ! – il regarde ses musiciens.
Pourquoi pas moi ?
C’est une question qui est souvent revenue, en général dans les discussions d’après-concert, quand des chefs que j’admirais, dont j’étais parfois devenu l’ami, me demandaient, mi-sérieux, mi-amusés, « pourquoi pas toi » ? Je ne dis pas qu’il ne m’est jamais arrivé de vouloir prendre la place de celui que je voyais s’agiter sur le podium. Une fois même, un chef belge – qui se reconnaîtra – connaissant mes affinités avec la musique viennoise, m’avait plus que suggéré, invité à diriger son ensemble orchestral. Etant en charge de la direction générale et artistique d’un orchestre professionnel, je m’étais toujours intérdit, si tant est que j’en aie eu l’opportunité ou le talent, de produire une quelconque prestation personnelle. Aujourd’hui il est trop tard, et je n’ai aucun regret de continuer à admirer les vrais, les grands chefs d’hier et d’aujourd’hui. Et pourquoi pas, de détecter grâce au Concours Pehlivanian, de futurs talents.
Les lecteurs de ce blog connaissent mes admirations. Il suffit de regarder/écouter ces quelques témoignages pour comprendre en quoi ces chefs d’orchestre sont géniaux, chacun à leur manière.
Je pourrais mettre ici les vidéos où Bernstein fait le spectacle, sachant qu’il est filmé (le finale de la symphonie n°88 de Haydn vu des milliers de fois sur YouTube par exemple).
Je préfère cet extrait d’un concert tout aussi mémorable de l’Orchestre national de France dans un répertoire où Bernstein se révèle tel qu’en lui-même, un musicien génial.
Herbert von Karajan a fait toute sa carrière filmée en fermant les yeux. C’était devenu une marque de fabrique, qui pouvait légitimement énerver même les plus fervents de ses admirateurs. Et à la fin de sa vie, souffrant le martyre, il se met à regarder ses musiciens, à les solliciter parfois d’un demi-sourire, comme dans cet extrait du seul concert de Nouvel an qu’il ait jamais dirigé à Vienne le 1er janvier 1987, il redevient simplement humain.
Je ne suis pas surpris que celui qui parle le mieux – en français – du rôle, de la fonction, de l’importance du chef d’orchestre, ce soit Louis Langrée dans cette interview d’une aveuglante clarté. Regardez-le, écoutez-le comparer ces grands chefs du passé pour qui nous avons de communes admirations, et parler de son métier, de son art.
À Cincinnati, comme à Liège naguère, Louis Langrée est le chef inspiré, captivant, qui nous révèle toujours les secrets de l’oeuvre qu’il dirige.
Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les bonheurs du moment.
Cela me rappelait les pubs de ma jeunesse pour des souscriptions de disques : Les plus belles pages de Beethoven, les plus belles symphonies, etc. Et ce n’était pas toujours de la mauvaise publicité. C’est ainsi que j’ai acquis mes premiers coffrets – je me rappelle en particulier un coffret rouge qui devait s’appeler « La magie du violon », où se trouvaient rien moins que les concertos de Beethoven (Oistrakh), Brahms et Paganini (Menuhin), Prokofiev (Milstein)…
Depuis ce beau concert, je me suis replongé dans ma discothèque en me demandant malicieusement ce que je proposerais comme « les plus beaux quatuors » si j’avais encore la responsabilité d’une programmation. Ou si je devais faire une recommandation… par exemple aux lecteurs de ce blog.
La première des recommandations serait de faire confiance à la jeune génération de quatuors, qui ne cesse de m’épater depuis la vingtaine d’années que je les suis et les écoute.
A commencer par ceux que j’ai eu la chance d’inviter – et souvent de découvrir – au Festival Radio France à Montpellier, comme les Tchalik, les Voce, les Hanson…
Le quatuor Hanson jouant Haydn c’est un souvenir très particulier du festival : en 2020 j’avais tenu à ce que le Festival soit maintenu, malgré les restrictions dues à la pandémie de COVID, dans un format et sous une forme très réduits. Le quatuor Hanson était de cette aventure, et je me rappelle comme si c’était hier ce quatuor de Haydn qui peinait à surmonter la chorale très bruyante des cigales du jardin de la Maison des relations internationales où se déroulaient nos concerts.
