Le grand désamour

« Certaines fractures expliquent sans doute pourquoi notre pays demeure viscéralement attaché à l’égalité. Cet attachement nous distingue de certaines sociétés occidentales. Nous ne sommes pas prêts à tout sacrifier dans la course à la croissance économique ou sur l’autel de l’individualisme. Nous recherchons un mode spécifique de liberté -une autonomie adossée à la solidarité…. Vouloir la France, c’est à mes yeux lutter contre tout ce qui fracture notre pays, le renferme, nous fait courir le risque d’une guerre civile« 

« Autour de cette France des métropoles et des grandes agglomérations, existe une France souvent qualifiée de « périphérique« . Le mode de déplacement y est la voiture individuelle, ce qui pose problème d’un point de vue écologique et complique la vie de ses habitants au fur et à mesure que s’allongent les trajets domicile-travail dans des itinéraires de plus en plus chargés…. Cette France périphérique manque souvent d’équipements publics de base, de moyens de transport, de crèches, de lieux culturels. Les conditions d’existence peuvent y être de piètre qualité… On connaît le problème que posent certaines zones pavillonnaires aujourd’hui très dégradées, ou ces zones dans lesquelles avec les entrepôts et les petites entreprises.

Avec Internet, désormais, tout le monde voit tout, commente tout, se compare avec le reste de la planète. Cela donne le sentiment libérateur que tout est possible. Cela nourrit en même temps les névroses et révèle avec cruauté les injustices sociales, les différences de niveau de vie. Cela montre aux plus pauvres le style de vie des plus riches, ce qui nourrit la frustration, voire la révolte« 

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Le Point de cette semaine a eu la bonne idée, sous la plume de Saïd Mahrane, de revenir aux sources, de relire l’ouvrage fondateur d’une aventure politique inédite. Oui, les lignes ci-dessus sont tirées de Révolution, un livre publié le 24 novembre 2016 et signé d’un ex-ministre de l’Economie qui allait devenir le 7 mai 2017 le huitième et le plus jeune président de la Vème République, Emmanuel Macron.

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Et le journaliste d’ajouter, parlant du candidat qu’il avait rencontré après la publication de ce manifeste : « Il était convaincant et précis dans ses analyses. Même s’il affichait une grande inquiétude pour les quartiers, il n’oubliait pas la France dite périphérique et des campagnes. Il parlait « d’insécurité culturelle, économique et sociale » …. »Comment expliquer, dès lors, que le même homme passe aujourd’hui pour un président arrogant et méprisant, qui ne connaît rien de ces réalités » ?

Nous avons été abreuvés de toutes sortes d’analyses sur l’origine, les motivations de ce mouvement des Gilets jaunes. Ce qu’on a beaucoup vu et entendu, c’est l’expression d’une déception, ou pire d’une détestation, voire d’une haine, à l’endroit du président de la République. Même ceux qui crient « Macron démission ! » savent bien que cela n’a aucune chance de se produire, et ne résoudrait aucun des problèmes. Ce sont souvent les mêmes qui attendent tout de l’allocution que ce même président va prononcer ce lundi soir !

Cela ressemble, à s’y méprendre, à un grand désamour. Ils étaient nombreux – une majorité d’électeurs en tout cas – à croire à ce jeune président qui avait si bien analysé les maux de la France et des Français et qui s’engageait à les résoudre enfin. Dix-huit mois plus tard, ils le honnissent et lui reprochent tout, ce qui a été fait comme ce qui ne l’a pas été.

L’article du Point se conclut ainsi : Que le président relise, et vite, le candidat !

 

 

Bureau de vote

Dès que j’en ai eu l’âge, j’ai voté. À toutes les élections, sauf une que je ne dévoilerai pas ici.

J’ai aussi, dès 1983 (les élections municipales à Thonon-les-Bains) participé au processus électoral, comme assesseur, scrutateur, ou simplement volontaire pour le dépouillement. Entre 1989 et 1995 comme adjoint au maire de Thonon, j’ai présidé un bureau de vote, à chaque élection. Expérience humaine incomparable : toute la diversité d’une population, des comportements. Souvenirs inoubliables : ces personnes très âgées, quasiment impotentes, habillées pour la circonstance, refusant toute aide pour passer dans l’isoloir puis glisser leur enveloppe dans l’urne, ces bobos savamment dépenaillés débarquant après la clôture du scrutin – l’heure c’est l’heure en matière électorale ! – et nous engueulant pour notre intolérance, ou encore la grande gueule qu’on devait obliger à passer par l’isoloir (« rien à foutre, de toute façon je sais pour qui je vote« ). Bref un savoureux condensé d’humanité. Et même si parfois le temps paraissait bien long – des scrutins européens qui frisaient des records d’abstention, surtout par grand beau temps, et qui nous obligeaient à tenir les bureaux ouverts jusqu’à 22 h ! – je n’ai au grand jamais regretté ces jours entiers passés à regarder vivre en direct la démocratie.

