Disques d’été (I) : English Music

Au gré de ma fantaisie, des humeurs du temps et de l’esprit, je confierai à ce blog, durant cet août vacancier, quelques coups de coeur, des disques à écouter, à (re)découvrir.

Je lui ai déjà consacré quelques billets, notamment celui-ci quand il est mort : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/09/25/sir-christopher/

Son label historique, l’Oiseau Lyre, partie du groupe Universal, continue la réédition du legs discographique de Christopher Hogwood. Après des Bach, Vivaldi, Haydn, Mozart, Beethoven (désormais disponibles en France, mais trouvés alors à tout petit prix sur http://www.amazon.it), toujours passionnants, magnifiquement enregistrés, c’est un merveilleux coffret English Music qui nous est offert, une anthologie de 20 CD exemplaire et sans équivalent pour le répertoire couvert et les interprétations idéales d’Hogwood, qui fut aussi et d’abord un fabuleux claveciniste, et de toute sa troupe.

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Je déguste ce coffret, à petit feu, pour me remettre des agitations du mois, et je me remets à aimer des compositeurs, des partitions que j’avais négligés, voire ignorés :

PURCELL
CD1       The Echoing Air (McNair)
CD2       Songs and Airs (Kirkby)
CD3       Dido and Aeneas (Bott, Kirkby, Ainsley…)
CD4       The Indian Queen (Ainsley, Kirkby, Finley, Bott…)
CD5       Theatre music  (Abdelazer, Distressed Innoncence, The Married Beau, The Gordian Knot Unty’d, Sir Anthony Love)
CD6       Theatre music  (Bonduca, Circe, The Virtuous Wife, The Old Bachelor)
CD7       Theatre music (Don Quixote, Amphitryon)
CD8       Theatre music  (The Double Dealer, The Richmond Heiress, The Rival Sisters, Henry the Second, Tyrannic Love, Theodosius)
CD9       Theatre music (The Libertine, The Massacre of Paris, Oedipus, The History of King Richard the Second, A Fool’s Preferment, etc.)
CD10     Theatre music

CD11     Sonatas of three parts
CD12     Sonatas in four parts

CD13     ARNE: Ouvertures
CD14     ARNE: Harpsichord Sonatas
CD15     BOYCE: Symphonies, op. 2
CD16     BYRD: My Ladye Nevells Booke
CD17     BYRD: My Ladye Nevells Booke
CD18     BYRD: My Ladye Nevells Booke
CD19     The Fitzwilliam Virginal Book I
CD20     The Fitzwilliam Virginal Book II

Comme on trouve tout désormais sur Youtube, il est émouvant de revoir tout un concert « pédagogique » dont Hogwood avait le secret : la musique à l’ombre de Haendel !

Souvenirs mêlés

Ce blog va prendre le rythme des vacances qui approchent. Avant une échappée ibérique, quelques souvenirs en vrac, tout récents ou plus anciens.

J’apprends la mort ce matin du pianiste tchèque  Ivan Moravec. J’ai beaucoup de ses disques, des Chopin, Brahms, Beethoven, Mozart, il faudra que je les réécoute pour me convaincre que c’est mieux et plus que du grand piano sérieux, ce qui n’est déjà pas si mal !

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Je l’avais invité à la fin des années 80 au studio Ansermet de la Radio Suisse Romande à Genève, sur la recommandation d’un agent artistique. Une allure de fonctionnaire soviétique d’un roman de John Le Carré, une prestation plutôt ratée du 20ème concerto (le ré mineur) de Mozart, la pression du direct ? Mais quand Tom Deacon l’avait retenu dans sa monumentale collection des Grands Pianistes du XXème siècle, j’avais redécouvert un interprète attachant sinon transcendant.