Il y a les aînés, les Modigliani, les Ebène qu’on suit et qu’on aime quasiment depuis leurs débuts.
Mais je n’oublie pas les géants du passé, avec lesquels j’ai découvert le genre même du quatuor, et pénétré peu à peu un univers si fabuleux.
Liste évidemment non limitative !
Pour les humeurs et les bonheurs du moment, suivre mes brèves de blog
J’avoue n’avoir suivi, au départ, que de très loin la polémique suscitée par les propos de Timothée Chalamet. Je n’en suis que plus surpris par l’ampleur des réactions du monde de l’opéra.
Bravo aux maisons d’opéra qui ont réagi avec humour, comme Seattle, Avignon ou l’Opéra Comique à Paris.
Mais fallait-il que ces propos touchent peut-être juste, ou fassent mal ce qui revient au même, pour qu’ils provoquent des réactions souvent très corporatistes ?
J’ai écrit ici même, et à plusieurs reprises, que le modèle culturel institutionnel français qui date tout de même pour l’essentiel des années Malraux/Landowski, était obsolète, ne serait-ce que sur le seul déséquilibre de moins en moins acceptable entre Paris et la province.
Je viens de lire l’éditorial de Lila Hajosi – que je n’ai pas l’heur de connaître – sur Forumopera.com. J’en conseille vivement la lecture, même si je n’en partage pas toutes les conclusions.
C’est justement grâce à l’Opéra de Montpellier que j’avais découvert – dans une superbe production de Madame Butterfly – en 2019 le ténor que tout le monde s’arrache désormais, Jonathan Tetelman
Départs / Arrivées
On a appris cette semaine que le « board » de l’Orchestre symphonique de Boston met fin de manière anticipée (en juin 2027) au contrat qui liait l’orchestre à son chef Andris Nelsons. Apparemment le chef n’est pas content, et les musiciens non plus : Andris Nelsons quitte la direction du Boston Symphony.
Je n’ai pas d’éléments qui me permettent de prendre parti dans cette affaire. J’avais naguère été surpris que le même chef ait une fonction de directeur musical dans deux orchestres aussi dissemblables – dans leur histoire, leur répertoire, leur recrutement – que le Gewandhaus de Leipzig et le Boston Symphony. Le concept si à la mode dans le monde de l’entreprise de « mutualisation » n’a, en l’espèce, aucune pertinence.
L’histoire dira ce qu’il faudra retenir de l’ère Nelsons à Boston, mais je doute qu’on puisse la comparer, ne serait-ce qu’en terme de longévité, à ses glorieux prédécesseurs Charles Munch ou Seiji Ozawa.
Autre nomination annoncée, celle de Paavo Järvi à la tête du London Philharmonic à partir de la saison 28/29. Nouvel épisode d’un sujet inépuisable (lire Bâtons migrateurs). On peut tout de même être interpellé par un parcours, celui de Paavo Järvi, qui l’a mené de Malmö à Stockholm, de Birmingham à Cincinnati, de Francfort à Paris, de la NHK à la Tonhalle de Zürich. Où est la cohérence? où est la trace durable laissée dans chaque formation ? Comment s’y retrouver aussi dans une discographie éclatée, qui a sans doute pour ambition cachée d’égaler celle du papa, Neeme Jârvi…
Je n’ai pas actualisé le billet que j’écrivais il y a cinq ans Atout cheffes. Il est plus que temps de le faire après la 4e édition du concours de cheffes d’orchestre La Maestra, lancé à l’initiative de Claire Gibault, la doyenne des cheffes françaises. Félicitations à la lauréate de cette 4e édition, la Slovène Mojca Lavrenčič.
