Quelle histoire !

Ivan Levai, qui était dans la chambre 15 de l’hôtel Au Vieux Morvan à Château-Chinon le soir du 10 mai 1981, a rapporté les premiers mots de François Mitterrand après la confirmation de son élection à la Présidence de la République : « Ah ! quelle histoire, tout de même, quelle histoire… »

J’ignore ce qu’Emmanuel Macron a dit lorsqu’on lui a annoncé les premiers résultats et qu’il a découvert cette image à la télévision dès 20 heures hier soir :

18274954_10154636283772602_1177561185875923019_n

Je ne vais pas commenter à mon tour les résultats de ce second tour, un score bien plus élevé pour le nouveau président que ce que donnaient les derniers sondages, l’extrême droite qui double le score de 2002, et l’importance inédite de l’abstention conjuguée au vote blanc et nul.

J’ai suivi cette soirée électorale à la télévision, vu le défilé des habituels porte-parole. Et eu le triste sentiment qu’aucun n’avait perçu la nouveauté de la situation. L’arrivée à la présidence de la cinquième puissance mondiale d’un chef d’Etat trentenaire change la donne, la place de la France en Europe et dans le monde. Le renouvellement profond qui va s’opérer dans la classe politique, malgré le concours de langue de bois auquel se sont livrés quasiment tous les invités des plateaux de télévision hier soir, va changer la donne.

Mais à l’évidence aucun état de grâce ne sera concédé à Emmanuel Macron (lire L’ardente obligation). Raison de plus pour ne pas s’enfermer à nouveau dans les petits compromis et les calculs à courte vue. Le nouveau président a promis de l’audace. Chiche  !

Et puisque nous sommes le 8 mai, jour de commémoration de la Victoire des Alliés sur le nazisme – en Russie c’est le 9 mai – une célébration en musique avec la surprenante 9ème symphonie…de ChostakovitchSurprenante, parce que le compositeur prend le contrepied de la solennité, de la grandeur triomphale que Staline et l’Union soviétique attendaient pour la circonstance.

Ma France

Après mon billet d’hier L’ardente obligationun lecteur m’a écrit ceci :

Cher Monsieur,
Je regrette tellement que vos opinions politiques, certes absolument honorables, puisque vous dites être celles d’un démocrate, et j’en suis convaincu, viennent s’insérer dans un blog de grande qualité jusque-là largement consacré à vos activités culturelles et musicales. N’auriez-vous pas compris que les Français sont las, même agacés d’entendre les élites, dont vous êtes, leur donner de haut des leçons de conduite politique et démocratique, tout en faisant ainsi le lit des extrêmes ? Vous détournez votre passionnante lettre en un tract politique inutile. Malgré tout je vous reste fidèle car je vous crois un homme de grande honnêteté.
Bien à vous. »

J’ai répondu directement à ce « commentaire » mais certains termes utilisés par mon correspondant m’ont touché, blessé même : « les élites, dont vous êtes », « donner de haut des leçons », « le lit des extrêmes ».

À moins de 48 heures d’un vote décisif, je veux dire ici ma vérité – qui n’a pas plus d’importance qu’une autre, mais pas moins ! -, dire la France que j’aime, sans insulter personne, mais en l’affirmant à la face d’une candidate qui n’ose même plus afficher son patronyme sur sa photo officielle !

Oui Madame, je vais vous raconter une histoire de Français, comme il en existe des millions, la mienne.

Non je n’appartiens pas de naissance ni de fortune à ces « élites donneuses de leçons ».

Je suis né dans les Deux-Sèvres d’un père vendéen, professeur d’anglais mort à la tâche à la veille de son 45ème anniversaire, d’une mère suisse originaire d’un village de l’Emmental. L’un et l’autre, au sortir de la guerre, avaient cherché à Londres, l’un le perfectionnement de ses études, l’autre une formation d’infirmière jointe à un emploi de « nurse » dans une famille aisée de Kensington. Ils se sont mariés en 1954, et jusqu’à la mort brutale de mon père en 1972, notre petite famille a vécu sur un modeste salaire d’enseignant, ma mère restant au foyer pour élever ses trois enfants. Elle a courageusement repris son métier d’infirmière, et nous a permis, à mes soeurs et à moi, de poursuivre nos études, malgré le faible montant des bourses qui nous étaient attribuées.

