Le compositeur le plus écouté au monde, grâce au concert du Nouvel an diffusé chaque année en direct de Vienne, Johann Strauss, est né le 25 octobre 1825. Après une revue de valses, qu’en est-il de ses ouvrages lyriques, de ses opérettes, qu’il n’a composées que sur le tard, après avoir vu l’incroyable succès d’Offenbach à Vienne ?
Je n’ai quasiment rien à changer à l’article que j’écrivais ici il y a une dizaine d’années : Revue de chauves-souris. Personne n’a jamais égalé la version si viennoise de Karajan en 1959
Quatre versions en DVD, à commencer par celle de Carlos Kleiber qui dispose du meilleur Orlofsky qui soit, Brigitte Fassbaender, alors que la version CD est plombée par la présence ridicule d’Ivan Rebroff !
Quant à Rosalinde travestie en fausse comtesse hongroise, on craque toujours pour Gundula Janowitz (et la version Böhm en CD et DVD)
Du Baron tzigane, c’est étrangement une version quasiment inconnue, jamais distribuée en France, qui tient le haut du pavé. Distribution parfaite, direction idéale d’un chef admirable et bien oublié, Heinrich Hollreiser (1913-2006).
Une belle alternative à cette version introuvable est celle de Willi Boskovsky, avec un cast exceptionnel :
J’ai évidemment une tendresse pour cette dernière version. J’étais dans la salle du Corum à Montpellier le 11 juillet 2004 dans le cadre du festival Radio France. Armin Jordan dirigeait l’Orchestre national de France, avec une équipe de chanteurs assez inégale, mais le chef transcendait musiciens et chanteurs.
Je renvoie à l’article – Une nuit à Venise -que j’avais consacré à cette opérette créée en 1883, l’année de la mort de Wagner… à Venise, après avoir vu un merveilleux spectacle à l’Opéra de Lyon en 2016, dirigé par un jeune chef qui débutait alors dans la maison et qui a depuis fait la carrière que l’on sait, Daniele Rustioni.
Je renvoie aussi à mon précédent article (Un bouquet de Strauss : dix valses) où j’évoque la valse de la lagune qui reprend les principaux thèmes de l’opérette, et en particulier ce merveilleux air de ténor :
Et encore cet extrait qui donnera raison à ceux qui ne supportent pas l’extrême sophistication que met Elisabeth Schwarzkopf dans un rôle de…poissonnière !
Pour une fois, c’est une valse qui donne naissance à une opérette : Wiener Blut (que j’aurais pu placer parmi mes dix valses favorites) est une pièce composée en 1873, et ce sera une opérette reconstituée par Adolf Müller à partir de partitions de Johann Strauss, créée à Vienne quatre mois après la disparition du compositeur, le 26 octobre 1899.
Ici aucune contestation possible quant à « la » version de référence.
J’ai déjà raconté ici (France Musique, fortes têtes), lorsque j’ai appris le décès de Jean-Michel Damian, ce moment inoubliable de radio que fut la journée du 23 décembre 1995 pour les 80 ans d’Elisabeth Schwarzkopf : la cantatrice avait avoué devant une salle comble (le studio 104 ancienne manière de Radio France) que son enregistrement préféré était justement ce Wiener Blut, et ce duo avec Nicolai Gedda (fait en une seule prise miraculeuse). Frissons garantis à 1’17 »
On retrouve le même fabuleux Nicolai Gedda une vingtaine d’années plus tard dans l’équipe rassemblée par Willi Boskovsky
(Ackermann 1953, Bibl, Boskovsky 1975)
On conseille vivement un coffret de belle qualité :
Voix du printemps
Comme on le précisait dans le premier volet de cette série (Dix valses), beaucoup des valses de Johann Strauss étaient destinées à être chantées soit par un choeur, soit par une chanteuse en vue. Nulle n’a mieux incarné l’esprit viennois qu’ Hilde Gueden (1917-1988)
Même si ce n’est pas de Johann, mais de Josef Strauss, on ne résiste pas à ces Hirondelles d’Autriche
On ne peut en dire autant du seul concert de Nouvel an que dirigea Karajan, le 1er janvier 1987.
Nous y voilà : il y a deux cents ans, le 25 octobre 1825, naissait le plus célèbre compositeur du monde. Le plus célèbre, oui, puisque ce sont plusieurs milliards de téléspectateurs qui chaque 1er janvier entendent ses oeuvres, on veut parler de Johann Strauss, que je me refuse à appeler Strauss II – il n’est ni pape, ni roi… même de la valse – éventuellement Johann Strauss fils. Même si d’évidence il a acquis une légitime et universelle célébrité, qui surpasse celle de son père (Johann) et de ses frères (Josef et Eduard) pourtant très doués.
La célèbre statue dorée de Johann Strauss dans le parc de la ville de Vienne et un chef, pur Viennois, Christian Arming, qui dirigeait l’orchestre philharmonique royal de Liège dans sa ville natale en mai 2014 (Les soirées de Vienne) / Photo JPR
Pour célébrer ce bicentenaire à ma manière – puisque mon pays, la France, est bien timide – c’est un euphémisme – en dehors d’un beau concert de l’Orchestre national – je propose trois volets très personnels d’exploration de son oeuvre avec des versions que je recommande particulièrement.