J’assistais mercredi dernier à un concert de l’Orchestre de Paris dirigé par la présidente du jury du concours 2026, la cheffe ukrainienne Oksana Lyniv, comme j’en ai rendu compte pour Bachtrack (L’âme slave exaltée par Oksana Lyniv)
« Le public a longuement applaudi l’énergie conquérante d’une authentique maestra » . C’est ainsi que je conclus ma 150e critique sur Bachtrack !
Le chemin parcouru depuis la première édition de ce concours ne se mesure pas en chiffres, même si l’indicateur est important. Il s’apprécie par rapport à l’attitude du public d’abord – souvent beaucoup plus avancé que les organisateurs, voire les orchestres, à l’égard des cheffes d’orchestre. Et l’on parvient tout doucement mais sûrement à ce que prévoyait, en 1983, Françoise Giroud qui fut la première secrétaire d’Etat à la Condition féminine de Giscard (de 1974 à 1976) : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Appliquée à la direction d’orchestre, la formule reste provocante, mais je l’analyse comme une évidence : l’art – et le succès – d’un chef d’orchestre ne s’apprécie plus à l’aune de son sexe. Et s’il a fallu des quota, s’il en faut encore, on souhaite que ceux-ci n’aient plus d’utilité pour mettre au jour les talents des cheffes autant que des chefs.
Comme critique – mais d’abord comme auditeur – j’ai eu, ces dernières années, plusieurs occasions, que j’avais d’ailleurs saisies et choisies, de voir des cheffes d’orchestre à l’oeuvre, avec des bonheurs aussi divers que leurs talents.
C’est le privilège et l’avantage de l’âge que de pouvoir suivre, souvent avec admiration, le parcours de celles et ceux qu’on a connus, côtoyés, employés parfois, plus jeunes à l’orée de leur carrière. Certains semblent fixés à vie dans leur entreprise, preuve sans doute qu’ils s’y sentent heureux, épanouis dans leurs fonctions (je pense notamment à mes amis de Liège – Merci ! – Sabine qui était là à mon arrivée en octobre 1999, Silvia, Sophie, Séverine, Valérie, Elise, Robert, Laurent, Erwan, Eric, Pierre, Christophe que j’ai recrutés au début des années 2000), d’autres aiment, à moins qu’ils y soient obligés, emprunter des chemins plus sinueux. Je suis moi-même l’exemple d’une « carrière » professionnelle qui n’a rien de rectiligne, loin s’en faut, où les hasards combinés aux opportunités, et peut-être à un peu de chance, m’ont permis d’accéder à des responsabilités que je n’aurais jamais imaginées.
Dans le seul domaine culturel, a fortiori dans l’étroit microcosme de la musique dite classique, les postes sont rares et les nominations ne découlent pas toujours – doux euphémisme ! – de la qualité des prétendants. Mais tout récemment je me suis réjoui de l’arrivée de Frédéric Morando à la direction de l’Orchestre de chambre de Paris, ou de celle de Jean-Baptiste Henriat à celle de l’Orchestre national de Lille. Ce sont de vrais « pros », mordus de musique. J’ai connu Frédéric en travaillant avec l’orchestre de Pau, notamment pour le spectacle que j’avais commandé à Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Jeff Cohen, Roland Romanelli et Fayçal Karoui pour le festival Radio France 2018.
Février 1995
Deuxième épisode de mes « carnets secrets« , je notais le 6 février 1995 :
« La semaine écoulée fut parisienne, mondaine et musicale. Tautologie !
Lundi le luxe absolu dans un écrin trop âpre. La Philharmonie de Vienne, 8ème de Bruckner, Haitink, au TCE. J’avais le souvenir de Dohnanyi au Châtelet au printemps dernier, et d’un ennui profond, ce qui est le comble pour pareil chef-d’oeuvre, mais enfin on vit ce que certains savaient, que ce M. Dohnanyi est un piètre musicien. Tandis que Haitink ! Notre bonne critique musicale a longtemps accoutumé de le traiter par dessous la jambe. Eh bien on a vu, on a entendu. Un grand. Ce n’était pas un hasard si Pierre Boulez, rencontré à l’entrée, était venu voir son confrère, à peine plus jeune, diriger cette 8ème qu’il m’a dit vouloir enregistrer bientôt aussi avec Vienne. On se régale par avance.
