Une soirée formidable

Huit jours après la performance de Lambert Wilson, j’étais de retour hier soir au Trianon.

IMG_8071 (1)Pour la Nuit de la voix organisée par la Fondation Orange. Je redoutais un peu l’habituel défilé de stars, l’enfilade de « tubes » d’opéra, bref une réplique mondaine de certaines soirées interminables et convenues (ne suivez pas mon regard !)

IMG_8072Ce fut tout le contraire : une soirée parfaite, l’exemple même de ce qu’on rêverait de voir en prime time sur les chaînes de service public. Un organisateur, présentateur, musicien – André Manoukian – virtuose, savant mais non pontifiant, respectueux des musiques et des musiciens qu’il propose, un joyeux enchaînement de styles, d’époques, sans jamais recourir à la facilité – et des artistes exceptionnels qui nous ont épargné la promo de leur dernier disque et au contraire offert d’inoubliables moments de pure émotion musicale.

Du crossover certes, mais d’une rare pertinence. Un enchantement, comme en témoigne la captation de cette soirée.

Des séquences impayables, comme Rosemary Standley chantant Nina Simone, Philippe Jaroussky inoubliable dans Voyage, voyage, Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux dans Cole Porter et Michel Berger autant que dans Haendel, les cinq chanteuses de D.I.V.A., l’Hallelujah final de Leonard Cohen, et un Happy birthday bien mérité pour les 30 ans de la Fondation Orange.

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

Une soirée illuminée aussi par la présence du Concert de la Loge et de son leader Julien Chauvin.

Tristesse, au retour de cette bienfaisante bouffée de musique, d’apprendre la mort d’un grand chanteur, sur le patronyme duquel je n’ai pas été le dernier à faire de mauvaises blagues, Kurt Moll, inoubliable Ochs du Chevalier à la rose :

Tristesse encore avec la disparition d’Alberto Zedda. J’emprunte à Jean-Louis Grinda, l’actuel directeur de l’Opéra de Monte Carlo et des Chorégies d’Orange, ex-patron de l’Opéra royal de Wallonie, l’hommage qu’il rend ce matin au chef italien :

« C’est avec une grande tristesse que j’apprends la disparition d’Alberto Alberto Zedda. Ses immenses connaissances musicales, son amour légendaire pour Rossini, son inextinguible soif de transmettre, de partager, tant avec les jeunes artistes qu’avec le public, ont fait de lui un être rare et précieux. Guillaume Tell, Semiramide, Cenerentola, Moïse et Pharaon,Tancredi, Il Viaggio a Reims mais aussi Sonnambula sont les titres que j’ai eu le privilège de faire avec lui lorsque j‘étais à la tête de l’Opéra Royal de Wallonie. Autant de soirées qu’il avait rendues exceptionnelles par son fantastique engagement. Le public l’adorait, les artistes aussi ; cette affection était contagieuse car en fait , tout le monde au théâtre était touché par tant de force dans un corps si frêle. Et lorsqu’une de ses légendaires colères était passée, tel un orage rossinien, son sourire et ses yeux malicieux disaient silencieusement « nous allons y arriver »…
De toutes ces années passées au service du théâtre lyrique, mes discussions professionnelles ou privées avec Alberto Zedda furent certainement parmi les moments les plus importants de ma formation. Je me sens privilégié d’avoir eu la chance de pouvoir vivre cela.
Regardons cet œil malicieux et sourions en pensant à lui. »

Je confirme, lorsque Zedda était dans la fosse de l’opéra de Liège, le bonheur était partout, sur le plateau, dans la salle, dans les yeux et les oreilles des spectateurs que nous étions…

Heureusement, il nous reste une magnifique collection de CD d’ouvrages de Rossini essentiellement chez Naxos. Des distributions de haut vol, où l’on retrouve bon nombre de stars d’aujourd’hui…

Brouillons de culture

Un titre accrocheur, une quatrième de couverture bien tournée. Et comme le sujet est quasiment absent de cette campagne présidentielle, j’achète et je commence à lire. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agit d’un bouquin à charge exclusive contre le quinquennat finissant, venant d’un représentant d’une droite la plus conservatrice et étriquée qui soit. Normal, diront ceux qui s’arrêtent aux clichés, qu’attendre d’autre d’un élu de Versailles ?