La suite je l’ai racontée ailleurs (Réhabilitation) mais juste encore ceci : toutes les fonctions, tous les postes que j’ai occupés durant ma vie professionnelle, je ne les ai jamais dus à quiconque, à un « piston », à un « entre-soi », à l’appartenance à une caste, un parti ou autre. J’ai eu de la chance qu’on me recrute, qu’on m’appelle, qu’on me confie des responsabilités, j’ai aussi connu les affres du chômage, de l’angoisse du lendemain, je n’ai jamais bénéficié d’un statut privilégié.

Ma France, Madame la candidate sans nom, c’est celle de ma famille : une soeur mariée à un Suisse, une autre restée dans notre Poitou natal, deux fils, deux petits-enfants, cinq neveu et nièces, parmi eux l’une compagne d’un Belge flamand et maman d’un petit garçon parfaitement bilingue, l’autre partageant sa vie avec un Kurde qui lui a donné deux magnifiques garçons, un troisième qui est « tombé en amour » en Martinique avec une Haïtienne, tous deux gâteux devant leur petit bout de chou couleur café, une belle-fille dont la maman a fui le Cambodge de Pol Pot, bref, vous le voyez, une famille multicolore, heureuse, diverse, fière d’être de cette France humble, modeste, confrontée aux difficultés de la vie, du quotidien, qui n’a jamais vécu dans l’aisance, qui sait ce que vaut chaque euro gagné.

Je n’insulte pas vos électeurs, Madame la candidate, mais vous oui ! Vous profitez de la colère, de l’inquiétude, des peurs de ces citoyens perdus, désabusés, vous leur promettez une France qui n’a jamais existé, qui n’existe pas, vous vous moquez de nous. Si vous aviez un tant soit peu de respect pour vos compatriotes, vous ne vous seriez pas présentée mercredi soir au débat avec Emmanuel Macron dans cet état lamentable d’impréparation, d’ignorance, de confusion. Il ne s’est trouvé personne, même dans vos rangs, pour nier ce naufrage.

Ma France, celle que, j’espère, nous pourrons (re)construire à partir de dimanche soir, c’est résolument une France généreuse, ouverte, volontaire, mais aussi lucide, forte pour les faibles, porteuse d’espoir pour les blessés de la vie.

387786_10151543643107602_1344064873_n(Le 14 juillet 2013, je représentais notre pays comme Consul honoraire de France à Liège, dans une Cité ardente qui aime passionnément la patrie des Lumières !)

 

L’ardente obligation

Le débat d’hier soir a confirmé ce que l’on savait – le vrai visage d’une démagogue haineuse et incompétente – et ce que l’on espérait – un homme jeune, porteur d’avenir, calme et déterminé.

macron-le-pen-debat-afp-c1de74-0@1x

On peut faire tous les reproches à Emmanuel Macron, d’être trop ceci, pas assez cela, sauf un : il a, dès le lancement de son mouvement En Marche, fait le juste constat d’un pays, d’un système politique, bloqués depuis vingt ans.

L’histoire de la Vème République démontre que les grandes réformes, celles qui marquent et qui durent, sont toujours nées dans les premiers mois d’une présidence : Giscard et ses lois de société (majorité à 18 ans, divorce, IVG, élection européenne au suffrage universel), Mitterrand en 1981-1982 avec les lois Auroux (travail), Defferre (décentralisation), Badinter (abolition de la peine de mort). Quand le même Mitterrand a voulu lancer la réforme de l’école privée en 1984, il a dû renoncer sous la pression de centaines de milliers de manifestants.. et enterrer le projet en changeant de gouvernement.

En 2002, Jacques Chirac qui, comme président sortant, avait à peine atteint 20% des voix au premier tour, et avait très largement battu le père de Marine Le Pen au second, avait aussitôt oublié de qui il tenait son élection… En 2005 il avait soumis au référendum le projet de nouveau traité sur l’Union européenne … et n’avait tenu aucun compte du résultat des urnes.

