Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano

J’ai commencé cette série consacrée à Camille Saint-Saëns – dont on commémore le centenaire de la mort – par ses symphonies : Saint-Saëns #100 Les Symphonies, à l’occasion de la publication d’une formidable intégrale due à Jean-Jacques Kantorow et à l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Le grand violoniste et chef d’orchestre était jeudi soir à l’Auditorium de Radio France pour écouter un pianiste qu’il connaît bien, son propre fils, Alexandre, dans le 5ème concerto pour piano, dit « L’Egyptien », de Saint-Saëns.

L’Orchestre national de France était dirigé par Kazuki Yamada, qui remplaçait Cristian Macelaru empêché.

Je ne dirais pas mieux qu’Alain Lompech, présent quelques rangs derrière moi, qui écrit ceci sur Bachtrack : Et « L’Egyptien » de Saint-Saëns ? Alexandre Kantorow en aura été le patron. Son piano est d’une précision aussi hallucinante qu’elle est au service d’un propos plein d’esprit et pur de toute volonté de paraître. Son jeu est tout de grâce et d’élégance, d’une telle variété d’attaques et de nuances et d’une telle puissance de pensée que l’orchestre et le chef sont à son écoute. La façon virevoltante dont il joue les traits les plus véloces, tout comme sa façon de prendre un tempo un peu rapide dans le fameux thème andalou du deuxième mouvement sont irrésistibles au moins autant que sa virtuosité incandescente et joueuse dans la toccata conclusive. Triomphe. Il revient jouer la Première Ballade de Brahms avec le son transparent et timbré du jeune Horowitz ou mieux encore de Michelangeli en public dont le clavier donnait l’impression de faire 20 centimètres de profondeur, comme celui de Kantorow ce soir ! Triomphe encore. Tiens ? Il revient avec son iPad pour un second bis, ce qui est rare après un concerto. Et là – le traître ! –, joue la Cancion n° 6 de Mompou. Trois accords : les lunettes s’embuent. On est au-delà de l’exprimable, dans des sphères de la conscience de chacun auxquelles seuls quelques rares élus se connectent. Kantorow est l’un d’eux« 

On peut (on doit !) réécouter Alexandre Kantorow sur francemusique.fr (à partir de 18’30 »)

Et bien sûr acquérir la nouvelle référence discographique des trois derniers concertos, enregistrée il ya deux ans, par le père et le fils :

Intégrales

Jadis rares, les intégrales des 5 concertos pour piano de Saint-Saëns se sont multipliées ces dernières années, intégrales inégales, pas toujours bien enregistrées (Ciccolini/Baudo, Entremont/Plasson). Trois me semblent sortir du lot :

Souvent citée la pianiste française Jeanne-Marie Darré (1904-1999) reste une référence avec cette intégrale réalisée avec Louis Fourestier et l’orchestre national entre 1955 et 1957. Ou quand chic et virtuosité font bon ménage !
Autre intégrale sortie vainqueur d’une écoute comparée (dans Disques en lice, la « tribune » de la Radio suisse romande), Jean-Philippe Collard et André Previn dirigeant le Royal Philharmonic de Londres

Moins connue peut-être, mais passionnante, la vision du pianiste anglais Stephen Hough accompagné par Sakari Oramo et l’orchestre de Birmingham (Hyperion)

L’esprit de Saint-Saëns

Je pourrais citer bien d’autres versions intéressantes. Quelques-uns de mes choix de coeur.

Pour le 2ème concerto

Artur Rubinstein avait tout compris de l’esprit du 2ème concerto. Ma version de chevet.

Peut-on trouver plus émouvant que cette ultime captation d’une oeuvre que le pianiste a jouée durant toute sa carrière, ici au soir de sa vie avec André Previn au pupitre de l’orchestre symphonique de Londres ?

Autre version sortie largement en tête d’une Table d’écoute sur Musiq3 (RTBF), le tout premier disque de concertos de Benjamin Grosvenor. Le tout jeune pianiste anglais y fait preuve d’une inventivité, d’un esprit ludique, qui nous fait redécouvrir littéralement une oeuvre qu’on croyait bien connaître.

Pour les 2 et 5

Je n’oublie pas l’excellent Bertrand Chamayou, plusieurs fois entendu au concert – l’Egyptien au Festival Radio France à Montpellier en 2016, en 2017 à Paris avec Emmanuel Krivine…

Rareté

On ne peut pas dire que le Quatrième concerto de Saint-Saëns soit souvent à l’affiche du concert. Je ne l’ai personnellement jamais entendu « live » ! C’est dire si la version qu’en ont laissée Robert Casadesus et Leonard Bernstein est précieuse

Berlin à Paris (II)

On se demandait, hier après-midi, quand on avait entendu pour la dernière fois l’Orchestre philharmonique de Berlin à Paris. Réponse ici Berlin à Paris, il y a quatre ans, quasiment jour pour jour. C’était alors une sorte de tournée d’adieux pour Simon Rattle.