Boulez d’ailleurs, c’était son tour le lendemain mardi. Bien sûr le Tout-Paris dans la salle, la chère et branlante Claude Pompidou. Sourires en tous sens, comment allez-vous ? Programme austère. Boulez s’amuse à déconcerter tous ces bons bourgeois qui lui mangent dans la main après l’avoir mis sur le saint siège de pape de la vie musicale française. Un splendide et acéré Chant du rossignol, ses Notations I-IV, extraordinaire feu d’artifice orchestral.
Mes voisins Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti convaincus. Françoise Giroud, devant moi, bien vieille mais vaillante, applaudissant de coeur (son Journal d’une Parisienne la révèle mélomane),
En deuxième partie, l’opus 6 de Webern, somptueuse épure, et le 1er de Bartok, Barenboim très bien quoique pas très puissant, mais une systématique agaçante.
Escapade à Cannes le mercredi pour le MIDEM. Quelques belles minutes au soleil à Nice, le temps d’une balade près du marché aux fleurs. Le MIDEM est conforme à sa réputation, business, peu de show. Le soir concert d’hommage à Maurice André. J’enrage d’avoir donné à Hervé Corre l’idée d’inviter les meilleurs « vents » actuels et de constater ce qu’il en a fait. Un défilé de patronage, quelques notes de concertos, à peine le temps d’apprécier la chance d’avoir dans la même soirée Emmanuel Pahud, Paul Meyer, Jean-Louis Capezzali,Michel Becquet, Justaffré, Audin, etc.
Jeudi, l’éblouissante Natalie Dessay donne quelque intérêt à Lakmé à l’Opéra-Comique, spectacle kitsch en diable, mais elle est fabuleuse.
Anderson et Alagna dans Lucia dimanche dernier à Bastille n’étaient pas mal non plus. Donizetti est vraiment planplan, Serban a surpris mais sa mise en scène n’a rien d’idiot, au contraire !
Je redoute la soirée de mardi des Victoires de la musique classique au Palais des Congrès. Il a fallu batailler avec France 3 pour imposer à Claude Fléouter une soirée pas trop déshonorante. Avec Jacques Chancel cela devrait aller. Mais on risque un mauvais remake de tristes 7 d’Or. » (@Jean-Pierre Rousseau, 6 février 1995)
Je reprends tels quels mes écrits d’il y a trente et un ans, jamais publiés ni montrés à qui que ce soit. J’en ai retiré quelques phrases à caractère personnel, mais je dois assumer ce que j’ai dit à propos de certains – « Dohnanyi est un piètre musicien » Diantre ! –
J’ai hésité avant de commander d’abord ce coffret qui couvre la période 1971-1979, puis le précédent – 1953-1969 -. Le prix fait réfléchir (puisque j’achète tous mes disques !) mais le travail éditorial et l’objet même sont remarquables.
Tout semble avoir été déjà dit, écrit sur le chef d’orchestre salzbourgeois : Karajan est né dans la ville natale de Mozart le 5 avril 1908 et mort dans sa maison d’Anif, à 8 km de Salzbourg le 16 juillet 1989. Ici même les occurrences ne manquent pas : lire Mon Karajan
Alors pourquoi revenir à Karajan et à ces captations de concert ? D’abord en raison de quelques raretés, pas toujours indispensables, mais surtout parce qu’une fois de plus le concert, le « live » révèlent l’artiste tel qu’en lui-même le studio, trop léché, trop poli – surtout à cette période-là – le corsètent.
>Webern pièces op 5 / Schumann symph 4 / Tchaikovski conc piano 1 – Mark Zeltser
CD 20 25/11/79
>Bach conc brandebourgeois 1 / Beethoven symph 3
*J’ai raconté le souvenir très particulier que j’ai gardé du concert que donnaient Karajan et ses Berliner à Lucerne, trois semaines avant ce concert, le 31 août 1974, avec au programme ce Pelleas de Schoenberg (L’été 74).