D’abord 10 valses, celles qui me touchent le plus, et pour chacune non pas une discographie exhaustive – impossible – mais, tirées de ma discothèque personnelle, des versions qui me semblent être des références et/ou des raretés (mais je mentionne pour chaque valse toutes les versions de ma discothèque !)
La plus célèbre valse de Johann Strauss est d’abord une valse chantée, sur un texte satirique de Josef Veyl, un ami d’enfance du compositeur, qui fera scandale lors de la création le 13 février 1867 au Dianabad par le Wiener Männergesang-Verein. C’est à Paris, lors de l’Exposition universelle, le 1er avril de la même année, qu’est donnée la version orchestrale sous la direction de Johann Strauss.
La seule version avec choeur qui figure dans ma discothèque est celle de Willi Boskovsky avec le choeur de l’opéra de Vienne et bien entendu les Wiener Philharmoniker
Naguère distingué à l’aveugle par l’émission Disques en lice, Claudio Abbado, capté le 1er janvier 1988, reste une/ma référence, loin devant tant d’autres !
Parmi la quarantaine de versions de ma discothèque (avec des récidivistes comme Karajan avec 8 versions studio et « live » !), j’ai mes préférences :
Jascha Horenstein a enregistré à Vienne (avec l’orchestre de l’opéra, c’est-à-dire les Wiener Philharmoniker !) deux disques parus sous diverses étiquettes. Sa Kaiserwalzer (ici à 7’50 ») est idéale d’entrain, d’allure.
Autre version oubliée, viennoise elle aussi, mais avec les Wiener Symphoniker, Wolfgang Sawallisch
J’avais déjà consacré un long article à cette valse de 1869 assez unique dans la production de Strauss. C’est presque un poème symphonique, avec une longue introduction, souvent écourtée, voire supprimée.
Mon premier choix est toujours Willi Boskovsky, qui dirige vraiment une valse qui ne traîne pas, ne s’alanguit pas.
Mais la version de Georges Prêtre en 2010 est émouvante, en ce qu’elle révèle dans l’introduction le grand chef de théâtre qu’il fut.
Depuis des lustres, « ma » version de la valse Roses du sud (créée le 7 novembre 1880 par Eduard, le benjamin des Strauss, au Musikverein de Vienne) est celle de Karl Böhm. Indépassable !
J’intitulais un de mes (nombreux) articles consacrés à Vienne « Capitale de la nostalgie« . S’il est une valse qui exprime précisément ce sentiment diffus qui m’envahit à chaque fois que j’écoute cette musique, c’est bien Nachtfalter (1854).Zubin Mehta avec la complicité des Wiener Philharmoniker a tout compris du caractère double de cette confidence douce-amère.
Reprenant les thèmes de l’opérette Indigo et les quarante voleurs, cette valse est créée, comme Roses du sud, par Eduard Strauss au Musikverein de Vienne le 12 mars 1871.
Carlos Kleiber avait choisi cette valse, plutôt rare au concert, pour célébrer, le 1er janvier 1992, le sesquicentenaire des Wiener Philharmoniker. Le modèle absolu !
(Boskovsky, Dudamel, Fiedler, Horenstein, Kempe, Carlos Kleiber, Maazel, Ormandy, Stolz, Alfred Walter)
Celle valse de 1868 commence par un solo de cithare, pour faire plus exotique sans doute. Dans plusieurs versions des années 60, comme celle de Boskovsky, on a fait appel à un musicien resté célèbre pour un film qui a donné à l’acteur Orson Welles l’un de ses plus grands rôles, Le Troisième homme. L’auteur du thème de Harry Lime est un artiste qui jouait dans une brasserie du Prater, Anton Karas (1906-1985)
Mes deux versions préférées de ces Légendes sont du même chef, Rudolf Kempe (1910-1976), resté justement célèbre pour son intégrale symphonique de l’autre Strauss (Richard), qui a gravé quelques anthologies de la famille Strauss, d’abord à Vienne en 1959, puis dix ans plus tard à Dresde.
Rudolf Kempe / Wiener Philharmoniker
Rudolf Kempe / Staatskapelle Dresde
J’ai dans ma discothèque une unique version chantée de cette valse : Rita Streich (1920-1987) y déploie tous ses sortilèges
Cette valse suit de peu le succès du Beau Danube bleu. L’introduction orchestrale de cette valse est un pur moment de poésie. Certains s’y attardent tellement qu’ils en oublient de valser. Ce n’est pas le cas d’un chef qui, comme Fiedler à Boston, connaissait par coeur ses classiques à Hollywood, Felix Slatkin (1915-1963),
La valse créée en 1883 reprend – d’où son titre ! – une grande partie des thèmes de l’opérette Une nuit à Venise. J’en aime le début qui semble ouvrir sur tous les matins du monde et qui, contrairement à bien d’autres valses de Strauss, semble inexorablement optimiste.