Samedi soir et hier après-midi les Berliner Philharmoniker se présentaient avec leur nouveau directeur musical depuis 2019, le chef russe Kirill Petrenko (voir Le choix du chef), dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris.

Salle comble

On est arrivé tout juste – à 16 h 29 – à la Philharmonie, où l’on n’avait pas remis les pieds au concert depuis tant et tant de mois. On se disait avec les amis rencontrés à l’entracte, Florence Darel-Dusapin, Paul et Maryam Meyer, le futur patron des lieux, Olivier Mantei – il commence officiellement en novembre – que ça fait un bien fou de retrouver une salle quasi-comble, un orchestre complet sur scène. On avait presque oublié ce bonheur de jouir du son d’un grand orchestre dans l’acoustique généreuse – mais précise – de la Philharmonie.

Un programme rare

J’en avais tellement lu sur Kirill Petrenko et son « mariage » avec Berlin, les enthousiasmes… et les déceptions qu’il avait suscités, que j’étais évidemment très curieux de me faire ma propre opinion en direct !

D’abord la signature de ce chef : deux programmes d’une originalité inimaginable du temps de ses prédécesseurs surtout pour un orchestre en tournée. Samedi, l’ouverture d’Oberon de Weber, les Métamorphoses symphoniques sur un thème de Weber de Hindemith, et la 9ème symphonie de Schubert.

Et ce dimanche, Roméo et Juliette de Tchaikovski, le premier concerto pour piano de Prokofiev, et le Conte d’été de Josef Suk !

Lorsque Kirill Petrenko avait été annoncé, on s’était précipité sur un des seuls enregistrements symphoniques qu’on ait de lui, les poèmes symphoniques du gendre de Dvořák, mais on doit bien avouer qu’on avait une idée encore très imprécise de l’oeuvre programmée hier après-midi.

Glorious sound

J’adore cette expression courante sous la plume des critiques britanniques pour qualifier le son produit par un Klangkörper – autre expression intraduisible ! – comme l’orchestre philharmonique de Berlin.

Ça aussi on avait oublié, ce « corps sonore » que forment les Berlinois, on l’a trouvé hier plus dense, plus charnu que naguère, un effet du travail du chef ? En tout cas, on ne se rappelle pas avoir jamais entendu le poème symphonique de Tchaikovski, Roméo et Juliette, aussi virtuose et contrasté, sans un soupçon de sentimentalisme. Et quel orchestre !

On retrouvait ensuite une soliste que je n’avais plus entendue en concert depuis mes années liégeoises : Anna Vinnitskaia avait remporté le Concours Reine Elisabeth en 2007, et j’avais eu le bonheur de l’inviter avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège à plusieurs reprises.

Je relis avec émotion cette critique d’un concert de 2012, où Anna jouait le concerto de Grieg et où l’OPRL était dirigé par notre si regretté Patrick Davin, disparu brutalement il y a un an déjà ! : Anna Vinnitskaia et l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

La pianiste russe jouait le 1er concerto de Prokofiev, l’oeuvre fulgurante d’un jeune homme de 20 ans. Folle virtuosité, aisance suprême, bonheur intact de retrouver une aussi belle artiste.

Souvenir d’un des concerts liégeois, un festival Tchaikovski dirigé par Louis Langrée en mai 2010, Anna Vinnitskaia y jouait le 2ème concerto de Chostakovitch, qu’elle a depuis enregistré pour Alpha.

Restait une inconnue de taille dans ce concert des Berlinois : comment le public allait-il réagir à une oeuvre longue – 50 minutes – inconnue, d’un compositeur lui aussi méconnu, ce Conte d’été de Josef Suk ?

