Picasso et la musique

IMG_6056Ce jeudi avait lieu le vernissage de l’exposition d’été du Musée Fabre de Montpellier : Picasso, donner à voir

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Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la première fois, dans l’histoire du musée montpelliérain, qu’une grande exposition est consacrée à Picasso, comme l’ont rappelé Michel Hilaire, le directeur du Musée Fabre, et Laurent Le Bon, le président haut en couleurs du Musée Picasso de Paris. Ce n’est évidemment pas dans la cohue d’un vernissage qu’on peut apprécier la qualité des oeuvres rassemblées et leur mise en espace. On y reviendra au calme…

Comme nous l’avons déjà fait les années précédentes, l’occasion était trop belle de nouer un partenariat entre cette exposition et le Festival Radio France, placé sous l’égide de la Douce France. 

Le lien entre Picasso et la programmation du Festival ? Une oeuvre, Le Tricorne, une commande des Ballets russes  à Manuel de Falla, créée en 1919 par Ernest Ansermet. dans des décors signés Picasso ! Les deux suites du Tricorne sont au programme du concert du 16 juillet 2018, que donnera une formation que je connais bien (!) pour exceller dans la musique française, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, mon cher Christian Arming (avec une soliste d’exception qui m’est tout aussi chère, Beatrice Rana). 

C’est d’ailleurs à Liège que j’ai pu voir les esquisses de Picasso pour ces décors du Tricorne, dans la grande exposition parrainée par Anne Sinclair à l’automne 2016 pour l’inauguration de La Boverie.

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Je ne surprendrai personne en disant que la version du créateur de l’oeuvre est depuis toujours une référence, et occupe une place à part dans ma discothèque. J’attends avec impatience ce que les Liégeois nous offriront dans un mois.

La collaboration de Picasso avec les Ballets russes ne s’est pas limitée au Tricorne, comme le rappelle une exposition au MUCEM de Marseille, qu’il faut se dépêcher d’aller voir (elle se termine le 24 juin).

En 1917, c’est le scandale Parade de Satie. Collaboration renouvelée en 1924 pour Mercure.

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Un an après le Tricorne, toujours dans l’incroyable floraison créatrice des Ballets russes, Ansermet retrouve Picasso pour la création le 15 mai 1920, à l’Opéra de Paris, de Pulcinella de Stravinsky

 

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Un an plus tard, au théâtre de la Gaité lyrique à Paris, l’Espagne natale du peintre et du compositeur du Tricorne revient en force avec Cuadro Flamenco, une suite de danses populaires andalouses arrangée par Manuel de Falla

Le sujet Picasso et la musique ne s’arrête évidemment pas à ces collaborations remarquées à l’époque trépidante des Ballets russes. Je ne sais combien de toiles la musique et les musiciens ont inspirées à Picasso…

64e5cfc6bf767b9343a79e24af90e02d(Picasso, Trois musiciens, 1921)

Le label Naïve avait réalisé, il y a une dizaine d’années, une intelligente compilation des musiques qui ont inspiré et nourri le peintre.

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Salut l’artiste !

Je l’aimais bien Yvette Horner, disparue hier, à 95 ans, au terme d’une belle vie bien remplie (La diva de l’accordéon)

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Je l’aimais bien parce que c’était une authentique musicienne, et parce que c’était l’accordéon, un instrument qui m’a toujours ému, dans quelque répertoire que ce soit.

J’ai un souvenir merveilleux du Casse Noisette de Maurice Béjart donné au Châtelet à Paris en 2000, dans lequel Yvette Horner était la « Fée marraine »(elle apparaît à 41′)

 

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Tchaikovski lui-même intégrait, dès 1883, quatre petits accordéons (des bayans) à sa Suite n°2 pour orchestre (à partir de 24′)

Et l’accordéon, onirique, poétique, on l’entendra encore, le 15 juillet prochain, au Festival Radio France, sous les doigts de Roland Romanelli, aux côtés d’Isabelle Georges, Frederik Steenbrink et de l’orchestre de Pau dirigé par Fayçal Karoui. (à 2’03 sur cette vidéo)

 

La nonne et son ténor

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C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.

Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), Thierry Fouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…

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Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans Forumopera, Le Monde.

On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounod pendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.

