J’avais été prévenu par Olivia de Lamberterie dans Télématin au début de cette semaine : pour elle Philippe Jaenada devait avoir le Goncourt, mais elle était presque sûre qu’il ne l’aurait pas…
Pour être franc, je ne suis pas assez grand lecteur, surtout de romans, pour avoir déjà lu cet auteur, J’avoue que je le découvre. Mais comme cela m’était arrivé pour deux précédents prix Goncourt – Nicolas Mathieu en 2018 et, dans une moindre mesure, Brigitte Giraud en 2022, je suis entré d’emblée dans le livre de Jaenada, son style, cette manière unique de raconter, de digresser (si j’écrivais des romans, c’est exactement ce que je ferais), et je ne le lâche plus.
Inévitablement, on pense à Simenon et au commissaire Maigret. Mais en plus gourmand, joyeux, étonnant.
Présentation de l’éditeur :
« Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c’est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse. Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes. On dirait le début d’un roman de Simenon, mais l’inspecteur-chef Ferrière n’a pas le talent de Maigret, et doit se résoudre à classer l’affaire au bout de six mois, sans avoir arrêté personne. Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada reprend l’enquête à partir du dossier retrouvé puis, comme à son habitude, sollicite ses contacts aux archives, exhume tous les documents, arpente tous les lieux – remonte le temps. Pour ce livre, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, s’inspirant humblement et fidèlement des méthodes du commissaire fictif. Et il va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par la dextérité de son investigation et fasciné par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire« .
Cadeau
J’évoquais cette pianiste – Ann Schein – dans mon dernier billet (Toussaint en blanc et noir). Je viens d’écouter sa version du 4e scherzo de Chopin. Plus qu’admirable…
Et dans mes brèves de blog à venir, mes réactions à l’actualité américaine notamment !
Coup sur coup, j’ai acheté, commandé, reçu des coffrets de piano – oui encore du piano ! – qui révèlent des personnalités disparues de nos radars, ou méconnues dans certains répertoires.
Quand Beethoven c’est Hough !
Je n’avais pas repéré cette intégrale des concertos de Beethoven par un pianiste que j’admire infiniment – Stephen Hough – que j’avais précisément entendu jouer le 3e concerto – mon préféré – à Londres en mai 2023, la veille du couronnement de Charles III (lire Couronnement)
Et ce premier mouvement du 3e concerto confirme, s’il en était besoin, que le pianiste ne suffit pas pour réussir une version, qu’il faut comme ici un chef qui sait tenir un discours, en particulier dans cette introduction en do mineur.
Si je n’avais vu une offre sur le site prestomusic.com, je n’aurais peut-être jamais acheté ce coffret de 3 CD regroupant des enregistrements magnifiquement réalisés de 1958 à 1960 pour le label Kapp, et j’aurais manqué ces merveilles léguées par la pianiste américaine Ann Schein disparue il y a quelques mois.
Cristina la Brésilienne
C’est un nom que je connais depuis longtemps, notamment comme interprète de Villa Lobos. Normal, le plus grand compositeur brésilien ne peut avoir comme interprètes que des musiciens brésiliens. C’est ce qu’on appelle une assignation à résidence musicale.
Formée en France, élève de Magda Tagliaferro, la jeune Cristina Ortiz est la révélation du troisième Concours Van Cliburn, dont elle remporte le 1er prix en 1969. Le coffret que Warner vient d’éditer – avec beaucoup d’inédits en CD – reflète son début de carrière et, pour le discophile, révèle quelques pépites sud-américaines.