Cinq mouvements d’un vaste poème symphonique, composé entre 1907 et 1909, présenté par le compositeur lui-même : « après une fuite éperdue, je trouve la consolation dans la nature. L’excitation qui conduit à une jubilation presque exaltée dans le premier mouvement, l’hymne au soleil dans le deuxième mouvement, la compassion pour qui ne peuvent jamais voir cela, la tempête et le désir éperdu dans le quatrième mouvement – dans le Scherzo, « sous le Pouvoir des Fantômes » – cèdent la place au calme mystique de la nuit dans le mouvement final. »

Le programme de salle invitait l’auditeur à simplement se laisser guider dans ce long fleuve musical, sans chercher de référence historique ou littéraire. Je craignais, pour ma part, la longueur de l’oeuvre, et je n’ai pas vu le temps passer. Je n’ai pas cherché non plus à comparer Suk avec ses contemporains, même si Janacek, Korngold ou Zemlinsky ne semblent jamais loin. Quand le compositeur tchèque expérimente des figures ou des alliages sonores, ce n’est jamais vain, et cela donne par exemple un sublime duo de cors anglais dans le troisième mouvement. Des transparences inouïes où se combinent tuba, contrebasses et premiers violons, ou encore d’impressionnistes interventions du hautbois et de la flûte (Emmanuel Pahud en grande forme as usual).

Longue ovation pour les Berliner et leur chef ! Qu’on est vraiment très heureux d’avoir retrouvés « en vrai » !

Les chefs de l’été (VIII) : Boulez, Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert

Si l’association Haydn/Ansermet (voir Les chefs de l’été III) n’était pas la plus attendue, on imagine encore moins Pierre Boulez, l’un des interprètes majeurs de la modernité du XXème siècle, diriger Haydn ou Mozart. Ni même Beethoven et Schubert.

Et pourtant l’un des tout premiers disques du compositeur et chef français, disparu en 2016, est à tous égards une curiosité : les quatre premiers concertos pour piano de Mozart, enregistrés pour Vega en 1956, avec l’orchestre du Domaine musical, et surtout Yvonne Loriod

Une curiosité !

Pierre Boulez accompagnera, à plusieurs reprises, de grand(e)s solistes, dans des concertos de Mozart

J’avais assisté à un concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées, le 24 mars 1996. Pierre Boulez y dirigeait la Cinquième symphonie de Mahler, et en première partie, la Symphonie n°104 de Haydn.

L’Orchestre viennois a réédité un coffret de quelques-uns des concerts Haydn donnés par les Wiener Philharmoniker. La 104 « boulezienne » n’a pas marqué les mémoires…

Tout aussi « classique », une symphonie n°103 captée à Chicago en 2003 n’intéresserait pas beaucoup l’auditeur si le nom de Boulez n’y était associé.

L’éditeur québécois Yves St.Laurent – le parfait homonyme du couturier français – s’est spécialisé dans l’édition de bandes radio, avec un soin tout particulier, et c’est avec autant de surprise que de curiosité qu’on découvre dans son catalogue (www.78experience.com) plusieurs « live » du chef français du temps qu’il était directeur musical de l’orchestre de Cleveland, et même avant à New York, où il devait se forcer à diriger du répertoire classique pour complaire au public (et aux sponsors!). Des Beethoven, même du Schubert, souvent neutres, voire raides (le menuet de la Troisième symphonie !)

On trouve sur YouTube une 9ème de Schubert captée à New York en 1976. Là encore une curiosité à défaut d’une référence !

Quant à Beethoven, je n’avais vraiment pas aimé une Cinquième symphonie gravée à New York (et rééditée dans le coffret Sony/Boulez – voir détails ici). Le premier mouvement est rédhibitoire !

Depuis lors, plusieurs bandes de concerts sont disponibles sur YouTube. Lectures souvent « neutres », mais pouvant réserver quelques surprises. En tout cas, elles nous découvrent une part de l’art de Boulez chef d’orchestre, que l’intéressé lui-même a très rarement mise en valeur pour le public européen.

Les chefs de l’été (IV) : Muti et Rota

Riccardo Muti a fêté ses 80 ans le 28 juillet dernier… par une chute spectaculaire, heureusement sans conséquence pour le chef napolitain.

On a déjà évoqué ici l’imposant coffret que Warner lui a consacré : Riccardo Muti l’intégrale symphonique. On veut revenir aujourd’hui sur un autre coffret, plus modeste (et moins coûteux) qui contient nombre de raretés de musique italienne enregistrées avec la formation symphonique de la Scala de Milan.

En particulier, les deux disques dédiés à Nino Rota (1911-1979) constituent des références que de plus récentes versions, comme celle du meilleur ennemi de Muti, Riccardo Chailly, avec le même orchestre de la Scala, sont loin d’égaler. Toute l’insondable nostalgie de ces musiques de film, en même temps que la classe, le chic, qui sont la marque de Riccardo Muti, s’y retrouvent.

