Sauvés des eaux : Boulez, Soëtens, Schwalbé, Pelléas et Mélisande

J’ai subi il y a quelque temps ce qu’on appelle un « dégât des eaux », une rupture spectaculaire d’un régulateur de pression qui a eu pour effet d’arroser violemment plusieurs étagères de ma cave, où j’avais entreposé des archives que je croyais de peu d’intérêt. Or parmi elles, des dossiers personnels, et surtout des lettres que je pensais avoir perdues.

En faisant le ménage après le passage de l’expert, je m’aperçois qu’une grande partie des correspondances que j’avais conservées se trouve dans ces tas plus ou moins trempés, au moins imbibés.

Le beau temps actuel m’a permis de faire sécher pas mal de ces documents. Même délavés ils sont encore lisibles plus ou moins partiellement.

Robert à 99 ans

On peut imaginer l’émotion qui m’étreint en retrouvant la correspondance échangée en 1996 avec un très vieux monsieur de 99 ans, le violoniste Robert Soëtens fréquemment évoqué sur ce blog (Années 20) et dont cette page Facebook relate la longue et riche carrière.

9 janvier 1996

Bien cher Jean Pierre Rousseau, Votre appréciation d’un début de lecture* me touche profondément et, sachant votre compétence, je ressens la sincérité de votre jugement qui s’y ajoute. Il est réconfortant de se savoir compris. Sans fausse modestie ni vanité je sais l’authenticité de ce que je raconte et l’utilité des références que j’apporte dans le temps. Je crois même avoir abandonné un peu trop d’anecdotes vécues. La crainte d’être trop long ! Ce serait à revoir avec l’éditeur si éditeur il y a ! J’avais un peu exploré du côté Van de Velde, mais il me dit ne pas éditer de biographie… sans n’avoir rien lu! Ne trouvez-vous pas que ma biographie n’est pas le but mais un fil conducteur et qu’il s’agit plutôt d’informations et d’histoire vécue ? Soyez indulgent pour les fautes de rédaction et de frappe que je découvre sans cesse et donnez moi vos opinions « sans complaisance« 

*Soëtens évoque là ses Mémoires dont il m’avait remis un exemplaire tapuscrit, dont j’ai plusieurs fois reproduit des extraits. Mais impossible de remettre la main sur ce si précieux document. L’ai-je prêté à quelqu’un qui ne me l’a pas rendu? S’est-il égaré dans un déménagement ? Il doit en exister d’autres exemplaires et si parmi mes lecteurs,

Les remerciements de Pierre Boulez

J’avais complètement oublié ce message que m’avait adressé Pierre Boulez à la suite de la journée que j’avais organisée le 19 février 1995 sur France Musique pour son 70e anniversaire.

Je suis évidemment d’autant plus furieux de le retrouver dans cet état et même si l’intelligence artificielle fait des miracles, elle ne peut pas restituer complètement ce manuscrit qui me touche profondément. Si j’ai bien lu entre les lignes, Pierre Boulez s’excuse – comme toujours avec une infinie courtoisie – du retard qu’il a mis à me remercier – sa correspondance à en-tête de l’IRCAM, est datée du 24 mars 1995. Grâce à l’IA j’ai pu reconstituer la fin du message :

« Excusez-moi encore de ce retard apporté à vous remercier ; c’est néanmoins de tout cœur que je le fais et que je vous envoie mes souvenirs très amicaux.« 

Signé : Pierre Boulez, directeur honoraire de l’IRCAM

Un Disques en lice exceptionnel

Le 30 novembre 1988, François Hudry consacrait un Disques en lice (lire Une naissance) exceptionnel au chef-d’oeuvre de Debussy Pelléas et Mélisande avec des invités tout aussi exceptionnels, les légendaires interprètes de la version historique de Roger Désormière, Irène Joachim (1913-2001) et Jacques Jansen (1913-2002), auxquels s’était joint Hugues Cuénod !

Je me rappelle, comme si c’était hier, ces deux artistes, assis l’un à côté de l’autre, et Jacques Jansen disant à Irène Joachim à la fin de cet extrait : « Embrasse moi ». Autour de la table, à commencer par François Hudry, nous étions submergés par l’émotion…

Je ne me rappelais plus, en revanche, avoir gardé dans mes archives, cette dédicace :

La rencontre avec Michel Schwalbé

Pour fêter ses 70 ans, le légendaire violon solo de l’orchestre philharmonique de Berlin, Michel Schwalbé (1919-2012) avait beaucoup insisté pour que la radio et la télévision suisse romande lui consacrent des émissions, puisque c’est en Suisse, à Genève, et grâce à Ansermet, à l’Orchestre de la Suisse Romande, qu’il avait trouvé refuge pendant la Seconde Guerre mondiale.

J’avais alors, le temps d’une saison, une émission sur Espace 2, sobrement intitulée Rencontre, où je laissais mon invité dévider ses souvenirs, se livrer en toute intimité. C’est ainsi que je reçus Michel Schwalbé, avec qui je réalisai une série d’entretiens, tant la matière était dense et riche. C’était à l’automne 1989, et j’ai retrouvé cette lettre envoyée par le violoniste à l’un de ses chers amis genevois Pierre Sciclounoff, lettre qui m’avait été transmise par le directeur de la télévision de l’époque, Guillaume Chenevière.

De nouveau, je ne me rappelais absolument pas avoir conservé ce document. D’autant plus émouvant que Schwalbé écrit cette lettre sous le choc de l’annonce de la mort de Karajan le 16 juillet 1989.

Cadeau

Ce duo de la Veuve joyeuse formé par Jacques Jansen et Denise Duval est juste irrésistible

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog