Il y a vingt-cinq ans : l’aventure France Musique (I)

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Vingt-cinq ans ont passé depuis le 23 août 1993. Le temps me semble venu de raconter l’origine et les débuts d’une aventure qui m’a passionné : France Musique.

De décevoir aussi tous ceux qui s’attendent à lire les exploits d’un ambitieux carriériste sous les traits d’un nouveau Rastignac.

Ce lundi 23 août 1993, je me suis levé tôt, pour être à mon nouveau bureau vers 9 h. Je me présente à l’entrée B de la Maison de la Radio. Je donne mon nom à l’appariteur qui m’indique l’étage où se trouvent les bureaux de la direction de la Musique et de France Musique (le 6eme). Arrivé sur place je ne vois que portes closes et pas âme qui vive…

Je redescends aux Ondes, l’immuable bistrot où tant de figures illustres de la Radio ont leurs habitudes. Vide comme la Maison de la Radio. On est encore au mois d’août et je n’ai pas encore pris le pli des horaires parisiens (que je ne prendrai jamais d’ailleurs, arrivant vers 8h30 le matin et partant rarement avant 20h30 le soir !) Un double café crème et des croissants pour patienter. Lorsque vers 10 h j’aperçois un semblant d’animation du côté de la porte B, je reprends la direction de ce qui sera mon bureau pendant presque six ans.

En avril de cette année 1993, l’un de mes collègues de la Radio suisse romande revenant d’une réunion à Paris me transmet un message de la responsable du programme de France Musique – que je connais un peu pour l’avoir rencontrée lors de réunions des radios francophones et surtout depuis que j’ai organisé avec elle en mai 1992 à Genève une journée commune France Musique / Espace 2 (la chaîne culturelle de la RSR). Sophie Barrouyer me fait demander de l’appeler. J’oublie ou je suis trop occupé pour le faire… Les téléphones portables n’existent pas encore.

Le 1er mai 1993, je suis en déplacement dans le sud de la France, à Toulon précisément, avec le Maire et la municipalité de Thonon-les-Bains (dont je fais partie) pour « baptiser » un chasseur de mines de la Marine nationale. Ce jour là nous faisons une belle sortie en mer, contournant le fort de Brégançon, et nous dînons d’une excellente bouillabaisse dans un établissement réputé de Toulon. Nous rentrons peu avant minuit au mess de la Marine où nous sommes hébergés. Le veilleur de nuit a les yeux vissés sur le petit téléviseur de sa loge : Pierre Bérégovoy s’est suicidé sur les bords de la Nièvre. Sa dépouille a été rapatriée dans la soirée au Val de Grâce. Nous sommes sous le choc.

Au moment de nous donner les clés de nos chambres, le veilleur me donne un message : vous devez rappeler ce numéro, c’est urgent ! Je ne sais toujours pas comment Sophie Barrouyer m’avait pisté jusqu’à Toulon… un 1er Mai de surcroît !

Le surlendemain, de retour en Haute-Savoie, je rappelle enfin Sophie B. En quelques mots elle m’explique qu’il va y avoir du changement à la Musique à Radio France : le Délégué aux Programmes – titre un peu pompeux et inventé tout exprès pour l’aimable Jean-Albert Cartier, débarqué de la direction du Châtelet puis de l’Opéra de Paris et recasé à Radio France – s’en va et Sophie B. son adjointe pour France Musique aussi. On cherche l’oiseau rare pour prendre les deux places et Sophie Barrouyer de me proposer : « Si tu veux, le job est pour toi ! »

Je suis quand même abasourdi par cette conversation. Il n’y aurait donc personne à Paris de plus qualifié et de plus titré qu’un producteur de la RSR complètement inconnu dans la capitale ?