Ici « live » à Chicago

Très beau disque aussi – curieusement oublié dans le coffret Warner ! – avec les deux concertos pour piano de Nino Rota sous les doigts de l’excellente pianiste italienne Giorgia Tomassi, trop peu connue de ce côté-ci des Alpes

Les chefs de l’été (II) : Kondrachine et Beethoven

Kirill Kondrachine, à mes yeux le plus grand chef russe du XXème siècle avec Mravinski et Svetlanov, né en 1914, mort il y a quarante ans à Amsterdam (le 7 mars 1981) est évidemment très justement reconnu pour ses interprétations admirables des Russes, Tchaikovski, Chostakovitch – magistrale intégrale de ses symphonies -.

On l’associe moins fréquemment à Beethoven dont il a pourtant laissé de splendides enregistrements, le plus souvent « live ».

Seul enregistrement symphonique de studio, une Quatrième symphonie captée en 1967 avec l’orchestre philharmonique de Moscou, dont Kondrachine fut le directeur musical de 1960 jusqu’à son émigration à l’Ouest en 1978.

A Cologne en 1972, il enregistre pour la WDR la Deuxième symphonie :

Une immense Héroïque captée dans le son glorieux du Concertgebouw d’Amsterdam

Dommage que personne n’ait songé à faire enregistrer d’autres symphonies à Kondrachine, à moins que les archives des radios n’aient pas encore livré tous leurs secrets

En tant qu’accompagnateur, Kirill Kondrachine a été souvent requis auprès des plus grands : David Oistrakh plusieurs fois pour le concerto pour violon, mais aussi Leonid Kogan.

mais aussi pour Decca à Vienne avec Kyung-Wha Chung

Pour ce qui est des concertos pour piano, hasard ou nécessités de l’enregistrement, Kondrachine a souvent dirigé le 3ème concerto – mon préféré ! – avec à peu près tous les grands pianistes russes de son temps, Richter, Guilels, Grinberg…

Avec Sviatoslav RIchter à Moscou en 1962 :

Avec Emil Guilels en 1947

Et un deuxième concerto avec la grande Maria Grinberg

Triple concerto

Pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, Kondrachine réunit à Moscou les trois solistes stars – Sviatoslav Richter, David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch – qui ont enregistré le Triple concerto avec Karajan à Berlin quelques semaines auparavant. L’écoute attentive des deux versions donne l’avantage à l’équipe russe, le trio et le chef évitent la grandiloquence compassée de la version berlinoise.

Retour aux sources, suite inattendue

Il y a une semaine, j’avais fait un rapide retour aux sources de ma famille paternelle, dans le sud de la Vendée (Retour aux sources). Ce week-end c’était une fête prévue, attendue, le 94ème anniversaire de ma mère, à Nîmes.

Il y a quatre ans, une grande partie de la famille s’était retrouvée pour fêter son passage dans le club des nonagénaires. La fête, alors, était inespérée, tant les mois précédents nous avaient inquiétés (lire L’eau vive). Depuis lors, il y eut quelques alertes, une mobilité plus réduite, mais rien de ce qui assombrit souvent la fin de vie de nos aînés: le cerveau, la vue, l’ouïe, la mémoire, restent vaillants. Et les fous rires aussi…

Mais cet anniversaire a été pour moi la source d’une émotion considérable. J’ai découvert fortuitement, au fil d’une conversation où surgissaient des souvenirs de famille heureux, que les 33 tours de la discothèque familiale, et nombre de mes premières acquisitions, que je pensais perdus – ma mère ayant déménagé en 1982, et moi quitté la maison familiale de Poitiers dès 1978 – j’ai découvert que ces disques étaient toujours là, rangés depuis des lustres dans un coin fermé de la bibliothèque de ma mère. Etrangement, je n’avais jamais songé à lui demander ce qu’elle avait fait de ces disques.

A mon prochain voyage en voiture, je viendrai récupérer ces précieuses galettes, celles déjà évoquées dans ces billets – La découverte de la musique I

dans La découverte de la musique II

Dans cette évocation de mon été 73La découverte de la musique III – j’avais complètement oublié ce vinyle 25 cm, contenant les deux rhapsodies roumaines d’Enesco, un cadeau dédicacé de mon « correspondant » roumain.

Le chef roumain George Georgescu (1887-1964) y dirige la Philharmonie d’Etat George Enescu. Quelle saveur dans les timbres, quel naturel dans l’énoncé des thèmes populaires…

J’ai souvent évoqué ici le choc que j’avais éprouvé en voyant le film de François Reichenbach – L’Amour de la vie – consacré à Artur Rubinstein et, bien sûr, ma découverte de Chopin.