CD 1 ‘Brazilian Soul (Alma Brasileira)’Villa-Lobos, Vianna, Miguez, Guarnieri, Fernández Solo Piano Works (Cristina Ortiz) CD 2Shostakovich Concertos for Piano; Three Fantastic Dances (Cristina Ortiz, Bournemouth Symphony Orchestra, Paavo Berglund) CD 3Rachmaninov Rhapsody on a Theme of Paganini; Dohnányi Variations on a Nursery Song (Cristina Ortiz, New Philharmonia Orchestra, Kazuhiro Koizumi) CD 4Poulenc Piano Concerto (Cristina Ortiz, City of Birmingham Symphony Orchestra, Louis Frémaux); Gershwin Second Rhapsody; Lambert The Rio Grande (Cristina Ortiz, London Symphony Orchestra, André Previn) CD 5Prokofiev Highlights from Cinderella & Romeo and Juliet (Cristina Ortiz) CD 6 ‘Pictures of Childhood’Debussy, Khachaturian, Mompou, Prokofiev, Ibert Solo Piano Works (Cristina Ortiz) CD 7Villa-Lobos Bachianas brasileiras No. 3; Mômoprecóce (Cristina Ortiz, New Philharmonia Orchestra, Vladimir Ashkenazy) CD 8 ‘Spanish Soul’Albéniz, Falla, Granados, Turina Solo Piano Works (Cristina Ortiz) CD 9Franck Piano Quintet (Cristina Ortiz, Medici String Quartet) CD 10Chopin 4 Ballades; Polonaise No. 6 “Heroic”; Fantaisie-impromptu (Cristina Ortiz) CD 11Grieg Piano Concerto; Franck Symphonic Variations; Les Djinns (Cristina Ortiz, Philharmonia Orchestra, Vladimir Ashkenazy)
Une rareté dans ce coffret, ces très virtuoses variations de Dohnanyi sur « Ah vous dirai-je maman » :
Cadeau
L’une des premières versions que j’aie eues entre les mains du 2e concerto pour piano de Chostakovitch est justement celle de Cristina Ortiz et Paavo Berglund. Quoi de plus bienfaisant que le mouvement lent de ce concerto au milieu du fracas du monde ?
Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog
C’est un souvenir que je ne suis pas près d’oublier : en décembre 1986, je fis en même temps la connaissance de Martha Argerich, de sa troisième fille Stéphanie (11 ans à l’époque) et du père de celle-ci, Stephen Kovacevich.
J’avais commencé en septembre à travailler à la Radio suisse romande à Genève, chargé, entre autres, de la production de certains concerts de l’Orchestre de la Suisse romande. En l’occurrence, la saison de concerts de l’OSR était le fruit d’une « coproduction » entre l’orchestre, la Radio et la Ville de Genève, chacun gérant les aspects pratiques de « ses » concerts. C’est ainsi que pour le concert du 19 décembre 1986, il me revint de m’occuper du chef – Okko Kamu* – et du soliste, Stephen Bishop-Kovacevich… qui faisait alors ses débuts avec l’Orchestre de la Suisse romande ! J’étais allé chercher le pianiste à l’aéroport la veille du concert et dans la voiture il me posa d’emblée une colle : où pourrait-il faire nettoyer et repasser son frac ? Je ne me rappelle plus la solution finalement trouvée. Lorsque je l’interrogeai sur sa carrière qui m’impressionnait beaucoup, il m’avoua que c’était la première fois qu’il jouait à Genève alors que, me dit-il, « je viens souvent ici voir ma fille et Martha ». Le soir du concert, il me proposa d’aller dîner « chez Martha » qui habitait un bel hôtel particulier à quelques centaines de mètres du Victoria Hall. C’est ainsi que je rencontrai pour la première fois la pianiste argentine, dans son univers, une sorte de phalanstère, du monde à tous les étages, un joyeux désordre, des pianos et des discussions animées. Lorsque Stephen me présenta à elle, elle me demanda aussitôt : « Vous jouez du piano » ? Je m’entends encore lui faire cette réponse : « À vous je ne dirai jamais que je sais jouer du piano »… La suite avec Martha je l’ai racontée dans plusieurs épisodes de ce blog.
Quant à Stephen Kovacevich, je l’ai entendu par la suite en concert, pas aussi souvent que je l’aurais souhaité, mais plus jamais eu l’occasion de partager un moment plus privé avec lui.
Il me reste, il nous reste un héritage discographique exceptionnel.
A l’occasion de son 75e anniversaire, Decca avait publié la totalité de ses enregistrements réalisés dans les années 60 et 70 pour Philips (voir le détail sur bestofclassicfr.wordpress.com)
« Il va fêter ses 75 ans le 17 octobre, un an avant celle qui est la mère de leur fille Stéphanie, Martha Argerich. Il s’est appelé Stephen Bishop, puis Bishop-Kovacevich, et enfin Kovacevich (Stephen_Kovacevich).
C’est un formidable, magnifique pianiste, qui n’a jamais eu la célébrité, ni même la notoriété de sa compagne. En quelque sorte, un pianiste pour connaisseurs.