Sophie me supplie de venir au plus vite rencontrer Claude Samuel, le directeur de la Musique de Radio France (qui, à l’époque, a également la tutelle de France Musique et du programme musical de France Culture)

Le 11 mai 1993, j’invoque un prétexte d’absence auprès de la direction de la chaîne suisse pour faire un aller-retour en avion Genève-Paris. J’arrive en retard au rendez vous fixé avec Claude Samuel en fin de matinée. Je ne connais pas le directeur de la Musique, je sais qu’il a été journaliste, responsable de festivals de musique contemporaine. Je m’attends à une sorte d’entretien d’embauche au cours duquel je serai interrogé sur mes précédents faits d’armes, mon expérience, mon parcours, bref mes aptitudes aux fonctions qu’on voudrait me confier. Rien de tout cela, plutôt une aimable conversation et deux questions : Quand pouvez- vous commencer ? Seriez-vous disponible pour rencontrer Jean Maheu, le PDG de Radio France au festival d’Evian le 25 mai ?

J’étais encore plus abasourdi qu’après ma conversation téléphonique avec Sophie B. Ainsi Claude Samuel considérait mon accord comme acquis. Nous n’avons discuté de rien, ni contrat, ni organisation du travail.

A la Radio suisse, j’ai un contrat à durée indéterminée, un bon salaire, en sept ans on m’a confié à peu près toutes les fonctions, hors la direction de la chaîne culturelle, plusieurs fois promise, mais finalement confiée à une clone de Chantal Nobel (dans Châteauvallon). Depuis trois ans nous subissons une directrice dont l’incompétence fait le bonheur des gazetiers et le malheur des producteurs. Sans doute consciente de ses faiblesses, elle laisse à ses adjoints – dont je suis – une latitude certaine, quoique surveillée (Au retour d’un déjeuner, elle me téléphone pour s’inquiéter que, dans l’émission de midi, on ait diffusé du Boulez. Elle n’a pas entendu elle-même l’œuvre incriminée mais on le lui a rapporté. Je vérifie auprès de la productrice qui, amusée, finit par trouver le coupable : un extrait de Ma Mère l’Oye de Ravel dirigé par…Pierre Boulez !)

J’ai aussi ma petite famille à Thonon-les-Bains et des responsabilités municipales depuis 1989 (comme Maire-Adjoint chargé de la Culture, de la Jeunesse et de la Vie associative).

Quitter tout cela pour un saut dans l’inconnu (à une exception près, les patrons de France Musique ont rarement duré plus de trois ans à leur poste). Sous le sceau du secret le plus absolu, je consulte un ou deux amis, dont mon camarade François Hudry, avec qui je fais équipe dans l’émission Disques en Lice qu’il a fondée fin 1987. Ils me disent à juste titre que pareille proposition – la direction d’une chaîne qui nous a tous nourris, accompagnés, formés depuis l’adolescence, une « référence » – ne se refuse pas !

img_3495(J’adore cette photo de notre premier Disques en Lice : de gauche à droite, François Hudry, votre serviteur avec lunettes et cravate (!!), Chiara Banchini, Michel Corboz et Pierre Gorjat)

Dès que j’ai rencontré Jean Maheu fin mai – entretien purement formel à l’entracte d’un concert – et après qu’une proposition de contrat – à durée déterminée ! – m’a été faite – je vois Gérald Sapey le directeur de la RSR et lui annonce ma démission pour la fin août.

Les semaines à venir seront mises à profit pour trouver un logement dans la capitale. Un cousin éloigné est prêt à me louer un 2 pièces un peu défraîchi dans le 11eme arrondissement. Un week-end avec mon fils aîné début août permettra d’acheter le strict minimum pour le meubler. Et je tiendrai la promesse faite à ma petite famille de lui faire découvrir un peu de Londres et de l’Angleterre juste avant mes débuts parisiens.

Suite au prochain épisode, ou mes premiers pas dans la Maison ronde !

Debussy : de la belle ouvrage

Les anniversaires sont les meilleurs palliatifs au manque d’imagination des organisateurs…et des éditeurs (cf. tout ce qu’ont suscité les…40 ans de la disparition de Maria Callas !)

