Il y a un an, j’assistais à ce que j’avais appelé un beau tripatouillage royaldans le cadre toujours enchanteur de l’Opéra royal de Versailles.
Encore un coup d’Hervé Niquet (ci-dessus), cette résurrection d’une version que les puristes se pincent le nez pour écouter, le Persée de Lully, à la mode 1770.
Hervé Niquet ne plaît pas à tout le monde. Tant mieux. C’est pour ça qu’on l’aime. Mais c’est d’abord pour son insatiable curiosité, l’esprit permanent de découverte qui l’anime.
Les auditeurs du Festival Radio France (#FestivalRF17) l’été prochain auront deux occasions de mesurer le chemin parcouru par le chef et son ensemble Le Concert spiritueldepuis 30 ans. Un véritable voyage en polyphonie le 10 juillet :
Et, bien à la manière d’Hervé Niquet, un Opéra imaginairele 24 juillet avec trois des plus belles voix du moment, Katherine Watson, Karine Deshayes et Reinoud van Mechelen, qui nous a offert beaucoup mieux que ce qui ressemble à une compilation d’airs de Bach, un sublime voyage intérieur.
J’ai un peu l’impression d’avoir couru un marathon, la décompression est bienvenue.
Ce vendredi 10 mars n’était pas une journée comme les autres : un Conseil d’administration, une conférence de presse et la présentation au public de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier .
Faut-il que je fasse un dessin ? Sur le stress qui gagne toute l’équipe à mesure qu’on s’approche de l’échéance, les dernières corrections, les changements de dernière minute (programmer 160 concerts et événements dans 65 lieux différents, un beau défi !), les outils de communication, le site, la billetterie, les réseaux sociaux. À quoi s’ajoutaient des incertitudes liées aux agendas très compliqués des co-présidents du Festival, bref l’ordinaire d’un directeur qui a le souci – normal – que tout soit prêt le jour dit…
La conférence de presse est visible ici, la partie musicale – un condensé des temps forts du #FestivalRF17à partir de 35’20 »
Pourquoi le choix d’un tel thème ? Réponse ici : Révolution(s).
Précision utile, j’avais décidé il y a plus d’un an de ce choix, je constate que le mot et l’idée ont été abondamment repris depuis..
Parmi les oeuvres que je tenais à programmer, Le boulonde Chostakovitch. Toute l’audace, le génie créateur d’une époque – le compositeur a 25 ans – brutalement réduits au silence par la censure stalinienne en 1931. La Révolution… et après ?
Olivier Manteipoursuit sur la même lancée victorieuse, il espérait inaugurer le théâtre rénové par ce Fantasiodont nous avions parlé il y a plus de deux ans. Raté pour la salle Favart – mais y a-t-il jamais eu, en France, un chantier terminé à temps ? – mais pari formidablement relevé pour cette nouvelle production qui a trouvé un beau refuge sur la scène du Châtelet (qui doit aussi fermer bientôt pour rénovation, vous suivez ?).
Les spectateurs du Festival de Radio France et les millions d’auditeurs qui, grâce à France Musique, ont pu entendre, dans le monde entier, le concert du 18 juillet 2015, avaient déjà admiré une partition du meilleur Offenbach, reconstituée par le grand spécialiste Jean-Christophe Keck, donnée dans une distribution éblouissante…
(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa en Fantasio, Omo Bello en Elsbeth le 18 juillet 2015 à Montpellier).
Sur la scène du Châtelet, on retrouve la révélation de cette version de concert, MarianneCrébassa, dans le rôle titre, ainsi que Jean-Sébastien Bou qui chantait déjà le prince de Mantoue, Loic Felix (Marinoni), Enguerrand de Hys (Facio) et toute une fine équipe de chanteurs, admirablement mis en scène par l’inventif et facétieux Thomas Jolly. Dans la fosse, Laurent Campellone tire des sortilèges de poésie de l’orchestre philharmonique de Radio France.
Mention spéciale pour le programme vendu au public. Un parfait exemple de pédagogie intelligente, comme on aimerait en lire plus souvent. D’abord toute l’aventure de la « fabrication » de ce Fantasio, le making of (Chroniques d’un opéra), des textes clairs, sans jargon pour spécialistes, très documentés sur le compositeur, l’ouvrage, Musset, l’Opéra comique, les interprètes… Exactement ce qu’il faut pour enrichir l’expérience du spectacle.
Il faut donc courir voir ce Fantasio, ou le repérer sur CultureBoxet sur France Musique !