Decca réédite heureusement ce que Stephen Kovacevich a enregistré pour Philips dans les années 60/70. Puisse ce coffret permettre au plus grand nombre de (re)découvrir un artiste vraiment exceptionnel. Ses Beethoven et ses Brahms sont tout simplement des références, éloquence, clarté, virtuosité, il les reprendra, piano seul et concertos, avec presque autant de réussite pour EMI dans les années 90 (cf. ci-dessous).
Depuis toujours, ses Variations Diabelli sont mon disque de chevet pour cette oeuvre.
Mais Mozart, Bartok, Chopin, toute une discographie qui, au fil des ans, était devenue quasiment introuvable, nous sont enfin restitués.
CD1 Beethoven: Diabelli Variations op.120
CD2 Beethoven: Piano Concerto No.1 & Piano Sonata, op.10/1 BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD3 Beethoven: Piano Concertos Nos. 2 & 4 BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis< br> CD4 Beethoven: Piano Concerto No.3 & Piano Sonata, op.13 “Pathétique” BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD5 Beethoven: Piano Concerto No. 5 BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD6 Beethoven: Piano Sonatas opp.101 & 109
CD7 Beethoven: Piano Sonatas opp.110 & 111
CD8 Beethoven: Piano Sonatas op.31/2 & 3
CD9 Beethoven: Bagatelles op.33, 119, 126
CD10 Chopin: Polonaise No.7, Impromptu No.3, Mazurka No.39, etc.
CD11 Dvořák: Piano Quintet op.81 & String Quintet op.97
Mozart: Kegelstadt Trio* Members of the Berlin Philharmonic Octet * With Jack Brymer and Patrick Ireland
CD12 Brahms: Piano Concerto No.1 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD13 Brahms: Piano Concerto No. 2 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD14 Brahms: Scherzo in E Flat Minor op.4, 4 Ballades op. 10, 8 Klavierstücke op.76
CD15 Brahms: Klavierstücke Op. 116, 117 & 119
CD16 Brahms: Variations and Fugue on a Theme by Handel op.24, Klavierstücke op. 117 & 119 [Analogue]
CD18 Mozart: Piano Concertos Nos. 21 & 25 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD19 Mozart: Piano Concertos Nos. 20 & 23 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD20 Grieg & Schumann: Piano Concertos BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD21 Bartók: Mikrokosmos Nook 6* / Out of Doors / Sonatina [*first international CD release]
CD22 Stravinsky: Concerto for piano and wind Bartók: Piano Concerto No. 2 BBC Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD23 Bennett: Piano Concerto No. 1 & Jazz Calendar London Symphony Orchestra, Sir Alexander Gibson
CD24 Bartók: Piano Concertos Nos.1 & 3 London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis
CD25 *Bartók: Sonata for 2 Pianos and Percussion Andante and Five Variations for Piano duet in G, K.501 Debussy: En blanc et noir With Martha Argerich, *With Martha Argerich, Willy Goudswaard and Michael De Roo » (13 septembre 2015)
Le duo
Tout comme le duo que Martha Argerich forma longtemps avec Nelson Freire au concert et au disque, il faut chérir les plus rares occasions où Martha Argerich et Stephen Kovacevich se retrouvaient pour des moments d’une poésie infinie.
Ici il y a dix ans à la Philharmonie de Paris
Plus tard pour EMI, il enregistra le corpus des sonates et des bagatelles de Beethoven, les concertos de Brahms à nouveau avec Wolfgang Sawallisch, et les Valses de Chopin qui lui donnèrent, paraît-il, beaucoup de mal, parce que le compositeur lui « résistait » !
Je m’en veux encore aujourd’hui d’avoir manqué le tout dernier concert que Stephen Kovacevich donna en France – c’était à quelques kilomètres de chez moi, dans les écuries de Chantilly, en avril 2026 – Ces images si tendres de ce duo avec Martha Argerich ne cessent de me bouleverser. Hommage !
Ça me prend à intervalles réguliers de revisiter ma discothèque, pour parfois y retrouver des versions oubliées, ou au contraire revenir à des artistes qui me sont chers et que j’ai un temps délaissés. J’ai donc commencé par la lettre A…
Ce pianiste né hongrois naturalisé suisse l’année de ma naissance, que je ne connais que par le disque, tient une place particulière dans mon panthéon personnel. Plusieurs occurrences sur ce blog en témoignent. J’ai bien entendu tous ses enregistrements officiels, mais je préfère le plus souvent ses « live », parce qu’il y a dans son jeu, dans son énergie, dans sa poésie, ce quelque chose que le studio restreint chez de telles personnalités
Du 2e concerto de Brahms, il a laissé à chaque fois des versions proches de l’idéal, puissantes, libres comme cette Hongrie qui fascinait tant le natif de Hambourg.
Géza Anda n’a jamais enregistré le 1er en studio. Il y a un « live » passionnant avec Jochum à Amsterdam, malgré un début inhabituellement chaotique pour le Concertgebouw…
Je chéris entre toutes ses Etudes op.25 de Chopin captées à Ascona (Suisse italienne) en 1965. J’ai malheureusement perdu le CD trouvé jadis dans une boîte à disques bon marché.
Je n’ai jamais plus entendu vision, version, plus poétique, en particulier dans la première étude de l’opus 25.
Et puis il y a des disques mythiques qui, comment dire, n’ont pas forcément bien vieilli. Comme de double concerto de Mozart enregistré l’année du bicentenaire de la naissance du compositeur, et il faut bien le dire plombé par la direction poussive et bien peu alerte d’Alceo Galliera. Même nos deux pianistes ont l’air de s’ennuyer..
Si l’on veut retrouver l’immense mozartien que fut Geza Anda, c’est vers cette intégrale des concertos qu’on peut revenir avec toujours le même émerveillement.
Bientôt nonagnénaire, le pianiste russe naturalisé islandais n’a cessé de m’intriguer. Je me suis un peu forcé à parcourir ce coffret paru il y a quelques années, qui a l’avantage de célébrer Vladimir Ashkenazy comme pianiste et comme chef d’orchestre.
J’ai beau chercher je ne trouve aucun de ses disques en soliste passionnant ou particulièrement remarquable, dans Beethoven, Chopin ou Schumann, c’est un peu mieux dans Prokofiev, Rachmaninov ou Scriabine.
Même ce disque présenté comme « légendaire » me paraît très en-deçà de ce que j’attends, j’entends, dans Rachmaninov. Le début du 3e concerto est d’un ennui abyssal.
En revanche, Ashkenazy chef d’orchestre est autrement plus intéressant, séduisant même, surtout quand il a peur partenaires le Concertgebouw d’Amsterdam ou Cleveland.
Ou qu’il accompagne son ami de toujours, le merveilleux Boris Belkin, dans Sibelius, Prokofiev, Chostakovitch ou Tchaikovski…
Le pianiste américain n’est pas rare à Paris, mais il n’a pas ce statut de star que sa longue et belle carrière et son talent pourraient lui octroyer. Mais il est comme ça, modeste, presque timide, toujours chaleureux.
J’ai repris ce coffret de ses premiers enregistrements pour RCA.
C’est un piano toujours bien sonnant, stylistiquement toujours juste, qui ne bouleverse certes pas la discographie de chacune des oeuvres abordées, mais qui mérite l’écoute et la réécoute
Il y a une affiche qui gagne haut la main le prix de la brièveté, quand le duo Ax-Ma se produit !
Cadeau
Ce n’est pas l’oeuvre la plus connue de Rachmaninov, c’est même sa toute première oeuvre, son Scherzo en ré mineur.
Finalement je l’ai acheté ce coffret, ces 37 CD qui restituent l’intégralité des enregistrements du pianiste pour EMI, et même un disque de sonates de Haydn déjà paru dans un coffret RCA.
Pourtant la dernière prestation d’Alexis Weissenberg (1929-2012) à laquelle j’ai assisté en 1997 ou 1998 m’a laissé un souvenir terrible. C’était un concert organisé par une grande école parisienne avec je ne sais plus quel orchestre, c’était au Palais Garnier, et à force de pressions, France Musique avait été obligée de capter ce concert, dirigé par Yehudi Menuhin avec en soliste Alexis Weissenberg. Au programme figurait le concerto n°9 de Mozart, c’était mal parti le pianiste bousculait déjà le premier mouvement, mais le comble de la confusion fut atteint dans le rondeau final. Weissenberg avalait les notes et les traits à une telle vitesse qu’il était impossible pour Menuhin et l’orchestre de suivre le soliste. On eut donc ce résultat, digne d’un Tom and Jerry, avec un pianiste posant le dernier accord deux bonnes minutes avant l’orchestre. Nous étions plusieurs, assis dans la salle, à nous regarder effarés par un tel naufrage. Cela n’empêcha pas une salle d’invités d’applaudir à tout rompre…et les organisateurs de s’assurer que France Musique avait bien diffusé l’exploit en direct. Je leur expliquai que non ce n’était pas du direct et que pour la diffusion on aviserait ultérieurement….
Quelques années après, allant féliciter un pianiste qui venait de jouer au Théâtre des Champs-Elysées, je vis devant moi dans le couloir qui menait à sa loge, un très vieux monsieur tout voûté avançant à pas lents. Je mis un peu de temps à reconnaitre Alexis Weissenberg, qui était alors dans sa soxantaine. Ce n’est qu’après sa mort que j’apprendrai, comme le monde musical, l’un des secrets les mieux gardés, la maladie de Parkinson qui l’avait touché dès le début des années 80.
Mais Alexis Weissenberg je l’avais souvent vu à la télévision, merci le Grand Echiquier de Jacques Chancel (en particulier lors de cette soirée mémorable avec Karajan et l’orchestre philharmonique de Berlin (à voir sur ma chaîne YouTube). Et une première fois en récital à Poitiers. Je m’étais fait dédicacer son tout nouveau disque du 5e concerto de Beethoven dirigé par Karajan…
Je me rappelle des critiques sur ces concertos de Beethoven qui, étonnés par les bizarreries de la prise de son, se demandaient si le piano n’avait pas été enregistré séparément de l’orchestre, puis mixé pour le disque…
En réalité, Alexis Weissenberg est un artiste à part. Cette sorte d’objectivité, de droiture diront certains, dans l’approche des oeuvres, de Bach à Chopin, de Schumann à Ravel, surprend encore aujourd’hui ceux qui s’attachent à la qualité du son, ou à l’engagement du musicien dans l’oeuvre. Au moins ne risque-t-on pas la monotonie, même si on est plus d’une fois bousculé dans ses certitudes !
Une décennie après
Je me demandais l’autre soir à Liège où j’avais entendu pour la dernière fois le pianiste ouzbek Behzod Absudarimov.
Maintenant, grâce à ce blog, j’en retrouve la trace. C’était en 2015 dans le tout nouvel Auditorium de Radio France. Behzod faisait ses débuts parisiens dans le 3e concerto de Prokofiev.
« On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt «
Dans le 1er concerto de Tchaikovski jeudi à Liège c’était, onze ans après, la même impression de « calme puissance » :
Intéressant de comparer ces deux visages du piano d’hier et d’aujourd’hui.
Cadeau
Plus personne aujourd’hui ne joue en concert la 2e symphonie de Borodine, ni ne l’enregistre plus. Dans la discographie de Carlos Kleiber,il y a cette archive prodigieuse de 1972.
Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog
J’ai un problème avec le chef québécois. Pas du tout en rapport avec sa tenue, en répétition short, débardeur et baskets -ou en concert veste à paillettes, boucles blondes peroxydées et ongles peints, costume dernier cri de couturier. On a quand même l’impression qu’il ne rechigne pas à se faire l’ambassadeur de grandes marques (Rolex et autres). On peut trouver légèrement ridicule qu’à cinquante ans bien passés, il se comporte toujours, dans ses attitudes, ses tenues, ses « narratifs » dans les médias, comme un ado turbulent au look toujours « djeun ».
Mais l’essentiel est bien sûr son art de chef d’orchestre. Contrairement à beaucoup de mes amis ou collègues, je n’ai jamais été pleinement convaincu par YNS, en ce que je suis rarement sorti d’un concert qu’il dirigeait, transporté, bouleversé, impressionné. Et je l’ai tout de même suivi assez souvent – ses débuts avec l’orchestre philharmonique de Berlin en octobre 2010, avec une Symphonie fantastique ratée – Il a beaucoup enregistré. Ce n’est jamais médiocre – ses Beethoven, Schumann – mais jamais non plus exceptionnel. J’espèrais que les Rachmaninov qu’il a enregistrés à Philadelphie, symphonies et concertos, soient le témoignage moderne de ce que fut cette relation si importante entre la phalange si longtemps dirigée par Stokowski et Ormandy, et le compositeur Rachmaninov. C’est bien, le son « Philadelphie » est là, mais il manque le surplus d’inspiration, la transcendance, le mémorable. En fait, tout cela manque de personnalité, d’une personnalité singulière, affirmée.
Il en est de même dans les quelques opéras qu’il a enregistrés.