Et, à l’Opéra-Comique même, que de redécouvertes : Le Comte Ory en décembre dernier, Le Timbre d’argent  en juin 2017, Fantasio, Le Pré aux Clercs, et bien d’autres sous l’ère Deschamps (Du rire aux larmes)

Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille. 

Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?

Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres (Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra. 

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En approche

J’aime bien ce titre du Metropolitain : Festival Radio France, en approche. 

Mardi dernier, une actualité qui faisait le grand écart entre l’attaque terroriste de Liège, le récital de Sonya Yoncheva, la visite de François Hollande à la librairie Sauramps et un rendez-vous avec le public et la presse au Gazette Café de Montpellier.

J’avais bien entendu quelques remarques, plus amicales que critiques, sur le choix qui avait été fait d’annoncer l’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM) le 16 mai, lors d’un rendez-vous parisien exceptionnel, puisque organisé au siège de la Garde républicaine ! (lire : Conférence de presse)

Mais Paris n’excluait pas Montpellier, bien au contraire. Et j’avais réservé pour cette rencontre du 29 mai une surprise pour les présents au Gazette Café : Paul Meyer, ami et complice de tant d’aventures musicales et humaines.

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Extraits du papier du Métropolitain sur cette présentation du #FestivalRF18

« Le directeur du festival a laissé libre cours à sa folie pour mettre sur un pied un programme à la fois dense (175 concerts, souvent gratuits, dans 60 lieux à travers le territoire languedocien), varié (opéras, concerts symphoniques, musique de chambre, récitals et jazz, sans oublier le festival Tohu-Bohu) et surtout un peu déjanté, ou original, c’est selon… 

La chanson française à l’honneur

L’originalité commence avec ce drôle d’intitulé, « Douce France » ? Parce que, d’abord, ce 34ème festival reprend le titre d’une célèbre chanson de Charles Trenet pour faire la part belle à la chanson française, du Fou Chantant à Jacques Brel, en passant par Barbara, Aznavour, Gainsbourg, Legrand ou encore Stromae.

Deux grands spectacles dédiés à la chanson françaises sont programmés les 15 et 16 juillet à Montpellier et au Garric (Tarn). Mais aussi parce que le festival 2018 rend hommage à des compositeurs étrangers qui ont vécu en France : Chopin, Liszt, Offenbach… « Satie, Poulenc, Chausson, Saint-Saëns, Ravel, Fauré ou encore bien évidemment Claude Debussy sont également au programme lors d’une soirée « mélodie française », avec la mezzo-soprano Marianne Crebassa et le pianiste Fazil Say », précise le directeur.

La Garde Républicaine a du choeur… « J’avais envie de faire venir la Garde républicaine à Montpellier. C’est fait ! (rires). Elle sera l’hôte d’honneur du festival 2018 avec 140 musiciens et choristes sur scène ! Elle ouvrira le bal dès le 10 juillet à Montpellier pour 6 dates. Et parmi celles-ci, une création : le 26 juillet proposera un spectacle particulier avec la symphonie humoristique Les cris de Paris, de Jean-Georges Kastner, contemporain de Berlioz, sous la direction d’Hervé Niquet »….

Focus sur la nouvelle génération

« Mais le rôle du Festival Radio France est aussi de soutenir la musique contemporaine », reprend Jean-Pierre Rousseau. A Montpellier, des compositeurs représentant la nouvelle génération seront à l’honneur : Sophie Lacaze, Benjamin Attahir, Karol Beffa, Guillaume Connesson et Éric Tanguy. « La force d’un festival, c’est aussi la prise de risque et la volonté de faire découvrir des œuvres », ajoute le directeur : « Nous proposerons trois recréations d’œuvres françaises des 18ème et 19ème siècles. Outre les Cris de Paris, le festival présentera Issé et Kassya ».