C’est à une native de Montpellierqu’on doit souhaiter aujourd’hui un bel anniversaire : Juliette Grécoa 90 ans ce 7 février. Une longue histoire d’amour avec le public…
(Formidable duo Ibrahim Maalouf et Juliette Gréco avec la surprise finale des voix de la Maîtrise de Radio France)
C’est à une autre célèbre amoureuse des mots, de musique, du public, que Bruno Fontaine rendait hommage ce dimanche, au Théâtre des Champs-Elysées, à l’invitation de Jeanine Roze, l’infatigable organisatrice des concerts du dimanche, qui fut sa secrétaire dans les années 60 : Barbara.
Un hommage symphonique, a priori surprenant :
Pari relevé avec brio, avec le concours de l’Orchestre national d’Ile de France et des interventions solistes, comme celles de Michel Portal – toujours exceptionnel à bientôt 82 ans ! – ou Yaron Herman.
C’est une autre histoire d’amour, magnifique, bouleversante, impossible, que raconte le film Moonlightde Barry Jenkins – 8 nominations aux Oscars –
On craint, au départ, un récit, une mise en images un peu misérabilistes ou manichéens, on est vite rassuré et emporté par un film d’une beauté formelle qui saisit au plus juste la pudeur des sentiments, les trois épisodes d’une vie d’homme noir américain somme toute banale et pourtant « différente », des ghettos pauvres de Miami aux faubourgs d’Atlanta. Une bande son exceptionnelle.
Un chef-d’oeuvre en effet, comme la presse, pour une fois unanime, l’a relevé.
un nouvel ouvrage tout frais sorti des presses, que Christian Merlina lui-même sous-titré Biographie d’un orchestre. L’Orchestre philharmonique de Vienne, ce corps musical glorieux s’il en est, célèbre ses 175 ans d’existence, et mérite bien le travail d’orfèvre auquel s’est livré l’auteur depuis plusieurs années. Résultat : un magnifique ouvrage qui peut passionner le plus grand nombre, et pas seulement les admirateurs inconditionnels des Philharmoniker !
L’Orchestre Philharmonique de Vienne est une légende. La formation qui a créé la Deuxième Symphonie de Brahms, la Quatrième de Bruckner ou la Femme sans ombre de Richard Strauss est universellement connue à cause du traditionnel Concert du nouvel an. Convaincu depuis longtemps qu’un orchestre existe d’abord par ses membres, Christian Merlin a résolu d’entreprendre ici la biographie des « Wiener Philharmoniker ». Son ouvrage explore ainsi les spécificités qui font de cet orchestre un phénomène unique au monde : le mode de recrutement des musiciens, leur origine nationale ou ethnique, leur forte dimension familiale, pour ne pas dire dynastique, la place des femmes dans cette communauté longtemps exclusivement masculine, la manière dont ils défendent leur autonomie artistique et renversent le rapport traditionnel au chef d’orchestre, qu’ils élisent et peuvent révoquer, tous ces aspects sont mis sans cesse en parallèle avec la grande histoire, celle de l’Autriche et celle de l’Europe. En fil rouge de cette histoire, l’auteur n’a de cesse de s’interroger sur l’existence et la persistance d’un » style viennois « , revendiqué par ces musiciens se réclamant d’une identité musicale spécifique. Cette exploration est émaillée d’innombrables anecdotes destinées à lui donner vie, notamment grâce aux fortes personnalités des musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres. (Présentation de l’éditeur).
En effet, cette phalange unique au monde n’est pas réductible aux viennoiseriesqui ont fait sa célébrité mondiale chaque 1er janvier.
Il y a quelques mois, Deccaet Deutsche Grammophon avaient proposé deux beaux coffrets (palme tout de même à Decca, partenaire historique des Viennois, pour la variété des répertoires et des artistes et la richesse de l’iconographie)
J’ai justement croisé Christian Merlin (qui revenait de Hambourg et de l’inauguration de l’Elbphilharmonie) hier soir à Radio France, où Emmanuel Krivinedirigeait, pour la seule fois de cette saison, l’Orchestre national de France dont il deviendra le directeur musical à part entière en septembre prochain. Evénement mondain et surtout musical. Tout ce que Paris compte dans le monde de la musique, une belle brochette d’anciens présidents de Radio France, comme une avant-première du mandat du bouillant chef français dans la Maison ronde.
Au programme, l’une des symphonies les plus « piégeuses » du répertoire romantique, la 7ème de Dvořák. Qui ne fonctionne au concert que s’il y a plus qu’entente, osmose entre le chef et les musiciens. Ce qu’on a entendu hier augure bien de la relation entre Emmanuel Krivine et l’ONF.
C’était pour moi aussi l’occasion de retrouvailles avec le phénomène Denis Matsuev.
Le 22 juillet 2016, il livrait l’une de ces performances dont il a seul le secret, un Troisième concerto de Rachmaninov qui ne lui pose aucun problème technique et qu’il joue avec une jubilation toujours renouvelée. C’était à Montpellier avec Valery Gergiev et l’orchestre national des jeunes des USA.
