L’Absente

C’est peu dire qu’elle est absente du débat présidentiel : la Culture n’est plus un sujet, ni un enjeu.

« Ils sont étonnants, nos candidats à la présidentielle, quand ils parlent de culture. On les imagine assis cinq minutes dans un coin, se gratter la tête et interroger deux conseillers : « Que peut-on inventer de neuf ? » Sans trop se soucier du vieux. Le vieux, c’est ce qui existe, c’est ennuyeux, c’est l’institution. Le système.

Pouah ! Ce sont nos musées, salles de concerts, monuments, opéras, théâtres, maisons de la culture, festivals… Personne ou presque n’interroge ces lieux qui absorbent pourtant les quatre cinquièmes des budgets avant même de lever le petit doigt. Un peu comme si nos candidats parlaient du social en oubliant le chômage, de la santé sans évoquer les hôpitaux, de l’islam sans un mot sur l’islamisme. » (Michel Guerrin, Le Monde 3 février 2017)

Le même Michel Guerrin récidive dans Le Monde d’aujourd’hui :

Quand tout le monde ou presque était au lit, en clôture du débat présidentiel à la télévision, le lundi 20 mars, Emmanuel Macron a lâché : « Le projet que je porte donne accès à la justice, au droit, à l’éducation, à la culture… » La culture ! Un mot banni depuis des lustres, absent des élections de 2007 et de 2012 et des primaires de 2017, était enfin prononcé par un candidat au trône. Bon, c’est juste un mot, pas de quoi grimper aux rideaux. Mais quand même. A une époque où personne ne parle de culture afin de ne pas donner l’impression de défendre une élite contre le peuple, ça fait du bien.
C’est navrant, affligeant et, pourtant, s’il y a un sujet à mettre en avant en France, un sujet surtout qui devrait cimenter l’Europe, c’est celui des valeurs culturelles, de la défense des créateurs et de la liberté d’expression – Macron est le seul à le dire dans son programme. Du reste, les Européens circulent bien en Europe, les marchandises aussi, et les œuvres culturelles encore plus. Pourquoi ne pas le dire haut et fort ?
(Tout l’article à lire : La Belle et la bête ou comment la culture pourrait souder l’Europe

Ne soyons pas injuste. Plusieurs candidats se sont exprimés, ont fait des propositions,  mais quelle ambition portent-ils pour la Culture, en ont-ils même une ? Certains silences sont éloquents…

Plus rien ne bouge

Depuis dix ans, ce n’est faire insulte à personne que de constater que rien n’a bougé, aucun projet ambitieux n’a été lancé par les présidents et les gouvernements qui se sont succédé.

J’écoutais lundi dernier Renzo Piano évoquer sur France Inter (à écouter ici : Boomerangles 40 ans du Centre Pompidou et la personnalité, l’ambition de l’ancien président de la République. On célèbre dans le même temps la création de l’IRCAM et de l’Ensemble IntercontemporainGiscard décida le Musée d’Orsay, Mitterrand le nouveau Louvre, la Grande Arche, la Bibliothèque de France, Chirac le musée du quai Branly et la Philharmonie de Paris.  Depuis plus rien d’aussi ambitieux.

1601593_10152652484972602_3864765384190557457_n(L’inauguration de la Philharmonie le 14 janvier 2015)

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On m’opposera – à juste titre – qu’une politique culturelle ne se résume pas à de grands projets présidentiels, comme des résurgences d’Ancien régime. Mais dans notre système de monarchie présidentielle, dénoncé par Jean-Luc Mélenchon, rien ne se décide ni ne s’entreprend sans l’impulsion du sommet de l’Etat.

Une architecture dépassée

Comme le rappelle Michel Guerrin (cf.supra)  « personne ou presque n’interroge ces lieux qui absorbent pourtant les quatre cinquièmes des budgets avant même de lever le petit doigt », personne ne fait, en effet, l’état des lieux de culture, d’une politique qui n’a guère changé dans ses fondamentaux depuis Malraux et ses Maisons de la Culture. De colloque en colloque, on s’est certes beaucoup interrogé sur les pratiques culturelles, les publics, sans que jamais on en tire d’autres conclusions que de pieuses promesses.

L’architecture institutionnelle de la Culture est aujourd’hui totalement inadaptée d’abord aux attentes et aux pratiques des citoyens, ensuite à l’organisation territoriale telle qu’elle se dessine depuis la loi NOTRe.