En 2018 nous allons être gâtés : deux centenaires – la naissance de Leonard Bernstein (voir Les géants), la mort de Claude Debussyun bicentenaire – la naissance de Charles Gounod.

Dès lors que l’anniversaire est plus qu’un prétexte à une opération de recyclage, mais l’occasion d’approfondir notre connaissance de l’oeuvre et de l’interprétation d’un  compositeur, d’un artiste en général, on l’accueille plus volontiers.

Le coffret de 33 CD que Warner vient de publier – Claude Debussy, The Complete Works – mérite, de ce point de vue, tous les éloges. En tous points, de la très belle ouvrage.

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Depuis que je l’ai acheté jeudi dernier, je vais de découverte en émerveillement.

Une édition extrêmement soignée, ce qui n’est plus si fréquent : les pochettes des 33 galettes illustrées, comme la couverture du coffret, de superbes estampes d’Hokusai

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Un livret trilingue (français, anglais, allemand) érudit, mais fuyant le jargon, de Denis Herlin :

Une iconographie de même niveau, un luxe de détails sur les oeuvres, les artistes, les lieux et dates d’enregistrements.

On imagine l’embarras de ceux qui se sont attelés à la confection de ce coffret : comment choisir dans les fonds considérables des labels désormais regroupés sous l’étiquette Warner (EMI, Teldec, pour l’essentiel), les interprétations « de référence » ? S’en tenir à des versions « légendaires », qui, à force d’être tenues pour des références, finissent par ne plus susciter qu’un intérêt poli, et ne représentent plus grand chose pour l’auditeur novice ou le mélomane d’aujourd’hui ?

Je trouve que les partis qui ont été pris témoignent d’abord d’une authentique connaissance et d’une recherche très fine dans les catalogues existants, même si on pourra toujours préférer tel interprète à tel autre. Ensuite beaucoup d’enregistrements récents, empruntés à d’autres labels (Actes Sud, Palazzetto Bru Zane…), ou réalisés pour précisément compléter le catalogue des oeuvres à 4 mains ou 2 pianos, comme les transcriptions que Debussy avait faites de Schumann… ou Saint-Saëns (sa 2ème symphonie, les airs de ballet d’Etienne Marcel !). Il y a donc plusieurs premières mondiales dans ce coffret !

Pour Pelléas et Mélisandec’est le choix de la version d’Armin Jordan qui a été fait, et c’est justice ! Pour l’oeuvre symphonique, on ne s’est pas arrêté à Martinon ou Cluytens, mais on nous restitue les magnifiques lectures de La Mer et des Nocturnes par Giulini avec le Philharmonia des grandes années, ou les Images vues par Rattle à Birmingham.

Un coffret qui doit figurer dans toute discothèque, assurément !

Et puisqu’on marquait, le 5 janvier, les deux ans de la disparition de Pierre Boulezj’ai retrouvé un document qui m’avait échappé, enregistré quelques mois avant sa mort : Pierre Boulez s’exprime sur l’édition critique de Debussy, et de manière plus générale, sur les partitions, le « matériel » des compositeurs. Très émouvant.

Tous les détails des 33 CD du coffret Warner à lire ici : Debussy Complete Works

 

L’inconnu de la baguette (suite)

Au fur et à mesure que le Südwestrundfunk (la radio publique allemande qui regroupe les antennes historiques de Baden BadenSüdwestfunk – et Stuttgart – Süddeutscher Rundfunkpublie les archives de celui qui a été le directeur musical de l’orchestre du SWF de Baden Baden de 1986 à 1999, l’enthousiasme va croissant.

Après les  Beethoven, Mahler, Bruckner de Michael Gielen (lire L’inconnu de la baguette), ce sont des coffrets composites, mais extraordinairement passionnants, qui nous sont proposés.

