Les musiciens en peinture

C’est peu de dire que les musiciens sont partout à Berlin, et bien entendu dans les musées. Petite galerie de portraits rassemblée au gré de mes visites à la Alte Nationalgalerie, à la Gemälde-Galerie, au Musée des instruments de musique qui jouxte la Philharmonie.

IMG_0701Portrait à 14 ans du pianiste Josef Hofmann (1876-1957) par Anna Bilinska, Varsovie 1890.

Josef Hofmann fut un interprète virtuose considérable, admiré, adulé même (c’est à lui que Rachmaninov a dédié son Troisième concerto), pédagogue exceptionnel (de 1924 à 1938 il dirige le département piano du Curtis Institute de Philadelphie).

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IMG_0730Le harpiste et compositeur Jean-Baptiste Krumpholtz né en Bohème en 1742, mort à Paris en 1790.

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Buste de Gluck

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Wanda Landowska (1879-1959)  la première « star » du clavecin

IMG_0717Le célèbre portrait de Carl-Maria von Weber (1786-1826) par Caroline Bardua

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IMG_0703Richard Strauss (1864-1949) par Max Liebermann

IMG_0670Diego Velazquez(1599-1660) Les trois musiciens

IMG_0662Gerard ter Borch (1617-1681) Le concert

1024px-Adolph_Menzel_-_Flötenkonzert_Friedrichs_des_Großen_in_Sanssouci_-_Google_Art_ProjectLe fameux tableau d’Adolf von Menzel représentant le roi de Prusse, Frédéric II, jouant de la flûte dans son château de Sans Souci.

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La cathédrale Ste Edwige (à l’arrière de la Staatsoper) : le choeur de Ste Edwige, dirigé par Karl Forster (1904-1963) a été le partenaire de tant d’enregistrements de la fin des années 50, début 60. Mes premiers disques sacrés de Mozart, Haydn, Brahms…

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La toute nouvelle salle Pierre Boulez, à l’arrière du bâtiment de la Staatsoper, voulue par Daniel Barenboim, conçue par Frank Gehry, inaugurée en mars 2017.

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Et puis un beau souvenir d’une soirée d’octobre 2015 à Berlin, avec mon très cher Menahem Pressler (à l’arrière-plan, on aperçoit Jonas Kaufmann et Daniel Hope qui vont venir saluer le vieux pianiste, d’autres photos à voir ici : Les échos de la fête)

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La musique nocive

Parmi les horreurs de l’actualité que je découvre à mon retour de Cuba – le terrible bilan humain et culturel du tremblement de terre en Ombrie, la prolifération des candidatures d’envergure (!!) aux différentes primaires – je tombe au moins sur une nouvelle réjouissante : La musique aussi nocive que le tabac

Je le concède, je fais un raccourci malhonnête dans mon titre. Mais c’est ainsi, paraît-il, qu’on suscite l’intérêt du lecteur, qu’on fait le buzz comme on dit.

Plus sérieusement, le combat de Nigel Rodgers est légitime et nécessaire. Et couvre évidemment un champ beaucoup plus large que les seuls grands magasins. Tous les lieux de convivialité, bars, cafés, restaurants, devraient aussi être interdits de musique enregistrée.

Combien de fois ai-je dû demander, avec insistance souvent, à un restaurateur de baisser, voire de supprimer la musique qu’il diffusait dans son établissement… Je me rappelle plusieurs anecdotes savoureuses avec Armin Jordan, après des concerts qu’il venait de diriger : il ne supportait pas non plus de dîner avec un fond musical quel qu’il soit (il interpellait le serveur en lui disant soit qu’il détestait la musique, soit que son état de santé ne lui permettait pas d’en entendre….On imagine la tête du serveur !). Un ami restaurateur m’a un jour confié qu’il était certes bien d’accord avec moi mais qu’il se sentait obligé de « meubler » le vide abyssal des conversations de ses hôtes, surtout en couples ! Il est vrai que, pour qui s’est trouvé un jour à dîner au restaurant un soir de Saint-Valentin, le constat est réaliste !