Je n’avais pas beaucoup aimé le concert du 1er janvier 2025 censé ouvrir les célébrations du bicentenaire Strauss. Riccardo Muti qu’on a connu fringant et conquérant, dès son premier concert de l’An viennois en 1993, semblait ici engoncé, excessivement retenu. Finalement sa version est l’une des plus convaincantes.
Autre grand habitué des concerts de Nouvel an – Lorin Maazel – très irrégulier d’une année à l’autre :
(Boskovsky x2, Oliver Dohnanyi, Horenstein, Jansons, Maazel, Muti, Stolz)
Un petit air d’ode à la joie ? Ce sont bien les mêmes mots qu’emploient Schiller et Beethoven dans le finale de la 9e symphonie, ce sont eux qui donnent son titre à cette valse créée en 1893. Mélancolique souvent, joyeuse parfois, ce n’est pas la plus aisée à diriger. On retrouve, comme par hasard, Abbado en 1988.
(Abbado, Barenboim, Boskovsky, Harnoncourt, Maazel, Stolz, Alfred Walter)
Ce choix de dix valses est éminemment subjectif, comme le choix des interprètes. J’ai surtout voulu attirer l’attention sur des versions dignes d’intérêt, moins connues ou repérées.
Il existe une intégrale symphonique de l’oeuvre de Johann Strauss parue chez Naxos. L’ensemble est assez médiocre du côté des orchestres et des chefs, mais au moins il y a toute l’oeuvre éditée de Strauss !
* Le titre de cette série est bien sûr un clin d’oeil, Strauss voulant dire « bouquet » en allemand… et en viennois !
Demain 2e volet de cette mini-série sur les opérettes et oeuvres vocales de Johann Strauss
Et toujours humeurs et bonheurs du jour à lire dans mes brèves de blog
Qu’est-ce que ça fait du bien d’assister à un vrai festival, de partager débats, discussions, moments de musique et d’amitié qui réchauffent le coeur autant que les oreilles ! C’est ce qui m’est arrivé le week-end dernier au Printemps des Arts de Monte-Carlo, et dont j’ai essayé de rendre compte pour Bachtrack.:
« Un mot d’abord d’un festival qui porte bien et haut son nom, qui n’est pas juste une addition de grands noms et de tubes du classique, qui rempliraient à coup sûr le Forum Grimaldi ou l’Auditorium Rainier III, mais un patchwork astucieux de rencontres d’avant (les before) ou d’après (les after) concert, de soirées de musique de chambre, de récitals, de concerts symphoniques, et à l’intérieur de ces formats habituels, des surprises, des aventures, et toujours ce lien entre un directeur artistique, le compositeur Bruno Mantovani, aussi savant que pédagogue, et le public qui boit ses paroles introductives, rit à ses souvenirs croustillants ou admire sa capacité d’expliquer simplement des concepts bien complexes. » (Extrait de Venise et Vienne au Printemps des Arts de Monte Carlo @JPR)
Bruno Mantovani applaudi après la création de « Venezianischer Morgen »La princesse Caroline présente à chaque concert
Ne pas prendre le public pour des c…
En réalité, il n’y a pas de mystère. Un bon festival, une bonne saison de concerts (ou d’opéra) c’est d’abord un(e) bon(ne) « patron(ne) » qui a des envies, des idées, des intuitions, si possible une grande culture, et qui n’oublie pas qu’il fait partie lui aussi, lui d’abord, du public auquel il s’adresse.
Lors d’une de mes premières présentations de saison à Liège, j’avais eu cette formule, qui avait surpris la presse : « Je ne programme que ce que j’ai envie d’entendre » Au-delà de la formule elliptique, je voulais évidemment dire qu’on ne peut rien faire sans la passion, le désir de convaincre, mais surtout cette irrépressible envie de partager avec le plus grand nombre les merveilles – artistes et/ou partitions – qu’on aime, qu’on a découverts.
Quand j’évoquais avec Bruno Mantovani sa programmation à Monte Carlo, en louant son audace, son courage même, sa réplique a fusé : « Il faut arrêter de prendre le public pour des cons« . Du Mantovani tout craché, tel que je l’aime et le pratique (pas assez souvent à mon gré) depuis des années. J’ai ici même théorisé – ou plus modestement rapporté mon expérience personnelle – sur « le grand public« . Je n’ai pas une ligne à changer à cet article d’il y a bientôt dix ans. J’ajoute, dans le cas de l’ami Mantovani, une sorte de gourmandise (pas seulement celle du gastronome !), d’exubérance absolument contagieuses, que ses origines catalanes n’expliquent pas totalement.
Porter la musique partout où elle peut aller
Lorsque j’ai dû composer ma première édition en 2015 comme directeur du festival de Radio France, fondé il y quarante ans par Georges Frêche (maire de Montpellier), Jean-Noël Jeanneney (PDG de Radio France) et René Koering, j’ai immédiatement pensé célébrer « 30 ans d’amour« , d’audace, de premières, de découvertes d’un festival unique en son genre. Et c’est la même idée qui a présidé à toutes les éditions qui ont suivi jusqu’en 2022. Comme l’attestent ces quelques bandes-annonces
En 2021, après l’épreuve du COVID, nous avions affirmé : Chaque concert est une fête
En réalité, ce n’est pas seulement le slogan d’un festival. C’est l’essence même du concert.