D’abord parce qu’ils illustrent l’étendue du répertoire de ce contemporain de Pierre Boulezà qui il a souvent été comparé et dont il partageait plus d’un trait commun. Mais à la différence du Français, Gielen l’Autrichien n’a jamais oublié les racines de la musique qui l’a nourri, et a toujours dirigé le répertoire classique, en même temps qu’il défendait et promouvait la création contemporaine. Et, sans qu’il ait eu besoin de le dire et de l’afficher, dans le même état d’esprit qu’Harconcourt ou Gardiner : le respect du texte, de l’Urtext. Ses Haydn manquent un peu de la fantaisie qu’y mettait un JochumMais tout le reste paraît simplement évident, justesse des tempi, des phrasés, sens de la ligne (cf. les vidéos ci-dessous).

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Le 4ème volume de cette Michael Gielen Edition est peut-être encore plus exceptionnel : le Requiem de Berlioz, les Scènes de Faust de Schumann– qui rappellent combien Gielen était un maître des grandes architectures (sa Huitième de Mahler, les Gurre-Lieder, la Missa solemnis, etc.), mais, plus inattendus, Weber, Suk, Tchaikovski ou Dvorak – et un magnifique témoignage de l’art du grand violoncelliste Heinrich Schiff disparu le 23 décembre dernier.

Et cerise sur le gâteau, une prodigieuse Kaiserwalzer – un bis – qui nous fait regretter que Gielen n’ait jamais été invité à diriger le concert de Nouvel an à Vienne. Pas assez médiatique, un look trop austère sans doute. Et pourtant quelle leçon de style, d’élégance, tout simplement du respect du texte…

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On espère encore plusieurs volumes qui devraient rendre justice à ce grand chef… et à l’orchestre qu’il a dirigé et qui a maintenant fusionné avec Stuttgart !

 

Série noire

Notre époque est sans mémoire, elle est aussi sans distance par rapport à l’actualité. Une nouvelle tombe, aussitôt suivie de réactions automatiques. Comme celles qu’ont suscitées les récentes disparitions de Georges Prêtre ou Michèle Morgan.

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Rappelons-nous, il y a un an :  La mort et la tristesse. En moins de quinze jours, Pierre Boulez, David Bowie (La dictature de l’émotion), Michel Delpech, Michel Tournier, Ettore Scola…

Hier c’était une disparition beaucoup moins médiatique, la cantatrice française Geori Bouéqui avait fait une apparition très applaudie sur la scène de l’Opéra-Comique en février 2013 pour la première de Ciboulette de Reynald Hahn, dont elle avait été la première interprète au disque.

Et la rubrique nécrologique ne risque pas de se tarir dans les mois à venir…

Je posais donc hier une nouvelle fois la question sur Facebook : pourquoi faut-il qu’à chaque disparition d’une personnalité un peu connue, tout le monde tombe dans le panneau de la louange excessive ? Je me suis fait – gentiment – remonter les bretelles par ceux qui me reprochaient de ne pas considérer Georges Prêtre comme le « géant », le « dernier grand chef », le « musicien préféré des Viennois », abondamment décrit par une presse et des réseaux sociaux qui semblent avoir abdiqué tout esprit critique.

Quand on n’ose pas dire les choses comme elles sont, on use de périphrases, et dans le cas du chef disparu qui avait une conception très élastique du respect des partitions qu’il dirigeait, on évoque des « interprétations particulières ». J’en suis bien désolé, mais je ne vois pas ce qu’il y a de « grand » dans le rubato systématique, la désarticulation rythmique, dont Prêtre usait et abusait. Comme dans cette valse de Strauss (Morgenblätter / Les journaux du matin), qui devient sous sa baguette une caricature de l’esprit viennois : à partir de 45’30…

Maintenant je n’ai pas connu le personnage, autrement que brièvement lors de la journée spéciale du 23 décembre 1995 que nous avions consacrée sur France Musique à Elisabeth Schwarkopf. Georges Prêtre était venu évoquer la première française de Capriccio de Richard Strauss qu’ils avaient donnée à l’Opéra de Paris en 1964, au micro du regretté Jean-Michel Damian

On aime Brahms

Puisque son nom a été évoqué à propos de la composition du conseil d’administration de l’Ensemble InterContemporain qu’il a fondé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/06/camelia-ou-la-discorde/), rappelons que Pierre Boulez avait quelques détestations.