Il y a cinq ans, c’est encore un autre souvenir particulier. Je n’étais pas encore officiellement nommé Consul honoraire de France à Liègela procédure est aussi complexe que pour les diplomates de carrière, même si la fonction est bénévole ! – mais pour le scrutin présidentiel organisé dans plusieurs villes de Belgique pour nos très nombreux compatriotes, j’avais évidemment été pressenti pour présider l’un des quatre bureaux de vote installés dans le Hall des Foires de Liège. Les trois autres étaient tenus par des volontaires, qui avaient bénéficié d’une formation à Bruxelles, mais qui manquaient d’expérience de ce type d’opération. Certains avaient du mal à rester objectifs, à ne pas trahir leur militantisme pour le président sortant… Quelques discrets mais fermes rappels à l’ordre auront été nécessaires.

Tenir un bureau de vote est rien moins qu’évident. On n’imagine pas la foule de petits détails auxquels on doit faire face, pour faire respecter strictement le droit électoral et assurer la pleine liberté de l’électeur, avec la souplesse et la compréhension nécessaires. Quand un enfant suit son parent dans l’isoloir, quand un accompagnateur fait de même avec une personne âgée ou handicapée, rappeler qu’on ne peut être que… tout seul dans un isoloir ! Quand la discussion politique s’invite ou se poursuit à l’intérieur du bureau de vote, demander le silence ou exiger que les protagonistes sortent. Quand le représentant d’un candidat et/ou d’un parti continue à faire campagne ou pression sur les électeurs qu’il connaît, lui enjoindre de cesser et consigner le fait sur le procès-verbal, pour le cas où l’issue du scrutin serait serrée et pourrait être contestée. Et puis convaincre des électeurs de revenir à la clôture du vote pour participer au dépouillement ou simplement en surveiller le bon déroulement, ne jamais leur dire qu’en fait ils ne peuvent pas dire non, que c’est une obligation s’ils sont désignés par le président du bureau. Et du coup rappeler que tout citoyen, tout électeur, peut participer à ces opérations électorales… et pas seulement se pointer à la mairie au moment de la proclamation des résultats !

Accessoirement le fait de présider durablement un bureau de vote donne une expérience irremplaçable de la sociologie électorale d’un quartier, d’une ville, des évolutions d’un scrutin à l’autre, et des indications précieuses sur le résultat final.

Celui de ce dimanche est prévisible, mais au terme d’une campagne présidentielle où rien ne s’est déroulé comme prévu, on peut encore avoir des surprises sur le taux de participation, les reports de voix, les écarts entre les deux finalistes. Et se réjouir d’une démocratie qui reste vivante.

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(Le feu d’artifice du 14 Juillet 2012 à Liège)

Ma France

Après mon billet d’hier L’ardente obligationun lecteur m’a écrit ceci :

Cher Monsieur,
Je regrette tellement que vos opinions politiques, certes absolument honorables, puisque vous dites être celles d’un démocrate, et j’en suis convaincu, viennent s’insérer dans un blog de grande qualité jusque-là largement consacré à vos activités culturelles et musicales. N’auriez-vous pas compris que les Français sont las, même agacés d’entendre les élites, dont vous êtes, leur donner de haut des leçons de conduite politique et démocratique, tout en faisant ainsi le lit des extrêmes ? Vous détournez votre passionnante lettre en un tract politique inutile. Malgré tout je vous reste fidèle car je vous crois un homme de grande honnêteté.
Bien à vous. »

J’ai répondu directement à ce « commentaire » mais certains termes utilisés par mon correspondant m’ont touché, blessé même : « les élites, dont vous êtes », « donner de haut des leçons », « le lit des extrêmes ».

À moins de 48 heures d’un vote décisif, je veux dire ici ma vérité – qui n’a pas plus d’importance qu’une autre, mais pas moins ! -, dire la France que j’aime, sans insulter personne, mais en l’affirmant à la face d’une candidate qui n’ose même plus afficher son patronyme sur sa photo officielle !