Et pourtant d’accord sur un point avec lui : « Sans véritable ambition culturelle, toute entreprise de réforme de la société française et de lutte contre la violence, y compris terroriste, est promise à l’échec »

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Se tourner vers le dernier opus de Christiane Taubira ? Au moins la langue ne me décevra pas…

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Céder à la facilité, en tout cas au plaisir d’une lecture rapide, avec ce faux roman à clés dont on a entendu grand bien ?

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Décembre 2016. Trente ans après s’être perdus de vue, deux anciens camarades d’études se retrouvent à l’occasion d’une émission de télévision. La fille en noir  est écrivain, Guillaume Fronsac un marquis de l’aristocratie d’État devenu banquier d’affaires.
De 17h à minuit, au cœur d’un Paris hanté par le terrorisme mais où la beauté de l’histoire française se révèle à chaque pas, ils vont se juger, se jauger, se confier, se séduire peut-être. À travers la confrontation de leurs existences, de leurs désirs, de leurs illusions perdues, se dessine le tableau d’un pays abimé par l’oubli de sa grandeur littéraire, enkysté dans la décomposition politique et le cynisme de son oligarchie. Comment échapper au déclinisme et aux ruines mentales de la République des Lettres ? En allant jusqu’au bout de la nuit (
Présentation de l’éditeur)

On se doute que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est nullement fortuite !

Et puis, cette fois sans risque d’être déçu, retrouver une plume coruscante, acerbe, virtuose, et chaque jour, à petite dose, feuilleter ce journal de Matthieu Galey, réédité intégralement.

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Pour la politique culturelle on repassera…

Wien, nur du allein

La dernière fois que j’étais venu à Vienne, c’était le 22 juin 2014, pour les débuts – il remplaçait Mariss Jansons malade – de Mikko Franck à la tête des Wiener Philharmoniker. Deux mois plus tôt c’était l’Orchestre philharmonique royal de Liège qui se produisait, pour la troisième fois en dix ans, dans la célèbre salle dorée du Musikverein sous la houlette d’un Viennois pur jus, Christian Arming (Les soirées de Vienne). 

Une ville que je crois bien connaître, et que pourtant je redécouvre à chaque fois dans son ambiguïté, sa duplicité même. Freud, Zweig, Schoenberg, Mahler, Schnitzler, et en même temps la complaisance avec le nazisme, l’antisémitisme rampant, et hier l’extrême-droite aux portes de la présidence de la République.

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Le spectacle que donnaient hier soir dans cette même salle dorée du Musikverein, Isabelle Georges, le Sirba Octet, le Tonkünstler-Orchester de Vienne  et Yutaka Sado, dans ce cadre, prenait un relief particulier : donner Yiddish Rhapsody était une manière de défi, comme l’a fièrement annoncé la chanteuse française au début du spectacle.

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J’avais déjà aimé ce spectacle à Liège en décembre 2015, mais il y avait dans l’air, et dans cette salle dorée, vendredi soir, une ardeur, une authenticité, quelque chose d’infiniment bouleversant. Vienne ne laisse jamais indemne…

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Hasard du calendrier, au Volksoper, se donnait hier soir la dernière d’une série de représentations de l’opérette Die Zirkusprinzessin du compositeur juif hongrois Imre Koppstein plus connu sous son nom viennois Emmerich Kálmán, né en 1882 à Slotok (Hongrie), fuyant Vienne en 1938 d’abord pour Paris puis les Etats-Unis et revenant s’installer à Paris où il mourra en 1953. La France l’a complètement oublié qui ne programme jamais ses opérettes (en dehors de La Veuve Joyeuse et Lehar ou de La Chauve-Souris et Strauss aucune chance pour le répertoire viennois, sauf divine exception comme à Lyon en décembre dernier : Une nuit à Venise).  

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Pourtant les ouvrages de Kalman valent largement ceux de Lehar, même si les sujets et les livrets ne brillent pas par l’originalité – toujours des histoires d’amour contrariées – mais l’inspiration mélodique – Kalman n’oublie jamais ses origines – et le raffinement de l’écriture orchestrale (le Korngold de Die tote Stadt n’est jamais loin) sont un bonheur de tous les instants.