13445760_10153732374762602_7305182103276171635_n(Vue des fenêtres du Ministère de la Culture sur les colonnes de Buren)

Des perspectives, réforme ou révolution ?

Il est plus que temps de retracer des perspectives, de réformer (de révolutionner ?) les organisations et les structures, qui ne sont pas là pour préserver des droits acquis mais pour servir les pratiques et les attentes de nos concitoyens.

Il est plus que temps de redessiner une géographie des responsabilités : qui fait quoi ? et comment ? Entre l’Etat, les nouvelles régions, les départements, les métropoles, les communes.

Il est plus que temps de repenser l’usage de l’argent public, le nôtre, celui des contribuables, en matière de Culture. Est-ce la vocation de l’Etat et des collectivités publiques d’accompagner, voire de soutenir une industrie du loisir, du divertissement, dominée par les géants du Web ? Est-ce leur mission de surfer sur les modes, d’épouser les démagogies du temps ?

Il est plus que temps de reformuler l’idée généreuse de l’accès à la Culture partout et pour tous.

Je rencontrais ce jeudi des étudiants de l’institut des  Hautes Etudes de Journalisme de Montpellier, 20 ans de moyenne d’âge. Je leur ai posé plusieurs questions sur leurs pratiques culturelles et leurs réponses ne m’ont pas surpris.

A la question : Ecoutez-vous régulièrement de la musique ? Presque 100% de réponses affirmatives ! Pour cela, écoutez-vous régulièrement une chaîne de radio ? Réponse 0 %. C’est le régime unanime de la playlist sur les sites spécialisés.  Allez-vous au concert ? 80 % oui, une à deux fois par an lorsqu’il s’agit d’un événement, d’un chanteur, d’un groupe qu’on ne veut pas manquer. Mais jamais à un concert « classique ».

A la question : Allez-vous au cinéma ? Oui pour la quasi-totalité. Pourquoi allez-vous dans une salle alors que vous avez tout à disposition sur le Web ? Parce que ce sont des sorties entre amis, qu’on est bien ensemble avec les autres dans un lieu convivial.

Plus de culture virtuelle, plus de culture réelle

La réaction de ces jeunes dit à peu près tout des enjeux de l’époque : plus nous disposons de sources d’information, de divertissement, d’accès à toutes les dimensions de la science et de la culture – c’est le fabuleux avantage du Net – plus nous avons besoin, comme êtres humains, sociaux, de contact réel avec le savoir, les artistes, les interprètes, la culture qui se partage. Dans le domaine qui est le mien, j’en fais le constat tous les jours, le festival dont j’ai la charge fait le plein d’auditeurs, de spectateurs, qui se déplacent, parfois de loin, pour rencontrer, écouter, vibrer, apprendre, en vrai, en direct, alors qu’ils pourraient rester chez eux devant leur écran.

Il y a , dans toutes les couches de la population, dans toutes les classes d’âge, un besoin, un désir, une envie de Culture, qui peine parfois à s’exprimer, qui ne trouve pas toujours à s’assouvir dans l’offre qui est proposée (Le grand public).  

Mais pour répondre à ce besoin, il faut changer nos logiques de production et de diffusion de la culture.

Et commencer par le commencement : combien de lois sur l’éducation artistique, la culture à l’école  jamais suivies d’effet ? Une mesure simple, concrète, applicable partout et pour tous les écoliers de France : une heure de chant choral par semaine en CE 1 dans toutes les écoles. Tout y est : l’apprentissage de l’écoute, de la discipline, du respect du groupe, le partage d’une émotion musicale, un instrument que tout le monde possède et qui ne coûte rien – la voix -. De l’emploi pour des centaines, des milliers d’enseignants et de musiciens.

Autre idée simple, le principe de Lagardère (le chevalier !) : si tu ne viens pas à la Culture, c’est la Culture qui vient à toi. Les inégalités dans l’accès à la Culture restent criantes. Inégalités sociales, géographiques, même si, en matière muséale notamment, de vrais efforts ont été faits. J’avais, à Liège, usé d’une formule qui ne me semble pas périmée : porter la musique partout où elle peut aller, j’écrirais maintenant plutôt partout où elle est attendue.