La pollution sonore est souvent aussi le propre des pays qui découvrent une certaine liberté d’écouter des musiques étrangères, non locales. Dans ces cas-là on ne mégote pas sur les décibels, sur de mauvaises installations, dans des conditions parfois totalement incongrues. Je me rappelle une plage au bord de la Mer Noire en Roumanie, il y a une douzaine d’années, ou tout récemment dans un complexe hôtelier à l’est de La Havane, où il était tout simplement impossible de se reposer au bord de la piscine, tant un haut-parleur crachait toutes sortes de musiques sans aucun rapport avec l’ambiance lounge qu’on est censé espérer en un tel endroit (même si le silence me paraît toujours préférable). J’ai eu beau expliquer à la responsable de l’établissement que sa programmation faisait fuir sa clientèle (heureusement la plage de sable blond n’était pas loin !), la sono était à fond même quand l’orage tropical inondait les lieux… Totalement incongru. Idem dans les taxis.

Mais sans aller chercher si loin, ce phénomène de pollution sonore semble s’accentuer dans les grands hôtels parisiens. Je me rappelle, il y a quelques semaines, un thé pris avec Menahem Pressler dans le lobby d’un établissement réputé du quartier Saint-Lazare. Il a fallu toute l’insistance de l’agent du pianiste pour qu’on réduise très fortement le volume d’une bande son résolument techno, complètement déplacée dans ce cadre et à cette heure. Le personnel semblait lui-même impuissant à lutter contre cet environnement…

J’ai bien évoqué l’interdiction de la musique enregistrée, parce que, bien au contraire, je suis extrêmement favorable, à de la musique vivante, lorsque les lieux et les cironstances s’y prêtent. De ce point de vue, autant j’ai été déçu par l’état de délabrement de Cuba (La Révolution décrépite), autant j’ai aimé la profusion de musique et de musiciens partout, dans le moindre café ou restaurant. En passant dans certaines rues, ou traversant certaines places de La Havane, cela pouvait donner de joyeuses cacophonies, mais au moins c’était de vrais musiciens, souvent excellents, comme ceux qui se produisent dans la célèbre Bodeguita del Medio :

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La réponse de la musique

Le seul avantage d’un agenda surchargé est d’éviter les flots de commentaires, tous médias confondus, sur l’actualité. Je ne pensais pas tout de même que ce que je prévoyais dans Emotion et impudeur serait à ce point avéré. Il y a, heureusement, des journalistes qui remettent l’actualité en perspective, comme cet éditorialiste de Ouest-France : Attentat de Nice ; un grand moment de médiocrité politique

À Montpellier, nous avons choisi d’opposer à la barbarie, au massacre des innocents, la seule réponse qui vaille, celle de la Culture, et de la Musique. Même si nous avons parfois dû affronter des positions surprenantes au nom du deuil national proclamé pendant ces trois derniers jours. Les préfets avaient demandé aux collectivités locales de renoncer aux « festivités » prévues, certains, heureusement peu nombreux, ont fait pour le moins une interprétation extensive de ces consignes en supprimant les concerts, là où il n’y avait aucun risque quant à la sécurité…

Ce samedi deux beaux rendez-vous étaient prévus, s’y est rajouté un troisième décidé in extremis

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En ces temps troublés, la présence de Menahem Pressler (93 ans) revêtait une importance particulière, et le public l’a bien ressenti, qui a fait salle comble. Après que le doyen des pianistes en exercice nous eût joué, comme dans un rêve de sonorités liquides, le Rondo en la mineur de Mozart, les Estampes de Debussy et la 3ème Ballade de Chopin, ainsi qu’en bis, le nocturne en do dièse mineur et une mazurka en la mineur du même Chopin, je tentai le pari, impossible à tenir en une petite heure, de lui faire évoquer les grandes heures de sa prodigieuse existence. Une leçon de vie pour les hommes de ce temps en quête d’espérance !

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(Après le concert, rencontre impromptue entre Menahem Pressler et Michel Dalberto, qui prépare toute une journée et une soirée consacrée à Brahms ce mardi 19 juillet)

À 20 h, à l’Opéra Comédie, la Maîtrise de Radio France et Sofi Jeannin régalaient un public très familial des aventures de Marco Polo et la Princesse de Chine d’Isabelle Aboulker.

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Et à 21h30 les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Paul Daniel, empêchés de se produire à Perpignan pour cause d’annulation intempestive, avaient décidé de jouer à Montpellier cette Cinquième symphonie de Beethoven qu’ils avaient donnée la veille à Mende. Toutes les équipes s’étaient mobilisées pour organiser dans les meilleures conditions ce concert imprévu, France Musique bouleversait sa grille de programmes pour le diffuser en direct, et la foule des citoyens de Montpellier et d’ailleurs emplissait la grande nef de l’opéra Berlioz du Corum. Partageant le message universel de Beethoven, de liberté et de fraternité humaines. Quelques grincheux n’ont pas compris que l’on ne joue pas des musiques tristes ou funèbres, l’affirmation beethovénienne du triomphe de la vie sur les coups du destin, ce finale éclatant de la 5ème symphonie, disaient au contraire avec force notre compassion avec les victimes de Nice et notre espérance d’un monde qui résiste à la barbarie.

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Victoires (suite)

De bons amis m’ont reproché l’enthousiasme aveugle dont j’aurais fait preuve dans mon billet d’hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/23/victoires/). Comme si j’avais perdu tout esprit critique… c’est mal me connaître.

Renaud Machart n’y va pas de main morte dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/02/25/aux-victoires-de-la-musique-classique-la-jeune-soprano-qui-ne-voulait-remercier-personne_4871164_1655027.html#xtor=AL-32280515). Il n’a pas tort…

J’ai été triste pour mon cher Menahem Pressler. J’ai eu soudain le sentiment, après l’avoir entendu dans une miraculeuse mazurka de Chopin, que personne ne savait pourquoi il était là. Une Victoire d’Honneur ? mais alors qu’on lui consacre plus qu’une mini-interview bâclée, mal traduite, et manifestement ignorante de la carrière et du rôle de cet artiste dans la vie musicale du XXème siècle. C’était autre chose avec la cérémonie allemande, comparable à nos Victoires, la soirée Echo-Klassik à Berlin le 18 octobre dernier.

On essaiera de faire mieux à Montpellier le 16 juillet prochain…

Heureux d’avoir entendu le poète du piano, Adam Laloum, jouer le mouvement lent du 23ème concerto de Mozart. Comme jadis avec Kempff, la pure beauté naît de l’extrême simplicité.

Et puis heureux évidemment pour les amis justement distingués, Philippe Hersant, qui trace depuis des années, à l’écart des modes et des dogmes, un chemin d’une riche originalité, Bertrand Chamayou, qu’on eût aimé entendre plus longuement que dans ce bref extrait du 1er concerto de Liszt, et, last but non least, Karine Deshayes, rayonnante dans la pleine maturité de ses moyens vocaux et artistiques. Eux aussi, Bertrand et Karine, seront de la fête à Montpellier l’été prochain (tout comme l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et Tugan Sokhiev).

 

Victoires

On va tenter de ne pas relancer un débat aussi vieux que ce type de cérémonies : pour ou contre les Victoires de la musique classique – qui ont lieu ce mercredi soir à Toulouse ?

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Juste un point d’histoire, donc un rappel : lorsque France Musique, dont j’avais alors la charge, avait été sollicitée pour diffuser la soirée simultanément avec France 3, il y a une vingtaine d’années, j’avais répondu oui sans hésiter, même si, dans cette grande maison qu’est Radio France, une telle décision devait être avalisée, approuvée par toute une hiérarchie. Je me rappelle les hauts-le-coeur, les mines abattues, de producteurs de la chaîne, mais aussi d’autres collaborateurs, France Musique ne pouvait décemment pas s’abaisser à participer à une opération qui ne visait qu’à soutenir le commerce et l’industrie du disque…Et dont les modalités de vote et de sélection des « nommés » étaient discutables.

Ce sont les mêmes d’ailleurs qui, à la même époque, ne comprenaient pas que je veuille envoyer France Musique (et plus tard d’autres chaînes de Radio France) couvrir un phénomène qui me semblait appelé à se développer considérablement : la Folle Journée de Nantes…

Bref, je n’ai jamais regretté d’avoir poussé la chaîne musicale du service public à s’associer avec le seul prime time de l’année dévolu à la musique classique. Et je regarderai l’émission ce mercredi soir.

Le Figaro d’aujourd’hui consacrait un beau papier à ces jeunes artistes, pour qui une distinction comme Les Victoires de la musique classique a changé la donne. (http://www.lefigaro.fr/musique/2016/02/22/03006-20160222ARTFIG00212-classiques-les-nouveaux-chemins-de-la-reconnaissance.php).

Et tous ceux qui ont été récompensés ces dernières années l’ont mérité, et pour beaucoup, ont réussi à commencer une carrière (quel mot détestable s’agissant d’art) honorable. L’avantage de la jeune génération, c’est qu’elle n’a aucune illusion sur le monde culturel et musical d’aujourd’hui – même si bien des agents sont loin d’avoir évolué dans le même sens ! – et qu’elle connaît les codes, utilise, à bon escient, les modes de communication les plus adaptés à une large diffusion de leur art.

Oui Youtube, les réseaux sociaux, ont révolutionné l’accès à la culture et l’organisation du monde musical. Plus de faux-semblant possible, plus d’entre soi, de pratiques réservées au seul petit milieu professionnel. Instantanément, tel concurrent ou lauréat d’un prestigieux concours peut se faire connaître du monde entier, tel ensemble peut acquérir la notoriété – dès lors que le talent est là – sans passer par la case disque ou tournée de lancement. D’ailleurs, l’enregistrement d’un disque, les engagements, suivent, accompagnent, et ne précèdent plus que rarement le début de carrière.

On ne fait aucun pronostic sur les lauréats de ces Victoires 2016. Parce qu’on connaît tous ces musiciens, qu’on a parfois eu la chance de les repérer, de les soutenir, de les engager au tout début de leur carrière, qu’on aime leur parcours, leur attitude à l’égard des compositeurs et du public.

Beaucoup sont passés à Montpellier dans le cadre du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon ou seront présents dans l’édition 2016 (comme Florian Noack ci-dessus)*.

Une mention particulière pour un très beau disque, auquel j’ai pu contribuer, celui d’un merveilleux altiste, Adrien La Marca (le grand frère Christian-Pierre, au violoncelle, n’est pas mal non plus !). Un programme qui lui tenait à coeur, enregistré finalement à la Salle philharmonique de Liège…(L’album « English Delight », hommage à l’alto et aux compositeurs anglais est un voyage sur quatre siècles, de Dowland, Purcell, Vaughan Williams, Bridge, Clarke, Britten à Jonathan Harvey Chacune de ces pièces est liée à un moment spécial du parcours artistique et musical d’Adrien La Marca)

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  • Le détail de l’édition 2016 (11-26 juillet) du Festival de Radio France Montpellier et de la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (vivement un nouveau nom pour cette grande région !) sera dévoilé le 4 mars prochain.

 

Les échos de la fête

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Il me l’avait fait promettre, je devais être à Berlin ce 18 octobre. De retour dans la grande salle du Konzerthaus am Gendarmenmarkt pour l’une de ces cérémonies dont les professionnels de la congratulation sont si friands. Menahem Pressler a bien fait d’insister. Et moi de répondre à son invitation.

Dans et après cette soirée Echo-Klassik transmise par ZDF2 (l’équivalent allemand de France 2), les moments d’exception ont été si nombreux que je ne veux pas critiquer la longueur des présentations, l’enthousiasme tellement répétitif qu’il en était artificiel du maitre de cérémonie Roland Villazon ou la prestation caricaturale du plus célèbre pianiste de l’heure.

Récit :

Tapis rouge sur les marches du Konzerthaus, depuis la veille les équipes de télévision s’affairaient, la pluie qui menaçait a eu le bon goût de laisser la place à un timide soleil d’automne.

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Installé aux premières loges en surplomb du parterre et de la scène, je ne vais rien manquer du spectacle, qui commence fort. L’orchestre du Konzerthaus joue la polonaise d’Eugène Onéguine de Tchaikovski, enlevée, élégante à souhait sous la baguette de Pablo Heras-Casado. 

Puis la première star de la soirée, qu’on a déjà croisée à l’entrée des artistes, arrive pour recevoir le premier trophée Echo-Klassik et surtout pour chanter le célèbre « Recondita armonia » de Tosca de Puccini. 

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Et le miracle se produit, on est submergé par l’ardeur, la beauté, le raffinement de ce timbre, de cette voix, puis par la simplicité, la gentillesse du ténor allemand. On en aura une preuve supplémentaire quelques heures plus tard, lorsque, voisins de table au restaurant Borchardt, Jonas Kaufmann viendra saluer et discuter de belles et longues minutes avec Menahem Pressler.

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Rien à dire, ou plutôt pas envie de dire du mal, de celui qui succède à Jonas Kaufmann sur la scène du Konzerthaus, il est récompensé, paraît-il, pour son engagement à enseigner le piano à des millions de petits Chinois, Lang Lang tel qu’en lui-même…

Arrivant tout juste de New York, où elle triomphe en Desdémone dans Otello au Met, Sonya Yoncheva n’a pas la voix jetlagée pour clamer « O Paris, gai séjour« de Lecocq, l’une des perles de son dernier disque.

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Je retrouve plus tard Sonya, son mari Domingo Hindoyan (lui aussi juste rentré de Liège où il a passé la semaine avec l’orchestre) et leur petit garçon d’un an. Ils vont aussi dîner au Borchardt, on évoque le beau projet de l’été prochain. Ils s’en réjouissent d’avance, et moi donc !

La soirée avançant, je découvre que la télé allemande a ses stars, ingrédient nécessaire pour décontracter une cérémonie trop classique ? Villazon aurait bien suffi dans ce registre…

Vont se succéder, au gré des très (trop?) nombreuses récompenses, Maurice Steger, un Blockflötist (un flûtiste…à bec !) suisse – je me rappelle un premier CD très confidentiel chez Claves il y a plus de vingt ans, il remplit les salles aujourd’hui -, Cameron Carpenter, l’organiste fou (ah le look d’enfer !), un violoniste qui, sur le marché allemand, a ravi les têtes de gondole à André Rieu ou Nigel Kennedy, David Garrett, qui prouve ce soir qu’il n’a rien oublié de sa formation classique. On l’avait connu jadis en duo avec Jonathan Gilad jouant lors d’une veillée de Noël pour les enfants malades de l’institut Gustave Roussy de Villejuif, puis comme soliste du concert que l’Orchestre philharmonique de Liège avait donné au théâtre des Champs-Elysées en 2004 sous la direction de Louis Langée. Quelque chose dans son attitude sur et hors scène nous dit qu’il n’a pas pris la grosse tête…

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Un duo moins prévisible et très réussi : le beau gosse Andreas Ottensamer (qui truste avec son père Ernst, son frère Daniel, les postes de clarinette solo de Vienne et Berlin, rien de moins !) et le nouveau Paganini tout en cheveux, Nemanja Radulovic, dans la célèbre Czardas de Monti. 

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Un projet de disque en commun ?

Défilé d’autres récompenses, avec un côté entre soi plutôt dérangeant : Villazon chanteur et metteur en scène d’un Elixir d’amour dirigé par le chef de la soirée Pablo Heras Casado, on ne savait plus qui remerciait qui..mais aussi un bel hommage à l’altiste disparu du quatuor Artemis.

Arrive alors le violoniste Daniel Hope… sans son violon. La présentatrice rappelle qu’il a été, avec le violoncelliste Antonio Meneses, membre du Beaux Arts Trio dernière manière. Même si on salue comme il se doit la très belle réédition du fabuleux legs discographique de ce trio mythique

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ce n’est pas la raison de la présence de Daniel Hope. Il est venu dire les mots du souvenir et du coeur à l’adresse de l’homme à qui l’Allemagne a rendu, en 2013, sa nationalité, et à qui la salle comble du Konzerthaus va faire ce soir une prodigieuse standing ovation : Menahem Pressler.

Les mots du pianiste sont à l’unisson de ceux de Daniel : simples, justes, touchants. Et personne ne retiendra ses larmes, ni dans la salle, ni sur, ni hors scène, quand retentira, une fois encore, mais encore une fois différent des autres fois, ce Nocturne de Chopin

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A la sortie des artistes, tout un groupe attend, des jeunes surtout, pour tenter d’obtenir une signature du vieil homme. La fatigue est visible, mais dès que nous serons installés au restaurant Borchardt tout proche, l’appétit lui reviendra et il faudra insister pour qu’il rentre se coucher, avant de partir tôt ce matin pour Dresde où il doit répéter Mozart avec Christian Thielemann..

Jonas Kaufmann, le président de Sony, Cameron Carpenter, Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan, font tables voisines. Ce n’est pas le plus calme ni le meilleur établissement du quartier, mais Borchardt c’est une institution, the place to be après le concert.

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(Daniel Hope et Menahem Pressler, les deux tiers du Beaux Arts Trio !)

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La critique (suite)

Décidément, la critique de la critique n’est pas plus aisée que la critique elle-même (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/09/le-difficile-art-de-la-critique/) !

Rien à retirer de ce que j’ai écrit, mais le reproche, justifié, d’une vision trop pessimiste. Comme si la critique n’était que négative.

Or, coup sur coup, c’est l’enthousiasme, la ferveur même, qui s’expriment à propos d’un disque et d’un concert tout récents.

France Musique consacrait tout son vendredi à Jonas Kaufmann (quoi ? la radio de service public au service du marketing d’une star du lyrique ? ) et forumopera.com exprimait hier matin une admiration inconditionnelle, quasi amoureuse, sous la plume d’ordinaire moins encline à la tendresse de Sylvain Fort, pour le nouveau disque du ténor allemand (http://www.forumopera.com/cd/jonas-kaufmann-nessun-dorma-the-puccini-album-un-peu-plus-que-sublime)

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Preuve s’il en était besoin que les critiques les plus critiques sont capables d’enthousiasme, d’émotion, de plaisir. J’ai, à mon tour, écouté ce disque (comme une partie de la journée de France Musique) et je n’aurais pas trouvé meilleurs mots que Sylvain Fort. Cet enregistrement fait honneur au chanteur (et au chef qu’on a connu parfois moins soigneux), à l’intelligence de sa démarche de musicien, à son exigence artistique. C’est sans doute pour cela qu’on aime et respecte Jonas Kaufmann depuis si longtemps.

Il y a dix ans (le 27 juillet 2005) , le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon l’avait invité, un parmi d’autres d’une belle équipe de chanteurs, pour un ouvrage inconnu, Die Königskinder/Les enfants du Roi d’Engelbert Humperdinck : « Sa voix de ténor lyrique, aux accents virils exerce une séduction immédiate et le timbre, égal sur toute la tessiture est capable de vaillance tout autant que de suavité sans une once de mièvrerie. Autant de qualités qui font de lui l’incarnation idéale du prince de conte de fées » (http://www.forumopera.com/v1/concerts/konigskinder_mp05.htm)

kaufmann_sala (Photos Marc Ginot)

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Mardi soir, Nicholas Angelich ouvrait la 36ème édition de Piano aux Jacobins à Toulouse. Comme pour Kaufmann, cet article du Monde prouve que la critique peut parfois rendre les armes face à l’exceptionnel : http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2015/09/10/le-pianiste-nicholas-angelich-ouvre-des-mondes-sous-ses-doigts_4750775_1654986.html.

Une réserve, une critique ? Les premières lignes de l’article sont-elles nécessaires : « La démarche incertaine de qui sortirait d’un mauvais rêve, les yeux encore clos, la tête lourde d’une pensée si profonde qu’elle donne au visage le quasi-aspect d’un masque, Nicholas Angelich a gravi lentement les trois marches qui mènent au piano » ? C’est ainsi qu’on forge la légende d’un bon géant balourd, à l’écart du monde, perdu dans son propre univers. Ceux qui connaissent bien le pianiste savent que le trait, pour n’être pas infondé, ne décrit que très imparfaitement une personnalité joviale, épicurienne, attentive à ceux qui l’entourent, bref le contraire d’un ermite. Et puis quelle importance quand seul compte ce qu’il fait au piano, et qui est, à chaque concert, nouveau, différent, audacieux, surprenant ! Marie-Aude Roux a raison : Nicholas Angelich ouvre des mondes et révèle des partitions.

Le lendemain, j’avais la chance de retrouver Menahem Pressler, rescapé d’un accident de santé qui nous avait fait craindre le pire au printemps dernier. 92 ans et un programme aux couleurs d’éternité. Des couleurs infinies dans Mozart, Schubert, Chopin, l’agilité et la puissance sont comme assourdies, qu’importe, reste la musique. À l’état pur.

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Indispensable : le beau coffret que Decca (ex-Philips) publie avec l’intégrale des enregistrements du Beaux Arts Trio, dont Menahem Pressler fut le créateur et l’âme pendant près de 50 ans.

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