Ce qui manque à Kalman ? Des airs, des duos plus individualisés, qu’on retient immédiatement, ces mélodies qu’on fredonne dès la sortie du théâtre. Ce que j’ai entendu hier, j’ai l’impression que j’aurais pu l’entendre dans Princesse Czardas ou Comtesse Maritza. 

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On retrouvera avec bonheur le grand ténor récemment disparu Nicolai Gedda dans les deux ouvrages les plus connus de Kalman :

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J’ai une affection particulière pour La Duchesse de Chicago, dont la partition a été reconstituée et brillamment remise au jour par l’infatigable Richard Bonynge

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Le tsar Nicolai

C’est hier, juste avant un concert d’hommage à Kurt Masur – j’y reviendrai demain, que j’ai eu confirmation (merci Forumopera) de la disparition, prématurément annoncée en juillet 2015, du ténor suédois Nicolai Gedda. Le compatriote de Jussi Björling a eu une carrière d’une longévité exceptionnelle, sur scène comme au disque.

Premiers enregistrements, jamais dépassés, à 27 ans, des opérettes de Johann Strauss, sous la baguette idéale d’Otto Ackermann avec une partenaire de légende.

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Elisabeth Schwarzkopf, interrogée le 23 décembre 1995 par Jean-Michel Damian, avait cité ce Wiener Blut comme l’enregistrement qu’elle préférait. Ce duo avec Nicolai Gedda est bien proche de la perfection (écouter notamment à 2’25 ») :

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Gedda n’a jamais renoncé à ce répertoire où sa voix solaire faisait merveille.

Mais il détient une sorte de record des rôles qu’il a joués et enregistrés, comme en témoigne une discographie d’une incroyable diversité.

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On comprend le secret de sa longévité, en écoutant Nicolai Gedda, ici octogénaire, expliquer, certes en suédois, sous-titré anglais, la technique qui fut la sienne et celle de ses glorieux aînés (Caruso, Björling).

Ici, dans un extrait des Pêcheurs de perles de Bizet, capté dans les années 90, la voix n’a rien perdu de son éclat, et on admire la diction française d’un chanteur qui parlait et chantait couramment toutes les langues de l’opéra.

J’ai eu le privilège de l’entendre chanter pour la soirée surprise organisée, au théâtre de Vevey, pour les 90 ans de son illustre voisin et collègue Hugues Cuénod, en 1992. Pour preuve de la modestie de ce grand musicien, cette anecdote rapportée hier par mon ami François Hudry sur sa page Facebook

« Il me revient le souvenir de ma rencontre chez lui, en dessus de Morges, en Suisse, pour une émission de la Radio Suisse. C’était un jour de canicule. Gedda (prononcer Yedda) avait si chaud qu’il m’avait appelé le matin même pour me donner rendez-vous…dans son garage, afin d’avoir un peu de fraîcheur pendant notre entretien. Muni du NAGRA d’usage en bandoulière, j’arrive dans ce que je croyais être son garage, lorsqu’une voix péremptoire me demanda ce que je faisais là. Je répondis que j’avais rendez-vous avec Nicolaï Gedda et la voix de répondre d’un ton sentencieux : « Monsieur, vous êtes ici dans le garage de Madame Audrey Hepburn ». J’avais probablement mal écouté la description faite par un autre de ses voisins célèbres : le ténor et grand ami Hugues Cuenod ! La Suisse Romande est peuplée de célébrités qui vivent dans la quiétude et la discrétion, mais je n’oublierai jamais cette méprise qui me fait rire encore aujourd’hui en ce triste jour de sa disparition. »

Un aspect moins connu du répertoire qu’affectionnait Nicolai Gedda, la chanson populaire russe.