Heureusement, il y a plein de festivals en France qui se sont régénérés ces dernières années, grâce à des musiciens et des animateurs gourmands, créatifs, attentifs précisément à offrir au public l’aventure de la découverte, je pense – liste absolument pas exhaustive – à Colmar, Beaune, La Chaise-Dieu…
Pour les à-côté de mon séjour à Monaco : brevesdeblog
Je ne suis pas un grand spécialiste de Haendel, mais les années passant, je vais de surprise en découverte notamment dans son oeuvre lyrique qu’en dehors des ouvrages les plus connus (Giulio Cesare, Alcina, Ariodante..) je connais peu et mal.
Pour Bachtrack, j’assistais mardi soir à la Seine Musicale à une version de concert d’Agrippina, l’œuvre d’un jeune homme – Haendel a 24 ans ! – créée et jouée 27 fois de suite à Venise le 26 décembre 1709. J’ai beaucoup aimé, même si tel ou tel chanteur m’a moins convaincu. Lire ma critique ici : L’Agrippina impériale d’Ottavio Dantone.
Après une succession d’airs, parfois de duos, il faut attendre la toute fin pour entendre toute la troupe réunie ce soir-là autour de l’Accademia Bizantina, chanter quelque chose comme « Tout est bien qui finit bien » !
De gauche à droite, Marco Saccarin (Lesbo) Federico Fiorio (Nerone), Sophie Rennert (Agrippina), Luigi De Donato (Claudio), Lucia Cortese (Poppea), Filippo Mineccia (Ottone), Margherita Sala (Narcisse), Federico Benetti (Pallas), Ottavio Dantone assis au clavecin devant l’ensemble Accademia Bizantina
Lalo estonien
On croyait que Neeme Järvi avait enregistré à peu près tout le répertoire symphonique enregistrable ! Le chef estonien trouve encore le moyen, à 86 ans, de nous surprendre avec un disque qui me fait un plaisir immense. Mes lecteurs savent l’intérêt que je porte à Edouard Lalo, l’éternel second, dont tout le monde a oublié de célébrer le bicentenaire de la naissance le 27 janvier 1823 ! Lalo dont j’avais découvert la Symphonie en sol mineur grâce à la légendaire version de Thomas Beecham… et de l’Orchestre national !
En juillet 2019, j’accueillais à Montpellier, pour ouvrir l’édition 2019 du festival Radio France, Neeme Järvi et l’Orchestre National d’Estonie. Souvenir impérissable (lire Opening nights)
Etonnamment, le numéro de février de Diapason n’évoque pas cette sortie, alors que l’Indispensable du mois du magazine est consacré tout entier à Lalo, avec trois versions mythiques du concerto pour violoncelle (Pierre Fournier et Jean Martinon), de la Symphonie espagnole (Leonid Kogan et Kirill Kondrachine) et de la 1ere suite de Namouna (avec l’incomparable Paul Paray)
La mémoire du siècle
Qui ne connaît Bruno Monsaingeon dès lors qu’on s’intéresse un peu à la musique et à des interprètes comme Glenn Gould, Yehudi Menuhin, Sviatoslav Richter et tant d’autres ?
« Violoniste et réalisateur, Bruno Monsaingeon a bâti une œuvre de 100 opus mêlant portraits d’interprètes et de chefs d’orchestre, récitals et concerts symphoniques, masterclasses… Un parcours émaillé de coups de foudre musicaux et amicaux, ponctué de deux rencontres virtuoses : Yehudi Menuhin et Glenn Gould. Sous le regard critique de son cousin Guillaume Monsaingeon, ces entretiens au long cours tiennent à distance biographie, monographie et catalogue raisonné. On y retrouve la verve d’un conteur, mais c’est aux films qu’il donne la parole en réalité. Porteurs d’un langage visuel autonome, ils offrent à l’auditeur ce à quoi il n’a pas toujours accès : le détail des notes et des gestes ; des images qui recréent l’énergie musicale et l’émotion qu’elle suscite pour mieux nous en rapprocher. Écouter, peser, choisir, façonner : autant d’interprétations que Bruno Monsaingeon revisite dans ce dialogue et qui structurent son œuvre, source d’archives pour le futur » (Présentation de l’éditeur)
L’ouvrage édité par la Philharmonie de Paris est évidemment passionnant, d’abord sur la question de comment filmer la musique, ensuite par les souvenirs que livre le réalisateur octogénaire de ses rencontres connues ou moins connues avec les grands musiciens du XXe siècle.
Il y a cinq ans déjà, je consacrais tout un billet à l’intégrale des concertos de Rachmaninov que venaient de publier le pianiste russe Daniil Trifonov, le chef québécois Yannick Nezet-Seguin et le plus « rachmaninovien » des orchestres, celui de Philadelphie.