Chemin faisant vers Compostelle

Toujours pour les mélomanes, de la folie encore avec le programme spécial « Chemin de Saint Jean de Compostelle », comme un hommage à l’Occitanie. Le festival proposera 6 concerts le même soir (le mercredi 25 juillet à 21h) le long du célèbre chemin dans des villes étapes célèbres : Montpellier, Villeuneuve d’Aveyron, Saint Gilles, Cahors, Conques et Arles-sur-Tech. « C’est aussi l’occasion de fêter le 20ème anniversaire de l’inscription du Chemin de Saint Jean de Compostelle au patrimoine mondial de l’Unesco »

555 sonates, presque démoniaque

Enfin, on ne peut pas passer sous silence le pari dingue de Marc Voinchet, le directeur de France Musique… Durant toute la durée du festival, l’intégralité des 555 sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti seront interprétées dans 13 lieux différents en Occitanie, soit 35 concerts avec 30 instrumentistes, parmi lesquels Lars-Ulrik Mortensen, Paolo Zanzu, Frédérick Haas et Arnaud de Pasquale… (Metropolitain, 31 mai 2018).

Mardi nuit et soleil, de Liège à Montpellier

Il est des jours où l’exercice du blog est singulièrement difficile, quand le drame percute une actualité joyeuse. Hier ce fut le grand écart entre Liège et Montpellier.

Lorsque j’ai reçu une alerte en fin de matinée sur l’attentat de Liège, je ne savais pas où il s’était produit, mais j’ai tout de suite pensé à ce 13 décembre 2011 de très sinistre mémoire, 5 morts et plusieurs dizaines de blessés, sur la place Saint-Lambert au coeur de la Cité ardente. Et puis, au cours de l’après-midi, j’ai regardé les premières images, de lieux si familiers, au croisement du boulevard d’Avroy, de la rue des Augustins, du boulevard Piercot. J’y suis passé au moins quatre fois par jour pendant plus de dix ans, faisant le trajet de mon domicile à mon bureau. La Salle Philharmonique, siège de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, est à moins de 50 mètres de l’Athénée (lycée) Léonie de Waha.

Salle-philharmoniqueLa Salle Philharmonique de Liège (et le buste d’Eugène Ysaye)

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C’est devant ce lycée qui porte le nom d’une grande féministe belge, Léonie de Waha, que deux policières ont été sauvagement assassinées, c’est sur la façade de ce superbe édifice moderniste, dû à l’architecte Jean Moutschen, inauguré en 1938, restauré au cours de la dernière décennie, qu’on trouve ce bas-relief de Louis Dupont … « L’insouciance de la jeunesse« …

1024px-Liège,_Athénée_Léonie_de_Waha,_reliefOn n’ose imaginer ce qui se serait produit si de courageux employés de l’Athénée n’avaient eu le réflexe de fermer les accès à l’établissement et de faire sortir les enfants par l’arrière.

Finalement, j’aurais pu dire ce qu’une jeune fille répondait hier aux caméras qui l’interrogeaient sur les lieux du crime : « Je passe ici tous les jours, je n’arrive pas à croire que cette horreur a eu lieu ici ». 

Je découvre ce matin ce beau texte : Après l’orage

À Montpellier, ce mardi avait des couleurs plus ensoleillées : la présentation du Festival Radio France au Gazette Café, avec un invité de luxe, Paul Meyer, qui nous a offert deux premières mondiales. On y reviendra demain…

Et le soir un récital, à l’opéra Berlioz, de ma très chère Sonya Yoncheva (et de son petit frère Marin Yonchev), magnifiquement accompagnés par Daniel Oren et un orchestre de Montpellier en grande forme.

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Une généreuse soirée tout Verdi, que les Parisiens peuvent retrouver ce vendredi au Théâtre des Champs-Elysées.

719jZJo97CL._SL1500_Un regret : « l’oubli » – ce ne peut qu’être que cela ! – dans la « bio » de la cantatrice publiée dans le programme distribué aux spectateurs de la participation de Sonya Yoncheva à deux soirées inoubliables du Festival Radio France – Iris de Mascagni en 2016, et Siberia de Giordano en 2017. Avec le même orchestre de Montpellier. Le public avait rectifié de lui-même…

Chez Chausson

J’avais rendez-vous hier matin avec l’attachée culturelle de l’ambassade de Lituanie à Paris, pour évoquer de futurs projets du Festival Radio France. Une adresse hausmannienne dans le 17ème arrondissement. Un ancien hôtel particulier comme c’est souvent le cas pour les ambassades.

IMG_5741Nous commençons vite à parler musique, artistes, compositeurs. Le premier président lituanien de l’ère post-soviétique n’était-il pas un musicien et musicologue reconnu, Vytautas Landsbergis ? La pianiste Mūza Rubackytė est une fidèle du Festival Radio France. En 2015, elle avait participé au marathon pianistique organisé par Philippe Cassard, jouant comme personne les Préludes et fugues  de Chostakovitch.