Je ne pensais pas retrouver ce tout premier album à avoir figuré dans ma discothèque :

J’avais naguère évoqué brièvement mes études au modeste Conservatoire de région de Poitiers (lire Les jeunes Français sont musiciens. Je me rappelle en particulier les épreuves de fin d’études de piano- et le Diplôme à la clé ! et un jury composé de brillantes jeunes stars du piano – Michel Béroff, Jean-Bernard Pommier et André Gorog !

J’ai retrouvé hier un 33 tours que j’avais complètement oublié, l’un des premiers pourtant que j’aie achetés à petit prix, dans la collection Musidisc, le concerto n°5 L’Empereur de Beethoven, sous les doigts précisément de Jean-Bernard Pommier, un enregistrement probablement réalisé, en 1962, dans la foulée du concours Tchaikovski de Moscou dont le pianiste français fut le plus jeune lauréat (il avait 17 ans !). C’est le chef d’origine grecque Dimitri Chorafas (1918-2004) qui dirige l’orchestre de la Société du Conservatoire.

On l’a compris, il y aura d’autres séquences nostalgie, une fois que j’aurai récupéré une cinquantaine de galettes qui, pour certaines, sont devenues des collectors

Les raretés du confinement (XIV) : Funérailles, Baudelaire, la culture à Bordeaux, Dudamel, Mozart etc.

9 avril : Baudelaire a 200 ans

Evoquer le bicentenaire de la naissance de Baudelaire, c’est immédiatement songer à tous ces musiciens d’hier et d’aujourd’hui que le poète des Fleurs du Mal a inspirés et continue d’inspirer – Lire : Baudelaire en musique – Je diffusais hier L’invitation au voyage version Diepenbrock. Aujourd’hui la sublime version de Duparc, dans l’interprétation bouleversante du très grand José Van Dam

10 avril : quand Bordeaux voit vert

Tout a commencé par un tweet du ténor bordelais Stanislas de Barbeyrac « sans voix » devant une campagne d’affichage. J’ai retwitté son message en interpellant le maire écologiste de Bordeaux, la ministre de la Culture puis tous les médias se sont emparés de l’affaire : Une campagne de communication de la Ville de Bordeaux fait scandale

11 avril : la Reine de la nuit

Une version un peu négligée de la Flûte enchantée de Mozart, la première qui ait figuré dans ma discothèque (Sawallisch 1973), et l’une des plus formidables Reine de la Nuit de toute la discographie de l’oeuvre, Edda Moser

12 avril : Offenbach et Scherchen

Un peu de légèreté ne nuit pas en ces temps pesants. Le grand Hermann Scherchen (1891-1966) ne dédaignait pas ces musiques qu’on dit « légères ». Son ouverture de La Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach fait frétiller les musiciens de l’Opéra de Vienne (et nous avec !)

13 avril : la création du Messie

L’oratorio le plus célèbre de Haendel, Le Messie, a été créé le 13 avril 1742 lors d’un gala de charité au Temple Bar de Dublin.

« Why do the nations so furiously rage together? » c’est une question toujours actuelle et c’est l’un des airs les plus virtuoses du Messie. Ici c’est le baryton-basse britannique John Shirley-Quirk (1931-2014) qui l’a gravé à quatre reprises qui l’interprète sous la direction de Raymond Leppard (1927-2019)

14 avril : la grande dame n’est pas celle qu’on croit

L’ex-candidate (il y a 14 ans !) à l’élection présidentielle ne se résout pas à prendre, à 68 ans, une retraite qu’elle prône pour tous les travailleurs à 60 ans. Voici Ségolène Royal candidate à devenir sénatrice des Français de l’étranger !! et elle parle de crédibilité de la classe politique ? (Je me sens très proche des Français de l’étranger)

Une vraie grande dame, elle, c’est Maria Tipo :

J’ai eu la chance de connaître (un peu) la grande pianiste italienne Maria Tipo (90 ans cette année !), de siéger avec elle dans le jury du Concours de Genève il y a plus de trente ans. Elle a gravé plusieurs concertos de Mozart avec Armin Jordan et l’Ensemble Orchestral de Paris pour EMI. Disques devenus introuvables. Warner Classics & Erato devrait les rééditer.

15 avril : Notre Dame deux ans après

Deux ans après l’incendie de Notre Dame (lire Les héros de Notre Dame) qui mieux que Bach, qui mieux que Wilhelm Kempff pour consoler et redonner l’espérance ? L’évidence.

J.S.Bach : Choral BWV 639 « Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ »

16 avril : Dudamel à Paris

C’était un secret de polichinelle depuis des semaines: la nomination de Gustavo Dudamel à la direction musicale de l’Opéra de Paris a été officiellement annoncée ce vendredi.