Ce 30 octobre, je retrouvais les mêmes en concert à la Philharmonie de Paris, et comme l’a écrit Alain Lompech pour Bachtrack, Philadelphie et Trifonov ont fait chavirer la Philharmonie. Après l’avoir entendu à New York dans le concerto de Schumann, j’étais évidemment impatient d’entendre Daniil Trifonov dans ce kaléidoscope que forment les 24 variations sur le 24ème caprice de Paganini – la Rhapsodie sur un thème de Paganini – de Rachmaninov.
Une chose est d’avoir entendu cette équipe dans un disque magnifique, une autre est de les entendre « en vrai ». D’être submergé par la somptuosité d’un orchestre unique au monde – le Philadelphia Sound si amoureusement construit par Eugene Ormandy au long de presque un demi-siècle de règne, si jalousement conservé, entretenu par des générations de musiciens exceptionnels et des chefs comme Riccardo Muti, Wolfgang Sawallisch et, depuis quinze ans, Yannick Nézet-Seguin, ce Philadelphia Sound n’est décidément pas une légende.
Le chef québécois qui ne m’a pas toujours séduit en concert (ni dans certains de ses disques d’ailleurs) m’a ici subjugué par sa vision de la Première symphonie de Rachmaninov, l’injustement mal-aimée. Je vais écouter plus attentivement l’intégrale des symphonies qu’il vient de publier chez Deutsche Grammophon.
Les morts de Diapason
Dans la liturgie catholique, on célèbre le 1er novembre tous les saints de l’Eglise, c’est une fête de joie. Mais depuis belle lurette on confond la Toussaint et le 2 novembre le jour des morts. Ce que fait Diapason aujourd’hui en consacrant un article passionnant aux sépultures des grands musiciens : Où voir les tombes des grands compositeurs ?
Au hasard de mes voyages, j’ai pu m’arrêter sur les tombes de certains d’entre eux, le plus souvent sans l’avoir cherché.
C’est à Venise, dans le cimetière de l’île San Michele, que sont également enterrés Igor et Vera Stravinsky (lire Sonate d’automne), tout près du fondateur des Ballets Russes, Serge Diaghilev
Bien sûr c’est dans le choeur de l’église Saint-Thomas de Leipzig dont il fut le Cantor que reposeJean-Sébastien Bach
Mort des suites d’une opération d’un cancer de la gorge à Bruxelles, le corps de Puccini avait d’abord été rapatrié à Milan avant d’être finalement inhumé dans la petite chapelle de sa maison de Torre del Lago.
Coup de chapeau à Domingo Hindoyan pour ce très beau disque de préludes et d’intermezzos d’opéras de Puccini en particulier :
Juste à la veille de ce « pont » de Toussaint, reçu deux coffrets commandés dès leur publication annoncée. Le collectionneur que je suis ne pouvait y résister, le mélomane et discophile que je suis aussi se demandait s’il n’allait pas être déçu, parce qu’on a toujours tendance à embellir le souvenir de ce qui a accompagné vos premiers pas, vos premières découvertes, ou tout simplement d’artistes qui vous ont marqué.
Michel Corboz ou la ferveur intacte
Michel Corboz est mort l’an dernier. Je n’ai pas un mot à retirer à l’hommage ému que je lui avais rendu : Michel Corboz (1934-2021)
Bien au contraire, le premier coffret qu’Erato (Warner) lui consacre – un autre est annoncé pour janvier avec le répertoire classique, romantique et XXe siècle – ne fait qu’aviver les souvenirs, et démontrer, au-delà des querelles d’écoles ou de chapelles, des comparaisons avec d’autres « inventeurs » du répertoire baroque, Michel Corboz c’est d’abord une ferveur rayonnante, une joie communicative de faire découvrir ou redécouvrir des chefs-d’oeuvre (Monteverdi, Ingegneri, Carissimi), de faire entendre un Bach si profondément humain (trois versions de la Messe en si, et ses Saint-Jean et Saint-Matthieu, compagnes de tant d’écoutes en concert ou au disque.
I Musici ou toutes les saisons de la musique
Ma première version des Quatre saisons de Vivaldi ce fut la leur, enfin l’une des leurs, la première en stéréophonie, en 1959, avec le prodigieux violon de Felix Ayo.
Oh bien sûr, tous les baroqueux ont bousculé parfois jusqu’à l’absurde ces tempi apaisés, cette lumière si puissante et douce, lorsque le soir tombe sur Venise. I Musici n’ont jamais oublié de chanter éperdument dans tous les répertoires qu’ils ont abordés. La perfection instrumentale de l’ensemble n’allait jamais sans cette élégance qui n’est qu’aux Italiens.
On reviendra bien sûr sur le contenu de ces deux malles aux trésors si précieux !
Comme promis, il est temps de boucler la série Vacances 2022.
Mais avant d’évoquer le temps le plus fort de ce séjour italien, quelques souvenirs encore glanés dans la mémoire de Pierre-Jean Remy (lire Intrigue à la Villa Médicis)
Tharaud, Cassard, Monteilhet et l’académicien
1995 à la Biennale de Venise sur l’art contemporain
« Le nouveau ministre, Douste-Blazy . Sa femme. Nous déambulons lourdement à travers deux des expositions de la Biennale au musée Correr et au Palazzo Grassi. Lourdement, exténués. Le monde de l’art contemporain : maffiosi, maffiosi et tutti quanti. Tous ces gens qui se connaissent, qui s’aiment, qui se tutoient et qui ne pensent qu’à faire de bonnes affaires. Avec les pique-assiette qui se greffent dessus. L’art contemporain est étouffé par le fric, bien sûr, n’en parlons pas, mais aussi par un discours; tellement étouffé que le discours finit par remplacer l’art. L’art lui-même n’est que la réalisation du discours, de bric et de broc, n’importe comment. Bon chic bon genre, arte povera, photographie morbide (et sublime) à la Boltanski ou petit rien du tout: au fond, c’est le message qui compte, et non plus la manière de la traduire.
Juin 1995 : Alexandre Tharaud
« L’accompagnateur de Claire (Brua) s’appelle Alexandre Tharaud. Renfermé, assez beau, le visage très maigre. Avant de partir il me donne un disque Grieg« .
J’avoue qu’avant d’avoir lu PJR, j’ignorais qu’Alexandre Tharaud eût enregistré un choix de Pièces lyriques de Grieg !
28 juin 1995 : « Arrive Véronique Gens, avec un joueur de luth, Pascal Monteilhet (1) Elle est grande, belle. Elle chante du Purcell. La salle est pleine, enthousiaste. Présence également de Véronique Dietschy, retrouvée. Nous nous étions un peu vus à Londres. Elle vient ici avec son accompagnateur, l’excellent pianiste qu’est Philippe Cassard. Très vite, une complicité.«
(Pierre-Jean Remy, Villa Médicis, Souvenirs de Rome)
Les trésors du Vatican
Un conseil : s’y prendre longtemps à l’avance pour réserver ses tickets d’entrée dans les musées du Vatican. Bien se chausser, et profiter de la totalité des richesses exposées ! Treize musées à visiter !
Au moins autant que les plafonds et les murs de la Chapelle Sixtine, les quatre pièces d’apparat, dites Chambres de Raphaël, éblouissent le visiteur par la richesse et la somptuosité de leurs fresques dues à Raphaël, né à Urbino qu’on avait visité en 2020.
L’incendie de BorgoLe couronnement de CharlemagneL’Ecole d’AthènesHéliodore chassé du temple
Pour une raison incompréhensible, il est interdit de prendre des photos à l’intérieur de la Sixtine (on dit qu’un important mécène de la restauration des fresques de Michel-Ange s’en réserve l’exclusivité !). Celles qui suivent ont donc échappé à la vigilance des surveillants. Elles peinent à restituer les proportions d’un lieu que chacun, avant d’y pénétrer, s’imagine plus large, plus haute, plus grande. La Chapelle impressionne, mais elle est étrangement à dimension humaine. On est durablement bouleversé, et profondément ému par la visite d’un tel lieu, et malgré la foule le recueillement, la contemplation, s’imposent.
(1) Pascal Monteilhet est ce merveilleux musicien, disparu le 23 août dernier, à 67 ans, regretté de tous ses partenaires et de ceux qui l’ont connu et côtoyé.
Ce n’est pas tous les jours qu’on entend un tube du répertoire lyrique dans les lieux mêmes où il fut créé.
En réservant pour la représentation de Rigoletto à la Fenice de Venise (lire La Ville musique), j’ignorais – ou j’avais oublié , ce qui revient au même ! – que l’opéra de Verdi y avait été créé il y a 170 ans le 11 mars 1851.
Soirée très mondaine où l’on reconnaissait quelques riches amateurs d’opéra, surtout français, cornaqués par une organisation qui avait tout simplement privatisé le foyer pour le cocktail de l’entr’acte (C’est tellement bon de rester entre soi !)
Contrôle du passe sanitaire (ou « vert » en Italie) à l’entrée, port du masque, et malgré cela une salle à demi-vide – une rangée sur deux, et des sièges espacés. Sensation étrange au moment des applaudissements.
Une salle toujours aussi belle et bien sonnante, détruite deux fois par les flammes (en 1836 et 1996), mais portant bien son nom puisque deux fois ressuscitée.
On ne s’attendait à rien de particulier, l’affiche ne comportant aucune star, ni même aucun nom de moi connu (mais comme je ne suis pas un assidu des maisons d’opéra !), à part le chef – Daniele Callegari – et le jeune metteur en scène – Damiano Michieletto – dont j’avais dû voir une production à l’Opéra de Paris.
Un décor unique tout blanc, qui fait office de salle de bal, mais surtout d’asile psychiatrique où Rigoletto est interné (le rédacteur d’Ôlyrix qui a vu la représentation de vendredi soir décrit parfaitement le parti-pris de Michieletto).
On le sait, je porte toujours moins d’intérêt à la mise en scène qu’à la musique, et c’est d’abord à l’aune de ce qui se passe dans la fosse et sur le plateau que j’apprécie un spectacle lyrique. Samedi soir, j’ai été très agréablement surpris par l’ensemble de la distribution, que je n’avais jamais entendue !