Mes voeux à vous

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Le 1er janvier 2015 j’écrivais ce texte. En ce 31 décembre 2016, je l’ai à peine retouché, actualisé, pour vous redire mes voeux, à la manière de qui vous savez…

J’avoue
J’en ai (parfois)
Bavé (pendant l’année enfuie)
Et vous
Mes amours ?
J’avoue, j’ai douté

Avant
D’avoir
Eu vent
De vous
Mes amours

A votre
Avis
Qu’allons-nous vivre ?
De l’amour ? 
De vous
A moi
Je voue des voeux
Mes amours

La vie
Ne vaut
D’être
Vécue
Sans amour

Ne vous déplaise
En dansant la Javanaise et tant d’autres musiques
Nous allons nous aimer
Le temps de toute une année de doux aveux

Bien sûr  mes premiers souhaits vont à ceux que j’aime, des derniers arrivés à la doyenne de la famille, dont j’ai peine à croire qu’elle va alertement sur ses 90 printemps. Mais eux savent que je n’ai pas besoin d’un premier de l’An pour le leur dire.

Je n’ai jamais aimé cette convention qui oblige à souhaiter la « bonne année » à la terre entière – la corvée des cartes de voeux est heureusement obsolète depuis l’invention de l’écologiquement correct et surtout des réseaux sociaux ! – mais j’ai curieusement toujours pensé, à ce moment précis, à tous ces visages familiers ou inconnus qui composent l’ordinaire de mes jours, ceux qu’on ne voit jamais, qu’on ne remercie jamais, les serveurs, les caissières, les guichetiers, les gardiens, les SDF, liste non exhaustive.

Il y a des regards, des sourires, de simples mots qui illuminent une année, et qui donnent espoir pour celle qui s’ouvre.

Pain d’épices suédois

Je m’en vais dans quelques heures assister à un spectacle…pour enfants, chorégraphié par Pär Isberg (prononcer Iceberg) – ça ne s’invente pas ! -, Nötknäpparen autrement dit Casse Noisette, le dernier « ballet-féerie » de Tchaikovski. Et je m’en réjouis à l’avance.

Casse-Noisette était sur la Table d’écoute de Camille de Rijck sur Musiq3, dimanche dernier, jour de Noël comme il se doit – L’émission est à réécouter ici Table d’écoute 25/12/2016 Casse Noisette. Il faut juste éviter les dernières minutes qui ne correspondent pas à la séquence annoncée, mais la comparaison entre plusieurs grandes versions non seulement confirme que l’ouvrage est un chef-d’oeuvre de bout en bout (ce qui n’est pas toujours le cas des grands ballets qui souffrent parfois de « remplissages ») et que les plus grands chefs peuvent révéler la  magie, le merveilleux de ce récit autant que la beauté des thèmes et la subtilité de l’orchestration tchaikovskienne.

Grands vainqueurs de cette écoute comparée, d’abord Valery Gergiev dont la toute récente version renouvelle la réussite de ses précédents enregistrements (Decca 1998 et DVD 2007), et Antal Dorati, dans la deuxième de ses trois magnifiques versions (après Minneapolis 1954 et avant Amsterdam/Concertgebouw en 1976)

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Des enfants, il y en avait déjà beaucoup ce matin au Moderna Museet, le superbe musée d’art moderne de Srockholm situé sur la presqu’ile de Skeppsholmen. 

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Une exposition-concours de toutes sortes de constructions en pain d’épices faisait saliver autant les petits que les grands, en vain puisque, même par l’odeur alléchés, on ne pouvait ni toucher ni goûter…

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Une très belle ambiance de fêtes qu’on retrouvait dans la veille ville (Gamla Stan), dès qu’on s’éloignait des deux rues bondées de touristes.

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Quai du souvenir

La dernière fois que je l’ai vue, c’est dans le musée Jean Gabin de Mériel, sur les bords de l’Oise, à quelques centaines de mètres de chez moi. Dans cet extrait célébrissime de Quai des brumes :

Sur cette scène de légende, les explications de Michèle Morgan :

 

Je n’oublie pas non plus la diffusion, le 26 décembre 2010 (le jour de mon anniversaire !) du documentaire réalisé par Henry-Jean Servat où il avait réuni celle qui vient de nous quitter, Michèle Morgan, Micheline Presle et Danielle Darrieux. France Télévisions serait bien inspirée de le rediffuser…

En attendant, on peut réentendre et revoir Michèle Morgan dans quelques interviews récentes (Les 89 ans de Michèle Morgan).