Puis on sait ce qu’il advint des quinquennats successifs de Nicolas Sarkozy et François Hollande : une étrange apathie dans les premiers mois, les fameux premiers 100 jours perdus – l’un et l’autre l’ont reconnu.

Emmanuel Macron, élu Président ce dimanche, peut non seulement incarner un nouveau visage de la politique (Dignité, indignités– et ce n’est pas le moindre de ses atouts – mais aussi, surtout et enfin, une nouvelle pratique de l’engagement et des promesses faites aux électeurs. Il a l’ardente obligation de réussir. Pas de réaliser des miracles, pas de raser gratis, mais de prendre à témoin les électeurs, leurs représentants à l’Assemblée Nationale, du calendrier, des modalités et des résultats des réformes qu’il s’est engagé à lancer dès l’été.

En effet, l’immense majorité des Français n’en peut plus des promesses non tenues, des déceptions permanentes, sur lesquelles le Front national a prospéré. En effet, l’immense majorité des électeurs ne supporte plus qu’on ne fasse pas ce qu’on a dit… et qu’on ne dise pas ce qu’on va faire. En effet, on ne réduira pas l’influence des extrêmes en stigmatisant leurs électeurs, en se réfugiant dans de grands principes moraux.

Hier soir, c’était le combat de la démagogue et du démocrate. Le démocrate l’a emporté haut la main, tant il est vrai que le naufrage en direct de la démagogue était patent, pathétique…

Nous, les démocrates, nous avons l’ardente obligation de faire réussir le prochain Président de la République, pour qu’enfin des millions de nos concitoyens sortent de l’assignation à la résignation du vote extrême.

 

 

 

Mes Premiers Mai

J’ai rarement passé un Premier Mai en France.

En 2014 j’avais tenu à participer à celui qu’organisait à Liège celui qui, depuis quelques semaines, est devenu le président de la puissante fédération liégeoise du Parti Socialiste de la Belgique francophone, Jean-Pierre Hupkens. C’était quelques jours avant que j’annonce mon départ de la direction de l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Et je rappelais, ici même, ce qu’évoque le Premier mai en musique

Pas de souvenir ni marquant, ni agréable du 1er mai 2015.

En 2016 une expérience unique : des millions de Chinois dans l’une des villes les plus extraordinaires de l’Empire du milieu, à Shanghai (lire Premier mai en rouge).

Ce Premier mai 2017 c’était Venise (lire et voir La valse de la lagune) dernier de quatre jours de redécouverte d’une ville où je n’étais plus venu depuis dix huit ans !

IMG_9286(Ca d’Oro)

IMG_9220(Scuola San Rocco)

IMG_9219(Eglise San Rocco)

IMG_9218IMG_9215IMG_9217IMG_9216Hors de la place Saint Marc et du Rialto, le calme des places et des canauxIMG_9181Sur le pont de l’Accademia, vue sur le Grand Canal et la SaluteIMG_9174IMG_9176IMG_9177(Campo San Stefano)IMG_9178(Façade de l’Accademia, où se retrouvent Bellini, Giorgione, Carpaccio, le Tintoret, Veronese, Tiepolo et quelques-uns du même acabit !)

IMG_9175IMG_9180

IMG_9264IMG_9263Dans la gigantesque nef de Santa Maria Gloriosa dei Frari – qui est un musée à elle seule – on aperçoit dans une chapelle modeste la tombe de l’un des plus illustres musiciens Claudio Monteverdiné il y a 450 ans à Crémone.

IMG_9236

Il faudra bien d’autres billets pour récapituler ce long week-end vénitien, et rendre compte d’une Lucia di Lammermoor très réussie à la Fenice

Photos et vidéos sur lemondenimages.me

Mais la politique française n’a jamais été loin, même si je me suis abstenu, sur les réseaux sociaux, d’en rajouter dans la surenchère qui caractérise cet entre-deux-tours. J’ignorais que mon billet de lundi – Dignité, indignités – serait largement dépassé par la triste réalité, J’ai été un peu rassuré par ce témoignage, qui dit tout en peu de mots, mais si justes : regarder la vidéo Si Macron passe !