Il duca di Mantova Marco Ciaponi
Rigoletto Dalibor Jenis
Gilda Lara Lagni
Sparafucile Mattia Denti Maddalena Valeria Girardello Giovanna Carlotta Vichi Il conte di Monterone Gianfranco Montresor
À commencer par le rôle-titre, le baryton slovaque Dalibor Jenis – 55 ans ! – bouleversante incarnation, le type même du baryton verdien (on pense à Bruson.. ou Hvorostovski, même si Jenis a ses couleurs, son timbre à lui). Jenis rend d’autant plus émouvantes la folie, la douleur de son personnage, qu’il en maîtrise tous les ressorts, sans jamais forcer le trait. Cela faisait longtemps que je n’avais été pareillement bouleversé par un chanteur en scène.
La Gilda de ce samedi soir n’était pas en reste : je ne connaissais pas Lara Lagni. Je serais étonné de ne pas la revoir bientôt sur d’autres grandes scènes. Une voix idéale pour le rôle, où il faut un médium affirmé, des aigus séraphiques, une fragilité qui n’est pas défaut de moyens, parfois quelque chose dans le timbre qui fait penser à Ileana Cotrubas.
On a craint, au début, que Marco Ciaponi, en duc de Mantoue, ne joue le ténor monté sur ses ergots. Il a vite calmé les ardeurs de son gosier, la plénitude de son timbre et la qualité de son chant n’ayant nul besoin d’excès. De même qu’on s’est demandé si une honorable routine n’allait pas gouverner la direction de Daniele Callegari, on cherchait la vigueur d’un Solti ou la veine du premier Muti. Première impression démentie par la suite.
Je reste fidèle à la version qui m’a fait découvrir Rigoletto… et Solti chef d’opéra !
et à cette autre où le patron de la Scala de l’époque faisait briller un tout jeune trentenaire !PS Je m’aperçois au moment de conclure ce papier que Dalibor Jenis a chanté Rigoletto… à l’opéra de Paris en 1996. Aucun souvenir, et à tout prendre, si j’en juge par cette vidéo, je préfère la maturité du chanteur vu et entendu à Venise à l’incarnation moins probante à Paris.
Il est né le 8 juin 1671 et mort le 17 janvier 1751 à Venise. Et son nom a acquis une célébrité universelle au XXème siècle grâce à une oeuvre qui n’est pas de lui ! Peut-être même serait-il aujourd’hui oublié s’il n’y avait eu ce célébrissime Adagio et cet inoubliable sketch du couple Bedos-Daumier…
Tomaso Albinoni est honoré par un coffret sorti ce printemps chez Warner, qui n’est jamais désagréable d’écoute, mais qui aurait tendance à confirmer une opinion prêtée à Stravinsky selon laquelle Vivaldi aurait écrit 500 fois le même concerto.
Des versions option tout confort – Claudio Scimone et ses Solisti Veneti sont à leur affaire, avec des solistes de haut vol, dans les séries de concertos pour hautbois (les Français Jacques Chambon et Pierre Pierlot).
Un mot tout de même de cet Adagio d’Albinoni qui n’est pas d’Albinoni. C’est l’oeuvre de Remo Giazotto (1910-1998) qui a établi justement le catalogue des oeuvres d’Albinoni et s’est pris au jeu de faire accroire qu’il avait trouvé un fragment de concerto, qu’il éditera en 1958, avec la postérité que l’on sait (et on l’imagine pour l’auteur des revenus conséquents !).
Je ne suis pas sûr qu’on parviendrait à établir la discographie de cet Adagio et de tous ses avatars. La palme du plus exquis mauvais goût revient sans doute à Herbert von Karajan, avec son orchestre wagnérien.
En tout cas, le thème principal de cet adagio n’est pas l’apanage du seul Albinoni ou de son « arrangeur ». Il n’est que d’écouter le mouvement lent du concerto pour alto (1774) de Carl Stamitz. Ici dans une vidéo émouvante à plus d’un titre : j’y reconnais tant de visages familiers de l’Orchestre de la Suisse romande, tel que je l’ai connu dans les années 80, et la toute jeune altiste Tabea Zimmermann, lors des épreuves du Concours de Genève en 1982. Quel chemin parcouru depuis par cette fabuleuse musicienne !
