Retour aux sources

L’été dernier, sur le chemin de mes vacances en Italie, je m’étais arrêté au centre de la Suisse, berceau de ma famille maternelle (lire L’été 69). J’avais photographié la maison de famille – Brückenhaus à Entlebuch – dans un bien triste état. La bonne nouvelle c’est que cette maison historique a été enfin réhabilitée et que, conservant ses façades classées, elle devrait être rouvrir bientôt avec trois appartements d’habitation.

Pendant ce « pont » de l’Ascension, j’ai choisi un séjour en Vendée, berceau de ma famille… paternelle.

Enfant j’ai beaucoup de souvenirs à L’Ile d’Elle, le village qui fait la frontière entre les départements de Vendée et de Charente-Maritime, à une vingtaine de kilomètres de La Rochelle. J’ai déjà raconté une partie de cette histoire : lire Ancêtres

(de gauche à droite, mon père Jean-Paul (1928-1972) mon grand père Pierre (1903-1967) tenant sur ses genoux son joufflu petit-fils, mon arrière grand-père André Rousseau (1875-1958)

La tuilerie Rousseau

J’ai toujours connu, en face de la maison grand-paternelle, en bord de route jadis nationale, aujourd’hui départementale,

une immense briqueterie, d’abord tuilerie,

Et c’est tout à fait par hasard que j’ai découvert que ce bâtiment historique avait été détruit en 2019 : L’ancienne briqueterie a été démolie.

Sur un site dédié au patrimoine vendéen, j’ai commencé à lire l’histoire de cet établissement, et quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre d’abord le lien entre ma famille et cette tuilerie devenue briqueterie, mais surtout des détails que j’ignorais sur mon arrière-grand-père, André Rousseau, maire de la commune de L’Ile d’Elle de 1919 à 1947 ! (On s’étonne avec pareilles ascendances paternelles comme maternelles que j’aie la politique dans le sang !)

Voici un extrait de cet article

Cette ancienne tuilerie était l’un des établissements industriels les plus importants de la commune de L’Île-d’Elle, parmi ceux, nombreux, qu’elle comptait encore à la fin du 20e siècle. En 1837, le conseil municipal passe un marché avec Joseph Goudy, entrepreneur à la tuilerie et chef tuilier, pour la fourniture de tuiles nécessaires à couvrir les murs du cimetière (alors au pied de l’église). Le recensement de 1846 mentionne, au lieu-dit la Tuilerie, le même Joseph Goudy, tuilier et chef de l’usine, avec un chef d’atelier et quatre ouvriers. Le recensement de 1851 fait état de la « grande rue du village du quartier des tuileries », soit l’actuelle route de La Rochelle. Y vivent Joseph Goudy et Pierre Maussimeau, maîtres tuiliers, le second originaire de Libourne, avec chacun quatre ouvriers. En 1856, Joseph Goudy est toujours tuilier dans le quartier de Bellevue, avec trois ouvriers et trois apprentis. Il n’est ensuite plus répertorié.

Les recensements de 1861 et 1866 mentionnent en effet désormais deux tuiliers et leurs familles : Guillaume Fabarez (1826-1913), originaire des Hautes-Pyrénées, et Pierre ou Léger Célérier, avec de deux à trois ouvriers. En 1862 et 1864, Guillaume Fabarez paie un droit à la commune pour extraire la terre nécessaire à la fabrication de ses tuiles. Le 31 décembre 1865, Pierre Célérier demande l’autorisation de construire un four à chaux et à tuiles à 40 mètres de la route départementale. Au recensement de 1872, Guillaume Fabarez est désormais tuilier avec Philippe Berton et un ouvrier (Célérier a, entre temps, créé sa propre tuilerie, à l’Audairie, actuellement 13 rue du Stade). Veuf, Fabarez se remarie en 1881 avec Marie Bonneau, épicière, elle-même veuve d’André Rousseau, aubergiste. Le recensement de 1891 les mentionne, avec André Rousseau fils (1875-1958), issu du premier mariage de Marie Bonneau.