Oui Madame, je vais vous raconter une histoire de Français, comme il en existe des millions, la mienne.

Non je n’appartiens pas de naissance ni de fortune à ces « élites donneuses de leçons ».

Je suis né dans les Deux-Sèvres d’un père vendéen, professeur d’anglais mort à la tâche à la veille de son 45ème anniversaire, d’une mère suisse originaire d’un village de l’Emmental. L’un et l’autre, au sortir de la guerre, avaient cherché à Londres, l’un le perfectionnement de ses études, l’autre une formation d’infirmière jointe à un emploi de « nurse » dans une famille aisée de Kensington. Ils se sont mariés en 1954, et jusqu’à la mort brutale de mon père en 1972, notre petite famille a vécu sur un modeste salaire d’enseignant, ma mère restant au foyer pour élever ses trois enfants. Elle a courageusement repris son métier d’infirmière, et nous a permis, à mes soeurs et à moi, de poursuivre nos études, malgré le faible montant des bourses qui nous étaient attribuées.

La suite je l’ai racontée ailleurs (Réhabilitation) mais juste encore ceci : toutes les fonctions, tous les postes que j’ai occupés durant ma vie professionnelle, je ne les ai jamais dus à quiconque, à un « piston », à un « entre-soi », à l’appartenance à une caste, un parti ou autre. J’ai eu de la chance qu’on me recrute, qu’on m’appelle, qu’on me confie des responsabilités, j’ai aussi connu les affres du chômage, de l’angoisse du lendemain, je n’ai jamais bénéficié d’un statut privilégié.

Ma France, Madame la candidate sans nom, c’est celle de ma famille : une soeur mariée à un Suisse, une autre restée dans notre Poitou natal, deux fils, deux petits-enfants, cinq neveu et nièces, parmi eux l’une compagne d’un Belge flamand et maman d’un petit garçon parfaitement bilingue, l’autre partageant sa vie avec un Kurde qui lui a donné deux magnifiques garçons, un troisième qui est « tombé en amour » en Martinique avec une Haïtienne, tous deux gâteux devant leur petit bout de chou couleur café, une belle-fille dont la maman a fui le Cambodge de Pol Pot, bref, vous le voyez, une famille multicolore, heureuse, diverse, fière d’être de cette France humble, modeste, confrontée aux difficultés de la vie, du quotidien, qui n’a jamais vécu dans l’aisance, qui sait ce que vaut chaque euro gagné.

Je n’insulte pas vos électeurs, Madame la candidate, mais vous oui ! Vous profitez de la colère, de l’inquiétude, des peurs de ces citoyens perdus, désabusés, vous leur promettez une France qui n’a jamais existé, qui n’existe pas, vous vous moquez de nous. Si vous aviez un tant soit peu de respect pour vos compatriotes, vous ne vous seriez pas présentée mercredi soir au débat avec Emmanuel Macron dans cet état lamentable d’impréparation, d’ignorance, de confusion. Il ne s’est trouvé personne, même dans vos rangs, pour nier ce naufrage.

Ma France, celle que, j’espère, nous pourrons (re)construire à partir de dimanche soir, c’est résolument une France généreuse, ouverte, volontaire, mais aussi lucide, forte pour les faibles, porteuse d’espoir pour les blessés de la vie.

387786_10151543643107602_1344064873_n(Le 14 juillet 2013, je représentais notre pays comme Consul honoraire de France à Liège, dans une Cité ardente qui aime passionnément la patrie des Lumières !)

 

Mes Premiers Mai

J’ai rarement passé un Premier Mai en France.

En 2014 j’avais tenu à participer à celui qu’organisait à Liège celui qui, depuis quelques semaines, est devenu le président de la puissante fédération liégeoise du Parti Socialiste de la Belgique francophone, Jean-Pierre Hupkens. C’était quelques jours avant que j’annonce mon départ de la direction de l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Et je rappelais, ici même, ce qu’évoque le Premier mai en musique

Pas de souvenir ni marquant, ni agréable du 1er mai 2015.

En 2016 une expérience unique : des millions de Chinois dans l’une des villes les plus extraordinaires de l’Empire du milieu, à Shanghai (lire Premier mai en rouge).

Ce Premier mai 2017 c’était Venise (lire et voir La valse de la lagune) dernier de quatre jours de redécouverte d’une ville où je n’étais plus venu depuis dix huit ans !

IMG_9286(Ca d’Oro)

IMG_9220(Scuola San Rocco)

IMG_9219(Eglise San Rocco)

IMG_9218IMG_9215IMG_9217IMG_9216Hors de la place Saint Marc et du Rialto, le calme des places et des canauxIMG_9181Sur le pont de l’Accademia, vue sur le Grand Canal et la SaluteIMG_9174IMG_9176IMG_9177(Campo San Stefano)IMG_9178(Façade de l’Accademia, où se retrouvent Bellini, Giorgione, Carpaccio, le Tintoret, Veronese, Tiepolo et quelques-uns du même acabit !)

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IMG_9264IMG_9263Dans la gigantesque nef de Santa Maria Gloriosa dei Frari – qui est un musée à elle seule – on aperçoit dans une chapelle modeste la tombe de l’un des plus illustres musiciens Claudio Monteverdiné il y a 450 ans à Crémone.

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Il faudra bien d’autres billets pour récapituler ce long week-end vénitien, et rendre compte d’une Lucia di Lammermoor très réussie à la Fenice

Photos et vidéos sur lemondenimages.me

Mais la politique française n’a jamais été loin, même si je me suis abstenu, sur les réseaux sociaux, d’en rajouter dans la surenchère qui caractérise cet entre-deux-tours. J’ignorais que mon billet de lundi – Dignité, indignités – serait largement dépassé par la triste réalité, J’ai été un peu rassuré par ce témoignage, qui dit tout en peu de mots, mais si justes : regarder la vidéo Si Macron passe !

 

La liberté de l’artiste

Suite de mon billet d’hier L’incroyable Mister H. Suite de la visite de l’exposition hors normes de Damien Hirst à Venise, au Palazzo Grassi sur le Grand Canal.

Une exposition-événement qui rappelle l’essence de l’art, la liberté fondamentale de l’artiste. Et dans le cas de l’artiste britannique, une liberté joyeuse, iconoclaste, ivre de ses propres audaces, qui défie nos crédulités, nos addictions à l’information de masse, aux réseaux sociaux. Une liberté qui ne supporte aucune restriction.

IMG_8743 2IMG_8755 2IMG_8754 2IMG_8753 2(Une fausse collection archéologique)

IMG_8751IMG_8750IMG_874918198752_10154611533497602_34728445056856954_nIMG_8729IMG_8733 2IMG_8725IMG_8730IMG_8732 2IMG_8734 2IMG_8736IMG_8756 2IMG_8741 2IMG_8742 2IMG_8752 2IMG_8744 2IMG_8748 2IMG_8747 2IMG_8728 2IMG_8727IMG_8745 2

 

Dignité, indignités

Je voulais me lancer dans une analyse des causes et des conséquences du premier tour des élections présidentielles. Elle viendra, peut-être après le 7 mai.

La dignité d’abord.

C’était celle du président de la République, celle de son compagnon, lors de l’hommage ce matin à Xavier Jugelé, le policier assassiné jeudi dernier.

L’indignité c’est celle de candidats qui font leur commerce de la peur, de la haine, du rejet, qui n’ont pas honte de récupérer une tragédie pour laisser accroire qu’un coup de menton, des slogans martiaux, viendraient à bout du terrorisme.

L’indignité, c’est celle d’un candidat qui n’a jamais renié ses sympathies pour les dictateurs d’Amérique latine, parés des oripeaux décrépits de révolutions perverties, qui n’a jamais désavoué le régime syrien ni ses soutiens, qui ne trouve rien à redire aux morts du Vénézuéla qui luttent pour « dégager » le misérable MaduroEt qui, le soir du premier tour, nous donne une sinistre réplique de « Je suis leur chef, donc je les suis« , en s’abstenant courageusement (!) de prendre parti pour le second.

Dignité en revanche, et même discours d’hommes d’honneur de la part de François Fillon et Benoit Hamon.

L’indignité c’est aussi celle que j’ai vue d’abondance se manifester sur les réseaux sociaux, de la part « d’amis » que je croyais plus réfléchis, moins sensibles à toutes les pseudo-analyses complotistes. Comment oser dire de Macron et Le Pen que c’est la peste et le choléra ? Comment oser traiter de bâtards et de bornés les millions d’électeurs qui n’ont pas eu l’intelligence de suivre aveuglément les slogans populistes de l’auto-proclamé lider maximo de la gauche la plus embourgeoisée qui soit ? Inutile, aux yeux de ces thuriféraires, d’essayer, juste essayer, d’expliquer pourquoi 24,1 % des électeurs ont voté Macron. Tous manipulés, tous victimes d’un méga-complot médiatico-bancaire et des manoeuvres de Hollande (les mêmes d’ailleurs qui dénoncent le quinquennat catastrophique du président sortant lui trouvent d’un coup des habiletés qui lui auraient fait cruellement défaut durant quatre ans et demi…).