Pour saluer la nomination de Gustavo Dudamel à la direction musicale de l’ Opéra national de Paris, cet extrait d’une oeuvre rare – La Noche de Los Mayas – du compositeur mexicain Silvestre Revueltas (1899-1940). Une oeuvre qui sera donnée le 18 juillet au Festival Radio France Occitanie Montpellier par l’ Orchestre Philharmonique de Radio France (dir. Santtu-Matias Rouvali).

Silvestre Revueltas : La Noche de Los Mayas, scherzo

Orchestre Simon Bolivar du Vénézuela

dir. Gustavo Dudamel

17 avril : simplicité royale

Ma mère (un an de moins que la reine d’Angleterre !) samedi au téléphone : « Tu vas regarder les obsèques du prince Philip ? C’est un peu ton pays, puisque tu as été conçu à Londres, et qu’à trois mois près tu aurais pu y naître « .

J’ai suivi en partie son conseil, et comme beaucoup de téléspectateurs, j’ai été frappé par la simplicité d’une cérémonie certes contrainte par la crise sanitaire, la pure beauté des musiques choisies pour ces funérailles et de leurs interprètes.

18 avril : Peter Maag

Je signalais le 16 avril – vingt ans après sa mort – l’hommage rendu au chef suisse Peter Maag (1919-2001) : lire Peter le Suisse/

En dehors de ce coffret, la discographie de ce chef qui n’aimait rien tant que sa liberté est éparpillée en de multiples labels, et rarement disponible, sauf sur certains sites de téléchargement.

Ainsi ce 23ème concerto de Mozart – dont le sublime adagio parcourt tout le film L’Incompris de Luigi Comencini (1967) – joué ici par le bien oublié pianiste autrichien Walter Klien (1928-1991).

Mozart : Concerto pour piano n°23, adagio

Walter Klien, piano

Orchestre du Volksoper Wiendir. Peter Maag (Vox 1963)

Piazzolla à Liège

Astor Piazzolla est né, il y a cent ans, le 11 mars 1921 à Mar Del Plata au sud de Buenos Aires.

Ce centenaire sera célébré dans le monde entier, et ce n’est que justice pour un artiste, interprète, compositeur, tout à fait singulier dans le monde de la musique du XXème siècle (il le sera, en particulier, au Festival Radio France le 21 juillet) Je renvoie à la notice Wikipedia – très bien faite – qui lui est consacrée.

Je veux rappeler une date importante dans sa création, et une présence qui est restée dans la mémoire d’une ville et d’un orchestre qui me sont chers : Liège.

L’Orchestre philharmonique royal de Liège n’a pas manqué de célébrer l’événement le 6 mars dernier, sans public, mais disponible sur le site Livestream OPRL.

L’événement ce fut d’abord la présence à Liège d’Astor Piazzolla lui-même pour une série de concerts, et le 15 mars 1985 la création de son double concerto pour bandonéon et guitare – qui porte depuis le titre Homenaje a Liège – le compositeur étant au bandoneon, Cacho Tirao (1941-2007) à la guitare, l’Orchestre philharmonique de Liège et de la Communauté française – comme on l’appelait alors ! – étant dirigé par le grand guitariste, compositeur et chef d’orchestre cubain Leo Brouwer.

Les raretés du confinement (X) : Rimbaud, Orozco, Susskind, Seefried, Lalo, Saint-Saëns etc.

#Confinement2 Une rubrique quotidienne sur Facebook qui n’est malheureusement pas près de s’éteindre… Puisqu’on évoque même, avec une sorte de gourmandise malsaine, la perspective d’un reconfinement dans certaines régions de France !

17 février : Les Illuminations de Felicity Lott

Hommage à Steuart Bedford (1939-2021) suite : un extrait de l’une des oeuvres les plus fortes de Benjamin Britten, le cycle de mélodies « Les Illuminations » (sur des poèmes de Rimbaud), une interprète d’exception de ce cycle, ma très chère Felicity Lott (lire : Dame Felicity) ici accompagnée par Steuart Bedford :

18 février : le Chopin de Rafael

Rafael Orozco (1946-1996) est un immense musicien, un pianiste majeur, un interprète d’élection des grands romantiques. Malheureusement ses disques (EMI, Philips, Valois) sont pour l’essentiel devenus introuvables, voire non édités en CD. Souhaitons que la magnifique réédition de ce double album Chopin (une première en CD pour les Préludes) par Warner soit le prélude à d’autres rééditions indispensables (excellente notice de Jean-charles Hoffelé sur les raisons d’une discographie erratique)