Si Françoise Sagan lui avait demandé « Aimez-vous Brahms ? » , il aurait répondu vertement par la négative. Liszt, Wagner étaient, pour Boulez, des inventeurs, Brahms un épais conservateur. Ce qui ne devait pas être l’avis de Schoenberg, qui admirait la science de l’orchestration de Brahms, et qui a vêtu d’une riche (trop ?) parure orchestrale son premier quatuor avec piano – avec son finale alla ungarese – .

Le prochain festival de Radio France (#FestivalRF16) consacre toute une journée et une soirée à la musique de chambre de Brahms, avec piano, baryton et choeur si affinités ! (http://www.festivalradiofrancemontpellier.com/index.php/programme#!programmation=dates$byDay/).

On pourra s’y préparer avec la somme réunie par Diapason dans cet indispensable coffret :

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Mais pas de Brahms symphonique cet été.

Je me suis amusé à faire ma propre discothèque idéale de ce corpus important (4 symphonies, 2 ouvertures, 2 sérénades et les Variations sur un thème de Haydn). En privilégiant d’extraordinaires prises de concerts et des approches moins attendues que les « références » toujours citées.

J’ai depuis toujours la fabuleuse 1ère symphonie que Karl Böhm a gravée à Berlin en 1959 (dans une stéréo stupéfiante), mais il existe un « live » du 2 octobre 1969 avec l’orchestre de la Radio bavaroise encore plus extraordinaire. Hallucinée, rageuse (dans les 1er et 4ème mouvements), intensément poétique. On ne sort jamais indemne de cette écoute.

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Pour la 2ème symphonie, c’est encore Böhm cette fois avec les Berlinois, auxquels il ne laisse aucun répit, à l’exact opposé d’un autre grand chef qui butine, musarde, John Barbirolli avec Vienne. C’était en août 1970 au festival de Salzbourg, la prise de son ne respire guère, mais la tension n’en est que plus vive !

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Quant à la 3ème symphonie, depuis que François Hudry me l’avait fait découvrir, je mets au premier rang un chef qu’on n’associe pas spontanément à Brahms (et qui a pourtant réalisé une très belle intégrale – méconnue – chez Decca avec « son » Orchestre de la Suisse romande), Ernest Ansermet, avec l’orchestre de la Radio bavaroise, un « live » de 1966. Tout simplement exceptionnel !

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Pour la 4ème symphonie, on a l’embarras du choix, et j’arrive difficilement à départager Carlos Kleiber et Fritz Reiner (dans une version peu souvent citée, et pourtant admirable de rigueur et d’allure, avec le Royal Philharmonic)

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Pour les ouvertures (Académique et Tragique) ainsi que les Variations Haydn j’aime infiniment le dernier Jochum (avec l’orchestre symphonique de Londres), ça file droit, allègrement.

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Le jeune Istvan Kertesz fait des miracles dans les deux sérénades qui somnolent sous d’autres baguettes plus connues…

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Camélia ou la discorde

Je dois bien avouer que je connais très peu de sa vie et de son oeuvre. Sa présence et son chant lors de l’hommage national aux victimes des attentats de novembre 2015 m’avaient touché :

Le microcosme de la musique classique s’enflamme depuis quelques heures : Camélia Jordana a été nommée, au titre des personnalités qualifiées, au conseil d’administration de l’Ensemble Intercontemporain (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ensemble_intercontemporain).