En effet, s’il faut tout faire pour rendre les lieux de culture familiers au plus grand nombre,  il faut, dans le même mouvement, faire entrer la culture dans le cercle familier de ceux qui en sont les plus éloignés, les territoires ruraux, les petites villes. C’est très concrètement ce que fait depuis 2006 (à l’instigation de celui qui était alors le bouillonnant maire de Montpellier et président de la Région Languedoc-Roussillon Georges Frêche) le Festival Radio France Occitanie Montpellier : en juillet prochain, il se déploiera dans 56 communes et 65 lieux différents de la grande région Occitanie. En dix ans, on a pu mesurer combien la musique est désirée, attendue, aimée là où elle est trop rare parce que hors des circuits et des réseaux traditionnels de diffusion.

Un souhait, pas un voeu pieux : qu’on profite des quelques semaines qui restent avant l’élection présidentielle et les élections législatives pour remettre la Culture au coeur du débat ! Chiche.

 

 

 

 

 

 

 

 


Programme ou projet ?

Premier constat : depuis 1974 j’ai suivi toutes les campagnes présidentielles – et participé à certaines d’entre elles – , celle que nous vivons est sans doute unique, si pas vraiment inédite. Moins que jamais on ne peut prédire, prévoir l’issue du scrutin du 23 avril (et par voie de conséquence de celui du 7 mai). « Ce qui est probable devient hautement incertain » (Gilles Boyer, ex-directeur de campagne d’Alain Juppé)

Les favoris perdants

On avait déjà observé que les favoris de la course, six mois avant la date fatidique, n’en étaient jamais les gagnants. En 1974 après la mort de Pompidou, avantage Chaban-Delmas, Mitterrand en embuscade, et finalement Giscard élu de peu. En 1981 – tout le monde l’a oublié – jusqu’en janvier les sondages donnaient VGE réélu, victoire de Mitterrand. En 1988, la logique eût voulu que la droite revenue majoritaire au Parlement en 1986 reprenne la présidence, Mitterrand réélu largement. En 1995, Balladur était élu dans un fauteuil, Delors ayant renoncé et Chirac replié dans son Hôtel de Ville parisien, Jospin en tête du 1er tour, Chirac élu. En 2002, le grand choc que personne n’avait vu venir, Le Pen au second tour.

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En 2007 et 2012, surviennent, à gauche, les « primaires » – en complète contradiction avec la réforme constitutionnelle de 1962 instituant l’élection présidentielle au suffrage universel direct et donc un lien sans intermédiaire entre le peuple et les candidats à la magistrature suprême. Qui prévoyait que Ségolène Royal allait balayer des concurrents aussi capés que Strauss-Kahn et Fabius à la primaire socialiste de 2006 ? Qui prévoyait en 2011 que le même DSK serait écarté d’une primaire qu’il aurait eu toutes les chances de remporter ? Et, ces dernières semaines, qui pouvait imaginer les victoires de François Fillon à droite et de Benoît Hamon à gauche, et même le renoncement de François Hollande ?

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Une situation unique, mais pas inédite

Ce qui caractérise le paysage présidentiel, deux mois et quelque avant le premier tour, c’est que rien n’est joué entre les principaux candidats, comme le note la dernière enquête du CEVIPOFMarine Le Pen est toujours en tête – mais elle est la seule à avoir déjà fixé la majorité de ses électeurs – les autres se tiennent dans un mouchoir, si l’on veut bien prendre en compte la marge d’erreurs de ce type de sondage. Et la volatilité des intentions de vote est une donnée inquiétante pour les candidats.

On répond qu’une fois – mais quand ? – qu’on entrera dans le vif du sujet, programme contre programme, les tendances s’affirmeront… Voire.

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Aucune élection présidentielle n’a jamais été gagnée depuis 40 ans sur un programme, ou plus exactement tout le monde sait, à commencer par les électeurs, que les propositions, engagements, programmes (communs ou non) ne sont pas déterminants dans les raisons de leurs votes.

Un projet, une personnalité

Les Français, tous les cinq ans maintenant, se donnent le sentiment (l’illusion ?) de voter pour le monarque sans couronne, qui sera responsable et comptable, et parfois coupable, de tout, du destin du pays, de leur sort personnel. Ils ont envie de croire qu’un homme – ou une femme – peut tout changer, tout décider…

Mais on ne choisit pas un président comme une majorité parlementaire. On ne demande pas au président de se substituer au gouvernement. Il lui faut tracer une perspective, un objectif, un projet qui entraîne le pays au-delà des difficultés de l’heure.