Il faut écouter à 14’32 :
Pour en revenir à Albinoni, on sait qu’il al aissé environ 300 œuvres. Il a composé environ quatre-vingts opéras dont il ne reste pratiquement rien. En effet, près de soixante-dix de ces partitions furent détruites pendant le bombardement de Dresde en février1945. On sait cependant que ses opéras étaient fréquemment représentés hors d’Italie dans les années 1720, notamment à Munich. Outre une trentaine de cantates, dont une seule a été publiée (Amsterdam vers 1701), c’est son œuvre instrumentale qui nous est parvenue, grâce à une publication imprimée :
Op. 1 : 12 Suonate a tre, publiées à Venise en 1694 ;
Op. 3 : 12 Balletti a tre, publiés à Venise en 1701 ;
Op. 4 : 6 Sonate da chiesa pour violon & basse continue, publiées chez Roger à Amsterdam vers 1709 ;
Op. 5 : 12 Concerti a cinque (& basse continue), publiés à Venise en 1707 ;
Op. 6 : 12 Trattenimenti armonici per camera pour violon, violone et clavecin, publiés à Amsterdam vers 1712 ;
Op. 7 : 12 Concerti a cinque pour un violon solo (no 1, 4, 7, 10), deux hautbois (no 2, 5, 8, 11) ou un hautbois solo (no 3, 6, 9, 12) & cordes, publiés à Amsterdam en 1715 ;
Op. 8 : 6 Balletti e 6 Sonate a tre, publiés à Amsterdam en 1722 ;
Op. 9 : 12 Concerti a cinque pour un violon solo (no 1, 4, 7, 10), un hautbois solo (no 2, 5, 8, 11) ou deux hautbois (no 3, 6, 9, 12) & cordes, publiés à Amsterdam en 1722 ;
Op. 10 : 12 Concerti a cinque pour trois violons, alto, violoncelle & basse continue, publiés à Amsterdam (1735-36) chez l’imprimeur Michel Charles Le Cène
Joseph Macé-Scaron – une amitié de plus de 40 ans ! – écrivait, il y a quelques heures, sur Facebook :
« Il y a toujours dans l’Histoire, des lieux protégés. Ce fut le cas du duché d’Urbino, ce confetti de principauté, joyau de la Renaissance qui fut l’Athènes de l’Italie. Le grand Bélisaire a conquis la ville, Montaigne l’a visitée… Elle est la capitale secrète de la péninsule, bien davantage que Sienne, Rome, Florence etc. Et puis, c’est à Urbino que Castiglione, plus utile à lire que Machiavel (là aussi travers français), nous dit ce que doit être un gentilhomme »
Et d’apostropher les intellectuels français, Debray, Sollers, qui ne jurent que par Naples ou Venise !
Je n’ai passé que quelques heures à Urbino, sur le chemin de Pesaro (lire Rossini à Pesaro) Assez pour ressentir cette intense impression d’être dans une cité – modeste par la taille – où tous les murs, les palais, les églises disent l’intelligence, la science, l’art qui les ont vu éclore.
On confirme les termes de Montaigne – dans son Journal de voyage en Italie (1581) – qu’ Urbin est.sur le haut d’une montagne de moyenne hauteur, mais se couchant de toutes parts selon les pentes du lieu, de façon qu’elle n’a rien d’égal, et partout il y a à monter et à descendre.
L’arrivée au pied du monumental Palazzo Ducale, l’ascension par une scala en pente douce pour déboucher sur la place principale, constituent une expérience fascinante pour le visiteur.
Malheureusement, le jour de notre visite, cathédrale et palais ducal étaient fermés pour cause de fêtes traditionnelles dans la ville.
Quand on visite Urbino, le nom qui vient en premier à l’esprit est celui du peintre Raphaël, né le 6 avril 1483 à Urbino, mort le 6 avril 1520 à Rome, Raffaele da Urbino. On se console de n’avoir pu visiter le musée du palais ducal, l’essentiel des oeuvres de Raphaël ayant été dispersées dans les grands musées du monde.
On se rappelle notamment le choc et les longues minutes passées à Dresde(voir Les musées de Dresde) devant la Madone Sixtine, et les deux angelots les plus célèbres du monde.
En revanche, la fermeture du musée nous a privés de quelques-unes des toiles célèbres de celui qui a travaillé plus de quatre ans au service du maître d’Urbino, Federico III da Montefeltro, seigneur de la cité de 1444 à 1482, grand protecteur des arts, des lettres et de la science. Piero della Francesca(lire Les fresques de Piero) réalise un double portrait fameux du seigneur et de son épouse Battista Sforza, visible au musée des Offices à Florence.
Deux toiles du maître d’Arezzo sont conservées à Urbino, dont cette exceptionnelle Flagellation du Christ qui révèle une maîtrise absolue de la perspective et de la complexité géométrique de la part de son auteur.
Au début du XVIème siècle, Baldassare Castiglione(1478-1529) fréquente la cour d’Urbino, la plus brillante et raffinée d’Europe.
(Le portrait de Castiglione réalisé en 1519 par Raphaël – Musée du Louvre)
C’est très certainement à partir des joutes intellectuelles, des « discussions » entre les habitués et les visiteurs de la cour d’Urbino, que Castiglione va concevoir son Livre du courtisan, qui, dès sa parution en 1528, et sa traduction en français en 1537, est un bestseller dans toute l’Europe !
Le Livre du courtisan n’est pas un livre théorique. C’est une conversation pleine d’esprit, de grâce et de désinvolture (les trois plus grandes qualités de l’homme de cour selon Castiglione), de poésie aussi, qu’échangent des amis dans le cadre de la cour du palais ducal d’Urbino, une des plus raffinées d’Italie à l’aube du XVIe siècle. Pendant quatre soirées, on danse, on écoute de la musique, on plaisante, et surtout on discute des « manières », bonnes ou mauvaises, des princes, dont il faut attirer les faveurs, des femmes, de l’amour.