 

La liberté de l’artiste

Suite de mon billet d’hier L’incroyable Mister H. Suite de la visite de l’exposition hors normes de Damien Hirst à Venise, au Palazzo Grassi sur le Grand Canal.

Une exposition-événement qui rappelle l’essence de l’art, la liberté fondamentale de l’artiste. Et dans le cas de l’artiste britannique, une liberté joyeuse, iconoclaste, ivre de ses propres audaces, qui défie nos crédulités, nos addictions à l’information de masse, aux réseaux sociaux. Une liberté qui ne supporte aucune restriction.

IMG_8743 2IMG_8755 2IMG_8754 2IMG_8753 2(Une fausse collection archéologique)

IMG_8751IMG_8750IMG_874918198752_10154611533497602_34728445056856954_nIMG_8729IMG_8733 2IMG_8725IMG_8730IMG_8732 2IMG_8734 2IMG_8736IMG_8756 2IMG_8741 2IMG_8742 2IMG_8752 2IMG_8744 2IMG_8748 2IMG_8747 2IMG_8728 2IMG_8727IMG_8745 2

 

Dignité, indignités

Je voulais me lancer dans une analyse des causes et des conséquences du premier tour des élections présidentielles. Elle viendra, peut-être après le 7 mai.

La dignité d’abord.

C’était celle du président de la République, celle de son compagnon, lors de l’hommage ce matin à Xavier Jugelé, le policier assassiné jeudi dernier.

L’indignité c’est celle de candidats qui font leur commerce de la peur, de la haine, du rejet, qui n’ont pas honte de récupérer une tragédie pour laisser accroire qu’un coup de menton, des slogans martiaux, viendraient à bout du terrorisme.

L’indignité, c’est celle d’un candidat qui n’a jamais renié ses sympathies pour les dictateurs d’Amérique latine, parés des oripeaux décrépits de révolutions perverties, qui n’a jamais désavoué le régime syrien ni ses soutiens, qui ne trouve rien à redire aux morts du Vénézuéla qui luttent pour « dégager » le misérable MaduroEt qui, le soir du premier tour, nous donne une sinistre réplique de « Je suis leur chef, donc je les suis« , en s’abstenant courageusement (!) de prendre parti pour le second.

Dignité en revanche, et même discours d’hommes d’honneur de la part de François Fillon et Benoit Hamon.

L’indignité c’est aussi celle que j’ai vue d’abondance se manifester sur les réseaux sociaux, de la part « d’amis » que je croyais plus réfléchis, moins sensibles à toutes les pseudo-analyses complotistes. Comment oser dire de Macron et Le Pen que c’est la peste et le choléra ? Comment oser traiter de bâtards et de bornés les millions d’électeurs qui n’ont pas eu l’intelligence de suivre aveuglément les slogans populistes de l’auto-proclamé lider maximo de la gauche la plus embourgeoisée qui soit ? Inutile, aux yeux de ces thuriféraires, d’essayer, juste essayer, d’expliquer pourquoi 24,1 % des électeurs ont voté Macron. Tous manipulés, tous victimes d’un méga-complot médiatico-bancaire et des manoeuvres de Hollande (les mêmes d’ailleurs qui dénoncent le quinquennat catastrophique du président sortant lui trouvent d’un coup des habiletés qui lui auraient fait cruellement défaut durant quatre ans et demi…).

Le programme de Macron pour ses contempteurs ? 1. Il n’en a pas ou 2. Il est vide (on ajoute sidéral pour bien faire) ou 3. Il est ultra-libéral 4. Il est la continuation de Hollande. Faudrait savoir !