L’extrême droite l’a compris, qui tient le même discours depuis vingt ans : repli sur soi, sortie de l’Europe. Hamon l’a compris, lors de la primaire de la gauche, avec son idée de revenu universel. Mélenchon c’est déjà plus flou, la France insoumise ce n’est pas un projet, ni même une idée. Fillon – indépendamment de ses ennuis actuels – tenait une posture – la réforme radicale – mais il est devenu inaudible dès que s’est enclenchée la bataille des chiffres (500.000 fonctionnaires de moins ? 100 milliars d’économies ?). Et Macron ? « Il n’a pas de programme », il ne chiffre pas ses propositions (L’absence de programme). Mais, concession à la pression médiatique, il annonce pour le 22 février le « cadrage budgétaire » de son programme/projet. Il a déjà parlé de 60 milliards d’économie.

Je n’ai aucun conseil à donner aux candidats, mais, encore une fois, ce n’est pas un programme, un projet de loi de finances, qu’on leur demande. Mais de nous dire le projet, le rêve même, l’ambition qu’ils ont pour le pays, l’Europe et le monde. En somme l’idée qu’ils ont de la France.

 

Révolutions

Il y a des mots imprudents, l’un d’eux vient de surgir de manière inattendue dans le débat présidentiel : Révolution.

Jean-Luc Mélenchon vante les exploits des « révolutions démocratiques » de Cuba et d’Amérique du Sud et affiche une « stratégie révolutionnaire et pacifiste »François Fillon prône une « révolution conservatrice ». Quant à Emmanuel Macronil en a fait le titre de son livre-programme…

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Bigre ! Les électeurs français sont-ils prêts aux changements radicaux qu’implique la notion même de « révolution » ? Réponse dans quelques semaines…

Je vais pour ma part profiter du week-end pour revoir ou découvrir trois films extraordinaires du réalisateur russe Mikhail Kalatozov (1903-1973)

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J’ai encore en mémoire le bouleversement qui m’avait saisi lorsque, jeune étudiant en russe, j’avais vu pour la première fois Quand passent les cigognesle seul film qui a valu à Kalatozov une reconnaissance internationale grâce à la Palme d’Or qui lui fut décernée à Cannes en 1958.

Mais je ne connais que de nom les deux autres films, dont Soy Cuba :

Réalisé en 1964, ce film a connu une réhabilitation tardive. En 1992 précisément, au festival de Telluride où il fut projeté et remarqué par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola. Alors qu’il s’agit d’une commande soviétique, en pleine guerre froide, sur la fin du régime du dictateur Batista et la révolution menée par Castro, Kalatozov échappe au film de pure propagande à travers quatre portraits de personnages emblématiques de la société cubaine (étudiant, paysan, prostituée, guérillero), il s’attarde sur les Cubaines, l’architecture et la musique locales et réalise une mise en scène en noir et blanc tout simplement flamboyante. On n’est pas loin de Welles ou d’Eisenstein.  Martin Scorsese de déclare même dans le bonus que si ce film avait connu une diffusion normale, il aurait tout simplement modifié le cours de l’histoire du 7e art !

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Pour se rappeler aussi qu’aux formidables espoirs qu’ont fait naître les Révolutions du XXème siècle ont succédé de terribles désillusions (La Révolution décrépite

La vie devant soi

Ce week-end j’avais charge d’âme, un petit bonhomme qui dévore la vie avec une bonne humeur rafraîchissante.

img_7019(Un joli spectacle bien mené au Théâtre des Mathurins)

Justement la fraîcheur est d’actualité, selon Ségolène Royal Macron amène de l’air à la politique.

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On ne peut pas dire qu’Emmanuel Macron ait manqué de souffle pour son premier grand meeting de campagne à Paris…

J’ai entendu quelques-uns des propos de Jean-Muc Mélenchon sur France Inter. Son éloge des « révolutions démocratiques d’Amérique du Sud » ne passe pas, vraiment pas…

Quant à l’entrée en campagne pour la primaire de la gauche d’un ancien ministre socialiste – un de plus ! -, au retrait d’une autre ancienne ministre, à la candidature d’une ex-ministre, ex-présidente, ex-amie de Ben Aliils n’ont pas franchement bouleversé mon dimanche.