Le soutier James Levine
Parce que la fin de sa carrière, sa fin de vie aussi, ont été occultées par des problèmes de santé et des procédures judiciaires, on a jeté aux oubliettes James Levine (lire Une vie pour la musique). Comme si ses trente trois années de mandat de directeur musical – un record absolu dans la maison d’opéra new yorkaise – pouvaient être rayées d’un trait de plume. Ce serait sans doute cruel de comparer son héritage considérable tant lyrique que symphonique avec celui de son successeur.
La démonstration
Dans le dernier numéro de Diapason, il faut lire l’implacable réquisitoire de Lionel Esparza sur la déliquescence des politiques publiques de soutien à la culture. Le constat étayé, documenté, qu’il dressait il y a cinq ans dans un essai aussi pertinent que nécessaire, n’a fait que se confirmer…Pas de quoi être optimiste à l’orée d’une nouvelle campagne présidentielle…
Cadeau
Un pianiste – Boris Bloch -que je ne connaissais pas, un disque qui m’a séduit et un Chopin comme je l’aime !
Et toujours mes brèves de blog (sur la rentrée musicale)
L’Opéra Comique programme en ce moment la version française du chef-d’oeuvre lyrique de Donizetti : Lucie de Lammermoor, comme je l’ai déjà évoqué dans ma brève de blog du 1er mai.
Je n’avais pas vu cet extrait des dernières Victoires de la musique classique et cette formidable prestation de Sabine Devieilhe, qui n’a heureusement nul besoin de la mise en scène « gore » qu’on lui inflige à l’Opéra Comique
L’autre révélation de ce spectacle est pour moi le jeune ténor Léo Vermot-Desroches, que j’ai eu la chance d’entendre à plusieurs reprises dans des rôles moins importants ces derniers mois. Ici il incarne un Edgard magnifique, tourmenté, romantique.
Une flûte enchantée
Pour ma génération, c’était le grand flûtiste français, moins célèbre sans doute que Jean-Pierre Rampal, mais immense musicien, surtout dans ses fonctions de flûte solo de la Société des Concerts du Conservatoire puis de l’Orchestre de Paris de 1960 à 1990 : Michel Debost vient de mourir à 92 ans.
Dans le coffret récent des enregistrements de Daniel Barenboim avec l’Orchestre de Paris (voir Mon premier Barenboim), il y a tout un disque Mozart, dont je n’avais aucun souvenir, où brillent les solistes de l’orchestre dont Michel Debost.
Claviers contrastés
L’affiche était attirante : ce dimanche 3 mai, la série Piano 4 étoiles avait convié Martha Argerich et Ivo Pogorelich à donner les deux concertos de Chopin en version de chambre (avec quatuor à cordes). Et puis Martha a dû déclarer forfait en raison d’un conflit d’agenda – que non seulement l’organisateur n’a pas cherché à dissimuler et dont il a donné l’explication à son public. Et le duo s’est transformé en récital solo pour Pogorelich.
Ni mon camarade Alain Lompech ni moi, il y a trois ans, n’étions sortis très convaincus par ses dernières « apparitions » parisiennes (si l’on en croit les rédacteurs des « bios » des artistes, ceux-ci, tels la Vierge à Lourdes font des « apparitions » en concert ou sur scène…)
C’est un rituel pour le pianiste croate que de passer de longues minutes devant son piano sous un déguisement qui ne trompe personne…
Et puis on sort de ce long récital assez retourné par ce qu’on a entendu, cette sorte de chemin de rigueur qu’emprunte désormais Ivo Pogorelich qui se débarrasse de toutes ces joliesses narcissiques qui masquaient la réalité d’un talent hors normes. Lire sur Bachtrack : Le retour à Chopin d’Ivo Pogorelich
Mardi soir au théâtre des Champs-Elysées, c’était au tour de Nelson Goerner de s’inscrire dans la série Piano 4 étoiles de l’infatigable André Furno, 88 printemps au compteur !
Comptes-rendus de ces deux soirées à lire bientôt sur Bachtrack !
Une disparition
Au moment de clore ce billet, j’apprends la disparition de Pierre-François Veil. Un homme bien, un homme de bien. Je l’apercevais parfois au concert, notamment à Radio France, dont sa nièce (l’épouse de son neveu Sébastien Veil) est la PDG. D’évidence mélomane. Et puis j’ai un vague souvenir d’une rencontre, il y a cinquante ans, chez les voisins de ses parents place Vauban, où une de mes amies, Françoise C. fêtait son anniversaire. Le prénom était peu courant à l’époque.