On ose à peine, sur ces mêmes réseaux sociaux, faire remarquer que l’élection d’un jeune président pourrait, de facto, remettre la France, ses valeurs, son message, sous les projecteurs du monde – comme naguère l’arrivée au pouvoir dans leurs pays de Barack Obama, Justin Trudeau, Matteo Renzi, donner un sacré coup de balai à une classe politique usée, minée par ses divisions, changer les usages et les visages, doper une économie en manque de perspectives et d’investissements, et surtout refaire fonctionner un ascenseur social en panne depuis vingt ans, malgré toutes les recettes essayées.

Ah mais je rêve…  À vrai dire, je rêve depuis quarante ans, depuis mon premier engagement civique, de cette ligne de crête, qui n’est ni le marais, ni le juste milieu, mais le chemin le plus exigeant, celui qu’empruntent les montagnards qui regardent haut et loin. Emmanuel Macron se revendique d’Emmanuel Mounier , « le fondateur de la revue Esprit, initiateur du personnalisme, ce courant spirituel qui cherchait une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme.» (Le Monde 8-9 mai 2016). Moi aussi, et fièrement.

 

Immigrés polonais

Dans le récent « grand débat » la Pologne, qui s’était déjà illustrée de manière spectaculaire en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, avec son plombier polonaiss’est à nouveau invitée dans la campagne présidentielle française.

201607051432-full

(Détournement réussi de la fameuse affiche du faux plombier polonais par l’Office du Tourisme polonais)

Imaginons que les arguments utilisés par certain(e)s pour interdire l’immigration de citoyens européens en France aient été en vigueur dans la France romantique du XIXème siècle ou un siècle plus tard au début du XXème, deux des plus grands Polonais de l’histoire n’auraient jamais enrichi le patrimoine culturel français, notre culture commune. Je veux parler du compositeur Frédéric Chopin (1810-1849) et du pianiste Arthur Rubinstein (1887-1982)… En l’occurrence, pour Chopin, c’était peut-être un retour aux sources, puisque son père était d’origine lorraine !

Ce détour par l’actualité pour évoquer la part la moins spectaculaire, la plus secrète, de l’oeuvre de Chopin, ses Mazurkas.

Lorsque j’ai un peu de temps pour me remettre devant mon piano, c’est toujours vers ce corpus que je reviens, au hasard des humeurs du moment, tant il y a de coins et de recoins de l’âme à explorer, beaucoup plus que l’aspect « national », voire folklorique, de danses stylisées à l’extrême.

IMG_8366

Je suis incapable – et je n’ai pas envie – de faire un classement parmi cette cinquantaine de condensés de poésie, de dire mes préférences, d’en trouver certaines plus « faibles » que d’autres. Je ne me lasse pas de les écouter et réécouter dans les visions aussi différentes qu’Arthur Rubinstein, Jean-Marc Luisada, Nikita Magaloff, Pietro di Maria.81M0ErXoddL._SL1500_71Ib+2cVR4L._SL1050_71iWYSIQz-L._SL1417_718wrcxG9GL._SL1500_

Et pourquoi ne pas se replonger dans les belles pages que le regretté Dominique Jameux  et le cher Jean-Jacques Eigeldinger ont consacrées à notre immigré polonais préféré ?

41ccqSGg7EL41yFOCwIqzL

Eloquence

Il paraît que les concours d’éloquence qui étaient naguère l’apanage des jeunes avocats, ou des apprentis comédiens, rencontrent aujourd’hui un succès aussi considérable qu’inattendu. Comme en Seine Saint-Denis : Faire entendre sa voix.

Tant mieux ! C’est bien la preuve que la culture, la langue commune, sont partageables par tous et sont les meilleurs moteurs du dépassement de soi, du refus de ce qu’Emmanuel Macron appelle justement « l’assignation à résidence« . Dans la logique de mon billet d’hier (Une idée folle).

Mais l’Eloquence que je veux évoquer ici n’a rien à voir avec cette belle actualité culturelle. Il s’agit d’une collection de disques, dont tous les mélomanes guettent les nouvelles publications avec gourmandise, une collection à double branche si on peut dire.

D’abord très répandue en Allemagne et d’une distribution limitée auxpays germaniques, Eloquence propose, à prix « super budget », de magnifiques rééditions issues des fonds Deutsche Grammophon, Decca et Philips. 

Et puis il y a une autre branche… australienne d’Eloquence que les amateurs – comme moi- trouvaient au hasard de leurs voyages en pays anglo-saxons ou en les commandant à un prestataire australien. Aujourd’hui heureusement cette collection est disponible couramment en Europe.

Australian Eloquence is one of the most critically-acclaimed classical reissue series in the world today. Drawing on the vast catalogues of Decca, Philips, Deutsche Grammophon and ABC Classics, the series presents music for the casual buyer as well as for the connoisseur. The series has received the highest international critical praise for its imagination and inventiveness and is noted for resurrecting several analogue recordings hitherto unreleased on CD 

C’est peu dire que c’est une malle aux trésors, d’abord par le soin apporté à ces rééditions, ensuite par la qualité et l’originalité des interprétations qui nous sont restituées, pour beaucoup jamais publiées en CD. Jean-Charles Hoffelé, qui, à mon grand regret, ne chronique plus de disques dans Diapason, ne manque aucune des belles sorties de cette collection sur son blog Artalinna.com

Je viens, pour ma part, de reconstituer, grâce à trois doubles CD, ce qui pourrait bien être mon intégrale idéale des symphonies de Tchaikovski

71GLEBm6aiL._SL1231_71F49+CnQdL._SL1200_

Les premières explorations tchaikovskiennes du tout jeune Michael Tilson Thomas en 1970 à Boston – la 1ère symphonie la plus poétique, la plus juvénile de la discographie, magnifiquement captée – du tout jeune Claudio Abbado en 1967 à Londres – une 2ème symphonie toute gorgée de mélodies populaires ukrainiennes (à entendre cet été à Montpellier !), le même Abbado jamais aussi imaginatif que dans cette 4ème symphonie viennoise, et un chef aujourd’hui bien oublié, Ferdinand Leitnerqui nous offre une version idiomatique de la suite de Casse-Noisette.

71O3mW9SClL._SL1221_

615iQP6J1tL._SL1200_

La 3ème symphonie de Tchaikovski est un peu la mal-aimée des six, elle est rare au concert, encore plus au disque hors intégrales. Je ne connaissais pas cette version du chef israëlien, lui aussi bien oublié, Moshe Atzmon : une splendeur très bien enregistrée avec l’autre orchestre viennois, les Wiener Symphoniker

On retrouve Claudio Abbado dans une lumineuse 5ème londonienne, et deux formidables témoignages d’un chef polonais bien trop négligé Witold Rowicki, des versions vraiment idéales des deux suites du Lac des cygnes et de La belle au bois dormant.

71INVGs5H1L._SL1216_61seO8NXFnL._SL1200_

Last but not least, encore le jeune Abbado dans deux réussites, sa première « Pathétique »la plus réussie avec le grain inimitable des Viennois, et son premier Roméo et Juliette à Boston. Et une version haute en couleurs, qu’on avait complètement oubliée, de Manfred, cette symphonie qui ne dit pas son nom, due à un chef inspiré, Youri Ahronovitch.

Un Tchaikovski… vraiment éloquent sous ces belles baguettes, qu’on redécouvre avec infiniment de bonheur.

Une idée folle ?

C’était lundi soir, dans une salle de quartier sans âme de l’une de ces villes nouvelles nées de l’utopie planificatrice des années De Gaulle / Pompidou. On m’avait convié à la projection d’un film suivie d’un débat, le titre m’avait intrigué – Une idée folle – , la présentation m’avait un peu agacé :

.Tourné dans neuf établissements scolaires – publics et privés, de la maternelle au collège, aux quatre coins de la France – Une Idée Folle pose la question du rôle de l’école au XXIème siècle, à travers le témoignage d’enseignants, d’enfants, de parents ainsi que d’experts de l’éducation. À quels défis les citoyens de demain vont-ils devoir faire face et comment les y préparer ? En cultivant l’empathie, la créativité, la coopération, la prise d’initiative ou encore la confiance en soi et l’esprit critique chez les élèves, en parallèle des savoirs fondamentaux, les enseignants de ces écoles font un rêve fou : celui de former une future génération de citoyens épanouis et responsables qui auront à cœur de transformer positivement la société qui les entoure.