Extraits choisis des échanges et commentaires sur Facebook :

« Suite au post publié hier sur mon mur à propos de la nomination au conseil d’administration de l’Ensemble Intercontemporain fondé en 1976 par Pierre Boulez qui exécrait la muzak à deux temps, de la chanteuse de variétés héroïne de « Nouvelle Star » Camélia Jordana, mon ami M.D.  a écrit à la Communication de l’EIC pour avoir la réponse à ce qui apparaissait comme un mauvais poisson d’avril avec retard à l’allumage dans cet aréopage du conseil d’administration des musiques contemporaines. 
« Cher Monsieur, Le conseil de l’Ensemble intercontemporain est composé, entre autres, de personnalités nommées par le ou la Ministre chargé(e) de la Culture, pour une durée de trois ans.
Camelia Jordana et Catherine Tasca ont été nommées lors du dernier renouvellement du conseil au début de l’année 2016.
Cordialement »
A quoi M.D. a répondu : 
« Merci pour votre réponse. C’est juste sidérant ! Mais où sommes-nous, sur quelle planète, dans quel monde ? Ubu à la culture. Ce Gouvernement nous aura tout fait. » 

Commentaire : Parce que vous pensez qu’Henri Loyrette et Brigitte Lefevre ont plus à dire sur la musique du XXe siècle et la création contemporaine, sur la place de l’Intercontemporain dans la vie musicale français et internationale que cette jeune chanteuse de variétés ? Non ! Mais ils ont l’honorabilité de leurs précédentes fonctions comme sauf conduit… et je sens poindre un peu de mépris social et culturel dans vos propos… avez-vous râlé quand Lefevre a été nommée présidente de l’Orchestre de chambre de Paris ? Non… et pourtant elle ne connait rien à rien sur le plan professionnel de ce qu’elle préside…. Avez-vous pesté quand Loyrette a été nommé ? Non…. et pourtant son domaine c’est les arts plastiques…. Ils sont incompétents tout comme elle mais ils ont le vernis… de l’honorabilité qui fait défaut à Camélia Jordan… Râler ? Oui ! et pas qu’un peu ! Mais… il faut râler de façon circonstanciée sans donner l’impression du mépris social et culturel.

 Autre commentaire : Tout est dans le symbole. Il n’y a aucun mépris dans les jugements négatifs sur cette nomination. B. Lefèvre est une autorité culturelle par le seul fait qu’elle a dirigé la danse à l’Opéra. Loyrette dirige un des plus grands musées du monde. Ça ne leur donne peut-etre pas de spécialité pointue sur la musique contemporaine mais enfin ils ont une compétence avérée en gestion d’institutions culturelles de haut niveau. Je n’ai rien contre cette toute jeune femme de 24 ans mais enfin ses seuls titres de « gloire » tiennent en deux ou trois chansonnettes bébêtes. A ce compte-là, pourquoi pas Didier Super (« arrête de t’la péter ») à l’Orchestre de Paris? Aurait-on imaginé, en d’autres temps que Sheila ou Mireille Mathieu entrent au CA du Domaine Musical ou Bach – pas Johann Sebastian mais celui de « l’ami Bidasse » aux Concerts Lamoureux?
Quelques remarques générales : d’abord préciser que, pour la jeune chanteuse, comme pour tous les membres de ce type de conseil d’administration, l’activité est bénévole et ne donne lieu à aucune rémunération. Ensuite rappeler qu’un C.A. n’a aucun rôle dans la direction artistique, la programmation, le projet culturel de l’organisme en question.
Souligner enfin que la moyenne d’âge de ces conseils d’administration n’est pas des plus basses, et qu’on y retrouve souvent les mêmes figures, certes expérimentées et blanchies sous le harnais. L’idée de rajeunir un peu ces cénacles n’est pas en soi contestable, on a bien compris que le doute porte sur le choix des personnes…
Oserai-je dire que je suis plus amusé (par le choix et la polémique qui s’en est suivie) que scandalisé…?

La soirée qu’on lui devait

Comme pour toutes les soirées de ce genre, on pouvait s’attendre au pire… ou au meilleur. On ne pouvait faire mieux ni plus juste que cet hommage rendu à Pierre Boulez (1925-2016) hier soir à la Philharmonie de Paris. 