Dans un article publié il y a un an – Le piano oublié – j’écrivais : « C’est la triste loi des carrières fulgurantes et des jeunesses trop vite enfuies. On les adule, on les encense et on les oublie. Tout surpris de découvrir que ces artistes sont toujours vivants et en activité, même si les studios se sont depuis longtemps détournés d’eux. »
Il y a une douzaine d’années, à un dîner d’après-concert chez Annick B.G., j’avais été surpris et ému de retrouver Jean-Bernard Pommier. L’interrogeant sur ses projets, sa carrière, je compris vite que celle-ci était très ralentie, sinon au point mort, et ces derniers mois le microcosme musical s’inquiétait du sort du pianiste biterrois.
Je n’ai jamais entendu Jean-Bernard Pommier pianiste en concert, en revanche je l’avais apprécié comme chef d’orchestre en quelques occasions en Suisse et à Paris dans les années 80/90.
Il mentionnait dans ses « bios » (ah que j’aime ces bios d’artistes !) qu’il avait été l’un des solistes préférés de Karajan, et je dois bien reconnaître que j’en avais douté… à tort. Les témoignages de cette dilection existent, même s’ils sont rares.
>Mozart concerto piano 23 – Jean-Bernard Pommier / SchoenbergPelleas und Melisande. *
De la même époque cette captation du 3e concerto de Bartok
En juillet 1973, à Salzbourg probablement, cette fois Karajan dirigeait l’orchestre philharmonique de Vienne et Jean Bernard Pommier jouait le concerto en ré mineur de Bach, dans une version dont on dira aimablement qu’elle n’est pas la plus « historiquement informée’ qui soit…
« J’avais naguère évoqué brièvement mes études au modeste Conservatoire de région de Poitiers (lire Les jeunes Français sont musiciens. Je me rappelle en particulier les épreuves de fin d’études de piano- et le Diplôme à la clé ! et un jury composé de brillantes jeunes stars du piano – Michel Béroff, Jean-Bernard Pommier et André Gorog !
J’ai retrouvé hier un 33 tours que j’avais complètement oublié, l’un des premiers pourtant que j’aie achetés à petit prix, dans la collection Musidisc, le concerto n°5 L’Empereur de Beethoven, sous les doigts précisément de Jean-Bernard Pommier, un enregistrement probablement réalisé, en 1962, dans la foulée du concours Tchaikovski de Moscou dont le pianiste français fut le plus jeune lauréat (il avait 17 ans !). C’est le chef d’origine grecque Dimitri Chorafas (1918-2004) qui dirige l’orchestre de la Société du Conservatoire.«
Jean-Bernard Pommier semblait avoir jeté ses derniers feux dans cette intégrale des sonates de Beethoven qu’il avait jouée à Gaveau en 2015. Une aventure bien solitaire loin d’un « milieu musical » qui l’avait oublié.
On espère que Warner va rééditer un legs discographique devenu totalement introuvable depuis des années et qui illustre l’art d’un musicien si tristement oublié ces dernières années. Ce serait bien le moindre des hommages à rendre à Jean-Bernard Pommier
Je vais me replonger dans un coffret qu’à vrai dire je n’ai écouté que distraitement, parce que je ne partage pas l’admiration béate de certains pour la pianiste américaineRuth Slenczynska, disparue à l’âge respectable de 101 ans.
Je sais qu’ils le savent, mais l’exercice de la critique n’est pas toujours le plus aisé qui soit pour qui, comme moi, a fréquenté, engagé, suivi, souvent apprécié des musiciens, des formations musicales, durant de longues années de vie professionnelle, et qui se retrouve à devoir parfois écrire des papiers…critiques sur ce qu’il a entendu.
Mais comme je l’expliquais à une amie, connue dans ma vie d’avant, j’essaie justement de m’en tenir à ce que je vois et entends, sans me payer de mots et de formules, et surtout, si je suis déçu ou insatisfait, j’essaie de comprendre, de ne pas blesser inutilement. Peut-être me trompé-je ? Si des lecteurs de ce blog et de cet article veulent me faire part de leur avis, qu’ils ne se privent pas d’ajouter un commentaire…
Ainsi les titres et le contenu des deux derniers concerts ou spectacles auxquels j’ai assisté traduisent bien mes sentiments :
Hyperion est l’un des Titans de la mythologie. C’est aussi un label britannique qui fait depuis des lustres un travail absolument exceptionnel notamment pour le répertoire concertant du piano romantique. Au fil des ans, j’avais acheté quelques-uns de ces albums, en particulier ceux de Stephen Hough, l’une des gloires du piano britannique, trop peu connu sur le Continent.