Ce vocabulaire typique du monde de l’éducation, ces belles proclamations, j’y allais méfiant.

Et puis voilà qu’en écoutant parler ces enseignants, certain(e)s plus que d’autres, l’émotion m’est montée à la gorge, je me suis rappelé mon père parlant de son métier – il était professeur d’anglais jusqu’à sa mort brutale à 44 ans – mon oncle prof lui aussi, je me suis souvenu que, moi aussi, je me destinais au professorat, j’ai profondément aimé les quelques occasions qui m’ont été données d’enseigner – j’ai fait mon service militaire comme professeur de français et de langues de futurs sous-officiers et d’officiers ! – .

Je me suis rappelé ce que mon père me disait quand je critiquais tel copain, tel prof : « Même si tu le trouves nul ou méchant, cherche toujours ce qu’il y a de bon chez l’autre ». Je trouvais ça angélique, voire naïf, et pourtant cette sentence paternelle n’a cessé de m’inspirer.

Ce film – qu’il faut absolument voir ! – montre et démontre qu’on peut sortir de la déprime ambiante, de la sempiternelle lamentation sur l’échec, la lourdeur du système scolaire. On voit bien le reproche qu’on pourrait faire à Judith Grumbach, c’est de ne pas restituer une réalité autrement plus difficile et complexe. Tant mieux ! Enfin dire ce qui marche, que ça peut marcher !

Plusieurs intervenants dans le film et les deux enseignants qui le présentaient lundi soir disent que la vraie révolution dans le monde de l’éducation, en France, consisterait non pas à « dégraisser le mammouth » pour reprendre l’horrible expression d’un ancien ministre de l’Education, mais à libérer les initiatives, les expérimentations, au plus près des réalités locales, Pas de mesures uniformes, décidées d’en haut, mais une école qui n’abandonne aucun de ses enfants.

FRANCE2017-VOTE-DEBATE

J’espère que les candidats à l’élection présidentielle ont vu ou verront ce film. Plusieurs d’entre eux ont, à juste titre, mis l’éducation au coeur de leur programme, mais on n’en retient – les médias, le public – que les chiffres (40000 recrutements pour Benoît Hamon, 12 élèves par classe de primaire en REP pour Emmanuel Macron). Est-ce pourtant une idée si folle que de croire et de vouloir que tous les enfants de France réussissent à l’école ? Y a-t-il plus noble ambition pour ceux – président, députés – que nous allons élire ?

Poison d’avril

Jusqu’où certains médias ne sont-ils pas prêts à aller ?

J’ai ce matin sur mon smartphone deux alertes : à 13 h on annonce une prise de position de Valéry Giscard d’Estaing, 91 ans, sur le site de Paris Match, en faveur d’Emmanuel Macron (« Comprenez-moi, cha me rappelle ma campagne victorieuje de 1974… mais il aurait dû faire comme moi, ajouter une particule à son nom, Macron du Touquet, cha a quand même plus d’allure ! ») Mais plus fort encore, Quotidien promet une déclaration fracassante de Jacques Chirac, que Yann Barthès a poursuivi jusque dans sa résidence marocaine : « Je voterai Hollande ». L’ancien président, ragaillardi après un long séjour dans une clinique cubaine spécialisée dans la régénération gériatrique (Fidel Castro était un habitué) , en est certain : Hollande doit revenir dans la course et il va la gagner.

Ces ralliements sont-ils de nature à modifier le cours d’une campagne qui n’a pas été avare en surprises, coups tordus, revirements et renoncements opportunistes ?

Le vrai poison qui s’instille durablement dans cette élection présidentielle, c’est l’abstention. La surprise du 23 avril risque bien d’être la victoire du premier parti de France, celui des abstentionnistes…

Il y a tout de même des médias qui font honneur à la profession de journaliste ! Je veux saluer la rigueur et le sérieux de l’enquête de L’Obs qui fait d’authentiques révélations ce matin : François Hollande tweete sous pseudo