D’autres que moi rappelleront la carrière de cette belle actrice, une carrière finalement sans rapport avec sa longévité. Dès le milieu des années 60, elle ne tourne plus guère, fait quelques apparitions à la télévision ou au théâtre, dans des productions qui n’ont pas laissé de grands souvenirs. Mais le mythe est demeuré, la classe, le chic d’une grande dame dont les beaux yeux ont fait chavirer des générations d’amoureux…

Restent de beaux films, à voir ou à découvrir. Une sélection personnelle :

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La vie devant soi

Ce week-end j’avais charge d’âme, un petit bonhomme qui dévore la vie avec une bonne humeur rafraîchissante.

img_7019(Un joli spectacle bien mené au Théâtre des Mathurins)

Justement la fraîcheur est d’actualité, selon Ségolène Royal Macron amène de l’air à la politique.

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On ne peut pas dire qu’Emmanuel Macron ait manqué de souffle pour son premier grand meeting de campagne à Paris…

J’ai entendu quelques-uns des propos de Jean-Muc Mélenchon sur France Inter. Son éloge des « révolutions démocratiques d’Amérique du Sud » ne passe pas, vraiment pas…

Quant à l’entrée en campagne pour la primaire de la gauche d’un ancien ministre socialiste – un de plus ! -, au retrait d’une autre ancienne ministre, à la candidature d’une ex-ministre, ex-présidente, ex-amie de Ben Ali, ils n’ont pas franchement bouleversé mon dimanche.

En revanche, bien faible écho dans les médias français, ceux que j’ai vus en tout cas, de l’attaque terroriste sauvage dans une église du Caire…

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On a plus parlé d’Istanbul et de l’attentat qui visait les forces de l’ordre aux abords du stade de Besiktas. La hiérarchie de l’actualité est-elle fonction du nombre de morts ?

Evidemment souvenirs de ce récent séjour : la route qui descendait de Beyoglu pour nous conduire de l’autre côté du pont de Galata longeait ce stade aux proportions impressionnantes… (voir Les rues d’Istanbul,  Le choix de la liberté).

Quant à la Syrie, que dire qui n’ait déjà été dit face à l’horreur absolue de l’agonie d’Alep et que penser du sinistre retournement de situation à Palmyre ?

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Il faut parfois beaucoup de rires d’enfants, de regards émerveillés devant une vitrine de Noël, un sapin illuminé, pour faire semblant d’oublier la fureur du monde…

Hergé et le bon français

La dernière fois, c’était au Musée d’Orsay, une splendide faute de français dans l’exposition consacrée au Second Empire . Avant-hier, c’était au Grand Palais, l’exposition sans doute la plus courue du moment : Hergé

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Comment le commissariat de l’exposition, la direction du Grand Palais, peuvent-ils laisser à la vue de tous les visiteurs d’aussi grossières fautes de français ?

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Le plus cocasse est que le texte en anglais est correct : le pluriel pour mountains et un bien fâcheux singulier pour montagne !

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Juste énervant ! Au point que l’Académie française s’est sentie un devoir de publier un troisième volume de Dire ne pas dire :

61xz3dmkwllDit-on éduquer le sens de l’équilibre ou éduquer au sens de l’équilibre ? Se revendiquer ou se réclamer d’une longue tradition ? Se départit-on de son calme ou s’en départ-on ? Est-on prêt à ou près de venir ? Est-on sensé ou censé connaître la loi ? Que faire de ces tics de langages qui nous ont envahis : positiver, transpariser, s’adresser auprès, de manière à ce que, rapport à, poser problème ? Et les anglicismes : switcher, come-back, hot spot, biopic, success story, matcher, par quoi les remplacer ? Lancé en octobre 2011, le site « Dire, ne pas dire » de l’Académie française connaît un succès croissant. Aux questions les plus variées des internautes sur des difficultés de langue, les académiciens et les linguistes du quai Conti apportent des réponses claires et argumentées, notamment par rapport aux emplois fautifs, aux abus de sens, aux néologismes ou aux anglicismes. Les multiples interrogations sur l’omniprésence d’un vocabulaire technologique ou à l’irruption de mots étrangers véhiculés par les médias et la mondialisation, trouvent ici des réponses passionnantes. Car l’Académie française, loin d’être un gendarme de la langue, est autant attentive à la nécessité d’enrichissement de la langue française qu’à la lutte contre l’appauvrissement du vocabulaire. Ce livre reprend une sélection de plus de 200 entrées, effectuée par Dominique Fernandez et Yves Pouliquen, deux académiciens membres de la commission du dictionnaire, qui ont aussi rédigé deux textes introductifs. En se confrontant à des questions d’usage pratique de la langue, de cas concrets et quotidiens, en n’éludant aucune difficulté, ce travail constitue un vif hommage à l’intelligence et aux subtilités de la langue française (Présentation de l’éditeur)