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(De gauche à droite, les pianistes Cédric Pescia, Dominique Merlet, Philippe Cassard et Mūza Rubackytė)

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Muza est à la tête d’une discographie pour le moins originale, où la musique de son illustre compatriote, Mikalojus Konstantinas Čiurlionis (1875-1911), tient une place éminente.

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Etonnante personnalité que celle de Čiurlionis, mort à 35 ans, aussi grand peintre que compositeur. Auteur d’une fascinante série de toiles, intitulée La Création du monde à voir en ce moment au Musée d’Orsay à Paris dans le cadre de l’exposition Âmes sauvages.

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Au moment où nous évoquons ces personnalités de la musique de son pays, l’attachée culturelle me tend un CD enregistré dans les salons de l’ambassade. Y figurent un quatuor de Čiurlionis et… le Concert pour piano violon et quatuor à cordes de Chausson. Couplage inattendu, lui fais-je remarquer ! Réponse : « Inattendu certes, mais pas tant que cela puisque nous sommes dans la maison de Chausson ! »

Bien sûr, nous sommes au 22 boulevard de Courcelles ! J’aurais dû faire le rapprochement (Le Paris secret des musiciens)

917jgizlcglSitôt l’entretien terminé, nous serons rejoints par l’ambassadeur lui-même pour visiter l’illustre maison, certes bien transformée, même si les principaux éléments de décor ont été préservés.

IMG_5737Le salon où se pressaient artistes, musiciens, intellectuels, orné d’une frise de Maurice Denis (le lustre et les éclairages… ne sont pas d’époque !)

IMG_5738Un petit salon avec la bibliothèque et la cheminée d’origine.

IMG_5739La salle à manger demeurée en l’état et restaurée.

Ce n’est qu’en sortant que je verrai la plaque posée sur le mur.

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Ah les fâcheries de la traduction : non ce n’est pas un « concerto », mais un Concert au sens où les concevait Rameau (Concerts en sextuor). 

Il faudra que j’ajoute d’autres articles à ceux que j’ai déjà consacrés à Chausson : Poésie de l’amour et de la mer, L’amour et la mort, Une amitié particulière. 

Conférence de presse

La conférence de presse est une institution aussi vieille que les saisons de concert ou d’opéra et les festivals. À l’heure des médias globaux, des réseaux sociaux, est-elle encore pertinente ? Doit-elle nécessairement revêtir la forme compassée – et passablement ennuyeuse ! – d’une suite de discours ?

A Liège, j’avais, dès 2000, répondu à la question en présentant la nouvelle saison – ma première – de l’Orchestre Philharmonique de Liège – simultanément à la presse, au public… et à l’orchestre. Une formule développée, amplifiée… et maintenue depuis lors, je le crois à la satisfaction de tous, à commencer par le public !

Dans le cas du Festival Radio France Occitanie Montpellier, pour la présentation de ma première programmation, celle du festival 2015, je m’étais plié à la tradition d’un rendez-vous solennel à l’Hôtel de Région de Montpellier : une table officielle où siégeaient les présidents ou représentants de la Région (alors Languedoc-Roussillon), du Département de l’Hérault, de la Ville de Montpellier, de Radio France, et en bout de table le directeur du Festival. Et une succession de discours, qui n’avaient pas tous – euphémisme – vocation à illustrer l’édition à venir du Festival. Une fois que l’auditoire, composé de représentants de la presse locale et régionale, avait eu largement le temps de décrocher, il revenait au dernier intervenant la mission de réveiller l’attention en essayant de parler des quelque 200 concerts prévus pour célébrer les 30 ans du Festival ! Tout cela sans musique ni vidéo…

En 2016, je propose à la nouvelle présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, et au PDG de Radio-France – qui, statutairement, sont les deux co-présidents du Festival Radio France Occitanie Montpellier – une formule allégée, plus alerte, centrée sur la musique et la programmation du festival. Outre « mes » co-présidents, le maire de Montpellier et le représentant du département prennent la parole, mais beaucoup plus brièvement. Il n’y a plus de tribune, les journalistes sont sur des chaises hautes près de « mange-debout » où ils peuvent prendre des notes, et j’ai surtout prévu avec l’équipe du festival une vidéo de présentation, d’une quinzaine de minutes, qui dit mille fois mieux qu’un discours, ce que sera la richesse et la diversité du programme 2016. Même dispositif en 2017.

Pour être complet, il faut ajouter que, comme je l’avais fait à Liège, dès 2015 je conviais le public montpelliérain à la Salle Pasteur du Corum à découvrir une partie substantielle du programme lors d’une séance complémentaire de l’exercice de la conférence de presse, et à partir de 2016 avec quelques surprises musicales.

Hier changement de lieu, de format, de contenu ! Paris, Quartier général de la Garde Républicaine !

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Cette vidéo n’existe pas

Accueil en fanfare. Première surprise pour les invités, à commencer la présidente de la Région Occitanie (qu’on aperçoit sur cette vidéo).

D’aucuns n’ont pas manqué de manifester leur surprise, lorsque je leur avais annoncé mon choix, il y a quelques semaines. Pourquoi Paris, alors que le Festival a lieu à Montpellier et en Occitanie ? Pourquoi la Garde Républicaine ?

IMG_5678(Bravo à Cristobal et Chloé pour la photo réalisée sans montage en sortant de la matinale de France-Musique à la Maison de la Radio)

La Garde Républicaine ,ce sont plusieurs formations musicales, pas seulement la Fanfare de cavalerie qu’on voit le 14 Juillet ou dans les grandes occasions nationales, c’est un orchestre symphonique, un orchestre d’harmonie, et le Choeur de l’Armée française, qui seront les hôtes d’honneur du Festival. Toutes sont mobilisées par le Festival Radio France, pour illustrer le thème principal de l’édition 2018 « Douce France » et participer à plusieurs événements du Festival. Comme la création le 26 juillet des Cris de Paris de Georges Kastner, un contemporain de Berlioz, sous la houlette d’Hervé Niquet.

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Les journalistes et les invités n’étaient pas au bout de leurs surprises, après que les deux co-présidentes, Carole Delga et la nouvelle présidente-directrice-générale de Radio France, Sibyle Veil, et moi-même eûmes présenté l’esprit et le contenu des 175 événements prévus du 9 au 27 juillet, d’est en ouest, du nord au sud de la vaste Occitanie.  Des membres du Choeur de l’Armée française dans un répertoire qui n’est pas le plus familier, et dont on m’a dit qu’ils l’avaient étudié spécialement pour l’occasion…

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J’aurai l’occasion de revenir sur un autre projet, vraiment fou, conçu avec le directeur de France Musique, Marc Voinchet, dont nous avons parlé hier matin dans la matinale de France Musique, au micro de Gabrielle Oliveira Guyon : émission qui peut être réécoutée ici : Jean-Pierre Rousseau invité de France Musique.

PS Je précise, pour les Montpelliérains, journalistes ou non, qui n’ont pu participer à cette réunion parisienne, qu’un nouveau rendez-vous leur est proposé le mardi 29 mai à 18 h, au Gazette Café, 6 rue Levat à Montpellier. Avec, comme de bien entendu, quelques (bonnes) surprises !

 

 

Lumières baltes

Les présidentes et président des républiques baltes d’Estonie, Lettonie et Lituanie, ont inauguré, lundi dernier, aux côtés d’Emmanuel Macron, une très belle exposition au Musée d’Orsay  : Âmes sauvages, le Symbolisme dans les pays baltes.

IMG_4970(Nikolai Trrik / Estonie, Le départ pour la guerre 1909)

Cette exposition – la première de cette envergure à Paris – s’inscrit dans un ensemble de manifestations culturelles organisées pour célébrer le centenaire de l’indépendance de ces trois pays de l’est de l’Europe – Lettonie, Lituanie, Estonie – si mal connus. Le moins qu’on puisse dire est que ceux qu’on désigne par facilité les pays baltes sont les grands oubliés de l’histoire du XXème siècle (lire Les pays baltes).

On n’a pas honte d’avouer qu’à l’exception du Lituanien Čiurlionis – que je connaissais comme compositeur, que j’ai découvert comme peintre – les noms des peintres et sculpteurs exposés à Orsay m’étaient tous inconnus.

IMG_4954(Oskar Kallis / Estonie, Linda portant un rocher, 1917)

IMG_4956(Janis Rozentals / Lettonie, Arcadie, 1910)

IMG_4960(Emilija Gruzite / Lettonie, Paysage fantastique, 1910)

IMG_4964(Petras Kalpokas / Lituanie, La Cité enchantée, 1912)

IMG_4963(Alexandrs Romans / Lettonie, Paysage au cavalier, 1910)

IMG_4966(Rudolfs Perle / Lettonie, Le soleil au crépuscule, 1916)

IMG_4968(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, Au pays où sont les tombes des héros, 1911)

IMG_4972(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, La tombe de Povilas Visinskis, 1907)

IMG_4974(Johann Walter / Lettonie, Jeune paysanne, 1904)

IMG_4976(Ferdynand Ruszczyk / Biélorussie, Le passé, 1902)

IMG_4978(Nikolai Trrik / Estonie, Paysage décoratif de Norvège, 1908)

IMG_4982(Vilelms Purvitis / Lettonie, Les eaux printanières, 1910)

IMG_4980(Jaan Koort / Estonie, Paysage de Norvège, 1907)

IMG_4984(Vilelms Purvitis / Lettonie, Hiver, 1908)

IMG_4986(Vilelms Purvitis / Lettonie, Automne, 1914)

IMG_4988(Johann Walter / Lettonie, Un bois, 1904)

IMG_4990(Petras Kalpokas / Lituanie, Paysage, 1911)

IMG_4992(Petras Kalpokas / Lituanie, Arbres près d’un lac, 1914)

Je laisse aux spécialistes le soin d’opérer des rapprochements ou des comparaisons avec les peintres symbolistes occidentaux, j’ai pour ma part été enthousiasmé par la lumière et la vivacité des couleurs de ces toiles.

Si la peinture balte est encore une vaste terra incognita pour nos regards français, que dire de la musique de ces pays ? Pour un Arvo Pärt qui a conquis une célébrité universelle, les noms de ses compatriotes estoniens Tubin, Tüur, restent l’apanage des seuls mélomanes curieux, grâce aux efforts des Järvi, père et fils, pour les faire connaître.

La musique lituanienne est bien servie, notamment par le label Naxos, et grâce à des interprètes comme la pianiste Mūza Rubackytė.

Le violoniste Gidon Kremer, né à Riga, s’est toujours fait le héraut des musiques baltes, il ne manquait jamais une occasion – j’en ai vécu quelques-unes ! – de donner un bis d’un compositeur complètement inconnu, souvent imprononçable, après avoir joué un grand concerto du répertoire.

Les fidèles du Festival Radio France retrouveront, quant à eux, en juillet prochain l’une des plus fameuses phalanges chorales d’Europe, le Choeur de la radio lettone et son chef Sigvards Klava, présents chaque été à Montpellier depuis plus de 25 ans. Mais cette année, pour célébrer le centenaire de l’indépendance de leur pays, ils ont concocté un beau programme en forme de découverte de la spiritualité balte.

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Le 23 juillet à la Cathédrale de Montpellier et le 25 juillet à la Cathédrale de Cahors : Chants de la Baltique

L’esprit Auber

Tous les Parisiens… et les touristes connaissent le nom de la plus grande station d’échange métropolitaine intra muros Auber voisine de l’Opéra Garnier. Mais savent-ils qui est cet Auber ? nettement moins sûr !

Daniel François Esprit Auber aurait sans doute tenu les premières places si les sondages de popularité ou de notoriété avaient existé au XIXème siècle. Né en 1782 il est mort, à 89 ans, en 1871, il incarne le genre et l’esprit de l’opéra-comique français.

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On retrouvait hier soir la Salle Favart, l’Opéra-Comique, où Auber connut ses succès les plus éclatants et les plus durables, avec un spectacle déjà donné le mois dernier à l’Opéra royal de Wallonie, Le Domino noir. 

On avait encore dans les yeux et les oreilles la réussite du Comte Ory de Rossini – direction de Louis Langrée, mise en scène de Denis Podalydès – fin décembre. Intéressant pour prendre la mesure de ce qu’Auber doit au compositeur italien installé à Paris depuis 1825 et de son émancipation par rapport à son prestigieux modèle.

Je vais donc répéter ce qui a été écrit à peu près partout – rare unanimité critique ! -.

Ce Domino noir est un pur régal pour les yeux comme pour les oreilles.

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Dans la fosse, Patrick Davin prouve, une nouvelle fois, qu’il est aussi à l’aise dans la création (Philippe Boesmans), dans le grand répertoire symphonique – combien de belles soirées à l’Orchestre philharmonique royal de Liège ! – que dans les ouvrages lyriques plutôt rares (c’est lui qui avait redonné vie à La Jacquerie de Lalo lors du Festival Radio France 2015).

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La mise en scène du Comédien-Français Christian Hecq – décidément c’est une spécialité de l’Opéra-comique ! – est brillante, virtuose, drôle, pétillante, jamais vulgaire. Et le plateau est composé à la perfection : Anne-Catherine Gillet, Cyrille Dubois, Marie Lenormand – impayable Jacinthe – Laurent Kubla, François Rougier, il faudrait tous les citer. Tous francophones.

29790068_10156239756783194_4593135319425646022_n(la Jacinthe de Marie Lenormand… qui me faisait penser, allez savoir pourquoi, à Montserrat Caballé !)

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Je signale qu’on retrouvera Anne-Catherine Gillet et Cyrille Dubois le 21 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier, pour la création – en version de concert – de l’opéra Kassya laissé inachevé par Delibes et complété par Massenet.

Quant au Domino noir, on ne peut pas dire que la discographie soit à la mesure du succès de l’ouvrage jusqu’au début du XXème siècle.

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On espère qu’une captation de ce spectacle aura été faite soit à Liège, soit à Paris, et sera bientôt disponible pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance ou la possibilité d’y assister.

 

 

22 mars…1968, 2016, 2017, 2018

D’aucuns n’ont pas manqué de faire le rapprochement entre le 22 mars 1968… et le 22 mars 2018, certains souhaitant sans doute que l’histoire se répète. Il y a cinquante ans, naissait, en effet, ce qu’on a appelé le Mouvement du 22 mars, lancé à Nanterre par un petit groupe d’étudiants mené par Daniel Cohn-Bendit,et réputé avoir été le déclencheur des événements de mai-juin 1968.  Il est pour le moins risqué de faire un parallèle avec ce qui s’est passé aujourd’hui, et les grèves annoncées dans le chemin de fer ces prochaines semaines…

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Ce 22 mars marque aussi deux tragiques anniversaires : les attentats terroristes de Bruxelles en 2016 (lire Un an après et Massacre du printemps)et de Londres en 2017…

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Travaillant en ce moment sur Leonard Bernstein en prévision du prochain Festival Radio France – qui fera une large place avec des documents vidéo, films et concerts au génial chef, compositeur, pédagogue né il y a un siècle – j’ai eu la curiosité de regarder ce qui se passait à New York il y a cinquante ans…

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Pour son 125ème anniversaire, l’Orchestre philharmonique de New York avait commandé à Luciano Berio ce qui restera sans doute son oeuvre la plus célèbre, sa Sinfonia. Dédiée à Leonard Bernstein, elle est créée à New York le 10 octobre 1968, avec le concours des Swingle Singers, sous la direction du compositeur. Je me souviens avoir acheté le 33 tours enregistré après cette création… mais je n’ai jamais éprouvé la fascination que cette oeuvre exerce sur certains. Pour tout dire, je la trouve très… datée !

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Le 4 mars (ou le 29 février !- les sources ne sont pas claires) 1968, c’est Leonard Bernstein qui créait la 6ème symphonie du compositeur américain Howard Hanson, dont la renommée n’a jamais franchi l’Atlantique, en dépit de nombreux enregistrements réalisés notamment pour le label Mercury.

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Début mai 1968, c’est une autre grande figure de la musique américaine, Roger Sessions, dont l’orchestre philharmonique de New York – toujours dans le cadre de son 125ème anniversaire – créait la 8ème symphonie, sous la direction de William Steinberg.

Leonard Bernstein n’a jamais enregistré, à ma connaissance, ni Hanson ni Sessions. En revanche il a plutôt bien servi ses contemporains, Copland, Schuman, Roy Harris, etc.. On y reviendra pour évoquer le très beau coffret que vient d’éditer Deutsche Grammophon…

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