Avec Emmanuel Krivine et le National, même feu d’artifice, même élan vital. Et deux généreux bis que cet athlète du clavier adore offrir au public.
Pour ceux qui, comme moi, ont manqué la diffusion en direct le 1er janvier, on trouve sur Youtube l’intégralité du concert de Nouvel an dirigé par Gustavo Dudamel.
Une bonne manière de refermer la discussion sur les mérites comparés des chefs invités à cette célébration annuelle, comme le défunt Georges Prêtre.
J’assistais hier soir à un autre concert très viennois… à Montpellier. L’Orchestre national de Montpellier donnait, sous la direction de son chef Michael Schønwandt, un copieux programme composé de Schelomod’Ernest Bloch (sous l’archet éloquent de Cyrille Tricoire) et la Cinquième symphonie de Mahler. Je n’avais pas été aussi passionné de bout en bout par une interprétation depuis la version qu’en avait donnée Andris Nelsonsà la Philharmonie de Paris en novembre 2015. Michael Schønwandt privilégie la modernité de l’écriture de Mahler, ne surjoue pas, comme Bernstein, les langueurs viennoises, et démontre surtout la formidable qualité d’ensemble de la phalange qu’il dirige depuis septembre 2015 et à laquelle il a redonné confiance et ambition. Mention spéciale pour le nouveau cor solo Sylvain Carboni, 28 ans, impérial dans le périlleux 3ème mouvement.
Et pour finir en beauté cette séquence viennoise, ce coffret commandé pendant mon séjour suédois et trouvé dans ma boîte aux lettres, qui a toutes les chances de passer inaperçu dans le flot des nouveautés. Une intégrale de plus des concertos de Beethoven, un petit label allemand, un pianiste/chef peu connu en France, mais authentique Viennois, Stefan Vladar. Un artiste qui avait fait le bonheur de plusieurs soirées liégeoises – Festival Mozart de janvier 2006, Festival Brahms en mai 2008, les deux fois sous la baguette de Louis Langrée. En tout cas, ce coffret a conquis l’un des critiques les plus exigeants du magazine Gramophone(« an exceptional set »). La très bonne affaire de ce début d’année !
Le 1er janvier 2015 j’écrivais ce texte. En ce 31 décembre 2016, je l’ai à peine retouché, actualisé, pour vous redire mes voeux, à la manière de qui vous savez…
J’avoue J’en ai (parfois) Bavé (pendant l’année enfuie) Et vous Mes amours ? J’avoue, j’ai douté
Avant D’avoir Eu vent De vous Mes amours
A votre Avis Qu’allons-nous vivre ? De l’amour ? De vous A moi Je voue des voeux Mes amours
La vie Ne vaut D’être Vécue Sans amour
Ne vous déplaise En dansant la Javanaise et tant d’autres musiques Nous allons nous aimer Le temps de toute une année de doux aveux
Bien sûr mes premiers souhaits vont à ceux que j’aime, des derniers arrivés à la doyenne de la famille, dont j’ai peine à croire qu’elle va alertement sur ses 90 printemps. Mais eux savent que je n’ai pas besoin d’un premier de l’An pour le leur dire.
Je n’ai jamais aimé cette convention qui oblige à souhaiter la « bonne année » à la terre entière – la corvée des cartes de voeux est heureusement obsolète depuis l’invention de l’écologiquement correct et surtout des réseaux sociaux ! – mais j’ai curieusement toujours pensé, à ce moment précis, à tous ces visages familiers ou inconnus qui composent l’ordinaire de mes jours, ceux qu’on ne voit jamais, qu’on ne remercie jamais, les serveurs, les caissières, les guichetiers, les gardiens, les SDF, liste non exhaustive.
Il y a des regards, des sourires, de simples mots qui illuminent une année, et qui donnent espoir pour celle qui s’ouvre.
La critique s’est montrée unanimement favorable à cette production (lire Le triomphe des mezzos).
Je partage l’enthousiasme général : mise en scène (et en regard) des deux ouvrages avec une rare pertinence, excellentes incarnations, une réserve peut-être sur la direction un peu fruste de Cavalleria, nettement plus impliquée dans Hindemith. Bref un spectacle à voir et tant pis pour ces spectateurs indélicats qui ont quitté la salle à la fin du Mascagni…
Juste pour le plaisir cette version de référence du célébrissime intermezzo de Cavalleria rusticana
Hier c’était, à l’Opéra Comédie de Montpellier, un tout autre genre de ce qu’on ne peut pas vraiment appeler un opéra. Le titre du spectacle en a fait frémir plus d’un, et suscité maintes réactions hostiles, surtout de la part de ceux qui n’ont pas vu et ne viendront pas le voir. Je n’y allais pas non plus sans appréhension, je dois l’avouer.
