Tripatouillage royal

Depuis que les Harnoncourt, Leonhardt, Brüggen nous ont appris à revenir aux sources de la musique, à une approche « historiquement informée » du répertoire du passé, on s’est fait à l’idée d’une certaine authenticité, voire d’une certaine pureté originelle de ces grandes partitions baroques ou classiques. Ne lit-on pas couramment que ces grands interprètes défricheurs ont débarrassé ces oeuvres de leurs « scories », qu’ils les ont nettoyées de l’empois de la tradition ?

Et puis voilà qu’hier on découvrait – dois-je rappeler ici que je ne suis pas musicologue, ni spécialiste ? on ne m’en voudra pas, je l’espère, d’une certaine naïveté ! – qu’on se moquait bien du respect des partitions originales, quand il s’agissait en fonction des circonstances, de transformer, ajouter, retrancher, adapter au goût du jour, ces mêmes partitions. On a donc entendu, à l’Opéra royal du château de Versailles, une version très particulière de l’opéra de Lully, Persée.

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Benoît Dratwicki n’eût pas donné quelques explications au début du concert, il est bien probable que l’essentiel de l’assistance très versaillaise n’eût pas remarqué ni la mention version 1770, ni que le surintendant de la musique de Louis XIV, le grand Jean-Baptiste Lully, était mort de sa belle mort en 1687, soit 83 ans plus tôt !

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Car, contrairement à l’idée qu’on peut s’en faire aujourd’hui, aucune oeuvre, surtout donnée avec succès, n’était considérée comme intouchable. « Le patrimoine …est maintenu au goût du jour par des retouches musicales et poétiques de plus en plus importantes… Dès le milieu des années 1700, l’habitude est prise de retrancher ou d’ajouter des airs, après 1750 ces remaniements deviennent beaucoup plus systématiques, au point que certains auteurs y consacrent une bonne partie de leur temps et perçoivent une rémunération spécifique pour « mettre à jour les opéras anciens » (Benoît Dratwicki).

Le Persée représenté, pour l’inauguration de l’Opéra royal en 1770, à l’occasion du mariage du futur Louis XVI et de l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche, n’a plus grand chose à voir avec celui de la création en 1682. Dès 1768, Antoine Dauvergne, Bernard de Bury, François Rebel, tous musiciens appointés à la Cour, ont entrepris de profonds remaniements, tandis que le secrétaire de l’Académie royale de Musique, Nicolas Joliveau « adapte » le livret original de Quinault.

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IMG_2367Bref, on a entendu hier une sorte d’OVNI musical, comme un remix de Lully, Rameau, Gluck, Haydn. Tout cela n’était pas pour déplaire au maître d’oeuvre de cette résurrection – qui fera l’objet d’un CD chez Alpha – l’éternel curieux et gourmand Hervé Niquet, et à sa fantastique équipe – choeur et orchestre – du Concert spirituel , rejointe par 11 jeunes solistes caméléons capables de se prêter à toutes les variations stylistiques d’une partition aussi composite (http://www.chateauversailles-spectacles.fr/spectacles/2016/lully-persee-version-1770).

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