Celui-ci, d’abord « commis aux écritures » pour Fabarez, reprend la tuilerie et, en 1934-1935, selon le cadastre, il la fait agrandir. La tuilerie prend alors sans doute pour l’essentiel son aspect actuel. Equipée de machines pour le malaxage et le façonnage mécaniques, elle devient la première de la région. Entre 1925 et 1948, près de 5700 tonnes de tuiles issues de la tuilerie Rousseau sont expédiées via le port de Marans, dont 984 pour la seule année 1932. L’entreprise se spécialise aussi dans la production de briques. D’abord extraite sur le coteau de L’Île-d’Elle, la terre l’est ensuite dans un terrain acheté à Marans, au lieu-dit les Ecluzeaux (aujourd’hui carrière communale, le long de la route D 938 ter). Patron tuilier, André Rousseau est maire de L’Île-d’Elle de 1919 à 1947 ce qui parachève son ascension économique et sociale. Quant à sa seconde épouse, Marthe Charpentier, elle développe un élevage de poules de Marans, appelé « élevage des Tuileries ». André Rousseau meurt en 1958. Devenue Société céramique de la Sèvre dès avant 1956, l’entreprise fermera en 1973.

Aujourd’hui plus personne de la famille n’habite à proximité, les générations successives de Rousseau se sont éparpillées en France et en Europe. J’ai même du ramasser la plaque mortuaire d’André Rousseau qui gisait, descellée, sur le côté du tombeau familial.

Pourtant, malgré les lotissements sans grâce qui ont fleuri autour du village, celui-ci est resté « dans son jus », avec ses ruelles, ses venelles, ses maisons sans étage.

Une disparition

Tandis que j’arpentais le village de mon enfance, j’apprenais via Instagram la disparition d’un personnage très lié à une période, brève mais intense, de ma jeunesse, mes années « disco » – celles des boîtes de nuit comme l’Elysée-Matignon que je fréquentais assidûment.

C’est précisément à l’Elysée-Matignon que je connus Jean-Yves Bouvier au tournant des années 70/80.

Je lis sur Facebook ce témoignage de l’acteur et réalisateur Gaël Morel :

Malgré son grand âge, je n’ai que des souvenirs de jeunesse avec cet homme-là…Il s’appelait Jean-Yves Bouvier, neveu de Jacqueline Maillan et roi des nuits parisiennes et cannoises durant plus de 40 ans…Il me faudra beaucoup de verres de « chasse-spleen » pour me dire qu’il n’y aura plus d’éclats de rire entre nous. C’est une idée de la fête, de la culture, de l’amitié et de la joie qui part avec lui.

Il savait rendre la vie nocturne tendre, aventureuse, surprenante, délirante et folle…

Je n’ai jamais compris pourquoi Jean-Yves m’avait « à la bonne », je n’étais rien ni personne, mais que je vienne seul ou accompagné, en semaine ou le week-end, la porte de l’Elysée-Matignon m’était toujours ouverte. « Tu es seul ce soir? alors rends-moi service ! ». Et Jean-Yves d’installer le jeune provincial, frêle et timide, que j’étais, dans le carré VIP à côté de Dalida, Alain Delon, Annie Girardot et son sinistre compagnon de l’époque, Bob Debout, le boxeur Jean-Claude Bouttier, et d’autres encore… C’est à l’Elysée-Matignon que je fis l’unique rencontre de ma vie avec Catherine Deneuve, rencontre douloureuse pour elle ! Un soir de forte affluence – il y avait embouteillage à l’entrée du restraurant du rez-de-chaussée et de l’escalier qui descendait dans la boîte de nuit – une bousculade me déséquilibra et me fit retomber lourdement sur un pied, qui n’était pas le mien mais celui de Catherine Deneuve !.

Jean-Yves Bouvier était le dernier de cette génération qui a fait vivre la nuit parisienne des années insouciantes, avant que l’irruption du SIDA n’y fasse les ravages que l’on sait.