En russe, il faut cinq lettres pour le nommer : Щукин, en français il en faut onze : Chtchoukine. Depuis l’inauguration de l’exposition-événement qui lui est consacrée à la Fondation Louis Vuitton, je n’ai entendu personne prononcer correctement le nom du collectionneur russe, même les journalistes spécialisés. Il est vrai que l’alphabet russe compte plusieurs lettres… qui n’ont pas d’équivalent dans notre alphabet latin, notamment les chuintantes (ч = tch, ш = ch et Щ que faute de mieux on transcrit par chtch, alors qu’il suffit de redoubler d’intensité dans la prononciation de ch, comme on le ferait naturellement en incitant fortement quelqu’un à se taire : chchchut !).

Je craignais l’affluence. En choisissant la fin d’après-midi (avant un concert) je l’ai évitée et j’ai pu tranquillement admirer une collection en effet incroyable, magnifiquement disposée dans le bâtiment de Frank Gehry que je découvrais par la même occasion.

Le personnage et sa collection sont extraordinaires, à tous points de vue. On connaît la plupart des chefs-d’oeuvre que Chtchoukine a rassemblés, on les avait vus pour beaucoup dans les musées Pouchkine de Moscou et de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Mais l’émotion vous submerge de les voir ici superbement exposés, dans des salles (11) hautes et vastes, thématiques (Matisse, Gauguin, Monet, Picasso, les Russes…), où l’on surprend de jeunes guides parler en termes clairs et gourmands des peintres et de leurs toiles.
(Xan KROHN, Portrait de Sergei Chtchoukine, 1915)
Dans la deuxième salle, on est convié à un film-performance absolument remarquable de Peter Greenaway et Saskia Boddeke sur l’amitié qui lia Chtchoukine et Matisse.
(Van Gogh, Portrait du docteur Rey, 1889)
(Cézanne, Le fumeur à la pipe, 1902)
Exceptionnelle cette exposition l’est non seulement par la quantité et la qualité des chefs-d’oeuvre de peintres connus et reconnus, mais aussi par quelques pièces d’artistes russes qui doivent leur formation, leur initiation à la modernité à la fréquentation du collectionneur et de son palais-musée de Moscou.
(Alexandre Rodtchenko, Composition, 1916)
(Lioubov Popova, Construction, 1920)
(Nadejda Oudaltsova, La cruche jaune, 1913)
(Kazimir Malevitch, La femme au rateau, 1932)
Une exposition à voir absolument ! Réservation en ligne conseillée, tarifs très abordables (de 5 à 10€ l’entrée), seul point négatif, difficile de se restaurer sur place – surtout lorsque, comme hier soir, le minuscule coin-restaurant est privatisé ! -.

Comme un bonheur arrive rarement seul, le récital donné par Lukas Geniušas à l’auditorium de la Fondation a achevé de rendre la soirée inoubliable. Les deux cahiers d’Etudes de Chopin et quelques bis, pas moins. Une sacrée personnalité ! Un nouveau rendez-vous prévu à Montpellier l’été prochain…


(Photo OPRL/Facebook)
Première halte à Munich un samedi, mon cousin Pierre étant catholique pratiquant, nous repérons une église où suivre la messe le lendemain. Il est indiqué sur la porte que l’orchestre et le choeur de l’église en question joueront pendant l’office la messe dite « des moineaux » de Mozart. 



(Martin Grubinger, père et fils)







(Le Choeur de Radio France dirigé par Sofi Jeannin / Photo Marc Ginot)
(Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan qui font la clôture du Festival demain soir avec l’étonnant opéra
Denis Matsuev se souvient parfaitement du récital qu’il avait donné à Liège quelques mois avant ses débuts au Carnegie Hall en 2007, et quand je lui demande où il a sa résidence principale, il me répond d’un grand éclat de rire : « L’avion » ! Il ne semble pas se plaindre du rythme effréné de ses concerts (240 par an !!).








L’actualité nous rattrapait aussi au dîner qui suivit le concert. Tandis que les trois percussionnistes rempaquetaient tout le matériel, les deux soeurs pianistes profitèrent de la douceur de la nuit montpelliéraine pour reprendre des forces. Ferzan me racontait qu’elle et son mari (Martin Grubinger) hébergeaient depuis plusieurs mois dans leur maison des environs de Vienne, un réfugié syrien, qui s’était parfaitement intégré, était devenu en peu de temps un fameux cuisinier, mais demeurait séparé de sa femme et de ses enfants qui étaient toujours bloqués en Turquie. Cet homme charmant, devenu un ami du couple, ne convenant pas à la femme de ménage (autrichienne) de Ferzan, celle-ci refuse de le voir, de nettoyer sa chambre et ses affaires, parce que « vous comprenez Madame, mon mari est au chômage et je ne vois pas pourquoi on accueille des étrangers qui nous coûtent cher »…. C’est bien l’Autriche en effet qui a failli élire un président de la République d’extrême droite il y a quelques semaines…