Et tout soudain paraît un coffret de 50 CD récapitulant 130 oeuvres, 59 compositeurs, 19 pianistes, 21 chefs d’orchestre et 14 orchestres.
Je dois bien avouer que j’ignorais jusqu’au nom de pas mal de compositeurs et d’interprètes. Il n’y a pas que des chefs-d’oeuvre, mais ce coffret (lire le détail des oeuvres et des interprètes ici : Hyperion) a l’énorme avantage sur des propositions précédemment parues d’être toujours d’une qualité exceptionnelle tant dans le choix des interprètes que de la présentation éditoriale. Qu’il puisse aider à mieux faire connaitre évidemment des oeuvres mais aussi des pianistes qui méritent mieux qu’une notoriété souvent circonscrite à la sphère britannique.
Et toujours mes humeurs du temps dans mes brèves de blog
Mais je continue de me demander pourquoi certains noms n’apparaissent sur les pochettes de disques que comme des accompagnateurs, des seconds couteaux, auxquels on n’a jamais ou presque offert le premier rang.
Revue non exhaustive des noms que je retrouve le plus souvent dans ma discothèque :
En écrivant cet article, je tombe sur un autre, signé Jean-Charles Hoffelé, que j’aurais pu faire mien : Galliera le méprisé.
Illustrations certes prestigieuses du rôle d’accompagnateur dans lequel le chef italien fut longtemps cantonné
Avec Claudio Arrau, ce sont les cinq concertos de Beethoven, ceux de Grieg, Schumann, Tchaikovski.
C’est aussi bien sûr le chef d’une version mythique du Barbier de Séville de Rossini avec Maria Callas. Il n’est que d’écouter l’ouverture – si souvent ratée voire massacrée par quantité de baguettes plus illustres – pour mesurer l’art incomparable d’un grand chef.
Et au détour d’un récent consacré aux Ballets russes, on a retrouvé une partie seulement des fameux Respighi, dont Jean-Charles Hoffelé regrettait la disparition, bien cachés dans cette compilation éditée par Warner
Toujours dans son rôle d’accompagnateur, on retrouve Alceo Galliera aux côtés d’Ingrid Haebler pour quelques concertos de Mozart, et plus surprenant sans doute, de David Oistrakh dans le 2e concerto de Prokofiev !
Et bien entendu dans quantité de compilations d’airs d’opéra avec l’écurie EMI des années 50/60, Nicolai Gedda, Elisabeth Schwarzkopf, Maria Callas, Anna Moffo…
Quant au chef américain Alfred Wallenstein, pourtant chef du Los Angeles Philharmonic de 1943 à 1956, il n’a longtemps été pour moi que l’accompagnateur régulier d’Artur Rubinstein, notamment pour ma version de chevet du 2e concerto pour piano de Saint-Saëns
Plus tard, je retrouverais Wallenstein auprès de Rubinstein dans des concertos de Mozart exemplaires de style et de jeu…
et bien entendu dans les deux concertos de Chopin
Il faut aussi écouter l’enregistrement toujours émouvant de la 4e symphonie de Szymanowski, une symphonie concertante avec piano, dédiée à Artur Rubinstein, qui l’enregistre après la guerre à Los Angeles.
Mais pour trouver des enregistrements du seul Alfred Wallenstein, il faut vraiment bien chercher. On en trouve quelques-uns dans le coffret anniversaire paru à l’occasion du centenaire de l’orchestre philharmonique de Los Angeles en 2019.
La porosité entre les formations constituées – comme le Los Angeles Philharmonic – et les orchestres des studios hollywoodiens qui enregistraient à tour de bras pour l’industrie du cinéma, était une donnée essentielle de la vie musicale de la cité des anges !
Curieux couplage pour ce CD, mais c’est le seul moyen d’entendre deux versions, l’une et l’autre remarquables, de la « Nouveau monde » par Leinsdorf et de la 2e symphonie de Rachmaninov par Wallenstein
Quant au chef allemand Leopold Ludwig, c’est simple, je n’ai, dans ma discothèque, aucun disque où il officie seul, et en cherchant bien sur les sites en ligne, j’en ai trouvé deux :
Sinon, Leopold Ludwig c’est le partenaire d’Emil Guilels dans deux concertos pour piano de Beethoven