En revanche, bien faible écho dans les médias français, ceux que j’ai vus en tout cas, de l’attaque terroriste sauvage dans une église du Caire

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On a plus parlé d’Istanbul et de l’attentat qui visait les forces de l’ordre aux abords du stade de Besiktas. La hiérarchie de l’actualité est-elle fonction du nombre de morts ?

Evidemment souvenirs de ce récent séjour : la route qui descendait de Beyoglu pour nous conduire de l’autre côté du pont de Galata longeait ce stade aux proportions impressionnantes… (voir Les rues d’Istanbul,  Le choix de la liberté).

Quant à la Syrie, que dire qui n’ait déjà été dit face à l’horreur absolue de l’agonie d’Alep et que penser du sinistre retournement de situation à Palmyre ?

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Il faut parfois beaucoup de rires d’enfants, de regards émerveillés devant une vitrine de Noël, un sapin illuminé, pour faire semblant d’oublier la fureur du monde…

Je suis venu vous dire…

Je n’avais pas prévu dans Primaire : effets secondairesune autre conséquence de la primaire de la droite : le renoncement de François Hollande. Et pourtant, je suis convaincu qu’en plus de toutes les raisons -impopularité, éclatement de la gauche – invoquées par les commentateurs, la manière dont Sarkozy a été sèchement éliminé a pesé dans la décision du Président de la République.

Les électeurs ne voulaient pas d’un match retour de 2012, ni Sarkozy… ni Hollande. Ils auront au moins eu droit à deux belles sorties. Tout le monde a salué le fair play de Sarkozy le 20 novembre au soir, tout le monde reconnaît ce soir la dignité et le courage d’un Président qui se retire pour laisser une chance à la gauche de concourir à la prochaine présidentielle.

Le temps viendra où l’on pourra faire sereinement le bilan – ombres et lumières, échecs et réussites – d’un quinquennat, d’un homme qui ne méritent à coup sûr pas l’excès d’opprobre dont ils sont couverts depuis des mois. C’est d’ailleurs ce qui transparaît dans le fameux livre – que l’ai lu – de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui est infiniment plus intéressant que les citations qui en ont été extraites. Les deux journalistes du Monde reconnaissent que l’action de François Hollande a, dans beaucoup de domaines, été couronnée de succès, notamment dans les moments tragiques que le pays a connus, mais que le Président n’a jamais été capable d’en convaincre d’abord son camp, et surtout l’opinion…

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La décision de Hollande, le résultat de la primaire de droite rebattent toutes les cartes pour la prochaine présidentielle, et d’abord de la primaire de la gauche. Une chose est sûre : Et si rien n’était joué ?

Frontières sans traité

Le Monde daté d’aujourd’hui titre : Le fiasco du CETA oblige l’Europe à repenser son fonctionnement. Oui, en effet !  Relire Refonder l’Europe et (Mal)traité

Le paradoxe c’est qu’il est un domaine, minuscule certes au regard des enjeux économiques de ce type de traités mondiaux, celui de la culture, de la musique, où les frontières demeurent, invisibles, psychologiques parfois. J’ai plusieurs fois abordé ici l’étrangeté de ces situations d’artistes admirés, adulés même dans leur pays, ou une région du monde, et quasiment ignorés chez leurs voisins (Frontières).

J’ai trouvé la semaine dernière à Cologne un coffret de 8 CD d’un pianiste qui me disait vaguement quelque chose (Jean-Charles Hoffelé en avait, en effet, parlé sur son blog : Le maître des timbres), un musicien allemand né en Roumanie, Herbert Schuch.

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Avant même d’avoir ouvert ce boîtier, la seule lecture des programmes proposés m’avait convaincu de l’intelligence de la personnalité qui les avait conçus. Et puis, à l’écoute, commencée dans ma voiture, j’ai eu confirmation d’un talent hors normes.

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J’ai lancé sur ma page Facebook un « fil » de discussion sur cet artiste, voulant savoir ce qu’en pensaient mes « amis », plus avertis que moi, critiques professionnels ou occasionnels, ou juste très grands amateurs et connaisseurs de la chose pianistique. Avalanche de commentaires, d’invectives aussi, aboutissant tous au même constat : ce pianiste, invité dans la saison 2014/2015 de Bozar (vidéo) à Bruxelles, est resté quasiment absent des scènes françaises. Pourquoi ? on renvoie à notre précédent papier sur le sujet !

