Figaro ou la folle journée

J’ai adoré le Barbier de Séville de Rossini que j’ai vu le 20 septembre dernier à l’Opéra Bastille (je l’ai écrit dans Bachtrack : Le retour du pétulant Barbier de Damiano Michieletto).

J’ai beaucoup aimé La folle journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais que j’ai vu le 30 septembre au théâtre de la Porte Saint-Martin.

Je ne me rappelle pas avoir déjà vu sur scène la célèbre pièce de Beaumarchais, et c’est souvent troublant parce que la découpe des Noces de Figaro de Mozart la suit directement. Et que la musique manque plus d’une fois au spectateur si habitué à Mozart.

Le Figaro de Vincent Dedienne

On retrouve ici tous les ingrédients du succès du Chapeau de paille d’Italie de Labiche qu’on avait vu dans ces mêmes murs il y a trois ans. Vincent Dedienne est à nouveau le personnage central (Figaro) et pourtant, grâce à Beaumarchais d’abord, au même formidable metteur en scène Alain Francon, personne ne tire la couverture à soi et le spectacle répond à la lettre à l’objectif de Beaumarchais

« C’est une œuvre comique au rythme soutenu (la «folie» enfiévrée de la «Folle journée» illustre le comique de répétition, de mots ou de gestes: l’huissier glapit, se lève et rassied comme un pantin pour calmer l’audience; Brid’oison bégaie; jeu muet des pantomimes; «Goddam» de la scène 5 acte III; le comique de situation d’une pièce à surprises (quiproquos, péripéties cascadantes, coups de théâtre et rebondissements, déguisements, identités échangées); le comique de caractère (Brid’oison jugé incapable et sot: le procès qu’il anime est une parodie de justice; Bartholo médecin et avocat pédant, prétentieux, ridicule; bonne humeur générale de la pièce grâce à la fraîcheur du jeune, sympathique et délicieux Chérubin, aussi grâce aux danses qui animent la représentation: séguedille, fandango).

Cette comédie d’intrigues, de mœurs et de caractères rencontre aussi le drame bourgeois préfiguré par Molière, théorisé par Diderot (où les problèmes de société, les questions d’argent, d’âge et de mariage, les différences entre les classes sociales et les générations, s’enracinent dans la trivialité et le langage de la vie quotidienne, avec un souci de vérité et de réalisme, de la matérialité de la «vraie vie» surgissent la question sociale, le questionnement moral, voire le pathétique). Dans la lignée de Molière, c’est aussi une comédie de maître et de valet, avec un jeu de miroir déformant entre les deux caractères et positions »

Alain Françon suit le texte et les indications de l’auteur à la lettre en ajoutant sa propre fantaisie, ainsi que de brefs inserts musicaux joués.merveilleusement par Florianne Bonanni (au violon) et Julia Sinoimeri (accordéon). Saluons Vincent Dedienne (Figaro), Ana Blagojević (Suzanne), Micha Lescot (le comte Almaviva), Alix Poisson (la comtesse Almaviva), Noémie Lvovsky (Marcelline), Nemo Schiffman (Cherubin), impossible de tous les citer…

Quel Barbier ?

Après ces deux spectacles, l’envie est forte de revenir visiter sa discothèque pour y retrouver quelques piliers solides, d’abord du Barbier de Séville de Rossini.

Il y a Abbado deux fois, et cette première célèbre version de 1972.

Il y aura une seconde version grand luxe côté cast avec l’orchestre de chambre d’Europe, mais je n’arrive pas à faire de l’une ou l’autre une de mes favorites. Trop sage ?

Vient ensuite l’une de ces versions qu’on trouve en série économique, qu’on écoute distraitement… et bien à tort. La conduite du chef Bruno Bartoletti (1926-2013) est un modèle du genre. Quant à son « cast », on ne peut imaginer plus opposées dans le rôle de Rosine que Gianna d’Angelo ici et Teresa Berganza chez Abbado.

Je n’écoute pas souvent cette version dirigée par Riccardo Chailly, c’est un tort sans doute. Mais quand Marilyn Horne s’empare d’un rôle où elle a triomphé au Met (je l’y ai vue en 1989 dans une mise en scène kitschissime), on rend les armes (mais je ne suis pas objectif, je suis un fan de toujours de la chanteuse américaine nonagénaire.

Faut-il évoquer une autre version « mythique », celle d’Alceo Galliera dont évidemment la tête d’affiche a fait la célébrité ? (Lire Seconds couteaux)

J’ai beaucoup de tendresse pour cette version qui évoque la légende d’un lieu et d’un festival – Glyndebourne – et bien sûr la si touchante Rosine qu’incarne Victoria de Los Angeles, et un chef Vittorio Gui (1885-1975) qui en a fait les beaux soirs!

Il faudra que je rejette une oreille à cette version de James Levine malgré (ou à cause de) Beverly Sills.

Neville Marriner chef de théâtre ? Dans Rossini ? Etait-ce un « Disques en lice » (la défunte tribune de la Radio suisse romande – lire Une naissance) ou une Tribune de France Musique ? Tout le monde avait été heureusement surpris de découvrir cette version du Barbier, à laquelle je reviens régulièrement.

Quelles Noces ?

Pour les Noces de Figaro de Mozart, je ne m’aventurerai pas à faire des comparaisons, encore moins des préférences/références entre les versions qui sont présentes dans ma discothèque : Abbado, Barenboim, Böhm, Davis, Fricsay, Gardiner, Giulini, Harnoncourt, Karajan, Erich Kleiber, Klemperer, Mackerras, Mehta, Muti, Östman, Solti.

J’ai omis dans cette liste un nom qu’on a, comme par hasard, déjà cité pour le Barbier de Séville, Vittorio Gui qui grave à Glyndebourne en 1956 (et en stéréo !) une version que je ne cesse de redécouvrir et d’admirer. Même si Muti, Giulini, Karajan…

J’ai une autre raison d’être ému à l’écoute de cette production de Glyndebourne : le double souvenir de récentes Noces parisiennes dirigées par Louis Langrée au Palais Garnier et de celles qu’il dirigeait il y a un quart de siècle…. à Glyndebourne.

Cadeau

Rien à voir ni avec Mozart ni avec Rossini ou Beaumarchais, ce poème symphonique de Franck – Les Éolides – dans la version miraculeuse de Willem van Otterloo avec le Concertgebouw

et toujours quelques brèves de blog pour capter l’air du temps !

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