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Etrange comme Montpellier et ce festival 2015 m’ont ramené à mes années suisses. Un soir au concert assis à ma droite l’ex-grand boss radio de l’UER, celui qui a eu la bien curieuse idée de me recruter en 1986 comme « producteur responsable de la musique symphonique » – c’était l’intitulé exact du poste, ça ne s’invente pas ! – de la Radio Suisse Romande. Ni lui ni moi n’aurions imaginé alors ce que serait la suite du parcours…

Dans les couloirs du Corum avant hier, un ancien proviseur du lycée de Thonon-les-Bains,  dans la salle, un autre ancien proviseur genevois celui-là, venu pour François-Frédéric Guy et son intégrale des concertos de Beethoven…

Sur Facebook, une info glanée au vol : la réédition, avec une couverture pas vraiment sexy, mais tellement dans la ligne austère, on allait dire calviniste, du label suisse fondé par Marguerite Dütschler, Claves, d’une intégrale des symphonies de Schubert, passée inaperçue à sa publication : mon cher Marcello Viotti, bien trop tôt disparu d’une crise cardiaque à 50 ans en 2005, avait enregistré ces Schubert à Sarrebrück. Je me suis précipité pour les télécharger, et j’ai retrouvé le chef fougueux, romantique, si proche de l’esprit de Schubert, que j’avais connu pendant mes années romandes.

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Et pour achever le tableau, je me repose ce lundi des (belles) fatigues montpelliéraines  chez un ami rencontré à la Radio Suisse Romande, avec qui j’ai partagé tant d’aventures radiophoniques et musicales, qui s’est établi sous des ciels jadis chers à Henri Dutilleux, à l’exact confluent des Deux-Sèvres, de la Vienne et du Maine-et-Loire et je m’apprête à découvrir un tout jeune pianiste de sa famille qui travaille auprès de Nelson Goerner… la boucle est bouclée.

Dernière recommandation : consulter toutes les photos, magnifiques, de Marc Ginot sur http://www.festivalradiofrancemontpellier.com.

Fraternité

Christian Merlin dans Le Figaro d’hier évoquait une Folle journée qui dure dix-sept jours. Bien vu ! Ce soir s’achève un marathon de 220 concerts et manifestations entamé le 9 juillet à Mende et on a bien l’impression que ce trentième anniversaire du festival* a été fêté partout et par tous. Il se conclut par la plus forte des proclamations : Alle Menschen werden Brüder. 

J’ai relu le texte original du poème de Schiller An die Freude (dont Beethoven n’a utilisé qu’une partie pour le dernier mouvement de sa IXème Symphonie) : Bettler werden Fürstenbrüder (Les mendiants deviendront frères des princes). Révolutionnaire non ? L’idéal des Lumières exalté dans cette vaste Ode à la fraternité de 1785.

Instantanés de ces derniers jours :

IMG_0115(Helium Brass à Perpignan le 12 juillet)IMG_0150(Les breakdancers de Star Cross’d Lovers de David Chalmin le 14 juillet)IMG_0187(The Amazing Keystone Big Band le 17 juillet au Domaine d’O)IMG_0215(Avec Paul Daniel le 20 juillet)IMG_0221 (Lucilla Galeazzi chante Naples le 22 juillet)IMG_0224(Le Trio Karénine le 22 juillet à Aigues-Mortes, et dès le dernier accord du trio op.63 de Schumann un rideau de pluie)IMG_0228 IMG_0236(François-Frédéric Guy impérial dans Beethoven le 23 juillet)IMG_0246(Résurrection de La Jacquerie de Lalo et Coquard avec une troupe de choc : Michel Tranchant chef de choeur, Nora Gubisch, Véronique Gens, Patrick Davin, Charles Castronovo, Boris PInkhasovitch, Jean-Sébastien Bou, Patrick Bolleire et Enguerrand de Hys le 24 juillet)

*Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon

La fête continue

S’ils le disent et l’écrivent tous, c’est que ça doit être vrai : les festivals cet été font le plein, selon les observateurs les plus critiques ! Celui qui nous occupe à Montpellier non seulement ne déroge pas à ce constat, mais fait exploser les prévisions les plus optimistes.

Tant mieux ! C’est la meilleure garantie pour l’avenir et sans trahir le secret de leurs délibérations, on est heureux des décisions prises ce lundi à l’unanimité par les parties prenantes et qui ouvrent de belles perspectives. Ce ne sont pas encore les lendemains qui chantent, mais on est conforté dans une stratégie gagnante.

Il faut dire qu’on a été gâtés en émotions fortes ce week-end. Un Fantasio au casting de rêve, une création par un Orchestre National de France en grande forme.