19 février : L’Empereur Rafael

#RafaelOrozco Pour prolonger mon billet d’hier sur le pianiste Rafael Orozco (1946-1996) – lire Le Chopin de Rafael – cette captation très émouvante d’un concert à Londres, probablement en 1995, un splendide « Empereur » de Beethoven, où Rafael Orozco retrouve Neville Marriner (1924-2016)

20 février : Un premier disque pour l’éternel second

Ce disque a vingt ans et une histoire. J’avais découvert et aussitôt aimé passionnément la bien trop méconnue Symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo grâce à la version impérissable de Thomas Beecham. Je ne l’avais jamais entendue en concert et jusqu’à ma nomination à la direction générale de l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège, je n’étais jamais parvenu à la programmer (lire L’éternel second). Dès la saison 2000/2001 je la confiai au jeune chef belge Jean-Pierre Haeck et dans la foulée proposai au label Cypres un disque tout Lalo, avec la Symphonie en sol mineur (1886), contemporaine de la 3ème symphonie de Saint-Saëns et de la symphonie cévenole de D’Indy.

21 février : Claude Carrière et le Duke

Pour rendre hommage à notre cher Claude Carrière disparu samedi (lire La belle carrière de Claude) et à sa passion pour Duke Ellington, cette soirée du 28 juillet 1965 au festival de Tanglewood où le génial pianiste et compositeur de jazz partageait la scène avec Arthur Fiedler et ses Boston Pops

22 février : Céleste duo

Peut-être pas « historiquement informé », mais depuis longtemps un trésor de ma discothèque. Une bonne dose de jubilation, si nécessaire en cette période.La voix plus « céleste » que jamais de Teresa Stich-Randall mariée à celle de Dagmar Hermann sous la direction de Felix Prohaska (1960)

23 février : Les enfants de Jonas K.

Une des grandes soirées du Festival Radio France Occitanie Montpellier, le 27 juillet 2005, l’opéra d’Engelbert Humperdinck, Les enfants du Roi / Die Köningskinder, un ténor de 36 ans qui n’est pas encore la star qu’il est devenu, Jonas Kaufmann, un merveilleux chef qui dirigeait pour la dernière fois à Montpellier, Armin Jordan

24 février : les Cent de Saint-Saëns

#SaintSaens100 #FestivalRF21 Saint-Saëns (1835-1921) va être à l’honneur toute cette année, centenaire de sa mort oblige, et ce n’est que justice. J’ai découvert le plus connu de ses cinq concertos pour piano, le Deuxième, grâce à Artur Rubinstein, et à sa première version stéréo en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein (lire : La découverte de la musique)

25 février : Cheffe d’orchestre

On parle et on entend – heureusement – de plus en plus des cheffes d’orchestre. Dans une collection « super-économique » j’ai retrouvé dans ma discothèque un disque magnifique de l’une de ces cheffes pionnières, la Française Claire Gibault – organisatrice du concours La Maestra, fondatrice du Paris Mozart Orchestra – Claire Gibault – un disque gravé au milieu des années 80, à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra. Sur ce disque une splendide 5ème symphonie de Beethoven, et surtout l’une des versions les plus vivantes, joyeuses, allantes (aux antipodes des accents wagnériens qu’y mettent beaucoup de chefs) de la symphonie n°8 dite « Inachevée » de Schubert.

26 février : Vivement l’été

Un très beau disque, un peu passé inaperçu à sa sortie en 2011, dont je suis fier. De beaux artistes, Anne-Catherine Gillet, le chef Paul Daniel, mon cher Orchestre Philharmonique Royal de Liège, et un programme original et sans concurrence discographique !Envie, en ces temps de morosité, de fatigue morale, de penser à l’été, avec ce titre si évocateur de Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville : Summer of 1915 est une « rhapsodie lyrique » qui évoque un soir d’été à Knoxville dans le Tennessee sur un texte de James Agee. L’oeuvre a été créée en 1948 par Eleanor Steber et le Boston Symphony Orchestra dirigé par Serge Koussevitzky

27 février : Walter le Tchèque

Un grand chef d’origine tchèque, Walter Susskind (1913-1980), une discographie remarquable mais disparate (lire : Les sans-grade: Walter Susskind) Ici un extrait des Spirituals de Morton Gould, qui doit rappeler des souvenirs aux plus âgés des téléspectateurs français.