Le programme de Macron pour ses contempteurs ? 1. Il n’en a pas ou 2. Il est vide (on ajoute sidéral pour bien faire) ou 3. Il est ultra-libéral 4. Il est la continuation de Hollande. Faudrait savoir !

On ose à peine, sur ces mêmes réseaux sociaux, faire remarquer que l’élection d’un jeune président pourrait, de facto, remettre la France, ses valeurs, son message, sous les projecteurs du monde – comme naguère l’arrivée au pouvoir dans leurs pays de Barack Obama, Justin Trudeau, Matteo Renzi, donner un sacré coup de balai à une classe politique usée, minée par ses divisions, changer les usages et les visages, doper une économie en manque de perspectives et d’investissements, et surtout refaire fonctionner un ascenseur social en panne depuis vingt ans, malgré toutes les recettes essayées.

Ah mais je rêve…  À vrai dire, je rêve depuis quarante ans, depuis mon premier engagement civique, de cette ligne de crête, qui n’est ni le marais, ni le juste milieu, mais le chemin le plus exigeant, celui qu’empruntent les montagnards qui regardent haut et loin. Emmanuel Macron se revendique d’Emmanuel Mounier , « le fondateur de la revue Esprit, initiateur du personnalisme, ce courant spirituel qui cherchait une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme.» (Le Monde 8-9 mai 2016). Moi aussi, et fièrement.

 

Mon choix

Mon choix était fait depuis plusieurs semaines. Je n’aurais pas voulu m’abstenir de participer à l’inauguration de la nouvelle Seine Musicale de l’île Seguin.

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C’était hier soir, et ce fut très réussi (je partage le compte-rendu qu’en a fait Diapason : La Seine musicale inaugurée).

Je me rappelais adolescent avoir visité les usines Renault et avoir éprouvé le choc du bruit assourdissant, des cadences infernales de certains ateliers. Il faut d’ailleurs visiter le petit pavillon qui rappelle dans une excellente pédagogie l’histoire de cette île de la Seine et la présence de Renault de 1929 à 1992.

Bravo au Département des Hauts-de-Seine, à la ville de Boulogne, et au consortium d’entreprises (Sodexho, Bouygues, TF1) qui ont mené à bien ce projet risqué. IMG_8559IMG_8557IMG_8561

Le complexe est aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais c’est évidemment l’acoustique de l’auditorium d’une part, l’aspect de la Grande Seine d’autre part qui attisaient toutes les curiosités.

Pour moi, la troisième inauguration en trois ans ! Quelle capitale au monde peut s’enorgueillir d’avoir ouvert coup sur coup trois salles de concert ? D’abord l’auditorium de la Maison de la Radio en novembre 2014, puis la Philharmonie en janvier 2015.

Première impression : on se sent très bien dans l’auditorium de la Seine musicale. Dessin classique pour une salle confortable, toute de bois revêtue. Dès les premiers accords d’Insula orchestra, la formation de Laurence Equilbey, on est séduit par une acoustique quasi idéale, excellent compromis entre la netteté des plans sonores, la chaleur du son, une réverbération ajustée pour éviter saturations et dispersion. Les voix solistes s’entendent bien d’où qu’elles chantent. Bravo à Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey, Anaïk Morel et Sandrine Piau qui ouvraient le bal avec de larges extraits de Die Gärtnerin aus Liebe (la version allemande de La finta giardiniera) de Mozart

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Suivaient des extraits de la version française de Berlioz du Freischütz de Weber (inimitable Sandrine Piau dans la romance d’Agathe).

Et ce premier concert s’achevait avec cet autre hymne à la fraternité universelle, préfiguration de l’Ode à la joie de la 9ème symphonie, qu’est la Fantaisie chorale de Beethoven, Bertand Chamayou jouant un magnifique Pleyel.

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Le « milieu » musical était nombreux, à l’issue du concert commentaires favorables et félicitations unanimes. Reste à savoir comment va vivre et évoluer ce vaste vaisseau : son capitaine artistique, Jean-Luc Choplin, est optimiste, même si tout reste à prouver…

Dans la grande salle, The Avener et The Shoes rassemblaient des milliers de fans…

Le gala d’ouverture est à (re)voir et (ré)écouter ici : France Musique, concert d’ouverture Ile Seguin