11219131_10153439694448194_6380105925159628429_n(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa, magnifique Fantasio, Omo Bello en Elsbeth virtuose, Friedemann Layer et l’Orchestre National de Montpellier à leur meilleur)

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(Le compositeur René Koering et les interprètes de son concerto pour piano, créé par Yuri Favorin, Alexander Vedernikov et l’Orchestre National de France)

Ce lundi défilé en direct sur France Musique de la « génération 1985 », à laquelle succédait dans un Corum comble le récital de Piotr Anderszewski, un pianiste décidément rare à tous les sens du terme. Ce soir invités pour la première fois au Festival les musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine et mon ami Paul Daniel avec la mezzo Sarah Connolly : la 5e symphonie de Mahler, et – clin d’oeil à la Belgique en ce jour de fête nationale – les six Lieder de Zemlinsky sur des poèmes de Maeterlinck !

11745930_1624265984479064_6537288773938186216_n(Il faut toujours une photo pour immortaliser un concert-anniversaire, merci à Marc Ginot ! De g.à dr. René Koering, JPR; Jean-Noël Jeanneney – co-fondateur du Festival en 1985 comme président de Radio France avec Georges Frêche, alors maire de Montpellier -, Damien Alary, président du conseil régional Languedoc Roussillon, Mathieu Gallet et Philippe Saurel, maire, président de Montpellier-Métropole)

Fièvre estivale

« S’il fallait définir la notion de festival, il faudrait prendre pour exemple Radio France Montpellier« . C’est ainsi que commence l’article de Philippe Venturini dans Les Echos du 13 juillet, il se termine par : « Mieux qu’un festival, un festin« .

On est évidemment heureux de tels « papiers », on risquerait le soupçon de flagornerie s’ils ne traduisaient le sentiment du public : http://www.lamarseillaise.fr/culture/festivals/40374-l-emotion-moteur-du-festivalier-radio-france.

Un 14 Juillet voué à l’amour, conclu par une prestation des soeurs Labèque, où l’attendu (une version de West Side Story décoiffante avec 2 pianos et percussions) s’est mêlé à la surprise avec Star Cross’d Lovers de David Chalmin. L’histoire de Roméo et Juliette revisitée par de fabuleux breakdancers comme en écho aux Jets et aux Sharks de la comédie musicale de Bernstein.

Mercredi soir la première d’une série de trois représentations, à l’Opéra Comédie, de Don Quichotte chez la Duchesse de Bodin de Boismortierun spectacle déjà vu à Versailles et à Metz, mais jamais encore à Montpellier, où pourtant les maîtres d’oeuvre, Hervé Niquet et son Concert spirituel, Gilles et Corinne Bénizio (alias Shirley et Dino) n’en sont pas à leur coup d’essai. À entendre, dans et à la sortie de la salle, les réactions du public, et à lire les premières critiques, on se dit qu’on a encore touché juste !

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Ce soir on va enfin trouver le temps d’aller voir ce qui remplit l’amphithéâtre du Domaine d’O : le jazz, une « spécialité » Radio France depuis toujours. Demain la rumeur annonce une soirée mémorable avec la redécouverte de Fantasio d’Offenbach. 

Bref on ne sait plus où donner des yeux et des oreilles, la fièvre s’est emparée du festival !

Comble de bonheur, on reçoit en même temps le second volume des rééditions du legs Deutsche Grammophon du grand chef hongrois, Ferenc Fricsay, disparu prématurément d’un cancer à 49 ans en 1963. Après le symphonique et le concertant, c’est le lyrique et le  choral qui font tout le prix de ce coffret.

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Que de merveilles : des Mozart (Noces, Enlèvement, Don Giovanni, Flûte) où se retrouvent les Seefried, Fischer-Dieskau, Streich, Capecchi, Stader, bref la légende, deux Requiem de Verdi, un de Mozart (avec Grümmer), une Messe en ut du même Wolfgang, qui a mal vieilli – la faute aux dames solistes – une Carmen exotique en allemand, un Fidelio d’anthologie. Indispensable donc !

Des touches et des voix

J’aurais pu titrer « l’été meurtrier », les disparitions survenant à un rythme accéléré : hier on apprenait le décès le 10 juillet d’une légende, Jon Vickers (https://en.wikipedia.org/wiki/Jon_Vickers).

On ne peut pas dire que la voix ait jamais été belle, pas sûr d’ailleurs que le Canadien l’ait cherché. En revanche, on a grandi avec son Florestan, son Tristan, son Otello et on vibrait à l’intensité de ses incarnations.