En attendant de voir (bientôt ?) Herbert Schuch dans une salle de concert ou un festival en France, on se régalera de chaque instant de ce précieux coffret.

Les mots interdits

Parmi les causes sinon du dépérissement du moins de l’appauvrissement du débat public (La politique du radio-crochet) au profit d’un politiquement correct insipide et insignifiant, il y a cette incapacité des gens de pouvoir, de parole ou de plume, à mettre les mots sur les êtres et les choses.

Je veux dire l’incapacité à parler comme tout le monde avec des mots que tout le monde comprend.

Quand l’équipe de France de foot a gagné le Mondial en 1998, je ne sais plus qui avait éloquemment décrit cette équipe victorieuse : black, blanc, beur. Et tout le monde avait compris, non ? Aujourd’hui on eût écrit : une équipe qui se distingue par la mixité de ses membres pour beaucoup issus de la diversité ! En voilà un beau concept : la diversité ! Vous êtes né en Martinique ou à la Réunion ? Votre père est camerounais et votre mère norvégienne ? Vous en avez de la chance, vous êtes « issu de la diversité »…. Mais ça ne marche pas pour tout le monde : tenez moi par exemple, mon père était vendéen (enfin presque, sa mère était originaire de la région parisienne), ma mère est née et a grandi au beau milieu de la Suisse alémanique (celle qui parle le Schwyzerdütsch!), ils se sont rencontrés à Londres, mais je ne suis pas « issu de la diversité »…

Certes  l’usage de périphrases n’est pas d’hier. Longue maladie pour cancer, technicien de surface pour homme ou femme de ménage, hôte(sse) de caisse pour caissier(e), etc. Mais, à l’occasion des Jeux paralympiques de Rio, on ne parle plus de handicapés, mais, selon les cas, de personnes en situation de handicap ou de personnes à mobilité réduite (avec l’acronyme qui va avec, les PMR !). Tout comme on ne dit plus aveugle ou sourd, mais malvoyant ou déficient auditif !

Le monde de l’éducation, à commencer par la ministre, n’est pas le dernier à imposer une novlangue hermétique. Les réseaux sociaux s’emparent régulièrement des textes et circulaires que pond la haute administration du ministère de la rue de Grenelle. Pour cette rentrée, on ne parle plus de ZEP (zone d’éducation prioritaire), mais de quartiers sensibles ou, mieux, de populations fragiles.

Le comble de l’hypocrisie lexicale a été atteint avec le terme de migrants ! Nettement moins engageant que réfugiés, déplacés, émigrés, et malheureusement rien de neuf depuis la la chanson de Pierre Perret :

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d´émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris….

Nettement moins grave, mais tout aussi agaçant, cette manière qu’ont tous les politiques – toutes tendances confondues -, tous les décideurs, de mettre le mot sujet à la place de question ou problème. « Les migrants, c’est vraiment un sujet » !

La politique du radio crochet

Le ministre démissionnaire de l’Economie, Emmanuel Macron, a eu une curieuse formule hier : « La présidence de la République ce n’est pas un radio crochet ». Pas sûr que ceux qui le regardaient sur TF1, sauf les plus âgés des téléspectateurs, aient compris l’allusion à une compétition radiophonique – le radio-crochet – qui date d’avant l’apparition du poste de radio à transistors, c’est dire…Mais s’il voulait faire mouche avec sa formule, c’est réussi, il faut d’ailleurs lui reconnaître une vraie habileté lexicale (Emmanuel Macron sur TF1)

J’ai appris la démission du proche collaborateur puis ministre de François Hollande en même temps que j’achevais la lecture d’un essai à tendance pamphlétaire d’un garçon que j’ai connu – et apprécié – durant les quelques mois où lui était au secrétariat général de la présidence de Radio France et moi à la direction de la musique de la Maison ronde, Pierre Jacquemain. Il sera sans doute très surpris, s’il me lit, que je trouve plus d’un point commun entre son analyse – pertinente, parfois excessive, mais jamais banale – de la politique telle qu’elle va ou ne va plus, ses propositions d’un changement radical…. et les propos d’Emmanuel Macron (alors que Pierre J. dit exécrer à peu près tout ce que représente Macron !).