28 février : Dvořák l’Américain

Un chef d’orchestre britannique, d’origine tchèque, Walter Susskind (lire Les sans-grade: Walter Susskind), une violoncelliste canadienne d’origine russe, Zara Nelsova (1918-2002), ça donne une splendide version du concerto pour violoncelle de Dvořák :

Concerto pour violoncelle (3ème mouvement)

Zara Nelsova, violoncelle

St. Louis Symphony Orchestra

dir. Walter Susskind. (Vox/Brilliant Classics)

1er mars : Respighi au couchant

Dans la discographie de la grande soprano allemande Irmgard Seefried (1919-1988) une vraie rareté : cette longue mélodie pour soprano et cordes d’Ottorino Respighi, qui date de 1914, intitulée Il Tramonto.

L’autre Richter du piano

Cela fait longtemps que j’aurais dû évoquer cet illustre pianiste, par exemple l’année dernière dans la série Beethoven 250.

Hans Richter-Haaser est l’archétype du pianiste allemand, abreuvé aux sources les plus classiques, Beethoven, Brahms, Schumann. Il naît en 1912 à Dresde et meurt en 1980 à Brunswick. Sa carrière est relativement brève et tardive – la Seconde guerre mondiale l’interrompt de longues années. Il ne fait ses débuts à New York qu’en 1959 – il a 47 ans ! – et à Salzbourg en 1963.

Sur les traces de Brahms

En 1947 Hans Richter-Haaser s’installe à Detmold, une ravissante cité de l’actuel Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, jadis chef-lieu du comté de Lippe. Où 90 ans plus tôt, Brahms a occupé, de 1857 à 1859, le poste de professeur de musique et de directeur de la société de chant de la Cour du prince Leopold III de Lippe. Une ville visitée lors de mon premier séjour en Allemagne (lire La découverte de la musique : France-Allemagne).

Dans le château de Detmold est conservé cet étrange piano ovale qui fut celui de Brahms.

Brahms qui, pendant son séjour à Detmold, entreprend son 1er concerto pour piano, compose ses deux sérénades pour orchestre, des Lieder, dont Unter Blüten des Mai’s spielt’ich mit ihrer Hand. Ce lied évoque une rencontre, celle d’Agathe von Siebold. Un été, il s’adonnera à sa nouvelle passion avec tant de fougue que Clara Schumann sera vexée qu’il ait rencontré une autre femme aussi vite. Son deuxième sextuor à cordes opus 36 fait, dans la première phrase, allusion à Agathe von Siebold : il contient en effet la suite de notes : la-sol-la-si-mi (en allemand : A-G-A-H-E). Peu après leurs fiançailles, Brahms change d’avis : il se sent incapable d’avoir une liaison. Il restera célibataire le restant de ses jours…

Beethoven d’abord

Richter-Haaser se fait repérer, heureusement, par quelques grands chefs et directeurs artistiques. Ce qui nous vaut une discographie certes restreinte mais d’une exceptionnelle qualité, pour la majeure partie consacrée à Beethoven.

Première salve Beethoven chez Philips : en novembre 1955 il enregistre aux Pays-Bas les sonates 8, 14 et 23, en mars 1956 les 21 et 28, en mai 1958 la 24, et en juin 1957 à Vienne il se joint à un prestigieux plateau – Teresa Stich-Randall, Hilde Rössl-Majdan, Anton Dermota, Paul Schöffler – pour la seule version enregistrée par Karl Böhm de la Fantaisie chorale de Beethoven

Walter Legge, le célèbre producteur d’EMI, l’attire dans son écurie et, de 1959 à 1964, va lui faire enregistrer, dans les mythiques studios d’Abbey Road, les concertos 3, 4, 5 de Beethoven (avec le Philharmonia dirigé par Giulini et Kertesz), treize sonates et les variations Diabelli.

Un coffret très précieux, un indispensable de toute discothèque.

Karajan, Sanderling, Moralt

Hans Richter-Haaser laisse au disque deux magnifiques concertos de Brahms : le second avec Karajan, magnifiquement capté en stéréo à Berlin, en 1957.

Le premier concerto (celui que Brahms entama à Detmold !) est capté « live » à Copenhague avec Kurt Sanderling :

Les collectionneurs connaissent quelques rares autres disques du pianiste allemand :

Les concertos de Grieg et de Schumann, gravés pour Philips, en 1958 à Vienne : ce n’est pas faire injure à Richter-Haaser que de noter que son Grieg est bien sérieux, et que l’accompagnement de Rudolf Moralt – dont c’était le dernier enregistrement ! – est bien plan plan !

Des sonates de Schubert

Deux concertos de Mozart avec Istvan Kertesz, reparus en CD en 1991 (pour le bicentenaire de la mort du compositeur) mais devenus introuvables

Et puis à nouveau Beethoven captés en concert en 1971 et 1978 à Leipzig avec le grand chef est-allemand Herbert Kegel.