Les surprises d’un coffret
Les textes et les photos qui font une grande partie de la valeur de ce coffret – en allemand et en anglais seulement ! – dressent des portraits contrastés du chef, surtout lors de cette décennie 70 où la recherche du beau son va sembler l’emporter sur les considérations purement musicales. On sort en réalité des clichés, des postures, par le témoignage de musiciens, de preneurs de son, de collaborateurs qui n’étaient pas, n’ont jamais été de simples faire-valoir. Mais on admire ce qui a fait la légende Karajan – et que m’avait rapporté jadis l’un de ses rares « élèves », le chef allemand Günther Herbig, invité plusieurs fois à Liège – la fabrication, la construction d’une interprétation, avant même la recherche du son d’ensemble. Tous les documents – rares jusqu’à maintenant – qui montrent Karajan en répétition l’attestent.
On comparera donc avec intérêt les doublons qui figurent dans ce coffret (‘Le Sacre du printemps, la 5e de Bruckner, la 41e de Mozart), on ne s’attardera pas longtemps sur les rares « créations » – on imagine bien pourquoi Karajan dirige une oeuvre de Werner Thärichen, l’indéboulonnable timbalier et surtout délégué des musiciens des Berliner (!) – mais on relèvera un art consommé de la programmation. On a sans doute choisi les concerts les plus originaux pour ce coffret, mais on reste rêveur devant ce qui était proposé au public berlinois.
Il faut aussi relever que le système mis en place par Karajan et Berlin de contrôle absolu de tout ce qui était enregistré, produit, pour le concert et pour le disque, est encore très largement en vigueur aujourd’hui. On ne trouve quasiment pas trace sur internet, a fortiori sur YouTube, d’un « live » qui n’ait pas été formellement approuvé par la firme !
Exception avec ce Chant de la Terre, capté en janvier 1978 (cf. ci-dessus), avec Agnes Baltsa et Hermann Winkler :
A intervalles réguliers, j’évoque ici les bonnes affaires que je fais, soit dans l’unique magasin classique encore un peu garni à Paris, soit par correspondance. Cette période de l’année s’y prête particulièrement entre soldes et déstockage.
Habilement, et utilement, le rayon classique de Gibert – qui a repris ses quartiers d’antan au rez-de-chaussée du magasin du 34 bd. St Michel, mêle disques neufs et occasions.
Entre Gibert et le site allemand jpc.de,, avec des prix bradés, j’ai eu l’embarras du choix
Chopin / Amir Katz
Je ne sais quasiment rien de ce pianiste israélien, Amir Katz, dont j’ai déjà entendu le beau piano dans les cycles de Lieder de Schubert qu’a enregistrés Pavol Breslik, et comme j’ai une passion singulière pour les Etudes de Chopin, je n’ai pas résisté.
Chostakovitch rime avec Rostropovitch
Encore un de ces clichés qui veut que le génial violoncelliste ait été un piètre chef d’orchestre… sans doute Mstislav Rostropovitch (1927-2007) n’était-il pas le technicien le plus sûr de la baguette, mais diable est-ce ce qu’on attend d’un interprète? Je réécoutais récemment les symphonies de Tchaikovski enregistrées par Rostro, quel souffle ! quelle ardeur ! et puis il chante tout de même dans son arbre généalogique. Dans cette intégrale Chostakovitch que j’avais négligée, ignorée, même – elle est proposée à 35 € sur jpc.de) on a tout de même affaire à l’ami du compositeur, à celui qui, jusqu’à son exil, a vécu la Russie tragique du XXe siècle. Je découvre, à petites doses, cette intégrale, et je m’en veux d’avoir tant tardé à le faire
Les invitations de Mireille Delunsch
Comment ai-je pu ignorer ce disque majeur, moi qui aime tant Duparc et son sublime corpus de mélodies ?