Il y a bien un peu de provocation de la part de la direction de l’Opéra de Montpellier à proposer comme spectacle de fêtes une Soupe pop qui n’a rien, mais vraiment rien à voir avec les habituelles opérettes d’Offenbach, Strauss ou Lehar. Le pari de l’auteure de ce spectacle (à mi-chemin entre expérience théâtrale et comédie musicale) Marie-Eve Signeyrole était audacieux : il est réussi ! J’ai passé, hier soir, dans une configuration inhabituelle pour une salle d’opéra, deux riches heures de poésie douce-amère à partir d’un sujet qui pouvait prêter à tous les excès, mention spéciale pour les choeurs de l’opéra, dont plusieurs éléments se sont révélés de fabuleux acteurs/comédiens, pour les Tiger Lillies. Et comme le montre la courte vidéo ci-dessous, un sujet grave n’engendre pas nécessairement la mélancolie, même si plus d’une fois l’émotion nous gagnait, comme dans un bouleversant Send in the clowns entonné en fin de spectacle par le chanteur des Tiger Lillies
Autant l’ouvrage consacré à Felicity Lott (voir Il nous faut de l’amour) m’avait laissé sur ma faim, autant celui que signe Renaud Machartrelève le défi d’une biographie-interview documentée, qui évite l’anecdote futile.
Le célèbre duo des soeurs pianistes Katia et Marielle Labèque fait pour la première fois l’objet d’une biographie… Il y a en effet beaucoup à dire sur ce singulier parcours double : les Labèque se produisent avec les plus grands orchestres internationaux, jouent des pianos anciens avec leurs amis baroqueux, Katia a un « band », fait des duos avec le chanteur Sting ou son compagnon David Chalmin (du groupe Red Velvet), Marielle s’en tient au duo avec sa grande soeur et à sa vie de couple avec son mari, le chef d’orchestre Semyon Bychkov. Elles pourraient se contenter d’accumuler les cachets en jouant le Concerto de Poulenc et celui de Mozart, mais elles ne cessent, depuis leurs débuts, de commander des oeuvres. Leur coeur balance entre concertos avant-gardistes et oeuvres grand public. Mais l’essentiel est cette quête, cette envie farouche de nouveauté, ce constant renouvellement. Illustré par des photographies rares, l’ouvrage de Renaud Machart nous fait entrer dans l’intimité de ce duo détonant (Présentation de l’éditeur)
Renaud Machart a l’honnêteté de reconnaître, dans sa préface, que sa relation avec les deux soeurs avait très mal commencé. Agacé par les extravagances du duo, il avait signé un papier méchant dans Le Monde, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, il se ravise et leur découvre bien des talents cachés.
Bref, ce nouveau bouquin est passionnant, d’abord par la liberté de ton revendiquée par Katia et Marielle, la curiosité, l’appétit de découverte qui les caractérise depuis… si longtemps.
J’en ai encore eu deux magnifiques preuves ces dernières années. Lorsque j’avais interrogé le grand Philippe Boesmans dans la perspective du cinquantenaire de l’Orchestre philharmonique de Liège – la dernière commande faite par l’orchestre au compositeur belge remontait à…1980 ! – il m’avait spontanément dit vouloir écrire pour les soeurs Labèque. Et ce fut un petit bijou concertant qui fut créé le 5 mars 2011 !
Nous nous étions alors promis, Katia, Marielle et moi, de refaire très vite d’autres projets. Le 14 juillet 2015, les 30 ans du Festival de Radio France nous en offrirent l’occasion…
Erreur
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Deutsche Grammophon publie un joli coffret constitué d’enregistrements récents, où les soeurs Labèque paraissent comme assagies, moins tentées par la pure virtuosité, d’autant plus émouvantes en particulier dans une Fantaisiede Schubert toute de retenue.
Je ne sais pas quel visage aura l’emblème de notre République dans six mois (Primaire : effets secondaires), je sais que, lundi soir, c’est une Mariannerayonnante qui nous a enchantés salle Gaveau à Paris.
L’essentiel du programme de Marianne Crebassa reprenait les airs mozartiens de son premier disque.
Marianne Crebassa est une fidèle du Festival de Radio France Montpellier, où elle a fait ses débuts à 21 ans. En 2015, elle était « le » Fantasio d’Offenbach (lire : Le Fantasio de Montpellier), qu’elle sera à nouveau pour la réouverture de la saison de l’Opéra Comique en 2017.
Sa récente interview dans Le Mondetémoigne, s’il en était besoin, de l’intelligence et de la réflexion de la jeune musicienne sur son métier, son avenir. On souhaite à notre Marianne une longue et belle vie !