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En revanche, on peut souhaiter un bon anniversaire, 90 ans le 11 juillet, à un autre grand ténor dont un site spécialisé avait prématurément annoncé la mort, Nicolai Gedda. Warner avait déjà édité un copieux coffret, qui essayait de retracer la prodigieuse carrière du chanteur suédois, installé depuis des lustres sur les bords du lac Léman.

51fgWVa6XyL 81+LB3mFQVL._SL1417_Un autre coffret est annoncé, avec des opérettes (intégrales) de Strauss et LeharGedda a particulièrement brillé, depuis les premières gravures avec Schwarzkopf et Ackermann jusqu’aux versions Electrola des années 70

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À Montpellier, l’événement c’était samedi le grand marathon pianistique. On en connait qui n’ont pas loupé une seule note des six concerts qui se sont déroulés à la Salle Pasteur de 9h30 à 23h15 : les deux livres du Clavier bien tempéré de Bach (le premier à Cédric Pescia, le second à Dominique Merlet), les Préludes de Chopin et le 1er cahier de Préludes de Debussy à Nelson Goerner, les Préludes op.89 de Chostakovitch avec Muza Rubackyte et le Ludus Tonalis de Hindemith par Andrei Korobeinikov. 

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Autour de Philippe Cassard, maître d’oeuvre de cette folle journée, Cédric Pescia, Dominique Merlet, Nelson Goerner, Muza Rubackyte.11701135_10153031169037602_5025133019420429048_nAprès un dimanche éclaté dans toute la région, ce lundi invite les curieux à (re)découvrir le coeur de Montpellier à la faveur de rencontres musicales inattendues.

Et sur France Culture, à 15 h, dans Continent Musiques d’été on évoque l’histoire du Festival au micro d’Anna SIgalevitch : http://www.franceculture.fr/emission-continent-musiques-d-ete-multidiffusion

Ouverture

On eût souhaité que ces derniers jours ne fussent que bonheur. Celui de l’ouverture d’un festival auquel on est fidèle depuis 1987 et dont on a désormais la charge.

Mais les mauvaises nouvelles n’attendent pas. La disparition de l’acteur principal du film préféré de mon père, si souvent vu et revu, Docteur Jivago, Omar Sharif

La Grèce : à quoi a servi le référendum de dimanche dernier ? Qui a trompé qui ?

Et puis des changements, bien ou mal vus, c’est selon, dans le paysage radiophonique…

Mais avouera-t-on qu’on n’avait d’yeux et d’oreilles jeudi soir que pour les très jeunes musiciens du Bagad de Lann Bihoué qui ont ouvert l’édition 2015 du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon dans un théâtre de Mende plein à craquer :

Conjugaison réussie des plus anciennes traditions populaires et d’un enthousiasme collectif contagieux. Un sénateur-maire et les personnalités locales qui n’étaient pas les dernières à vouloir aller jusqu’au bout de la nuit…

Voir le reportage de France 3http://france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussillon/ouverture-celtique-du-festival-de-radio-france-avec-le-bagad-de-lann-bihoue-768343.html

Ce vendredi c’est à Montpellier qu’on allait sentir si cette nouvelle édition prenait (ou non) un bon départ. Même si les chiffres de pré-vente étaient très rassurants, on sait d’expérience que rien ne remplace la fébrilité qui gagne organisateurs, artistes et publics le jour même, et de voir la foule affluer vers la grande salle Berlioz du Corum sous le soleil de midi, des files se former au guichet, on savait le pari gagné de remplir cet immense vaisseau un jour de semaine à l’heure du déjeuner… avec un artiste qui avait commencé le 12 juillet 1995, dans une salle beaucoup plus modeste, un parcours d’amitié ininterrompu avec le festival : Fazil Say

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Un peu moins surpris par une salle archi-comble le soir : certes le Concerto d’Aranjuez – et le fantastique Juan Manuel Canizares, le Boléro de Ravel, les danses du Tricorne de Falla, Espana de Chabrier, mais les moins courues Dansas Fantasticas de Turina ou Catalonia d’Albeniz, il y en avait pour toute l’Espagne et la baguette fringante de Domingo Hindoyan à la tête d’un Orchestre national de Montpellier en très grande forme.

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Ce samedi marathon pianistique, encore une de ces folies que seul le Festival peut se permettre…Cédric Pescia ouvre ces 205 nuances de blanc et noir à 9h30 avec ceci :