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Présentation : « Ils ont renoncé à faire ce pour quoi ils ont été élus : mener une politique de gauche. Peut-être parce qu’ils sont devenus de droite. Version naïve. Peut-être l’ont-ils toujours été. Version éclairée. Nos gouvernants ont cessé de faire de la politique. Ils gèrent le bien public, l’État, comme on dirige une entreprise. Il ne s’agit plus de rêver ou d’améliorer la vie des Français. L’heure est au pragmatisme, au « laisser faire, laisser passer », au libéralisme.
Fort de son expérience de conseiller stratégie de la ministre du Travail de septembre 2015 à février 2016, Pierre Jacquemain raconte comment la technocratie a pris le pouvoir sur le et la politique. En dévoilant les coulisses de la loi El Khomri, il nous montre une ministre dépossédée de ses prérogatives, récitant les éléments de langage de Matignon, reléguée au rôle de figurante et condamnée – parce qu’elle le veut bien – à porter une loi qu’elle n’a ni pensée, ni rédigée. Pas même négociée. Une loi faite par et pour des technocrates hors-sol dans une France paupérisée. 
Ils ont tué la politique. Ils ont tué la pensée. Ils ont tué la gauche. »

La charge est d’autant plus lourde que la déception est profonde, jusqu’à un sentiment, largement partagé bien au-delà de ceux qui se revendiquent comme P. Jacquemain d’une gauche radicale, de trahison non seulement des idéaux traditionnels de la gauche, mais du sens de l’engagement politique.

Avec d’autres mots que l’ex-conseiller de Myriam El KhomriEmmanuel Macron décrit de la même manière l’état de désenchantement, voire de désespérance, d’une grande majorité de citoyens. Pas seulement parce que les promesses faites en période électorale ne sont jamais tenues – ce n’est pas nouveau ! – mais parce que le politique ne fait plus de politique, parce que ceux qui nous gouvernent ou prétendent nous gouverner n’expriment plus ni vision ni perspective. Et qu’aucun enseignement n’est jamais tiré des consultations électorales. Si l’on en croit certains, on est bien parti pour rééditer 2012 en 2017…À moins que…

 

Des hommes libres

Décidément, ce mois de juillet commence tristement. Coup sur coup, deux grandes figures, deux hommes libres, quittent la scène et nous laissent orphelins d’une pensée, d’une vision, d’un amour de l’humanité : Michel Rocard et Elie Wiesel.

Sur Rocard, tout a été et tout sera dit, avec une constante dans l’hommage : ce que nous pleurons avec sa mort, c’est la disparition d’une espèce devenue rare d’hommes politiques, les militants d’une cause juste, les intellectuels comprenant et expliquant le monde et la société, les visionnaires persévérants et capables de « mettre les mains dans le cambouis ». On a suffisamment brocardé l’ancien Premier ministre pour ses phrases à rallonge, son élocution débridée, ses formules péremptoires, on en regrettera d’autant plus ses apostrophes, ses interpellations, comme dans cette toute récente interview sur le Brexit

Faut-il dire que ce bouquin à deux voix, paru il y a cinq ans, n’a malheureusement rien perdu de son actualité ?

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D’Elie Wiesel je retiens ce témoignage universel, essentiel pour nos consciences, nous la génération de l’après-Shoah :

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Je me rappelle aussi m’être précipité sur ce livre paru quelques mois après la mort de François Mitterrand, il y a vingt ans.

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« Lorsque le mandat s’achève, que l’oeuvre s’accomplit et, qu’avec l’âge, l’horizon se rapproche, le besoin naît, souvent, de rassembler des pensées éparses et de confier à l’écriture le soin d’ordonner sa vie. Arrivé là où je suis, j’éprouve, moi aussi, maintenant, la nécessité de dire, en quelques mots trop longtemps contenus, ce qui m’importe. Tel est l’objet de ce livre. C’est pourquoi j’ai entrepris, avec Élie Wiesel, ce travail de mémoire. » (François Mitterrand).

On sait que, depuis lors, Elie Wiesel avait pris ses distances avec Mitterrand, lorsque furent mis au jour les comportements pour le moins ambigus de l’ancien président de la République à l’égard de Vichy, de René Bousquet et des lois anti-juifs de Pétain…