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Enormément de figures connues, compositeurs, musiciens, artistes, « institutionnels », mais aussi beaucoup d’anonymes qui, vu leur âge, découvraient la musique et l’homme. Pas de discours officiel, mais des images d’archives, réjouissantes, qui nous donnaient à voir l’homme joyeux, pétillant, d’une intelligence exceptionnellement vive (qui avait de quoi impressionner ses pairs), rien d’inédit (pour la plupart des documents présentés dans l’exposition que lui avait consacrée la Philharmonie). Des lectures de textes sobrement faites par Catherine Tasca, Laurent Bayle, Bruno Hamard (Orchestre de Paris), Frank Madlener (IRCAM), Hervé Boutry (Ensemble InterContemporain) et beaucoup de musique surtout.

Dans le hall d’entrée puis dans la salle Initiale (1987) pour 7 cuivres (Solistes de l’EIC), des extraits spectaculaires du Dialogue de l’ombre double (1985) avec les clarinettes virtuoses d’Alain Damiens et Jérôme Comte, puis les Improvisations I et II (1957) sur Mallarmé dans la voix de Yeree Suh insérée dans l’ensemble conduit par Mathias Pintscher. Venait ensuite cette extraordinaire pièce pour ensemble de violoncelles Messagesquisse (1977),  une commande de Rostropovitch pour les 70 ans  du mécène Paul Sacher :

Le violoncelliste Marc Coppey m’expliquait que son célèbre aîné, pourtant si ardent promoteur de la création (ils sont si nombreux ceux qui ont écrit pour et à la demande de Rostropovitch, Dutilleux, Chostakovitch, Prokofiev, Schnittke, etc. !), avait été plutôt embarrassé par la complexité de la pièce de Boulez et ne l’avait plus rejouée après sa création.

Bruno Mantovani dirigeait Dérives I (1984) pour six instruments, avec quelques excellents élèves de « son » Conservatoire voisin. Puis prenait place le très grand orchestre requis par l’oeuvre symphonique sans doute la plus célèbre de Boulez, d’abord les Notations I à IV (1980) puis Notation VII (1997-2004). Très logiquement, c’est à l’Orchestre de Paris que revenait l’honneur de clore cette soirée. C’est en effet la phalange parisienne qui fit la création des quatre premières Notations en juin 1980 sous la direction de son chef d’alors – et ami de toujours de Boulez – Daniel Barenboim. Je me rappelle comme si c’était hier du choc, de la fascination que j’avais éprouvés à l’écoute de France Musique qui diffusait le concert en direct – c’était ma première « rencontre » avec l’oeuvre de Boulez. Hier soir c’était Mathias Pintscher, aussi bon chef qu’inventif compositeur (aujourd’hui directeur musical de l’Ensemble InterContemporain), qui s’attelait à une partition d’une redoutable difficulté d’exécution et d’une tout aussi exceptionnelle séduction sonore. Paavo Järvi le relayait pour une Notation VII  contemplative, presque ravélienne, d’une magnifique transparence.

D’ailleurs toute cette soirée démontrait, et révélait au nouveau public, combien la musique de Pierre Boulez s’inscrit dans une tradition française de raffinement, d’évocation plus que d’affirmation, de richesse sonore, de sensualité.

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L’après-concert était l’occasion d’échanger avec nombre de figures amies, comme Pascal Dusapin à qui je rappelais que très exactement un an plus tôt, le 26 janvier 2015 (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/29/personnalites/) ici même, Renaud Capuçon avait créé, avec un succès considérable, son concerto pour violon Aufgang.

Ou de faire des projets avec Lionel Bringuier ou Paavo Järvi, qui a titillé ma curiosité de directeur de festival. Mais c’est une autre histoire… à suivre !

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( à l’arrière plan à gauche, Mathias Pintscher)