Couvre-feu

Le Président a parlé. Pour une fois simple, clair et concis. On évite le confinement total du printemps, mais pour une bonne moitié des Français qui ont la malchance de vivre en région Ile-de-France et dans huit métropoles d’importance, le couvre-feu instauré à partir de ce vendredi minuit équivaut au confinement. Tout ce qui avait patiemment et courageusement été reconstruit cet automne – les restaurants, les salles de sport, les théâtres, les activités culturelles – tout s’effondre de nouveau. Un couvre-feu à 21 h (d’ailleurs pourquoi 21 h et pas 22 h ou 20 h ?) c’est l’arrêt, et sans doute l’arrêt de mort, pour toutes les activités qui sont le sel de la vie, le supplément d’âme sans lequel la vie n’est que répétition de mécanismes, d’habitudes sans but ni vision…

Il n’est plus temps de distribuer les bons et les mauvais points (lire L’infantilisation comme mode de gouvernement).

Aujourd’hui je voulais vous parler du spectacle que j’ai vu vendredi dernier au Théâtre des Champs-Elysées, le Ballet royal de la nuit, un spectacle qui tourne depuis 2017.

( Photo : Vincent PONTET)

Guillaume Santaigne a écrit sur forumopera à peu près exactement ce que j’en pense. Lire Une heure de trop.

Aujourd’hui je voulais vous parler de la performance de Cecilia Bartoli et de ses Musiciens du Prince Monaco mardi soir à Toulouse. Performance plutôt que concert « classique », des musiciens formidables, une chanteuse qui n’accapare pas la scène pour se mettre seule en valeur, se changeant à vue dans un coin du plateau et toujours formidablement généreuse. Deux concerts étaient prévus ce 13 octobre, le premier à 18 h, le second à 20h.

J’étais au premier, qui ne s’est achevé qu’à 19h45 ! Récital d’airs baroques, Haendel, Vivaldi, Hasse, et en bis une chanson napolitaine… et un impayable Summertime !

Aujourd’hui je voulais vous parler aussi des entretiens que j’ai eus toute cette journée de mercredi avec des élus et responsables de villes d’Occitanie pour préparer la prochaine édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier, de ce besoin de culture, de fête qui s’exprime plus fort que jamais. Nous savons déjà que la crise sanitaire a modifié et continuera de modifier – et pas nécessairement de façon négative – les habitudes tant des spectateurs que des producteurs – restriction des jauges, port du masque, durée des spectacles. Nous savons aussi qu’aucun « cluster » ne s’est jamais révélé dans les salles de spectacle et les cinémas depuis le déconfinement.

J’invite à lire l’excellent article de Charles Arden et Damien Dutilleul sur Olyrix : Feu aux poudres pour la culture.

Il va falloir inventer de nouveaux formats, de nouveaux horaires – dîner comme les Néerlandais à 18 h ? – de nouvelles propositions le week-end. Mais ne pas se résigner à une nouvelle mort. Car la vie, Monsieur le Président de la République, la « vie sociale » que vous nous incitez à maintenir, n’est tout simplement pas la vie, sans culture, sans convivialité, notre horizon commun ne peut se réduire à Métro boulot dodo.