Le Bach de Tharaud
Je n’ai pas toujours été tendre avec Alexandre Tharaud mais je peux comprendre qu’Alain Lompech le défendre contre des contempteurs qui ne prennent pas toujours la peine même de l’écouter.
Ces concertos de Bach gravés il y a une quinzaine d’années ne manquent pas de séductions…
Gerstein transcendant
Toujours du piano – on en profite ! – avec Kirill Gerstein qu’on applaudissait la semaine dernière à la Philharmonie de Paris (lire sur Bachtrack : Les ascensions de Gerstein et Bychkov), et ce disque – encore un que je n’avais pas repéré ! – des Etudes d’exécution transcendante de Liszt
On a appris le décès d’un pilier de la vie musicale allemande, qui a été, bien malgré lui, victime de cette loi invisible des frontières, que je dénonçais ici il y a plus de dix ans. Qui, en France, connaît et/ou a entendu en concert le chef Helmuth Rilling qui vient de disparaître ?
Les discophiles ne peuvent l’ignorer, tant il a donné de son art et de son talent à servir Bach en tout premier lieu, avec cette monumentale édition
Tout cela est disponible en disques et/ou coffrets séparés à petits prix.
Je conseile à ceux qui connaîtraient mal ce chef, un coffret très intéressant qui est une sorte d’auto-portrait et qui en surprendra plus d’un par son contenu :
Ils ne sont pas si nombreux les grands chefs qui ont enregistré les Béatitudes de César Franck !
C’est l’un de ces mots à la mode pour évoquer une réaction, une colère, un énervement.. L’actualité ne manque pas d’irritants.
En finir avec Jack L.
La démission forcée de Jack Lang de la présidence de l’institut du Monde Arabe (lire La honte) nous vaut dans pratiquement tous les médias l’habituelle litanie sur le grand Ministre de la Culture, le seul après Malraux, qu’il fut et serait resté dans la mémoire collective. Sans qu’évidemment personne ne s’avise de creuser le sujet, de sortir des formules faciles et fallacieuses. Et surtout sans que personne ne s’étonne que ce monsieur n’ait jamais cessé d’être considéré comme un dignitaire d’Etat, attaché à tous les privilèges d’une réputation largement surfaite. A-t-il jamais payé un centime de sa poche pour assister à un spectacle, pour acquérir une oeuvre d’art (ses « amis » s’en occupaient pour lui).ou même pour payer ses notes d’hôtel (si l’on en croit Pierre Lescure) Tout Paris bruissait de ses interventions ou de celles de sa femme pour être de toutes les réceptions qui comptent. La manière dont il s’est accroché à son poste – rémunéré – de président de l’IMA, obtenant d’Emmanuel Macron d’être renommé en 2023 (alors que le poste avait été promis à Jean-Yves Le Drian, qui, lui, s’y connaissait en matière de relations avec les pays arabes et de diversité des cultures de cette région du monde). L’homme était mielleux avec les puissants, détestable avec les petits.
Je ne peux pas ne pas regretter que l’un des festivals les plus originaux de France, et même d’Europe, soit tombé à un niveau de banalité qui efface quarante années d’audace et de succès public. Dommage ! Déjà l’an passé Christian Merlin le déplorait dans Le Figaro…
Qu’il est loin le temps où l’on invitait le jeune Jonas Kaufmann dans un chef-d’oeuvre méconnu…
J’ai été surpris de voir que, chez les jeunes chefs, c’est devenu un tube. Rien qu’à l’Orchestre de Paris, Andris Nelsons, Daniel Harding, et Klaus Mäkelä l’ont dirigée en moins de dix ans !
Belle réussite que celle de Semyon Bychkov, qui a réussi le petit exploit de me rendre cette Alpensinfonie moins indigeste !
Et toujours mes humeurs et bonheurs dans mes brèves de blog (ma « campagne », Lang et Santini, Radio France)
*saucisson : C’est un terme que j’entendais souvent en Suisse pour désigner une pièce musicale longue et indigeste. Ce n’est pas la définition qu’en donne Stéphane Gendron dans son ouvrage C’est du pipeau ! (lire Les mots et les notes)