Surtout qu’Hergé écrivait et parlait un parfait français, comme en témoignent les nombreux documents et plusieurs vidéos présentés dans l’exposition du Grand Palais… dès qu’on parvient à les apercevoir au milieu de la foule des visiteurs !

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Il est évidemment indispensable de réserver à l’avance (et de choisir un créneau horaire plutôt matinal !).

 

Castro et la déformation

C’est quand même incroyable, invraisemblable, qu’en 2016, les mêmes vieux réflexes racornis s’emparent de la classe politique, toutes tendances confondues, lorsqu’il s’agit de saluer la mort d’un tyran. Un dictateur de droite, genre Pinochet ou Franco, c’est l’abomination absolue, un dictateur de gauche, genre Staline ou… Castro, c’est forcément différent, forcément puisqu’il est de gauche, et révolutionnaire de surcroît. Donc circonstances atténuantes, d’accord c’était un dictateur, mais c’est un héros…

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Foin de prudences diplomatiques et de contorsions de langage, une dictature est une dictature, un dictateur est un dictateur, donc un oppresseur, un anti-démocrate, un oligarque vivant aux dépens de son peuple. Sous toutes les latitudes, à toutes les époques. Comment un Mélenchon ose-t-il défendre l’indéfendable ?

J’entends bien l’insistante musique des nostalgiques de Fidel, héros et héraut des luttes anti-impérialistes (traduire par anti-américaines) en Amérique du Sud et en Afrique (en Angola par exemple). L’oncle Sam étant, par principe, odieux comme le capitalisme débridé (pardon, il faut dire ultra-libéral) dont il est le fer de lance, rien n’est plus glorieux que de le combattre. La fin justifiant tous les moyens…

Sur Cuba, j’ai écrit cela il y a trois mois : La révolution décrépite. Mais qui s’intéresse à la situation catastrophique du Venezuela de M. Maduro, vainqueur de l’élection présidentielle truquée de 2014, et digne émule du « meilleur ami » de Cuba, le sinistre Hugo Chavez ? Ah oui mais Chavez est inattaquable, c’est grâce à lui, n’est-ce pas, que s’est développé ce formidable outil d’éducation populaire El Sistema ! Sauf que c’est faux – l’exemple même de la désinformation, de la déformation de la réalité – ! Chavez n’est pour rien dans la genèse ni la réussite de cette prodigieuse idée.

Encore faut-il noter que, dans ces pays d’Amérique Latine qui, pour certains, ont été « inspirés » par l’exemple de Castro, la démocratie a toujours fini par l’emporter.

À Cuba, non seulement le peuple n’a jamais été appelé à s’exprimer librement, à voter, mais le système a été verrouillé au profit d’une caste, d’une famille qui s’est emparée de tous les leviers économiques, politiques et culturels de l’île. Je n’ai pas entendu grand monde ces derniers jours s’étonner de cette invraisemblable situation, sans équivalent dans l’histoire contemporaine.

Et puis, tout de même, si l’on se dit démocrate – ce que tous proclament, en France tout du moins – peut-on l’être à moitié, ou à géométrie variable ? y aurait-il, pour certains, de bons et de mauvais dictateurs ? la répression des droits fondamentaux de la personne humaine serait-elle plus admissible selon qu’elle vient d’un Staline, d’un Hitler, ou d’un Castro ?

Je n’irai pas pleurer sur les cendres de Castro, mais je veux espérer que ce beau et grand peuple de Cuba trouvera rapidement les chemins d’une liberté trop longtemps réprimée, et qu’il n’aura besoin ni de Washington ni de Moscou pour tracer sa route.